Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 2 – Chapitre 3

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Chapitre 3 : Une nouvelle arme et une force nouvelle

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Chapitre 3 : Une nouvelle arme et une force nouvelle

Partie 1

« Oh, vous êtes là, hein ? Je sais ce que vous cherchez. C’est fait, » les traits rudes de Clope s’adoucirent légèrement en me saluant, le bord de ses lèvres se recourbant en souriant légèrement.

En jetant un coup d’œil dans un coin du magasin, j’avais suivi le regard de Clope. Bien sûr, mes yeux se posèrent sur une seule épée luisante, dont le tranchant était d’une brillante teinte argentée.

Je suppose que c’était tout à fait normal, car c’était l’épée que j’avais demandée à Clope.

« Est-ce que c’est… mon épée ? » demandai-je.

« Ouais, » Clope avait hoché la tête en réponse. « Mana, esprit, divinité… Elle a été forgée pour gérer les trois. La quantité de matériaux qu’il a aussi utilisé… Mais nous avons réussi à en obtenir suffisamment, d’une manière ou d’une autre. »

« J’offrirai une compensation pour toute dépense supplémentaire, » déclarai-je.

Connaissant Clope depuis longtemps, je connaissais ses principes, surtout lorsqu’il absorbait des coûts supplémentaires s’ils n’étaient pas indiqués à l’avance. Pour cette raison, j’avais proposé de payer ma juste part.

Cependant, Clope avait rejeté mes paroles d’un signe de la main, réfléchissant pendant un court moment avant d’offrir une réponse.

« … Hmph. Vous êtes toujours comme ça, n’est-ce pas ? J’ai compris. » Clope hocha la tête, comme s’il acceptait ma proposition.

« Oh, ouais… C’est une chose de le faire, mais c’est une lame spéciale, vous voyez. Ce n’est pas n’importe qui qui peut l’utiliser, alors j’aimerais que vous l’essayiez. S’il y a quelque chose qui ne vous satisfait pas, on peut arranger ça. C’est l’une de mes lames, et j’y mets tout mon cœur, après tout… Mais une arme pour les trois éléments, c’est vraiment autre chose. On ne sait pas ce qui pourrait arriver, » déclara Clope en me regardant droit dans les yeux.

Clope avait raison. Bien qu’il existe des aventuriers capables d’utiliser à la fois le mana et l’esprit, ceux qui pouvaient utiliser ces trois capacités, divinité comprise, étaient extrêmement rares. Le simple fait de pouvoir les utiliser tous les trois de la même façon, d’une manière pratique dans un combat réel, était pratiquement inédit. Une demande de cette nature serait un défi pour tout forgeron, même pour ceux qui valaient leur pesant d’or. Il était plus que naturel pour Clope de me demander de tester l’arme. Je serais surpris qu’il ne le fasse pas.

J’avais indiqué mon accord avec un signe de tête brusque.

« Dois-je aller dans votre cour à l’arrière ? » demandai-je.

Les clients qui visitaient l’établissement de Clope étaient souvent invités à y tester leurs armes. C’était un espace dégagé, avec plus qu’assez de place pour que je puisse me mouvoir avec une épée. Je pensais que Clope me demanderait d’y aller ensuite.

Clope renifla. « Oh, donc vous le saviez déjà ? C’est exactement ça. Par ici. »

Debout, Clope semblait amusé que je pose une telle question. C’était peut-être prévisible, vu que je connaissais déjà sa réponse. L’épée à la main, Clope m’avait conduit à l’arrière du magasin en passant par des portes familières.

Peu de temps après, Clope m’avait donné l’épée, et j’avais accepté l’objet des deux mains. Elle avait une bonne prise en main, comme si l’épée avait une vie propre, et choisissait de se coller fermement dans ma paume. Il aurait été impossible de faire quelque chose d’aussi bien ajusté si Clope ne connaissait pas déjà mes habitudes et mes préférences dans la vie.

Il n’y avait pas eu d’erreur : Clope avait fait ça pour moi en sachant exactement qui j’étais.

Peut-être que mon évolution vers un Thrall n’est pas après tout une si mauvaise chose. Cette pensée résonnait dans mon esprit lorsque j’avais resserré ma prise sur l’objet.

C’était un sentiment très différent, pas trop différent de celui de l’époque où j’étais une goule, mais bien différent de celui où j’étais encore un squelette. J’avais la chair sur les mains, car elles n’étaient plus sèches, mais des coussinets très épais qui, pourtant, n’étaient pas très vivants.

Quoi qu’il en soit, la sensation tactile et la prise que j’avais sur les objets revenaient lentement à ce qu’elle était dans la vie d’autrefois. C’était un bon signe, en effet.

« Que pensez-vous du maniement ? » demanda Clope.

« Plutôt bien. J’aimerais la tester en effectuant plusieurs attaques, » déclarai-je.

« Je vois. N’importe quelle cible, c’est bien, hein ? Je vais mettre un mannequin de bois ici. Donnez-m’en juste un peu de temps, » déclara Clope.

Peu de temps après, Clope était revenu avec un mannequin de bois, l’installant au milieu de la cour. Il y avait beaucoup de types de mannequins, même ceux qui portaient une armure de bambou. Un modèle en bois non armé était un choix de base, mais simple. Si j’avais entre les mains une arme légendaire faite de Mithril et d’Orichalcum, peut-être que quelque chose de plus sophistiqué serait justifié — par exemple, un mannequin avec une armure et des accessoires en métal. Cependant, l’arme que j’avais commandée n’était rien de la sorte, alors j’avais supposé qu’un mannequin de bois était correct.

Bien qu’il s’agisse d’un ordre spécial, c’était une arme normale dans la plupart des autres aspects. Si j’essayais de couper le métal une fois de trop, j’endommagerais sans aucun doute son tranchant. Cependant, cela ne tenait pas compte du fait que cette épée particulière pouvait être enchantée par le mana ou l’esprit. Je n’aurais plus à m’inquiéter d’endommager la lame, même si je n’avais pas en premier lieu l’intention de l’endommager sur un mannequin d’essai.

Préparant l’épée, j’avais stabilisé ma position, donnant à l’arme quelques bons coups sur place. Je devais m’assurer que son poids et son centre de gravité soient réglés avec précision — toute la procédure standard, bien sûr.

C’était ce que j’avais toujours fait après avoir accepté une commande nouvellement forgée de Clope.

Sans remarquer aucun problème, j’avais enveloppé l’épée d’une aura magique, la faisant descendre sur le mannequin. C’était un coup léger, presque sans effort, et avec un écho propre et fendu, l’épée avait tranché le bois.

Clope n’avait pas essayé de cacher sa surprise.

« … Hé hé hé hé, qu’est-ce que cela donne ? Est-ce que cela coupe beaucoup mieux, hein ? » demanda Clope.

Le point de comparaison dans ce cas ne serait nul autre que moi, ou du moins, quand Rentt Faina respirait encore. Bien que j’aie eu une certaine compétence dans la vie, ce que je venais de faire me dépassait. Je pouvais fendre du bois, mais ce n’était pas du tout une coupe nette. Si je devais le décrire, ce serait plus une attaque contondante, semblable à frapper le mannequin avec un objet métallique plutôt que de le couper avec une épée.

Les pièces fendues du mannequin de bois, en revanche, parlaient d’elles-mêmes. Les surfaces avaient été tranchées proprement, ce qui témoignait de la qualité de l’arme et, plus importante encore, de la compétence de l’utilisateur.

Comparées à ce que je pouvais faire à l’époque, mes compétences s’étaient considérablement améliorées, à un point tel que je pouvais être raisonnablement fier de mes progrès. C’est dans des moments comme celui-ci que j’avais pu ressentir et comprendre le chemin parcouru, c’était un exploit dont je pouvais être fier.

***

Partie 2

Bien sûr, ce n’était que le premier d’une longue série de tests, je n’avais pas commandé sur mesure une épée qui pourrait utiliser mes trois capacités innées juste pour le spectacle. J’avais encore beaucoup à faire, alors je devrais essayer toutes les combinaisons possibles.

Clope, comprenant mes intentions, avait rapidement remplacé le mannequin tombé par un autre. Alors qu’il terminait ses préparatifs, j’avais commencé à canaliser mon mana dans l’épée, enveloppant sa lame de mon Aura.

La plupart des aventuriers habiles dans le maniement de l’épée utilisaient soit le mana soit l’esprit — parfois les deux. C’était un standard du métier, pour ainsi dire. Je n’étais pas capable d’exploits aussi compliqués avec ma magie. Augmenter mes frappes physiques avec une force magique était à la mesure de mes capacités, et le coup qui en résultait était plus qu’assez mordant pour mes besoins.

Il y avait plus encore : le mana, et la magie dans laquelle il est tissé, avait aussi la capacité de préserver le tranchant d’une lame, permettant de prolonger sa longévité et, plus important encore, de découper facilement les matériaux durs.

Avec un autre coup d’essai de ma nouvelle arme, j’avais trouvé que ma lame avait presque glissé à travers le mannequin avant de le fendre en deux, une expérience nettement plus douce que ma première tentative. Les innombrables capacités de la magie étaient redoutables. Il n’y avait guère de force dans cette frappe, mais elle avait tout de même coupé tout. En y regardant de plus près, j’avais découvert qu’il n’y avait pas un seul morceau de bois collé sur le bord de la lame. En fait, la frappe laissait une surface incroyablement lisse sur les moitiés séparées du mannequin.

Magnifique. 

Avec cela, je pourrais faire un combat efficace contre des monstres de type Pierre dans les niveaux les plus profonds des Donjons. J’étais plus que satisfait de ma nouvelle arme.

Ensuite, il y avait eu un test sur les applications de l’Esprit. Une fois de plus, Clope s’était mis à remplacer le mannequin en bois.

Je ne lui avais pas demandé de le faire en soi, Clope avait de lui-même simplement fait la corvée. Peut-être fallait-il s’y attendre, étant donné que nous nous connaissons depuis une dizaine d’années.

Retirant mon aura de mana, j’avais pris une profonde respiration avant de procéder à infuser mon épée d’esprit à la place.

En théorie, les bienfaits de l’esprit étaient quelque peu similaires à ceux du mana et de la magie, comme une lame imprégnée de mana qui reste tranchante et durable même après de longues périodes d’utilisation. Il y avait, cependant, d’autres phénomènes qui pouvaient être observés si on utilisait l’esprit d’une certaine manière.

Une fois de plus, j’avais levé mon épée, la balançant vers le mannequin. Immédiatement après que la lame ait commencé à séparer le mannequin de bois, j’avais libéré l’aura spirituelle dans mon arme. Avec un hurlement fort et éclatant, il avait rapidement explosé, faisant pleuvoir des morceaux de bois dans la cour de Clope.

C’était l’une des nombreuses applications de l’esprit : l’explosion contrôlée d’une cible une fois que la lame avait percé sa chair. D’une certaine manière, on pourrait dire que l’esprit était plus destructeur que les applications courantes du mana.

Les deux utilisations contrastaient considérablement l’une avec l’autre, où les praticiens de la magie préféraient utiliser des enchantements élémentaires sur leurs lames pour frapper les points faibles des monstres, les praticiens de l’esprit détruisaient simplement leurs cibles avec une force brute. Ces méthodes peuvent être considérées comme différentes pour résoudre un problème, chacune ayant ses propres fonctions appropriées.

Personnellement, j’avais préféré m’attaquer aux ennemis de type slime avec de l’esprit, tandis que les gobelins, les orcs, etc. étaient facilement éliminés par magie. En fin de compte, c’était une question de préférence individuelle.

Enfin, l’application de la divinité était la dernière, mais non la moindre. C’était une capacité qui avait produit des effets très différents des deux précédents, et pourtant, je m’étais trouvé incapable de décrire exactement ce qu’elle avait fait. Même la plupart des individus qui pouvaient canaliser la divinité, généralement les prêtres et autres, avaient du mal à expliquer comment leur propre application de la divinité fonctionnait.

De plus, les épéistes capables d’infuser leurs armes avec la divinité étaient incroyablement rares. Communément appelés paladins, ils étaient souvent chargés d’être le visage public de l’Église ou d’autres organisations religieuses, et n’interagissaient pas très souvent avec les membres de la plèbe. Il était tout à fait naturel que les particularités de la canalisation de la divinité par l’épée restent quelque peu inconnues, ou au mieux, peut-être mystérieuses.

