Strike the Blood – Tome 1 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : Le Bras Droit du Saint

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Chapitre 4 : Le Bras Droit du Saint

Partie 1

Ce jour-là, après l’école. Asagi Aiba était arrivée à son emploi à temps partiel, toujours en uniforme scolaire.

Douze niveaux sous la Porte de la Clef de Voûte. La section chargée de la sécurité pour la Corporation Publique de Gestion du Gigaflotteur.

Comme on pourrait appeler ça le noyau de l’Île d’Itogami, la sécurité était extrêmement stricte dans cette zone, mais Asagi passait facilement à travers chaque porte avec un seul passage de sa carte d’identité la désignant comme l’administrateur du système qui avait préparée juste pour elle.

Bien que normalement, une telle carte n’était émise à personne à l’exception du maire, la vérité était que si Asagi était sérieuse, elle pouvait facilement désactiver une sécurité de cette ampleur. Sachant cela très bien, le directeur de la société publique lui avait donné la carte en tant que cas spécial. Ce privilège spécial était la reconnaissance du génie supérieur d’Asagi en tant que programmeur.

« Salut, mademoiselle. Tu as l’air mécontente. Ta magnifique beauté sera gaspillée si tu continues ainsi. » Alors qu’Asagi s’asseyait et se connectait à son terminal, son assistant IA lui avait parlé d’une manière trop familière.

L’intelligence artificielle qu’Asagi avait surnommée Mogwai était l’avatar de cinq supercalculateurs détenant à leur portée toutes les fonctions de la ville présente sur l’Île d’Itogami. Bien que sa capacité opérationnelle soit sans aucun doute comparable à celle des ordinateurs les plus puissants du monde, on disait qu’il était difficile à manipuler en raison de ses... bizarreries. Mais pour une raison mystérieuse, Asagi l’aimait bien.

« Oh, la ferme. Arrête avec la flatterie ennuyeuse et l’état d’esprit serviable, d’accord ? » s’exclama Asagi.

« Hehehehe. Des soucis d’amour, je présume ? Il semble que les affaires du cœur des programmeurs de génie soient différentes de celles des simples mortels, » déclara Mogwai.

« Oh, tais-toi ou je télécharge un virus, » s’écria Asagi.

Asagi avait commencé son travail en se chamaillant avec l’IA.

Le travail qu’elle avait accepté pour aujourd’hui était de faire de la remise en ordre après l’explosion dans le quartier des entrepôts la nuit précédente. Des centaines de sujets détaillés, comme la gestion de l’entretien des éléments détruits du réseau électrique et des réseaux d’aqueduc et d’égouts, le réaménagement des horaires de service des installations de transport, le calcul des estimations de la restauration, etc.

C’était un travail qui prendrait un groupe de douzaines d’excellents programmeurs pour un semestre, mais Asagi et Mogwai qui faisait équipe aurait besoin d’environ trois jours.

Avec les compétences d’Asagi, elle aurait pu choisir n’importe quel nombre d’emplois plus importants, mais Asagi aimait plutôt avoir un emploi à temps partiel où elle pouvait utiliser l’un des meilleurs supercalculateurs du monde comme jouet.

Son seul regret était qu’en prenant ce travail, elle n’avait pas de temps libre pour aider Kojou à faire ses devoirs. Elle y pensait, se sentant un peu nostalgique, que c’était un peu dommage d’avoir déchiré et jeté ce rapport sur l’histoire du monde...

Mais de toute façon, c’était la faute de Kojou qui lui avait causé du tort. De plus, l’idiot avait séché l’école si tôt dans le trimestre et n’était jamais revenu.

Elle n’avait même pas besoin de le confirmer. L’étudiant transféré Himeragi était à coup sûr avec lui.

Ce qui avait surpris Asagi, c’était de voir l’importance de la douleur qui était présente en elle face à cette idée.

Une chose désagréable était une chose désagréable, mais elle ne pensait pas que Kojou, entre toute autre personne, avait les ressources nécessaires pour sauter une classe pour aller jouer avec une fille plus jeune. Il devait y avoir des circonstances en jeu.

Ce qui avait mis Asagi de mauvaise humeur, c’était que Kojou ne lui avait pas raconté ces circonstances, essayant plutôt de couvrir les choses avec un mensonge maladroit. Elle avait vaguement réalisé que Kojou essayait juste d’être attentif à ses sentiments, mais elle n’aimait vraiment pas ça.

Il y avait une autre chose qu’elle n’aimait pas : cette fille, Yukina Himeragi.

Asagi n’avait aucune preuve à l’appui de son intuition, mais Kojou avait probablement une faiblesse pour son type.

Elle se comportait avec une détermination qui n’était pas du tout féminine et parlait avec franchise. Sans doute l’aura athlétique qu’elle dégageait avait séduit Kojou, qui avait joué au basket jour et nuit alors qu’il était au collège.

En plus de cela, même si elles étaient du même sexe, Asagi trouvait que Yukina était très belle. Bien que Kojou ne semblait pas du tout prêter attention au sexe opposé, se pourrait-il qu’il puisse tomber amoureux d’un adversaire de ce niveau ?

« Non pas que je pense que je perde en quoi que ce soit dans les points pour le style..., » perdue dans son travail, elle ne semblait même pas se rendre compte qu’elle avait parlé à haute voix. Les oreilles précises de l’IA l’avaient capté.

« Eh bien ! Dans ce monde, il y a des vauriens qui agissent selon toutes sortes de choses, » répondit l’IA.

« Ne réponds pas quand je parle toute seule, » déclara Asagi.

« J’ai juste une conversation avec ma partenaire, » répondit l’IA.

« Ce n’est pas tes affaires. Et quand est-ce que je suis devenue ta partenaire ? » demanda Asagi.

« N’est-ce pas parce que tu n’es pas honnête avec toi-même ? » demanda l’IA.

« Tu n’as pas besoin de me dire quelque chose d’aussi évident. Mais... ! » s’écria Asagi.

Les mains d’Asagi avaient involontairement cessé de taper sur le clavier alors qu’elle plissait ses sourcils dans l’ennui.

Cela s’était passé juste au moment où une vibration sourde et un impact avaient secoué la pièce dans laquelle se trouvait Asagi.

Asagi avait émis un bref jappement. L’Île d’Itogami, flottant sur l’océan Pacifique, n’avait jamais eu de tremblements de terre. C’était le premier tremblement qu’Asagi avait ressenti depuis qu’elle avait immigré sur l’île.

« Mogwai, qu’est-ce que c’était à l’instant ? » demanda Asagi.

« ... Eh bien, c’est inattendu. Des intrus, » L’IA avait parlé avec quelque chose comme de l’admiration.

Asagi avait plissé ses sourcils de surprise. « Des intrus ? »

« Oui. Ils sont en plein combat avec les forces de sécurité de ce bâtiment. La vibration de tout à l’heure provenait d’un pilier de soutien qui a probablement été brisé pendant le combat, » annonça l’IA.

« Brisé... Tu plaisantes, n’est-ce pas ? » murmura Asagi alors que son visage changeait de couleur.

Ce n’était pas un bâtiment ordinaire. C’était la section de l’infrastructure souterraine du Gigaflotteur. Ses principaux piliers de soutien, conçus pour supporter des dizaines de milliers de tonnes, n’avaient pas été aussi facilement détruits, même avec des explosifs.

« Ce n’est pas seulement le pilier du soutien. Il y a aussi beaucoup de dommages aux étages supérieurs. Je crois qu’on est toujours en sécurité ici pour l’instant, mais il n’est peut-être plus possible de fuir d’ici. La cage d’ascenseur a également été détruite, » annonça l’IA.

« Veux-tu dire que je suis enfermée ici ? » demanda Asagi.

« Les escaliers d’urgence sont toujours intacts, mais je ne recommande pas de les utiliser pour l’instant. Non, sauf si tu veux rencontrer les intrus en personne. Les forces de sécurité ont déjà été mises en déroute, » annonça l’IA.

« En déroute ? » demanda Asagi, abasourdie. Même en temps de paix, la Porte de la Clef de Voûte était occupée par près de cent cinquante agents de sécurité. Et avaient-ils été battus ?

« Qui sont ces intrus ? Un groupe terroriste ? Ou bien sommes-nous attaqués par une armée du Dominion ? » demanda Asagi.

« Euh, non. Ni l’un ni l’autre..., » L’IA avait répondu à Asagi, qui s’attendait à une sorte d’incursion militaire démoniaque, avec un ton étrangement humain.

Une explosion féroce avait encore une fois secoué la pièce.

« ... Il n’y a que deux intrus. L’un est un simple humain, l’autre, un homoncule, » annonça l’IA.

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Partie 2

La Porte de la Clef de Voûte était le nom de la structure composite géante située au centre de l’Île d’Itogami.

Avec ses douze étages, sa partie aérienne était le bâtiment le plus haut de l’île. Vous pouviez regarder vers le haut de presque n’importe où sur l’île et voir sa forme majestueuse en forme de pyramide inversée.

Les bureaux de l’administration gouvernementale, y compris l’hôtel de ville, ainsi que de nombreux hôtels et installations commerciales y étaient construits, et cela fonctionnait comme le noyau de l’île à la fois en nom et dans les actes.

D’autre part, la construction géante avait également rempli un autre rôle, d’une importance cruciale, effectué par les quarante niveaux sous la surface de l’eau ainsi que par la Corporation de Gestion des Gigaflotteurs.

Cette structure, d’un peu moins de deux kilomètres de diamètre, reliait les quatre Gigaflotteurs qui composaient ensemble l’Île d’Itogami.

La Porte de la Clef de Voûte avait été conçue pour absorber les effets des courants océaniques, du vent, des vagues, et ainsi de suite, comme la flexion et les vibrations entre les Gigaflotteurs. Sans cela, les quatre districts de l’Île d’Itogami entreraient soudainement en collision, ou se briseraient peut-être, dérivant au sommet de l’océan Pacifique. Il s’agissait d’une installation essentielle, vraiment digne de ce nom.

De plus, elle avait toujours été fortement protégée.

La ville d’Itogami était sous la juridiction de la Garde de l’île, forte de quatre cent quarante hommes, divisée en trois bataillons. L’un de ces bataillons avait été affecté à la défense de Porte de la Clef de Voûte. Il s’agissait d’un peloton de soixante agents anti-démon, en nombre égal à celui de tous les mages d’attaque anti-démon sous la juridiction d’un quartier général de police préfectorale de taille moyenne.

Un si grand nombre d’employés avaient été affectés à la protection de la Porte de la Clef de Voûte en prévision d’attaques d’organisations terroristes à grande échelle.

Dans les simulations, ils pouvaient tenir plusieurs jours, même contre une compagnie d’hommes-bêtes du Dominion.

C’est pourquoi, ce jour-là, les personnes étaient en état de choc total en sachant que deux intrus avaient brisé les forces de sécurité et avaient pénétré à l’intérieur de la porte.

Ils avaient déjà percé la cloison étanche à l’air du dixième niveau sous le niveau de l’eau, se dirigeant vers la section centrale de la porte, et ils n’avaient pas fait la moindre demande.

« — Finalisation effectuée. Le joint de la cloison étanche à l’air a été détruit, » la fille homuncule, enveloppée dans l’armure de Vassal Bestial, avait fait un rapport austère.

En ce moment, la fille semblait porter un golem de douze pieds de haut, scintillant dans les couleurs de l’arc-en-ciel, comme une armure. Une seule frappe du bout de ses doigts avait instantanément détruit la barrière qui protégeait le sas du septième niveau.

C’était le pouvoir de l’EOD scellé dans le corps d’Astarte.

Complètement fusionnée avec le Vassal Bestial « Rhododactylos », elle avait pu neutraliser diverses forces mystiques et trancher à travers des barrières.

C’était cette capacité en particulier qu’Eustache, l’Apôtre armé, recherchait depuis longtemps. Car c’était cela, le pouvoir de détruire les barrières, qui était indispensable pour l’accomplissement de son souhait le plus cher.

« Vas-y, Astarte. Ce que nous cherchons se trouve au-delà, » déclara Eustache.

« Acceptez. » Tout en murmurant, Astarte avait franchi la cloison détruite.

En avant se trouvait la section centrale, sous la juridiction de la Corporation de Gestion du Gigaflotteur, qui s’étendait jusqu’au vingt-cinquième étage sous l’eau.

Si des dommages étaient infligés à ce bloc, il était possible que de graves dommages soient causés aux habitants de l’Île d’Itogami.

Pour les patients hospitalisés, une panne de courant pourrait être fatale, la nourriture ne pourrait plus être conservée dans la chaleur féroce de l’île Itogami. Ici, sur l’océan Pacifique, à trois cents kilomètres du continent, il n’aurait pas été possible d’évacuer quelque cinq cent soixante mille habitants en peu de temps.

C’était précisément pour cette raison qu’il avait été la cible du terrorisme à maintes reprises et que la sécurité avait été renforcée pour y faire face.

