Wortenia Senki – Tome 5 – Chapitre 2 – Partie 3

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Chapitre 2 : Cap au Nord

Partie 3

Parmi les personnes qui empruntaient la route en direction du nord se trouvait un groupe portant une bannière particulière. Elle était faite d’un tissu teint en noir. Un drapeau représentant un serpent à deux têtes avec des écailles d’or et d’argent enroulées autour d’une épée. Les yeux cramoisis du serpent semblaient fusiller du regard son entourage.

En acceptant le titre de baron, Ryoma Mikoshiba fit faire ce drapeau par un des artisans de Pireas, le doublant de l’écusson de la nouvelle Maison Mikoshiba. L’épée était le symbole de la force, tandis que le serpent représentait la ruse et la sagesse. Un symbole qui signifiait avec précision la nature de Ryoma Mikoshiba.

Devant les yeux de Ryoma se trouvait une région vallonnée en pente douce. Des vergers s’étendaient des deux côtés de la route, et les roturiers qui peuplaient les villages voisins s’en occupaient.

« Garçon ! On devrait bientôt passer par la crête ! »

Lione se retourna et l’appela, ses cheveux pourpres battant légèrement dans la brise.

« Bon, enfin… Je ne vais pas mentir, mes fesses commencent à me faire mal », dit Ryoma, en levant légèrement les hanches pour frotter son derrière douloureux.

« Bon sang, les nobles de ce monde enterreraient leur tête dans la honte s’ils voyaient un baron comme toi faire ça », dit Lione d’un air taquin, un sourire sarcastique aux lèvres.

Ryoma savait très bien à quel point sa conduite était honteuse. En revanche, Laura, qui était à ses côtés, le regardait avec une réelle inquiétude.

« Mon Dieu, Maître Ryoma… Cela doit faire mal. Supporte-le encore un peu, oui ? Je t’appliquerai de la pommade dès que nous aurons trouvé un logement… »

Avant que Ryoma ne puisse répondre, Sara avait interrompu leur échange.

« Non, tu ne devrais pas avoir à attendre si longtemps. Si tu veux, tu peux aller dans la calèche. Si tu es à l’intérieur, nous pouvons appliquer de la pommade, et je pense que tu pourras voyager beaucoup plus confortablement. »

Apparemment, les jumelles Malfist étaient en pleine bataille pour l’affection de Ryoma.

« E-Erm… Ça va aller, vous deux. Il faut que je m’habitue à monter à cheval… » répondit Ryoma tout en supportant la douleur.

Honnêtement, passer à la calèche était quand même assez tentant…

Jusqu’à présent, Ryoma n’avait aucune expérience de l’équitation. Au Japon, les seuls moyens de transport généralement utilisés, à l’exception de la marche, étaient la bicyclette et la voiture. Selon la distance à parcourir, il fallait prendre le train ou l’avion, mais tous ces moyens de transport étaient beaucoup plus pratiques que le cheval.

Le siège d’une voiture était bien sûr très pratique, mais même la selle d’une bicyclette était beaucoup plus agréable que celle d’un cheval. En tant qu’enfant des temps modernes, le derrière de Ryoma était irrité à force d’être resté longtemps assis sur la selle.

Lorsqu’ils avaient poursuivi Hodram, il avait partagé la selle avec l’une des sœurs Malfist, de sorte que ses connaissances sur la façon de monter à cheval étaient très basiques et superficielles. Toutes ses prétentions en matière d’équitation avaient complètement disparu après ce voyage de dix jours à cheval.

Il ne pouvait cependant pas céder à la tentation et s’installer dans la calèche ici. Après tout, cela le mettrait dans une situation où il devrait laisser les sœurs Malfist lui mettre de la pommade sur ses fesses exposées…

Et si je dis « non » de la mauvaise façon, elles pourraient se mettre à pleurer…

Ryoma les avait même fait pleurer en refusant leur aide une ou deux fois lors de leur première rencontre. Les sœurs Malefist avaient fondamentalement placé leur service envers Ryoma au-dessus de tout. D’une certaine manière, elles étaient à la fois des bonnes et des gardes du corps, mais elles fonctionnaient souvent comme bonnes. Elles l’aidaient à se changer, à préparer ses repas et à le nourrir, elles s’occupaient essentiellement de tous ses besoins.

