Wortenia Senki – Tome 4 – Chapitre 5 – Partie 2

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Chapitre 5 : Un nouveau champ de bataille

Partie 2

Mais il y avait une autre raison pour laquelle la princesse Lupis n’avait pas choisi l’option de l’assassinat. Une raison qu’elle gardait cachée dans son cœur à tout prix…

Si nous choisissons de le faire assassiner, nos chevaliers peuvent-ils vraiment le tuer ? Et si… Et s’ils échouent, et qu’il réalise que c’est moi qui l’ai ordonné…

Bien sûr, l’armée du royaume réunie pourrait facilement vaincre Ryoma Mikoshiba à titre individuel. Un homme ne peut pas tenir tête à un pays. Mais il pourrait s’échapper. Si l’on y pense rationnellement, la probabilité qu’il réussisse à s’échapper était inférieure à une sur dix mille.

Mais elle n’était pas nulle.

Et elle sentait que Ryoma Mikoshiba avait quelque chose qui allait lui permettre d’atteindre cette probabilité. Tout comme il avait fait de Lupis la reine de ce pays…

Cet homme… Il ne me pardonnera jamais…

Cette peur liait le cœur de Lupis comme une chaîne.

« Mes excuses, Votre Altesse… le Seigneur Sudou souhaite vous parler. Dois-je le faire entrer ? »

Le silence qui régnait entre Lupis et Meltina fut troublé par une servante qui frappa à la porte. Meltina confirma que Lupis avait fait un signe de tête en signe d’affirmation.

« Laissez-le passer. », dit Meltina.

La porte s’était alors ouverte, et Sudou était entré, vêtu d’une tunique de noble.

« Mes excuses, Votre Altesse… Oh ? Vous avez l’air très inquiète », dit Sudou en entrant.

« Cela n’est pas convenable… De tels nuages sombres au-dessus de votre beau visage. C’est peut-être présomptueux de ma part, mais je pourrais vous donner mon avis, si vous le souhaitez, Votre Altesse… Non, pardonnez-moi. Votre Majesté. »

Il n’avait jamais été un homme très maniéré, mais cette fois il était allé trop loin.

« Comment osez-vous parler à Son Altesse si impoliment ?! »

Meltina dégaina son épée.

Peu de gens lui reprocheraient sa mauvaise humeur vu la situation. L’attitude de Sudou était bien trop impolie pour être utilisée devant la royauté.

« Range ton épée, Meltina… Sudou. Vous devriez apprendre l’étiquette. Je vais passer outre cette fois, mais la prochaine fois, vous n’aurez pas autant de chance », dit Lupis de façon menaçante.

Sudou inclina la tête respectueusement devant ses paroles, bien que tous deux comprirent que ce n’était que pour la forme.

« Bien… Alors, à quoi dois-je votre visite ? Je suis très occupée, alors soyez bref. »

Lupis autorisa Sudou à s’asseoir, il alla droit au but.

« Ne vous inquiétez pas, je ne prendrai pas beaucoup de votre temps. J’ai simplement pensé que vous sembliez préoccupé par les conséquences de la guerre et j’ai pensé que je pourrais dissiper certaines de vos préoccupations, en supposant que vous m’accordiez le temps nécessaire. »

Lupis échangea un regard avec Meltina. Elle ne comprenait pas bien ce que disait Sudou. Mais Meltina était elle aussi prise au dépourvu et ne trouvait pas les mots justes.

« Je vois… C’est très encourageant… Mais savez-vous au moins ce qui me tracasse, Sudou ? », dit Lupis avec suspicion.

« Certainement. Ou plutôt, je suis sûr que toute personne ayant un peu d’observation arriverait à cette conclusion… Vous ne savez pas comment gérer le cas Ryoma Mikoshiba et cela vous inquiète, n’est-ce pas ? »

Lupis supprimait désespérément le frisson qui la traversait. En tant que souveraine d’un royaume, elle ne pouvait pas exprimer ses angoisses aussi clairement.

Ne fais pas ça, Lupis ! Tu ne peux pas laisser cet homme voir à travers toi. Calme-toi… Reste calme !

« Qu’est-ce que vous voulez dire, Sudou ? »

Lupis tourna sa tête tout en l’interrogeant, comme si elle demandait pourquoi il disait ça.

Bien sûr, du point de vue de Sudou, son jeu était comparable à celui d’un acteur de troisième ordre.

« Mon Dieu… J’avais donc tort… Alors je m’excuse d’avoir pris un peu de votre précieux temps. », dit Sudou en se levant.

Lupis et Meltina pâlirent.

« Attendez, Seigneur Sudou… Son Altesse a pris le temps, malgré son emploi du temps chargé, d’écouter ce que vous avez à dire. Comment osez-vous partir de votre propre chef ?! », Meltina arrêta Sudou avec justesse.

