Wortenia Senki – Tome 5 – Chapitre 2 – Partie 2

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Chapitre 2 : Cap au Nord

Partie 2

Les causes de son inaptitude à être une reine n’étaient que trop claires, son manque d’expérience et sa trop grande gentillesse. En termes de connaissances, Lupis avait été éduquée comme un membre de la famille royale et en savait plus qu’il n’en fallait pour remplir ses fonctions. Elle avait un cœur qui aimait les masses, on penserait donc qu’elle serait normalement bien adaptée pour ce rôle.

Et pourtant, assez comiquement, elle était bien trop inapte à gouverner. Ses assistants ne pouvaient pas être qualifiés d’intelligents. Les survivants de la faction des nobles conspiraient contre elle. Et pire encore, son cœur était trop gentil avec ceux qui lui étaient chers, ce qui la rendait indécise.

Le pire facteur était sans doute la structure du gouvernement de la reine Lupis, qui avait pris le pouvoir pour résoudre les innombrables problèmes qui affligeaient Rhoadseria en tant que pays. Le plus grand point de discorde était son favoritisme envers ceux qui lui tenaient à cœur.

Sa décision la plus extrême concernait Mikhail. Il avait été assigné à résidence, mais elle avait ignoré les objections de son entourage. Il était retourné au service actif en tant que chevalier en deux mois seulement. Bien entendu, la reine Lupis avait besoin de personnes de confiance pour réformer le pays. Helena se souvenait que Meltina avait utilisé ce raisonnement pour refuser ceux qui s’opposaient à cette décision.

Mais restaurer un homme qui avait accumulé les échecs les uns après les autres après une si courte période… Tout en repoussant dans la péninsule de Wortenia l’homme qui avait tant contribué à la guerre, bien que ce ne soit qu’un roturier, le jugement de la reine était remis en question par ceux qui l’entouraient.

La reine Lupis, et Meltina qui la servaient ne semblaient pas comprendre comment cela se répercutait sur elles.

La guerre civile a pris fin, et nous avons réussi à minimiser l’affaiblissement du pouvoir national du royaume. Mais nos problèmes domestiques n’ont pas diminué du tout… Non, au contraire, les choses ont empiré. Qu’est-ce que ces deux-là en pensent, je me demande…

Helena fronça les sourcils et soupira à nouveau de mélancolie. À la surface, le royaume semblait avoir retrouvé sa paix et sa stabilité. Mais Helena ne voyait cela que comme un château de sable fragile. Il était dans une sorte d’accalmie, et pouvait s’effondrer à tout moment. C’était l’état actuel de Rhoadseria.

Si les aides de la reine étaient plus prudents, peut-être que ce ne serait pas le cas. Si la reine était plus décisive, peut-être que cela changerait. Mais cela ne se passait pas comme ça dans la réalité. Le mur du statut social entre les roturiers et la classe dirigeante était tout simplement trop épais, et le garçon qui avait tant accompli dans cette guerre entre nobles et chevaliers avait été écarté.

S’il avait été l’un des aides de Lupis et donc en mesure de guider le royaume, cette situation critique aurait pu être évitée. Helena s’était opposée à ce qu’il quitte le pays, mais c’était uniquement parce qu’elle estimait qu’il était digne qu’on lui confie l’avenir du royaume. Mais malheureusement, la reine Lupis craignait ses compétences exceptionnelles et avait choisi de le repousser.

Helena poussa un grand soupir et commença à lire ses documents. S’inquiéter de tout ceci ne changerait pas grand-chose. Helena avait fait son choix. En tant que général de Rhoadseria, elle avait choisi de reconstruire ce pays de son propre chef. Et c’était pourquoi elle n’avait rien dit lorsque la reine Lupis décida de lever l’assignation à résidence de Mikhaïl. En tant que générale, Helena ne pouvait pas se permettre de s’opposer à la décision de la nouvelle reine à ce stade, alors que les fondements de son règne n’étaient pas encore solides. Si elle le faisait, cela diviserait le pays en deux.