Malgré tout, je suppose que l’acte éprouvé de simplement infuser sa lame avec la divinité avait fonctionné — et c’était tout ce que je pouvais faire.

On disait que la divinité était une sorte de pouvoir d’un autre monde provenant des dieux, ou d’autres esprits inférieurs. Par conséquent, les praticiens savaient instinctivement comment utiliser leurs capacités, même en l’absence de théories ou de méthodologies établies. Il y avait encore d’anciennes institutions dédiées à la recherche de ces techniques et compétences, mais c’était un savoir que je ne possédais pas et que je n’avais pas les moyens d’acquérir.

Quoi qu’il en soit, cela avait simplifié les tests. Sans plus attendre, j’avais canalisé ma divinité dans l’arme. La première chose à considérer lorsque l’on canalisait la divinité était de savoir si l’arme pouvait encaisser la tension d’un tel exploit, car la divinité avait le pouvoir de nettoyer et de ramener un objet à sa forme originale.

Cependant, cela signifiait que les armes forgées avec l’alchimie et d’autres moyens magiques seraient rapidement détruites par la nature même de la divinité, retournant de force à ses matériaux de base où elles deviendraient finalement quelques morceaux de minerai. Pour éviter qu’une telle chose ne se produise, on avait besoin des services d’un forgeron compétent. Cependant, la plupart des forgerons étaient incapables de forger des armes qui pourraient résister à la canalisation et l’utilisation de la divinité.

Clope, en revanche, était un forgeron de premier ordre. Mon arme ne présentait aucune irrégularité alors que la divinité passait à travers elle, et sa lame était enveloppée d’une douce lueur chatoyante.

En me tournant une fois de plus vers le mannequin, j’avais levé mon épée et j’avais encore une fois mis à l’épreuve ses capacités. L’ampleur de la résistance, ou l’absence de résistance était surprenante. Il n’y avait pratiquement pas de friction lorsque la lame avait glissé, même si on la comparait à mon utilisation de la magie. Je suppose qu’on pouvait s’attendre à cela de la part des dieux et des fées, ses capacités étaient vraiment distinctives.

Mais les autres effets de la divinité en avaient fait une capacité difficilement descriptible.

« … Hey. Quelque chose sort de ce mannequin…, » déclara Clope, regardant en bas les moitiés tombées de la cible en bois.

Curieux, je m’étais approché des morceaux, pour voir jaillir les germes les uns après les autres des morceaux du mannequin tombé.

S’agissait-il là d’un autre exemple des capacités réparatrices de la divinité ayant des conséquences involontaires ? J’étais aussi confus que Clope.

 

 

« … Avez-vous vu ça avec d’autres manieurs de divinité avant ça ? » demandai-je.

« Non, rien de la sorte. Ils disent que les capacités de chaque praticien diffèrent en fonction de ce qui leur a accordé ces pouvoirs au départ… Alors, d’où tenez-vous votre divinité ? » demanda Clope.

« J’ai réparé… un vieux sanctuaire… près de chez moi… dans le passé, » répondis-je.

« Hmm. Quel acte de piété, hein ? » demanda Clope.

« Il n’y avait pas beaucoup de sens à mes actions. J’en avais envie, c’est tout, » répondis-je.

En réalité, j’avais réparé le sanctuaire pendant mon temps libre, car je ne pouvais pas supporter de le regarder être dans un état de délabrement. Je suppose que le passant moyen ne s’était pas arrêté et n’avait pas pensé qu’il devrait réparer un sanctuaire cassé, ce qui expliquait pourquoi il était tombé en ruines. Le sanctuaire détruit était malheureusement tenu pour acquis… Du moins, jusqu’à ce que je le répare.

« Quelle qu’en soit la raison, » poursuivit Clope, « Je pense que c’est de là que vous tenez votre divinité ? Je parle de ce vieux sanctuaire. »

« … Oui, » répondis-je.

« On peut donc supposer qu’une sorte de fée des plantes vivait dans ce sanctuaire… ou quelque chose comme ça. C’est pourquoi votre divinité et son aura ont un tel effet. Vous souvenez-vous de cette sainte prêtresse qui est venue à Maalt il y a longtemps ? Ils ont dit qu’elle était bénie par un dieu de la guérison, qu’elle guérissait les gens de maladies mineures juste en les touchant. La vôtre… serait la version végétale, si je devais le dire, » déclara Clope.

L’explication de Clope était tout à fait logique. Bien que je me souvienne d’avoir aperçu la sainte prêtresse de loin il y a longtemps, je ne me sentais pas particulièrement bien ce jour-là, et je ne me souvenais pas de grand-chose de l’incident.

Si je devais le mettre en mots, la force de sa divinité était directement proportionnelle à la force de l’être qui l’avait accordée. Je me souvenais avoir lu un tel passage dans l’un des livres de Lorraine.

Dire que j’avais de toutes choses un don pour les plantes médicinales… Ce n’était pas une capacité très utile à avoir.

Clope, comme s’il lisait dans mes pensées, attirait encore une fois mon attention sur les pousses.

« Ces pousses sont bénies, vous savez. Ils produiront du bois aux propriétés divines s’ils sont cultivés. Pourrais-je les avoir ? » demanda Clope.

« Je ne pense pas qu’ils pourraient finir par pousser comme de vieux arbres normaux, vous savez, » déclarai-je.

« C’est très bien pour moi aussi. C’est un de mes hobbies, vous voyez. Peut-être qu’ils deviendront des arbres forts qui porteront des branches divines… ou non. Néanmoins, ce sont des choses rares. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je n’ai pas entendu parler de jeunes arbres bénis par les fées des plantes à vendre ces derniers temps, » déclara Paroles.

Les paroles de Clope avaient une certaine vérité historique pour eux, car il avait été dit que l’humanité n’avait plus reçu de bénédictions des dieux et des fées des bois ces derniers temps. Pour couronner le tout, les relations entre les deux races s’étaient détériorées ces derniers temps, et même, si ma mémoire était bonne, les deux races interagissaient autrefois en des termes relativement cordiaux.

— Une pensée pour une autre fois.

Je m’étais trouvé quelque peu surpris par l’habitude de jardinage de Clope. C’était peut-être quelque chose dont nous n’avions jamais parlé auparavant. Tandis que je me tenais debout, Clope s’était mis à remplacer une fois de plus le mannequin de la cible, cette fois avec un petit sourire sur le visage. Bien que je connaissais certains des passe-temps de Clope, je suppose qu’il avait vraiment un faible pour le jardinage quelque part dans ces mains trempées par le feu.

Penser que celui-là, avec son visage, aurait un hobby si encourageant. C’était indigne de ma part de dire une telle chose, oui, mais l’humeur nettement améliorée de Clope était indéniable.

Après avoir fini de préparer le mannequin, Clope s’était approché de moi, en faisant un geste d’une main libre.

« Eh bien, c’est assez, n’est-ce pas ? On remballe bientôt ? » demanda Clope.

J’étais resté debout un moment à penser à la question de Clope. Il y avait une dernière chose que je n’avais pas encore essayée.

« … Magie, Esprit, Divinité. Que se passerait-il si je canalisais tout dans cette épée ? » demandai-je.

« Écoutez-moi bien…, » le sourire de Clope, jusqu’alors content, se transforma un peu en une grimace lorsqu’il posa une main sur son menton, fermant les yeux dans une pensée profonde. « Avez-vous déjà entendu parler de quelqu’un capable de faire quelque chose comme ça ? Parce que je ne l’ai pas fait. Peut-être que quelqu’un quelque part le peut. Mais écoutez… on ne sait pas ce qui se passera si vous y allez et essayez. »

« … Est-ce préférable de ne pas le faire ? » demandai-je.

Comme l’avait dit Clope, ceux qui avaient utilisé ces trois aspects étaient quelque peu rares, sans parler d’une personne qui pouvait utiliser chacun d’eux en toute sécurité au combat. Nous pourrions rétrécir le cercle une fois de plus si nous pensions au nombre hypothétique de personnes qui pourraient canaliser en toute sécurité les trois éléments en un seul objet à la fois. Il fallait énormément de concentration pour qu’on puisse même canaliser un seul aspect dans une arme. Canaliser les trois à la fois pouvait en effet être trop pour un aventurier, même s’il s’agissait d’un aventurier compétent.

Malgré tout…

***

Partie 3

« N’y avait-il pas des arts spirituels qui impliquaient à la fois la magie et l’esprit ? » demandai-je.

« Ça. Comment l’appelaient-ils... Art Fusionnel de la Mana-Esprit ? Il faut s’entraîner un certain temps pour faire quelque chose comme ça, vous voyez. Même vous, vous savez que seuls quelques-uns en sont capables. Mais, eh bien… Celui-ci en prendra probablement deux à la fois, sans problème. Mais si vous mettez la divinité dans le mélange… même moi, je n’en ai aucune idée. Si vous voulez vraiment l’essayer, commencez au moins avec un Art Fusionnel double. Et avec ça, pas avec votre nouvelle épée. »

Les Arts Fusionnels Mana-Esprit étaient une affaire compliquée, car ils impliquaient la canalisation simultanée du mana et du pouvoir spirituel, enchantant à la fois l’épée et le manieur. Cela lui conférait une immense capacité de destruction et de résistance. Peu de personnes pouvaient l’utiliser de façon pratique, et la nature épuisante de l’application la rendait difficile à contrôler. Une explosion pourrait très bien se produire si des erreurs étaient commises, il était donc risqué de tenter même de s’entraîner à utiliser la technique. Il n’était pas difficile de comprendre pourquoi les personnes capables d’utiliser cette technique étaient peu nombreuses.

… Mais j’étais d’une nature physique différente. Je ne mourrais probablement pas même si on m’envoyait ma tête voler quelque part. De même, les blessures au corps pourraient probablement être évitées en haussant les épaules. Bien que je ne dirais pas qu’il était sûr pour moi de pratiquer une telle chose, ce n’était pas aussi risqué que si j’étais une personne normale.

L’épée que Clope m’avait tendue était la pièce que j’utilisais jusqu’à présent : l’épée capable de canaliser à la fois l’esprit et la magie. Si j’y injectais aussi de la divinité, elle pourrait très bien se briser, alors j’avais fait part de mes inquiétudes à Clope.

« Ce n’est pas trop cher si c’est ce que vous demandez. Vu ce que vous avez payé pour votre nouvelle épée… Je l’inscrirai comme dépense, » déclara Clope.

À cheval donné, on ne regarde pas les dents, j’avais ramassé mon ancienne épée, remettant ma pièce nouvellement forgée à Clope. Je devais canaliser à la fois la magie et l’esprit dans l’instrument — ce même Art Fusionnel Mana-Esprit en question.

En théorie, c’était ce que j’étais censé faire, en pratique, c’était incroyablement difficile. C’était comme si j’essayais de mettre plus de choses dans une boîte qui était déjà remplie à ras bord. La boîte en question semblait pleine et remplie, et pour empirer les choses, le flux des deux aspects à l’intérieur de ladite boîte était instable. Il était probable qu’un désastre se produirait si le contenu de la boîte se répandait d’une façon ou d’une autre.

D’après ce que je connaissais de la technique, le désastre en question impliquait une explosion quelque part dans le corps du manieur, suffisamment évidente d’après les échecs des courageux pionniers avant moi.

Je n’avais pas eu beaucoup de temps pour réfléchir. Dès que Clope en avait fini avec la mise en place du mannequin, j’avais enfoncé ma lame dans le mannequin de bois malheureux. Avec une fissure assourdissante, le mannequin avait explosé violemment au contact de l’extrémité de la lame. La force et l’ampleur de l’explosion n’étaient rien comparées à l’explosion induite par l’esprit que j’avais démontrée plus tôt. Je ne pouvais que me tenir debout sur place, stupéfait alors que je continuais à regarder fixement l’effet de mon attaque.

Clope faisait apparemment la même chose.

« … Si jamais vous foirez, vous allez devenir comme ça, » déclara-t-il, ses mots plus lents et plus délibérés que d’habitude.

