Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 2 – Histoire en prime – Partie 2

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Histoire en prime

Partie 2

Une promesse avec le marchand de cartes (suite)

« Oui, eh bien… oui, cela en fait partie. J’ai une demande… Pourriez-vous venir dans mon humble demeure ? » me demanda-t-il.

En disant cela, il avait laissé des indications sur une habitation située au fond des ruelles de Maalt, puis il avait disparu sans un mot.

Assez suspect…

« Eh bien… S’il veut vraiment acheter ma carte, je peux aussi bien lui rendre visite, » murmurai-je.

 

◆◇◆◇◆

« Est-ce… vraiment l’endroit… ? »

Il s’agissait des mots que j’avais laissé échapper lorsque je m’étais tenu devant le bâtiment marqué. C’était plus misérable que je ne l’imaginais. Cet endroit n’avait pas du tout l’air d’une boutique.

En franchissant la porte…

« Ce… C’est incroyable…, » murmurai-je.

« Oui. N’est-ce pas ? » Une voix s’était élevée derrière moi, elle n’était autre que celle de Jack.

« Je suppose que vous êtes le seul à avoir autant de cartes chez vous ! Enfin, à Maalt, au moins » déclarai-je.

Je pensais vraiment ce que j’avais dit, car l’intérieur de la boutique était rempli de cartes : du sol au plafond, et dans chaque recoin. L’ancien et le nouveau, les petites cartes et les grandes cartes, certaines cartes affichaient même une géographie que je ne reconnaissais pas, très probablement des cartes de pays étrangers.

« Je ne peux pas imaginer comment quelqu’un comme vous aurait besoin d’acheter ma carte. »

C’était ce que je voulais dire, mais Jack m’avait interrompu avant même que je ne prononce un mot.

« Venez maintenant. Rien de tel ! Je l’ai déjà dit. Je désire de bons aventuriers, » déclara Jack.

« Et que voulez-vous dire, exactement… ? » La déclaration de Jack était rédigée de façon étrange.

« Je ne veux pas de pitié… je vais donc parler simplement. Mon père était un aventurier, il y a très, très longtemps, oui. Mais maintenant, il a disparu. Je souhaite que vous cherchiez… Oui, pour rechercher sa carte d’aventurier, » déclara Jack.

Une demande que j’avais entendue plus d’une fois. C’était peut-être pour cette raison que Jack avait mentionné sa demande avec tant de désinvolture. Bien que son insouciance soit restée, je pouvais voir un sentiment de détermination au fond de ses yeux.

« Ça ne me dérange pas. » J’avais fait un signe de tête.

« Vous acceptez beaucoup trop facilement, non ? » demanda Jack.

« Je ne veux pas que vous me disiez cela… Mais, vous comprenez la limite de mes capacités, n’est-ce pas ? Je ne pense pas que cela devrait être trop difficile…, » déclarai-je.

Jack avait hoché la tête, expliquant les détails de sa situation.

D’après Jack, son père avait disparu dans un certain donjon dans lequel il avait plongé dans les profondeurs. Mais Jack n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvait ce donjon. Bien que les détails de l’événement ne soient pas connus, le père de Jack avait rapporté que les aventuriers de son groupe avaient péri dans le donjon, peu avant de mourir lui-même. Bien que la guilde elle-même se soit renseignée sur les circonstances, le père de Jack s’était engagé seul dans un autre donjon après avoir rapporté la mort de son camarade, puis avait disparu sans laisser de trace.

« Les circonstances sont beaucoup trop vagues…, » déclarai-je.

« Oui, oui. C’est pourquoi je suis devenu un marchand de cartes. Si je continuais à cartographier les donjons, je pourrais éventuellement suivre les traces de mon père… Du moins, j’espère pouvoir le faire, » déclara Jack.

Une étrange motivation, mais pas exactement une qui était imparfaite.

Mais en s’arrangeant ainsi avec les aventuriers, il y avait une plus grande possibilité que quelqu’un finisse par trouver la carte de son père. Les cartes d’aventurier avaient été conçues pour ne jamais être absorbées par un donjon. Elle finira par être trouvée, et si ce n’est par ma main, alors par celle de quelqu’un d’autre.

« C’est une longue histoire… mais bon, je comprends. Je ne sais pas quand ni où je la trouverais, mais j’accepte la demande, » déclarai-je.

« Oh, c’est vrai ? Eh bien, alors… Je vous laisse entre de bonnes mains, oui. En échange… Je vais acheter votre carte à un bon prix, oui ? » déclara Jack.

« J’apprécie cela. Alors… pourrais-je aussi vous acheter des cartes quand j’en aurai besoin ? » demandai-je.

