Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 1 – Chapitre 5

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Chapitre 5 : Preuve d’Inhumanité

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Chapitre 5 : Preuve d’Inhumanité

Partie 1

Franchement, j’avais trouvé extrêmement regrettable que Loris ait une famille. S’il avait dit qu’il n’avait pas de famille, en plus de ne pas avoir de dettes, cela signifierait qu’il m’aurait menti. Si c’était le cas, cela aurait en fait fonctionné en ma faveur — du moins, c’était ce que je pensais.

La raison en était que l’instinct primitif en moi s’était intensifié ces derniers temps et qu’il me disait de faire une chose :

Manger un être humain.

Si je devais vraiment faire une telle chose… une méchante personne ne serait-elle pas mieux ? Et un menteur ? Si quelqu’un m’avait menti, cela serait-il acceptable… ?

Et pourtant… Loris était, en fin de compte, une personne de bonne volonté. C’est pour ça que je ne pouvais pas le manger. Après tout, si je le faisais, il aurait été préférable pour moi de ne pas connaître son nom. C’était en effet dommage — j’avais même accepté cet acte jusqu’à un certain point.

Quand j’avais remarqué que j’avais de telles pensées, j’avais rapidement secoué la tête, les rejetant.

C’est mauvais, pensai-je.

J’avais continué à secouer violemment la tête, essayant de sortir ces pensées de ma tête. Mais il était difficile de penser autrement. J’avais l’impression qu’un rideau lourd avait été drapé sur mon esprit.

Ma prochaine destination était la maison de Lorraine.

Quel est le goût de la chair humaine ? Est-ce délicieux ? Est-ce que son goût se répandrait sur le bout de ma langue ? me demandai-je.

Le sang humain serait sûrement comme le vin, servant à étancher ma soif.

Non… Non. C’est mal, pensai-je.

Ce n’était… pas quelque chose à laquelle je devrais penser. Mais je ne pouvais plus contrôler mes pensées.

Oui… Lorraine. La maison de Lorraine. Lorraine… Maison…, pensai-je.

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Partie 2

La porte… s’était ouverte. Bien sûr que c’était normal

La maison de Lorraine. Je pouvais y entrer… librement.

C’est mon repaire, pensai-je.

Lorraine… aurait eu des difficultés, du moins si elle avait vécu dans un dortoir normal. C’est pourquoi elle vivait dans cette maison, et ce n’était possible qu’avec mon aide.

Elle vivait ici depuis une dizaine d’années. Bien que cela se soit produit il y a si longtemps, les souvenirs étaient frais, comme si les événements s’étaient déroulés hier. Nous étions presque comme des amis qui ne pouvaient pas se débarrasser l’un de l’autre. Cela faisait longtemps qu’on se connaissait… l’un et l’autre.

Mais plus important encore… Lorraine était mon amie.

Lorraine était distraite, elle verrouillait rarement sa porte, et aujourd’hui, comme d’habitude, sa porte était déverrouillée.

Peu importe à quel point elle était désordonnée… c’était tout de même la maison d’une jeune femme. Elle était trop négligente. Oui, trop négligente.

Mais elle est ainsi, pensai-je.

Son caractère était vraiment ainsi. Elle était désordonnée et vivait dans le même désordre.

Elle avait toujours fait beaucoup de choses dans les grandes lignes et avait probablement traité la sécurité de sa maison de la même façon. Peut-être qu’elle n’avait agi ainsi que parce qu’elle était forte. Cela aurait pu être une grande partie de la raison.

Personne n’attaquerait simplement un magicien de la classe Argent si ce n’était pas nécessaire, et Lorraine elle-même en était bien consciente. Même si elle était confrontée aux individus les plus malveillants, elle ne serait pas trop en danger.

Oui… Elle le savait. C’est pour ça qu’elle avait été négligente.

Je ne suis pas… un danger pour Lorraine. Pas encore.

Lorraine est forte — forte.

C’est pourquoi… Voilà pourquoi.

Alors… bien sûr.

Bien sûr, Lorraine n’aurait aucun problème… Même si une goule affamée de chair fraîche entrait dans sa maison…

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Partie 3

« … Rentt ? Est-ce toi ? … Tu es de retour, » m’avait salué une voix alors que j’entrais dans la maison.

D’après le bruit des vêtements qui bougeaient, je le savais. Je savais que c’était elle — sa voix logique, mais glamour. Endormie, et pas brusque. Une voix douce et calme…

J’avais répondu comme d’habitude.

« … Oui. Oui… »

« Je vois. Tu étais en train d’explorer la Réflexion de la Lune aujourd’hui, n’est-ce pas ? Le dragon était-il là ? » me demanda-t-elle.

« … Non. Non…, » répondis-je.

J’avais à peine suivi ses plaisanteries alors que je m’étais approché lentement de Lorraine. Au fur et à mesure que je me rapprochais, je pouvais voir sa silhouette — elle était assise sur le canapé.

Lorraine.

Un livre lourd était sur ses genoux, mais ses yeux, son regard doux me regardait droit dans les yeux.

Cette sensation étrange…, pensai-je.

