Wortenia Senki – Tome 1 – Chapitre 1 – Partie 8

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Convocation

Partie 8

L’affirmation de Gaius avait naturellement incité Ryoma à incliner la tête avec confusion, ce qui était compréhensible. Il n’y avait aucune garantie que celui qu’ils convoqueraient serait un artiste martial entraîné comme Ryoma.

« Les personnes que vous convoquez sont-elles limitées à une certaine condition, comme le fait d’avoir un certain potentiel de combat en elles ? »

Cela expliquerait bien des choses. Mais Gaius secoua la tête avec déni.

« C’est le hasard qui décide qui sera la personne convoquée et rien d’autre. »

Ce type ment-il comme il respire ? pensa Ryoma. Non, ça ne semble pas probable, à en juger par la façon dont il s’est comporté.

Les chances que Gaius mentait étaient minces, mais cela signifiait que la plupart des gens qu’ils convoquaient venaient ici sans aucune connaissance du combat. Ils étaient venus d’une époque sans guerre, où les arts martiaux étaient relégués à un élément culturel. Très peu de gens pratiquaient les arts martiaux comme moyen de combattre dans la société moderne.

Bien sûr, Ryoma les pratiquait dans le but de tuer et de protéger sa vie. Il pratiquait au cas où une situation pourrait se présenter où il aurait besoin d’eux. Mais la grande majorité des gens n’étaient pas comme lui. La personne moyenne hésiterait à tuer un animal, et encore moins un être humain. Alors quel sens y avait-il à les invoquer dans ce monde ?

« Alors, à quoi bon faire venir des amateurs d’un autre monde ? »

Gaius acquiesça à la question de Ryoma.

« Dans ce monde, quand vous tuez un autre être vivant, vous absorbez une fraction de sa force vitale. C’est pourquoi nous les convoquons. »

C’était une idée beaucoup trop absurde et ridicule pour les oreilles de Ryoma. La plupart des gens s’en moqueraient. Mais il fixa simplement Gaius en silence.

On dirait qu’il ne ment pas. Je veux dire, s’il avait voulu mentir pour s’en sortir, il aurait pensé à un mensonge plus convaincant… Mais quand même, c’est assez tiré par les cheveux…

L’expression de Gaius était tout à fait sérieuse, et il ne semblait pas mentir. S’il avait eu l’intention de mentir en premier lieu, il aurait probablement trouvé un mensonge plus crédible. Mais c’était quand même une révélation extrêmement difficile à croire.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu dis que j’ai absorbé le pouvoir de ces quatre crétins que je viens de tuer ? »

« Précisément. »

Gaius répondit d’un signe de tête à l’expression douteuse de Ryoma.

Ryoma regarda son corps, mais rien ne semblait différent. Ses bras n’étaient pas plus épais et ses jambes n’étaient pas plus longues, si on en jugeait par les apparences, il avait toujours la même apparence.

« Je n’en ai pas l’impression. »

« La vie de quelques personnes ne vaut pas grand-chose. »

« Tu es en train de me perdre. »

Tuer des gens pour absorber leur force vitale… C’était un phénomène inexplicable dont Ryoma n’avait jamais entendu parler auparavant, il était donc naturel qu’il ait du mal à le comprendre immédiatement.

« Pour être exact, une fois que tu as tué mille personnes, tu gagneras l’équivalent de la force d’une personne. »

Tandis que Gaius expliquait les conditions préalables supplémentaires en place pour ce phénomène, Ryoma se sentait consterné et étonné dans son cœur. Tuer mille personnes pour gagner l’équivalent de la force d’une personne ? Quelle arnaque !

« Ces rendements ne sont-ils pas trop faibles ? Ça ne vaut pas grand-chose si tu dois sacrifier autant pour ça. »

L’exaspération de Ryoma était prévisible. C’était une récompense bien trop dérisoire si l’on considérait l’effort nécessaire pour tuer un millier de personnes.

« Cela dépend des conditions et ne se limite pas aux humains. Si vous tuez un seul dragon, vous gagneriez probablement un pouvoir égal à celui d’une douzaine de personnes. »

Gaius continuait à parler, essayant désespérément d’occuper Ryoma.

Juste un peu plus ! Si je peux gagner un peu plus de temps, les gardes vont sûrement venir. Ils se méfieraient du fait que nous n’ayons pas pris contact pendant si longtemps, et ils viendraient nous demander ce qui s’est passé !