C’était le meilleur de la garde de l’île qui attendait l’arrivée d’Eustache et d’Astarte dans la section centrale. Il y avait deux escadrons de mages d’attaques et un peloton lourd et mécanisé.

« Hmm... Une réponse adéquate pour une situation d’urgence. Ils sont bien formés, » déclara Eustache.

Alors qu’ils apercevaient Eustache et Astarte sur le chemin en contrebas, ils avaient lâché un déluge de tirs.

C’était des balles béni contre les démons. Même les vêtements blindés d’Eustache ne sortiraient pas indemnes d’un coup direct. Eustache s’était glissé derrière un mur pour éviter les coups directs, mais il avait apprécié ça d’une voix très calme, « Pourtant, tout cela ne sert à rien. Extermine-les, Astarte. »

« — Acceptez. Exécutions du “Rhododactylos”, » déclara Astarte.

Le Vassal Bestial humanoïde, scintillant aux couleurs de l’arc-en-ciel, avait assailli les troupes mécanisées pendant qu’elles continuaient à tirer.

Le géant s’était déplacé avec une agilité inimaginable. Le pouvoir écrasant du Vassal Bestial les avait fauchés.

Les barrières qui protégeaient les forces mécanisées s’étaient brisées comme du verre mince, les rendant sans défense. Elles avaient été vaincues avec une grande facilité.

Ayant déterminé que les balles bénites normales n’avaient aucun effet, les mages d’attaque avaient tiré sur Astarte. Il s’agissait d’armes de siège à petite échelle qui lançaient des javelots, mais lorsque leur pointe était chargée de pouvoir spirituel, elles devenaient des armes puissantes contre les créatures démoniaques — assez pour que leur utilisation ait été restreinte par les traités, pouvant infliger des blessures mortelles aux hommes-bêtes et aux vampires d’un seul coup. Les javelots, scintillant avec une lumière gris foncé, avaient attaqué le Vassal Bestial humanoïde avec une vitesse rivalisant avec celle d’une balle.

Et puis l’armure les avait déviés aussi facilement que des gouttes de pluie.

L’incroyable spectacle avait fait s’arrêter les mages stupéfaits.

Seul Eustache avait fait un sourire silencieux.

Un Vassal Bestial, étant une masse de pouvoir magique, ne pouvait être endommagé que par un pouvoir magique encore plus grand.

Cependant, Rhododactylos neutralisait maintenant le pouvoir magique de toutes les attaques et les reflétait.

Maintenant, personne ne pouvait arrêter le Vassal Bestial — ou son maître, Astarte et cela incluaient le Vassal Bestial d’un Primogéniteur.

Les mages avaient continué à résister, mais avec leurs armes les plus puissantes rendues impuissantes, leurs chances de victoire étaient nulles.

Avec une puissance physique écrasante, le Vassal Bestial d’Astarte les avait annihilés.

Ce n’était plus un combat. C’était un massacre unilatéral.

« Hmm, une sage décision, » murmura Eustache.

Nul doute qu’ils avaient remarqué qu’Eustache était celui qui donnait des ordres à Astarte l’homuncule. Les quelques mages survivants avaient directement attaqué Eustache.

« Cependant, je ne peux pas être vaincu par des compétences aussi faiblardes. Comparé à cette fille Shaman Épéiste, ce n’est qu’un jeu d’enfant, » un grand sourire était apparu sur le visage d’Eustache lorsqu’il avait riposté.

Sa force physique, amplifiée par son armure, balançant devant lui sa bardiche de métal, avait déchiqueté les agents anti-démon des forces de sécurité. Il avait été un exorciste suffisant puissant pour se voir accorder le titre d’apôtre armé par Lotharingia. Ses capacités pourraient surpasser de loin celui de la moyenne des agents national anti-démon.

« Peut-être que les choses ont été mises en ordre ? » Eustache avait parlé froidement en regardant autour de lui les forces de sécurité complètement silencieuses.

Les vestiges des balles dispersées et de la destruction du Vassal Bestial avaient transformé le sol de ce champ de bataille en une ruine épouvantable. Tous les membres de la force d’élite, plus de soixante hommes, étaient tombés, gravement blessés. Personne ne s’était interposé face à ces deux intrus.

Non — .

Dans un endroit à une courte distance du champ de bataille, une fille se tenait debout.

Elle n’était pas armée. Tout ce qu’elle avait, c’était un téléphone portable et un petit ordinateur portable. D’après sa posture, elle n’avait pas d’entraînement au combat, il ne ressentait aucun pouvoir magique de sa part. Elle n’était ni du personnel de combat ni un démon, un simple être humain.

Elle avait l’aura de quelqu’un dans le couloir, par hasard, qui venait voir ce qui se passait et qui s’était retrouvé au plein cœur de la bataille.

Tandis qu’Eustache regardait sa forme tremblante, son visage se plissa dû à la suspicion, car l’uniforme qu’elle portait ressemblait beaucoup à celui de la Chaman Épéiste de l’Organisation du Roi Lion.

Bien que la chance qu’ils aient été des camarades n’était pas grande, peut-être valait-il mieux juste la neutraliser — .

Au milieu de ses pensées, Eustache avait secoué la tête.

Ce n’était pas nécessaire. Même si la Chaman Épéiste elle-même venait après lui, elle ne pourrait rien faire contre Eustache et Astarte. Plus maintenant.

En plus, prendre la vie de la fille ici n’avait aucun sens.

Elle mourrait assez tôt comme ça. Non seulement elle, mais toutes les personnes qui avaient vécu sur cette île.

Oui, cette terre abandonnée, construite par des criminels, l’Île d’Itogami, allait bientôt s’enfoncer dans la mer.

***

Partie 3

Kojou Akatsuki s’était réveillé dans l’obscurité du crépuscule.

Il entendait un bruit faible. Il ne reconnaissait pas le paysage, mais il semblait s’agir d’un parc près de la côte.

Son bras tendu avait froid, peut-être parce qu’il était couché sur le béton de ce côté-là. C’était donc un endroit pas trop confortable pour dormir. Mais sa joue transmettait une chaleur agréable.

« Senpai... Veux-tu bien te lever ? »

Kojou avait soudain entendu une voix au-dessus de sa tête. C’était la voix de Yukina, semblant faire la moue d’une façon ou d’une autre.

« Désolé... Encore cinq minutes, » ayant l’impression qu’il s’agissait d’un rêve, les lèvres de Kojou avaient doucement fait la demande. Ce serait un gâchis de s’éloigner de cette chaleur douce qui semblait envelopper sa tête. Mais...

Alors que Kojou entendait un « bon sang » et un léger soupir au-dessus de sa tête, quelque chose lui pinça la joue.

« Ne t’emporte pas ainsi. Ce n’est pas le moment ou l’endroit pour faire ça, » déclara Yukina.

Avec un « Aïe, » Kojou avait ouvert les yeux sans réfléchir, réalisant l’existence inattendue d’une fille à bout portant qui le regardait de haut.

« H-Himeragi ? »

« Tu es enfin réveillé, Senpai ? Faire en sorte que quelqu’un s’inquiète à ce point pour toi... tu es vraiment quelque chose, » Yukina avait parlé d’un ton sarcastique peu commun.

En voyant son expression, Kojou se souvient de ce qui s’était passé. Lui et Himeragi avaient rencontré Eustache au laboratoire de la compagnie pharmaceutique, puis il avait été frappé par une hache de combat destinée à Yukina.

Un coup assez puissant pour lui trancher le cœur et briser son torse en pièces.

Ce n’était pas une blessure que même un vampire pouvait encaisser tout en survivant.

« Je vois... Je suis mort, n’est-ce pas ? » demanda Kojou.

« Oui, » répondit la jeune femme.

Yukina s’était mordu la lèvre comme si elle se souvenait de ce qu’elle avait vu à l’époque. Et ainsi, son visage semblait proche des larmes une fois de plus...

« Peu de temps après ta mort, tes blessures ont guéri d’elles-mêmes... Même les éclaboussures de sang sont revenues, comme si le temps se rembobinait..., » expliqua Yukina.

« Est-ce pour ça que je dors ici depuis un moment, hein ? » demanda Kojou en appuyant sur son épaule droite. L’épaule, qui aurait dû être sectionnée par la bardiche, était attachée à son torse, qui aurait dû être en morceaux. Il ne restait pas une seule blessure affectant sa chair.

Bien sûr, sa chemise d’uniforme était encore abîmée, mais elle pouvait encore être portée, tant qu’il n’avait pas peur de ressembler un peu à un anarchiste.

Tandis que les doigts de Kojou erraient, confirmant apparemment l’état de ses blessures, Yukina le fixa du regard avec amertume.

« Si tu avais la capacité de revenir à la vie, dis-le avant de mourir. Peux-tu imaginer à quel point je me suis inquiétée pour toi... !? » Cria Yukina.

Pendant que Yukina parlait, elle avait tenu la tête de Kojou et avait commencé à la frapper avec son poing. Alors que Kojou était sur le point de s’opposer à l’absurdité de cela, il s’était rendu compte que sa tête reposait sur les genoux de Yukina. Yukina était ainsi depuis le début jusqu’à ce que Kojou renaisse.

Alors que Kojou regardait les yeux remplis de larmes de Yukina, il avait poussé un soupir exaspéré. « Désolé de t’avoir fait t’inquiéter, mais je ne le savais pas. C’est donc de cela que parlait Avlora. »

« Avlora ? Le quatrième Primogéniteur a dit quelque chose à propos de ça... ? » demanda Yukina.

Tandis que Kojou se levait lentement, Yukina regardait le vide avec des yeux vacillants.

« Ouais... Elle a dit, pour les Primogéniteurs, l’immortalité n’est pas un pouvoir, mais juste une malédiction, » répondit Kojou.

« Une malédiction ? » demanda Yukina.

« Les Primogéniteurs ne meurent pas. Même si tu empales leur cœur ou si tu écrases leur tête, ils vivent encore. Vivre seul pendant des siècles ou même des millénaires, même si tu veux mourir à tout prix... Ouais, tu ne peux pas appeler ça autrement qu’en tant que malédiction, » déclara Kojou.

Yukina observait silencieusement tandis que Kojou grognait comme s’il soupirait.

Même si l’on disait que les vampires étaient sans âge et immortels, cela ne signifiait pas qu’ils étaient complètement invulnérables. En particulier, leur cerveau, qui contrôlait leur pouvoir magique, et leur cœur, qui régissait la circulation de leur sang, étaient des vulnérabilités mortelles.

Même pour les aînés, recevoir de graves dommages à l’un ou l’autre signifiait une mort certaine.

Cependant, en tant que quatrième Primogéniteur, le corps de Kojou était différent.

Même son cœur complètement détruit s’était régénéré, et le plus gros du sang qu’il avait perdu coulait à nouveau en lui.

Mais il n’y aurait pas de retour s’il parvenait à se transformer en cendres comme des vampires dans la légende.

« Même ainsi, pourquoi m’as-tu protégée comme ça !? Malédiction ou pas, tu n’avais aucune preuve que tu pourrais revenir ! Et si tu n’étais pas revenu à la vie !? » Yukina avait demandé ça à Kojou avec un ton empli d’une véritable colère.

« C’est vrai, mais je suis quand même content, » déclara Kojou.

« Qu’est-ce qui te fait plaisir ? » demanda Yukina.

« Euh, c’est que tu vas bien, » répondit Kojou.

Une curieuse expression était venue à Yukina quand les mots étaient sortis de la bouche de Kojou.

Elle avait une expression comme celle d’une poupée cassée, trop angoissée pour rire ou pleurer.

« ... Et... ça te fait plaisir ? » Les lèvres de Yukina lâchaient les mots sans émotion.

Kojou avait un peu incliné son cou, semblant perplexe. « Hein ? »

« Tu aurais mieux fait de ne pas me protéger. As-tu déjà oublié ? Je suis venue ici pour te tuer, Senpai, » murmura Yukina sans expression, apparemment sans émotion.

Les sourcils de Kojou s’étaient comme pour dire : « Tu parles de quoi là ? »

L’aura que Yukina avait affichée à ce moment était exactement comme celle de la fille appelée Astarte. C’était identique à la triste fille-homuncules liée par les ordres de son créateur.

« Ce que cet apôtre armé a dit est la vérité. Je suis un outil jetable. Je m’en suis rendu compte bien avant, mais je ne voulais pas l’admettre. Mes parents biologiques m’ont vendu pour de l’argent, j’ai été élevée comme un simple outil pour combattre les démons... C’est pourquoi, même si je meurs, personne ne sera triste, mais tu es différent, n’est-ce pas, Senpai... ? » cria Yukina.

« Himeragi…, » murmura Kojou.

Ressentant de la honte en ce moment, Yukina s’était détournée de Kojou, retenant apparemment ses larmes.

Kojou avait finalement compris pourquoi Yukina avait hésité au milieu de la bataille avec Eustache.

