Wortenia Senki – Tome 6 – Chapitre 1 – Partie 3

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Chapitre 1 : Négociations

Partie 3

La maison Salzberg avait lutté pour conserver son apparence de maison noble jusqu’au jour où Thomas Salzberg était devenu comte. Ils vivaient dans une telle misère qu’on pouvait les prendre pour des roturiers. Ils n’organisaient pas de dîners somptueux et leur domaine n’était pas meublé par des artisans célèbres de la capitale.

Ils taillaient dans leur chair vivante au nom du royaume de Rhoadseria. Mais bien qu’ils avaient tout donné pour protéger le pays, la seule émotion avec laquelle les autres considéraient la maison Salzberg était le mépris. De nombreux nobles de la capitale se moquaient de la maison Salzberg, les traitant de péquenauds de la campagne. Les seuls à leur manifester de la sympathie étaient les autres membres des dix maisons du nord.

Et malgré cela, la maison Salzberg avait résisté à cette honte pendant des générations par loyauté envers Rhoadseria. Pendant des années, ils avaient serré les dents dans la frustration, tolérant la honte. Mais ces tentatives avaient fini par échouer.

Le gouverneur actuel, Thomas Salzberg, était différent de ses prédécesseurs. C’était un homme qui n’hésitait pas à utiliser n’importe quoi si cela pouvait satisfaire ses désirs. C’était peut-être une question de nature humaine. Ou peut-être qu’un incident survenu dans sa jeunesse avait déformé son cœur. Quoi qu’il en soit, le résultat final était le même.

Thomas Salzberg avait appris l’existence d’une veine halite dans les terres de la péninsule de Wortenia, qui appartenait à l’époque à la maison royale de Rhoadserian et qui appartient maintenant à Ryoma, il y a environ cinq ans. Elle existait sur une chaîne de montagnes au nord-est d’Epire, à une journée de marche seulement.

La péninsule de Wortenia n’avait à l’origine pas d’habitants, car c’était une terre peuplée de dangereux monstres et de sauvages demi-hommes. Mais cela ne signifiait pas que personne n’y vivait. Il n’y avait peut-être pas de résidents sur la péninsule, mais il y avait certainement des gens. Il y avait des criminels, des exilés et d’autres indésirables envoyés sur ces terres, ainsi que des personnes exerçant une certaine profession.

Les aventuriers et les mercenaires. Le genre de personnes qui avaient fait du combat leur gagne-pain.

Pour eux, Wortenia était un champ de bataille pour affiner leurs compétences dans le combat réel et un endroit qui leur permettait de gagner de l’argent. Après tout, c’était un vivier de monstres puissants dont les crocs et les fourrures se vendaient pour une jolie somme. Tant que l’on avait le savoir-faire, cette terre offrait la possibilité de mettre sa vie en danger pour avoir une chance de se faire rapidement une petite fortune.

En vérité, la veine halite avait été découverte dans un coin de cette terre par hasard. Un groupe d’aventuriers était entré en Wortenia, le cœur plein d’ambition et d’espoir, et ils étaient arrivés sur le gisement. Mais cela ne signifiait pas qu’ils pouvaient utiliser la veine par eux-mêmes. Le sel était une nécessité pour la vie, cela ne faisait aucun doute, mais cela ne générait pas beaucoup de profit à moins d’être exploité en grande quantité.

Les aventuriers le savaient et ne voyaient pas là une chance de gagner de l’argent. Mais lorsqu’ils avaient rapporté leur butin de la péninsule à la guilde, ils avaient accidentellement laissé échapper qu’ils avaient découvert une veine. Normalement, ce témoignage n’aurait pas suscité beaucoup d’attention, mais le comte Salzberg en avait eu vent.

Il était difficile de dire si le fait qu’ils en aient eu connaissance était une bonne chose ou pas. Mais pour la maison Salzberg, qui avait été tourmentée par la nécessité d’augmenter une fois de plus le financement militaire, toute cette affaire était une aubaine. Pour le moins, c’était une chance en or pour le jeune Thomas Salzberg.

À l’époque, Thomas n’était que le premier fils légitime et l’héritier de la famille. Il implora désespérément son père, le Comte de l’époque, d’aller de l’avant avec cette idée, prétendant que c’était la dernière chance pour leur famille de résoudre leurs problèmes financiers.

