Wortenia Senki – Tome 3 – Chapitre 2 – Partie 6

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Chapitre 2 : Le début des hostilités

Partie 6

Et ce serait une condamnation à mort pour Kael, qui avait tourné le dos à la princesse Lupis. Kael ne pouvait pas reconnaître qu’il se débattait en ce moment.

Merde ! Merde ! Tout le monde, absolument tout le monde, me regarde de haut !

Il croyait vraiment que tout le monde se relâchait pour le traîner dans la boue.

« Je vais au front ! On se dirige vers la porte centrale ! »

Comme Kael l’avait déclaré, après avoir fait preuve de détermination, son assistant pâli. Si Kael, le commandant suprême, allait au front, cela signifiait que tous les chevaliers qu’ils avaient gardés à l’arrière devaient également marcher vers le front. Cette fois, les forces de Kael se répartiraient ainsi : deux mille chevaliers et six mille roturiers qu’ils avaient rassemblés des villages environnants.

Cependant, ces chevaliers n’étaient pas une force qui pouvait être gaspillée de manière frivole. Ils étaient un atout que le Duc Gelhart avait rassemblé en secret pendant de nombreuses années pour s’opposer à la faction des chevaliers. Le duc détestait peut-être le général Albrecht, mais cela ne signifiait pas qu’il n’appréciait pas les capacités des chevaliers.

Un ordre de chevaliers entièrement composé de personnes capables de magie était une force avec laquelle il fallait compter dans ce monde. Le duc Gelhart le savait bien, puisqu’il était lui-même un utilisateur de magie. Et c’est pourquoi il avait secrètement formé son propre ordre de chevaliers, un privilège habituellement réservé au roi.

Il était composé de mercenaires expérimentés et de chevaliers exilés. En échange d’importantes sommes d’argent, ce genre de personnes était prêt à rejoindre son ordre.

Ils étaient près de six mille, un nombre excessif si l’on voulait prétendre qu’ils n’étaient engagés que pour se défendre. Kael en avait reçu deux mille et n’en comprenait que trop bien le sens.

« Attendez, seigneur ! N’est-ce pas trop tôt ? »

Kael se tourna vers son pâle lieutenant. Leur plan initial était de faire passer les roturiers par les portes, puis d’envoyer les chevaliers pour achever l’ennemi d’un seul coup.

« Tais-toi ! J’ai été idiot de penser que les roturiers pourraient briser le blocus. Mais à force de les tenir en échec, l’ennemi est épuisé. Si nous attaquons maintenant, ils ne pourront pas repousser mes chevaliers ! À moins que tu aies un meilleur plan ? »

Ainsi Kael écarta le conseil de son assistant, prétendant que c’était leur chance.

À ces mots, l’assistant resta silencieux. Lui aussi connaissait assez bien sa situation. Il en était de même pour ses associés, qui regardaient comment les choses se déroulaient autour d’eux.

Leur travail consistait à aider Kael, et donc tout échec de sa part était aussi la leur. Et le Duc Gelhart n’était pas assez gentil pour laisser des hommes inutiles autour de lui. Ils auraient de la chance si leur punition n’était qu’une rétrogradation. Selon l’ampleur de leur défaite, ils pouvaient même être condamnés à mort.

« Compris », dit l’assistant, lorsque ses nombreuses émotions contradictoires eurent fini.

« Si c’est votre volonté, seigneur… Mais dans ce cas, ne devrions-nous pas ordonner aux unités du sud et du nord d’avancer aussi ? Si nous les pressons en trois endroits, un fossé et une clôture de cette taille ne devraient pas être un problème. »

Les paroles de l’assistant avaient été accueillies par des murmures d’accord de la part de ses associés.

« Hmph, très bien. Donnez l’ordre immédiatement. »

Il ne restait plus qu’une heure avant le coucher du soleil. Comme ils n’étaient pas préparés pour le combat de nuit, une fois le soleil couché, la zone serait enveloppée dans l’obscurité totale. Mais s’ils devaient percer et se précipiter sur la position ennemie, le feu qu’ils leur feraient subir leur donnerait toute la lumière dont ils auraient besoin.

