Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 11 – Chapitre 1 – Partie 1

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Chapitre 1 : Attaque-surprise

Partie 1

« Notre dernier objectif est un golem lutéum », déclara Lorraine, alors qu’une expression ironique se trouvait présente sur le visage. « Pensez-vous pouvoir y arriver ? »

Devant elle — et donc devant nous — se trouvait un groupe de golems lutéum dont elle parlait. Oui, des golems, au pluriel. Et pas seulement quelques-uns d’entre eux. Plusieurs dizaines d’entre eux se promenaient dans la zone. Notre malheur était évident : nous étions tombés sur un type de golems à forte teneur en humidité. D’ailleurs, l’endroit où ils se promenaient était au fond d’une dépression qui ressemblait à un bassin, sans que je puisse en deviner la raison.

Comme ils n’avaient aucun moyen de s’échapper, si nous avions été ici pour les chasser et rien d’autre, nous aurions pu demander à Lorraine de les nettoyer avec l’un de ses sorts. Cependant, notre objectif était de rassembler leurs matériaux. La boue ou l’argile d’un golem lutéum était riche en mana et très prisée comme ingrédient alchimique, mais comme elle était aussi très malléable, un seul coup de baguette magique pouvait la rendre inutilisable. Bref, nous ne pouvions pas compter sur l’aide de Lorraine, nous devions utiliser l’esprit pour les attaquer. C’est donc à Augurey et à moi qu’incombait cette tâche.

« Cela ne semble pas poser trop de problèmes, à condition que nous nous résignions à être couverts de boue », avais-je dit.

Augurey secoua la tête. « Non, ce ne sera pas si facile. Si tu baisses ta garde, tu te retrouveras à suffoquer jusqu’à la mort… » Son visage s’éclaira en réalisant, à tel point que je pouvais pratiquement lire dans ses pensées. Mais tu n’as pas besoin de respirer, n’est-ce pas, Rentt ? Comme c’est pratique !

Et il avait raison, mon corps s’avérait très utile dans des moments comme celui-ci. Ma rencontre avec la tarasque en était un exemple. Augurey, en revanche, n’étant pas un mort-vivant, ne bénéficiait pas de ces avantages. Même si cela ne me dérangeait pas vraiment de mener ce combat seul, cela attirerait les soupçons de Ferrici si Augurey n’y allait pas aussi. Nous devions agir naturellement avec elle à nos côtés.

« Je peux m’en occuper seul si tu ne veux pas salir tes vêtements, Augurey », avais-je dit. « Tu peux te tenir prêt au cas où j’aurais besoin de renfort. »

J’avais essayé de faire passer ça pour une excuse hasardeuse, et Augurey hocha la tête. « J’apprécie ta proposition, mais je me sentirais mal à l’aise de te faire faire tout le travail. Pour cette fois, je vais faire une exception à ma politique personnelle et changer de tenue. »

Il enleva ses vêtements d’extérieur et les mit dans son sac magique, puis il sortit des vêtements ordinaires et les enfila. J’avais été touché par sa sollicitude à mon égard, mais la foi de Ferrici en lui avait probablement influencé sa décision. Augurey pensait sans doute que cela l’ennuierait s’il se contentait de s’asseoir et de me laisser me battre. Il savait faire preuve de tact lorsqu’il s’agissait de ce genre de subtilités.

Sur ce, nous étions prêts.

« D’accord, c’est parti », dis-je en prenant l’avant-garde et en glissant sur le bord du bassin.

Augurey m’avait suivi. « Essaie de ne pas nous salir, si tu le peux », me dit-il en marmonnant. « J’aime bien ces vêtements, aussi simples soient-ils. »

Alors que j’étais à mi-chemin du bassin, j’avais senti les golems lutéum du fond concentrer leur attention sur nous. Leurs corps étaient faits de boue, et je pouvais distinguer les creux qui leur servaient d’yeux et de bouches. J’avais encore des doutes sur la capacité de ces yeux sombres à voir, mais pour l’instant, ils étaient indubitablement dirigés vers nous.

Les golems lutéum avaient commencé à avancer vers nous, en suintant sur le sol. Lorsque nous avions atteint le fond, nous étions déjà encerclés et en infériorité numériques.

« De près, ils sont beaucoup plus gélatineux », déclara Augurey. Il avait l’air déprimé.

« Je t’avais dit de me laisser m’en occuper seul », avais-je répondu.