L’esprit de Meltina était de même niveau que celui d’un gamin espiègle selon Sudou.

« Pardon ? Mais si les préoccupations de Son Altesse n’ont rien à voir avec Ryoma Mikoshiba et son traitement… Alors ma présence ici n’a pas de sens. Je ne peux pas prendre plus de son précieux temps. Dans ce cas, je devrai vous demander pardon. »

En apparence, ses paroles semblaient bien modestes, mais un seul regard sur les yeux de Sudou fit comprendre que ce n’était pas sa véritable intention. Il taquinait Lupis et Meltina. Lupis était très intéressée par ce qu’il avait à dire, car cela pouvait l’amener à trouver un moyen de sortir de cette impasse. Mais elle ne pouvait pas laisser échapper le fait qu’elle hésitait sur la façon de répondre à la question du traitement de Ryoma Mikoshiba.

« C’est vrai… Sudou, je vais vous écouter, puisque j’ai déjà renoncé à une partie de mon temps pour vous. Parlez », ordonna Lupis à Sudou, en s’efforçant d’être le plus direct possible.

« Je vois. Eh bien, puisque je suis déjà là… »

Sudou décida que c’était le bon moment et s’assit sur le canapé tout en ricanant et en écartant ses lèvres pour parler.

« Eh bien, je pense qu’il est clair que la question de savoir comment gérer Ryoma Mikoshiba est compliquée étant donné la situation. S’il était loyal envers le royaume, vous pourriez le faire chevalier, mais c’est un mercenaire, donc ça complique les choses. Mais cela dit, le laisser quitter le pays est un risque en soi, car il pourrait rejoindre le camp d’un autre pays, tout comme il a rejoint le vôtre… On ne sait pas quand il pourrait se retourner contre Rhoadseria. »

Alors qu’il parlait, les yeux des deux femmes s’élargirent de surprise. Il avait deviné leurs préoccupations avec une précision extrême.

« Vous ne pouvez pas le faire chevalier, mais vous ne pouvez pas non plus le renvoyer. De plus, vous ne pouvez pas le faire tuer… Tuer un homme avec autant de mérites à son nom peut vous aider pendant un temps, mais vous causerait des problèmes à l’avenir. »

Sudou s’arrêta de parler, et examina l’expression de Lupis avec un regard tourné vers le haut.

Hmm… C’est vraiment trop pour elle, comme je le pensais. Eh bien, un homme qui peut combattre Shardina à niveau égal est en effet au-delà de la capacité de contrôle de cette femme… Cependant…

Les yeux de Sudou avaient froidement jaugé les capacités de Lupis.

« Hmm… Et ? Comment comptez-vous résoudre ce problème ? » dit Lupis, feignant le désintérêt.

Elle savait qu’il ne servait à rien de le cacher, mais elle s’y accrochait.

« Vous ne pouvez pas en faire un chevalier, et vous ne pouvez pas le laisser partir pour un autre pays. Alors, fais-en simplement un noble. »

Sudou sourit.

Lupis avait été abasourdie par ses paroles, tout comme Meltina, qui se tenait à ses côtés.

« Impossible… » Meltina avait du mal à mettre en mots ce qu’il venait de dire.

« Qu’est-ce que vous dites, imbécile ? Faire d’un roturier… Un mercenaire vagabond… un noble ? »

Sudou fit un signe de tête.

« Nous prenez-vous pour des imbéciles ?! »

Le cri de Meltina résonnait dans la salle.

« On ne peut pas faire ça ! Non… Même si nous le pouvions, les nobles n’accepteraient jamais ça ! Qui accepterait qu’un roturier soit devenu noble ?! Faire de lui un chevalier est plus réaliste que ça ! »

Lupis ne pouvait qu’acquiescer.

« Et qu’en est-il de son territoire ?! Avez-vous l’intention de lui donner un des territoires de la maison royale ?! »

Les nobles avaient besoin de territoires pour gouverner. Bien sûr, il était possible de donner une partie des terres sous le contrôle direct de la maison royale et celles obtenues pendant la guerre civile. Mais cela signifierait que la maison royale ne se renforcerait pas de cette façon. Lupis avait l’intention d’utiliser la guerre civile comme une chance d’unifier le pays entièrement sous sa souveraineté, et elle avait besoin de terres pour y parvenir.

Avec plus de terres sous son contrôle, la maison royale se développerait financièrement et en termes de population. Cela lui donnerait la force de se battre avec les chevaliers à ses côtés si les nobles s’unissaient à nouveau contre elle.

Mais entre ces aspirations et les sentiments des nobles envers les roturiers, faire de Ryoma un nouveau noble était impossible.

Sudou avait déjà prédit ces appréhensions. Il sortit une carte de sa poche et l’étendit sur la table.