« Nous finirons cela avant le coucher du soleil ! Écrasez-les d’un seul coup ! »

Avec ce raisonnement en tête, Kael ordonna à toute son armée d’attaquer. Le premier jour de bataille entre la faction des nobles et celle de la princesse se transformait en une guerre totale dont aucun des deux camps ne pouvait se permettre de se défaire.

Lequel des deux camps allait gagner ? Il était évident pour tous que, quel que soit le camp qui gagnerait cette bataille, la situation tournerait grandement en sa faveur.

« Seigneur Mikoshiba, il y a du mouvement depuis les lignes ennemies ! »

Un chevalier s’était précipité aux côtés de Ryoma, qui commandait les forces arrière.

« Hmm… ? Je doute qu’ils retirent leurs forces… Le commandant ennemi prévoit de se frayer un chemin jusqu’à nous et de nous faire sortir, non ? »

Les yeux de Ryoma avaient rapidement vu à travers les mouvements de l’ennemi. À cet égard, une bataille n’était pas différente d’une échauffourée. La victoire résidait dans la capacité à s’adapter à la façon dont l’ennemi choisissait d’agir.

« L’ennemi semble vraiment s’agiter autour de sa force principale… Ils vont sûrement tenter de percer la porte centrale. »

« Oui, ils semblent vouloir finir le combat aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi ils sont si pressés… »

Ryoma ne connaissait pas Kael personnellement, et bien sûr ne savait pas que le Duc Gelhart l’avait envoyé personnellement pour les attaquer. Mais il pouvait d’une certaine façon discerner la panique dans ses tactiques.

C’est peut-être plus facile que d’essayer de traverser les douves des trois portes, mais une armée ne pourrait pas passer sans préparation. Est-il assez stupide pour ne pas s’en rendre compte ?

Ryoma s’était débarrassé de ces pensées. Il ne pourrait pas être comme Meltina et Mikhail.

Non, attendez. Il sous-estimait probablement nos défenses, pensant que notre détermination pourrait être brisée s’il nous submerge par le nombre. C’est pour ça qu’il est si fort… Mais pourquoi ne pas retirer ses forces ? Ce qu’il devrait faire, c’est revenir à la case départ pour recommencer.

Si Ryoma était le commandant ennemi, il battrait en retraite pour se préparer avant de défier à nouveau l’ennemi. Aussi courte qu’ait pu être la vie des gens dans ce monde, ne pas avoir assez d’agriculteurs nuirait à la collecte des impôts. Aussi épais que soient les murs du statut social, personne ne gâcherait la vie de ses hommes de manière aussi imprudente. Il devait y avoir une raison à cela.

Qu’est-ce qui le fait paniquer ? A-t-il peur que nos renforts arrivent ? Non… Ils savent qu’il faudrait du temps pour arriver ici. Donc ça voudrait dire…

En rassemblant les informations éparses qu’il avait recueillies, il n’était arrivé qu’à une seule conclusion.

« Hé ! Est-ce que quelqu’un ici peut me parler de Kael !? »

« Oui, seigneur ! »

Un chevalier qui se trouvait à proximité répondit à la question de Ryoma.

« Je ne le connais que trop bien ! »

« Quel genre d’individu est-il ? »

Le chevalier avait répondu à la question de Ryoma par une diffamation haineuse. Il le méritait peut-être pour sa trahison envers la princesse Lupis, mais Ryoma ne pouvait que plisser son front.

Tout ce qu’il dit est biaisé… Est-ce qu’il comprend au moins ce que je lui demande ?

Ryoma demandait des informations basées sur des faits objectifs, pas sur les sentiments du chevalier. Il était libre de haïr Kael, et vu comment il avait tourné le dos à la princesse Lupis et s’était rangé aux côtés du duc Gelhart, cette haine était une réaction naturelle, mais on ne pourrait jamais vaincre si on ne pouvait pas estimer équitablement les prouesses de l’ennemi.