Clope avait raison, c’était un pouvoir qui comportait des risques considérables. C’était aussi excessivement fatigant — une seule tentative de la technique m’avait donné l’impression d’avoir passé toute la journée à m’entraîner.

« Regardez-moi ça… Et vous voulez toujours y ajouter la divinité ? Réfléchissez à cela… Vous n’avez pas besoin que je vous dise que c’est une mauvaise idée…, » déclara Clope.

Clope avait ses doutes, mais je l’avais déjà fait jusqu’ici. Il n’y avait pas d’autre choix que d’aller de l’avant. Même si j’échouais, ce corps m’assurait de ne pas mourir.

Bien sûr, mon corps pourrait très probablement être réduit en miettes et répandu dans la cour de Clope, à ce moment-là, je n’aurais plus qu’à dire la vérité à Clope, et lui demander de rassembler mes parties du corps. Après cela, il ne s’agirait plus que de me guérir avec la divinité.

Cependant, je n’avais aucune idée si une telle chose était même possible, ou si j’étais capable de guérir de si grandes blessures. Je n’arrivais même pas à imaginer Clope souriant paisiblement alors qu’il ramassait mes morceaux de corps éparpillés sur le sol.

Ce n’était pas simplement un pari, une attaque forte exigeait une bonne dose de préparation et de sacrifice. Dans tous les cas, j’aimerais pouvoir pratiquer dans un endroit sûr, comme celui-ci.

C’était une autre étape vers mon but — je devais devenir un aventurier de classe Mithril à tout prix. Peu importe ce qu’il avait fallu pour le faire.

Pour cela, il fallait que je devienne plus fort. S’il y avait le moindre soupçon de possibilité, je ferais bien d’explorer cette voie. Elle serait certainement pleine de dangers et de grands risques.

« Eh bien… essayez si vous voulez vraiment. Mais si ça se présente mal, vous vous arrêtez tout de suite, vous m’entendez… ? » déclara Clope.

Le problème, vraiment, c’était de ne pas pouvoir s’arrêter quand on en avait besoin tout en canalisant. Pour l’instant, j’avais écarté cette pensée.

Après avoir décidé de la marche à suivre, Clope alla chercher un autre mannequin, l’installant alors que je me tenais debout avec mon épée encore en main.

Il semblait que c’était le dernier mannequin disponible. Je me sentais un peu coupable d’avoir utilisé tout le matériel de Clope, mais c’était un mal nécessaire. De tels services étaient inclus dans le prix global que j’avais payé lorsque j’avais commandé mon arme, alors je ferais aussi bien d’en tirer le meilleur parti.

En me concentrant une fois de plus, j’avais canalisé le mana et l’esprit dans l’épée, tout comme je l’avais fait quelques instants auparavant.

Mais c’était plus facile à dire qu’à faire puisque l’arme semblait déjà instable telle quelle. Je pouvais à peine imaginer qu’il serait possible de canaliser autre chose à travers la lame. Malgré cela, j’avais fait ce que j’avais décidé.

En m’éreintant, j’avais activé la divinité en moi, ce qui l’avait forcée à s’écouler dans la lame. Je pouvais voir l’aura blanche familière qui se faufilait à travers la lame, bien qu’elle semblait avoir de la difficulté à se fondre avec les autres auras présentés.

J’aurais dû m’y attendre, mais même si j’étais quelque peu déçu, j’étais aussi soulagé. Mais mon soulagement n’avait pas duré très longtemps.

Crac.

Avec ce son inoffensif, une série de fissures s’était répandue à travers la lame. Bien que petit, je ne comprenais que trop bien que ce ne serait qu’une question de temps avant qu’il ne s’étende au reste de l’arme. Le simple fait de combiner les auras de cette façon pourrait déclencher un reflux, une situation dans lequel les auras combinées reviendraient de force en moi, avant d’exploser de façon spectaculaire. Pendant un moment, j’avais eu un aperçu mental de cet avenir.

C’est mauvais…

Même Clope, qui se tenait à une distance de sécurité, en était conscient.

« Hé, hé ! Frappez avec cette épée tout de suite, ou arrêtez-vous ! Vite ! Vite ! » cria Clope, agitant les bras sauvagement.

Mais si j’arrêtais maintenant, l’expérience se terminerait sans résultat. Je n’avais qu’un seul choix : je devais frapper immédiatement avec cette épée.

Après ça, je l’avais soulevé très haut au-dessus de ma tête, l’abaissant de façon décisive d’un seul coup. Il y avait peu ou pas de résistance, comme lorsque je canalisais à la fois le mana et l’esprit.

Pourtant, j’étais momentanément confus, car il ne se passait rien de particulièrement excitant — jusqu’à ce que le mannequin cible commence à craquer, s’effondrant rapidement en lui-même dans une spirale autoconsommatrice.

Cette réaction s’était poursuivie jusqu’à ce que le mannequin soit réduit au dixième de sa taille, pour finalement tomber sur le sol sans danger. Au même moment, de larges fissures s’étaient épandues sur toute l’épée que je tenais, et en un instant, l’arme s’était effondrée en un amas de ferraille.

Grâce au sacrifice de l’épée, j’avais cependant évité un accident de refoulement potentiellement fatal. Si je devais le deviner, ce tourbillon d’énergie instable avait été envoyé complètement dans le mannequin, et avait été dispersé en toute sécurité après mon coup.

En m’approchant de l’objet tombé, je l’avais ramassé, l’inspectant d’un œil curieux. C’était tout ce qui restait : un morceau de bois comprimé, presque en forme de boule. C’était comme une force immense qui l’écrasait et la pliait à plusieurs reprises de l’extérieur, avant de finalement l’entourer entièrement et de la comprimer dans la balle que je tenais dans les mains.

Si c’était l’effet de la combinaison des trois aspects… quels effets cela aurait-il sur un monstre, ou même sur un humain ?

C’était terrifiant de penser à un tel événement.

En m’approchant prudemment, Clope fixa la boule de bois dans mes mains avec une expression un peu compliquée. Ramassant la poignée à peine intacte de l’arme détruite, Clope soupira en se tournant vers moi.

« … Rien de bon — complètement détruit. Il n’y a plus rien à sauver non plus. Peut-être que celle que j’ai forgée pour vous pourrait résister à une telle technique… Mais je n’essaierais pas, de toute façon. Si vous insistez sur les Arts Fusionnels, limitez-le au mana et à l’esprit seulement. »

« Que ferais-je si… cela n’a pas fonctionné sur… ma cible ? » demandai-je.

Bien que mes tests m’aient semblé être des réalisations importantes, je n’avais rien de plus qu’un mannequin de bois à frapper. À l’exception du test final, les résultats de mes précédentes frappes pourraient être facilement reproduits par un aventurier de la classe Argent. Je suppose que je ne pourrais pas vraiment appeler des techniques communes comme celles-ci mon atout.

« Je comprends ce que vous essayez de dire… mais n’avez-vous jamais pensé à ce qui arriverait à votre épée après avoir fait quelque chose comme ça ? » Clope, me regardant avec une expression exaspérée, avait offert une réfutation presque immédiate. Il avait tenu la poignée en ruine de l’arme que je tenais tout à l’heure.

Encore une fois, Clope avait raison, si j’insistais pour utiliser un tel coup, ce serait un coup unique, après quoi je serais incapable de continuer à me battre. C’était un problème qui valait la peine d’y réfléchir.

« Eh bien…, » Clope avait poursuit, « Vous pourriez apporter plusieurs épées et les utiliser comme armes jetables. Même si vous apportez un tas de bons marchés, ils devraient au moins résister à la fois au mana et à l’esprit… Si ce n’est pas le cas, elles pourraient se briser immédiatement. Bien sûr, si vous avez fait quelque chose comme ça, ça vous coûtera cher. Immensément cher. »

« Je suppose que c’est vrai. Et si on lançait des couteaux ? Je serais capable de les utiliser comme une arme de jet, » demandai-je.

Si je pouvais faire quelque chose de ce genre, je me trouverais soudainement avec beaucoup plus d’options stratégiques tout en explorant. Même si les armes impliquées ne pouvaient pas résister aux auras canalisées et se désintégraient, le risque de reflux était faible, étant donné que l’objet serait loin de moi d’ici là. Dans un tel cas, ces couteaux devraient être jetables puisqu’ils seraient rendus inutiles après une seule attaque.

« Je me le demande… Voulez-vous le tester ? » demanda Clope.

Comme toujours, j’avais apprécié les gestes généreux de Clope. Il était vite revenu avec un couteau bon marché que je pouvais utiliser.

Malheureusement, l’expérience s’était soldée par un échec. Maintenir le mélange de mana et d’esprit me semblait impossible, car il s’estompait une fois qu’il avait quitté mes mains. Inutile de dire que je n’avais pas pris la peine d’essayer de lui insuffler la divinité.

Si je ne canalisais qu’un seul aspect, l’arme pourrait être capable de maintenir son aura jusqu’à l’impact, sinon elle devrait être utilisée en combat rapproché.

Les principales conclusions de cette série de tests étaient que je comprenais maintenant les effets de la canalisation du mana et de l’esprit à travers ma nouvelle arme, en plus de l’utilisation des Arts Fusionnels mana-esprit. Cela, et la canalisation des trois éléments n’étaient pas seulement risqués, mais détruiraient complètement une arme, donc je m’efforcerais de ne pas l’utiliser avec de l’équipement coûteux d’aucune sorte. De plus, les Arts Fusionnels étaient inefficaces sur le plan des ressources, il ne s’agissait pas d’attaques à utiliser sur une base régulière.

C’était à peu près tout résumé.

J’avais l’impression d’avoir acquis pas mal de connaissances, mais j’étais maintenant conscient du fait que les attaques puissantes avaient souvent de grandes conséquences pour ceux qui les brandissaient, me rappelant une fois de plus les complexités du monde. L’aventure n’était guère facile sous quelque forme que ce soit.

Malgré tout, j’avais un atout à utiliser dans des cas et des situations absolus — le bon côté proverbial des choses. Je n’envisagerais pas d’utiliser ces attaques si je n’étais pas confronté à un ennemi puissant ou si ma vie était en grand danger.

Quant à l’Art Fusionnel mana-esprit, je me sentais confiant de m’habituer aux conséquences que cela pouvait avoir sur moi, peut-être même jusqu’à un point où je pourrais l’utiliser quotidiennement sans trop de désagréments. Cependant, pour que cela se produise, il me faudrait beaucoup de pratique. Pratiquer mon atout destructeur d’armes finirait par me faire détruire une arme à chaque fois que je l’essayais.

Selon Clope, une arme fabriquée à partir de quantités importantes de Mithril ou d’Orichalque pourrait être capable de résister aux forces impliquées, mais naturellement, je n’avais pas les fonds pour une telle entreprise.

Quoi qu’il en soit, tout ce que je pouvais faire maintenant, c’était de travailler avec ce que j’avais actuellement et de continuer mon ascension constante. Telle était la conclusion à laquelle j’étais arrivé, une fois de plus mal à l’aise d’être retourné à la réalité.

***

Partie 4

Après avoir payé Luka, la femme de Clope, le solde dû pour mon épée et d’autres services, j’étais sorti du magasin. Bien que le regard de Luka ait suggéré qu’elle avait quelque chose à dire, elle garda le silence pour l’instant, et moi, pour ma part, je la regardais avec une expression ambiguë. Bien que j’avais l’intention de lui rendre la pareille avec un sourire.

Mais c’était difficile, car l’état actuel de mon visage me rendait physiquement impossible de sourire. Pour empirer les choses, la peau sur la moitié inférieure de mon visage était décidément manquante.

Tandis que je réfléchissais à ma malheureuse incapacité à sourire, Luka semblait rassurée pour une raison ou une autre, répondant par un petit sourire de sa part. Mon expression par ailleurs ambiguë transmettait-elle d’une manière ou d’une autre les mots que je voulais dire ? Je ne pouvais que l’espérer.

