Wortenia Senki – Tome 5 – Chapitre 1 – Partie 4

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Chapitre 1 : Le début du voyage

Partie 4

« Conneries ! Vous pensez vraiment que je vais croire ça !? »

Ses émotions refoulées éclatèrent. Des flammes rouges de colère brûlaient dans les yeux de Kusuda. C’était sa rage face à la situation inexplicable qui lui était arrivée, et sa colère contre Kouichirou qui l’avait expliqué trop calmement. En vérité, il ne faisait que décharger sa colère, mais il était difficile de lui en vouloir. Personne ne pouvait simplement accepter le fait de se retrouver dans cette situation par malchance et rien d’autre.

« Assieds-toi. M. Mikoshiba n’a pas encore fini. »

Tachibana arrêta Kusuda, qui semblait être sur le point de s’élancer vers Kouichirou.

« Mais ! »

Kusuda essaya de discuter.

« Assieds-toi ! »

Tachibana lui avait coupé la parole, en se répétant.

Tachibana n’allait pas non plus prendre les revendications de Kouichirou au pied de la lettre, mais il devait à tout prix lui demander quelque chose. Et cela avait la priorité sur tout le reste.

« Je m’excuse. »

« Ça ne me dérange pas. »

Il ne s’agissait bien sûr que d’excuses symboliques, mais Kouichirou n’avait pas l’intention d’aggraver la situation.

« Alors, c’est tout ce que vous vouliez demander ? », demanda Kouichirou.

« Il y a une dernière chose que je veux demander… Peut-on retourner au Japon ? », remarque Tachibana.

C’était la question la plus importante. Ils étaient évidemment impatients de retourner au Japon. Kouichirou, cependant, secoua lentement la tête.

« Hmm… Ce sera difficile. »

« Vous voulez dire qu’il faudra du temps pour faire ça ? »

Kouichirou secoua à nouveau la tête.

« C’est en partie vrai, bien sûr, mais même si vous résolvez tous les problèmes parfaitement, et que vous sacrifiez beaucoup pour cela, la possibilité de rentrer chez vous dépend toujours de la chance. »

Sa réponse ressemblait à une condamnation à mort, et c’était ce que Tachibana espérait ne pas avoir à entendre. Mais d’un autre côté, ils contenaient une lueur d’espoir.

« Grand-père, il y a autre chose que je dois te demander. »

Asuka, qui avait tenu sa langue jusqu’à présent, a murmuré.

« Comment... Comment en sais-tu autant à ce sujet ? »

« Asuka… »

C’était la question que Kouichirou voulait le moins entendre.

« Dis-moi, grand-père… Pourquoi ? »

Asuka était déchirée entre le désir de croire sa famille d’une part et des doutes accablants d’autre part. Écrasées entre ces deux émotions contradictoires, de grosses larmes s’étaient accumulées dans ses yeux.

Asuka et Kouichirou se regardaient, le regard fermé. Il ne voulait pas lui dire, mais il savait qu’elle avait le droit de savoir.

Je n’ai pas le choix…

Kouichirou prit des résolutions, mais il ne s’était finalement jamais décidé à parler. Il avait été coupé par le bruit soudain de la porte de la chambre qui était violemment frappée.

« Bon sang, ils ont découvert que quelque chose de louche se produisait ! »

Il semblerait que les gens de Beldzevia avaient enfin compris que quelque chose n’allait pas. Kouichirou claqua la langue, sortit un petit sac à dos en cuir et le poussa dans les bras d’Asuka.

« Tu as Ouka, hein ? Bien. Garde-la pour te défendre. L’argent dans ce sac devrait vous aider à te nourrir pendant un certain temps. Et n’oublie pas ! Ce n’est pas le Japon, ni notre monde. Ne fais pas confiance aux autres trop facilement, et ne supplie jamais tes ennemis de te pardonner ! »

« Hein ? Attends, qu’est-ce que tu veux dire !? »

Asuka n’avait pas pu suivre l’évolution de la situation, mais Kouichirou l’avait encouragée à aller de l’avant.

« J’aimerais bien te l’expliquer, mais le temps nous est compté. Les gens dehors savent que quelque chose ne va pas, et ils vont bientôt franchir la porte… Je vais les occuper, alors enfuis-toi avec M. Tachibana et M. Kusuda. »

Kouichirou tira Kikka de son fourreau. Son expression semblait résolue à les défendre jusqu’à la mort. Même avec son habileté, se battre au milieu du territoire ennemi tout en protégeant Asuka était une tâche difficile. Le plan qui avait le plus de chances de les faire tous partir vivants était que les trois autres courraient se mettre à l’abri pendant qu’il occupait leurs poursuivants.

