Strike the Blood – Tome 6 – Chapitre 2 – Partie 5

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Chapitre 2 : Le deuil prématuré

Partie 5

Les rayons du soleil du soir éclairaient la route, qui grimpait jusqu’au sommet de la douce colline. À côté d’elle, Asagi continuait à marcher sur le sentier recouvert de copeaux d’uréthane en collant son smartphone bien-aimé contre son oreille. À travers le récepteur, elle entendait la voix de Kojou, inhabituellement tendue.

« — Asagi ? Oh, bon timing. Tu m’as vraiment tiré d’affaire. Euh… Alors, s’est-il passé quelque chose ? »

« Oh, oui. Désolée de te déranger tout à coup. »

Asagi était un peu décontenancée par la politesse de Kojou. Il donnait l’impression que son appel téléphonique lui avait donné l’excuse dont il avait besoin pour éviter une sorte de crise de vie ou de mort…

Tout va bien, pensa Asagi en reprenant ses esprits. « Je voulais te demander une faveur… Ah, par hasard, es-tu rentré chez toi ? »

Pendant un moment, il y avait eu une pause anormale. Il semblerait que Kojou se demandait si c’était une bonne idée de répondre ou non.

« Non, je suis toujours dehors. Je suis dans une boutique à l’ouest du district 6. »

« District Six… C’est le quartier des love-hôtels !? »

La joue d’Asagi avait tressailli. Bien sûr qu’elle connaissait l’endroit, tous les habitants de l’île d’Itogami connaissaient le District Six de l’île Ouest, même les enfants des écoles primaires. Non pas qu’Asagi ait elle-même mis les pieds dans cet endroit, bien sûr…

« Ne me dis pas que tu… !? »

« Je ne le fais pas ! Je suis dans un magasin d’antiquités ! Il est tenu par une connaissance d’Himeragi. »

Asagi avait incliné la tête. « Il y a un magasin d’antiquités dans cette zone… ? » avait-elle demandé, surtout à elle-même.

Il ne semblait pas que Kojou mentait. En fait, elle pensait avoir entendu un chat miauler et quelqu’un parler derrière lui. « Eh bien, je ne sais pas ce qu’il en est, mais on dirait que tu n’es pas vraiment occupé là-bas ? » finit-elle.

« Pas vraiment. Alors quelle est la faveur ? »

La question de Kojou était insouciante. Pendant ce temps, Asagi s’était raclé la gorge. Ce n’était pas exactement le genre de chose qu’elle voulait lui dire…

« Te souviens-tu des boucles d’oreilles que tu m’as offertes pour mon anniversaire ? »

« Ah… oui, les bleus que tu m’as fait acheter pour toi. »

« Elles ne sont pas bleues, elles sont turquoise !! » avait répondu Asagi d’un air maussade. Il y avait une signification derrière cette couleur.

« Alors, qu’en est-il d’eux ? »

Asagi s’était efforcée de garder une voix joyeuse en avouant. « Désolée. On dirait que j’en ai fait tomber une, ah-ha-ha-ha… C’était probablement quand tu m’as fait tomber dans le parc pendant la pause déjeuner… »

« Eh !? »

Elle avait l’impression que Kojou s’était figé à l’autre bout de l’appel. Elle avait ajouté. « Je suis en train de la chercher, mais je ne suis pas sûre de pouvoir la trouver toute seule. J’ai pensé que tu pourrais peut-être me donner un coup de main pour la chercher avant qu’il fasse nuit ? »

« T-tu es une idiote — ! »

« Ha !? »

Cette fois, le cri de Kojou au téléphone avait fait se raidir Asagi. Elle ne s’attendait pas à ce que Kojou se mette en colère pour cette partie.

« C’est quoi le problème !? » avait-elle répondu. « Je veux dire, c’est ma faute si je l’ai perdue, mais tu n’as pas besoin de le dire comme ça — . »

« Pas ça ! Tant pis pour cette maudite boucle d’oreille ! »

« Ah… ? »

Crack ! La remarque grossière de Kojou avait été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase pour Asagi. « Ne me dis pas que ça ne fait rien ! C’est ceux que je t’ai fait acheter pour moi — enfin, de toute façon, c’est spécial !! »

« Je dis que les gars de la Garde de l’île surveillent l’endroit ! C’est dangereux si proche de ce couvent ! Pars de là avant d’avoir des ennuis, maintenant ! »

« Eh ? »

Asagi avait été surprise par la façon dont Kojou semblait sérieusement hors de lui. Apparemment, la boucle d’oreille n’était pas ce qui le rendait si nerveux. Il n’était pas en colère contre elle — il était inquiet pour elle. Mais n’était-ce pas un peu exagéré ?

« … Tu n’as pas besoin d’être si sérieux, » répondit-elle. « C’est bon, ce n’est pas comme si je séchais les cours cette fois. De plus, la présence de la Garde de l’île rend les choses plus sûres, non ? »

« Va-t’en de là ! Je t’achèterai des bijoux plus tard ! Autant que tu veux !! »

Kojou l’avait suppliée.