Cette personne était forte parce qu’elle était admirable. Cette personne était faible parce qu’elle était méprisable. Était-il intelligent ou non ? Était-il beau ou non ? Les gens avaient une façon d’estimer les capacités des autres en fonction de leurs préférences.

Mais les capacités des gens n’avaient aucune corrélation avec les sentiments des autres à leur égard. Bien sûr, les gens avaient toujours un certain degré de préjugés, mais la question était de savoir si l’on faisait l’effort de ne pas laisser cela obscurcir sa juste perception des choses.

En d’autres termes, étaient-ils enclins à la discrimination ?

Malheureusement, les chevaliers de Rhoadseria n’avaient pas su faire cette distinction. Ils étaient comme des enfants immatures à cet égard.

Ignorant la moitié du déluge d’insultes que le chevalier déclenchait, Ryoma essaya de se faire une image de Kael dans son esprit.

Arrogant, dégonflé, lâche, menteur… Il le détestait vraiment, hein… Pourtant, même si je devais prendre ce qu’il dit avec des pincettes, Kael semble être une personne assez particulière… Ce qui voudrait dire…

En entendant toute la haine que Kael avait réussi à mettre sur son nom, Ryoma sourit amèrement en penchant la tête. L’image que Ryoma s’était faite était celle d’un type intellectuel digne, qui avait une confiance absolue en lui, et non pas le type à se fier à une simple approche de force brute.

Ce qui ne laissait que deux options. Ryoma laissa son regard s’égarer sur le chevalier, qui continuait de lancer des insultes sur Kael.

Soit leur évaluation de lui était complètement fausse, soit quelque chose était arrivé qui avait fait faire perdre son sang-froid à une telle personne…

Que ferait-il, s’il était à la place de Kael ? Il ne connaissait pas les circonstances, mais Kael Iruna avait trahi la maîtresse qu’il avait servie pendant des années. La question était de savoir ce qu’il cherchait à accomplir en faisant cela.

À ce moment, une pensée avait jailli dans l’esprit de Ryoma.

J’ai compris. Ce n’est pas qu’il ne se repliera pas… C’est qu’il ne peut pas se permettre de se replier…

Ryoma avait bien saisi la situation de Kael. Maintenant qu’il avait trahi la Princesse Lupis, sa position au sein de la faction des nobles était fragile, et il se creusait actuellement la tête pour trouver un moyen de se défendre d’une main et d’élever sa position au sein de la faction de l’autre.

Très bien… Si c’est ce que l’ennemi prépare, il n’y a pas besoin d’hésiter à utiliser notre contre-mesure…

Les gens agissant de manière imprudente par désir avide de gagner des mérites à leur nom étaient assez communs, et les chances de victoire de Kael semblaient prometteuses.

Et en effet, s’ils n’avaient pas eu l’atout caché de l’utilisation de la magie verbale pour construire leurs défenses et s’ils avaient été attaqués au moment où ils consolidaient leur position, ils auraient sans doute été anéantis.

Kael n’avait pas la possibilité de se retirer. S’il le faisait, on se moquerait de lui pour le reste de sa vie. Et il le savait mieux que quiconque. Il devait donc gagner cette bataille coûte que coûte, même s’il devait pour cela accumuler une montagne de cadavres.

Après avoir conclu qu’il n’y avait pas d’autre piège dans la tactique de Kael, Ryoma décida de jouer l’autre atout qu’il avait dans sa manche.

« Coursiers ! L’ennemi devrait bientôt nous presser des trois côtés. Nous utiliserons notre atout plus tôt que prévu. Donnez à Sara le signal de se diriger vers le nord. Je vais remplacer Laura ! »

« Oui, seigneur ! »

À la demande de Ryoma, plusieurs coursiers à cheval s’étaient mis à courir pour faire connaître ses ordres aux autres.

« Augmentez votre cadence de tir ! Ne perdez pas votre temps à viser. Les troupes de l’ennemi sont nombreuses ! », cria Laura alors que des combats intenses se déroulaient à sa position le long de la porte centrale.

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