Après tout, ils venaient d’apprendre qu’il y avait un trésor enfoui à portée de main. Personne ne pourrait se retenir face à une telle opportunité. Bien sûr, si le filon avait été plus au centre de la péninsule, Thomas aurait hésité. Seuls les aventuriers et les mercenaires les plus haut placés braveraient les zones les plus profondes de Wortenia, et même eux n’étaient pas assurés de revenir vivants de cette zone dangereuse.

L’envoi de mineurs dans les profondeurs de la péninsule n’aurait servi à rien, si ce n’était à fournir de la nourriture supplémentaire aux monstres qui y résidaient. Et plus la distance à parcourir était longue, plus les chances qu’ils soient détectés par des yeux non désirés étaient grandes.

Mais la veine était à un jet de pierre d’Epire. Elle se trouvait encore dans cette maudite zone neutre, grouillant de monstres, mais elle n’était qu’à la périphérie. Le risque d’être attaqué était beaucoup plus faible.

Pourtant le père de Thomas, l’ancien comte Salzberg, ignora sa proposition. Non, il ne l’avait pas seulement ignoré, il l’avait considéré avec un dédain absolu. Du point de vue de son père, c’était évident. Il était fier d’avoir défendu la frontière avec Xarooda pendant de nombreuses années. Sa loyauté envers la famille royale était inébranlable.

La veine était peut-être très proche de son territoire, la péninsule de Wortenia était pourtant le territoire de la famille royale. Les aventuriers et les mercenaires allaient et venaient librement, mais la famille royale l’ignorait comme un inconvénient mineur.

Mais si une famille noble respectable devait entrer sur le territoire sans y être invitée, elle ne le tolérerait pas tacitement. Le désir de Thomas d’utiliser la veine halite pour réorganiser leurs finances était en fait la même chose que de voler les ressources de la famille royale.

Le père de Thomas savait parfaitement à quel point la situation financière de la maison Salzberg était mauvaise, et avait réalisé que le plan de Thomas était destiné à renverser leur position. Mais sa loyauté et sa fierté envers la maison royale le poussèrent à rejeter fermement et cruellement la proposition de son fils. Il avait parlé à son fils de la fierté et de la dévotion que la maison Salzberg avait entretenues pendant des générations. Il croyait que son fils suivrait le même chemin.

Mais ces mots ne firent rien pour émouvoir le cœur de Thomas. À ses yeux, la maison royale de Rhoadseria était la raison de son enfance frugale et sans ressources. Il ne voyait pas l’intérêt d’être fier ou loyal envers eux.

Le territoire de la maison Salzberg était une zone frontalière éloignée de la capitale, et la famille royale savait peu de choses sur ce qui s’y passait. Ils étaient indifférents qu’ils les négligeaient même. Ils enverraient des renforts si Xarooda devait tenter une invasion en règle, bien sûr, mais la gestion des petites escarmouches incombait entièrement à la maison Salzberg et aux nobles environnants.

Son père considérait cela comme une source de fierté, preuve que la capitale lui faisait confiance, mais Thomas voyait les choses différemment. À ses yeux, il s’agissait d’une demande absurde qui ne valait absolument pas le prix. C’était une situation qui ne leur apportait rien d’autre que des pertes.

Thomas se souciait peu des choses intangibles comme la confiance et la fierté, la seule chose qu’il respectait était le profit tangible. À savoir, l’argent, les ressources et les privilèges. C’est pourquoi ses discussions avec son père s’étaient déroulées sur des lignes tout à fait parallèles. Aucun des deux n’était prêt à faire des compromis sur ses principes respectifs.

Le profit contre la fierté. Les deux pouvaient coexister tant qu’ils ne s’affrontaient pas, mais à l’époque, il fallait choisir l’un plutôt que l’autre.

Et le résultat final avait été l’acte de parricide de Thomas Salzberg. C’était sa seule méthode pour voir ses aspirations se réaliser.

Le parricide était aussi grave sur cette Terre que dans le monde de Ryoma. Non, étant donné que cette Terre fonctionnait encore selon un système d’héritage patriarcal, c’était peut-être même un péché plus grave que dans son ancien monde.

Je ne laisserai personne se mettre en travers de mon chemin… chuchota le comte Salzberg dans son cœur.