« Bien sûr… Si vous souhaitez m’acheter une carte à l’avenir, dite simplement… “Vendez-moi une carte”. Je ne répondrai pas si vous dites autre chose… Vous vous en souvenez, oui ? » me demanda-t-il.

« Une sorte de code, hein ? Je comprends. Je compte sur vous aussi, Jack, » déclarai-je.

Bien que je ne le savais pas à l’époque, mon étrange amitié avec Jack allait finir par me profiter grandement dans le futur…

Celui qui peint la mort

« Cet endroit est-il bien ? »

« Oui… Oui ! Ce paysage… C’est ce que je voulais voir ! »

Le jeune homme avait sorti quelques fournitures artistiques de son sac, avant de déposer la toile qu’il avait soigneusement transportée jusqu’ici, sur le sol.

Très vite, il s’était mis à peindre. Sa concentration et son aura étaient intimidantes, assez pour même effrayer les aventuriers les plus chevronnés.

Il était peintre et s’appelait Roy. Il était né et élevé à Maalt, et ses œuvres étaient devenues populaires dans la capitale ces derniers temps. Ces derniers jours, il était revenu de la capitale à Maalt, alors qu’il ne lui restait que trois mois à vivre.

 

◆◇◆◇◆

« Personne… Personne n’a accepté ma demande. Mais… vous le feriez ? » demanda Roy.

Allongé sur son lit, Roy s’était tourné vers moi, le visage pâle et fatigué. Moi, Rentt Faina, j’avais fait un signe de tête en réponse.

« Oui. Vous souhaitez voir le Marais des Tarasques de près… ou, le plus près possible, n’est-ce pas ? Je dois vous dire, cependant… nous ne pouvons pas entrer. Si nous le faisions, vos trois mois se raccourciraient instantanément en trente secondes… Pourquoi y voyagez-vous exactement ? Le seul détail inscrit dans votre demande était la nécessité d’une escorte, » demandai-je.

« Eh bien… vous voyez, je suis un peintre… Assez populaire dans la capitale, malgré mon apparence actuelle. Si je continuais… mon nom serait immortalisé à l’Académie royale des arts…, » déclara Roy.

« C’est vraiment autre chose. Cependant, je trouve cela curieux…, » déclarai-je.

Ce n’était pas mal pour un peintre habile d’être quelque peu fier, mais je ne comprenais pas pourquoi Roy se donnait tant de mal à quelques mois de son lit de mort. Il n’avait pas besoin de faire ses preuves, donc je suppose que ses paroles étaient vraies.

L’Académie royale des arts ne comptait parmi ses membres que les meilleurs artistes du pays. Être considéré comme un membre de l’académie était l’un des plus grands honneurs qu’un artiste pouvait recevoir. Quand je pense que Roy était allé aussi loin dans sa jeunesse… C’était vraiment un génie.

Même s’il ne lui restait pas beaucoup de temps, j’avais pensé qu’il devait mieux utiliser ce qui lui restait de vie, au lieu d’errer si dangereusement près d’une tourbière pleine de gaz toxique.

« J’ai toujours… dessiné le même sujet, en tant qu’artiste. J’ai dessiné et peint… la vie des gens. Maintenant que moi aussi, je suis au bout du chemin… Je veux peindre le contraire de cela. La mort… Je souhaite peindre la mort, et il n’y a pas de meilleur endroit pour cela que le Marais des Tarasques. Les habitants de Maalt l’appellent le “marais de la mort”, n’est-ce pas ? » répondit Roy.

« “Le marais de la mort”, hein. Oui, je suppose qu’ils le font…, » répondis-je.

Tout animal ou plante normale périrait en moins de trente secondes s’il était d’une manière ou d’une autre transporté dans le marais. C’était vraiment un endroit terrible. C’est plutôt là que l’ichor de la mort s’était rassemblé.

« Eh bien… Je suppose que je pourrais vous y emmener. Vous pensez peut-être que je suis un moins que rien pour avoir dit cela, mais… si vous veniez à périr à mi-chemin dans l’excursion, je voudrais être exonéré de toute responsabilité, » déclarai-je.

« Oui, oui, bien sûr. J’ai préparé mon testament ici aussi… et je l’ai arrangé de manière à ce que ma mort prématurée, si elle survenait, ne vous cause aucun problème avec la guilde. S’il vous plaît, ne vous inquiétez pas, » répondit Roy.

Il semblerait que Roy ait fait preuve d’une réelle détermination. Comme il était allé aussi loin, je n’avais aucune raison de rejeter sa demande.

C’est ainsi que nous nous étions rendus au marais des Tarasques quelques jours plus tard, après avoir préparé ce dont nous avions besoin pour le voyage.

 

◆◇◆◇◆

Les secousses de la calèche à cheval avaient fait des ravages sur le corps déjà fragile de Roy. Le peintre crachait parfois du sang, mais il ne m’avait jamais demandé de faire demi-tour.

