Wortenia Senki – Tome 4 – Chapitre 5 – Partie 3

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Chapitre 5 : Un nouveau champ de bataille

Partie 3

Pour commencer, mon visage et mon nom sont trop connus… Et même si je m’échappais de cet endroit, Lupis n’aura besoin qu’à aller à la guilde, et cela me causera de toute façon des problèmes… Au pire, je ne pourrai pas obtenir de travail auprès de la guilde.

C’était la lettre de Lupis qui avait poussé la guilde à gracier le groupe de Ryoma, prouvant ainsi leur innocence. Mais en d’autres termes, si Lupis disait : « Je ne sais rien de cette lettre » ou « On m’a demandé d’écrire une lettre fallacieuse », tout pourrait être renversé. Toute innocence acquise grâce aux paroles de Lupis pourrait perdre sa crédibilité avec un seul témoignage contrasté de sa part.

Merde… Le fait que la famille royale ait tout ce pouvoir ne fait que tout compliquer…

Se rappeler comment il se réjouissait de voir leur innocence prouvée le rendait malade. Peut-être que c’était ce qu’il méritait pour avoir méprisé l’autorité de la royauté. Pour le meilleur ou pour le pire, la force d’un pays est vaste. C’était une puissance qui pouvait tout aussi bien permettre de dire que le ciel était vert et que l’herbe était bleue.

J’aurais dû quitter ce pays dès que j’ai pu… Mais non, cela n’aurait pas été possible. Ils ont des chevaliers qui veillent sur moi 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, prêts à me tuer si j’essaie de m’échapper… Bon sang ! Je suis vraiment un idiot inconscient… Je n’aurais pas dû avaler les paroles stupides de Lupis. « Je veux que vous voyiez le moment où je serais couronnée », a-t-elle dit ! Cette salope est effrontée et condescendante…

Il avait l’intention de quitter le pays dès la fin de la rébellion, c’était pourquoi Ryoma avait pris tous les moyens possibles pour gagner. Il avait évité d’établir des liens inutiles avec les nobles, et avait réprimandé sans hésitation tout ce qui allait à l’encontre de la volonté de Lupis. Il ne se souciait littéralement pas du regard qu’il portait sur tous ceux qui l’entouraient.

Mais la dette de ces actions pesait désormais sur lui, et elle était effectivement très lourde. Cela faisait maintenant plus d’un mois que la guerre civile avait pris fin, et Ryoma restait dans le château même si sa revendication auprès de la guilde était complète. Tout cela parce que la reine Lupis l’avait poussé à le faire.

Le premier indice de Ryoma n’était qu’un signe d’anxiété, la peur de devoir assumer les responsabilités d’un pays. Avec Mikhail, son confident, désormais assigné à résidence, Ryoma pensait que son séjour dans le pays pourrait atténuer une partie de son stress. Et cette petite pointe de sympathie était revenue pour le mordre vicieusement.

Cela fait plus d’un mois que la rébellion a pris fin… Et maintenant, c’est moi qui suis entièrement dos au mur.

Ryoma passa la plus grande partie de ce mois dans sa chambre au château. Il se régalait d’une nourriture abondante, puis il transpirait en pratiquant les arts martiaux contre Lione ou les sœurs Malefist. S’il lui restait vraiment trop de temps libre, il parlait à Boltz ou à Gennou d’un sujet insignifiant ou d’un autre.

C’était les premiers jours qu’il passait depuis qu’il avait été appelé en ce monde où son cœur était vraiment en paix.

Mais tout cela était basé sur son projet de quitter le pays. Si Ryoma avait pris en compte le fait qu’il devait rester à Rhoadseria, il n’aurait pas passé ces jours aussi oisivement.

En ce moment, Ryoma avait besoin de silence pour affronter son propre cœur. Ryoma analysa la situation en silence, mais avec certitude.

Je n’aurais jamais pensé qu’elle romprait sa promesse… Non, j’ai délibérément ignoré cette possibilité… Je suppose que je l’ai sous-estimée… Ou plutôt, j’ai surestimé sa gentillesse…

Il pouvait dire qu’elle avait peur de lui, et c’était en partie pour cela que Ryoma n’avait pas l’intention de rester. Mais ce n’était pas suffisant pour faire disparaître la peur de Lupis.

La péninsule de Wortenia… Honnêtement, c’est une sacrée promotion. Mais je ne vois pas Lupis faire ça pour moi en ce moment… Après tout, faire d’un roturier un noble susciterait beaucoup de résistance. Et le droit de Lupis au trône est instable, il n’y a donc aucune chance qu’elle fasse de moi un noble maintenant… À moins qu’il y ait un piège.