Ma prochaine destination, après avoir récupéré mon arme, n’était autre que la guilde. J’avais la ferme intention de commencer à travailler comme aventurier de la classe Bronze le plus tôt possible. Maintenant armé d’une épée nouvellement forgée, je serais sûrement capable de progresser dans les donjons à un rythme encore plus rapide… C’est ce que j’aurais aimé faire. Lorraine et Sheila m’avaient averti de rester à l’écart des donjons pendant un certain temps, et pour être honnête, cela m’avait beaucoup troublé. Bien que, je suppose que ma situation était assez compliquée en l’état. Même si j’avais un air suspect, et selon la personne à qui vous aviez demandé, terrifiant, j’aimerais éviter d’être considéré comme un kidnappeur.

Je ne pouvais m’empêcher de me demander quand j’allais à nouveau parcourir les couloirs des donjons.

Tout bien considéré, les ravisseurs et les aventuriers mal intentionnés n’étaient que trop fréquents dans les donjons. La plupart des aventuriers étaient d’une force respectable et pouvaient utiliser le mana, l’esprit et la divinité. Si l’un d’eux était capturé et réduit en esclavage, il serait certainement vendu pour une grosse somme d’argent.

Alors que le royaume de Yaaran (dans lequel Maalt était) interdisait l’esclavage en raison de l’histoire et de la fierté de la classe dirigeante, c’était plus l’exception que la norme. En fait, de nombreux royaumes dans ce monde avaient souvent fermé les yeux sur la traite des esclaves. On pourrait prétendre que le commerce était alimenté par les quelques pervers avec le désir insatiable de contrôler la vie de beaucoup d’autres, mais hélas, ce n’était pas tout à fait le cas. Certaines sociétés dans ces pays étaient tout simplement devenues incapables de fonctionner sans un système d’esclavage quelconque.

Par exemple, dans les industries dangereuses comme l’extraction du minerai, il était difficile pour les employeurs d’atteindre des quotas de ressources spécifiques sans recourir au travail forcé. En fait, certaines personnes avaient été réduites en esclavage, souvent à cause de dettes importantes. Bien qu’ils aient abandonné une partie d’eux-mêmes, et avec cela une partie de leur liberté, ils seraient au moins capables de conserver une once de dignité en effaçant ce qui restait de leur dette. Mais il n’était pas rare d’entendre parler de personnes maltraitées simplement parce qu’elles étaient esclaves. Alors que les lois formelles n’existaient pas dans de nombreux royaumes, l’abus visible des esclaves n’était souvent pas toléré.

Personnellement, je ne savais pas quelle était la plus grande tragédie, c’était généralement un triste état de choses.

Il était facile de comprendre pourquoi les esclavagistes et les ravisseurs avaient choisi de cibler les aventuriers puisqu’ils étaient si forts physiquement, en plus de leur capacité d’utiliser la magie ou les arts spirituels. Les esclavagistes, pour leur part, n’avaient même pas besoin de chercher trop loin, tout ce qu’ils avaient à faire était d’entrer dans un donjon et de faire leur chasse. Les criminels potentiels auraient à traiter avec la guilde et les aventuriers forts et vertueux. D’un autre côté, ils pouvaient aussi solliciter la coopération d’aventuriers aux mœurs douteuses, telle était les voies du monde.

Il serait naïf de penser que le seul ennemi des aventuriers était les monstres — la réalité était une maîtresse beaucoup plus dure. C’est pourquoi les tests de progression de classement étaient incroyablement stricts, une partie dans le but d’éliminer ces éléments indésirables.

Toutefois, la traite des esclaves étant interdite dans le royaume de Yaaran, les enlèvements et autres incidents similaires avaient eu lieu à une échelle beaucoup plus réduite. Je ne pouvais pas douter que cela se produise encore sur ces terres, et même si je n’avais pas de sources concrètes, je pouvais au moins dire que de tels événements étaient rares.

C’est exactement la raison pour laquelle la récente vague de disparitions avait mis la guilde en état d’alerte. Vu mon apparence étrange, j’avais supposé qu’il était facile de me pointer du doigt. Certains pourraient même prétendre que j’étais derrière tout cela. C’est pourquoi je devais éviter le donjon, et me concentrer sur diverses demandes de petits boulots.

J’étais quelque peu habile avec ces petits boulots dans la vie, et je ne les trouvais pas difficiles, mais mes pensées étaient constamment hantées par le désir de subir l’Évolution Existentielle. Au moins, j’aimerais évoluer vers un être qui pourrait montrer son visage en toute sécurité en étant à côté d’humains normaux. Actuellement, je ne pouvais pas manger dans les restaurants et les tavernes. J’avais dîné à l’établissement de Loris à plusieurs reprises, oui, ne serait-ce que parce que Loris avait accepté ma situation. Et je ne l’avais fait que lorsqu’il n’y avait pas d’autres clients présents, tout en restant hors de vue de la femme de Loris, Isabel.

Alors que Loris pensait que ma peau n’était qu’une sorte d’accessoire lorsqu’il l’avait vue pour la première fois, il avait vite compris qu’elle était réelle après un simple toucher, retirant rapidement sa main. J’avais expliqué que c’était dû à une malencontreuse malédiction, et autant que je sache, Loris avait accepté mon explication. Je ne pensais pas qu’être un monstre qui parle n’avait jamais traversé l’esprit de Loris.

Si j’évoluais dans le futur, tout ce que j’avais à lui dire était que ma malédiction avait été levée par une sainte prêtresse de passage, et ce serait tout ce qu’il y avait à faire.

Telles étaient les pensées qui inondaient mon esprit lorsque je me tenais debout, en regardant les panneaux de demande sur les couloirs de la guilde. Il y avait une variété de petits travaux, allant de la demande d’un partenaire d’entraînement à une simple assistance pour le transport d’objets lourds.

Tandis que je continuais à jeter un coup d’œil sur les listes, j’avais entendu des bribes d’une conversation tout près de chez moi.

« J’ai déjà dit non, mon pote. Peux-tu aller déranger quelqu’un d’autre ? Personne ne va aller dans un trou rural comme ça ! »

« Mais… ! Je vous en supplie ! S’il vous plaît, s’il vous plaît, vous devez m’aider ! »

C’était dans la direction générale du comptoir de la réception de la guilde. En y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il s’agissait d’une conversation entre un aventurier en apparence chevronné et un jeune homme agité d’une vingtaine d’années.

D’après ce que j’avais entendu, les circonstances étaient donc les suivantes :

Le jeune homme, désespéré, approchait personnellement les aventuriers dans l’espoir qu’ils accepteraient sa demande. L’aventurier à qui il parlait refusait. Il était également facile de deviner pourquoi l’aventurier refusait d’assumer la tâche, car la plupart des demandes étaient simplement laissées à la guilde et épinglées sur l’un de ses nombreux tableaux. Le fait que le jeune faisait personnellement cela était déjà assez suspect. La demande était probablement déjà affichée, mais n’avait été acceptée par personne en raison de sa nature problématique. Peut-être s’agissait-il d’un voyage sur de longues distances ? Si tel était le cas, il n’était pas étonnant que la demande n’ait pas encore été satisfaite, et il ne serait pas étrange pour l’aventurier de rejeter la demande pour commencer.

Cependant…

« Espèce de bâtard insistant… Si tu ne la fermes pas tout de suite… »

Peut-être que la persistance du jeune avait touché un nerf. Quoi qu’il en soit, la situation était sur le point de prendre une tournure dangereuse.

J’avais donc décidé d’intervenir.

« … Hey. »

« Quoi… ? Qui diable es-tu ? » demanda l’aventurier, déplaçant son regard du jeune vers moi.

Ses yeux étaient dilatés et son expression folle, je pouvais voir qu’il était sur le point de traîner le jeune dans une ruelle ou une autre, avant de s’engager dans des actes de violence débridée. Cette hostilité était maintenant dirigée contre moi, l’étrange individu qui se mettait en travers de son chemin.

Pour dire la vérité, j’avais l’impression d’avoir dû intervenir. Même si les aventuriers de Maalt étaient connus pour leur morale et leur sens de l’éthique, cela ne s’appliquait qu’à ceux qui étaient principalement basés à Maalt. Cet aventurier vétéran en question ne connaissait pas tout cela. Il était donc fort probable qu’il était une sorte de vagabond. Cela signifiait aussi que les probabilités qu’il se livre à des actes de violence à l’encontre du jeune homme insistant étaient élevées, comme on pouvait s’y attendre. C’était assez difficile de regarder et de ne rien faire.

« … N’est-ce pas évident… D’après mon apparence ? Je suis un… aventurier, » répondis-je.

« Ha. Vraiment ? Qu’est-ce que ce grand et puissant aventurier veut de moi ? » demanda l’autre.

« J’aimerais que vous me laissiez m’occuper de ce jeune homme, » déclarai-je.

« Qu… ? »

L’aventurier, me fixant d’un air déconcerté, semblait encore plus surpris lorsque j’avais placé une pièce d’argent dans sa paume, en me penchant en avant. « … Je pensais que vous… seriez d’humeur à… tout cela, n’est-ce pas ? »

En entendant mes paroles, un sourire tordu se répandit sur le visage de l’aventurier. « Oh, c’est vrai ? Eh bien, c’est tout bon alors. Je vais prendre du bon vin avec ça, alors fait ce que tu veux de lui ! »

Après ça, l’homme se retourna et était sorti tout droit par les portes de la guilde.

Bien qu’il ne soit pas nécessaire que je le paye, il serait sûrement resté pour râler si j’avais simplement exigé la libération du jeune homme. Si je laissais l’aventurier à lui-même, le résultat serait sûrement gênant. Éviter une telle chose valait probablement au moins une pièce d’argent.

Le jeune homme, par contre, semblait encore plus affolé. Peut-être fallait-il s’y attendre, étant donné que l’aventurier qu’il avait supplié de l’aider était parti.

« Argh… ! » Il avait en effet une expression pathétique.

Une fois la situation résolue, j’avais l’option de retourner simplement à ce que je faisais, mais il me manquait maintenant une pièce d’argent. En gardant cela à l’esprit, je m’étais tourné vers le jeune homme.

« Vous lui demandiez de répondre à l’une de vos demandes, correct… ? » demandai-je.

« Eh… ? Oui… Qu’est-ce qu’il y a ? Ah, ne me dites pas… que vous voudriez accepter ma demande à sa place !? » demanda le jeune homme, alors que son visage s’était instantanément illuminé.

Je ne devrais pas lui donner trop d’espoir prématurément, car je n’étais pas aussi fort que j’aurais aimé l’être à ce moment-là. À en juger par la façon dont s’était déroulée l’interaction précédente entre les deux, j’avais pu en déduire que la demande en question était trop dangereuse, même pour un aventurier chevronné.

J’avais donc répondu en conséquence. « Je ne peux rien vous promettre, mais je vais au moins écouter ce que vous avez à dire. Venez. »

En disant cela, je m’étais retourné, sortant de la salle de guilde d’un pas vif.

Il n’y avait aucun moyen de savoir si quelqu’un d’autre avait entendu la conversation précédente entre le jeune homme et l’aventurier, alors je voulais discuter de cette question ailleurs, de peur que mes actions ne semblent suspectes.

À vrai dire, j’avais toujours voulu faire quelque chose comme ça au moins une fois. Mais il n’y avait aucun moyen de savoir si le jeune homme me suivrait. Il était peut-être encore là, bouche bée.

« Ah, oui ! Attendez-moi ! » déclara le jeune homme, avant de me courir après moi. Je suppose que ça avait marché.

En me tournant vers lui alors qu’il me rattrapait, j’avais informé le jeune de notre prochaine destination.

« Il y a un restaurant à proximité. Allons-y d’abord, » déclarai-je.

Après ça, j’étais reparti à vive allure, alors que le jeune homme me suivait de près.

***

Partie 5

« Alors de quel genre de demande s’agit-il ? » demandai-je.

Le restaurant où nous nous étions rendus n’était autre que le pavillon de la Wyverne Rouge, dirigé par Loris, un ancien aventurier malheureux, aujourd’hui vraisemblablement à la retraite. Il était rare que je visite son établissement si tôt dans la journée, et la plupart des autres commerçants ne se donnaient pas la peine de cacher leur répulsion involontaire quand quelqu’un comme moi passait par leurs portes. Loris, pour sa part, était incroyablement reconnaissant de mon aide et m’avait toujours accueilli à bras ouverts. C’était dans des moments comme celui-ci que j’avais ressenti, moi aussi, un profond sentiment de gratitude pour l’hospitalité de Loris.

