Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 6 – Chapitre 3 – Partie 3

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Chapitre 3 : Tragédie et origines

Partie 3

« Avez-vous terminé ? » L’homme me l’avait demandé après que j’ai pleuré.

« Oui, désolé pour ça, » avais-je dit. Je ne me sentais toujours pas mieux, mais je m’étais un peu calmé. J’étais déprimé et je ne savais pas quoi faire, et mon esprit était encore embrouillé, mais j’avais réalisé que je ne pouvais pas blâmer l’homme pour quoi que ce soit.

« Non, vous avez bien fait, » déclara l’homme. « Non pas parce que vous vous êtes excusé, mais parce que vous avez su tenir tête à cette bête malgré votre jeune âge. Quoi qu’il en soit, euh, à propos de vos compagnons décédés… »

« J’aimerais les ramener au village, mais je ne pense pas pouvoir le faire, » avais-je dit.

Les morts devaient être pleurés, mais dans des moments comme celui-ci, il était courant de laisser les corps dans la nature pour que des monstres ou des animaux les mangent. Il était difficile de transporter les corps, et ils pouvaient aussi attirer des monstres, ce qui aggravait encore la situation. Je ne connaissais pas ces détails à l’époque, mais je savais qu’il était impossible de la ramener au village sans véhicule.

« Non, ce n’est pas impossible, » déclara l’homme. « Où faut-il les emmener ? Est-ce un village dans les environs ? Hathara, Alga ou Mul ? » C’était tous des villages voisins, donc l’homme devait bien connaître le territoire.

« Oui, Hathara. J’étais sur le chemin du retour, » avais-je répondu.

« Je vois. Comme c’est tragique. »

« Mais qu’est-ce que vous voulez dire par “ce n’est pas impossible” ? » demandai-je.

« Oh, je suis venu ici en voiture, voyez-vous. J’ai senti le mana de ce monstre et je suis venu en courant jusqu’ici, mais si vous attendez encore une demi-journée, la calèche devrait arriver. Elle peut ramener les corps. Heureusement, j’ai réservé la calèche pour qu’il n’y ait pas d’autres passagers que le cocher et moi-même. »

Je n’avais pas tout à fait compris ce dont l’homme parlait à l’époque, mais en y pensant maintenant, il avait dû parcourir une demi-journée en calèche entièrement à pied. Il avait en quelque sorte senti la présence du monstre de cette distance. De plus, il avait fait un effort pour réserver une voiture qui traversait une zone rurale non peuplée. En y réfléchissant de manière rationnelle, il était très intrigant et bizarre, mais il m’avait sauvé, donc il avait toute ma confiance.

« Alors, ça ne les dérangerait pas de prendre tous les corps ? » avais-je demandé.

« Bien sûr. En faîte, je connais le cocher personnellement. Je peux demander un petit service supplémentaire. Nous devrons attendre ici jusqu’à l’arrivée de la calèche, donc je pense que je vais utiliser ce temps pour rassembler tous les corps en un seul endroit. S’ils avaient des objets précieux à garder en héritage, vous devrez les rassembler vous-même. Je ne saurais pas à quoi ils tiennent. Vous avez une tâche importante à accomplir. »

Il est probable que l’homme m’avait donné ce travail par gentillesse. Il voulait me distraire avec quelque chose. Je ne sais pas à quel point ça a aidé. Peut-être un peu.

 

« Oh, hey, nous y voilà. Il est là, Rentt, » déclara l’homme en mettant la main sur son front et en regardant au-delà du feu de camp. Le soleil s’était couché depuis longtemps et il venait de dire que la calèche n’arriverait peut-être pas avant demain, il était donc ravi de la voir arriver.

Quant à moi, j’étais d’humeur à aller me promener dans la forêt jusqu’à ce que je sois tué par des monstres, mais parler à l’homme commençait à me faire du bien. C’était un bon conteur, et il choisissait les histoires que les enfants aimeraient. Il parlait d’une terre lointaine de terre et d’arbres, d’un bateau qui s’envolait dans le ciel, d’un fou qui essayait de prendre la place du soleil, et de l’origine et de la destination de l’âme humaine.

J’avais demandé à l’homme qui il était et pourquoi il en savait autant.

Il y avait réfléchi un peu avant de répondre. « Je suis un aventurier, » avait-il dit. « Un aventurier de la classe Mithril. Je m’appelle Wilfried Rucker. »

À l’époque, je n’étais pas particulièrement surpris d’entendre cela. Je connaissais des aventuriers, mais pas leur rang précis. J’avais noté que cet homme était ce que Jinlin espérait devenir un jour et qu’elle aurait été heureuse de le rencontrer, mais c’était tout. Mais maintenant que j’y pense vraiment, c’était peut-être le moment où quelque chose avait pris racine dans mon subconscient. Jinlin ne pourrait jamais devenir une aventurière maintenant, mais j’avais survécu, alors j’avais senti que je devais réaliser son rêve à sa place.