Ryoma avait reçu un titre de noble et un territoire. Normalement, ce serait un grand honneur, mais Ryoma n’avait pas été assez bête pour l’accepter au pied de la lettre. Sans aucun avertissement, la Reine Lupis était allée à l’encontre de sa promesse et lui avait imposé un titre et un territoire. Si elle avait vraiment voulu que Ryoma Mikoshiba lui prête sa force, elle ne s’y serait pas prise de cette façon.

Il aurait été raisonnable de lui dire directement qu’elle voulait que sa force aille de l’avant. Mais entre sa propre situation, le statut actuel du royaume de Rhoadseria et l’attitude de la reine Lupis et la façon dont elle le regardait, Ryoma pouvait reconstituer sa véritable intention.

Je comprends… Elle veut me garder coincé, pour me sceller.

Cela n’avait aucun sens pour quelqu’un qui avait si peur de lui d’en faire un noble. Dans ce cas, si elle devait en faire un noble, il était probable qu’elle lui imposerait une sorte de restriction.

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la péninsule de Wortenia elle-même… Il y a de fortes chances que l’endroit lui-même soit d’une manière ou d’une autre problématique. Par exemple, elle pourrait être limitrophe d’un autre pays, donc en conflit constant, ou quelque chose comme ça… Mais comme ils veulent me pousser à bout, je ne peux pas dire non. Il me faut une raison pour refuser… Une raison légitime… Alors, comment en trouver une ?

Il lui faudrait une très bonne raison pour refuser un titre et une parcelle de terre qui lui avaient été donnés par une reine sans que cela ne ternisse son honneur. Refuser sans raison traînerait son nom dans la boue. Naturellement, Ryoma ne se souciait pas du tout de la dignité de Lupis à ce stade, mais que se passerait-il s’il le faisait quand même ? Lupis le ferait simplement tuer par dépit.

Qu’il accepte l’offre ou la rejette, tout ce qui attend Ryoma sera l’enfer.

« Au final, je suis juste… faible. »

Les mots d’autodérision échappèrent à Ryoma.

Ryoma était écrasé par l’autorité massive d’un pays. Il pouvait la battre en tant qu’individu, mais il ne pouvait pas défier ses ordres. Même s’il essayait, cela ne lui servirait à rien. Cela signifiait simplement que Ryoma était plus faible que Lupis.

Mais alors que devrait-il faire ?

La seule chose qui puisse s’opposer à un pays… c’est un autre pays.

Une idée avait surgi dans l’esprit de Ryoma.

« Vous semblez préoccupé, seigneur. »

La voix de quelqu’un fit sortir Ryoma de ses pensées.

Ryoma se leva rapidement de son lit et regarda fixement le propriétaire de la voix.

« Comment es-tu entré ici, Genou ? »

« Par cette porte là-bas… je suppose que j’ai négligé de frapper en premier. »

Genou répondit calmement.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne t’ai pas appelé. »

« Franchement, pas besoin d’être comme ça, seigneur. »

Reprenant les paroles de Ryoma, Genou s’était assis sur une chaise.

« J’ai pris la liberté de confirmer la situation par moi-même. La péninsule de Wortenia… On vous a imposé un terrain assez difficile… »

« Comment le sais-tu ? » Les yeux de Ryoma s’étaient rétrécis.

Il n’en avait même pas parlé aux sœurs, et pourtant ce vieil homme le savait.

« Les basses besognes sont mon gagne-pain, seigneur. Chercher des informations comme celles-ci est un jeu d’enfant pour moi. »

« Oui… Je suppose que c’est vrai. »

Ryoma fit un signe de tête.

C’était un clan de Shinobi. Obtenir des informations était une seconde nature pour eux.

« Ne vous attardez pas sur ça… Les jumelles me l’ont demandé. Elles ont dit que votre comportement aujourd’hui était étrange, et elles ont demandé que Sakuya et moi nous en occupions. »

« Les jumelles vous ont demandé de faire ça ? »

Genou fit un signe de tête profond. Selon toute vraisemblance, les sœurs Malfist avaient remarqué le changement d’expression de Ryoma et avaient demandé de l’aide à Genou. Leur attention et leur considération étaient louables.

« Alors vous comprenez la situation ? » demanda Ryoma, en soupirant tout le temps.

« Oui… »

Genou caressa sa moustache.

« C’est une énigme gênante, en effet. Mais d’une certaine manière, c’est aussi un coup de chance. »

« De la chance ? Tu appelles ça de la chance ?! » Ryoma éleva la voix malgré lui.

Le complot de Lupis était évident, et il était anxieux à propos de la terre qu’il était forcé d’accepter. Chaque facteur de cette affaire était entouré d’incertitude. Mais Genou secoua la tête en silence.