Après tout, j’étais une goule. Je n’étais pas humain — j’étais l’ennemi des humains…

Et devant moi, il y avait… cette femme

« Rentt… ? Quelque chose ne va pas ? Tu n’as pas grand-chose à dire… Es-tu en état de choc parce que le dragon n’était pas là ? » me demanda-t-elle.

« … Non… Rien… Comme. Ça. Je suis… Très… Heureux…, » déclarai-je.

Je m’étais lentement approché Lorraine, jusqu’à ce que je sois à un pas d’elle. Si je tendais la main, je pouvais la toucher. Voilà à quelle distance j’étais d’elle.

J’avais regardé le visage de Lorraine.

Ses cheveux étaient en désordre… comme d’habitude. Ses robes et ses vêtements… étaient placés un peu n’importe comment. Mais… il y avait un charme caché en elle…

Charme… ? Quel charme… ? Qu’est-ce que c’était ?

Lorraine m’avait posé une question avec innocence. « Tu es heureux ? Pourquoi ? S’est-il passé quelque chose de bien... »

Avant qu’elle ne puisse finir sa phrase, Lorraine était dans mes bras. Dans… mes bras.

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Partie 4

« R-Rentt… ! Qu’est-ce que tu as… ? Es-tu ivre ? Mais attends… les morts-vivants ne peuvent pas se soûler…, » déclara Lorraine.

D’une voix un peu plus agitée que d’habitude, Lorraine avait remis en question mes actions. D’une manière ou d’une autre, cela n’avait servi qu’à faire ressortir encore plus de son charme.

Sa peau, couverte d’une teinte rouge et légèrement étincelante de sueur, dégageait une odeur familière — une odeur qui s’échappait nettement à travers l’air poussiéreux. Me sentant de plus en plus étourdi en ce moment, je m’étais accroché à l’odeur de Lorraine — et par conséquent, Lorraine elle-même, en la serrant avec force pendant que je parlais.

« Lo… Rraine. Je…, » commençai-je.

« O-Oui. Qu’y a-t-il, Rentt ? » me demanda Lorraine.

Je voulais dire quelque chose — quelque chose d’important. Cependant, ces pensées avaient disparu, presque comme si quelqu’un les avait recouvertes d’un pinceau. De larges traits de rouge avaient taché mon champ de vision. Je ne pouvais plus penser — le chaos remplissait mon esprit. La seule chose que je sentais, c’était l’odeur de Lorraine. Son odeur semblait…

… en effet, très délicieuse.

Avec cette pensée en tête, j’avais ouvert ma bouche, déplaçant une partie de sa robe d’une main libre pour exposer son épaule.

J’avais enfoncé mes dents dans sa chair blanche.

« … ! ? »

Lorraine n’avait pas crié. À la place, elle semblait avoir dégluti avec force, repoussant son cri de surprise dans les profondeurs de sa gorge. Son corps était tendu, alors qu’elle frissonnait considérablement en raison de la douleur, et aucun son ne s’était échappé à ses lèvres. Si elle criait, quelqu’un l’entendait sûrement — et quelqu’un viendrait demander quelque chose.

Après tout, la ville de Maalt était connue pour ses normes relativement élevées en matière de sécurité publique. Si quelque chose arrivait, le passant moyen était sûr d’intervenir. C’était peut-être précisément pour cette raison que Lorraine l’avait fait ainsi — .

Elle avait enduré la douleur de tout son être.

Cependant, sa résistance ne semblait que renforcer l’odeur qui s’échappait de sa chair. J’avais mordu plus bas dans son épaule — et avec cela, le goût frais du sang avait rempli ma bouche, coulant dans ma gorge.

Ah… Quel goût divin ! pensai-je.

Il s’agissait d’un goût qui m’était étranger, car je n’avais jamais rien goûté de tel avant. Le vin de 20 ans d’âge que j’avais bu une fois dans la vie était très pâle en comparaison — de l’eau par rapport au goût délicieusement sucré du sang.

J’en voulais plus.

Encore plus, j’en veux plus, pensai-je.

Cette pensée me remplissait l’esprit alors que je suçais ce qui sortait de la plaie ouverte de Lorraine, puisant du sang doux depuis ses veines déchirées.

« … Argh… Ahh… Ren… tt… tt. Tu…, » j’avais entendu Lorraine m’appeler par mon nom, mais je n’avais pas envie de m’arrêter.

Une autre pensée s’était glissée dans mon esprit cramoisi : Si le sang a ce bon goût, quel serait le goût de la chair humaine ?

Ce serait certainement un goût divin, d’un autre monde. Cela devait l’être.

J’avais mordu en étant affamé l’épaule de Lorraine, exerçant plus de force que jamais auparavant.

*Rrrip*

« … Ahh… !? »

J’avais arraché un morceau de l’épaule de Lorraine. Il n’y en avait pas beaucoup, je n’avais arraché qu’un petit morceau, de la taille d’un petit doigt. Mais bien sûr, ce goût… c’était comme je m’y attendais.

