Wortenia Senki – Tome 4 – Chapitre 5 – Partie 1

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Chapitre 5 : Un nouveau champ de bataille

Partie 1

« … Que dois-je faire… ? »

La princesse Lupis tourna son regard par la fenêtre de sa chambre dans la capitale : Pireas. Elle était vêtue d’une robe d’un blanc pur avec un décolleté profond, qui accentuait sa beauté féminine. Sa grâce féminine était telle qu’on ne pouvait pas croire que quelques jours plus tôt, elle était la même princesse générale qui traversait le champ de bataille en armure.

Cependant, la tristesse dans ses yeux privait sa beauté de tout éclat. Un profond soupir échappa à ses lèvres. Par la fenêtre, le tumulte des acclamations des habitants s’étendit jusqu’au château. Tous se réjouissaient, remplis d’espoir suite à la fin de la rébellion et au début du règne de la princesse Lupis.

L’épée d’Helena ayant pris la vie au général Albrecht et à sa famille, la guerre civile de Rhoadseria prit fin. Ayant rejoint les rebelles à mi-chemin du conflit, le général Albrecht fut tué, et le véritable chef, le duc Gelhart, survécut. Il y avait certainement des parties de l’histoire dont la princesse Lupis n’était pas tout à fait satisfaite.

Mais elle ne pouvait pas nier qu’avec la mort d’Albrecht, Rhoadseria avait réussi à préserver sa dignité. Tout ce qui comptait pour la majorité des citoyens était que le méchant du conflit soit traduit en justice par leur nouvelle reine, et que les combats prirent fin.

Un mois s’était écoulé depuis la fin de la rébellion. Mais au lieu d’être aussi optimiste que les gens autour d’elle, le cœur de la princesse Lupis était tourmenté par l’anxiété.

« Père… suis-je vraiment un souverain légitime pour ce pays… ? Le suis-je vraiment, alors que chaque action de cet homme me fait vaciller à ce point…, » Lupis le demanda à son père, à maintes reprises.

Un homme mort, cependant, ne pouvait lui offrir aucune réponse. Elle le demanda à son père, sachant qu’il ne pouvait pas répondre. Cette seule réponse montrait à quel point son cœur était inquiet.

Un autre soupir lui échappa des lèvres.

« Votre Altesse… »

Meltina la regardait avec tristesse.

Avec le prochain couronnement de Lupis, Meltina sera officiellement nouvelle capitaine de la garde royale. Normalement, elle devrait s’occuper des tâches liées à ce rôle, mais elle était tout de même restée aux côtés de Lupis. Elle lui servait d’assistante, en plus d’être sa secrétaire personnelle et son escorte, assumer le rôle de capitaine de la garde royale n’était donc pas si difficile pour elle.

Mais pour l’instant, Meltina s’occupait davantage des angoisses de Lupis et de la manière de les dissiper, ne serait-ce qu’un peu.

Effectivement, la condamnation du Seigneur Mikhail à l’assignation à résidence a été un coup dur… Je ne suis pas sûre d’être la seule à pouvoir la soutenir… Mais…

En termes d’intelligence, Meltina n’était pas très différente de Mikhail, mais il était de dix ans son aîné, et ce n’était pas une différence d’âge que l’on pouvait simplement ignorer. Meltina était le chevalier le plus important, mais Mikhail avait aussi plus d’influence sur les chevaliers.

La guerre civile prit fin, et Lupis était sur le point de devenir la nouvelle souveraine de Rhoadseria. Mais cela ne signifiait pas que les bases de son administration étaient consolidées. Elle avait besoin de personnes dignes de confiance pour rendre son gouvernement ferme. Mais Mikhail était assigné à résidence pour une durée indéterminée dans sa résidence de la capitale.

Lorsque la rébellion avait pris fin, le duc Gelhart avait tenu sa promesse et libéra Mikhail de sa garde. Lupis et Meltina avaient bien sûr envisagé de le renvoyer dans son ancien poste, mais son entourage n’approuvait pas cette décision.

Ryoma n’avait rien fait de mal en particulier ici. La punition de Mikhail avait de toute façon été reportée dès le départ. Il n’avait été épargné que dans l’espoir que ses futurs accomplissements compensent ses échecs. Mais il échoua une seconde fois, enfreignant les ordres et agissant de sa propre autorité dans une course impatiente au mérite.

Malgré leurs efforts pour le protéger, Lupis et Meltina ne purent épargner à Mikhail les interrogatoires du comte Bergstone et du reste de la faction neutre.

