Que ces champs de bataille de plomb ne laissent aucune trace – Tome 2 – Chapitre 2 – Partie 1

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Chapitre 2 : Querelle

Partie 1

Rain avait rejoint la mission d’escorte des Exelias de deuxième génération. Ils allaient être envoyés en train vers une ville minière appelée Baran, qui était située à l’extrémité nord d’O’ltmenia. Il s’agissait d’un trajet simple sur une ligne de 120 miles qui s’étendait depuis le centre du pays, et la durée du voyage était estimée à six heures. Rain avait été forcé de monter dans le train à six heures du matin, sans aucune connaissance préalable de l’implication de ses camarades cadets.

« Il y a deux endroits qui sont particulièrement dangereux. »

Les cadets se tenaient dans la soute. Les six élèves envoyés avaient tous écouté attentivement une personne à la carrure imposante… Orca A. Dandalos.

« Le premier point est un endroit que nous atteindrons dans une heure, les plaines du Levant. C’est notre territoire, mais c’est une région plutôt rurale, il sera donc difficile de détecter les soldats à l’affût, ce qui en fait l’endroit parfait pour une embuscade. La seconde est la chaîne de montagnes de Lemina. C’est une zone dangereuse pour une raison très simple… Elle est reliée au territoire de l’ouest. »

C’était les deux endroits potentiels où l’Ouest pouvait attaquer. Ils avaient chargé cinq unités factices camouflées en Exelia de deuxième génération, même s’ils n’avaient aucun moyen de savoir si l’Ouest viendrait attaquer le train. Mais ils devaient être préparés à tous les scénarios possibles, puisque leur priorité était de protéger la cargaison.

En termes de personnel, ils avaient vingt-quatre soldats standards et six cadets, pour un total de trente hommes. Mais en considérant qu’ils étaient tous des mages, ils étaient plus que suffisants pour garder un train.

« Très bien, alors à propos de nos postes… Rain et Athly sont de garde, donc vous pouvez tous vous détendre et vous relaxer, » Orca les informa de manière officielle.

Comme il s’agissait d’un seul trajet de six heures, ils n’avaient pas à se relayer. Ainsi, ils avaient décidé de confier à deux cadets le rôle de surveillant. Ils avaient tiré à pile ou face pour choisir parmi eux, et Rain avait perdu après avoir choisi face quatre fois de suite. Athly, cependant, s’était portée volontaire malgré sa première place.

« Tiens, Rain. Ton émetteur-récepteur sans fil. »

« Merci. »

« Essayons d’en finir avec ces six heures. »

Il avait pris l’émetteur-récepteur d’Athly. C’était un petit modèle portable haute-fidélité à usage militaire. Après cela, les deux individus s’étaient dirigés vers leur poste.

« Whoa, c’est froid ! » Athly avait glapi.

« Eh bien, c’est une région enneigée… »

Ils étaient sortis du wagon. Au-delà de la porte, ils avaient vu un échafaudage destiné aux scouts. Il offrait une bonne vue de la zone qui les entourait, mais la température était bien en dessous de zéro. S’asseoir à l’extérieur du train était épuisant, mais ils devaient le faire pendant six heures d’affilée.

« Es-tu sûr de ça ? » demanda Rain en regardant l’émetteur-récepteur que lui tendit Athly. « Je pense que ça va être un travail assez ennuyeux. »

« Hmm, eh bien, je ne me serais pas porté volontaire si tu n’étais pas coincé ici. »

« Mais tu ne t’es pas remise de ta blessure à la tête…, » déclara Rain, inquiet.

« Ça fait quatre jours. Je vais bien, vraiment. » Athly avait balayé son inquiétude d’un revers de main.

Une heure s’était écoulée. Ils n’avaient pas trop parlé, puisqu’ils avaient essayé de se concentrer sur leur devoir. Mais ensuite…

« Tu sais, nous…, » chuchota Athly.