J’avais mâché le morceau, le savourant. Je pourrais me contenter à jamais de ce goût. C’était tout ce dont j’avais besoin — telle était l’intensité de sa saveur. Mais je n’y en avais pas eu assez. Je n’aurais jamais pensé qu’un petit morceau pourrait m’apporter tant de joie…

Cependant, ma joie avait été interrompue sans cérémonie. J’avais soif une fois de plus — je n’avais pas d’autre choix que de me sentir ainsi.

Je m’étais tourné vers Lorraine une fois de plus.

« Rentt… Rentt. Es-tu… toujours… là ? » me demanda Lorraine.

Cependant, Lorraine m’avait regardé droit dans les yeux — en moi — alors même que le sang coulait de son épaule lacérée.

Ah… ?

Rentt. C’était mon nom.

Étais-je encore là ? C’était le sens de sa question.

Mais bien sûr, j’étais encore là.

Je suis ici.

Alors… donne-moi plus de ton… sang.

Pendant une seconde, je m’étais arrêté — avant d’aller une fois de plus contre Lorraine. Mais Lorraine avait acquiescé face à ma réaction.

« On dirait… que tu es toujours… là-dedans quelque part. Bien. Alors… pour l’instant, tu devrais… DORMIR ! » Soudain, Lorraine avait haussé la voix, levant la paume de sa main dans ma direction.

Bien que je sentais les vrilles de la magie se rassembler dans la main tendue de Lorraine, il était beaucoup trop tard. Une magnifique boule de feu avait jailli, me fonçant droit dessus. Sa force et sa puissance convenaient à un magicien de classe Argent, car l’impact m’avait fait voler sur une bonne distance, avant de m’envoyer dans un mur.

En glissant lentement sur le sol, j’avais senti ma conscience s’éloigner, dérivant dans les profondeurs. Je pouvais voir la silhouette de Lorraine à mesure qu’elle s’approchait, d’une manière quelque peu désordonnée et paniquée. Elle avait posé une main sur ma joue.

« … Bien, tu es vivant. Tu pourras t’excuser à ton réveil…, » déclara Lorraine.

Son ton de voix était nettement différent. Il n’était plus agité, mais strict et contrôlé. Je pouvais distinguer les incantations d’un sort de sommeil dans ses mots.

Ma conscience semblait glisser à un rythme encore plus rapide. J’avais semblé entendre les mots de Lorraine chuchoter dans mon oreille juste avant que je ne m’éloigne complètement.

« … Tu ne te souviendras probablement pas de ceci, et c’est très bien ainsi. Mais si tu veux m’attaquer… Fais-le au moins lorsque tu es en pleine possession de tes facultés. Tu peux prendre une bouchée de moi n’importe quand, alors…, » murmura Lorraine.

Peut-être que je n’entendais pas vraiment de telles choses — mais même avec ma conscience qui s’estompait rapidement, je pouvais au moins en comprendre une partie.

Un étrange pouvoir semblait se frayer un chemin à travers mon corps.

***

Partie 5

Pour une raison ou une autre, mon corps était très lourd. C’était un sentiment étrange.

Attends, quelque chose n’allait pas. Qu’est-ce que je faisais là ? J’étais, après tout, dans la Réflexion de la Lune jusqu’à il y a peu de temps. Nous avions quitté les confins du Donjon et visité la boutique de Loris. Et puis… ?

Quand est-ce que je me suis endormi ?

Alors que cela semblait déclencher une réaction dans mon esprit, cette pensée m’avait réveillé. Une sorte de lumière vraiment brillante semblait envahir mes paupières, les forçant à s’ouvrir.

***

Partie 6

« … Tu es réveillé, Rentt. »

Ce qui m’avait salué lorsque j’avais ouvert les yeux était un spectacle étrangement familier — le plafond de la demeure de Lorraine. Sa voix avait ramené un flot de souvenirs — un retour en arrière, comme on l’appellerait. Je m’étais lentement rappelé la chaîne d’événements qui m’avait conduit ici.

En organisant mes pensées sur la situation dans une certaine mesure, j’avais finalement ouvert la bouche pour parler.

« Ah… Je m’excuse pour ce que j’ai fait. Je ne me sentais pas tout à fait normal, » déclarai-je.

« Non, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, bien que j’accepte ces excuses. Le plus important, c’est ce que tu ressens en ce moment. Te sens-tu… dominé par une force étrange ? Te sens-tu obligé de faire quelque chose… d’inhabituel ? »

J’avais secoué la tête à la question de Lorraine. Ce que je voulais dire par là c’était que rien ne semblait être étrange en ce moment.

Il y avait une chose : le léger parfum de sang dans la pièce provoquait un appétit en moi, mais il n’avait rien à voir avec l’état de désir cramoisi dans lequel j’étais auparavant.

Alors qu’elle déplaça une main sur son épaule, Lorraine semblait satisfaite de ma réponse.

« Est-ce que… c’est vrai ? Alors, c’est très bien… Et aussi, je devrais le dire encore une fois… Ne laisse pas ce qui s’est passé te déranger. Ce n’était qu’un malheureux accident. Cela étant dit, nous devrions quand même faire quelque chose pour ça… De quoi te souviens-tu ? »

Lorraine m’avait tendu la main, interrompant rapidement mes excuses. Si ce n’était pas pour son geste, je serais probablement bloqué sur mes excuses pendant un temps considérable.