« Wilfried, j’ai passé tout ce temps à me demander pourquoi tu as soudainement sauté de la voiture et t’es enfui. Que s’est-il passé ici ? » demanda le cocher après être descendu de la voiture. C’était un jeune homme agréable, avec des cheveux longs et un air étrange. Il était étrangement beau pour un homme, et il ne semblait pas à sa place dans la campagne pour un cocher. En y réfléchissant bien, il aurait été mieux adapté en tant que noble ou prêtre.

« Eh bien, je t’en parlerai plus tard, » déclara Wilfried. « De toute façon, je veux ramener ces corps dans leur village. Veux-tu bien ? »

La plupart des cochers s’y seraient opposés, mais l’homme avait fait un signe de tête. « Je suppose que c’est bon. Je n’ai pas de cercueils, mais il y a assez de tissu pour les envelopper. C’est bien possible. »

Il était retourné à la voiture et était revenu avec des tonnes de tissu. Cela semblait cher, valant une fortune s’il était vendu comme tissu, mais l’homme ne semblait pas s’en soucier et il s’en était servi pour envelopper les cadavres. Il le faisait aussi avec douceur. C’est sans doute une chance que j’aie rencontré ces deux-là.

Une fois qu’ils furent tous enveloppés dans du tissu et amenés à la voiture, Wilfried me présenta au cocher.

« Voici Azel. Azel Goth. C’est un marchand ambulant, mais sans aucune route à suivre. C’est une sorte de vadrouilleur. Parfois, je l’engage quand il a le temps. Il fait aussi de l’aventure à côté, donc il est bon pour former un groupe d’aventuriers. »

« Je m’appelle Azel, ravi de te rencontrer. Et tu es ? »

« Rentt, » ai-je dit.

« Je vois, j’ai compris, » répondit Azel. « Le soleil s’est couché pour la journée, donc je pense que nous devrions aller dans ton village demain. Est-ce que ça te convient ? »

Ce n’est pas comme si je pouvais me plaindre. J’aurais pu essayer de rentrer chez moi seul, mais pas avec tous les corps, alors je devais faire ce qu’ils disaient.

« Ce serait bien. Merci, » avais-je dit.

« Ce n’est rien, » répondit Azel en souriant. « Tu devrais te reposer pour la journée. Wilfried et moi allons monter la garde. » Il me caressa la tête.

Sa voix était si gentille et compatissante que le simple fait de l’entendre me donnait sommeil. Quelque temps plus tard, mes paupières étaient devenues lourdes et je m’étais endormi.

 

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Le lendemain matin, nous nous étions immédiatement mis en route pour le village. Nous avions atteint Hathara cette nuit-là. Les villageois avaient été surpris de voir la voiture inconnue, mais ils avaient été encore plus surpris quand j’en étais descendu. Ils se demandaient ce qui était arrivé à la calèche avec laquelle nous étions partis, mais je suppose que la plupart des adultes avaient une bonne idée.

Wilfried et Azel avaient tout de suite expliqué la situation au maire et à sa femme. Les enfants du village m’avaient posé quelques questions, mais je n’avais pas pu trouver la volonté d’y répondre. Je savais que j’aurais dû dire quelque chose, mais je ne pouvais même pas accepter les faits, encore moins les relayer.

Ce qui s’était passé après cela avait semblé passer en un clin d’œil. La mort de mes parents, Pravda et Jinlin, avait été annoncée et des funérailles avaient eu lieu. J’avais été adopté par la famille du maire. Cela s’était passé en trois jours et, à ma grande surprise, Wilfried et Azel étaient restés au village pendant tout ce temps. Quand j’avais demandé à Ingo plus tard, il m’avait dit que c’était parce qu’ils étaient inquiets pour moi. Ils voulaient que quelqu’un s’occupe de moi parce qu’il semblerait que je pourrais me blesser, mais les villageois étaient occupés par les funérailles. Si personne n’avait été là, j’aurais probablement eu envie de mourir, donc ils avaient probablement raison. C’était un sentiment terrible après qu’ils m’aient sauvé la vie, mais c’était à ce point que la tragédie m’avait touché.

L’une des raisons pour lesquelles ils étaient restés était aussi qu’ils voulaient que plus de gens soient présents pour aider à l’enterrement. Les aventuriers s’étaient révélés d’une grande aide. Des offrandes avaient dû être recueillies dans la forêt pour les funérailles, mais ils avaient vite fait d’en rassembler suffisamment. C’était des gens formidables.

Une fois les funérailles et la procédure administrative terminées, j’avais enfin fait face à la réalité. Ce n’était que de la douleur. Je ne savais pas quoi faire ensuite. J’étais le fils du maire maintenant, alors j’aurais peut-être dû viser à devenir maire. Mais Jinlin avait dit qu’elle voulait être une aventurière et voir le monde. Son rêve ne pourrait jamais se réaliser, mais je pouvais encore le faire à sa place. D’un point de vue plus rationnel, ce n’était peut-être pas la meilleure façon d’y penser. Mais c’était mon idée, alors j’avais demandé de l’aide à l’aventurier le plus proche.

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3 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre

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