« Quoi ? »

« Nous n’avons pas beaucoup traîné ensemble ces derniers temps. »

Ils étaient à l’extérieur d’un train en marche, donc le bruit était assez intense. Cependant, comme ils étaient assis épaule contre épaule, Rain l’entendait clairement.

Hein… ?

« Comment ça ? Nous traînons ensemble tous les jours à l’académie d’Alestra, » avait-il répondu.

« Enfin, oui, mais on allait en ville en voiture ou on se faufilait dans les laboratoires pour voler de la poudre à canon, tu te souviens ? »

« Nous avons joué à des jeux assez dangereux à l’époque… »

« Les choses ont bien changé, hein ? » Athly se murmurait à elle-même, pleine de nostalgie. « Et d’ailleurs, il n’y a pas que nous. Tout ce qui nous entoure est différent maintenant. Y compris notre environnement. »

« Eh bien, ouais…, » répondit Rain en accord, tout en jetant un regard furtif dans sa direction. Athly, en revanche, ne s’était pas retournée pour le regarder pendant qu’elle parlait. Elle avait fixé son regard à l’extérieur du train, s’en tenant à son rôle d’éclaireur.

Qu’est-ce qui lui prend… ?

Quelque chose dans ses mots semblait déplacé. D’habitude, elle parlait clairement et refusait de tourner autour du pot. Elle détestait l’utilisation de sous-entendus avec une telle passion. Et pourtant, elle était extrêmement vague à ce sujet. Son regard était constamment baissé, et de temps en temps, elle commençait à parler comme si elle se souvenait soudainement de quelque chose. Elle disait quelque chose d’incohérent, puis s’arrêtait. Elle agissait de la sorte depuis qu’ils avaient quitté la gare.

Qu’est-ce qui ne va pas avec elle… ? Peut-être que c’est juste un de ces jours ?

Rain ne parlait pas non plus beaucoup, et une autre heure s’écoula dans un silence relatif. Le train n’avait rencontré aucun problème pendant les deux heures de voyage, et ils s’étaient dirigés vers les Plaines du Levant comme prévu.

Comme il en avait été informé à l’avance, il n’y avait pas une seule maison ou route pavée en vue. Les seules structures artificielles de la zone étaient les voies ferrées. Pourtant, d’après leurs renseignements, c’était l’un des deux points d’embuscade possibles. Il n’y avait aucun obstacle dans la zone, ce qui en faisait une position de choix pour les véhicules blindés et les chars.

Rain laissa Athly à son humeur étrange et se concentra sur la surveillance. La neige qui était tombée depuis l’aube s’était accumulée jusqu’à deux pouces sur le sol. Toute la zone avait été teintée en blanc. Cela rendait les Exelias particulièrement visibles, ce qui était utile, mais la visibilité restait faible à cause du mauvais temps.

Rain plissa les yeux pour mieux se concentrer sur son travail. Cependant, cela avait fait circuler des pensées inutiles dans son esprit.

« Tu devrais prendre un peu de repos pour te rafraîchir la tête. »

Les paroles d’Air de l’autre jour résonnaient en lui.

« Tu ne regardes pas la situation dans son ensemble, Rain. »

Mais même après qu’il ait pris le temps de réfléchir à ce qu’elle lui avait dit…

Merde…

… il ne regrettait pas ce qu’il avait dit. L’impatience l’avait poussé à aller de l’avant, ne laissant aucune place à autre chose. Les mots qu’elle avait dits avaient simplement roulé dans son esprit. Pire encore, ses pensées ne cessaient de tourner en rond, ce qui l’avait distrait. Si des troupes ennemies s’étaient approchées d’eux, ils auraient eu des problèmes.

« Attention, cadets. »

Rain s’était redressé d’un coup. Ces mots avaient crépité dans son émetteur-récepteur. C’était un message du commandant responsable de la mission d’escorte.