Connaissant Lorraine depuis si longtemps, elle semblait parfois comprendre ce que je pensais sans que j’aie à le mettre en mots. Bien qu’un peu irritant par moments, je me trouvais maintenant reconnaissant de la compréhension de Lorraine. Après tout, je pouvais être moi-même proche de Lorraine — et c’est pour cela que je pouvais accepter ses paroles pour ce qu’elles étaient, et ne pas rester accroché à ce qui s’était passé.

Bien sûr, il serait impossible de l’oublier tout de suite, mais peut-être que cela s’estomperait avec le temps. Dans tous les cas, pour l’instant, je devrais m’efforcer de répondre aux questions de Lorraine —, en particulier, de ce que je me souvenais avant de perdre conscience.

Que voulait-elle dire exactement ?

J’avais perdu le contrôle de moi-même en rendant visite à Lorraine, tout ce qui se trouvait devant mes yeux s’estompait en un pourpre profond, et je l’avais frappée. Après cela… Hmm.

Non… Ce n’était pas bon. Il y avait trop de divergences étranges dans mes souvenirs. C’était comme un rêve surréaliste — je me rappelais avoir ressenti de l’excitation, comme si de lourdes contraintes avaient été enlevées de mon être. Je ne me rappelais pas avoir pris de décisions logiques.

Lorraine hocha la tête tandis que je continuais à décrire le peu dont je me souvenais.

« Oui, oui, oui. Bien sûr, bien sûr. Je pensais que ce serait quelque chose comme ça. Tu t’es comporté différemment de ce que tu ferais normalement. Pour commencer, il fallait peut-être s’y attendre… Ce n’est pas trop surprenant, compte tenu de tous les facteurs en jeu. Je l’avais sous contrôle, moi aussi. C’est très bien, » déclara-t-elle.

Me trouvant allongé sur le canapé de Lorraine, je lui avais demandé d’expliquer ce qui s’était passé entre-temps. Lorraine, qui avait été assise à côté de moi tout le temps, avait offert une réponse claire.

« Il n’y a pas grand-chose à dire. Quand tu es rentré chez moi, tu m’as soudainement attaquée, et je t’ai envoyé voler avec un sort. J’ai bien visé, tu sais ? Bien que cela ne t’aurait probablement pas frappé si tu avais été normal…, » répondit-elle.

Est-ce que c’était vrai ? Malgré son apparence, Lorraine était une personne compétente. Contrairement à ce qu’elle était avant, elle pouvait maintenant facilement explorer le Donjon moyen en étant seule — je ne pensais pas qu’esquiver sa magie serait un exploit insignifiant.

Lorraine continua, comme si elle lisait mon esprit : « Ce serait peut-être le cas si j’étais bien préparée à la situation. J’ai été prise au dépourvu et j’ai paniqué, tu sais. En temps normal, je n’approcherais jamais un monstre de près. Tu sais que je préfère attaquer de loin après les avoir observés en restant éloigné. Puisque tu étais si proche… même la magie était difficile à utiliser. C’était un geste désespéré de comprimer soudainement une grande quantité de magie en un coup concentré, est-ce que tu comprends ? Et bien… ça a marché, donc je n’ai pas à me plaindre. »

Malgré ses paroles, Lorraine semblait secouée. Bien qu’elle semblait calme et analytique au sujet de la situation, n’importe quelle fille normale serait au moins quelque peu troublée lorsqu’un ami proche se retournait soudainement contre elles — violemment, en plus. Mais Lorraine l’avait caché du mieux qu’elle le pouvait — peut-être par souci de mon bien-être.

« … Je voulais m’assurer que tu te sens bien ? Des problèmes quelque part ? Je voulais réduire la puissance du sort, mais je n’ai pas vraiment d’expérience dans ce domaine. C’était… trop soudain. Ressens-tu des blessures mortelles ou autres… ? » me demanda-t-elle.

En fait, je me sentais un peu mieux que d’habitude. Lorraine semblait soulagée de ma conclusion.

« Je vois. C’est un soulagement, alors. Même ainsi… tu as quand même besoin de repos. Après tout, tu viens juste de te remettre de mon coup. Du calme pour aujourd’hui. Je vais… nettoyer la chambre — aïe ! »

La chambre de Lorraine était en effet plus horrible qu’elle ne l’était habituellement, avec des livres, des meubles et d’autres choses semblables éparpillés au hasard dans chaque recoin. Lorraine, cependant, n’avait pas cherché à faire du nettoyage dans cet état. Debout, elle tenait son épaule bien serrée, le visage plissé par la douleur. Je n’avais pas la tête assez grosse pour ne pas comprendre pourquoi elle se comportait ainsi :

C’était la blessure que je lui avais infligée.

Je m’étais levé, en soutenant son corps avec mes bras.

« … Argh. J’ai failli tomber. Désolée pour le dérangement, Rentt…, » Lorraine avait rapidement tenté de s’éloigner, comme si elle voulait se tenir debout avec ses propres forces.

« Montre-moi… ta blessure…, » déclarai-je.

