Wortenia Senki – Tome 4 – Chapitre 5 – Partie 5

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Chapitre 5 : Un nouveau champ de bataille

Partie 5

« Dois-je interpréter ce que Lady Meltina vient de dire comme étant les intentions de Sa Majesté ? »

Ryoma déplaça son regard de Meltina à Lupis, assise sur son trône.

Lupis répondit par un hochement de tête brusque et silencieux. Elle ne pouvait, en aucun cas, lui dire en face qu’elle l’envoyait dans une région reculée pour qu’il y reste confiné.

« Oh, je vois… ! Alors cela rend ma demande beaucoup plus facile, Votre Majesté. »

« … Que voulez-vous dire ? » L’expression de Lupis devint perplexe.

« Vous avez seulement dit que vous vouliez confirmer mes intentions. »

Elle pensait que le souhait de Ryoma ici était d’entendre ses intentions, mais bien sûr, Ryoma ne voulait rien d’aussi simple que cela. Jusqu’à présent, il n’avait fait que préparer le terrain pour pouvoir coincer Lupis et Meltina…

« Pas du tout, Votre Majesté ! Ma demande est assez simple… Mais j’ai hésité à la formuler avant de confirmer vos intentions… Mais si vous souhaitez vraiment que je développe la péninsule de Wortenia… »

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Les deux femmes avaient un mauvais pressentiment sur ce que Ryoma allait dire.

« Eh bien, vous voyez… J’aimerais que vous me prêtiez des fonds pour développer la péninsule… Mais la somme allant être assez élevée, je ne pouvais pas me résoudre à le demander sans être absolument sûr de vos intentions… Mais, puisque vous me faites tant confiance, Votre Majesté, je suis très honoré. Je vais devoir faire de mon mieux et répondre aux espérances que vous avez portées à mon égard ! »

Ryoma baissa la tête devant Lupis avec sérieux.

« Attendez ! Vous voulez qu’on vous fournisse des fonds ? Qu’est-ce que vous dites ?! »

Meltina éleva la voix avec colère.

« La péninsule de Wortenia est votre territoire ! Pourquoi la maison royale devrait-elle vous fournir des fonds pour cela ?! »

L’expression de Ryoma, cependant, n’avait pas bougé.

« Hein ? C’est une chose assez étrange à dire. J’avais l’impression que Sa Majesté était consciente de l’état de la péninsule, et m’a demandé de la développer pour en faire un territoire florissant. »

« Exactement ! Et c’est pourquoi vous devez la développer en utilisant vos propres ressources ! »

Les revendications de Meltina dans ce domaine devraient normalement être raisonnables, mais dans ce cas précis, elles manquaient de légitimité.

« Mais comme vous le savez, je suis un roturier. Je n’ai pas de fortune ou de biens à mon nom. Je suis sûr que vous comprenez toutes les deux cela, oui ? »

Ryoma avait effrontément menti, gardant pour lui la fortune qu’il avait volée à Azoth le marchand d’esclaves.

« C’est vrai, mais… »

« Et comme je n’ai pas d’argent, il faudrait que quelqu’un me fournisse des fonds pour que je puisse répondre aux attentes de Sa Majesté… Mais aucun marchand du continent ne me prêterait de l’argent pour développer cette péninsule. »

Les commerçants détestaient les risques. Bien sûr, si l’on devait présenter suffisamment de mérite pour compenser ce risque, les choses seraient différentes, mais une péninsule infestée de demi-hommes et de monstres n’offrirait rien de tel. Aucun commerçant ne soutiendrait une chose aussi risquée.

« Alors vous devriez utiliser votre propre esprit pour… »

Meltina s’accrochait désespérément.

Perdre cet argument reviendrait à tout réduire à néant. Ils ne parviendraient pas à contenir Ryoma, et Lupis souffrirait d’un coup à sa dignité. C’était la seule chose qu’ils devaient éviter.

« Bien sûr ! J’ai l’intention de faire tout mon possible, mais je ne suis pas un dieu ! Je ne peux pas développer ce terrain sans fonds… ! Mais je suis parfaitement conscient que Sa Majesté, avec sa sagesse et sa sagacité, comprend parfaitement… »

Ryoma dirigea la conversation vers Lupis, qui pâlit devant l’acuité de son regard. Elle lui avait imposé toute cette affaire tout en sachant pertinemment combien elle était absurde. Et maintenant qu’il était clair qu’il avait tout compris, elle n’avait plus de cartes à jouer. En fin de compte, Lupis ne pouvait que prononcer les mots que Ryoma voulait entendre.

