Wortenia Senki – Tome 3 – Chapitre 3 – Partie 8

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Chapitre 3 : Les assassins

Partie 8

Ou plutôt, c’était contre la pire des personnes possibles. Grâce à son long entraînement, la vision nocturne de Genou était supérieure à celle de Sakuya, et ayant découpé un judas au sommet de la tente, il avait pu voir tous les détails de l’intrigue de Ryoma.

Il avait placé un cadavre en armure dans son lit, et s’était lui-même tenu debout comme un mannequin en armure…

Ryoma s’était assis au coin de la tente, en se faisant passer pour une figure en bois sur laquelle on avait placé une armure. Cela suffisait amplement pour tromper les intrus dans une tente sans aucune luminosité.

Laissant le cadavre en armure sur le lit, il attendit l’arrivée de Sakuya. Celle-ci ne se doutait pas que quelqu’un irait se coucher dans son lit en portant encore son armure, ce qui provoqua un moment de manque de prudence lorsque la lame fut déviée. Et il était assez facile pour Ryoma Mikoshiba de frapper le point faible d’une personne stupéfaite et étonnée.

Genou ne pouvait qu’admirer le stratagème de Ryoma.

« Alors, grand-père… Pourquoi as-tu choisi de servir cet homme ? »

Sakuya réveilla Genou, qui s’était enfoncé dans la contemplation silencieuse.

C’était une chose que Sakuya voulait comprendre, même si cela signifiait attiser la colère du vieil homme.

« Je soupçonne que les vagabondages de notre clan pourraient bientôt prendre fin. »

« Hein !? »

Sakuya n’avait pas pu réprimer sa surprise face aux propos de Genou.

Leur clan avait erré dans ce monde pendant cinq cents longues années. Et le vieil homme venait de dire que cela pourrait prendre fin.

« Qu’est-ce que tu veux dire par là… ? »

« Tu n’as pas encore besoin de le savoir… C’est seulement une possibilité pour le moment. Alors, as-tu fini de poser tes questions ? Notre Seigneur nous a donné deux jours. Nous n’y arriverons pas si nous traînons encore. »

Genou conclut ses propos, et se retourna, se dirigeant plus profondément dans la forêt.

Leur clan résidait en ce moment secrètement dans la forêt à vingt kilomètres au nord d’Héraklion. Ryoma ne leur avait donné qu’une période de deux jours. Même avec leurs conditions physiques exemplaires, c’était à peine suffisant pour faire un aller-retour et se présenter au Conseil des Anciens.

« Oui, grand-père », Sakuya hocha la tête avant de courir après Genou.

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« Genou, qu’est-ce que cela signifie ? N’était-ce pas ta tâche de poursuivre celle du Sakuya en cas d’échec !? L’annuler et jurer de servir ta cible d’assassinat est du jamais vu ! », s’écria l’un des anciens.

Leur colère n’était pas injustifiée. Même Sakuya, qui était assise en face de son grand-père, ne comprenait pas tout à fait ce que le vieil homme pensait.

« Eh bien… » Sakuya elle-même voulait poser la même question.

Au moins, elle n’avait pas l’intention de renoncer à son contrat, mais n’avait pas d’autre choix que d’obéir à son grand-père, qui était aussi l’un des anciens. Sakuya ouvrit les lèvres pour s’expliquer, mais un autre aîné lui coupa ses mots.

« Silence. Personne ne l’a demandé… Tout cela est arrivé parce que tu as manqué à tes devoirs ! Tu étais soi-disant doué parmi les ninjas de rang inférieur, mais il semblerait que nos attentes aient été mal placées. Et tu as l’audace de nous revenir vivante ? Pour commencer, avec la permission de qui es-tu ici !? »

Le cri résonna à travers la petite cabane en bois. Les seules personnes autorisées à entrer dans ce lieu étaient les cinq anciens qui décidaient des activités du clan Igasaki. Même si Sakuya était la petite-fille de Genou, elle n’était qu’un ninja de rang inférieur et n’avait pas le droit d’être ici.

Mais elle avait été impliquée dans cet incident, et sa présence ici était donc requise. Elle devait au moins faire un rapport sur ce qui s’était passé. Et pourtant, des cris de colère se succédèrent.