En retour, j’avais parfois offert à tous les convives présents à dîner lors de mes visites, ce qui avait attiré davantage de clients au restaurant de Loris. C’était un arrangement mutuellement bénéfique. Je pouvais me le permettre aujourd’hui, car je n’avais plus besoin de gratter chaque pièce de bronze pour joindre les deux bouts.

« Voudriez… Voudriez-vous vraiment m’aider… ? » demanda le jeune homme assis en face de moi, avec un regard un peu inquiet présent sur son visage.

Je ne pouvais pas être d’accord sans d’abord entendre les détails.

« Je ne peux pas vous donner une réponse immédiate et si vous me disiez d’abord ce qui doit être fait ? Je déciderai après ça, » déclarai-je.

Était-ce trop prudent ? Cependant, la confiance allait dans les deux sens.

Bien que la plus grande moitié des aventuriers dans ces pays soient des individus capables, ils échouaient encore à l’occasion, ou se retiraient parfois d’une demande qu’ils avaient déjà acceptée. Un bon aventurier était en premier lieu responsable des types de demandes qu’il acceptait, minimisant ainsi les échecs et les abandons. Pratiquer une bonne éthique d’aventurier attirerait un plus grand nombre de clients fidèles à ces aventuriers, et cela pouvait éventuellement même se faire en les demandant spécifiquement par l’intermédiaire de la guilde, ou en personne.

Quant à moi, j’avais des doutes quant à la fiabilité de ma réputation, étant donné mon apparence. Mais même ainsi, je suppose que tout devait bien commencer quelque part.

« O-Oh… Est-ce comme ça que ça marche ? Je suis désolé…, » le jeune homme s’était excusé nerveusement.

Reprenant rapidement sa posture, il avait pris une grande respiration.

« … Eh bien ! Vous voyez, la situation est…, » commença-t-il.

Et c’est ainsi que j’avais finalement commencé à entendre les détails de cette demande particulière.

◆◇◆◇◆

« Je vis dans un petit village à l’est de Maalt. C’est un village près d’un lac… Le lac Ruiess. C’est peut-être au milieu de nulle part, mais c’est un endroit agréable…, » expliqua-t-il.

Je suppose que l’aventurier chevronné avait refusé sa demande en raison de son caractère rural. Le lac Ruiess, lui aussi, n’était pas du tout grand. Je m’étais vaguement souvenu de sa situation géographique par rapport à Maalt.

« Le village… de Todds ? Est-ce que c’est bien lui ? » demandai-je.

En entendant le nom de son village, le jeune homme s’était mis à sourire. « Connaissez-vous le village de Todds ? »

Il avait probablement été aussi surpris que je puisse me souvenir du nom d’un tel village rural. Bien qu’il m’ait été impossible de connaître le nom de chaque village des environs de Maalt, je m’étais efforcé d’en apprendre un peu plus sur les régions environnantes. Il se trouvait que le village de Todds en particulier m’était connu, et en vérité, pour une raison précise.

« Je suppose que oui. Si je me souviens bien, ce village organise une sorte de fête étrange d’après ce que j’ai entendu dire. J’ai toujours voulu y aller au moins une fois, » répondis-je.

Si ma mémoire était bonne, les villageois de la région avaient participé au festival en mettant à la dérive de petits bateaux en bois sur le lac Ruiess. Ensuite, une jeune femme aux aptitudes magiques et à la beauté considérable serait choisie parmi la population du village et offerte au Seigneur du Lac. Cependant, l’offrande n’était en aucun cas un sacrifice réel. Des légendes locales racontaient comment une jeune fille était offerte au Seigneur du Lac dans les temps anciens pour protéger le village d’un désastre. Les villageois n’avaient fait que perpétuer la coutume depuis.

Si je devais deviner, ce Seigneur en question était probablement une sorte de monstre. Tous les monstres n’étaient après tout pas hostiles envers les humains. En fait, il y avait des monstres qui coexistaient pacifiquement avec des humains à certains titres. Le monstre vivant dans les profondeurs du lac Ruiess serait probablement l’un de ces monstres, c’était du moins ce que je pensais.

Mais le jeune homme avait une expression difficile sur son visage.

« Eh bien, oui… c’est vrai. Cependant… c’est précisément ce festival qui pose problème…, » déclara-t-il d’une voix hésitante.

« Que voulez-vous dire par là ? » demandai-je.

« Eh bien… Je suppose que vous comprenez que nous avons fait le geste d’offrir des sacrifices au Seigneur du Lac, comme d’habitude. Mais…, » commença-t-il.

Bien sûr que je le savais. Mais ce que le jeune homme avait dit ensuite m’avait vraiment surpris.

Il semblerait que le Seigneur ait, ces derniers temps, commencé à consommer les sacrifices.

◆◇◆◇◆

« … Est-il vraiment d’accord… ? » demanda le jeune homme, se balançant d’avant en arrière par rapport aux mouvements de la calèche.

Il voulait probablement me demander si j’aurais vraiment dû accepter sa demande. C’était peut-être un peu tard pour poser une telle question, étant donné que j’étais maintenant sur une calèche avec lui, en route pour le village de Todds, en fait, nous étions presque à la fin de notre voyage.

Il m’avait peut-être semblé étrange d’avoir si hâte de quitter Maalt, mais en réalité, le village n’était pas très loin, ne nécessitant qu’une demi-journée de voyage en calèche. Le fait que l’aventurier chevronné ait refusé d’accepter la demande indiquait qu’il n’opérait normalement pas à partir de Maalt.

Pour moi, en tant que personne opérant à Maalt, le village de Todds n’était pas un endroit trop rural. Même Maalt était un canton pionnier en soi. Au contraire, le paysage n’avait pas du tout vraiment changé.

« Bien que j’aie accepté de vous suivre, je n’ai pas répondu formellement à votre demande. Après tout, vous m’avez vous-même dit que je pouvais d’abord évaluer la situation, puis exécuter la demande si elle me semblait possible, sinon j’abandonnerais, n’est-ce pas… ? » demandai-je.

C’était exactement ça. J’avais fini par suivre le jeune homme sans accepter formellement sa demande.

Pour être tout à fait honnête, il semblait impossible pour quelqu’un comme moi de « faire quelque chose » à propos d’un monstre comme le Seigneur du Lac. Certes, j’étais plus fort qu’avant, mais j’étais toujours très réaliste dans mon cœur et je n’avais pas l’intention de choisir des combats que je ne pouvais gagner. On ne vit qu’une seule fois… Une pensée ironique, venant de moi.

Alors, il me semblerait étrange de faire un tel voyage. Pourquoi voyager alors que j’étais certain de ne pas être à la hauteur du monstre en question ? Eh bien, vaincre le monstre n’était pas ce que le jeune homme me demandait. Au lieu de cela…

« Oui… Si vous pouvez sauver Amiris, ma sœur… alors je suis prêt à tout. Même si vous ne pouvez pas promettre une telle chose, je vous suis reconnaissant d’être prêt à au moins essayer…, » déclara-t-il.

Comme il l’avait dit, il voulait sauver sa sœur, et non que je m’engage dans la mort héroïque du monstre.

Oui… Si je me souviens bien, le jeune s’appelait Ryuntus et, comme il l’avait dit, sa sœur était Amiris.

Le problème était ce festival en question… et les sacrifices qu’il impliquait. Selon Ryuntus, les « sacrifices » jusqu’à présent étaient surtout cérémoniels, les filles impliquées n’ayant jamais perdu la vie.

Tout cela avait changé il y a un mois lorsque le sacrifice qui avait été fait au milieu du lac n’était apparemment jamais revenu. Et alors que la fête du sacrifice se tenait normalement sur une base annuelle, le Seigneur du Lac exigeait maintenant un sacrifice tous les dix jours.

Je me demandais comment un monstre qui vivait dans un lac pouvait exiger des sacrifices… Ryuntus, sentant ma confusion, continua à expliquer que le Seigneur en question avait des Kelpies sous son commandement, des monstres qui laissaient des marques sur les portes des sacrifices que le Seigneur désirait. Les Kelpies eux-mêmes étaient des monstres qui vivaient dans des lacs et d’autres endroits semblables, et ressemblaient à des chevaux avec des écailles. Ils étaient aussi des monstres extrêmement forts…

« Le Seigneur du Lac est-il un Kelpie géant ? » demandai-je.

Ryuntus secoua la tête. « On dit que le Seigneur du Lac vit encore plus profondément dans le lac. Les Kelpies sont… enfin, je suppose qu’ils sont quelque chose comme ses familiers… »

Pour que des monstres forts comme des Kelpies se plient à sa volonté… Est-ce qu’un monstre aussi effrayant a-t-il vraiment existé ?

Alors que j’avais mes doutes, Ryuntus prétendait que les Kelpies n’avaient attaqué personne dans le village. Ils étaient simplement entrés, avaient laissé une marque sur une porte et étaient partis.

« Est-ce toujours le cas, maintenant ? » demandai-je.

« Eh bien, non… Tout le monde a peur maintenant, et nous restons tous dans nos maisons la nuit… Mais il y aura sûrement une marque sur la porte de quelqu’un demain matin, » déclara-t-il.

Bien que je ne voulais pas me méfier de mon client potentiel, je ne pouvais m’empêcher de trouver les paroles de Ryuntus… étranges.

◆◇◆◇◆

« Eh bien, il semble que nous soyons arrivés, » déclara Ryuntus, en jetant un coup d’œil hors de la calèche avant de descendre.

J’avais suivi peu après, et j’avais été accueilli par une vue panoramique. J’avais supposé que c’était quelque part près du village de Todds.

« Grand Frère ! »

Une jeune fille s’était jetée dans les bras de Ryuntus dès que ses pieds avaient touché le sol. À en juger par son apparence, je dirais qu’elle était jeune, peut-être 15 ou 16 ans. En y regardant de plus près, c’était une très belle fille, avec des yeux de saphir étincelant. L’image même d’un sacrifice potentiel, si l’on en croit les paroles de Ryuntus.

— Une plaisanterie que je ne ferais que si les sacrifices en question n’étaient pas réellement consommés par le Seigneur du Lac. Dans les circonstances actuelles, une telle déclaration serait de mauvais goût. L’idée même de voir de jeunes filles mourir à cause de cette tradition était difficile à accepter.

« Amiris ! Pourquoi es-tu venue jusqu’ici ? N’est-ce pas dangereux ? » demanda Ryuntus.

Ryuntus n’avait guère l’air d’être d’humeur pour une réunion de famille, et je pouvais comprendre pourquoi, vu les circonstances.

Nous étions arrivés à une courte distance du village de Todds. Alors que les portes étaient bien en vue, le chemin qui y menait était entouré d’une forêt. On ne pouvait pas garantir que le chemin serait exempt de monstres, donc c’était certainement un voyage dangereux pour une jeune fille qui était seule. Cependant, il n’était que trop courant pour les filles vivant dans les zones rurales de s’aventurer seules dans les zones boisées, pour une raison ou une autre. Il était compréhensible que Ryuntus ait l’air d’être un peu trop protecteur à l’égard de sa sœur, à la lumière des événements récents.

Il était évident que Ryuntus tenait profondément à sa sœur et qu’il était prêt à faire le voyage jusqu’à Maalt pour tenter de lui sauver la vie.

« Mais tu as soudainement disparu en disant quelque chose à propos d’aller en ville… Oh, qui est cette personne là-bas… ? » demanda Amiris.

Amiris avait plissé ses yeux, regardant dans ma direction. Son regard était froid, il était facile de voir qu’elle se méfiait de ma présence. Je me sentais un peu découragé — de penser que quelqu’un qui venait de me rencontrer me verrait d’un mauvais œil !

Mais je comprenais pourquoi elle ressentait cela, car j’étais un homme étrange, masqué avec ce qui semblait un crâne, vêtu d’une robe noire et portant une épée dans le dos. Je serais surpris qu’Amiris m’accueille à bras ouverts.