C’était le dernier espoir auquel Gaius pouvait s’accrocher.

« Hmm. Je comprends bien ce truc d’absorption de puissance, mais pourquoi se donner la peine d’appeler les gens de mon monde ? »

« L’une des raisons est que votre efficacité d’absorption est plus élevée. »

« Hein ? »

Les paroles de Gaius avaient encore surpris Ryoma.

« En d’autres termes, si un homme de l’autre monde et une personne de ce monde tuaient un nombre égal de créatures de la même espèce, il y aurait une différence notable quant à la quantité de force vitale que chacun absorberait. »

« Je vois. »

Les yeux de Ryoma s’étaient rétrécis.

« Ce sur quoi vous vous concentrez, c’est le taux de croissance après les avoir convoqués… Même une personne sans expérience du combat pourrait devenir plus forte que les gens de ce monde. C’est pour ça que vous avez choisi de convoquer des gens de l’autre monde. »

Il y avait probablement d’autres secrets en jeu ici, mais pour l’instant, il comprenait surtout ce qu’il avait besoin de savoir.

« Je suppose qu’il est temps… »

Un léger murmure échappa aux lèvres de Ryoma.

Et puis il lança un regard qui perça Gaius. Un regard aiguisé comme une aiguille.

« Eh bien, je ne sais pas si ce que tu as dit est vrai, mais je vais te croire pour l’instant… »

Et après avoir chuchoté cela, Ryoma fit un sourire vil à Gaius, qui était accroupi sur le sol.

« Au fait, vieil homme. On dirait que tes blessures guérissent très vite. »

Ces paroles avaient été prononcées de façon tout à fait nonchalante, mais en les entendant, Gaius avait l’impression que sa colonne vertébrale s’était transformée en glace.

Après avoir été frappé par Ryoma, Gaius s’était maintenu en position fœtale et avait utilisé un sort de guérison tout le temps. Et Ryoma s’en était rendu compte.

« Quoi… ! »

Gaius cria de surprise, Ryoma se moquait tout simplement de lui.

« Je veux dire, bien sûr que je le remarquerais. Je t’ai cassé les côtes assez fort pour endommager tes poumons. Tu pouvais à peine parler étant donné la quantité de sang que tu crachais, mais tout d’un coup, tu as commencé à bavarder, haut et fort. Ce qui veut dire que tu t’es guéri toi-même… pendant que tu tenais ton ventre par terre. »

« V-Vous ! Vous le saviez depuis le début ? »

Ryoma répondit à sa question en haussant les épaules.

« Pourquoi... Pourquoi ? »

Pourquoi n’as-tu rien dit, et m’as-tu laissé m’allonger là pour que je puisse guérir ?

Ryoma avait simplement montré un sourire glacial en réponse aux paroles de Gaius.

« Pourquoi n’ai-je rien dit, me demandes-tu ? Parce que j’ai pensé que tu continuerais à parler comme une pipelette, en pensant que ça te ferait gagner du temps. En plus, tu attendais que je montre une ouverture, n’est-ce pas ? »

« Bon sang de bonsoir ! Vous m’avez laissé faire ce que je voulais malgré le fait que vous en saviez autant !? »

Gaius éleva la voix avec indignation. C’était à un niveau qui dépassait la supercherie ou la ruse. Pour Gaius, la figure de Ryoma lui souriant ne pouvait être vue que comme l’incarnation humaine du diable lui-même.

« Est-ce vraiment si surprenant ? Eh bien, si tu cherchais vraiment à me faire foirer afin de te donner une ouverture pour attaquer, tu ferais mieux de faire semblant d’être blessé. Quel mauvais jugement pour un vieil homme ! »

En disant cela, Ryoma serra sa main de la taille d’une mitaine de baseball, celle-ci devint un poing en forme de pierre.

« Mais ne t’en fais pas pour ça. J’ai compris au moins l’essentiel de ce que tu m’as dit. Je ne sais pas dans quelle mesure ton histoire est vraie, mais à tout le moins, on dirait que je ne rentrerais pas chez moi pour le moment… »

Tel était son dernier avertissement. Les lèvres de Ryoma se recourbèrent en un sourire moqueur, proclamant que Gaius ne lui était plus d’aucune utilité. Voyant ce sourire, le vieil homme recula instinctivement. Sa peur de Ryoma l’avait poussé à bouger.