« Meltina, est-il vraiment impossible de réintégrer Mikhail… ? »

Lupis l’avait déjà sûrement demandé une bonne douzaine de fois.

« Nous pouvons le rétrograder si nécessaire, mais peut-être devrions-nous annuler son assignation à résidence… »

Cela faisait un demi-mois que Mikhail avait été condamné à l’assignation à résidence, et elle avait posé cette question à maintes reprises depuis. Meltina avait retenu un soupir en secouant la tête en silence.

« Même votre parole ne peut le permettre… J’aimerais le faire personnellement, bien sûr, mais… »

Meltina souhaitait vraiment exaucer le désir de Lupis ici. Elle doutait que sa présence ici puisse aider autant à résoudre les problèmes, mais elle pouvait au moins servir de soutien émotionnel à Lupis. Dans ce but, Meltina voulait qu’il retrouve sa place.

Mais ce n’était pas quelque chose qu’elle pouvait approuver étant donné les circonstances. En vérité, les actions de la princesse Lupis étaient assez problématiques. Aussi fiable qu’un chevalier puisse être, elle ne pouvait pas lui permettre d’échapper à la punition après avoir échoué deux fois.

Sa première erreur, qui consistait à se laisser prendre au piège de Kael, avait peut-être déjà été pardonnée. Mais son deuxième échec fut fatal. Pire encore, ce faisant, il s’était écarté de leur plan initial et leur avait donc fait perdre leur chance d’écraser le Duc Gelhart.

Certains parmi les hauts gradés avaient même demandé son exécution. La levée de son assignation à résidence était donc impossible, même avec l’autorité de la princesse Lupis. Les bases de son administration n’étant pas encore solides, elle ne pouvait pas se permettre de faire quoi que ce soit qui puisse ébranler la validité de son règne.

« Oui… Tu as raison… Je suis désolé, Meltina. Je n’aurais pas dû dire ça… »

Lupis avait parfaitement compris cela. Le problème était que même si son esprit comprenait cela, ses émotions n’étaient pas satisfaites par cette situation. Meltina soupirait intérieurement.

« Mais assez parlé de Mikhail pour l’instant… Qu’en est-il de cette autre affaire dont j’ai parlé ? », demanda Lupis à Meltina, essayant activement de faire passer ses émotions.

Mikhail n’était pas son seul problème, après tout.

« Vous voulez dire Ryoma Mikoshiba… ? Eh bien, ça ne va pas bien… Nous pourrions facilement en faire un chevalier du niveau d’un commandant, mais quand il s’agit d’une affectation qui conviendrait vraiment à ses réalisations… »

« Je vois… »

Lupis fronça les sourcils devant la réponse de Meltina.

Le problème était de savoir comment ils allaient gérer Ryoma à l’avenir. La princesse Lupis l’avait déjà aidé à résoudre son problème initial. Utilisant le royaume comme soutien, elle avait prouvé son innocence. Mais par la suite, il avait prévu de quitter le pays.

Peu après la fin de la rébellion, Lupis avait utilisé sa position de princesse pour envoyer des messagers dans les bureaux des nombreuses guildes, afin qu’ils puissent clarifier sa situation. Grâce à cela, Ryoma Mikoshiba et ses alliés avaient été reconnus non coupables. Leur seule plainte était qu’il n’y avait aucune preuve d’un acte criminel de la part de Wallace Heinkel, chef de guilde de la ville de Pherzaad. Cela avait été considéré comme une erreur de procédure, et il n’avait été puni d’aucune manière. Avec la mort de Kael au combat contre Ryoma, il était difficile de trouver un témoignage qui le prouve.

Les autres chefs de guilde ne voulaient pas condamner l’un des leurs sans aucune preuve. Il n’y avait en réalité aucun moyen de le punir. Pourtant, l’innocence de Ryoma était prouvée, et Lupis avait donc tenu sa promesse.

C’était pourquoi Ryoma et ses alliés n’avaient aucune raison de rester longtemps dans le royaume. Ils pouvaient donc quitter le pays à tout moment. Personne n’aurait non plus le droit de les arrêter. Et pourtant, Ryoma était toujours dans le château, ici dans la ville de Pireas.

C’est parce que Lupis avait insisté pour qu’il y reste jusqu’à son couronnement.