Cependant, Ryuntus avait rapidement offert une explication pour ma défense. « Ah, cette personne va te sauver du fait de devenir un sacrifice, Amiris ! C’est un aventurier nommé Rentt. C’est un aventurier de classe Bronze, tu sais ? »

Ryuntus m’avait mis sur un piédestal. C’était peut-être pour mettre Amiris à l’aise. Après tout, il s’était donné la peine d’aller chercher un aventurier jusqu’à Maalt dans le but exprès de protéger sa sœur.

Mais Amiris ne semblait pas du tout impressionnée. Son regard suspicieux restait, tandis qu’elle traînait son frère dans un coin, parlant en chuchotant. Une conversation qu’elle ne voulait pas que j’entende, sans doute.

Hélas, de telles mesures étaient futiles, étant donné l’ouïe aiguë qui m’avait été conférée depuis que je suis devenu un Thrall. Je m’étais arrêté et j’avais écouté calmement.

« Grand Frère, tu t’es encore fait avoir !? Je t’ai dit tellement de fois de ne pas t’impliquer avec des gens bizarres dans la ville ! » déclara Amiris.

« Mais… Monsieur Rentt est une personne formidable ! Il m’a aidé à me sortir d’une mauvaise situation dans la ville, et il m’a même offert de l’aider dans la situation actuelle…, » déclara Ryuntus.

« Tout doit être des mensonges, Grand Frère… Comment peux-tu espérer t’offrir un aventurier de classe Bronze ? Tu sais combien nous sommes pauvres ! Pourquoi un aventurier de classe Bronze viendrait-il jusqu’ici pour une telle demande si peu intéressante pour lui ? » demanda Amiris.

« Écoute… Ce n’était pas une demande que j’ai faite à la guilde. Je lui ai personnellement demandé de venir ici avec moi…, » déclara Amiris.

« On t’a encore menti… Soupir. Il pourrait se fâcher si nous le rejetions maintenant… Dans quelle situation tu t’es mis ! Je m’en occupe, Grand Frère. Tout ce que tu as à faire, c’est de me suivre. Argh… Je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour toi ! Que feras-tu de toi-même quand je serai partie… ? » demanda Amiris.

Quelle conversation, et pas agréable du tout ! Je n’avais aucun moyen de tromper qui que ce soit ou de priver mes clients de leur pièce de monnaie, donc il n’était pas difficile de voir pourquoi on pouvait faire une telle supposition étant donné le caractère de Ryuntus. Mais il s’agissait quand même de grosses accusations.

Apparemment fini avec leur discussion, Amiris s’était approchée de moi, s’adressant à moi d’une manière excessivement formelle.

« Aventurier… Rentt, oui ? Merci beaucoup d’avoir accepté la demande de mon frère et d’avoir fait le voyage jusqu’à notre village, » déclara Amiris.

« Eh bien…, » commençai-je.

Je voulais lui dire de ne pas s’inquiéter de telles choses, mais j’avais été interrompu avant de pouvoir continuer.

« Cependant, la Fête de l’Offrande est une tradition ininterrompue dans le village depuis la nuit des temps. Je ne pourrais pas espérer mettre fin à la tradition à cause de mes propres désirs égoïstes. C’est pourquoi j’aimerais beaucoup que vous oubliiez toute cette conversation et que vous retourniez à Maalt…, » déclara Amiris.

Contrairement à son frère, Amiris avait une bonne emprise sur le monde en général.

Ryuntus, toujours à une certaine distance de nous, fit un geste sauvage, me demandant probablement de convaincre sa sœur du contraire. Apparemment, je n’avais pas vraiment le choix, alors je m’étais tourné vers Amiris.

« J’ai accepté une demande de Ryuntus. La seule personne qui peut modifier les termes du contrat est Ryuntus, » déclarai-je.

« Mais…, » Amiris se retourna, regardant son frère d’un air furieux. Ryuntus n’avait fait que secouer rapidement la tête dans le déni. Abandonnant, la fille soupira. « Je comprends… Si vous restez au village pour un certain temps, vous pouvez rester chez nous. Cependant, vous ne devez pas interférer avec le festival. J’ai choisi de devenir un sacrifice de mon plein gré. »

Vraiment ?

Alors que j’avais mes propres soupçons, j’avais simplement hoché la tête, ne voulant pas compliquer les choses davantage.

« … Eh bien, alors je serais à votre charge, » déclarai-je.

***

Partie 6

« Vous m’avez vraiment aidé, Rentt… Vous avez vu à quel point ma sœur est têtue ! Vous voyez, ma sœur est si têtue ! Une fois qu’elle a pris sa décision, il n’y a plus de place pour la discussion…, » Ryuntus secoua la tête.

Maintenant que je m’étais rendu chez lui et chez sa sœur, nous étions assis et nous étions en pleine discussion. Le sujet de la conversation était évident : nous devions trouver un plan d’action relativement rapidement.

« Regardez ce que dit votre sœur. Comment la sauverais-je ainsi ? Qu’allez-vous faire… ? » demandai-je.

« Eh bien… En fait, j’avais un plan depuis le début…, » déclara Ryuntus.

« Oh… ? » demandai-je.

C’était une évolution inattendue. On aurait du mal à croire que Ryuntus avait en lui le pouvoir de mener une action décisive, et encore moins de formuler un plan.

Ryuntus continua : « Amiris sera sacrifiée au lac demain. Le processus est simple : elle sera placée sur un petit bateau et flottera jusqu’au centre du lac. Cependant, il y aura trois autres bateaux présents, ainsi que des escortes pour le sacrifice, si vous voulez… Tout ce que vous avez à faire, alors, c’est de monter sur l’un de ces bateaux d’escorte. »

« … Moi, plus que quiconque, présent sur le bateau ? » demandai-je.

J’avais supposé que le rôle d’escorte était plutôt important. Cependant, Ryuntus avait simplement continué avec son explication.

« Eh bien, vous voyez… Les personnes chargées d’escorter le sacrifice sont tenues de porter un masque. Tout ce que vous avez à faire, c’est de prendre la place d’une des escortes, et il ne devrait pas y avoir de problèmes. En fait, je suis l’un des accompagnateurs, le frère du sacrifice et tout ça. Tout ce que vous avez à faire est de remplacer l’une des deux escortes restantes, alors…, » expliqua-t-il.

« Je vois. Vous avez vraiment beaucoup réfléchi à tout cela, » déclarai-je.

C’était inattendu, en effet. Le plan semblait pouvoir fonctionner, et c’était la partie la plus surprenante.

« Ceux qui seront chargés de garder le sacrifice attendront près du lac avant le début du festival. Pendant ce temps, il n’y aura pas de gardes, ce qui est à prévoir puisque les escortes sont là… Et ce sont des villageois normaux, Rentt. Donc, en gros, un aventurier comme vous…, » déclara-t-il.

Ryuntus termina son explication en s’excusant quelque peu. J’avais compris son sentiment — même si je pouvais facilement assommer les escortes en question, ces individus étaient toujours ses voisins.

J’avais hoché la tête, trouvant le plan acceptable. Ryuntus, pour sa part, semblait soulagé de ma réponse.

 

◆◇◆◇◆

Ce corps de morts-vivants ne désirait pas dormir ni se reposer, même dans les profondeurs de chaque nuit, alors je ne pouvais m’empêcher de m’ennuyer, devant attendre le lever du jour. Me levant de mon lit, j’étais sorti de la chambre. Une bouffée d’air frais la nuit n’était pas une mauvaise idée. Mais en posant ma main sur la porte, j’avais senti la présence d’un être vivant derrière elle.

Assis sur une bûche à l’extérieur de leur maison, Amiris regardait apparemment les étoiles dans le ciel nocturne tout ce temps.

« Qu’est-ce que vous faites ? » demandai-je.

« Eh… ? » Amiris semblait surprise de mon intrusion soudaine. « Ah, Monsieur Rentt… Quelque chose ne va pas ? Il est assez tard… »

Elle s’était tournée vers moi, avec des larmes encore accrochées à son visage. Il fallait s’y attendre, je suppose. Contrairement à ce qu’elle avait dit pendant la journée, Amiris avait manifestement peur de son destin imminent.

« Je n’arrivais pas à dormir. Je vois que vous êtes dans le même état, » déclarai-je.

« Non, je…, » commença Amiris.

« Vous pleuriez de chagrin sur votre destin de devenir un sacrifice…, » déclarai-je.

Amiris ne pouvait que me fixer d’un regard vide face à mes paroles brusques. Elle ne s’attendait probablement pas à ce qu’un étranger comme moi fasse de telles déclarations. Mais si je lui en donnais l’occasion, elle offrirait sûrement une réfutation pleine d’esprit ou une autre. C’est pourquoi j’avais continué avec mon monologue.

« Ne craignez rien, » déclarai-je. « Il n’y a aucune raison d’être triste. Je ferai quelque chose à propos de la situation. Quand il y a une volonté, il y a un moyen. »

Il n’y avait aucun fondement à ce que je venais de dire, si ce n’est les expériences personnelles que j’avais vécues au cours de ma courte vie. Bien qu’il m’ait été impossible de devenir un aventurier de classe Mithril dans ma vie, j’étais mort et j’étais né de nouveau comme un monstre, ce qui m’avait donné une occasion inattendue de réaliser mon rêve. Peut-être qu’alors je pourrais faire quelque chose au sujet de ce festival sacrificiel, et protéger la vie de cette fille.

Encore une fois, je n’avais aucun fondement pour mes hypothèses, mais je ne pouvais pas contester la possibilité d’une telle chose. Moi aussi, je n’avais pas pu trouver un moyen de mettre cette possibilité en mots.

« Êtes-vous… sérieux, à propos de nous aider… ? » demanda-t-elle.

« Bien sûr que oui. Je suis sérieux, » répondis-je. « Vous ne devriez pas non plus faire quoi que ce soit d’imprudent Pensez à votre frère. S’il y a ne serait-ce qu’une lueur d’espoir, luttez pour vous défendre, c’est tout ce que je veux dire. »

Sur ce, j’avais fait demi-tour et j’étais retourné dans la maison une fois de plus. Je n’avais aucun moyen de savoir comment Amiris me prendrait au mot, donc tout cela n’aurait pu servir à rien. Mais au moment où j’avais franchi les portes…

« Merci… Merci beaucoup… »

Et c’était les derniers mots que j’avais entendus ce soir-là.

◆◇◆◇◆

« Ce village a vraiment une ambiance déprimante, » déclarai-je.

Je m’étais mis en route pour un voyage touristique le lendemain matin, avec l’intention d’admirer les curiosités du village de Todds. Comme le festival était le lendemain de celui-ci, je m’étais retrouvé avec un peu de temps libre.

Le village lui-même, bien qu’animé, ne semblait pas vraiment être un endroit heureux, si l’on en croit les expressions des villageois. C’était une réaction raisonnable, je suppose, étant donné qu’une fête auparavant bénigne était maintenant devenue une condamnation à mort pour le sacrifice en question. S’il y avait quelqu’un qui était heureux d’être sacrifié, ce serait tout un spectacle à voir.

« Ce n’est pas comme si on avait le choix. Personne au village ne veut d’un tel festival. »

En me retournant, j’avais été accueilli par la vision d’Amiris se tenant derrière moi.

« … Je vois que vous avez un peu changé de ton, » déclarai-je.

Amiris soupira en réponse. « Il n’y a plus beaucoup d’intérêt à faire semblant, n’est-ce pas ? Grand frère était très heureux ce matin. Vous avez dit quelque chose pour lui remonter le moral, n’est-ce pas ? Tout comme vous m’avez dit quelque chose. Il n’y avait pas non plus de traces dans notre maison de chose disparue… Donc je suppose que vous n’allez pas nous tromper ou nous voler ou quoi que ce soit du genre. »

Comme prévu, les expressions de Ryuntus étaient beaucoup trop faciles à lire. Je n’avais pas l’intention de fouiller leur maison à la recherche d’objets de valeur, alors penser qu’Amiris était si méfiante à mon égard… C’était vraiment triste. Mais c’était ainsi que les aventuriers étaient normalement considérés.

Cependant, il y avait maintenant le fait qu’Amiris s’était comportée avec moi d’une manière très différente après notre conversation précédente. Je devrais au moins lui en être reconnaissant.

« Je vous remercie de me faire confiance, » déclarai-je.