En effet, certains nobles de ce monde avaient des servantes pour les aider dans toutes leurs affaires. En fonction de leur situation, ils faisaient appel à leurs serviteurs et à leurs servantes pour les affaires plus personnelles. Parfois, il s’agissait d’aider les malades et les personnes âgées, mais souvent, en particulier dans ce cas, ces affaires personnelles prenaient une tournure plus sexuelle.

Ainsi, le fait que Ryoma déclina leur service dans cette situation avait porté un coup à la raison d’être des sœurs. Elles avaient l’impression que leur présence même auprès de lui était niée. Il lui avait fallu un jour et une nuit entière pour les convaincre que ce n’était pas le cas la dernière fois, et depuis lors, il n’y avait pas eu de problèmes.

Mais récemment, l’attitude des sœurs avait changé. Le fait que Ryoma soit devenu baron les avait fait changer d’avis, car elles pensaient qu’elles devaient désormais le servir comme des servantes au service d’un noble.

Eh bien, techniquement, elles n’ont pas tort…

Il possédait peut-être le plus petit titre de noblesse possible, mais un baron restait néanmoins un membre de l’aristocratie. Et en tant que tel, il était censé s’attendre à un niveau de vie et à une déférence dignes de son rang.

En fin de compte, Ryoma ne pouvait qu’attribuer cette différence à une différence de culture.

« Eh bien, supporte encore un peu ! Une fois que nous aurons passé cette crête, les murs du château d’Epire devraient être visibles », dit Lione d’une voix inhabituellement gaie, remuant tout le monde alors qu’elle sentait la direction particulière que prenait la conversation.

Le groupe d’hommes dirigé par Lione comprenait les trente-trois membres du groupe de mercenaires de Lione et Boltz, les Lions Rouges, ainsi que Genou, Sakuya, les sœurs Malfist et Ryoma. Ce groupe était trop important pour effectuer un travail de mercenaire typique, mais trop petit pour prendre le contrôle d’un territoire.

J’aurai besoin de personnes capables de s’occuper de la paperasserie…

Les seules personnes que Ryoma pouvait voir autour de lui avaient des spécialités très orientées vers les affaires militaires et martiales. Ils pouvaient être bons pour remplir des papiers, mais Ryoma avait l’intention de gérer un pays, et la situation actuelle n’était pas satisfaisante à cet égard.

Eh bien, on peut faire ça petit à petit… Je ne pourrai pas créer le pays que je veux du jour au lendemain.

Ryoma se chuchota à lui-même en poussant un petit soupir et en fixant son regard vers l’avant, son cœur brûlant d’une nouvelle détermination.

Je survivrai ! Et Lupis… ! Je me vengerai de ça… Je veillerai à ce que tu paies pour tout, avec des intérêts…

Ryoma le jura dans son cœur en regardant les murs d’Epire grossir progressivement à son approche.

La citadelle de la ville d’Epire. Le point d’appui des territoires du nord de Rhoadseria, situé à la frontière de la péninsule de Wortenia.

La ville était entourée d’un profond fossé et de murs de pierre de plusieurs dizaines de mètres de haut. Elle avait trois entrées. Deux à l’est et à l’ouest, et une au nord. Au sud se trouvait le château du gouverneur régional, le comte Salzberg.

Tous les citoyens de Rhoadseria et de Xarooda savaient que cette ville était le solide rempart qui défendait le royaume. Xarooda avait tenté une invasion par l’ouest, mais la forteresse les avait repoussés avec succès, ce qui avait contribué à asseoir sa réputation.

Mais tous les habitants de la ville comprenaient que la ville dans laquelle ils vivaient était le couvercle d’un creuset ne contenant rien d’autre que le chaos…

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Ryoma se reposait maintenant dans une auberge, située en face de la rue principale d’Epire. Le groupe de Ryoma avait enfin conclu les formalités et avait atteint ce que l’on pouvait considérer comme l’entrée de la péninsule de Wortenia.

Alors que Ryoma se reposait dans sa chambre, il avait tenu une réunion avec le reste de ces principaux membres, sous la direction de Boltz. Son but était de décider de leur future politique.

« Je m’attendais à ce que les défenses soient lourdes étant donné que c’est une ville frontalière, mais ils font plus qu’essayer de se défendre contre Xarooda. »

Boltz haussa les épaules.