« Monseigneur… Acceptez l’offre de Lupis, ses arrière-pensées et tout le reste. Et utilisez-la pour renforcer vos forces. »

Ryoma ne pouvait pas facilement accepter les mots de Genou. Il avait lui-même envisagé cette idée, mais il y avait un facteur sur lequel Ryoma n’avait absolument aucun contrôle par lui-même.

« Ne nous faites-vous pas confiance ? »

Les mots de Genou allaient droit au but, comme s’il avait lu les sentiments de Ryoma dans son expression.

« Nous avons déjà décidé ce que nous voulons faire. Lione et Boltz, et bien sûr les jeunes filles et nous… »

Sur ces mots, la porte de la chambre s’était ouverte, et Lione, Boltz, Sakuya et les jumelles entrèrent dans la chambre.

« Vous l’avez entendu… Pourquoi ne m’as-tu pas demandé de venir, mon garçon ? »

« On te suivra partout, mon garçon ! »

Comme l’avait dit Genou, il semblerait qu’ils avaient déjà pris leur décision collective. Ryoma sentit son expression se relâcher.

« Je veux dire, je ne peux rien promettre… Je suis juste un roturier qui n’a pas la moindre idée de comment gouverner une province. »

Genou hocha la tête en silence. Malgré cela, ils croyaient toujours en Ryoma Mikoshiba.

« Et quoi encore ! Dire qu’elle te traite comme ça après toute l’aide que tu lui as apportée… je vous jure que les nobles sont tous une bande de vrais merdeux ! » dit Lione, reflétant les pensées de toutes les personnes présentes.

Ils s’étaient alors tous rassemblés autour de la table, commençant à planifier leur prochaine étape. La plus grande priorité pour le moment était sa réponse à Lupis demain. La date limite était demain à midi. D’ici là, Ryoma devait décider s’il acceptait le titre et le terrain. Il devra probablement rester debout toute la nuit pour trouver une contre-mesure.

« Je suppose qu’elle a sa position à prendre en considération », déclara Ryoma avec une certaine froideur dans la voix.

Il pourrait se permettre de laisser sa colère se manifester un peu plus.

« Ça ne t’énerve pas ? »

Lione jeta un regard inquisiteur sur Ryoma.

« Eh bien, oui… J’étais énervé au début. Mais s’ils doivent être comme ça, je n’ai pas non plus à leur montrer de pitié », sourit Ryoma.

Au moment où Lione avait vu ce sourire, elle sentit quelque chose de froid se glisser le long de sa colonne vertébrale. C’était le sourire d’un démon. Un sourire rempli de malice et de haine… Né d’une profonde obscurité, plein d’ambition.

Je comprends d’où tu viens, Lupis… Mais tu m’as trahi… Alors je vais m’assurer que tu en paies le prix ! Et puis…

Dans ce monde, seuls les forts survivent. Et les pays étaient l’une des forces les plus importantes de ce monde. On pouvait être aussi habile et spirituel qu’on le souhaitait, mais on ne pouvait pas s’opposer à la puissance d’un pays. Seul un pays pouvait vaincre un autre pays, mais créer un autre pays comme ceux qui existaient déjà dans ce monde n’auraient aucun sens.

L’image que se faisait Ryoma de ce que serait un pays idéal était encore floue, et sa forme était loin d’être étoffée.

Mais avec ces gars à mes côtés…

Cette nuit-là, la lanterne qui illuminait la pièce n’avait été éteinte qu’à l’aube.

« Et c’est tout… Vous comprenez, Votre Altesse ? », demanda Sudou à la princesse Shardina, qui était assise sur la chaise en face de la sienne.

L’endroit était le bureau de Shardina dans la capitale d’O’ltormea. Sur son bureau était posé le rapport intérimaire de Sudou détaillant son infiltration à Rhoadseria.

« Je vois, donc tout se passe bien dans l’ensemble pour l’instant… Il y a eu quelques facteurs imprévisibles, mais il semblerait que l’affaiblissement de Rhoadseria ne soit pas un problème… Est-ce que quelque chose vous a marqué dans cette conversation, Saitou ? »

Shardina se tourna vers Saitou, qui se tenait à ses côtés.

« Grâce à Monsieur Sudou, nous avons réussi à avancer avec des révisions minimales du plan. Si le duc Gelhart mourait, la princesse Radine, qu’il soutenait, serait également éliminée en tant que rebelle. Donc le fait que vous ayez réussi à sortir de cette situation avec les deux vivants… Je ne peux que vous applaudir, comme toujours. Gelhart mis à part, Radine était une marionnette qui nous a coûté beaucoup d’argent. »

« Non, non, je n’étais pas le seul à avoir fait des efforts. »

Sudou sourit à l’éloge qu’il venait de recevoir.

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2 commentaires :

  1. Merci. On voit le futur script se précisé 😎

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