À seulement quatorze ans, un Chaman Épéiste de l’Organisation du Roi Lion possédait une capacité de combat suffisante pour submerger un apôtre arméothargien. Manipulateur d’une lance tueuse de démons, une experte du combat élevé uniquement pour combattre l’humanité démoniaque.

C’est pourquoi, face à Astarte, également construite comme un outil de combat, Yukina avait vu qu’elles étaient semblables. C’est pourquoi les paroles d’Eustache avaient fait tant de mal à Yukina — ils avaient frappé trop près de la vérité. C’était la cause de son hésitation.

Kojou pensait que c’était peut-être la raison pour laquelle Yukina était si dure envers elle-même. Dans les quelques jours qui s’étaient écoulés depuis qu’il l’avait rencontrée, elle avait continué à le regarder tout le temps, le voyant lutter pour vivre comme un être humain ordinaire en dépit d’avoir obtenu le pouvoir du quatrième Primogéniteur.

Yukina avait abandonné une vie normale et quotidienne pour obtenir ses prouesses au combat.

Et voici Kojou, qui s’était vu accorder un pouvoir plus puissant que quiconque, qui avait choisi cette vie quotidienne banale et normale.

Peut-être que pour Yukina, les actions de Kojou ressemblaient à un rejet de la façon dont elle avait vécu sa vie jusqu’à présent.

C’est pour ça qu’elle l’avait dit.

Que c’était elle qui devrait être morte, et non Kojou...

« ... »

Tandis que Yukina restait immobile, couvrant toujours son visage, Kojou la regardait avec une expression perplexe.

Et il s’était rendu compte qu’il était indigné.

Ce n’était pas qu’il ne comprenait pas ce qu’éprouvait Yukina, mais son raisonnement avait été perturbé de quelque façon que ce soit.

Ce n’était pas une bonne chose qu’elle soit blessée à la place de Kojou. Qu’est-ce qu’elle dit ? pensa-t-il. Cependant, en ce moment, il était probablement difficile pour Kojou de convaincre Yukina avec de simples mots. Après tout, en quelque sorte, c’était son existence même qui lui causait de la douleur.

La vue du dos voûté de Yukina semblait trop éphémère, comme si elle avait disparu au moment où il enlèverait ses yeux d’elle. Elle était comme une petite fille perdue en larmes.

C’était de plus en plus irritant pour Kojou.

« Tiens bon, Himera... gi ! » déclara Kojou.

« Eh... ? »

Tandis que Yukina restait avec son dos face à lui, Kojou avait essayé de tendre doucement la main et de toucher son épaule. Cependant, la sensation n’était apparemment pas revenue en totalité à la chair et au sang à peine régénérés de Kojou. Alors qu’il essayait de se lever, il avait perdu l’équilibre, tombant juste au-dessus de Yukina.

Le corps de Yukina s’était rigidifié face à l’action complètement imprévue de Kojou. En s’appuyant sur elle comme si elle l’enlaçait étroitement, l’incident avait aussi mis Kojou dans la stupeur.

Même ainsi, Kojou ne pouvait pas abandonner Yukina maintenant, alors il était resté comme ça sans bouger.

« Hm... Qu’est-ce que tu fais, Senpai ? » Au bout d’un moment, Yukina lui demanda d’une voix grave qui semblait en colère.

Kojou avait répondu d’une voix intentionnellement emplie de douleur. « Ce sont les séquelles de l’époque où j’ai failli mourir plus tôt, alors... »

« Tu mens, n’est-ce pas ? » demanda Yukina.

« Euh... Ouais, » répondit Kojou.

Sans un mot, Yukina, toujours maintenue au sol, continuait à fixer du regard sur un Kojou silencieux. Pendant un moment, Kojou s’était demandé comment il pouvait s’excuser, mais il avait changé d’avis à mi-chemin.

Dans cette situation, il pensait qu’il valait mieux remonter le moral de Yukina, même si cela la mettait un peu en colère.

Ainsi, avec le corps de Yukina toujours rigide, Kojou avait doucement déplacé son visage vers le cou de Yukina. Il avait senti profondément l’odeur de ses cheveux. La sensation étrange sur la nuque avait fait que Yukina avait fait jaillir un petit jappement.

« Tu sens bon, Himeragi, » Kojou l’avait informée de ses pensées avec une brutalité effrayante. Les épaules de Yukina tremblaient un peu.

« Qu’est-ce que tu dis, tout d’un coup !? » s’écria Yukina.

« Et aussi, tes cheveux sont si soyeux. Ça fait du bien, » déclara Kojou.

« S’il te plaît, arrête ça ! Où est-ce que tu touches en ce moment  ? » s’écria Yukina.

« Tu es plus douce que je ne le pensais, Himeragi. Et vraiment légère…, » répondit Kojou.

« S-Senpai ! Ça chatouille, bon sang ! » s’écria Yukina.

« ... Tu sens vraiment bon, » continua Kojou.

« Donc tu es vraiment un pervers... ! » Les larmes aux yeux, Yukina avait poussé un cri sans force.

Kojou avait toujours ses lèvres à l’oreille de Yukina.

« Oui, c’est vrai. Un pervers, c’est bien. Alors, ne dis plus jamais que tu aurais dû mourir au lieu d’un sale pervers comme moi, » déclara Kojou.

« Ça n’a rien à voir avec ça, ça fait... Ah, ah ! » cria Yukina.

Alors que Yukina tentait de réfuter ça, Kojou avait mis sa langue contre le cou de Yukina et avait soufflé sur elle. Le corps de Yukina s’était tordu comme si elle essayait désespérément de s’échapper des bras de Kojou, mais ses tentatives se réduisaient au fil du temps.

« D’ailleurs, je ne pense pas du tout que tu sois élevée pour être un outil, Himeragi, » déclara Kojou.

 

 

« Hein ? » s’exclama Kojou.

« Ce que je veux dire, c’est que tu es si mignonne, Himeragi, » déclara Kojou.

« Arrête de dire des choses comme ça... A ! ... Arr ! » s’écria Yukina.

Comme Kojou avait donné à la nuque de Yukina un long léchage, la force s’était vidée de tout le corps de Yukina. Quelque part en cours de route, sa peau blanche avait développé une teinte rosée.

« Ouais ! Peut-être que ce n’est pas tes parents qui t’ont élevé, Himeragi, mais je peux dire juste en te regardant que les personnes de la Forêt des Grands Dieux ont vraiment bien pris soin de toi. Je veux dire, tu as dit toi-même que tu t’es amusée à t’entraîner à devenir une Chaman Épéiste, n’est-ce pas ? » demanda Kojou.

« J’ai compris... J’ai déjà compris, Senpai... S’il te plaît, pardonne-moi ! Je ne peux plus le supporter... ! » s’écria Yukina.

« D-D’accord, » répondit Kojou.

Après que Yukina l’avait supplié d’une voix frêle, les bras de Kojou autour d’elle s’étaient un peu relâchés.

Après tout, s’il l’avait laissée complètement partir. Il était juste tombé sur la fille sans force avant ça.

« ... »

Respirant assez brutalement, Yukina avait replacé son uniforme sans un mot.

Puis, les yeux encore humides de larmes, elle avait vivement fixé Kojou de son regard.

« Cette fois, j’en suis certaine. Tu es vraiment une personne perverse, Senpai, » déclara Yukina.

« Euh, non, je ne le pense pas vraiment. En plus, ce que tu faisais là, Himeragi…, » commença Kojou.

« Ah ? J’ai fait... quoi ? » demanda Yukina.

« ... Euh, rien... l’esprit. Désolé, je me suis emporté, » déclara Kojou.

« Eh bien, réfléchis-y ! Bonté divine... » Yukina avait poussé un violent soupir pendant qu’elle parlait.

Voyant que Yukina était quelque peu bruyante et plutôt résolue, et donc de retour à son état habituel, un sourire spontané était venu sur Kojou.

Voyant cela, Yukina avait regardé Kojou avec les yeux à moitié fermés. « Et qu’est-ce qui te fait sourire ? »

« Je pensais que tu es vraiment mignonne, Himeragi, » répondit Kojou.

« ... »

Yukina avait posé en silence sa main sur sa lance. Kojou avait retenu son souffle alors que expression avait changé. « A-Attends... Range cette lance ! »

« Franchement, arrête ça ! Ce n’est pas vraiment le moment et l’endroit pour nous de faire cela. As-tu oublié pourquoi tu as failli mourir ? » Yukina parlait d’une voix dure alors que sa lame visait toujours la nuque de Kojou.

Elle semblait assez confuse quant à savoir si elle devait être en colère contre lui ou contre elle-même, ou simplement rougir. Estimant qu’il ne serait pas sage de la provoquer davantage, Kojou avait resserré son expression.

« D’accord, j’ai compris. Supposons que tu as raison... Au fait, où est-ce que c’est ? Où sont partis le vieux et la fille ? » demanda Kojou.

« Il s’agit d’un parc public derrière le laboratoire pharmaceutique Sfelde, » Yukina avait lentement baissé sa lance alors qu’elle disait ça.

Comme elle l’avait indiqué, Kojou pouvait distinguer les contours d’un bâtiment familier derrière lui.

« Alors que l’attaque du Vassal Bestial artificielle a déclenché les systèmes d’alarme de l’immeuble, je t’ai porté ici pendant que tu dormais, Senpai. Je ne sais pas où l’apôtre arméothargien et la jeune fille sont allés, » répondit Yukina.

« Je vois... Ça m’inquiète un peu. Ils ont après tout dit quelque chose de bizarre, » le visage de Kojou avait grimacé pendant qu’il marmonnait.

Ils avaient dit de prendre le trésor, de couler l’île. C’était certainement ce qu’ils avaient dit.

D’après ces seuls mots, cela ne semblait rien d’autre qu’une fantaisie insensée, mais il était incontestable qu’Eustache avait un objectif clair et s’était préparé en conséquence. Il y avait toutes les possibilités qu’ils aient déjà été ailleurs.

Le soleil s’enfonçait déjà sous la ligne de flottaison, l’obscurité enveloppait la zone.

Ayant été tué par Eustache, Kojou avait mis quatre ou cinq heures à se rétablir. Il espérait qu’il ne s’agirait pas d’un retard fatal.

« Bon... Les nouvelles…, » murmura Kojou.

« Hein ? » s’exclama Yukina.

Kojou avait sorti son téléphone portable et l’avait regardé pendant que Yukina faisait une tête quelque peu emplie de doutes. Peut-être qu’elle ne savait pas que vous pouviez vérifier les nouvelles avec votre téléphone cellulaire, mais il n’avait pas eu le temps de s’expliquer maintenant. Si Eustache avait déjà commencé une perturbation, il y avait une forte probabilité qu’il y ait déjà eu des rapports sur l’incident.

Avec cette pensée en tête, Kojou avait regardé par-dessus l’écran, inhalant un peu.

Ce qu’il avait vu, c’était une liste interminable de notifications par courriel...

Les expéditeurs étaient principalement Yaze et Rin.

Leurs courriels lui disaient que la Porte de la Clef de Voûte avait été envahie par quelqu’un et qu’Asagi, avec son emploi à temps partiel à l’intérieur de la Porte, était toujours coincée à l’intérieur.

***

Partie 4

Sur le sol où les intrus étaient passés, ils avaient vu une scène tragique.

Plus de soixante agents de sécurité étaient étendus sur toute la zone, gravement blessée, et l’odeur de leur sang se rependant sur le sol remplissait l’air. Une dizaine d’eux pouvaient se déplacer d’une manière ou d’une autre par leurs propres moyens. Cependant, ils n’avaient plus aucune capacité de combat, leurs mains étaient occupées à faire les premiers secours sur leurs camarades.

La seule personne non blessée qui restait était Asagi, regardant la tragédie d’un air hébété, à moitié absente.

C’était à ce moment-là que le téléphone portable d’Asagi avait sonné. Les installations à l’intérieur de la Porte avaient été gravement endommagées par les intrus, mais d’une manière ou d’une autre, la station de relais du téléphone cellulaire était sortie indemne.

Avec un mouvement robotique lent, Asagi avait vérifié l’écran du téléphone portable.

Quand elle avait vu le nom affiché dessus, ses yeux étaient soudainement revenus à la vie.

« — Kojou !? »

« Asagi... ! Je suis si content ! Est-ce que ça va ? » demanda Kojou.

Elle avait entendu la voix de Kojou par l’intermédiaire du téléphone portable. Sans véritable raison, cela avait fait couler des larmes de soulagement par Asagi. Sa voix s’éleva, comme si elle avait attendu pour pouvoir faire évacuer sa colère pendant tout le temps.

« Bon sang, qu’est-ce que c’est que ça... ? Je ne vais pas bien du tout ! La compagnie d’état a été attaquée, il y a beaucoup de blessés. Je suis piégée dans les décombres d’un bâtiment... Qu’est-ce qui ne va pas chez ces personnes ? » demanda Asagi.