En disant cela, j’avais déplacé sa robe avec ma main. Une série de bandages tachés de sang s’était présentée à moi, appliquée un peu n’importe comment et de façon désordonnée, avec du sang trempé qui passait à travers les couches. Ce n’était pas beau à voir. Il était évident que Lorraine n’avait pas fait grand-chose pour elle-même — il s’agissait au mieux de premiers soins rudimentaires. J’avais exigé de savoir pourquoi Lorraine n’avait pas été dans un sanatorium ou un lieu de guérison.

« Si je leur montre quelque chose comme ça, ils voudraient savoir ce qui l’a causé… Ne t’inquiète pas pour ça. Je préparerai une potion ou deux plus tard. J’en ai en stock, mais elles sont prévues pour la vente à l’apothicaire voisin… donc je suis actuellement en rupture de stock. Ne t’inquiète pas… Je peux facilement faire quelque chose pour soigner une blessure après ça…, » déclara Lorraine.

Apparemment, c’était la justification de Lorraine pour vouloir nettoyer sa chambre d’abord — je l’avais arrêtée, bien sûr.

« Laisse-moi… faire, » je parlais de ce qui concernait le traitement de la blessure de Lorraine.

Bien que je ne connaissais aucune magie de guérison, j’avais assez de Divinité en moi pour aider. Loris en était un bon exemple. Une blessure de cette taille pouvait être facilement manipulée même sans potion.

Lorraine, comme d’habitude, parlait comme si elle avait déjà lu mes pensées. « Mais… ton corps… »

Il semblerait que Lorraine s’inquiétait plus pour ma santé qu’elle-même. Cependant, j’allais bien. Plus important encore, je devais soigner la blessure de Lorraine. Même si elle pouvait être facilement guérie avec une potion, une blessure de ce genre laisserait sûrement une marque.

Bien que même une potion bon marché puisse guérir ses blessures, le traitement qui en résulterait laisserait des imperfections, des cicatrices et autres sur la peau. Ainsi, les aventurières utilisaient couramment des potions coûteuses, en particulier pour éviter un tel problème. Mais Lorraine n’avait jamais été dérangée par de telles choses. En fait, jusqu’à présent, elle avait utilisé ses propres potions maison pour sa guérison personnelle. Sachant comment elle était, elle ne mettrait probablement pas beaucoup d’efforts dans ces potions. Cela la laisserait à son tour avec une cicatrice — ou, dans tous les cas, la possibilité était présente.

Je serais responsable de cette cicatrice, et je ne pourrais pas vivre avec ça.

Dans cet état d’esprit, j’avais posé une main sur l’épaule de Lorraine, la maintenant en place. Comme si elle s’était résignée à son sort, Lorraine soupira, faisant un visage en acceptant le traitement.

« … C’est la première fois que je suis guérie par la magie divine. C’est… très apaisant, tu sais. Je me sens… si chaude, » déclara-t-elle.

N’ayant jamais essayé de guérir mes propres blessures auparavant, je n’avais aucune idée de ce que je ressentirais. Mais j’étais reconnaissant du fait que cela ne semblait pas être un processus douloureux.

En regardant de plus près, il y avait des marques de dents claires sur l’épaule de Lorraine, ainsi que des marques rugueuses correspondant à une blessure par lacération. Comme je le pensais, une potion normale laisserait de vilaines cicatrices. Je devais mettre tout mon cœur à l’ouvrage. Je m’étais concentré, faisant surgir une bonne quantité de Divinité dans ma main. Lentement, la plaie avait commencé à s’estomper, sa peau se réparant au fur et à mesure qu’elle revenait à son état antérieur. L’épaule de Lorraine était maintenant lisse et blanc pâle, comme elle l’était auparavant.

Confirmant visuellement que sa blessure avait disparu, Lorraine avait appuyé sur son épaule de sa main libre, comme pour vérifier s’il n’y avait pas de blessures sous la surface.

« … Ça ne fait pas mal du tout. L’usage de la Divinité pour le traitement des blessures, hein… Comme prévu, c’est vraiment autre chose, » après une pause, Lorraine poursuivit, d’une voix plus douce, « … Je suppose que je ne peux plus dire que je suis une marchandise endommagée maintenant, hein. »

Bizarrement, Lorraine semblait un peu déçue à cette idée. Confus, j’avais regardé Lorraine, mais elle avait lentement secoué la tête.

« Non… ce n’est… rien — ? »

Il semblait y avoir quelque chose qui n’allait pas avec mon visage. Comme si elle avait enfin trouvé ce qu’elle voulait me dire, Lorraine avait parlé une fois de plus.

« Hey… Rentt. Ton masque… Est-ce que ça s’enlève… ? » demanda Lorraine, regardant mon visage avec incrédulité.

***

Partie 7

« … Attends. Il devrait y avoir un miroir quelque part là-dedans…, » déclara Lorraine, commençant à chercher à travers les objets éparpillés dans la pièce.

Malgré tous ses caprices et sa personnalité relativement détendue, il semblerait que Lorraine possédait, après tout, un miroir — comme la plupart des femmes. Après avoir fouillé un peu plus dans la pièce, Lorraine avait finalement trouvé ce qu’elle cherchait.