« Je ne vous fais pas tellement confiance… Bien que, je suppose que je vous fais assez confiance. Mais… allez-vous vraiment faire quelque chose ? » demanda-t-elle.

« … Peut-être, » déclarai-je.

L’expression d’Amiris était aussi illisible que ma réponse était vague.

« … Alors… Je n’attends pas grand-chose de vous. Mais si vous pouvez vraiment faire quelque chose… alors je me battrai aussi. Est-ce acceptable… ? » demanda Amiris.

Une réponse satisfaisante.

« … Oui. C’est acceptable. Au fait, il semble qu’il y ait pas mal d’étrangers dans cette foule…, » déclarai-je.

Avec la conversation ramenée à des sujets plus banals, l’expression d’Amiris s’était adoucie, pour finalement revenir à un état plus normal.

« Oui. Les villageois sont plus généreux avec leurs dépenses pendant le festival… La plupart des étrangers sont probablement des marchands ambulants. C’est un petit village, mais pas nécessairement pauvre…, » déclara-t-elle.

« … Je vois. Cet homme là-bas, est-il l’un de ces marchands ambulants ? » demandai-je, en montrant du doigt un homme assis sur le sol avec un paillasson.

C’était peut-être une sorte de marchand de textile, car des balles de tissu étaient soigneusement empilées devant lui. Ce qui avait attiré mon attention, cependant, c’est son physique. L’homme était plus bâti que la moyenne des individus. J’avais supposé qu’être un commerçant itinérant était plus exigeant physiquement que je ne le pensais.

« Oui, c’est un commerçant itinérant qui visite souvent, » Amiris m’avait fait une réponse rapide à ma question. « Ses marchandises sont d’une grande aide, et il visite même le village quand il n’y a pas de fête. »

« Vraiment… ? » demandai-je.

On entend parfois parler de marchands de bonne volonté comme lui dans les villages ruraux. Les marchands n’étaient pas nécessairement des saints, c’était parfois une relation symbiotique. En échange de leurs marchandises, les villageois vendaient au marchand leurs récoltes à des prix moins élevés. En ce sens, je suppose que les deux parties avaient profité l’une de l’autre.

Amiris avait continué à me guider à travers le village. Selon elle, l’atmosphère de ce village était loin d’être aussi sombre dans le passé. Ce n’était devenu ainsi qu’après qu’un villageois sacrifié ait perdu la vie au cours d’une cérémonie censée être inoffensive. D’après ce qu’on m’avait dit, les villageois étaient plus que désireux de mettre fin à cette pratique, mais ils craignaient des représailles des Kelpies ou du Seigneur du Lac lui-même. Tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était de continuer la soi-disant tradition.

Certes, ce village portait un lourd fardeau, mais ils n’avaient peut-être pas vraiment le choix. Après tout, si ce village avait autant de puissance militaire que Maalt, le Seigneur du Lac pourrait facilement être vaincu, et la tradition prendrait fin définitivement.

Pour un si petit village, cependant… Cela ne semblait pas être une option valable. C’est précisément pour cette raison que j’avais voulu faire quelque chose pour régler le problème qui se pose.

◆◇◆◇◆

Le festival commençait. La foule s’était rassemblée au bord du lac, et beaucoup de gens tenaient des chandelles. Les foules regardaient en direction de quelques bateaux décorés de façon fantaisiste, ornés d’un bon nombre de bibelots scintillants.

Ce jour-là, une jeune fille naviguait jusqu’au centre du lac sur l’un de ces bateaux, devenant ainsi un sacrifice pour le Seigneur du Lac. Les villageois avaient naturellement ressenti leur juste part de culpabilité.

Mais la réalité était dure : si un sacrifice n’était pas consenti, le village serait attaqué, que ce soit par le Seigneur du Lac ou par les Kelpies sous son commandement. Tout ce que les villageois pouvaient faire, c’était fermer les yeux et s’excuser. C’était probablement leur seule ligne de conduite. Que pouvaient faire d’autre quelques villageois d’un village rural ?

Amiris, qui devait monter à bord de l’un des bateaux cette nuit-là, se tenait à une courte distance des bateaux décorés au bord du lac. Vêtues d’une robe tissée dans un tissu scintillant, les couleurs vives contrastent fortement avec le maquillage cérémoniel de son visage. Elle était indéniablement belle.

Elle devait monter à bord des bateaux avec ses escortes, avant de partir vers sa destination.

Autour d’elle se tenaient deux personnes qui veillaient sur elle. À l’origine, il aurait dû y en avoir trois — du moins, c’est ce que pensaient ceux qui connaissent bien le festival. Cependant, le rôle de l’escorte sacrificielle était décidément un rôle d’appui. À l’origine, n’importe quel nombre d’escortes était acceptable. La plupart des villageois étaient généralement sélectionnés pour ce rôle contre leur gré.

« Cela semble encore un peu risqué, toute cette histoire… Serons-nous découverts ? » Ryuntus, l’une des escortes, déclara ça.

« Aucune garantie, Grand Frère… D’habitude, les gens ne regardent la jeune fille sacrificielle que pendant les festivals… C’est probablement bien, » déclara Amiris, le sacrifice en question.

« … Vous êtes tous les deux plus détendus que je ne le pensais, » avais-je dit au frère et à la sœur.

« Seulement parce que vous êtes là, Rentt ! Je compte sur vous ! » déclara-t-il.

« Exactement. Bien que… Je n’attendrai probablement pas grand-chose de vous, » déclara-t-elle.

D’une certaine façon, ils sont très semblables, mais très différents dans d’autres cas. Quelle étrange paire de frères et sœurs !

Heureusement, le déroulement du festival s’était déroulé sans trop de problèmes, Amiris elle-même s’approcha des bateaux pendant que l’aînée du village lui donnait les rites appropriés.

« Allons-y, Rentt…, » déclara Ryuntus.

J’avais suivi Ryuntus de près. Bien qu’il ait fourni une explication détaillée de la cérémonie, je lui avais laissé la plupart des étapes compliquées, copiant ses actions là où je le pouvais. Heureusement, notre groupe semblait avoir échappé à un examen minutieux, Ryuntus, moi-même et Amiris ayant réussi à monter à bord des bateaux et à naviguer vers le centre du lac.

Bien que plusieurs villageois aient considéré notre nombre d’escortes plus petit que d’habitude avec des regards étranges, personne en particulier ne s’en était plaint. Je suppose qu’eux aussi étaient mentalement épuisés par toute cette histoire de devoir sacrifier l’un des leurs sur une base régulière, et qu’ils étaient incapables d’en dire beaucoup plus en signe de protestation.

Après un certain temps, notre petite flotte avait atteint sa destination. Nous étions bien loin des villageois, après avoir parcouru une longue distance depuis le rivage.

« Est-ce que c’est… bon ici ? » demandai-je.

« Oui, je pense que oui, » Amiris avait réagi rapidement. « C’est le milieu du lac, après tout… Et l’orbe brille. C’est à tous les coups l’endroit. »

Amiris leva la paume de sa main, dans laquelle se trouvait une sorte de boule cristalline, apparemment un artefact mystique transmis par le village. Il avait la capacité de briller lorsqu’il était amené au centre du lac.

Ce n’était en aucun cas un objet compliqué. Même Lorraine le considérerait probablement comme un bibelot. Cependant, pour les villageois, il s’agissait d’un trésor précieux, essentiel pour le festival.

« À l’origine, les escortes n’étaient pas du tout censées garder le sacrifice… Leur rôle était de récupérer cet orbe, puis de laisser le sacrifice derrière eux…, » déclara Ryuntus.

L’explication de Ryuntus avait un certain sens. Si je devais en déduire, la condition initiale d’avoir trois escortes dans la flotte était de s’assurer qu’aucune personne ne s’enfuit avec le trésor.

En tout cas, nous avions atteint notre destination.

« … Alors, Le Seigneur du Lac apparaîtra-t-il ici ? » demandai-je.

« D’après les légendes, il — . »

Tout comme Ryuntus avait tenté de répondre à ma question, la surface du lac, jusqu’alors immobile, avait été perturbée par une série de vagues anormalement fortes.

« Quelque chose arrive… ! » cria Ryuntus.

Paniquant, Ryuntus s’était accroupi dans son bateau. « … Attendez… Vous êtes… est-ce une plaisanterie, n’est-ce pas… ? » chuchota-t-il, fixant le monstre devant lui.

Mais j’avais compris pourquoi il avait dit une telle chose. Le Seigneur du Lac qui était apparu devant nous n’était autre qu’un Kraken — le même genre de Kraken qui, dans des circonstances normales, ne pouvait vivre que dans les mers, une étendue d’eau ouverte et immense.

***

Partie 7

« Argh… ! Quoi... Qu’est-ce que c’est que ça !? Comment pouvons-nous le vaincre ? Comment est-il arrivé dans ce lac d’eau douce… !? » cria Amiris, alors que son bateau se balançait violemment dans les vagues.

Même si je ressentais la même chose, je ne pouvais pas hésiter. Les aventuriers ne pouvaient pas abandonner si facilement.

En ce qui concerne Amiris, j’avais donné mes instructions : « Amiris, allez immédiatement sur le bateau de Ryuntus. »

« Mais… Vous êtes sérieux !? Allez-vous vous battre… contre ça !? » s’écria Amiris.

Une expression incrédule, je n’en attendais pas moins. N’importe qui mettrait en doute ma santé mentale. Pourtant, dans le passé, j’avais été face à face avec un dragon. Y avait-il quelque chose de plus grave à craindre ?

À l’époque, je ne pensais qu’à m’échapper. Maintenant, cependant…

« Vite, maintenant Amiris. Vous devez changer de bateau, » ordonnai-je.

J’avais sauté de mon bateau en courant à la surface de l’eau. Saisissant Amiris dans son navire sacrificiel, je l’avais jetée dans le bateau de Ryuntus, me préparant pour la bataille qui arrivait.

« Ehhhh !? » Une réaction simultanée de la sœur qui avait été jetée, et du frère qui l’avait attrapée s’était fait entendre.

Moi, cependant, je n’étais pas parti de là. Au lieu de cela, j’avais dégainé mon épée, et j’avais face vers le kraken. Je m’étais préparé alors que je m’étais mis en position de combat en tenant ma lame en l’air.

On pouvait se demander pourquoi j’étais sur l’eau. J’avais aussi demandé à Lorraine de me fabriquer un objet magique avant de venir ici. Cependant, il s’était avéré qu’elle avait quelque chose qui correspondait à l’objectif depuis le début.

Lorraine, qui s’intéressait au festival, avait voulu venir, mais elle n’avait pas pu le faire, car elle avait dû compiler des documents pour un client. Quand j’avais appris que cette fois-ci, ma destination était un lac, Lorraine m’avait simplement donné l’objet magique approprié, et c’était tout. Comme on s’y attendait de Lorraine — les alchimistes étaient de grands amis à avoir.

« Rentt ! Ne faites rien de fou ! Si… Si c’est impossible, je vais abandonner et devenir un sacrifice, alors… ! » déclara Amiris.

J’étais reconnaissant pour les inquiétudes d’Amiris, mais je ne pouvais pas céder face à ses lamentations douloureuses, pas après avoir fait tout ce chemin.

En serrant la poignée de mon arme, j’avais frappé mon pied sur la surface de l’eau, me propulsant, la lame et tout le reste, vers le kraken.

◆◇◆◇◆

C’était… grand. C’était un fait que j’avais compris en approchant du kraken. Son corps et ses tentacules étaient couverts de bave, et si je devais deviner, il faisait au moins dix mètres de long.

Cependant, par rapport aux variantes qui habitaient la haute mer, celui-ci se situait du côté le plus petit de la plage de taille. D’après ce que j’avais appris dans certains livres, les krakens océaniques étaient capables de plier des navires gigantesques et des navires en deux en un seul coup, et mesuraient généralement de 30 à 50 mètres de long. Ça aurait dû être leur taille normale.

Celui-ci était plus petit — beaucoup plus petit.

 

 

Une rafale de tentacules m’avait fait sortir de mes pensées. Le kraken m’avait vu et avait cherché à m’écraser.