« As-tu vu les personnes qui ont attaqué ? Un vieux dur à cuire en robe de prêtre, c’est ça ? Et aussi un Vassal Bestial humanoïde, » demanda Kojou.

« Les connaissais-tu  !? » demanda Asagi, abasourdie. En même temps, une vive inquiétude l’envahissait.

Pourquoi Kojou saurait-il à quoi ressemblaient ceux qui avaient attaqué Porte de la Clef de Voûte, à moins qu’il ne les ait trouvés avant Asagi ? Si c’était le cas — .

« Ouais. J’ai failli mourir à cause de ces deux-là, » déclara Kojou.

« Presque mort... !? Kojou, tu..., » Asagi s’était simplement exclamée face à la confession brutale de Kojou. Normalement, il n’aurait fait qu’une blague banale pour s’en moquer, non pas qu’elle en aurait cru un mot, après avoir vu l’atrocité que les intrus avaient commise de ses propres yeux. Il n’y avait aucun doute que Kojou avait vraiment regardé la mort.

Mais Kojou avait parlé sur le même ton décontracté que d’habitude. « Bref, on dirait que tu vas bien maintenant. Et plus importants encore, où sont-ils allés ? »

« En bas. Ils semblent se diriger vers le niveau le plus bas de la Porte, » répondit Asagi.

Asagi avait parlé alors qu’elle revenait dans son état d’esprit normal. Elle n’était pas la seule à avoir vécu quelque chose d’horrible. Kojou l’avait aussi vécu. Elle avait l’impression que cette seule pensée l’avait sauvée.

Asagi avait ouvert l’ordinateur portable qu’elle enlaçait comme un charme protecteur pendant tout ce temps.

Elle avait accédé au serveur de la division de maintenance et avait vérifié la situation à l’intérieur de la Porte.

En perçant toutes les cloisons le long du chemin, les intrus avaient déjà atteint le treizième niveau. Ce qui les attendait était une zone structurellement renforcée, mais leur arrivée au niveau le plus bas n’était plus qu’une simple question de temps. Ça aurait pu leur prendre deux heures tout au plus.

« Le niveau le plus bas... Huh. Tu sais ce qu’il y a là, Asagi ? » demanda Kojou.

« Comme si je devais le savoir. La seule chose qui devrait être au niveau le plus bas est l’Ancre, » répondit Asagi en tapant sur son clavier.

« Ancre ? » demanda Kojou.

« C’est le bloc d’ancrage. Tu sais que l’Île d’Itogami est formée du gigaflotteur Est/Ouest/Nord/Sud, n’est-ce pas ? C’est un peu comme une plate-forme pour maintenir les câbles principaux reliant tout ça en place, » répondit Asagi.

« ... Et il y a quelque chose d’important là-dedans ? » Kojou avait demandé comme si quelque chose dans ses tripes ne voulait pas se calmer.

Avec un « Euh ? » Asagi s’était renfrognée. « Pas du tout. C’est juste une stupide masse d’acier. Elle absorbe tous les chocs du gigaflotteur et les vibrations des vagues et du vent pour empêcher l’Île d’Itogami de se disloquer. »

La séparation des quatre gigaflotteurs de l’Île d’Itogami était un dernier recours pour éviter la dislocation de toute l’île. De plus, les sections de raccordement présentaient des espaces et une flexibilité permettant de se protéger contre les vibrations dangereuses des tempêtes de vent et des vagues inconfortables. Cela signifiait que les quatre gigaflotteurs se soutenaient toujours l’un et l’autre, tout comme les quatre pieds d’une table le maintiennent stable.

En d’autres termes, tout le fardeau pour ainsi maintenir l’Île d’Itogami ensemble affectée à cet endroit où les gigaflotteurs étaient reliés.

« ... Dans ce cas, quel est ce précieux trésor dont le vieil homme a parlé... ? » demanda Kojou.

« Un trésor précieux ? Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Asagi.

« Je ne sais pas, mais apparemment le vieil homme est venu sur cette île pour la récupérer…, » déclara Asagi.

« Même s’il disait cela, personne ne mettrait une telle chose de valeur dans le bloc d’ancrage. Après tout, tu ne serais pas en mesure de le regarder ou de le reprendre... ? » demanda Kojou.

Asagi avait sombré dans ses pensées en réalisant que les mots de Kojou l’embêtent d’une manière étrange.

Le précieux trésor la dérangeait. Il était difficile de croire qu’un prêtre instruit selon les principes stricts de la religion occidentale irait faire un assaut sur le sanctuaire des démons d’un autre pays par soif de biens matériels.

Non, en premier lieu, qu’est-ce que le trésor signifiait pour un homme portant la robe... ?

« Asagi ? » préoccupé par le silence d’Asagi, Kojou l’avait appelée.

Asagi avait pris une grande respiration comme pour dissiper ses doutes. « Attends. Je vérifie quelque chose. Attends, bon sang !? C’est un pare-feu militaire de niveau top secret, n’est-ce pas ? »

Asagi avait été surprise par l’alerte rouge profond affichée sur son écran d’ordinateur. Il y avait une lueur de bonheur qui se trouvait présent quelque part dans ses yeux. Son esprit de compétition avait été piqué.

« Donc tu ne peux pas savoir ce que c’est ? » demanda Kojou.

« Bien sûr que je ne peux pas. À qui crois-tu parler ? Mogwai ! » déclara Asagi.

Asagi convoqua l’IA, qui s’était installé dans le silence, d’une seule pression d’une touche. L’avatar du superordinateur était apparu sur son écran.

« Tu es une vraie esclavagiste, mademoiselle. Franchement, j’ai été construit de telle sorte que je ne peux pas poser mes pattes sur quelque chose comme ça, mais... ma partenaire me le demande, donc je suppose que je dois le faire, » déclara l’IA.

« Ah, tu comprends, n’est-ce pas ? Alors, transperce-moi maintenant ce pare-feu ! » déclara Asagi.

L’IA avait ronchonné sur un ton apathique alors qu’Asagi insérait son code d’administrateur.

Avant que l’IA n’exécute l’ordre, son aura avait changé pendant quelques instants.

« Je vais le transpercer, mais tu le regretteras, » déclara l’IA.

Que veut-il dire ? pensa Asagi. Un instant plus tard, ses sourcils s’étaient plissés.

« Hein ? Voici... Pas possible, tu te moques de moi…, » tout ce qu’Asagi pouvait faire, c’était de murmurer en regardant l’image du bloc d’ancrage alors qu’elle était en état de choc.

***

Partie 5

« C’est donc... ce que c’est..., » balbutia Kojou.

Kojou avait lentement baissé son téléphone portable, son appel avec Asagi avait déjà été achevé.

Ils avaient enfin résolu le puzzle. Tous les éléments étaient reliés ensemble.

Il connaissait l’objectif d’Eustache en venant sur l’Île d’Itogami. Et la raison pour laquelle il cherchait le pouvoir de briser les barrières.

Kojou avait tout compris.

Certes, c’était comme l’homme l’avait dit. S’il réussissait dans son objectif, un désastre incroyable arriverait sur cette île. L’île pourrait vraiment couler.

Ce qu’Eustache recherchait était dans la section la plus basse de l’Île d’Itogami, le bloc d’ancrage - et à l’intérieur de celui-ci, la clé de voûte au centre du pilier principal dont la Porte de la Clef de Voûte tirait son nom.

« Senpai... Allons-y. Nous devons les arrêter, » déclara Yukina.

Yukina s’était levée, fixant attentivement Kojou pendant qu’elle parlait. Kojou avait regardé vers elle comme s’il était devenu perplexe en raison de ses paroles.

« Arrêter ? Nous ? Arrêtez ce vieil homme... ? » demanda Kojou.

« Oui. Selon Aiba, il faudra encore un peu de temps avant qu’ils n’arrivent au niveau le plus bas. Nous pouvons probablement encore les atteindre à temps avec la coopération d’Aiba, » déclara Yukina.

Yukina avait l’air très sérieuse. Avec Asagi capable d’accéder au serveur principal de la société de gestion, ils connaîtraient tous les itinéraires de toute la Porte. D’un autre côté, Eustache et Astarte semblaient adopter une approche stupide, directe, cassant toutes les cloisons le long du chemin. Comme Asagi connaissait toutes les routes les plus courtes pour les rejoindre, ils devraient être en mesure d’arriver avant eux avec le temps dont ils disposaient.

« Mais nous deux, on y va, et on fait quoi après ça... ? » il avait parlé avec honnêteté de ses doutes.

Apparemment surprise, Yukina s’était arrêtée de bouger.

Kojou avait alors continué. « Je vais sauver Asagi. En chemin, j’emmènerais Nagisa et ma mère, qui a un style de vie de chat errant, au large de l’île. Mais c’est tout ce que je peux faire. »

« Senpai... qu’est-ce que tu dis ? La Garde de la Cité de l’Île d’Itogami ne peut pas arrêter le Vassal Bestial de cet homoncule ! » s’écria Yukina.

« N’as-tu pas perdu de vue ce pour quoi tu es ici, Himeragi ? J’ai essayé d’attraper le vieux parce que c’était de la légitime défense, mais ce n’est pas nécessaire maintenant, » Kojou avait parlé d’un ton lugubre.

Bien que les coupables dans l’affaire de la chasse aux démons s’étaient dévoilés en provoquant un tel tumulte, il n’y avait plus aucune raison pour Kojou et Yukina de les appréhender.

D’ailleurs, puisque les dommages causés à la garde de l’île avaient démontré à quel point Eustache et Astarte étaient dangereux, les actions de Kojou dans la démolition du quartier des entrepôts seraient acceptées comme inévitables beaucoup plus facilement.

« Je ne peux pas arrêter le vieil apôtre armé... Je le sais trop bien d’après ce qu’Asagi m’a dit. Et même si je ne suis pas d’accord avec ce qu’il fait, ce que fait le vieil homme est dans un certain sens juste... ! » déclara Kojou.

« Même si c’est le cas, mettre en danger tous ceux qui vivent sur cette île, c’est…, » répliqua Yukina.

« Eh bien... Ouais, ça pourrait bien être le cas... mais quant à savoir qui a raison, cela ne peut pas être décidé par moi. Je ne peux pas faire ce choix. Je ne dois surtout pas faire ce choix vu ce que je suis devenu ! » Kojou avait semblé gémir ses paroles comme si quelqu’un les lui arrachait. Yukina avait écouté en silence.

S’il agissait maintenant, cela serait comme s’il se déclarait empereur à la face du monde.

La décision d’un empereur avait le pouvoir de mettre les individus en mouvement. La décision d’un empereur pouvait changer l’histoire.

Mais y avait-il des preuves pour prouver que cette décision était juste ?

Mettre le monde en mouvement signifiait que les conséquences pour le monde étaient uniquement sur vos épaules.

Un être humain normal ne pourrait pas se préparer à cela. Il se romprait sous le poids de ses décisions.

La bataille avec Eustache n’était plus un duel entre lui et Kojou Akatsuki.

Car l’apôtre arméothargien avait déclaré la guerre contre toute la Ville d’Itogami.

Ce n’était pas une bataille dans laquelle un simple lycéen était autorisé à s’impliquer.

Kojou Akatsuki ne pouvait plus le combattre. Pour défier Eustache au combat, Kojou devrait lui-même accepter qu’il n’était plus un simple lycéen, mais qu’il était un être égal à une armée nationale tout entière — un Primogéniteur, lui qui devrait gouverner un Dominion.

Yukina avait préservé son silence, semblant voir à travers tout ce que disait un Kojou troublé.

« ... »

Finalement, sans un mot, elle avait légèrement fait tournoyer la lance d’argent qu’elle tenait.

La lance avait tourné une fois et demie — en tournant la pointe de la lance vers elle.

Yukina avait alors donc posé la lame au niveau de son cou.

Sans un bruit, elle avait pressé doucement sa lance contre son cou.

Une fine ligne rouge était apparue sur la peau de Yukina. Des gouttes de sang avaient finalement commencé à émerger.

« Himeragi... Qu’est-ce que tu fais ? » demanda Kojou.

Kojou avait été choqué de voir Yukina se comporter bizarrement. Elle semblait avoir perdu la tête, comme si cette expression austère qu’elle avait affichée jusqu’à présent n’était qu’un mensonge. La respiration de Yukina était en lambeaux alors qu’elle le regardait en réponse.

« Senpai. S’il te plaît, tu dois boire mon sang, » sa voix traduisait une détermination tranquille.

Kojou s’était complètement raidi. Il ne comprenait pas pourquoi Yukina disait une telle chose.

« Senpai, tu as dit que... tes Vassaux Bestiales ne t’avaient pas reconnu comme leur seigneur parce que tu n’avais pas encore bu du sang humain, n’est-ce pas ? » demanda Yukina.

« O-Oui. Je l’ai dit, mais…, » répondit Kojou.

« Alors s’il te plaît, bois mon sang, ici et maintenant, » déclara Yukina.