« Pour commencer, vous… »

Sakuya ne voulait rien d’autre que les calmer afin de se donner une chance de s’expliquer. Incapable d’observer plus longtemps le sort de Sakuya, une autre aînée qui avait observé la conversation écarta les lèvres pour parler.

« Allons, Ryusai. Pas besoin d’élever la voix. Sakuya ne faisait que suivre les ordres de Genou, comme tout ninja de rang inférieur devrait le faire. Il serait injuste de l’accuser pour cela. »

C’était une vieille femme vêtue d’un vêtement brun-rouge, avec le visage déformé par les rides et les cheveux blancs attachés dans le dos.

« C’est exactement comme le dit Ume… Et je doute que Genou agisse comme il l’a fait sur un coup de tête. Ne devrions-nous pas d’abord entendre sa raison, Jinnai ? », une autre vieille femme assise à côté d’elle hocha la tête.

Cela dit, la vieille femme regarda autour d’elle, ses yeux filiformes brillaient vivement. Examiné par cet éclat, le vieil homme qui avait crié sur Sakuya s’était rabattu en signe d’agacement.

Les femmes qui avaient calmé les cris du vieil homme étaient les deux aînées, Ume et Sae. Avec Genou et les deux autres hommes, Ryusai et Jinnai, ils formèrent le Conseil des Anciens.

Aussi insatisfaits que soient les deux hommes, ils avaient bénéficié de la médiation d’autres anciens. Ryusai, qui avait haussé la voix, et Jinnai, qui blâmait Sakuya, n’eurent d’autre choix que de se retenir. Cela ne voulait pas dire pour autant que Sae et Ume avaient pris aveuglément parti pour Genou.

« Et pourtant, Genou, l’indignation de Ryusai et Jinnai est justifiée… Nous attendons une explication convaincante. », dit Ume, en dirigeant un regard perçant dans la direction de Genou.

Sae avait également regardé dans la direction de Genou.

« Tu n’as sûrement pas agi par caprice. »

Ils étaient simplement neutres et voulaient éviter de ne pas écouter les circonstances en se laissant emporter par l’émotion. Ils n’allaient certainement pas consentir tacitement aux actions de Genou.

Mais même face aux regards froids dirigés vers lui, Genou avait calmement écarté les lèvres.

« Cet homme est peut-être celui que la première génération recherchait… Du moins, d’après ce que j’ai ressenti de lui, c’est tout à fait possible. »

L’air se figea à ces mots.

« Genou… Est-ce vrai... »

« Serait-ce possible... »

Une expression de surprise était visible chez les anciens.

« En es-tu sûr, Genou… ? »

« Si c’est vrai, nous… Pas bon ! Nous devons vite aller le saluer ! », déclara Ryusai, qui avait reçu un signe de tête de Jinnai.

Sakuya avait eu du mal à contenir son choc en voyant les membres du conseil, normalement calmes, réagir avec consternation.

« Attendez ! J’ai dit que c’était juste une possibilité. »

« Mais… ! »

Les voix de Ryusai et de Jinnai se croisèrent lorsqu’elles s’élevèrent contre la tentative de Genou de les retenir.

Leurs attitudes étaient à l’opposé de ce qu’elles avaient été auparavant. Mais Ryusai et Jinnai avaient tous deux réalisé la grande importance de ce que Genou avait dit.

« Assez ! »

Genou éleva la voix.

« Retenez-vous, Genou l’a simplement évoqué comme une possibilité… Bien que nous ne nions pas que nous ressentons la même chose que vous deux… »

Ume s’était tournée vers Genou pour tenter d’apaiser la dispute qui avait éclaté.

« N’as-tu aucun doute qu’il soit de Hinomoto, comme ceux de la première génération ? »

« Ses yeux et ses cheveux sont noirs comme les nôtres, et sa peau est jaune. Et il a appelé Sakuya “Japonaise”… Il ne fait aucun doute que c’est un homme de Hinomoto. »

« Je vois, donc il n’y a pas de problème avec sa lignée… Le reste dépend de sa nature et de son cœur… Bien que je suppose que ce n’est pas quelque chose que nous pouvons conclure si rapidement. », chuchota doucement Sae.