« Je me suis dit que je perdrais la confiance de Ferrici si je te laissais faire. »

« C’est ce que j’ai deviné. Eh bien, si tu as l’air d’être sur le point de te salir… En fait, oublie ça. Si tu as l’impression qu’ils vont essayer de t’étouffer, sers-toi de moi comme bouclier. Ce n’est pas comme si j’avais besoin de respirer, après tout. »

Bien que les golems lutéum attaquaient de la même manière que les slimes, ils étaient plus effrayants à affronter. Par rapport à un slime — un slime normal, du moins —, ils avaient une plus grande force brute. De plus, alors que la principale forme d’attaque à distance d’un slime est son jet d’acide, un golem lutéum avait…

« C’est bien à nous qu’elles s’adressent, n’est-ce pas ? » Augurey pointa du doigt l’essaim de flèches de terre qui venait de se former en plein vol, invoquées par les golems lutéum.

Les flèches étaient des exemples de Gie Vieros, un sort humain. Cependant, cela n’avait pas d’importance pour les golems lutéum, qui pouvaient utiliser de nombreux types de magie de terre. C’est pourquoi un bassin comme celui-ci était l’endroit idéal pour eux, ils pouvaient attaquer et se défendre à leur guise. Il n’était donc pas étonnant qu’ils soient si nombreux ici.

« Où d’autre viseraient-ils ? » avais-je dit. « Tout d’abord, réduisons leur nombre. Tu sais ce qu’il faut faire, n’est-ce pas ? »

« Bien sûr. Brisons leurs noyaux, comme s’il s’agissait de slimes. Il faut un peu d’entraînement pour y arriver. Contrairement aux slimes, les corps de ces golems ne sont pas transparents. »

« Tu l’as bien dit. Très bien, allons-y ! »

« Oui, c’est vrai ! »

Nous nous étions avancé, nous frayant un chemin à travers la foule de golems lutéum, poignardant et tailladant leurs cœurs enfouis au fur et à mesure. Si je devais louer leur espèce pour quelque chose, ce serait pour le fait qu’ils ne soient pas très rapides. Ils n’étaient pas vraiment lents, bien sûr, mais leurs mouvements étaient bien en deçà de nos capacités. Néanmoins, cela ne voulait pas dire que nous pouvions nous permettre de baisser la garde.

Alors que je continuais à me battre, l’un des golems lutéum se fendit le corps et se dirigea vers moi, avec l’intention manifeste de m’engloutir tout entier à l’intérieur. Normalement, c’était une situation dangereuse — s’il attrapait quelqu’un, il l’étoufferait jusqu’à la mort — mais cela ne m’importait pas. J’avais sauté directement sur le golem lutéum et j’avais facilement localisé son noyau nu. Après l’avoir réduit en miettes, le monstre avait fondu en un simple tas de boue.

Bien que cette méthode facilitait la chasse aux golems, elle était trop dangereuse pour un aventurier ordinaire. S’ils se trompaient, ils mourraient. Heureusement que j’étais déjà mort. La procédure habituelle consistant à poignarder un golem de l’extérieur était fastidieuse, car même si l’on savait vaguement où se trouvait le noyau, il fallait poignarder plusieurs fois pour obtenir un résultat direct. Heureusement, je pouvais ignorer cela et utiliser la meilleure méthode pour moi : plonger directement à l’intérieur.

Malheureusement, comme Augurey ne pouvait pas — ou ne voulait pas — faire la même chose, il reculait à chaque fois qu’un golem s’ouvrait, ce qui me permettait de sauter sur le côté et d’en briser le cœur. J’avais l’impression de me servir d’Augurey comme d’un leurre, mais je m’étais dit que c’était comme ça. En plus, c’était plus efficace.

Le nombre de golems lutéum diminua rapidement, et en un rien de temps…

« Il n’en reste plus qu’un », avais-je dit.

« On dirait bien. » En acquiesçant, Augurey s’avança derrière le dernier golem et y planta son épée, mettant fin au combat. Après l’avoir regardé fondre, nous nous étions regardés l’un et l’autre, prenant connaissance de l’apparence de l’autre. Ce que nous avions vu n’était pas beau à voir : nous étions tous les deux complètement couverts de boue.

« Plus vite je me débarrasse de ce truc, mieux c’est », avais-je dit.