Tenant une grande toile comme s’il s’agissait de son trésor, Roy garda le silence alors que le carrosse approchait lentement du marais des Tarasques. En nous en rapprochant le plus possible, nous avions finalement atteint un point qui avait satisfait Roy.

Contre la puanteur du marais, un masque en tissu normal était inutile. À la place, Lorraine avait préparé un filtre spécial, créé avec un mélange d’eau bénite, de cendres et d’épices. Il était ensuite attaché à un masque en tissu que nous mettions sur notre visage. Pourtant, le simple fait d’inhaler m’avait brûlé les poumons. J’avais promis à Lorraine que je ne périrais pas pendant ce voyage, mais…

« Hé, ça va ? » demandai-je.

Roy, comme sourd à mes questions, avait simplement continué à peindre. Tout son être était concentré sur sa toile, et l’image du marais devant lui.

Moi aussi, je m’étais tourné vers le marais. La mort se reflétait en effet à sa surface, tandis que les corps des monstres tués jonchaient la boue, se dissolvant lentement dans les profondeurs empoisonnées.

Du bois pourri, des os, et des restes qui disparaîtraient un jour…

C’était une représentation presque calme et douce de la décomposition de la mort et de l’ordre naturel des choses.

C’était le spectacle que Roy avait gravé sur la toile. Ses mains avaient continué à bouger, jusqu’à ce qu’il s’arrête enfin, faisant un pas en arrière. Immédiatement, Roy s’était effondré, le dernier fragment de ses forces semblant le quitter. J’avais pris dans mes bras le peintre malade qui avait effectivement terminé sa peinture. Transportant Roy et sa toile terminée, j’étais retourné à la voiture.

« Monsieur Rentt… Je… Je l’ai peint… »

C’est tout ce que Roy avait dit lorsque nous étions retournés à Maalt — et c’était également ses derniers mots.

◆◇◆◇◆

« Et voici le tableau de cette excursion… ? »

Une exposition d’art se tenait à Maalt, présentant des œuvres d’art distinguées de l’Académie Royale des Arts. Beaucoup de temps s’était écoulé depuis la mort de Roy…

Moi aussi, j’avais connu la mort, et j’étais maintenant un mort-vivant. Ce paysage, cependant, était encore frais et inchangé dans mon esprit.

Conformément à son testament, j’avais rendu le tableau terminé à l’Académie royale des arts, et Roy fut déclaré membre honoraire à titre posthume. Un membre honoré de l’académie était traité de la même manière que les saints sont traités par les membres de l’église. Je suppose que cela était dû au sentiment d’émerveillement que cette peinture avait suscité chez le citoyen moyen.

À côté de moi se tenait Lorraine, un faible sourire aux lèvres alors qu’elle continuait a observé le tableau. Il semblerait que Lorraine ait compris l’intention de Roy.

« Le “Marais des Tarasques”… Oui… Ce sentiment de mort qui persiste… Très bien représenté en effet. Surtout cette petite silhouette au premier plan… Cela donne au tableau un charme quelque peu mystérieux. Le peintre qui voulait — avait besoin — de peindre, même sous la douleur de la mort… Et le Dieu osseux de la mort à côté de lui, sur le point de récolter sa vie alors qu’il terminait son dernier travail…, » déclara Lorraine.

Comme l’avait dit Lorraine, le peintre était Roy. Le mort m’avait probablement représenté.

Roy avait-il des hallucinations à l’époque ? Ou bien a-t-il vu autre chose dans ces fumées toxiques qui ont conduit à cette peinture ?

Personne ne pourra répondre à cette question.

Quoi qu’il en soit, le tableau semblait communiquer que la mort n’attendait personne, que la mort se moquait de qui elle prenait, que la mort était le grand égalisateur. C’est ce que j’avais ressenti en regardant la toile vieillie.

« As-tu entendu, Rentt ? Le motif du Dieu de la mort est vraiment en train de prendre de l’ampleur dans la capitale. Dire que ce tableau a été le début de tout cela ! » déclara Lorraine.

« … Et je suis le… modèle. Quel étrange… sentiment, » répondis-je.

« Tu vois comme j’ai l’œil pour ces choses-là, Rentt ? À l’époque, tu étais imprégné de mort. Comme tu l’es… en ce moment…, » déclara Lorraine, en souriant à elle-même en silence.

Je ne pouvais pas nier ses paroles. J’étais là, un aventurier qui s’était stupidement précipité vers la mort. Mort, et maintenant marchant dans la mort.

Peut-être ma vraie nature se reflétait-elle dans ce tableau.

Que peindrait Roy maintenant, en voyant ma forme actuelle… ?

Je ne pouvais pas m’empêcher de me le demander…

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