« Ume, Sae, ne pensez-vous pas que nous devrions rencontrer cette personne dès que possible ? Il serait trop tard si quelque chose devait arriver. »

« Ryusai dit la vérité. Il est actuellement en pleine guerre contre le Duc Gelhart. Même si nous renonçons à notre contrat, le duc pourrait simplement engager un autre assassin. Et si quelque chose devait arriver ? Notre chance d’atteindre le but du clan serait d’autant plus éloignée. »

Ryusai et Jinnai étaient tous deux du type proactif. En revanche, les deux femmes, Sae et Ume, étaient plus prudentes.

« Oh, nous n’avons pas besoin de nous dépêcher. Si c’est lui que la première génération recherchait, il survivra sûrement par ses propres forces. »

« Vraiment… Nous avons déjà attendu cinq cents ans… Nous pourrons le présenter au clan une fois que nous aurons confirmé sa nature… »

Trois des cinq anciens préconisant une approche prudente, Ryusai et Jinnai ne pouvaient pas s’opposer davantage.

« Pour l’instant, Sakuya et moi allons retourner à ses côtés. Je doute qu’il faille beaucoup de temps pour que sa valeur se manifeste. Et si nous utilisions sa guerre avec le Duc Gelhart pour vérifier ses prouesses, mes amis ? M’aiderez-vous cette fois-ci ? »

Genou regarda autour de lui.

« Si tu le dis, Genou, je n’ai pas d’objection. »

« Je suis d’accord avec Ume. »

Comme Ume et Sae étaient d’accord, la question était pratiquement réglée. Mais Jinnai ouvrit ses lèvres pour parler à nouveau.

« Si vous êtes aussi confiant en ses capacités que vous l’avez vu, je suppose que c’est bien. Mais est-ce que toi et Sakuya vous débrouillerez seuls ? Nous pourrions envoyer le reste des jeunes du clan. »

« Je suis d’accord avec Jinnai. On ne sait pas ce qui pourrait se passer sur le champ de bataille ! Il vaut mieux être nombreux pour sa sécurité, n’est-ce pas, Genou ? »

Ryusai et Jinnai n’avaient aucune rancune envers Genou. Ils avaient proposé l’idée par souci du bien-être de Ryoma, et c’est parce qu’il le savait que Genou n’avait pas froidement refusé leurs paroles.

« Non… Vu la situation, il n’aurait aucune raison de nous faire confiance. Amener les jeunes à son insu et sans son approbation serait une folie. Et comme tout cela est encore possible, il serait prématuré de le faire connaître aux jeunes. »

« Très juste », Ume fit un léger signe de tête.

« Si nous venons vers lui en si grand nombre, il se méfiera sûrement de nous. »

« Oui, c’est comme Ume le dit. D’abord, nous devons permettre à Genou de le servir loyalement, afin qu’il apprenne progressivement à nous faire confiance. »

« Cela semble raisonnable… », Jinnai acquiesça profondément à ses paroles, tournant son regard vers Ryusai.

« Qu’en dis-tu, Ryusai ? »

Cela étant dit, Ryusai ne pouvait plus s’y opposer longtemps.

« Il semblerait que je me sois un peu emporté. Entendre que l’homme que la première génération espérait voir était enfin arrivé semble m’avoir quelque peu enflammé. »

Ryusai s’était gratté la tête avec un sourire ironique.

« Nous ne pouvons pas te le reprocher. » Genou le regarda avec un sourire calme.

« Après tout, le souhait le plus ardent de notre clan est peut-être sur le point de se réaliser. »

À ce moment, quelqu’un frappa à la porte de sa hutte.

« Qui est-ce ? Nous sommes en plein milieu d’une importante discussion en ce moment ! »

Jinnai se leva rapidement et ouvrit la porte.

« C’est toi, Kojirou… »

L’expression de Jinnai changea lorsqu’il vit l’homme d’âge moyen devant lui, haletant.

« Pourquoi es-tu si pâle ? »

« Il y a des nouvelles urgentes que je dois vous transmettre… »

Cela devait être très important, pensa Jinnai en portant ses oreilles aux lèvres de Kojirou.

« Oui… Mmm, mmm… Quoi !? L’épée divine a résonné !? » s’exclama Jinnai.

Hausser la voix de cette façon était inacceptable pour un ninja, mais personne ne pouvait trouver en soi le moyen de réprimander Jinnai pour cela. Ils pouvaient tous simplement sentir le lourd silence qui s’abattait sur eux alors qu’ils s’efforçaient de traiter ce que Jinnai venait de dire.

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