« Attends. C’est juste une hypothèse, il n’y a aucune garantie qu’en buvant de ton sang, ils me serviront…, » répondit Kojou.

« Si la possibilité existe, c’est suffisant pour moi, » déclara Yukina.

« Pourquoi dois-je faire une chose pareille ? ... Même si les Vassaux Bestiales ne veulent pas me servir —, » commença à demander Kojou.

« C’est un problème pour moi, car je ne peux pas arrêter l’apôtre Eustache par ma seule puissance, » Yukina avait parlé, interrompant les paroles de Kojou à mi-chemin.

« Hein ? » s’exclama Kojou.

« Pour vaincre un Vassal Bestial avec une capacité d’annulation magique comparable à celle de ma lance, une masse d’énergie magique plus importante est nécessaire —, un Vassal Bestial de classe Primogéniteur. Senpai, tu es le seul à pouvoir les arrêter, » annonça Yukina.

L’intensité dans les paroles de Yukina ne laissait aucune place à la dissidence, et cela avait fait reculer Kojou malgré lui.

« Euh, mais... Je n’ai pas l’intention de combattre le vieux et la fille. C’est à d’autres que nous d’y penser, n’est-ce pas ? » demanda Kojou.

« Tu mens, » déclara Yukina.

« Ah oui ? » Kojou avait immédiatement commencé à réfuter la réprimande unilatérale de Yukina, mais son argumentation était morte dans les lèvres.

C’était parce que les yeux de Yukina le regardaient doucement pendant que le sang continuait à couler de son cou.

« Je n’ai aucun doute que tu veux vraiment les arrêter, car tu as ce pouvoir, Senpai... Au fond, tu veux toi-même pouvoir utiliser le pouvoir du quatrième Primogéniteur comme bon te semble, n’est-ce pas, Senpai ? » demanda Yukina.

« Aucune chance que cela soit vrai. Depuis quand est-ce que je veux faire quelque chose d’aussi problématique que ça  ? » demanda Kojou.

« Senpai, si tu veux protéger les habitants de l’île, fait donc ce que tu veux. Si tu ne peux pas assumer la responsabilité par toi-même, alors je le ferai avec toi, » déclara Yukina.

« Euh... ? » s’exclama Kojou.

Pour une raison inconnue, Yukina avait souri avec douceur tandis que Kojou la regardait fixement.

« Bien sûr que je le ferai. As-tu oublié ? Après tout, c’est mon devoir de te surveiller…, » alors qu’elle faisait sa déclaration avec une expression imperturbable, Kojou l’avait regardée pendant un moment, stupéfait.

Poussant sa lance dans le sol, Yukina avait desserré le ruban présent sur son uniforme au niveau de la poitrine.

Puis elle avait défait les boutons, exposant ses seins.

Ce faisant, elle avait exposé sa chair blanche, sa clavicule mince et, bien sûr, son mince cou.

Et Yukina s’avança lentement, comme si elle posait pour que Kojou la contemple.

Alors qu’elle regardait Kojou, sa vision s’était déplacée vers les sous-vêtements bien rangés qu’elle portait et le renflement modeste de ses seins. Il avait émis un léger glapissement.

« H-Himeragi... ? » demanda Kojou.

« Senpai, tu as dit tout à l’heure que je suis mignonne, n’est-ce pas ? » demanda Yukina.

« O-Oui... Je pense que je l’ai peut-être fait, mais ceci et cela, c’est…, » balbutia-t-il.

« Alors s’il te plaît, prends tes responsabilités et agis en conséquence, » déclara Yukina.

« Qu’est-ce que... ? Quoiiiii !? » s’exclama Kojou.

« Ou... bien, ne suis-je pas assez bien pour toi ? » Yukina avait pressé doucement ses propres seins en murmurant d’une voix timide.

Kojou s’était rendu compte que ses épaules minces tremblaient petit à petit.

De l’effronterie... ou plutôt, la peur, pensa-t-il. Yukina avait vraiment également peur. Peur d’offrir son propre sang à un vampire et peur d’exposer sa chair devant Kojou de cette manière — .

C’était une Chamane Épéiste de l’Organisation du Roi Lion. Un mage d’attaque anti-démon envoyé uniquement dans le but d’observer Kojou — un vampire qui, à l’origine, n’aurait été qu’une cible à détruire pour elle.

Et maintenant, c’était comme si elle offrait son propre corps à Kojou.

C’était sûrement plus pour que Kojou puisse protéger les habitants de l’Île d’Itogami, afin que Kojou ne regrette pas un jour sa décision — sa décision de ne pas exercer le pouvoir du quatrième Primogéniteur pour sauver l’île.

« S-Senpai ? » Yukina avait crié d’une voix de surprise quand Kojou l’avait soudainement enlacée.

Kojou pouvait sentir une légère chaleur, des senteurs agréables provenant de son corps mince et tremblant. Le parfum propre de ses cheveux, et d’autres parfums doux provenant de son corps. Et l’odeur du sang — .

Ses canines, non, ses crocs affûtés. La luxure était le déclencheur du comportement vampirique. Les vampires ne buvaient que le sang des cibles qu’ils jugeaient désirables. Et sûrement Yukina l’avait séduit de toutes ses forces en pleine connaissance de cause. Mais...

Elle ne comprend pas, pensa Kojou.

« Ah, ow... Sen... pai... »

Yukina ne comprenait pas à quel point elle était désirable. Elle ne comprenait pas du tout à quel point il avait été difficile pour Kojou de contenir ses pulsions vampiriques quand elle était proche de lui.

Yukina avait fermé les yeux avec force, endurant la douleur. Les lèvres de Yukina émettaient de frêles soupirs.

Et enfin, enlacer par les bras de Kojou, toutes ses forces s’étaient vues aspirer du corps de Yukina. C’était comme si leurs deux ombres se fondaient ensemble sous la paisible lumière cramoisie de la lune.

***

Partie 6

Cet endroit, construit trop profondément sous l’eau pour que la lumière puisse l’atteindre, était facile à considérer comme une prison éternelle.

Le niveau le plus bas de la Porte de la Clef de Voûte se trouvait au milieu de l’océan, à environ deux cent vingt mètres sous le niveau de la mer.

Le mur extérieur, construit en forme de cône pour résister à la haute pression de l’eau, dégageait une aura un peu comme la tour biblique de Babel.

Le rôle du niveau ressemblait beaucoup à la façon dont la tête d’un violon tenait les bobines pour les cordes du violon. En gardant les fils de connexion des quatre gigaflotteurs au diapason, les vibrations de l’île en entier pourraient être contrôlées et rendues inoffensives.

Les câbles métalliques étaient arrivés par les murs de la Porte et avaient été enroulés autour des piliers de support du niveau le plus bas. Les câbles étaient composés d’environ soixante-cinq mille torons d’acier. Le treuil ridiculement énorme était contrôlé par un moteur avec une puissance égale à celle d’une centrale électrique.

Cela donnait l’impression oppressante d’une salle des machines avec une masse écrasante d’acier et imprégnée d’une puissance explosive. Et le bâtiment était enveloppé d’une pression d’eau monstrueuse. Toutes ces choses semblaient changer l’atmosphère qui dérivait en quelque chose... de plus dense.

L’ouverture de la cloison au niveau le plus bas avait donné lieu à un grincement qui ressemblait à un bruit de hurlement lorsqu’on l’ouvrait avec une clef.

Le Vassal Bestial humanoïde de couleur arc-en-ciel scintillante avait déchiré le mur blindé de dix-sept centimètres d’épaisseur comme s’il s’agissait d’une boîte de conserve.

Le maître du Vassal Bestial était visible, enfermé au centre de son torse.

C’était une fille aux longs cheveux violets et aux yeux bleu pâle. L’homuncule, Astarte.

La forme d’un homme au corps musclé, enveloppé dans la robe d’un prêtre, était apparue derrière elle — .

Arrivé au niveau le plus bas de la Porte, l’apôtre arméothargien, Rudolf Eustache, fut profondément ému en regardant lentement tout autour de lui.

« Complétez. L’objectif a été confirmé, » Astarte avait fait son rapport alors qu’elle était encore enveloppée par son propre Vassal Bestial.

L’infection de sa voix, maigre au départ, avait maintenant complètement perdu toute émotion.

Un Vassal Bestial était une bête appelée d’un autre royaume. Pour lui donner une forme physique, son seigneur devait lui offrir un morceau de sa propre durée de vie. Bien qu’il existe différentes variétés de Vassal Bestial, il avait été dit qu’un être humain normal perdrait toute sa vie en l’invoquant un seul instant. Pour un Vassal Bestial, la vie de son maître était de la simple nourriture.

Même un maître homuncule n’avait pas fait exception.

Astarte s’était vu accorder une durée de vie bien supérieure à celle d’un être humain normal pour l’accorder à une vie symbiotique avec un Vassal Bestial, mais il n’en restait pas grand-chose. Elle avait trop utilisé le pouvoir du Vassal Bestial pour envahir la Porte de la Clef de Voûte.

« ... »

Cependant, Eustache marchait vers le centre du niveau le plus bas sans même jeter un coup d’œil à Astarte.

Là reposait le point d’extrémité des quatre câbles métalliques qui s’étendaient de chacun des quatre gigaflotteurs.

Tous avaient été fixés à l’aide d’une ancre avec une tête usinée. Il s’agissait d’une plate-forme métallique construite en forme de petite pyramide inversée.

Comme un poteau, un seul pilier avait été enfoncé au centre de l’ancre pour la fixer.

Le diamètre ne dépassait même pas le mètre de large.

Cependant, pour relier l’Île d’Itogami, elle avait continué à supporter le poids de plusieurs millions de tonnes, et cela même aujourd’hui.

C’était un pilier en pierre translucide ressemblant à l’obsidienne. Une Clef de Voûte.

« Oh... Ohh... » La bouche d’Eustache avait libéré une voix contenant à la fois du chagrin et du plaisir.

Alors que tout son corps tremblait, il était tombé à genoux sur place. Des larmes coulaient sans cesse de ses yeux alors qu’il regardait le pilier de pierre. Puis sa tristesse et son bonheur s’étaient finalement transformés en rires bruyants et déchaînés.

« Le corps immuable volé à l’Église lothargienne... Nous attendons depuis longtemps le jour où il nous sera rendu ! Astarte ! Il ne reste plus rien sur notre chemin. Déchirez cette Clef de Voûte maudite et apporte la justice sur cette île de dégénérés ! » déclara Eustache.

Après qu’Eustache ait ordonné à son serviteur homuncule, sa voix se transforma en rires bruyants.

Cependant, Astarte n’avait pas bougé. D’une voix sans émotion, elle rapportait, toujours enveloppée par l’armure matérialisée du Vassal Bestial. « Rejet. Erreur dans les conditions préliminaires. De plus, demandez la réémission de la commande. »

« Quoi ? » s’exclama Eustache.

Tenant sa hache de combat géante, Eustache s’était levé. Il avait compris pourquoi Astarte avait refusé son ordre. Il y avait quelqu’un au sommet du pilier de pierre fixé par l’ancre.

Un garçon portant un uniforme déchiqueté et une fille portant une lance en argent.

« Désolé, je vais devoir t’obliger à annuler cet ordre, vieil homme, » déclara Kojou.

Le quatrième Primogéniteur — Kojou Akatsuki — avait souri avec une expression triste.

« La relique d’un saint qui sert le Dieu de l’Église d’Europe occidentale…, » déclara-t-il.

Kojou semblait regarder avec compassion le pilier de pierre connu sous le nom de Clef de Voûte.

Le « bras » de quelqu’un flottait dans le pilier translucide.

C’était un bras mince, desséché comme celui d’une momie.

Son poignet portait une cicatrice cruelle qui ressemblait au vestige de la crucifixion. C’était le cadavre d’un martyr qui avait souffert et perdu la vie pour ses croyances.

C’était une manifestation de la sainteté de Dieu dans ce monde et un objet d’adoration pour beaucoup.

C’était un cadavre dont on disait qu’il était si saint qu’il ne pourrissait jamais et qu’il avait accompli de nombreux miracles.

Une partie du corps de ce saint était scellée dans le pilier de pierre.

« Ils appellent ça une “sainte relique”, hein. C’est donc ce que vous cherchez, » Kojou parlait comme dans un soupir.

L’existence de cette sainte relique était le secret qu’Asagi avait découvert en brisant un puissant pare-feu. L’Île d’Itogami, une ville géante et artificielle, était soutenue par un « miracle » provoqué par cette sainte relique.

« La ville que vous appelez maintenant l’Île d’Itogami a été conçue il y a plus de quarante ans, » Eustache avait récité les faits d’une voix grave et solennelle.

Son ton était digne d’un évêque lothargien dont les enseignements avaient guidé une multitude de croyants.