J’ai pensé qu’il valait mieux me débarrasser d’eux au début, mais je suppose que je finirai par leur laisser Asuka… Le jeune Kusuda ne semble pas encore comprendre la situation, mais Tachibana la comprend bien… C’est mieux que d’envoyer Asuka seule dans ce monde…

Il avait envisagé d’éliminer les inspecteurs, mais en voyant Asuka interagir avec eux, il avait changé d’avis.

Asuka avait été choquée de le voir tuer des gens de sang froid, même si c’était pour la protéger, et entendre ses explications ne faisait que la rendre suspicieuse quant à la façon dont il en savait autant sur cet endroit. Peut-être qu’il pourrait finalement tout expliquer et dissiper ses soupçons, mais ce n’était pas le moment.

S’il avait tué Tachibana et Kusuda dans cette situation, les considérant comme des obstacles, Asuka aurait perdu à jamais sa confiance en lui. Elle se serait opposée à ses instructions et, au pire, se serait enfuie d’elle-même. Et cela irait à l’encontre de l’objectif qu’il s’était fixé de revenir dans ce monde pour la protéger.

« Mais… Mais ! », dit Asuka, ses mots s’accrochant à elle.

« Assez, tais-toi et fais ce que je dis ! »

Kouichirou lui coupa la parole.

C’est vrai, le temps était contre eux.

« M. Tachibana, M. Kusuda ! Gardez Asuka en sécurité ! »

Confirmant l’accord des deux hommes, Kouichirou brandit son épée, face au mur de pierre en face de la porte.

« Pardonne-moi, Kikka, mais je dois emprunter ton pouvoir. »

Au moment où ce murmure quitta les lèvres de Kouichirou, la lame de Kikka s’était illuminée d’une étrange lueur violacée. Sentant son prana monter en flèche, Kouichirou ouvrit les sept chakras de son corps.

L’instant suivant, un cri s’éleva du fond de son estomac, résonnant dans toute la pièce.

« Vite, par ici ! »

Après avoir parlé, Kouichirou s’était écrasé contre le mur.

« Hein ? Pas moyen… Comment est-ce que c’est… ? »

Le mur s’était effondré contre son corps. Là où il y avait de la roche, il restait un trou carré, assez grand pour qu’une personne puisse y entrer. La frappe de Kouichirou, délivrée de la position des huit directions, déchira le mur de pierre comme s’il était fait de papier. La section transversale était aussi lisse que la surface d’un miroir, ce qui montrait bien que la frappe tranchante avait été faite avec une précision parfaite.

Asuka était restée sans voix à cause de la vue qu’elle avait devant les yeux. En effet, le simple fait de décrire ce qui venait de se passer comme l’œuvre d’un maître épéiste ne suffirait pas à l’expliquer. Il était vrai que certains anciens maîtres de sabre étaient capables non seulement de couper des armures et de fendre des casques, mais aussi de taillader d’épaisses planches de go en bois de muscade. Mais ce que Kouichirou venait de faire dépassait même ces légendes.

Peut-être que le plus effrayant ici n’était pas seulement son propre talent, mais plutôt le tranchant de la lame de Kikka. Elle avait traversé un mur de pierre de plusieurs centimètres d’épaisseur sans même s’écailler.

« Mlle Kiryuu ! Nous devons nous dépêcher ! »

Kusuda s’était rapidement penché sur le trou dans le mur, une épée à la main.

Il regarda dehors, puis fit signe de la main pour qu’ils viennent.

« Tout va bien. La voie est libre ! »

« M. Tachibana, allez-y. » dit Asuka.

« Mlle Kiryuu… je suis désolé. »

Tachibana s’était excusé.

Dans cette situation, il serait logique de laisser Asuka partir en premier, mais pour l’instant, Tachibana était blessé. Ils ne pouvaient pas le laisser partir en dernière position. Il avait probablement senti sa considération et était allé dans le trou sans rien ajouter.

« Grand-père… »

Asuka regarda le visage de Kouichirou. Elle avait tellement de choses à dire et à demander. Et elle voulait s’excuser de l’avoir suspecté…

« Ne laisse pas cela te tourmenter. C’est de ma faute si je ne te dis rien. »

« Mais… »

« C’est bon. Ouka et Kikka sont attirés l’une par l’autre. Tant que tu t’accrocheras à cette épée, nous nous reverrons. Je te rattraperai… Aah, n’aie pas l’air si inquiète, mon enfant. Aucun chevalier se trouvant dans le château avec son roi, ne connaissant pas le champ de bataille, ne pourra m’égaler. »

Kouichirou fit un sourire et plaça une main sur la tête d’Asuka, en la tapotant doucement.

« Écoute-moi. Une fois que vous aurez quitté ce pays, dirigez-vous vers le nord. Dirigez-vous vers un pays appelé Helnesgoula. Cet endroit devrait être relativement plus sûr que les autres pays. »

« Très bien. Je vais… »

Asuka fit un signe de tête faible.