Il ne pouvait pas laisser tomber la vie qu’il menait maintenant. Surtout qu’il avait dû tuer son propre père pour l’obtenir…

« Vous… Qu’est-ce que vous cherchez ? », dit lentement le comte Salzberg après un long silence aveuglant.

Il n’avait pas l’intention de maintenir la façade de sa noble dignité. Le ton du comte Salzberg était celui d’un homme qui parlait à Ryoma comme s’il était une sorte d’être humain inférieur. Il avait complètement abandonné le masque de la gentillesse et toute notion de suspicion et de prudence.

Il pouvait imaginer qui avait divulgué l’information sur la veine à Ryoma, mais il ne savait pas pourquoi Simone Christof avait fait cela au lieu d’agir elle-même. L’information était plus que suffisante pour remettre à sa place le comte Salzberg seul, mais elle l’avait plutôt transmise à quelqu’un d’autre. Et cette personne ne s’était pas tournée vers la maison royale, mais vers lui.

Avec tout cela à l’esprit, le comte Salzberg avait imaginé une possibilité.

Est-ce qu’il essaie de me faire chanter ?

Les petits roturiers y avaient souvent recours lorsqu’ils tombaient sur des informations qui pourraient valoir de l’argent. L’homme assis devant lui était un noble, mais il était à l’origine un roturier. Il ne serait pas surprenant qu’il vienne ici pour lui extorquer de l’argent.

Idiot… Pensez-vous vraiment que je vais payer pour ça ? Non, même si je paye, que pensez-vous qu’il va arriver après ?

S’il voulait faire chanter le comte Salzberg, Ryoma n’aurait pas dû venir le rencontrer directement. Celui qui faisait la menace ne gagnait rien en s’exposant. Helena Steiner était un bon exemple. Lorsque sa fille bien-aimée avait été enlevée, elle n’avait accepté leurs demandes que parce qu’elle ne savait pas qui était le ravisseur. Si elle avait été plus convaincue que c’était le général Albrecht qui était derrière tout cela, elle aurait peut-être pris d’autres mesures.

Mais Ryoma avait poursuivi en disant quelque chose qui avait défié les attentes du comte Salzberg.

« Eh bien… Je voulais en fait que vous achetiez quelque chose, monsieur. »

Un long silence s’installa dans la pièce. Ryoma n’avait pas bronché à l’idée d’être exposé aux regards du comte Salzberg. Il avait rencontré son regard directement.

« Acheter quelque chose ? Que voudriez-vous que nous achetions ? J’avais l’impression que vous veniez ici pour nous faire chanter. »

Dame Yulia regarda Ryoma avec un regard suspect.

La façon dont il prononçait le mot « acheter » aurait pu être interprétée comme une implication du chantage, mais le comte Salzberg ne pouvait percevoir les mots de Ryoma qu’en apparence. Il en était de même pour dame Yulia. Les regards suspicieux qu’ils adressaient à Ryoma étaient la preuve qu’ils comprenaient bien ses paroles.

« Vous faire chanter… ? J’admets que j’y ai pensé, mais ce n’est pas mon intention ici. Après tout, si je fais cela, vous n’hésiterez pas à vous débarrasser de moi et de mon entourage. »

Les lèvres du comte Salzberg se contorsionnèrent en un sourire aux paroles éhontées de Ryoma. Il avait tout à fait raison. Une personne qui se faisait extorquer ne laisserait jamais ceux qui le faisaient chanter à leur sort. Qui aurait dit que le coupable ne tenterait pas de les extorquer à nouveau à l’avenir ? Même s’ils juraient devant Dieu qu’ils ne tenteraient pas de nouveau, qui les croirait ?

Danger passé et Dieu oublié, comme le disait l’adage. Le coupable pouvait facilement tenter de les extorquer une deuxième ou une troisième fois. Et Ryoma pourrait essayer de faire chanter le comte Salzberg à maintes reprises avant de le conduire à la ruine. Le comte Salzberg le savait et il ne laisserait jamais partir vivant quiconque tenterait de le faire chanter. Il pourrait payer une fois, mais cela dans le seul but que de leur faire gagner du temps pour le faire tuer.

« Je vois… Vous réalisez donc où le chantage vous mènerait. Vu que vous êtes un roturier, vous êtes assez intelligent. »

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