« Nous y voilà. Regards donc ça… Eh bien, peut-être qu’il ne tombe pas, mais au moins il semble avoir changé la façon dont il se pose sur ton visage…, » déclara-t-elle.

Moi aussi, j’étais curieux et je ne pouvais m’empêcher de regarder dans le miroir que Lorraine tenait. Mon visage et mon masque y étaient reflétés, ce dernier étant un peu différent de la normale.

Mais il ne s’agissait pas seulement du positionnement. En y regardant de plus près, l’ensemble du masque avait changé de forme. Bien qu’à l’origine elle couvrait la plus grande partie de mon visage, elle ne couvrait plus que la moitié supérieure, exposant ainsi la partie inférieure de mon visage, ma bouche et tout le reste.

Mais ce n’était pas la chose la plus surprenante dans ma réflexion.

« … Peau, » murmurai-je.

Lorraine acquiesça d’un signe de tête face à ma constatation stupéfaite. « Ah, oui. J’avais oublié de le mentionner, à la lumière de tout ce qui s’était passé… avec moi. Rentt — tu as l’air différent maintenant. »

***

Partie 8

Grâce à une série de vérifications rapides, j’avais découvert que mon apparence avait en effet changé de façon spectaculaire. Je n’avais pas seulement fait référence à la question du changement de forme de mon masque.

En décidant d’enlever ma robe juste pour être sûr, j’avais découvert qu’il y avait maintenant des taches de ce qui semblait être une peau saine parmi les morceaux habituellement desséchés. Peut-être était-il plus facile de décrire mon état actuel comme celui d’un cadavre presque pourri, des morceaux de moi ressemblaient à ce que j’étais dans la vie, mais les autres parties étaient marquées de cicatrices, séchées et désagréables. Cependant, avec cela, il pourrait être possible de faire passer ces plaques de peau séchée pour des cicatrices infligées par des monstres.

Cela étant dit, prétendre que j’avais beaucoup de grandes cicatrices de ce genre pourrait être un peu long. Sinon, je pouvais simplement leur dire que j’étais une goule, mais ce n’était pas une bonne idée sous quelque forme que ce soit. Mon visage n’avait pas semblé aller beaucoup mieux, avec la moitié inférieure, non couverte par le masque, dans un état similaire à mon corps. En fait, cela semblait un peu plus monstrueux que ma peau ne l’était.

Bien qu’elle arborait des parties saines, les zones autour de ma bouche étaient nettement ressemblantes à un cadavre et très goulesque. On pouvait voir l’état de détresse de mes gencives — mais c’était peut-être un état plus squelettique d’avoir les dents exposées de cette manière. Je devais cacher ça d’une façon ou d’une autre… Y avait-il quelque chose que je pouvais faire ?

Je m’étais concentré, à la recherche d’une solution.

« … H-hey ! » Lorraine avait soudain fait entendre sa voix.

Pour une raison ou une autre, le masque s’était réduit en un matériau liquide, se glissant sur mon visage avant de se solidifier une fois de plus en un masque facial complet. Il était maintenant de retour à sa forme normale, en forme de crâne.

Ce qui se passait… ?

« … Rentt. Je ne pense pas que ce masque est “juste” maudit. Est-ce qu’il y a autre chose ? » Lorraine avait demandé, ses yeux scintillaient maintenant d’un regard familier de curiosité.

Mais c’était vraiment comme Lorraine l’avait dit. Un masque capable d’un tel comportement n’était pas n’importe quelle feuille de métal maudit normal. Bien sûr, le fait qu’elle ait été maudite au départ signifiait qu’elle n’était pas très normale.

Lorraine se pencha vers moi, inspectant de près le masque. « … Lorsque la forme de ton masque a changé, faisais-tu quelque chose de différent ? »

J’avais décrit à Lorraine mes pensées de ce moment-là, à savoir comment je me sentais quant au fait de montrer ma bouche en public.

« Hmm. A-t-il changé d’apparence à cause de ce que tu pensais ? Une sorte d’objet sensible, peut-être ? C’est très rare…, » déclara-t-elle.

Un objet sensible…

Les objets sensibles étaient en effet rares. C’était un terme communément associé aux épées démoniaques et autres. Ces objets avaient souvent une volonté propre, et on disait qu’ils pouvaient choisir leurs propriétaires. On les trouvait souvent dans les profondeurs d’un Donjon et on disait qu’ils étaient impossibles à reproduire par les technologies modernes à la disposition de l’homme. On pourrait dire qu’ils étaient à la fois rares et célèbres (ou infâmes).

J’en avais parlé à Lorraine. Peut-être que mon masque était un artefact similaire. Cependant, il y avait aussi le fait que ce masque avait été acheté par Rina pour quelques pièces de bronze. Peu importe comment on le pensait, c’était un peu trop bon marché pour un objet sensible.

Lorraine avait offert une réponse après mûre réflexion. « Tiens compte du fait qu’il est maudit. Le propriétaire de l’époque aurait pu simplement fixer un tel prix pour s’en débarrasser rapidement. Nous devrions également considérer si le masque a la capacité de contrôler les pensées du porteur dans une certaine mesure… »

Une réponse plus troublante que ce à quoi j’étais habitué.