Les mots avaient été clairement prononcés à la hâte, mais Asagi n’était pas du genre à laisser passer une telle occasion. « … Vraiment ? »

« Ouais ! »

« Pas seulement des boucles d’oreilles, mais une bague aussi ? Ça n’a pas besoin d’être cher… »

« J’obtiendrai tout ce que tu veux, alors… »

Asagi, sentant ce qui allait se passer, avait éloigné le smartphone de son oreille alors que Kojou criait : « — rentre chez toi au plus vite ! »

« Oui, oui. Je comprends. Je vais juste faire un dernier passage et rentrer à la maison. »

« Repars maintenant !! » Kojou avait hurlé du fond de ses tripes.

Oui, oui, apaisa Asagi, laissant les mots entrer dans une oreille et sortir par l’autre. Elle ne savait pas ce qui le mettait dans cet état, mais le voir s’inquiéter pour elle était loin d’être désagréable. Il avait même promis de lui acheter une bague, ce qui lui donnait envie d’écourter sa recherche de la boucle d’oreille comme elle l’avait promis.

C’est l’instant d’après qu’un rugissement avait accompagné le tremblement du sol.

Pendant une seconde, le corps d’Asagi avait flotté dans l’air, la faisant rouler sur le trottoir comme si elle avait été jetée de côté. Le sac qu’elle portait à l’épaule avait volé, et son contenu s’était éparpillé autour d’elle.

« Asagi !? Quel était ce son — !? »

Apparemment, Kojou l’avait aussi entendu. Sa question sonnait comme s’il venait de devenir pâle.

Mais Asagi ne pouvait pas répondre.

Ce n’est pas qu’elle ne comprenait pas ce qui s’était passé. C’est qu’elle n’avait pas les mots pour l’expliquer.

L’abbaye s’effondrait, et à sa place émergeait un fluide amorphe, frétillant, d’un noir de jais, ressemblant à un organisme unicellulaire. Ce n’était ni du métal ni de la chair, et il ne possédait même pas de forme — comment décrire une telle créature ?

« Je ne… sais pas… C’est quoi… cette chose… !? C’est comme… du sang… ? Un vif-argent… femme !? »

Asagi réprima la douleur dans son corps et se releva en titubant. Pendant qu’elle le faisait, la masse de liquide noir continuait à émettre des sons bizarres en se transformant en une variété de formes.

Elle avait pris une forme évoquant des formes de vie pathétiques qui avaient essayé d’évoluer, mais avaient échoué. C’était un poisson hors de l’eau, un oiseau tombé au sol, une bête grotesque et un être humain, tout à la fois. S’il existait une chose telle qu’une chimère avec un mélange d’ADN de plusieurs formes de vie, peut-être ressemblerait-elle à cela.

De plus, le monstre avait continué à grandir en taille. Il fusionnait sans discernement avec la matière qui l’entourait pour augmenter sa propre masse. S’il avait la taille d’une voiture compacte au départ, il avait déjà atteint la taille d’un petit camion.

Alors qu’Asagi se tenait là, elle entendit une voix. Tu dois courir, annonçait-elle avec entrain.

« — Hein ? »

Un jeune homme se tenait sur la colline, regardant Asagi. Il portait des vêtements rouges et blancs criards, comme ceux d’un magicien de théâtre. Son rire semblait innocent, mais ses yeux étaient si froids qu’ils la faisaient frissonner.

« Oh non, » se moqua-t-il. « J’ai été repéré. Eh bien… Tu seras partie dans un instant. »

Le monstre noir avait rugi. Son corps amorphe semblait s’effilocher en fines bandes semblables à des rubans. Le temps qu’Asagi réalise que ce n’était pas des rubans, mais des tentacules ressemblant à des lames de rasoir géantes, il était trop tard.

« Ah ? »

Le corps d’Asagi avait flotté dans l’air, libéré des chaînes de la gravité. Assez tardivement, elle avait entendu le son de l’air se fissurer.

Le tentacule que le monstre noir avait libéré avait fauché le corps d’Asagi comme la faux de la Faucheuse.

Il ne fait aucun doute que la véritable cible de l’attaque du monstre était le jeune homme aux habits étranges. Asagi s’était simplement trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Mais le jeune homme avait fauché le tentacule du monstre avec sa propre main droite, et le membre massif coupé avait frappé Asagi, une spectatrice innocente, à la poitrine. Et donc, elle était tombée.

Roulant à plat ventre sur le sol, Asagi murmura, hébétée, « Pas… possible… »

Elle n’avait pas ressenti de douleur. Au lieu de cela, elle s’émerveillait à la vue du ciel du soir — et de la façon dont son propre sang frais correspondait à sa couleur. C’était comme regarder de beaux rubis pleuvoir autour d’elle.

« Il s’est donc échappé, » murmura le jeune homme en blouse blanche. « Ça aurait pu mieux se passer… Ah bon. »

Le monstre noir avait déjà disparu. Peut-être avait-il été effrayé par sa contre-attaque ? Le jeune homme s’en alla également, ne montrant pas le moindre intérêt pour la fille sur la colline, tombée et trempée de sang.

Asagi avait eu un rire maladif et, avec ses dernières forces, elle avait laissé sortir les mots :

« Désolée, Kojou… On dirait que… J’ai fait une erreur… »

Le smartphone n’était plus dans les mains d’Asagi, et ses mots ne lui étaient donc jamais parvenus. Elle avait désespérément tendu la main, mais tout ce que le bout de ses doigts avait touché était un fragment de pierre rouge scintillant froidement…

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Claramiel

Claramiel

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