Vu le nombre de tentacules, c’était tout à fait une tâche difficile d’esquiver chacun d’entre eux. Ils n’étaient cependant pas impossibles à esquiver. Grâce aux bottes de marche sur l’eau spécialement fabriquées par Lorraine, j’avais pu me déplacer facilement, marchant sur la surface de l’eau comme si c’était un sol solide.

Sans prévenir, le kraken avait ouvert la bouche, apparemment dans l’intention de me lancer quelque chose. Piétinant rapidement la surface du lac, j’avais esquivé sur le côté, pour voir que j’avais évité de justesse une grosse boule de feu, le projectile faisant monter la vapeur d’eau de là où je me tenais juste.

« Un kraken… crachant du feu ? » demandai-je.

Une étrange combinaison !

En riant de l’absurdité de la situation, je m’étais propulsé une fois de plus vers l’avant, me rapprochant finalement de ma cible. D’un saut puissant, j’avais positionné mon épée au-dessus de ma tête, tranchant l’un des tentacules avec une frappe puissante.

Et alors que je l’avais fait — .

Riiip !!

Ce n’était pas le son qu’un invertébré faisait quand il était coupé.

« Qu… Quoi !? Qu’est-ce que c’est que ça ? Le kraken… ! » s’écria Amiris.

J’entendais la voix d’Amiris sur les vagues, elle semblait surprise.

« Pourquoi… ? » Même Ryuntus avait quelque chose à dire.

J’avais supposé qu’ils pensaient la même chose. Le kraken dans lequel j’avais enfoncé ma lame avait rapidement disparu. À sa place, il restait un grand morceau de tissu et un récipient en bois plusieurs fois plus grand que les bateaux sacrificiels que nous avions utilisé. L’équipage de ce navire était composé de quelques hommes.

Ce n’était pas un kraken.

« Espèce de salaud ! Ne vous foutez pas de nous ! Tuez-le ! TUEZ-LE !! »

Me montrant du doigt, les hommes criaient d’une manière animée avant d’envoyer un certain nombre de flèches et d’attaques magiques dans ma direction générale.

Ils étaient loin d’être compétents. Évitant facilement les attaques allant vers moi, je m’étais propulsé en l’air une fois de plus, atterrissant sur leur vaisseau d’un seul bond. Dans une série de mouvements familiers, j’avais assommé les hommes un par un, et j’avais fini par rengainer mon épée.

◆◇◆◇◆

« Alors… Quoi… ? Qu’est-ce que… tout ça ? » demanda Amiris, toujours visiblement confuse.

« Ce sont les individus qui ont fait des demandes déraisonnables au village. Et aussi, Amiris, cet homme ne vous est-il pas familier ? » demandai-je, en montrant du doigt l’un des hommes maintenant soumis.

Finalement, Amiris s’en aperçut, étonnée. « Le… Le marchand ambulant ! »

« C’est tout à fait exact, » déclarai-je.

« Mais… pourquoi ? » demanda Amiris.

Ryuntus et Amiris me regardaient fixement, incapables de croire leurs yeux. En réponse, j’avais donné un bon coup de pied au commerçant retenu avec les bottes de marche sur l’eau spécialement fabriquée par Lorraine.

« Réponse… lui, » ordonnais-je.

Lentement, et un peu à contrecœur, le marchand ambulant se mit à parler.

Selon lui, les marchands avaient eu vent du festival, et bientôt ils décidèrent d’en profiter. Leur méthodologie était simple : ils faisaient semblant d’être le Seigneur du Lac et enlevaient tout sacrifice offert, avant de la vendre comme esclave ou comme marchandise. À cette fin, les hommes avaient un mage qui coopérait avec eux, ainsi qu’un marchand qui connaissait bien les routes souterraines de la traite des esclaves. Bien qu’à l’origine ils ne soient qu’un marchand ambulant et son escorte, ils avaient été vaincus par la cupidité, et ils avaient décidé d’exploiter les gens de ce village.

Le bateau lui-même était un simple bateau de pêche emprunté à un autre village sur le lac.

Les marques sur les portes avaient aussi été laissées par les hommes en question, pas par les Kelpies. En raison de la peur collective qui s’était emparée des villageois, personne ne s’en était rendu compte.

Une entreprise assez complexe…

L’illusion du kraken n’était qu’une image projetée sur le tissu par le mage. Les tentacules, aussi, n’étaient rien de plus que des cordes contrôlées et déplacées par magie. Il va sans dire que la boule de feu du bec du kraken n’était rien de plus qu’une boule de feu ordinaire, une mesure prise pour faire face aux escortes qui accompagnaient les malheureux sacrifices. C’était apparemment la première fois que la boule de feu ne fonctionnait pas. Bien sûr, toute l’image d’un kraken crachant du feu était au mieux risible.

Bien que ces hommes aient planifié leurs mauvaises actions avec un effort considérable, ils n’étaient manifestement pas assez forts pour tenir tête à ceux qui avaient plus de force qu’un villageois effrayé.

« Alors… qu’en est-il des filles qui ont été “mangées” jusqu’à présent… ? » demanda Ryuntus.

Le marchand répondit honnêtement à la question de Ryuntus : il semblerait qu’elles étaient toutes dans la cale du navire. Alors qu’elles kidnappaient des filles depuis deux mois environ, elles n’avaient pas l’intention de faire une vente qu’une fois qu’elles auraient atteint un certain nombre, au grand bonheur des filles maintenant sauvées.

« Rentt… saviez-vous cela… depuis le début ? » demanda Amiris.

« Eh bien, c’était suspect jusqu’à un certain point. D’après mon expérience personnelle, le vrai Seigneur d’un lieu ne déciderait jamais soudainement de devenir indiscipliné ou déraisonnable. Quand nous sommes passés devant ce marchand ambulant dans le village, j’ai remarqué l’odeur du sang, » déclarai-je.

C’était tout à fait conforme au fait que j’étais un mort-vivant qui vivait du sang — non pas que je pouvais l’expliquer à Ryuntus et Amiris.

Dans tous les cas…

« Avec cela, le mystère est résolu. Je suppose donc que la demande a été satisfaite adéquatement, non ? » demandai-je.

« Bien sûr ! »

« Oui !! »

Les réponses du frère et de la sœur avaient été presque simultanées.

◆◇◆◇◆

L’explication du commerçant étant satisfaisante, nous avions avancé sur le lac jusqu’au village de Todds, mais nous avions été accueillis par un tumulte prévisible et important. Amiris, qui était censée avoir été sacrifiée, était vivante. Avec elle se trouvaient les filles enlevées, et les marchands ambulants, liés de la tête aux pieds.

Après avoir expliqué que nous avions découvert la vérité derrière les récents incidents, les villageois m’avaient remercié abondamment et m’avaient même offert de signaler l’incident à la guilde afin que je sois reconnu pour mes efforts.

J’avais poliment refusé.

À première vue, j’avais prétendu que c’était dû à la nature de la demande, qu’elle n’avait pas été acceptée par les voies officielles de la guilde et qu’en tant que telle, ce n’était pas quelque chose dont je pouvais me vanter. En réalité, je ne voulais pas être lié à cet enlèvement. Si on apprenait que j’avais démantelé un réseau d’esclavagistes-kidnappeurs, ça ne servirait qu’à me rendre plus soupçonneux. Même si je résolvais l’incident en question, je pourrais facilement être soupçonné de « résoudre » un problème dont j’étais en premier lieu « responsable ».

J’avais l’air suspicieux, mais je n’y pouvais pas grand-chose. En tout cas, j’avais décidé de ne rien faire d’inutile. Les villageois, convaincus que j’étais juste modeste, étaient tout à fait contre au début, mais je devais remercier Ryuntus et Amiris de les avoir convaincus du contraire. Les frères et sœurs m’avaient remercié abondamment, mais c’était peut-être moi qui devrais les remercier à la place.

Les villageois avaient suggéré de refaire la fête, ne serait-ce que pour exprimer correctement leur gratitude au Seigneur du Lac. Ce serait une affaire beaucoup plus simple, sans plus de sacrifices comme Amiris qui flotterait dans les profondeurs du lac. Malgré sa simplicité, l’atmosphère dans le village de Todds était maintenant nettement différente, non plus maussade, mais plutôt lumineuse et pleine d’espoir. Si ma mémoire était bonne, c’est ainsi que le festival devait se dérouler au départ.

Au milieu des villageois qui célébraient, une petite tache au fond du lac avait attiré mon attention. Une jeune fille translucide sur le dos d’un Kelpie… Le vrai Seigneur du Lac, ou peut-être une illusion élaborée de la lumière. En un instant, ils avaient disparu, et le silence était revenu à la surface du lac.

◆◇◆◇◆

« Vous partez… franchement, vous devriez rester un peu plus longtemps…, » déclara Amiris en se tenant devant la calèche.

« C’est exact… Et le festival s’est aussi prolongé ! » Ryuntus continua.

J’avais secoué la tête. « Je suis un aventurier. Il reste beaucoup de travail à faire. »

Comme ma petite excursion au lac n’était pas considérée comme un travail officiel, j’avais dû faire face à quelques échéances administratives. La guilde n’aurait pas beaucoup de bonnes choses à dire sur un aventurier de la classe Bronze qui n’avait pas fait un travail significatif, et cela signifiait qu’un retour rapide à Maalt était de mise.

« Comment se fait-il que vous fassiez du bon travail, mais que vous ne vouliez pas qu’on vous le crédite ? C’est juste… étrange, » déclara Amiris.

« Vraiment ? De telles choses ne sont pas aussi rares qu’elles en ont l’air. Quoi qu’il en soit, je m’en vais maintenant, » j’avais posé une main sur la poignée du véhicule.

« Rentt… ! »

Je m’étais retourné à la mention de mon nom, et sans prévenir, Amiris sauta vers moi, ses lèvres picorant le côté de mon visage…

Ou, devrais-je dire, mon masque.

 

 

« Quoi — Amiris… ? »

Je pouvais entendre la voix tremblante de Ryuntus.

« Quoi ? C’est un geste de remerciement, d’accord ? » répondit Amiris, alors que son visage était d’un rouge profond.

Un petit échange chaleureux, en effet.

« Un peu surprenant, mais merci, Amiris de ce geste gentil. Si jamais vous vous retrouvez à Maalt, venez me voir. Je serai votre guide…, » déclarai-je.

« Ok... ! » déclara Amiris.

« Prenez soin de vous… et vous aussi. Ryuntus, » déclarai-je.

« Ouais. Merci beaucoup, Rentt… Je viendrai certainement la prochaine fois que je serai à Maalt… ! » déclara Ryuntus.

Je hochai la tête, je leur fis signe de la tête et montai enfin dans la calèche. Sa destination n’était autre que la ville de Maalt.

Pour une raison ou une autre, j’avais presque eu l’impression qu’une vie entière s’était écoulée depuis que j’avais franchi ses portes…

◆◇◆◇◆

« Attends, ne me dis rien, Rentt que tu aies fait tout ce chemin pour charmer le cœur d’une petite fille ? » demanda Lorraine.

Un dîner avec Lorraine s’imposait après mon long départ de Maalt. Mais les paroles de Lorraine m’avaient presque fait cracher mon repas.

« … Ne sois pas bête, Lorraine. Ce n’est rien de la sorte, » répondis-je.

« C’est une blague, Rentt. Mais tu vois, cette fille, c’est sûr…, » commença Lorraine.

Je savais ce que Lorraine allait dire, alors j’avais arrêté sa phrase.

« Elle oubliera bientôt quelqu’un comme moi très rapidement, » déclarai-je.

Telle était la vie d’un voyageur errant.

Les filles des villages ruraux avaient leur propre bonheur, car elles trouveraient un jour un partenaire approprié dans leur village, se marieraient et auraient probablement des enfants. L’image même de la joie d’un villageois rural.

Inutile de dire que dès le début, il n’y avait pas de place dans une image aussi heureuse pour des individus comme moi.

Lorraine soupira en me faisant des gestes avec son ustensile pendant qu’elle parlait.

« Toi, Rentt…, tu devrais être puni sévèrement pour tes péchés, » déclara Lorraine.

C’était pour le moins regrettable. Vraiment regrettable, mais…

C’était comme ça que c’était.

Je leur offrirais quand même une visite guidée de Maalt si jamais ces frères et sœurs venaient me rendre visite, c’était le moins que je pouvais faire.

***

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