Sa vaste expérience de mercenaire faisait ses preuves. Pendant que tous les autres faisaient une pause dans leur chambre à l’auberge, il se promenait dans la guilde de la ville, recueillant des informations.

« Un brise-lames pour s’assurer que les monstres n’affluent pas dans Rhoadseria ? » demanda Ryoma.

Boltz acquiesça.

« J’ai entendu beaucoup de rumeurs sur la péninsule de Wortenia pendant mon temps de mercenaire, mais c’est une terre beaucoup plus difficile que je ne le pensais… Nous allons devoir faire de gros efforts si nous voulons faire quelque chose de cet endroit. », dit-il.

Ses paroles avaient été accueillies par des petits hochements de tête de la part de tout le monde. Ils savaient que ce serait une terre difficile alors qu’ils étaient encore dans la capitale.

« Cela voudrait dire que nous devrions donner la priorité à nos préparatifs dans cette ville… N’est-ce pas ? » dit Ryoma.

Pour l’instant, ce dont il avait besoin, c’était d’informations plus détaillées sur la péninsule et sur cette ville, Epire. Il savait que marcher sur Wortenia en l’état actuel serait probablement un suicide. Cela les ferait simplement atterrir dans l’estomac de monstres.

Ryoma et son groupe manquaient de tout, de l’équipement aux informations topographiques. Apparemment, la péninsule de Wortenia était parsemée d’enclaves de pirates et de villages semi-humains. Le mot clé était « apparemment », car il n’y avait aucune preuve concrète de leur existence. Et même s’il y avait une telle preuve, ce n’était pas comme s’ils pouvaient marchander avec les pirates et les semi-humains pour de la nourriture et de l’eau.

En tant que tels, la nourriture et l’eau étaient leur plus grande préoccupation, et jusqu’à ce qu’ils créent une ville autosuffisante, ils devaient compter sur Epire pour s’approvisionner. Il leur faudrait trouver une compagnie qui les aiderait à cet égard.

Fidèle à son nom de « point d’appui du Nord », Epire était parsemée d’innombrables compagnies de tailles différentes. Vu l’ampleur de leurs activités à venir, ils avaient besoin d’une société qui vendrait en gros, tout en n’ayant pas trop de liens avec le gouverneur. Il y avait un risque que le gouverneur tente d’interférer avec le commerce.

« Nous devrons choisir avec soin parmi les compagnies ici à Epire », déclara Lione.

« C’est comme tu l’as dit, sœurette. Si nous traitons avec n’importe quelle compagnie, nous pourrions nous retrouver avec le tapis tiré de sous nos pieds quand nous nous enfoncerons dans la péninsule. »

Ils avaient déjà évalué la situation de manière approfondie. Chacun d’entre eux faisait de son mieux pour assurer sa survie.

« Nous allons chercher la bonne compagnie… »

Laura leur a rapidement attribué un rôle.

« Pour l’instant, nous allons vérifier quelles compagnies traitent principalement avec des roturiers. Est-ce que ce sera acceptable ? »

« Oui, s’il te plaît. »

C’était la preuve que Laura avait une solide connaissance de la situation. Sarah avait également hoché la tête, montrant qu’elle comprenait tout aussi bien.

« Alors Boltz, tu t’occupes de la guilde. Nous avons besoin d’autant d’informations détaillées que possible sur Wortenia. En particulier la position des rivières et des lacs, et tout ce que tu peux rassembler sur les types de monstres qui s’y reproduisent. »

« Compris, mon garçon ! Laisse-moi faire ! »

Boltz frappa du poing contre sa poitrine avec assurance.

Ryoma acquiesça, puis il se tourna vers Genou. Personne n’était plus apte que lui et Sakuya à recueillir des informations. En remarquant le regard de Ryoma, les yeux de Genou se mirent à briller.

« Genou, j’ai besoin de toi pour enquêter sur les personnages influents de cette ville, à savoir le comte Salzberg. Leurs structures familiales, leurs faiblesses, leurs forces, tout ! Il faudra faire de cette ville notre base pour un temps. »

« Je vois, seigneur… L’idéal serait d’avoir les personnages influents de cette ville à nos côtés », répondit Genou.

L’expression de Ryoma était radieuse.

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