« Bien… Dans ce cas… Vas-y ! »

Kouichirou la repoussa doucement.

« Ça va aller. Je te retrouverai plus tard. On va se regrouper. »

Il restait tant de choses à dire. Mais elle n’avait plus le temps d’échanger des mots avec Kouichirou.

« Maintenant… Tout est pour le mieux. »

Kouichirou s’était arrêté, silencieux, regardant Asuka disparaître dans le trou. Mais assez vite, la porte s’était ouverte avec un bruit sourd et un groupe de chevaliers entièrement armés s’était précipité dans la pièce.

« Qu’est-ce que c’est ? Est-ce que Dame Fontaine va bien !? »

« Pas bon, ils sont tous morts ! »

Des cris résonnaient dans la pièce.

« Toi ! C’est toi qui as fait ça !? »

Peu de temps après, les chevaliers entourèrent Kouichirou, qui se tenait tranquillement en place, et l’un des hommes s’avança. Sa voix laissait entendre qu’il avait une trentaine d’années. Il devait être un chevalier de haut rang, car son armure et son apparence étaient un peu plus extravagantes que celles des autres.

Il s’avança avec un pan de sa cape blanche et pointa Kouichirou du doigt en élevant la voix.

« Je te demande, au nom de Beldzevia ! As-tu commis cette atrocité !? »

La plupart des gens se recroquevillaient à son cri. Mais Kouichirou ne voyait pas la valeur de ses paroles. À ses yeux, couper Misha était aussi trivial et avait autant de sens que de couper un radis. Toutes les vies sur cette Terre étaient également dénuées de sens à ses yeux.

La seule chose qui comptait était de savoir lesquelles pouvaient être exploitées et utilisées, et lesquelles devaient simplement être supprimées.

« En effet. Et alors ? » dit-il avec calme.

« Je vois… Alors c’est toi qui as tué ma femme ! »

Le chevalier s’exclama et tira son épée, la tenant dans une position intermédiaire.

« Tu ne t’en tireras pas comme ça, homme de l’autre monde. Tu sentiras à quel point c’est un péché de jouer avec la maison Fontaine. Tu le ressentiras dans ta chair ! »

C’était la colère justifiée d’un homme qui avait perdu sa femme. Une famille en deuil qui condamnait un agresseur. Mais en entendant ces mots, Kouichirou ne pouvait que ricaner.

« Je vois… Donc tu es de la famille de cette femme… Ce n’est pas très gentil. Elle est morte un peu trop facilement. »

Sa voix était celle d’un démon infernal.

L’intention de tuer qui émanait du corps de Kouichirou remplissait la pièce.

« C’est le prix à payer pour avoir entraîné ma pauvre Asuka dans ce monde… Et tu le paieras de ta vie. »

La lame de Kikka brillait, comme pour appuyer ses propos. Et à ce moment, tout le monde dans la salle déglutit nerveusement. Ils avaient pu comprendre ce qu’était cette arme à la façon dont la lame brillait…

« Impossible… c’est la brillance d’une épée magique ! Et cette énergie… C’est une sorte de lame maudite !? »

Les chevaliers autour de Kouichirou s’agitaient nerveusement, face à quelque chose qui n’aurait pas dû être là.

« Qui es-tu au juste ? ! Un étranger qui vient juste d’arriver dans ce monde ne peut pas avoir quelque chose comme ça ! »

Des mots montrant son état de choc s’échappèrent des lèvres du comte Fontaine.

Mais la réponse à cette question n’atteindra jamais ses oreilles.

« Tu n’as pas besoin de savoir… Meurs. »

Tandis qu’il prononçait ces mots, la main droite de Kouichirou s’écarta impitoyablement.

Ce jour-là, un grand incident eut lieu dans le royaume de Beldzevia, situé au sud du continent. Misha Fontaine, magicienne à la cour, avait été retrouvée morte des mains d’un homme d’un autre monde qu’elle avait convoqué. En outre, une foule de chevaliers, menés par le mari de Misha et un chevalier du royaume, le comte Fontaine, avaient également été tués.

Et pour aggraver les choses, l’homme qui avait commis ces atrocités avait réussi à s’enfuir dans le royaume et à s’échapper du château, avec sa lourde sécurité de plusieurs centaines de chevaliers incapable de le contenir.

Le roi de Beldzevia vit la situation d’un mauvais œil et avait immédiatement pris un décret royal, rassemblant ses chevaliers les plus habiles pour retrouver cet homme. Mais tout cela s’était soldé par un échec, avec quelques pertes supplémentaires. Pire encore, l’affaire fut découverte par des espions des pays voisins, et se propagea bientôt aux autres pays du Sud, à savoir ceux qui possédaient de puissantes armées. Cela avait terni le nom de Beldzevia, affaiblissant progressivement son pouvoir national.

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