« Qu’est-ce que c’est ? Une carte de la partie orientale du continent occidental ? », demanda Lupis.

Sudou fit un signe de tête et posa son doigt sur un seul point de la carte.

« Faisons de Sire Mikoshiba le gouverneur de ce territoire. Qu’en dites-vous ? Si c’est celui-ci, cela n’enlèvera pas de territoires à la maison royale, et aucun des nobles ne devrait s’y opposer… De plus, il y a peu de chances qu’une rébellion éclate là-bas. Quant à son titre… Hmm. Et si on lui donnait le titre le plus bas possible et qu’on en faisait un baron ? Bien qu’en termes de taille de son territoire, il devrait probablement être duc, mais l’endroit étant ce qu’il est… »

La proposition de Sudou avait laissé Lupis et Meltina sans voix. Le territoire qu’il spécifiait était une immense bande de terre, environ un huitième du territoire total de la Rhoadseria. Donner autant de terres à un roturier qu’on venait de rendre noble serait une folie dans toute autre situation. Mais comme l’avait dit Sudou, il n’y avait aucune chance que les nobles s’y opposent. Après tout, absolument personne n’était intéressé à gouverner cette terre…

« La péninsule de Wortenia… » Les mots sortirent des lèvres de Lupis.

La roue du destin commença à tourner pour Ryoma Mikoshiba…

Allongé sur son lit dans le château de Pireas, Ryoma regardait fixement en l’air.

Alors voilà comment ça se termine, hein… Je suppose que j’ai après tout fini par être naïf…

L’expression du visage raide de la Princesse Lupis fit surface dans l’esprit de Ryoma.

Ce matin-là, il avait été convoqué pour une audience avec la princesse Lupis. Là, il avait reçu le titre de baron et le droit de gouverner sur la péninsule de Wortenia. C’était quelque chose que Ryoma n’avait pas du tout prévu. Il était en effet sur le point de proposer aux sœurs Malefist de faire leurs bagages et de quitter le pays.

Il n’avait cependant pas refusé la récompense. Tout simplement parce que Ryoma avait compris. Il vit la peur cachée derrière les yeux de Lupis…

Si Ryoma devait refuser la récompense, Meltina ordonnerait immédiatement aux gardes de la salle de l’attaquer. Ils craignaient Ryoma à ce point. Et ayant compris cela, Ryoma évita de donner une réponse immédiate. Sa priorité était de découvrir quel était le piège ici.

Même si je ne peux pas dire non, il y a des moyens de régler ça… D’abord, je dois trouver quel est leur angle d’attaque.

Ryoma supprima les doutes qui s’élevaient en lui, et exprima sa gratitude à la princesse Lupis. Il devait le faire, s’il voulait laisser le public en vie…

La péninsule de Wortenia, hein… ? C’est vraiment un drôle de tour que cette petite salope m’a joué…

Se rappelant les événements de ce matin-là, Ryoma maudit Lupis dans son cœur. Il n’y avait personne d’autre que lui dans cette pièce. Il fit sortir de la pièce même les sœurs Malfist, qui l’attendaient toujours, et prit le temps de contempler les choses.

La lumière rouge du crépuscule se déversait de la fenêtre, peignant Ryoma en rouge. Son expression était aussi froide que la glace, mais ses yeux brûlaient de sombres flammes de colère.

Il était enragé d’avoir été amèrement trahi par une personne en qui il avait confiance. Il gardait son cœur en éveil, mais la haine de Lupis continuait à bouillonner en lui, parallèlement à l’autodévalorisation. Il ne pouvait s’empêcher de s’en vouloir d’être assez bête pour croire une personne aussi stupide qu’elle.

Ces deux émotions s’étaient mélangées, faisant rage dans le cœur de Ryoma. Comme ce serait facile s’il pouvait simplement mettre ces émotions en voix et crier. Mais Ryoma ne pouvait pas se permettre de laisser ces sentiments se manifester. Au moins pour le moment… Après tout, le propriétaire de ce château, et la future reine de ce pays l’avait trahi.

Les murs ont des oreilles, après tout… Je ne peux pas être trop prudent ici… Et on ne sait pas s’il y a des judas dans cette pièce. Ce serait une mauvaise nouvelle s’ils remarquaient que je suis mécontent ici. Cette situation est bien pire que lorsque j’ai tué ce type, Gaius…

Les faits refirent surface dans l’esprit de Ryoma l’un après l’autre. S’échapper de l’Empire O’ltormea était difficile, mais il avait eu beaucoup de choses en sa faveur. Mais cette fois-ci, ce n’était pas comme ça. Les conditions étaient trop différentes. Il n’y avait aucun moyen réaliste pour lui de s’échapper.

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2 commentaires :

  1. Peut-on appeler cela une trahison ?

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