« Les chevaliers ne le voient pas d’un bon œil… Les chevaliers du peuple et ceux nés dans la noblesse voient l’idée d’un mauvais œil… »

« D’accord… »

« Donner à une personne qui n’est même pas un citoyen du royaume un poste important dans la défense nationale est probablement inacceptable pour trop de gens… Du moins, c’est ce que je suppose, mais c’est un raisonnement difficile à réfuter. Néanmoins, laisser un homme de son calibre entrer dans les rangs des chevaliers aurait pour conséquence de doter un poste important. Il ne ferait qu’obstruer ceux qui veulent monter en grade, c’est donc probablement une des raisons pour lesquelles ils refusent… »

L’expression de Lupis s’assombrit devant l’explication de Meltina. Lupis craignait beaucoup Ryoma, et cette crainte s’était accentuée. À ce moment, alors qu’elle allait se faire couronner malgré sa position d’infériorité totale, elle était plus terrifiée que jamais.

« S’il n’en tenait qu’à moi, je voudrais que cet homme serve de chevalier à vos côtés, Votre Altesse… Mais cet homme n’a aucun respect ni aucune loyauté envers vous ou Rhoadseria. Il n’agit qu’au service de ses propres intérêts… Je l’ai observé ces derniers mois, et c’est l’impression que j’ai de lui. Je pense que le fait qu’il serve comme chevalier de la maison royale peut-être dangereux… Mais tout de même… »

Elle tenait les capacités de Ryoma Mikoshiba en haute estime, et même ceux qui étaient contre sa nomination étaient d’accord avec cela. Rien qu’en termes de compétences, il était plus qu’assez bon pour servir comme chevalier, voire plus que cela.

Mais le fait qu’il n’était pas digne de confiance fit baisser l’appréciation globale qu’ils avaient de lui. Les chevaliers étaient l’épée et le bouclier du royaume, une force de combat crucial pour que le souverain puisse garder le pays sous son contrôle. Mais que se passerait-il si cette force était contrôlée par quelqu’un à qui on ne pouvait pas faire confiance ? Ils reviendraient simplement à la situation qui prévalait pendant le mandat du général Albrecht. Le roi deviendrait une marionnette pour l’armée et le pays serait plongé dans le désordre.

Lupis devait réorganiser le fonctionnement du pays à partir de maintenant, et à cette fin, une personne à qui on ne pouvait pas faire confiance ne pouvait pas être promue au rang de chevalier. C’était à la fois son opinion et celle de toutes les personnalités de Rhoadseria.

« Mais… La seule chose que nous ne pouvons pas le laisser faire est de quitter le pays comme ça ! Nous ne pouvons absolument pas… ! S’il prend le parti d’un autre pays… »

Lupis éleva sa voix tremblante.

Finalement, c’était à cela que sa peur s’était résumée. On ne pouvait pas lui faire confiance pour un poste important sous ses ordres, mais en même temps le laisser sortir de Rhoadseria était dangereux.

« Je sais… Et je suis d’accord avec vous, Votre Altesse… »

Meltina écarta les lèvres avec hésitation.

« Mais je crois que si c’est le cas, nous devons… Hmm… »

Lupis avait habilement compris ce que Meltina essayait de dire.

« Non… Rien que ça, c’est quelque chose que je ne peux pas approuver. »

Elle avait secoué la tête, ce qui fit taire Meltina.

Le silence s’était installé entre les deux femmes. La mesure que Meltina n’avait pas dite clairement était une mesure que les autres personnalités de Rhoadseria avaient déjà proposée auparavant.

L’assassinat.

En effet, s’ils tuaient Ryoma, ils n’auraient pas à s’inquiéter qu’il rejoigne un autre pays et pourraient dormir tranquillement la nuit.

Cela est évident… Mais il ne s’est pas encore retourné contre nous, et il a tenu sa promesse envers moi. Alors puis-je vraiment le récompenser pour cela, non pas par de la gratitude, mais par sa mort ? Et en plus…

Lupis était gentille, pour le meilleur et pour le pire. Mais surtout, elle était assez intelligente. Si elle était idiote, elle aurait simplement tenu sa promesse envers Ryoma et l’aurait envoyé ailleurs. Si elle était une personne plus vile, elle n’aurait pas tenu sa promesse et aurait ordonné son assassinat.

Son intelligence l’empêchait de l’envoyer hors du pays, mais sa gentillesse lui interdisait de le faire assassiner. Et en même temps, ils ne pouvaient pas laisser ce vagabond être nommé au poste de chevalier.

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