« Combien ? »

« Votre Majesté ! »

Lupis ignora l’exclamation de Meltina. Ils n’étaient pas les seuls présents. Les nobles et les chevaliers de la faction neutre servant de gardes étaient également présents. Elle ne pouvait plus se permettre d’avoir honte sous leurs yeux. Elle devait se présenter comme une sage souveraine qui conférait à un roturier le statut de noble.

« Je savais que je pouvais avoir confiance en votre tolérance et votre sagesse, Votre Majesté… ! Eh bien, je n’ai réussi qu’à faire une première estimation approximative jusqu’à présent, mais une fois converti en pièces, cela revient au moins à un million de pièces d’or ! »

Lorsque Sudou avait mentionné le montant indiqué par Ryoma, Saitou s’était exclamé à haute voix. C’était assez inhabituel, étant donné son attitude généralement recueillie et polie. Mais Shardina ne pouvait pas lui en vouloir. Elle était elle-même terriblement choquée.

Le coût d’une nuit dans une auberge se situait entre cinquante pièces de cuivres et une pièce d’argent. Un repas dans un restaurant moyen en ville coûtait entre cinq et dix pièces de cuivres. Bien sûr, il y avait des endroits plus chers où l’on pouvait aller, mais une pièce d’argent suffisait à la plupart des gens pour passer la journée.

Si l’on compare avec la monnaie japonaise, une pièce de cuivre équivalait à une pièce de 100 yens, l’argent à un billet de 10 000 yens et l’or à un million de yens. Cela relativisait beaucoup la somme demandée par Ryoma, qui lui avait demandé l’équivalent d’un trillion de yens japonais.

« C’est absurde… Ils devraient prêter presque tous les actifs du Royaume de Rhoadseria pour cela ! » dit Saitou.

« Même l’Empire aurait du mal à payer cette somme d’un seul coup… » dit Shardina avec une expression stupéfaite.

Cela signifiait que la somme n’est pas théoriquement impossible, mais qu’aucun pays du continent occidental n’accepterait de payer autant. Les pays décidaient à l’avance de la manière dont ils allaient dépenser leurs revenus. Les fonctionnaires devaient recevoir leur salaire, l’armée devait tenir compte des dépenses d’investissement et de nombreuses autres questions importantes ne pouvaient être négligées.

Tout pays qui décidait de payer ce genre de somme devait passer des années à racler son budget. Même l’Empire aurait du mal à trouver cette somme immédiatement. Rhoadseria, un pays qui ne pourrait pas l’égaler, ni en taille ni en économie, ne le pourrait pas non plus.

« Tout à fait. Mais s’il devait sérieusement développer cette péninsule, il lui faudrait en fait investir autant pour y parvenir. C’est vrai. »

Sudou fit un signe de tête.

Il faudrait abattre les forêts. Les routes devraient être pavées. Des soldats de réserve devraient être engagés et équipés en cas d’attaques de pirates ou de semi-humains. Sans parler des coûts pour les citoyens qui émigrent. Tous ces gens aspireraient l’argent comme des marais sans fond, mais s’ils avaient vraiment l’intention de développer cette terre maudite, il fallait y mettre ce prix.

« C’est possible, mais une telle somme est… » dit Shardina, puis s’exclama : « Ah ! Je vois… C’était donc son angle d’attaque ! »

« Je vois que vous avez compris. Toujours aussi sage, Votre Altesse. »

Sudou sourit, en rétrécissant les yeux.

« Dès le départ, il n’avait pas l’intention de se faire prêter autant d’argent, pas vrai ? Il a préparé d’autres conditions pour compenser son refus ! »

Sudou fit un signe de tête à Sardina, et sortit une feuille de papier de sa poche intérieure.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Une liste des conditions que M. Mikoshiba a données à la reine Lupis… D’après ce que j’ai vu, le contenu est assez problématique… Il veut en effet être complètement indépendant du royaume de Rhoadseria. »

Le document contenait une liste détaillée de clauses, et il y avait pas mal d’éléments qui y étaient énumérés. Shardina avait regardé la page de haut en bas, sa grimace s’approfondissant au fur et à mesure qu’elle lisait. Ryoma cherchait essentiellement deux choses.