Bien que je n’avais pas eu beaucoup de résultats quand j’avais essayé de le retirer à cause de sa nature maudite, je ne pouvais pas exactement accepter le fait qu’il aurait un contrôle de mon esprit — j’étais déjà assez étrange en tant qu’existence déjà sans. Dans tous les cas, je voudrais que mon libre arbitre reste intact.

Cela dit, je n’avais pas l’impression d’avoir été contrôlé à aucun moment depuis mon réveil en tant que squelette. Alors que j’étais parfois submergé par d’étranges impulsions, je ne savais pas si c’était l’œuvre du masque. Après tout, j’avais sauté sur Lorraine.

Mais Lorraine semblait plus intéressée par le masque, et continuait à l’observer pendant que je restais silencieusement dans mes pensées.

« … Tu sais… s’il peut changer de forme en y pensant, cela ne signifie-t-il pas que tu es déjà capable de l’enlever ? » demanda-t-elle.

Les paroles de Lorraine avaient un sens. Convaincu que cela valait au moins la peine d’essayer, j’avais commencé à penser à enlever le masque. Malheureusement, le masque était resté immobile, et il était encore très collé à mon visage.

« Puis-je essayer de l’enlever ? » demanda-t-elle.

« Tu peux essayer, » déclarai-je.

Cependant, comme prévu, le masque n’était pas très réceptif aux efforts de Lorraine, apparemment collé à mon visage. Lorraine n’était pas exactement non plus sans force — bien qu’elle était probablement un peu plus faible qu’un soldat ou qu’un aventurier typique, elle était aussi une aventurière comme eux. Lorraine aurait dû avoir plus de force qu’il n’en fallait pour enlever mon masque — du moins, s’il s’agissait d’un masque normal.

En d’autres termes, mon masque semblait toujours coller fermement à mon visage, et il n’allait nulle part de sitôt.

« Ce n’est pas bon. Pourrais-tu penser à en changer à nouveau la forme ? » demanda-t-elle.

J’avais hoché la tête, imaginant une forme différente pour le masque dans mon esprit. Comme sur commande, le masque avait changé, une fois de plus, ne couvrant que la moitié supérieure de mon visage.

« Pourrais-tu essayer d’autres formes ? » me demanda-t-elle.

Tandis que j’avais continué à imaginer une variété de formes selon les instructions de Lorraine, le masque semblait n’avoir que trois formes générales : il couvrait soit tout mon visage, soit la moitié supérieure, soit la moitié inférieure.

Bien qu’il puisse prendre d’autres formes plus créatives, il finira par retourner dans l’un des trois états précités en moins d’une minute. Il semblait aussi capable de changer sa conception et son ornementation.

« … Ainsi, tu peux le façonner librement, mais tu ne peux pas l’enlever. Comme c’est étrange… Eh bien, ça marche en ta faveur, n’est-ce pas ? Ton visage est encore un peu proche de celui d’un mort-vivant, non ? » demanda Lorraine, apparemment satisfaite, hochant la tête alors qu’elle faisait son constat.

Comme elle l’avait déclaré, mon humanité serait remise en question si quelqu’un voyait bien la moitié inférieure de mon visage — non pas que pour commencer, je sois humain. Mon corps était malheureusement dans un état similaire. Si je leur montrais de quoi j’avais l’air, le citadin moyen se demanderait sûrement pourquoi j’étais capable de bouger, ne serait-ce que parce que les taches sur ma peau n’étaient pas seulement des blessures — certains os étaient encore visibles sous ma chair séchée. Il y avait aussi la question du sang — ou de l’absence de sang. Mes blessures n’avaient pas saigné.

Mais en tenant compte de tout cela, j’avais préféré cette forme — au moins, plus que ma dernière. J’étais humain en un bref et rapide coup d’œil. Je suppose que c’est là où je me situe actuellement sur l’échelle.

Mais ce n’est pas la seule chose qui avait changé.

« … Est-ce que… ma voix est étrange ? » demandai-je.

« Oh, oui, oui. Il semble beaucoup plus lisse maintenant, au point où je ne peux m’empêcher de le voir comme un peu étrange. Peut-être que je dois juste m’y habituer ? » demanda Lorraine.

« Je ne sais pas… Mais c’est plus facile de parler, » j’en étais très reconnaissant.

Cependant, la plus grande question qui avait surgi dans ma tête était de savoir ce qui avait provoqué ce changement.

« Est-ce que je l’ai… fait ? L’Évolution Existentielle ? » lui demandai-je.

Lorraine hocha la tête en réponse à ma question pendant que je continuais à m’examiner. « Il semblerait que ce soit le cas. Est-ce parce que tu as vaincu des monstres dans le Donjon ? »

J’avais mentionné à Lorraine que je me dirigeais vers le Donjon de la Réflexion de la Lune, d’où son hypothèse. Mais j’avais secoué la tête.