« Ouais. Je ne ferais rien d’imprudent si j’étais toi. Après tout, je dois te remercier pour toutes les informations que tu m’as données. Je t’accorderai une mort sans douleur. Tu m’as été d’une grande aide, alors je pense que c’est un échange équitable. Eh bien ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

C’était le genre de bonté que Ryoma Mikoshiba manifesta envers Gaius, l’homme qui l’avait enlevé. Mais cette gentillesse n’avait pas été comprise en tant que telle par Gaius. Réalisant les intentions de Ryoma, il fit son dernier pari. Maintenant, ce serait sa seule chance de s’emparer du pouvoir. Peu importe à quel point cette probabilité était proche de zéro, il aurait dû l’accepter.

« Esprits du vent — Kagh !? »

L’incantation de Gaius fut écourtée par Ryoma qui lui enfonça une lance contre la gorge.

« Qu’est-ce que je viens de te dire ? » dit Ryoma à Gaius qu’il tombait par terre, le regardant avec des yeux sans émotion.

Et puis, Ryoma avait impitoyablement porté le coup de grâce sous la forme d’un coup de pied bas qui s’était enfoncé à l’arrière de la tête de Gaius. Un bruit semblable à celui d’une pastèque écrasée résonnait dans la pièce.

« Tu n’aurais rien dû faire d’imprudent. »

Et ces mots chuchotés furent la dernière chose que Gaius Valkland n’entendit jamais, car il fut piétiné et tué comme un insecte.

 

 

« Tout ce que tu as dit m’a énervé. Tu n’étais vraiment qu’une sale ordure… »

Ryoma parla au cadavre de Gaius couché à ses pieds, puis le frappa impitoyablement aussi fort qu’il le pouvait, l’envoyant voler à trois mètres de distance. C’était le genre de colère que Ryoma ne montrait jamais sur son visage quand Gaius était en vie, mais maintenant elle apparaissait trop clairement sur ses traits. Il avait l’expression d’un démon enragé.

La colère pouvait obscurcir le jugement. Se perdre dans la colère au milieu d’une bataille, c’était comme demander à l’adversaire de vous tuer. Après avoir reçu cette leçon à l’entraînement, il était naturellement capable de garder son sang-froid. Mais pour lui, garder temporairement cette patience était déjà un exploit en soi.

Ryoma n’était pas un saint, mais un simple être humain, il était aussi sensible à la colère que les autres. Surtout dans ce genre de situation. Ryoma l’avait donc gardée enfermée et cachée dans son cœur jusqu’au moment où son adversaire avait rendu son dernier souffle.

Gaius et ses sous-fifres avaient probablement convoqué des gens dans ce monde bien avant qu’ils n’appellent Ryoma ici, et il ne pouvait qu’imaginer les résultats de cela… Combien de personnes avaient été appelées dans ce monde seulement pour mourir, se vautrant dans le désespoir ? Ces gens devaient avoir leurs propres espoirs et rêves.

Cette pensée remplit le cœur de Ryoma d’une nouvelle tristesse et d’une nouvelle haine envers le vieil homme, et envers l’empire d’O’ltormea. Ryoma Mikoshiba n’avait peut-être pas eu pitié de ses ennemis, mais c’était quand même un être humain, un homme ordinaire qui connaissait la douleur et le chagrin aussi bien que les autres.

Soudain, une forte détonation retentit sur la porte en fer de la pièce.

« C’est quoi ce bordel ? »

Ryoma s’était tendu par réflexe à la suite de ce changement soudain, tendant ses oreilles pour comprendre ce qui se passait.

« Quelque chose ne va pas, Seigneur Gaius ? »

On avait encore frappé à la porte. Un homme frappait précipitamment de l’autre côté, appelant dans la pièce.

« Les gardes nous ont informés qu’ils ont entendu un fort bruit dans cette pièce. Je comprends que vous êtes au milieu de votre rite d’invocation, mais s’il vous plaît, montrez votre visage juste un instant ! »

« Tch… Je m’y attendais. »

La voix de l’autre côté de la porte incita Ryoma à claquer sa langue avec irritation.

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Merci pour le chapitre, mais côté récriminations : « Bon sang de bonsoir ! '... C'est vraiment léger, cela fait des décennies que je n'ai plus entendu cette expression dans la vie réelle 😂

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