« J’aimerais bien prendre un bain, » commença Augurey, « Mais il vaudrait mieux que nous allions nous baigner dans le lac. Je ne pense pas que l’auberge aimera que nous mettions de la boue partout. D’ailleurs, n’oublions pas pourquoi nous sommes venus ici. »

Le bassin était maintenant jonché de tas de boue qu’il fallait encore ramasser. Lorraine et Ferrici allaient travailler avec nous, d’où l’expression ironique de la première tout à l’heure. Elle n’avait pas eu à se battre, mais elle avait quand même besoin de se salir. Étonnamment, Ferrici semblait bien le prendre, elle avait l’air joyeuse en descendant dans le bassin, se tenant à Lorraine pour se soutenir.

« Jouer dans la boue comme ça me ramène vraiment en arrière », dit-elle en prenant un récipient de Lorraine et en le remplissant joyeusement de boue. « C’est comme si j’étais à nouveau une enfant ! »

C’était certainement une façon de voir les choses.

C’est ainsi que tous les trois, prenant exemple sur l’audace de Ferrici, nous nous étions mis à pelleter de la boue dans des récipients, tout en nous persuadant que nous étions en train de nous amuser.

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« Et avec ça, nous avons répondu à toutes les demandes », avais-je dit. J’étais en train de me laver dans le lac. « Cela a pris moins de temps que prévu. »

Augurey, qui était dans le lac avec moi, acquiesça. « Tu as raison. Je pensais que cela nous prendrait au moins deux ou trois jours, alors je suis content que nous ayons fini plus tôt. Mais c’est à Ferrici que nous devons tout cela. »

La fille en question n’était pas avec nous, pas plus que Lorraine. Elles se lavaient ailleurs. Ce n’était pas comme si elles pouvaient se baigner avec nous, après tout. Je m’étais dit que si j’essayais de jeter un coup d’œil — ce qui n’était pas mon intention — j’aurais droit à une initiation amicale à l’un des sorts de foudre de Lorraine. Comme j’étais trempé, cela marquerait probablement la fin de mes jours dans ce monde. Si Lorraine était seule, elle ne se serait peut-être pas souciée de sa pudeur, mais pour l’instant, Ferrici était avec elle. Quoi qu’il en soit, je n’irai pas.

« Pourtant, je ne sais pas s’il faut nous qualifier de chanceux ou de malchanceux », déclarai-je. Je pensais à tout ce qui s’était passé au village. Si rien de tout cela n’était arrivé, nous n’aurions jamais obtenu l’aide de Ferrici. C’était l’exemple parfait d’un heureux accident.

« Tu as raison », répondit Augurey en étudiant mon corps. « Et c’est doublement vrai pour toi. À part ta pâleur, tu ressembles à n’importe quel humain. J’aimerais bien savoir à quoi tu ressemblais quand tu étais un squelette. »

En ce moment, à l’exception de nos caleçons, Augurey et moi étions nus, ce qui lui donnait une vue complète de mon corps. Cependant, contrairement à ce qui se passait lorsque j’étais un squelette et une goule, je n’avais plus à craindre que quelqu’un me voie. Certes, j’étais un peu pâle, mais c’était tout.

J’avais aussi toujours mon masque, puisque comme d’habitude, il ne voulait pas s’enlever. Je déplaçais sa forme pour nettoyer la boue qui s’était glissée sous lui, et pour l’instant, il ne couvrait que la moitié inférieure de mon visage. J’avais l’impression que c’était le style que j’utilisais le plus ces derniers temps. C’était pratique pour entrer et sortir des villes, car les gardes étaient moins méfiants et plus enclins à me laisser passer s’ils voyaient mes yeux.

« C’était vraiment nul d’être un squelette », ai-je dit. « Tout ce que je pouvais faire, c’était de me balancer dans tous les sens. Être une goule, ce n’était pas mieux, mais j’ai au moins trouvé un moyen de parler et dans un sens, j’ai eu l’impression de reprendre goût à la vie. »

« Si l’on peut dire qu’être une goule, c’est vivre, je suppose », répondit Augurey. « Bien que je ne sois plus sûr de pouvoir dire cela. Peut-être que le fait d’avoir une conscience humaine suffit à la qualifier de vie. Tu sais, à cause de toi, j’ai réfléchi récemment à la possibilité de parler avec les goules que je rencontre, parmi d’autres monstres. »

« J’y pense aussi, de temps en temps, mais c’est sans doute une fin de non-recevoir. »

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Un commentaire :

  1. merci pour le chapitre

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