« Réorganiser le pays est plus important maintenant. Aussi injuste que cela puisse être, nous ne pouvons pas échanger l’avenir de ce pays contre quoi que ce soit. Et, quelle que soit la terre qui lui a été donnée, un roturier a été promu au statut de noble. Je ne nierai pas que Sa Majesté a rompu la promesse qu’elle avait faite à Ryoma au début, mais en fin de compte c’était inévitable. », déclara Chris.

Helena avait ressenti un soupçon de peur dans les mots de Chris.

Il a un grand sens du devoir… Et plus son sens du devoir est grand, plus il attend des autres qu’ils tiennent leurs propres promesses…

Il était probable que les seuls à comprendre les appréhensions d’Helena étaient la poignée de personnes travaillant sous le comte Bergstone, qui interagissaient directement avec Ryoma.

Le jeter dans cette péninsule était probablement semblable à lâcher une vipère dans la nature…

Helena pouvait imaginer la colère et la haine qui crépitaient comme des flammes dans le cœur de Ryoma. Elles s’écrasaient sous la surface, aussi lentement et certainement qu’un courant de magma. Ayant passé de nombreux jours à préparer la vengeance de son mari et de sa fille décédés, elle pouvait capter avec sensibilité les intentions cachées que Ryoma essayait de dissimuler.

Sa haine pour ceux qui sont au pouvoir… Surtout pour les dirigeants et ceux qui occupent des positions privilégiées… C’est quelque chose que je ne connais que trop bien.

Si la décision de la reine Lupis n’était pas vraiment un choix admirable, elle n’avait pas vraiment suscité de critiques. Sur cette Terre, l’immobilité sociale était un fait commun, à toute épreuve, il était donc naturel que ceux qui occupent des positions élevées fassent leurs choix sans être contestés. Mais la princesse Lupis s’était trompée sur un point essentiel : la procédure.

Elle aurait pu simplement expliquer les choses à l’avance et recevoir l’approbation de Ryoma. Ryoma n’était pas un homme à qui l’on ne pouvait pas faire entendre raison, et si on lui avait donné une explication honnête et correcte, il aurait compris son point de vue.

Mais la différence de classe entre un noble et un roturier avait fait ressortir sa laideur. Peut-être ne l’avait-elle pas fait consciemment, mais son attitude montrait clairement que son intention était : « Tais-toi et écoute ce que dit la reine, roturier. »

Il est vrai que piétiner un roturier en se cachant derrière son statut social n’était pas rare dans ce monde, mais la reine Lupis n’avait pas du tout réalisé que les personnes piétinées ne supporteraient pas toujours cette humiliation en silence.

Je leur ai pardonné… Mais ce garçon…

Née roturière, Helena avait connu de nombreuses frustrations amères dans sa jeunesse. Mais elle avait simplement utilisé cette frustration comme un tremplin pour atteindre la position de général grâce à son travail de chevalier, en grimpant au sommet. Beaucoup de gens avaient démissionné à l’époque, craignant les représailles d’Helena pour leurs actes.

Mais Helena ne s’était jamais vengée. C’était uniquement dû au fait qu’Helena Steiner était une citoyenne de ce royaume. Elle s’était retenue, pensant qu’il serait mal de s’en prendre à ses compatriotes.

Mais que ferait une personne sans attachement à Rhoadseria ? Son cœur tremblerait probablement simplement d’humiliation et de colère, croyant que le jour où la vengeance tombera arrivera sûrement…

Devrai-je éventuellement me battre contre ce garçon… ?

Chaque fois que cette question lui traversait l’esprit, Helena frissonnait. Bien sûr, elle n’avait pas l’intention d’élever la voix pour l’avertir de cette situation ni de conseiller à la reine Lupis de chercher la réconciliation.

Si Ryoma venait à se venger, elle se contenterait de le défier en duel en silence. Elle savait que sa colère était justifiée.

Cinq ans…

Ces mots étaient réapparus dans son esprit. C’était ce que Ryoma avait dit la veille de son départ du Pireas, lors de son banquet d’adieu.

Ce pays n’avait plus beaucoup de temps…

L’ancien duc Gelhart fut rétrogradé au rang de vicomte, et son territoire, la région céréalière d’Héraklion, fut échangé contre une terre non développée. Par rapport à l’époque où il contrôlait Héraklion, son statut avait été considérablement abaissé, mais comme sa fortune personnelle était restée intacte, il restait financièrement stable. Il retrouvera certainement son influence à un moment donné.