Il avait alors continué. « Il s’agissait d’une conception pour construire une nouvelle ville, une île flottante artificielle au sommet des lignes de ley — les lignes du dragon en Orient — qui s’étendaient sous l’océan. À l’époque, il s’agissait d’un concept innovateur. Comme l’énergie spirituelle qui circule le long des lignes du dragon est liée à la vivacité des résidents, tout le monde pensait que cela mènerait la ville à la prospérité. Cependant, la construction s’est mal passée, car la puissance nue des lignes de dragon qui coulait sur l’océan dépassait de loin les attentes des personnes. »

Kojou hocha la tête silencieusement à ses paroles.

C’était donc la raison pour laquelle l’Île d’Itogami avait été construite au-dessus de l’eau, loin au sud du continent : l’existence des lignes du dragon — des canaux spirituels géants, qui circulaient à la surface de la Terre.

Les lieux construits sur les lignes du dragon étaient pleins d’énergie spirituelle. Cela seul rendait possibles des techniques spirituelles et des expériences magiques plus puissantes que la norme. Ces conditions étaient idéales pour les recherches sur les démons menées dans le sanctuaire des démons. Le projet gigaflotteur était donc indispensable pour construire une ville sur des lignes de dragon.

« Le concepteur de la ville, Senra Itogami, le savait très bien. Il a choisi de séparer les gigaflotteurs en quatre — représentant les quatre animaux célestes du feng shui gouvernant l’est, l’ouest, le nord et le sud, en les utilisant pour tenter de contrôler les lignes de dragon liées d’une manière plus harmonieuse. Cependant, même ainsi, un seul problème insurmontable subsistait. »

« La force de la Clef de Voûte, euh…, » murmura Kojou.

Eustache avait répondu au murmure de Kojou d’un signe de tête solennel. « Précisément comme vous le dites. Le concepteur, Senra Itogami, avait besoin d’une Clef de Voûte au centre de l’île pour représenter le Dragon Jaune — qui gouverne les quatre Animaux Célestes. Cependant, la technologie de l’époque ne pouvait pas construire des matériaux assez solides pour résister à cela. Par conséquent, il s’est souillé les mains en effectuant une abominable hérésie. »

« Composants sacrificiels…, » c’était Yukina qui avait fait cette frêle déclaration.

Le concepteur de l’Île d’Itogami avait résolu une question d’ingénierie en s’appuyant sur la nécromancie.

Le sacrifice humain.

Il s’était rendu compte qu’il pouvait employer l’hérésie du sacrifice des humains vivants pour augmenter la solidité de ses structures. Cependant, les lignes de dragon étaient des flux d’énergie naturelle, leur puissance indomptée avait placé un énorme fardeau sur la section de connexion des gigaflotteurs.

La Clef de Voûte nécessaire pour supporter ce fardeau, la nécromancie de bas étage n’allait pas le supporter. Il avait besoin d’une puissance à la hauteur d’un miracle de Dieu lui-même. D’où...

« Ce qu’il a choisi comme sacrifice pour soutenir sa ville était la relique de notre saint patron, usurpé à notre Église. Cet acte — le piétinement de notre foi pour la création d’une île où les démons fétides peuvent sévir — ne peut être pardonné, » Eustache avait déclaré cela d’une voix calme et se réverbérant partout alors qu’il se tenait en équilibre sur sa hache de combat.

Ses actions indiquaient la fin de l’histoire. L’objectif d’Eustache était de récupérer la sainte relique. Il n’avait aucune raison de forcer le combat avec Kojou et Yukina. C’est pourquoi il avait répondu à la question de Kojou.

En même temps, c’était pour démontrer sa justice — pour prouver qu’il avait raison.

Il ne pouvait plus être dissuadé. Il n’y avait aucun moyen de surmonter sa détermination.

« Par conséquent, nous récupérerons la sainte relique par la force. Vous feriez bien de vous retirer, quatrième Primogéniteur. C’est une guerre sainte entre nous et cette ville. Nous ne tolérerons aucune interférence, et cela même de votre part, » déclara Eustache.

« Je comprends ce que vous ressentez, vieil homme. Ce que ce Senra Itogami a fait était définitivement le plus bas du bas de l’échelle humaine, » répondit Kojou.

Malgré cela, Kojou se tenait devant l’évêque, protégeant la Clef de Voûte.

« Mais cela justifie-t-il de tuer cinq cent soixante mille personnes vivant sur cette île, ne sachant rien, au nom de votre vengeance ? Il en va de même pour les gens que vous avez blessés pour venir ici. N’entraînez pas des gens qui n’ont rien à voir dans tout cela ! » cria Kojou.

Peut-être que ce qu’Eustache faisait était juste. Ou bien peut-être s’était-il vraiment trompé, mais cela n’avait plus d’importance.

Si c’était la décision de Rudolf Eustache de détruire la ville...

C’était la décision de Kojou Akatsuki, de son plein gré, de l’arrêter.

« Si l’on compare cette échelle de sacrifice à ce qu’il faudrait pour racheter cette ville, ce n’est même pas un grain de sable, » annonça froidement Eustache.

C’était Yukina qui avait bloqué son chemin. Sa lance d’argent était tenue face à l’apôtre armé afin de restreindre ses mouvements. Elle avait crié d’une voix aussi claire qu’une clochette, « l’utilisation de composants sacrificiels est maintenant interdite par un traité international, et d’autant plus le vol d’une sainte relique à cette fin... !! »

« Et qu’en est-il, Chamane Épéiste ? Êtes-vous en train de dire que je devrais les poursuivre devant les tribunaux de cette nation ? » demanda Eustache.

« Avec les technologies qui existent maintenant, il est certainement possible de construire une Clef de Voûte assez résistante pour relier l’île ensemble. La Clef de Voûte peut être échangée et la sainte relique rendue à —, » répondit Yukina.

« Diriez-vous la même chose si c’était vos propres parents de sang qui souffraient d’être piétinés par d’autres ? » demanda Eustache.

La colère non dissimulée s’était emparée de la voix d’Eustache.

Une hésitation momentanée avait couru dans le dos de Yukina. Comme elle avait été élevée en tant que Chamane Épéiste, Yukina ne connaissait pas les visages de ses proches.

Eustache avait provoqué Yukina en pleine connaissance de cause.

« Vieil homme... Pourquoi, vous…, » Kojou, indigné, s’était déplacé pour réduire la distance avec Eustache.

Cependant, Yukina avait tendu son bras gauche pour l’arrêter. Elle avait fait un sourire fort, comme pour dire, je vais bien. Les yeux qui regardaient Kojou avec une mystérieuse douceur.

Hmph, Eustache avait reniflé grossièrement.

« Il semble que toutes les autres paroles seront infructueuses. Nous récupérerons la sainte relique. Si vous vous mettez en travers de notre chemin, nous vous l’enlèverons simplement par la force — Astarte ! » cria Eustache.

« Accepter. Exécuter “Rhododactylos”, » Astarte, qui avait gardé le silence, avait répondu avec un pincement de tristesse dans sa voix.

Le scintillement du Vassal Bestial aux couleurs de l’arc-en-ciel augmentait proportionnellement à l’augmentation de la force de l’énergie magique qu’elle diffusait.

« Alors c’est ça à la fin ? Est-ce que c’est... ? » demanda Kojou, puis il poussa un soupir lourd.

Ses crocs avaient montré leur présence entre ses lèvres férocement tordues. Ses yeux étaient teints d’un pourpre éblouissant.

« ... Mais avez-vous oublié, vieil homme ? Je vous en dois une pour m’avoir coupé la poitrine. Réglons ça avant de parler de vengeance sur un type qui a commis un crime il y a longtemps, » déclara Kojou.

« Maudit... Cette capacité a…, » l’expression d’Eustache s’était tordue.

La foudre avait enveloppé tout le corps de Kojou. Ce n’était pas de la colère qui lui avait permis de faire ça. C’était un Vassal Bestial qui s’était réveillé avec le sang de son seigneur, répondant à sa volonté.

« Alors que la fête commence, vieil homme — à partir de maintenant, c’est mon combat, » déclara-t-il.

Puis Kojou avait rugi en présentant son bras droit enveloppé d’éclairs.

Aux côtés de Kojou, Yukina avait brandi sa lance d’argent avec un sourire taquin, comme si elle se blottissait à côté de lui.

Elle avait alors riposté. « Non, Senpai. C’est notre combat — ! »

***

Partie 7

C’était Yukina qui avait frappé en premier.

Maniant sa lance d’argent, la jeune Chamane Épéiste se dirigea vers Astarte avec une vitesse qui semblait être la vitesse de la lumière. La fille homoncule avait utilisé son Vassal Bestial, dont la forme était celle d’un humanoïde géant qui l’enveloppait, pour contre-attaquer.

La lance et le coup de poing avaient fait trembler toute la structure.

Le Vassal Bestial d’Astarte n’était pas une forme de vie en forme d’humanoïde. C’était une masse dense d’énergie magique matérialisée sous cette forme.

Ses poings étaient égaux en force au plus puissant des tirs magiques provenant de la Magie Noire, et ses coups de pied étaient supérieurs aux explosions provoquées par les rituels obscurs.

Et ses bras étaient capables de déchirer d’épaisses cloisons faites d’alliages spécialement renforcés.

C’était cette puissance écrasante qui avait pulvérisé les agents anti-démons de la Garde de l’île en un seul coup...

Mais Yukina avait détourné l’attaque.

Sekkarou — ou plutôt, le EOD infusé dans l’arme, avait repoussé la puissance matérialisée du Vassal Bestial et avait visé à déchirer sa chair à la place.

Cependant, la chair du Vassal Bestial, enveloppée d’une oscillation divine identique, avait résisté au coup tranchant de Sekkarou.

L’attaque de Sekkarou, assez puissante pour infliger des dommages mortels à un démon, n’avait fait qu’une blessure superficielle au corps du Vassal Bestial ce qui avait été instantanément régénéré.

Yukina était supérieure en talent au combat, mais elle ne possédait pas le pouvoir offensif de détruire son adversaire.

De l’autre côté, bien qu’Astarte possède un pouvoir destructeur écrasant, la compétence de Yukina avec la lance et les arts martiaux sans armes la rendait pratiquement intouchable. Leur duel était dans une impasse complète.

Cependant, c’était ce que Kojou et Yukina visaient.

« Ooooooooh — ! »

La foudre bleu pâle se répandait tout autour de lui alors que Kojou s’était précipité sur Eustache avec son poing vers l’avant.

Pendant que Yukina bloquait Astarte, Kojou se battait contre le maître de l’homoncule, Eustache. C’était le plan que Kojou et Yukina avaient imaginé.

Kojou ne pouvait pas combattre le Vassal Bestial d’Astarte avec son pouvoir de réflexion de l’énergie magique. Cela dit, même l’arme de Yukina n’avait pas pu la vaincre.

Cependant, si Eustache, qui distribuait les ordres, tombait, Astarte s’arrêterait sûrement. Après tout, Astarte elle-même n’avait aucun désir de nuire aux habitants de l’Île d’Itogami. La courte conversation que Kojou et Yukina avaient eue avec elle les avait rendus certains de cela.

Par conséquent, pour elle aussi, Kojou devrait vaincre Eustache, ici et maintenant. Cependant...

« Hnn ! »

Avec une agilité inimaginable, l’énorme corps d’Eustache avait évité le coup de Kojou, contre-attaquant dans le même mouvement avec sa hache de combat. La pression de l’air provoqué juste par la hache avait arraché quelques lambeaux de tissus à l’uniforme scolaire de Kojou. Il pouvait sentir le tranchant de la hache.

Rapide et puissant. S’il pouvait frapper Kojou proprement, il n’y avait aucun doute qu’il serait fendu en deux comme il l’avait fait déjà au cours de la journée. Il ne pouvait donc pas laisser cette attaque le toucher.

Eustache avait fait un rire chaleureux comme si l’impatience de Kojou était trop claire pour lui.

« Certes, c’est une énergie magique impressionnante, mais des attaques aussi maladroites ne peuvent pas me toucher. Vos mouvements irréfléchis sont comme ceux d’un amateur, Quatrième Primogéniteur ! » déclara Eustache.

« Ils ne sont pas comme — je suis vraiment un amateur ! » répliqua Kojou.

Après que Kojou ait réfuté les propos d’Eustache, il avait augmenté sa vitesse. Certes, en termes d’arts martiaux Kojou était un amateur, sur le plan d’un vampire, il était totalement incompétent. Cependant, bien qu’il ait eu quelques lacunes, le jeu de pieds qu’il avait aiguisé en basket-ball était encore bon pour être utilisé là. Évitez l’autre, défendez votre propre but. Bougez rapidement et de façon équilibrée. Et feintez. Kojou était bien versé dans la façon de combattre des adversaires plus gros et plus coriaces que lui.

« Hn... C’est — ! »

Il avait lancé la boule de foudre magique qu’il avait créée sur Eustache comme une passe rapide. L’attaque frivole avait donné un air de Kojou au bout du rouleau. Cependant, l’expression de l’apôtre armé s’était raidie.