La première était que la législation, les affaires militaires, les affaires extérieures et l’économie lui soient toutes confiées. Et la seconde était une exemption d’impôts et de service militaire que les nobles étaient censés fournir au royaume.

Si ces conditions étaient acceptées, il serait en mesure de créer un pays qui, tout en appartenant à Rhoadseria sur le papier, serait totalement hors de son contrôle. En d’autres termes, alors qu’il n’avait que le titre de baron, Ryoma Mikoshiba se verrait accorder plus de pouvoir et d’autorité sur son territoire que le souverain du royaume.

« Et la reine Lupis… a sérieusement accepté cela… ? », demanda Shardina, l’expression de son visage étant absolument stupéfiant.

Sudou hocha la tête en silence.

« J’ai entendu dire que cette femme était stupide, mais la, c’est le pompon. Elle a laissé cette vipère libre de ses mouvements… »

« Il semblerait qu’elle était tellement aveuglée par la somme qu’il lui avait proposée qu’elle a fini par accepter sans y avoir bien réfléchi. »

« Mais quand même, quelle chose à faire… Et en plus, cela stipule qu’il demande également cinq mille pièces d’or en frais de développement pour le moment. »

Lupis avait donné carte blanche à cet homme menaçant, avec un terrain à lui et des fonds pour le construire.

« Eh bien, je pense qu’à part le sentiment de dette qu’elle a ressenti en refusant sa demande de fonds, Lupis avait sa propre opinion sur la question. Elle a probablement rationalisé qu’il ne pourrait pas faire autant avec seulement cinq mille pièces d’or. Et peu importe le nombre de droits qu’il a accordés, cette péninsule est une région non développée, sans aucun impôt à percevoir. Même cet homme ne peut pas produire des choses à partir de rien… »

Cinq mille pièces d’or, c’était certes une grosse somme d’argent, mais ce n’est pas assez pour changer cette zone neutre. Cependant…

« Saitou… Le pensez-vous vraiment ? »

Saitou se tut à la question de Shardina.

Une terre dont on ne pouvait pas percevoir d’impôts, grouillant de monstres, avec peu ou pas d’aide de Rhoadseria… Pouvait-il vraiment faire quelque chose dans ces conditions ? Mais Saitou hésitait à le dire. Lui-même était terrifié par quelque chose que Ryoma Mikoshiba possédait.

Shardina détourna son regard de Saitou. Toutes les personnes présentes avaient le même sentiment d’effroi.

« Saitou… votre petit stratagème… ne reviendra-t-il pas nous hanter ? »

Sudou ne pouvait que lui répondre par le silence. Après tout, c’était lui qui avait insisté sur les inquiétudes de Lupis et lui avait proposé de faire de Ryoma un noble. Il s’agissait d’une comédie visant à s’assurer qu’ils gardent une emprise sur la position de Ryoma. Shardina était tout aussi anxieuse à l’idée que Ryoma s’associe à un autre pays, en particulier les pays du nord et de l’ouest. Mais si, d’une manière ou d’une autre, leur tentative pour contrer cela ne faisait qu’empirer les choses…

Cette peur les avait tous les trois piégés.

« Bien… Sudou… Mais tu ne peux pas le perdre de vue », dit brièvement Shardina.

Sudou fit un signe de tête.

« Dans ce cas, Votre Altesse… je vous ferai mon prochain rapport après que nous ayons commencé l’invasion de Xarooda. Est-ce que cela suffira ? »

« Oui… Nous attaquerons le mois prochain, selon le calendrier prévu… Sudou ! Les préparatifs sont terminés, oui ? »

Sudou et Saitou avaient tous les deux hoché la tête.

« Rassurez-vous. La guerre civile a secoué les nobles et les chevaliers. Nous avons de nombreuses occasions de profiter… Rhoadseria n’enverra pas de renforts à Xarooda. »

À ce moment, l’Empire d’O’ltormea se préparait à montrer ses crocs aiguisés.

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