Et en effet, la rumeur disait que dans les trois mois qui suivirent la fin de la guerre civile, le vicomte Gelhart avait déjà commencé à rassembler les restes de la faction des nobles qui avaient échappé à la punition. La plupart d’entre eux étaient des personnes qui avaient été chassées de leur poste à cause de la promotion du comte Bergstone et des autres nobles de la faction neutre. Ils complotaient la résurgence de la faction des nobles, avec le vicomte Gelhart comme chef.

Et bien sûr, cette faction de nobles réformés utilisait la princesse Radine comme figure de proue nominale. La grâce du vicomte Gelhart avait permis à Radine d’être officiellement reconnue comme membre de la famille royale. C’était tout naturel, puisque la reine Lupis avait accepté son explication. Mais bien sûr, les gens qui s’étaient battus pour prouver la légitimité de la reine sur le champ de bataille ne pouvaient pas accepter cet état de fait aussi facilement.

La reine Lupis est encore plus malmenée qu’avant…

En apparence, l’ordre public dans le royaume s’était amélioré et les marchés étaient animés. En ce qui concernait la qualité de vie des citoyens, le royaume était certainement en train de se reconstruire. Mais ce n’était qu’une paix trompeuse.

C’était comme si le pays était malade et refusait la chirurgie qui le guérirait, et ne fonctionnait que grâce à un médicament qui supprimait les symptômes. À l’extérieur, tout semblait aller bien, mais la maladie ravageait lentement mais sûrement l’intérieur du corps du patient.

Le problème était que, malgré le fait que la reine Lupis avait gagné la guerre civile, elle ne pouvait pas exécuter Furio Gelhart. Hodram, qui était marié à un noble de Tarjan, était mort. Cela avait laissé Rhoadseria et Tarja dans un état de tension. Elles n’étaient pas en état de guerre avec Xarooda ou Myest, mais elles n’étaient pas très proches sur le plan diplomatique. Des hostilités pouvaient éclater avec ces deux royaumes au moindre incident. Et en plus de tout cela, il y avait une faction au sein du royaume qui complotait pour faire tomber la reine Lupis de son trône.

Ryoma avait estimé le temps qu’il restait à la reine Lupis en tenant compte de tous ces facteurs, et l’avait communiqué à Helena. Cinq ans… Ou plutôt, cinq ans tout au plus. Les choses pourraient très bien s’effondrer encore plus tôt. En fait, étant donné la situation, il semblait très probable qu’elles s’effondreraient bien avant cinq ans.

« Si vous ne vous préparez pas en conséquence pendant ces cinq ans, la reine Lupis pourrait mourir… Bien que je suppose que vous le savez déjà. Mais je vous dis ceci, juste au cas où… Après tout, je vous ai pratiquement forcé à participer à tout ça. », avait dit Ryoma avec un sourire.

Au moment où elle vit ce sourire, Helena avait réalisé qu’il avait complètement abandonné la Reine Lupis. Il parlait uniquement par souci pour Helena… La prévenant de ne pas se détruire en obéissant à une reine qui n’avait pas d’avenir.

« Cinq ans… »

Les mots lui échappèrent.

« Hmm ? Tu as dit quelque chose ? », demanda Chris en la regardant d’un air interrogateur.

« Non, ce n’est rien… Peux-tu me passer le prochain document ? »

Chris lui tendit le document suivant comme demandé. Elle le regarda rapidement et le tamponna avec son sceau. Il ne restait pas beaucoup de temps avant le jour prévu par Ryoma.

Ryoma… Continue à vivre… Et puis, une fois de plus…

Helena pria du fond du cœur pour le bien-être de ce garçon mûr qui était assez jeune pour être son petit-fils. En espérant qu’ils se reverraient un jour…

Le soleil brillait dans le ciel, illuminant les gens qui voyageaient sur la route. Les cicatrices laissées par la guerre civile rhoadserienne se faisaient encore vivement sentir, et la circulation des marchandises était encore entravée dans le pays. Mais aujourd’hui, trois mois après la fin des combats, la vie pacifique revint enfin pour les civils de Rhoadseria.

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