« Je retire ce que j’ai dit. J’accepte que vous ne soyez pas un ennemi à sous-estimer... Par conséquent, je vous affronterai avec la résolution appropriée ! » déclara Kojou.

« Quoi... !? » s’exclama Kojou.

L’incroyable énergie lumineuse qui affluait de tout le corps d’Eustache avait drainé le sang du visage de Kojou.

L’éclat s’échappait de tous les trous dans le vêtement de l’Apôtre armé. L’armure de combat sous le vêtement émettait une lumière dorée. Une douleur aiguë se fit sentir dans les yeux de Kojou alors qu’ils regardaient cet éclat, la peau de Kojou baignée par cette lumière brûlait.

« Ô vêtement sacré, “Alcazava”, fabriqué par la technologie de Lotharingia — que ta lumière enlève tous les obstacles devant moi ! » déclara Eustache.

Eustache avait augmenté la vitesse de ses attaques. Son armure d’acier avait augmenté sa force physique. Kojou, avec sa vision volée par la lumière dorée, avait évité à ses attaques principalement en raison de l’intuition. Du sang frais s’était répandu depuis sa joue coupée.

« C’est bien jouer, sale vieil homme — donc tu avais toujours une carte d’atout comme ça cachée ! » Kojou avait involontairement haussé la voix en réprimande.

Cependant, Eustache n’avait pas arrêté ses attaques. Il sautait de temps en temps, mais les frappes avaient à la fois de la puissance et de la vitesse derrière elles. Bien qu’inesthétique, c’était tout ce que Kojou pouvait faire pour éviter ces attaques. Il était tombé sur ses fesses lors de l’une de ses esquives.

« Senpai... !? » Yukina avait crié pendant qu’elle regardait Kojou maintenant purement sur la défense. Cependant, elle aussi était à ses limites quant au fait de contenir Astarte. En outre, avec un Eustache renforcé par le pouvoir de l’armure, même Yukina avait probablement peu de chance de victoire.

Kojou avait fait un clin d’œil à Yukina, comme pour dire, ne t’inquiète pas, car il s’était relevé avec lenteur.

Eustache était resté sur sa position d’attaque, probablement par prudence, quant à l’étrange aura que Kojou avait laissé dégager.

« Si c’est comme ça, je l’utiliserai sans retenue. Ne meurs pas, vieil homme ! » déclara Kojou.

« Hnng ... ! ? » Eustache avait sauté en arrière, sentant instinctivement le danger.

Ses yeux avaient vu Kojou placer son bras droit vers l’avant, avec du sang frais jaillissant de lui.

« Kojou Akatsuki, successeur de la lignée de “Kaleid Blood”, te libère de tes liens — ! » annonça Kojou.

Ce sang frais s’était transformé en un éclair scintillant. La lumière, la chaleur et l’onde de choc de la foudre étaient incomparables à ce qui avait été présent avant ça. C’était le même Vassal Bestial du Quatrième Primogéniteur qui avait dévasté le quartier des entrepôts.

Mais contrairement à ce qui se passait auparavant, la lumière n’éclatait pas sans distinction dans toutes les directions, mais sa forme se condensait, se transformant en celle d’une bête géante.

C’était la forme propre au Vassal Bestial. La vraie forme d’un Vassal Bestial du Quatrième Primogéniteur, complètement sous le contrôle de Kojou.

« Vas-y, Vassal Bestial Numéro Cinq, “Regulus Aurum” — ! » déclara Kojou.

Ce qui était apparu était le Lion d’Éclair — une masse d’énergie magique sous la forme d’éclairs enragés, aussi énorme qu’un char de combat lourd. Tout son corps émanait un éclat qui éblouissait les yeux, et son rugissement secouait l’air comme le tonnerre lui-même.

Kojou avait hérité des douze Bêtes Vassales du précédent quatrième Primogéniteur.

Mais, à la fin, boire le sang de Yukina n’avait fait que faire reconnaître à ce Vassal Bestial de la foudre que Kojou était son seigneur.

Cependant, il s’attendait à ce qu’il en soit ainsi.

Car, en l’espace de plusieurs jours depuis la rencontre avec Yukina, le Vassal Bestial de la foudre était devenu plus vivant pour une raison inconnue, à un degré très inhabituel.

Et dans le quartier des entrepôts, il s’était même déchaîné pour protéger Yukina.

Maintenant, il comprenait très bien la raison. Ce Vassal Bestial aimait Yukina depuis le moment où ils s’étaient rencontrés, car il était attiré par l’odeur de son sang — .

« C’est donc votre Vassal Bestial — ! Il est imprudent d’utiliser une telle puissance dans un espace clos comme celui-ci ! » déclara Eustache.

L’une des pattes avant du Lion d’Éclair s’était déplacée vers le bas, visant Eustache.

L’attaque n’avait fait que l’égratigner. Mais avec ce simple mouvement, l’énorme corps d’Eustache avait été projeté à plusieurs mètres en arrière.

Une onde de choc génératrice d’éclairs s’était éparpillée sur toute son armure de plaque, et la température élevée de la foudre avait fait fondre la lame de sa hache de guerre.

Les séquelles de l’attaque avaient également été ressenties par la Porte de la Clef de Voûte.

Les grands courants électriques libérés longeaient le mur extérieur de la Porte dans toutes les directions. Les lumières d’urgence et les caméras de sécurité placées dans la zone avaient été emportées sans laisser de traces. Le treuil qui fixait les câbles câblés produisait également un gémissement. Ni l’un ni l’autre ne sortirait indemne d’un combat prolongé.

« Astarte — ! » cria Eustache.

L’apôtre armé avait finalement appelé son serviteur. Rien ne pouvait contrer la tyrannie du Vassal Bestial de Kojou, agitant autour de lui une énergie magique explosive rivalisant avec une catastrophe naturelle, sauf le Vassal Bestial « Rhododactylos » de sa servante. Il avait sûrement déterminé qu’il en était ainsi.

Faisant fi des attaques de Yukina, le Vassal Bestial, l’Astarte enveloppée d’un linceul, se tenait devant le Vassal Bestial de Kojou.

Ne tenant pas compte en partie de la volonté de Kojou, « Regulus Aurum » était passé à l’attaque. La patte avant du Vassal Bestial géant s’était transformée en éclair et avait frappé le Vassal Bestial sous forme humanoïde.

À cet instant, la lumière aux couleurs de l’arc-en-ciel qui enveloppait le Vassal Bestial d’Astarte avait augmenté en éclat.

La barrière d’onde de résonance spirituelle avait résisté à l’attaque de Vassal Bestial de Kojou et l’avait reflété — !

« Whoooah !? »

« Eyaaaaaaaah !! »

La foudre magique incontrôlée s’était déchargée, ratissant le plafond, perforant et cassant facilement le plafond épais du niveau le plus bas de la Porte. Kojou et Yukina avaient crié en courant pour échapper à la pluie incessante de débris.

« Merde... ! Pas bon !? Donc, même mon Vassal Bestial ne peut pas briser sa barrière... ! » Kojou gémissait comme un malaise féroce qui l’attaquait.

Même après avoir reçu un coup de Regulus Aurum, le Vassal Bestial d’Astarte n’avait pas été endommagé. Même si l’attaque était répétée, cela se terminerait probablement avec le même résultat.

Et la structure n’allait probablement pas supporter d’autres combats. Si les murs extérieurs de Porte de la Clef de Voûte étaient percés, l’eau de mer, propulsée par la pression de l’eau à deux cent vingt mètres sous le niveau de la mer, se précipiterait sans doute en une seule fois, écrasant Kojou et les autres. Yukina mourrait instantanément, et même le sort de Kojou était incertain.

« Senpai... »

Yukina s’était doucement approchée de lui comme pour soutenir Kojou contre les débris qui tentaient de l’enterrer. Même son expression affichant de lourds signes de fatigue — naturellement, après avoir combattu un adversaire aussi puissant en chair et en os, c’était normal.

« Désolé, Himeragi. On ne pourra peut-être pas les battre... ! » déclara Kojou.

La voix de Kojou tremblait de colère, comme s’il s’adressait à sa propre insuffisance.

Un pas. Un pas de plus et ils pourraient sauver l’île. Et pourtant, ils ne pouvaient pas l’atteindre.

Cependant, Yukina, regardant un Kojou frustré, sourit vivement.

« Non, Senpai. Dans ce combat, la victoire est à nous, » déclara Yukina.

Comme l’avait dit Kojou, « Eh ? » Yukina avait marché devant lui, ne laissant pas de temps pour une réfutation.

« Moi, Demoiselle du Lion, Chamane Épéiste du Dieu Suprême, je t’en conjure, » déclara Yukina.

Elle dansait avec la lance argentée, comme un épéiste priant les Dieux pour la victoire. Ou peut-être comme une jeune fille à qui la victoire avait été annoncée.

« Ô lumière purificatrice, ô divin Sekkarou, par ta volonté divine d’acier, abat les démons devant moi ! »

En plus de son chant solennel, la lance aux flocons de neige avait commencé à émettre un éclat.

Cette faible lumière blanche était une onde de résonance spirituelle qui pouvait déchirer n’importe quelle barrière. Cependant, sa forme était différente de celle d’Astarte. C’était mince, aiguisé, comme un croc brillant et scintillant.

« ... Non !! » cria Eustache.

Ayant réalisé l’objectif de Yukina, Eustache avait soulevé sa hache pour la lancer sur Yukina alors qu’elle était sans défense. Cependant, une sphère de foudre libérée par Kojou avait attaqué Eustache pendant qu’il le faisait. Protégé par une armure de plaque comme il l’était, ce n’était pas un coup fatal. Cependant, cela avait interrompu ses mouvements pendant un instant.

À cet instant, Yukina avait bondi. Comme une louve souple et blanc pâle, elle dansait dans le ciel sans bruit.

La réponse d’Astarte avait été à la traîne par rapport à la vitesse de Yukina.

Les deux combattantes avaient produit la même résonnance divine. Cependant, alors que celle d’Astarte était un énorme Vassal Bestial avec une barrière enveloppant tout son corps, la puissance de la lance de Yukina était concentrée sur un seul point : mince, tranchante, dans le seul but de pénétrer la barrière de l’adversaire.

« Sekkarou ! »

À l’instant d’après, la lance argentée avait percé la barrière défensive d’Astarte, empalant profondément la tête sans visage du Vassal Bestial en forme humaine. À ce moment-là, Kojou aussi avait finalement compris le sens des paroles de Yukina.

Même si la barrière avait été percée, la lance de Yukina avait fait peu de dégâts au géant Vassal Bestial. Cependant, la lance continuait à empaler profondément la tête du Vassal Bestial, même maintenant, à l’intérieur du corps matérialisé du Vassal Bestial, où la barrière défensive n’aurait aucun effet.

Le long fût métallique était comme un paratonnerre, faisant signe à la foudre — .

« “Regulus Aurum” ! » cria Kojou.

Plus rapide que Kojou, le Lion d’Éclair s’était déplacé à la vitesse de la lumière.

Yukina avait déjà relâché sa lance, sautant dans les airs.

Et puis le Vassal Bestial de Kojou avait frappé le manche de la lance qu’elle avait laissée derrière elle.

L’énergie magique du Vassal Bestial transformée sous forme de foudre avait été versée dans le corps de « Rhododactylos ».

La méthode pour vaincre une masse d’énergie magique était de l’écraser avec une énergie magique plus importante —

Cette fois, le pouvoir magique écrasant du Vassal Bestial du Primogéniteur avait instantanément brûlé et anéantit celui d’Astarte.

« Astarte — ! ? »

Ayant perdu son armure produite par Vassal Bestial, la fille homoncule s’était lentement effondrée sur le sol.

Eustache gémissait, stupéfait, en regardant la scène.

L’annihilation du Vassal Bestial d’Astarte, avec la capacité de détruire toute barrière, signifiait l’effondrement de l’ambition d’Eustache de libérer la relique sacrée de la Clef de Voûte.

Devant les yeux vacillants d’Eustache, Yukina avait atterri sans bruit.

Un Eustache distrait avait été lent à réagir.

Yukina avait pressé ses paumes contre le torse du vêtement blindé qui l’enveloppait.

« Distorsion — ! » cria Yukina.

Il s’agissait de la frappe de paume de la Chamane Épéiste qui pouvait pénétrer l’armure pour transmettre les dommages directement au corps humain se trouvant à l’intérieur.

Tandis qu’Eustache faisait un *guhh* douloureux, son grand corps se pencha vers l’avant. Et — .

« C’est fini, vieil homme ! » Kojou avait ajouté sa propre attaque, frappant l’apôtre armé au visage.

C’était un coup de poing avec la seule puissance physique derrière lui, et non la magie ou les sorts ou tout autre pouvoir d’un Primogéniteur. Par conséquent, il s’agissait d’une attaque contre laquelle aucun art des arcanes ne pouvait se défendre.