« Nous sommes presque sortis des plaines du Levant. Est-ce que quelque chose a changé de votre côté ? »

« N-non, rien. » Rain parla dans son émetteur-récepteur en regardant autour de lui avec précipitation. « Nous n’avons rien repéré qui sorte de l’ordinaire. »

« Bien. Une fois que nous aurons passé ces plaines, nous devrions être à l’abri pour un bon moment. Reposez-vous pour la seconde moitié du voyage. »

La transmission avait été coupée après qu’il ait fait cette remarque. Ils avaient reçu l’ordre de se reposer, ce qui ne serait jamais arrivé en cas d’urgence réelle. Il semblerait que le commandant ne pensait pas non plus que le train serait pris pour cible par l’Ouest.

On ne pouvait pas savoir quand les Exelias de seconde génération seraient prêts à être utilisés. De plus, la probabilité que quelqu’un les vole pendant un voyage aussi court était faible. Rain se sentait justifié dans sa pensée que toute cette affaire était une perte de temps, un fait qui l’agaçait d’autant plus. Il n’avait pas de temps à perdre alors qu’il avait des champs de bataille bien plus grands et plus importants sur lesquels utiliser la Balle du Diable.

« Comme prévu, nous vous recontacterons dans vingt minutes. »

« Roger. »

Rain leva les yeux au ciel et mit fin à la transmission, toujours en proie à son irritation. Cependant, comme il n’était pas concentré sur la tâche, lorsqu’il voulut remettre l’émetteur-récepteur dans sa poche, son antenne de réception…

« Ngh... »

… avait effleuré la joue de Rain. La fine tige de métal l’avait piqué assez fort pour lui faire mal.

« Aïe…, » gémit-il, puis il pressa sa main contre la douleur de sa joue, pour y trouver du sang.

Argh…

Ça avait un peu saigné. Apparemment, l’air froid avait rendu sa peau fragile, et l’antenne avait déchiré sa joue, laissant une seule ligne claire en travers de celle-ci.

… Eh bien, merde.

Il n’avait pas eu du tout de chance. La blessure en elle-même n’était pas grave, mais elle était aussi complètement inutile et donc particulièrement frustrante.

Pourquoi maintenant… ?

Son agitation augmenta. C’était juste une mauvaise chose après l’autre. Cependant, Rain réalisa qu’il devait se concentrer sur l’arrêt la perte de sang.

J’ai besoin de quelque chose pour essuyer tout ça… Rain fouilla dans sa poche de poitrine pour en sortir un mouchoir, puis le ramena sous son visage. Mais…

Hein ?

… à ce moment précis, une sensation légèrement chaude effleura la joue de Rain. Et ce n’était pas non plus la chaleur de son propre sang. Quelque chose de chaud, humide, et vivant, l’opposé de l’antenne de tout à l’heure, l’avait touché.

Le contact qui se pressait contre lui était doux. Et lorsque Rain tourna son visage vers la gauche en signe de surprise, il trouva le visage d’Athly juste à côté du sien.

« H-huh, quoi… ? »

« Oh, hé… »

 

 

Rain avait l’air agité, mais on ne pouvait pas en dire autant d’Athly. Elle le regardait droit dans les yeux avec un liquide rouge sur les lèvres — le sang qui avait coulé de la joue de Rain.

« Rain…, » Athly avait marmonné son nom alors que ses lèvres se rapprochaient suffisamment pour qu’il puisse sentir son souffle. Ils s’étaient déjà assis assez près l’un de l’autre pour que leurs visages se touchent, alors presser ses lèvres contre sa joue était facile.

« Um, uhhh… »

Rain ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle faisait une telle chose, alors qu’elle restait simplement silencieuse. Cependant, il comprit qu’elle essayait de transmettre quelque chose. Son visage, qui se trouvait juste devant ses yeux, semblait plein de doute et d’impatience.

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