Le corps robuste d’Eustache s’était envolé vers l’arrière. Il avait rebondi plusieurs fois et s’était finalement effondré sur le sol.

Il avait tendu lentement sa main vers la clé de voûte, puis, alors que sa force semblait s’être épuisée, il s’était tu.

***

Partie 8

Un silence sinistre s’était installé sur le niveau le plus bas de la porte Porte de la Clef de Voûte.

Eustache n’avait plus bougé. Même s’il avait repris connaissance, il était très probable qu’il n’avait pas l’intention de continuer à se battre. Sa défaite avait été assurée dès la chute d’Astarte.

La guerre sainte d’Eustache était terminée.

Malgré cela, Yukina était restée en position de combat, comme pour se prémunir contre une contre-attaque de sa part.

« ... »

Sans un mot, Kojou regarda la zone. Le niveau le plus bas de la Porte avait subi de graves dommages. Malgré tout, la clé de voûte était intacte, les câbles métalliques étaient pratiquement intacts. Ils avaient protégé l’île, même si c’était de peu.

Après l’avoir confirmé, Kojou avait rencontré les yeux de Yukina.

Il avait involontairement laissé échapper un petit sourire.

Yukina avait fait la même chose. Pourtant, en un instant, comme une fleur qui s’épanouissait timidement en hiver, son beau sourire avait inévitablement disparu de ses lèvres.

Ils avaient remporté une victoire. Cependant, cela ne signifiait pas qu’ils avaient réalisé quoi que ce soit au cours du processus.

Un grand nombre de personnes avaient été blessées. Et même maintenant, la sainte relique dormait dans la clé de voûte. Aucune des distorsions qui enveloppaient l’Île d’Itogami n’avait été résolue.

Pourtant, après avoir vu son visage souriant tout à l’heure, Kojou était quand un peu satisfait. Juste pour cela, pensa-t-il, cette bataille n’a pas été vaine.

Et, ce n’était pas comme s’il n’avait sauvé personne — .

« ... »

Kojou avait poussé un soupir peu profond en regardant une Astarte tombée au champ d’honneur.

Elle était très épuisée, mais elle était encore en vie.

Elle ne semblait pas non plus souffrir des effets significatifs de la foudre provenant du Vassal Bestial de Kojou.

Lorsqu’elle était entourée de métal, une substance qui conduit facilement l’électricité, la personne à l’intérieur n’était pas affectée par la foudre. Le phénomène était connu sous le nom de « cage de Faraday ». Il était probable que le Vassal Bestial entourant Astarte avait produit le même effet.

La jeune fille était un homoncule, avec une espérance de vie bien supérieure à celle d’un être humain.

Cependant, tant que le Vassal Bestial habitait en elle, sa durée de vie ne serait pas plus longue que quelques jours.

Mais si on pouvait faire quelque chose pour le Vassal Bestial, elle pourrait vivre plus longtemps.

L’Astarte vaincue était vêtue d’une mince robe d’hôpital.

Cependant, avec ça, elle ressemblait maintenant à une fée blessée. Il ne pouvait pas former de sentiments obscènes en la regardant, et c’était douloureux rien qu’en regardant sa forme trop frêle.

On ne peut pas faire autrement, pensa Kojou. Il s’était tourné vers Yukina.

« Himeragi, » déclara Kojou.

« Oui ? » demanda Yukina.

« Désolé. Juste une seconde, d’accord ? » demanda Kojou.

Yukina avait jeté un regard mystifié en réponse alors que Kojou s’approchait. Puis, il prononça ces mots alors qu’il l’enlaçait fortement.

Les lèvres de Yukina avaient laissé sortir un « Quoi ? » d’une petite voix.

Elle semblait dans une certaine confusion face au comportement imprévu de Kojou, mais son corps ne s’était que légèrement raidi, elle n’avait pas vraiment essayé de résister. Elle s’était penchée maladroitement vers Kojou, lui confiant le poids de son corps.

« S-Senpai…, » murmura Yukina.

Yukina semblait déconcertée alors que son corps tremblait. Elle était si douce, si chaude. Elle sentait faiblement la sueur et le sang. Tout le corps de Kojou avait absorbé toutes ces sensations, semblant convoiter tout ce qui la concernait.

Il comprenait parfaitement la raison pour laquelle Yukina était déconcertée.

Il ne s’agissait pas de savoir ce qui lui arriverait si un vampire buvait son sang. On disait que les humains ressentaient du plaisir et de l’extase suprême, alors c’était aussi simple que cela.

Le problème était de savoir si le plasma sanguin du propre corps du vampire s’écoulait de ses crocs pendant qu’ils étaient encore plantés dans le corps de l’autre personne. Ceux qui avaient reçu du sang de vampires étaient devenus des « Serviteurs de Sang ».

Cela ne voulait pas dire que c’était garanti. Cela avait probablement changé en fonction des phases de la lune, de l’état du corps humain et de la capacité à résister aux forces obscures. Cependant, si ce comportement vampirique était fait encore et encore, l’autre personne deviendrait éventuellement l’un de ces morts-vivants.

Cela signifiait vivre ensemble comme partenaires pour le reste de sa vie éternelle.

« Senpai... tu ne peux pas... Nous ne sommes pas prêts pour…, » Yukina avait essayé de réprimander Kojou, d’une voix frêle.

Mais contrairement à ce qu’avait dit Yukina, il n’y avait pas eu de résistance dans son comportement. Alors que Kojou pensait que c’était une chose plutôt mystérieuse, il avait serré Yukina avec force. Yukina avait doucement déplacé ses mains vers le dos de Kojou.

« Merci, Yukina. Je peux maintenant le faire, » déclara Kojou.

Ses pulsions vampiriques ayant été suffisamment exacerbées, Kojou avait rapidement lâché Yukina.

« Eh... ? Faire quoi ? » demanda Yukina.

Yukina avait regardé Kojou avec une expression distraite. La légère rougeur sur son visage était plutôt mignonne.

« Euh, euh... Senpai ? » demanda Yukina.

Cependant, alors que Yukina avait réagi ainsi, Kojou lui avait rapidement tourné le dos, se penchant sur l’Astarte déchue.

Kojou avait doucement ramassé la mince fille homoncule, puis il avait percé le cou exposé de la fille avec ses crocs. Il avait ensuite bu les fluides corporels de la jeune fille.

Après un long, très long silence, il avait lentement retiré ses lèvres d’Astarte.

Il n’y avait pas eu de changement dans la forme d’Astarte. Cependant, il avait sûrement terminé tout ce qu’il avait à faire.

Tenant toujours une Astarte à moitié nue, Kojou avait lâché un soupir de soulagement.

À côté de lui, Yukina était restée impressionnante d’insensibilité lorsqu’elle avait ramassé la lance d’argent.

« Senpai... qu’est-ce que tu fais ? » le ton froid dans la voix de Yukina était identique à celui de leur première rencontre.

D’une manière ou d’une autre, Kojou avait senti un refroidissement glacial dans sa colonne vertébrale alors qu’il tournait son visage vers elle.

« Je, ah, j’ai pensé que j’allais mettre son Vassal Bestial sous ma domination. C’est comme une allocation d’énergie magique, ou une location de Vassal Bestial... En d’autres termes, si le Vassal Bestial de cette fille ne draine pas directement la vie de son hôte, mais consomme plutôt ma force vitale, la durée de vie de cette fille sera beaucoup plus longue qu’elle ne l’est maintenant, n’est-ce pas ? » demanda Kojou.

« Donc tu dis qu’en d’autres termes, tu as bu son sang pour lui sauver la vie ? » Le ton de la voix de Yukina était rempli de colère froide et non dissimulée.

Kojou, ne comprenant pas la raison pour laquelle elle s’était mise en colère, avait fait un signe de tête timide. « C’est bien le cas. Pour prendre le contrôle de son Vassal Bestial, je n’avais pas le choix. C’est vrai, je n’avais vraiment pas le choix. »

Par ses paroles, il avait fermement annoncé la justice de sa propre cause. Il n’y avait sûrement rien d’erroné sur ce qu’il avait fait. Au contraire, il aurait dû s’agir d’un comportement louable.

Cependant, l’expression de Yukina n’avait pas changé. En effet, les émotions avaient complètement disparu d’elle.

« Je vois. Si c’est le cas, pourquoi as-tu fait un tel comportement obscène envers moi ? » demanda Yukina.

« Euh, ah. Je ne l’ai pas fait avec des pensées obscènes, mais... En d’autres termes, pour boire du sang, je dois me mettre dans l’ambiance —, » répondit Kojou.

Les paroles instables de Kojou semblaient s’être essoufflées à la fin. L’excitation sexuelle était le déclencheur des impulsions vampiriques. Cela dit, il ne pouvait pas ressentir ce genre de chose avec le corps frêle et blessé d’Astarte, alors il n’avait pas d’autre choix que de solliciter la coopération de Yukina.

« Ce que je veux dire, c’est que tu n’es certainement pas du genre sexy, Himeragi, mais il n’y avait personne d’autre, alors j’ai dû faire avec ce que j’avais sous la main... J’avais juste besoin de ton aide, » déclara Kojou.

« ... Faire avec ce que tu avais... n’est-ce pas ? Il n’y avait personne d’autre, donc tu n’avais pas le choix…, » balbutia Yukina.

Yukina regardait vers le bas alors que ses épaules commençaient à trembler. Pendant qu’elle le faisait, Kojou avait réalisé son erreur verbale. La façon dont il venait de le dire était méchante, mais il ne savait pas comment l’expliquer autrement.

Finalement, l’expression glaciale de Yukina s’était brisée, et ses soucis s’étaient plissés et elle le fixait du regard.

Son visage était enragé, même si elle semblait pouvoir pleurer à tout moment.

« Senpai, tu peux couler au fond de la mer pour ce que j’en ai à faire ! Idiot — ! » Pendant qu’elle criait, Yukina avait frappé avec Sekkarou.

Il s’agissait de la section la plus profonde de l’Île d’Itogami. Au niveau le plus bas, à quelque deux cent vingt mètres sous le niveau de la mer, les cris du quatrième Primogéniteur avaient résonné dans toute la zone pendant un moment — .

***

Partie 9

L’Île Sud, quartier résidentiel. Il y avait une fille seule au bord d’une fenêtre d’un immeuble de neuf étages.

C’était une fille d’adolescence qui donnait l’impression d’être un peu sous-développée — .

Nagisa Akatsuki.

Tout ce qu’elle portait, c’était une chemise fine à la place d’un pyjama.

La lumière argentée de la lune traversait la matière, soulignant les contours de son corps svelte.

Ses cheveux, décoiffés, étaient anormalement longs. Ils avaient atteint presque tout le chemin jusqu’à ses hanches.

C’était peut-être pour cela qu’elle donnait une impression différente de son apparence habituelle, avec ses cheveux décoiffés. Son aura habituelle de gaieté était cachée, et son visage chérubin possédait un calme d’adulte.

Ses longs cheveux se balançaient sans pouvoir entendre le moindre bruit de la brise de mer qui soufflait par la fenêtre ouverte.

Elle regardait le bâtiment en forme de pyramide inversée au centre de l’île Itogami — La Porte de la Clef de Voûte.

Étant le plus haut bâtiment de toute l’île, elle pouvait très bien le voir du bord de la fenêtre.

Nagisa Akatsuki regardait en silence le bâtiment.

Ce soir, la nuit de l’Île d’Itogami était sombre.

Avec ses lumières éteintes, on pourrait penser que la majestueuse Porte de la Clef de Voûte se fondait dans le ciel nocturne.

Pendant un seul instant, il y avait une lueur pâle, comme si elle avait été frappée par la foudre.

En regardant cela, les lèvres de la jeune fille avaient affiché une expression mystérieuse.

Elle avait fait un sourire comme si elle savait ce que cette lueur représentait.

« Regulus Aurum... Vous vous êtes enfin réveillé... » La langue de Nagisa avait calmement laissé sortir ses mots.

C’était une voix calme, comme si ce n’était pas elle qui parlait, mais une autre personne.

Mais son expression semblait amusée.

« Alors, même ce garçon a fini par être un peu motivé. Hehehehe... Ce ne serait pas drôle s’il ne l’était pas... »

Une lumière farouchement espiègle habitait dans ses yeux raffinés — une lumière qui ressemblait à des flammes vacillantes.

Cependant, lorsque la brise avait vraiment soufflé par la fenêtre, le calme d’adulte et la férocité avaient disparu de son corps. Oubliant apparemment pourquoi elle était là au départ, la jeune fille avait fermé la fenêtre et avait laissé sortir un petit bâillement. Puis, frottant ses yeux endormis, elle était retournée dans sa chambre et son lit.

Son visage était le même que d’habitude : celui d’une jeune fille innocente.

« Hmm, Kojou-kun…, » marmonnant apparemment par habitude le nom de son grand frère, elle avait fermé les yeux.

Et comme si elle regardait un rêve agréable, Nagisa Akatsuki s’était endormie en douceur.

***

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Claramiel

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