« Je ne… Je suis au courant de ça. Il est vrai que j’ai… combattu des monstres. Mais quand je… avais évolué en une goule, j’avais évolué immédiatement après que je… les avais vaincus, » déclarai-je.

« … Mais cette fois-ci, tu n’as évolué qu’après ton retour à la maison. Si nous devions identifier les différences… as-tu évolué après m’avoir vaincue ou… quelque chose d’autre dans ce genre ? » me demanda-t-elle.

« Tu plaisantes. Je ne t’ai nullement vaincue, » déclarai-je.

Bien que j’avais attaqué Lorraine, elle m’avait envoyé dans un mur avec une boule de feu bien placée, ce qui semblait être une perte totale.

« Je suppose qu’on pourrait plus exactement dire, c’est moi qui t’ai vaincu… Mais plus important encore — oh, oui… Tu as mangé ma chair et bu mon sang. C’était peut-être la raison ? » demanda-t-elle.

La déclaration de Lorraine était pour le moins choquante. J’avais écarquillé mes yeux en réponse, mais Lorraine avait simplement continué son explication.

« Penses-y. Ce n’est pas aussi étrange que ça en a l’air. Si je devais le dire… à en juger par ton apparence actuelle, tu me donnes l’impression d’être plus à un Thrall d’un Vampire qu’une simple goule. Au moins, tu serais une sorte de monstre sous les ordres d’un Vampire… Par conséquent, cela te classe un peu plus bas qu’un faible vampire dans la hiérarchie des monstres, » déclara-t-elle.

***

Partie 9

« Un Thrall, hein ? »

Alors que les Thralls des Vampires étaient des monstres quelque peu puissants, je n’en avais jamais vu de ma vie. Selon l’explication de Lorraine, les Thralls étaient une sorte de sous-fifre créé par un Vampire, et en tant que tel ne pourrait pas exister sans que ce dernier les crée. On savait que les Thralls ne semblaient pas réapparaître dans les Donjons. Cependant, les Petits Vampires qui les avaient créés réapparaissent quelque temps après avoir été tués. Pour cette raison, on pourrait même dire que les Thralls étaient un type de monstre quelque peu rare.

Cependant, cela étant dit, ils n’étaient pas exactement des créatures légendaires, car il y avait eu assez d’observations confirmées d’eux dans les zones où les vampires étaient connus pour vivre. Mais les Thralls dans ces cas étaient autrefois humains, ayant été transformés lorsqu’ils avaient été mordus par un vampire. Pour autant que je sache, on ne devenait pas simplement un Thrall sans les actions directes d’un parent vampirique.

« Oui… La ressemblance est là. J’ai déjà reçu une demande de tuer des Thralls. Tu ressembles un peu à ceux que j’ai vus à l’époque — eh bien, tu sembles avoir un peu plus de trous en toi que la moyenne des Thralls… Mais je me contente de classer cela comme une différence individuelle, » déclara Lorraine.

Lorraine était en fin de compte une érudite connaissant bien les caractéristiques des monstres. Si Lorraine avait dit que j’étais une sorte de Thrall et qu’elle avait déjà vu des créatures similaires en personne, je n’avais aucune raison de douter de ses affirmations.

Cependant, je n’avais pas du tout été mordu par un Vampire, il était donc difficile de comprendre les raisons de mon évolution. Selon moi, une goule évoluant en un Thrall était inédite — .

C’est pourquoi j’avais fait part de mes préoccupations à Lorraine.

« … Peut-on… vraiment devenir un Thrall juste par… l’Évolution Existentielle ? » lui demandai-je.

Lorraine n’avait pas facilement une réponse pour moi, secouant à la place lentement la tête.

« Comme je l’ai déjà mentionné, il existe peu de documents sur le sujet de l’Évolution Existentielle. Elle fait encore l’objet de recherches sur l’ensemble du territoire au moment où nous parlons, de sorte qu’il n’y a pas d’information adéquate pour déterminer ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Le tien est un cas particulier — du moins, je pense qu’il s’agit d’un cas particulier. Il n’y a pas de précédents disponibles… Je ne peux pas te donner une réponse facile, » répondit Lorraine.

C’était comme Lorraine l’avait dit — même un érudit des monstres comme elle n’avait pas de réponse pour moi. C’était probablement impossible à comprendre si facilement, et c’était très troublant de penser à cela, en effet.

Je tenais ma tête, essayant en vain de donner un sens à la situation. Sentant mon désespoir, Lorraine m’avait offert quelques mots de consolation :

« Eh bien… Je ne m’amusais pas vraiment pendant que tu explorais le Donjon. J’ai réfléchi à beaucoup de choses de mon côté — si tu veux mes observations de ces moments-là, je pourrais te les donner. Qu’en dis-tu ? » me demanda Lorraine.

Telle était l’offre occasionnelle de Lorraine — bien sûr, je n’avais aucune raison de refuser. J’avais compris que même une simple hypothèse de Lorraine pouvait être une information très utile.

Je n’avais pas perdu de temps pour communiquer mon intérêt à Lorraine.

« D’accord, alors, je vais t’en parler. Même si tu avais refusé, de toute façon, j’aurais simplement continué à parler, » déclara Lorraine, un sourire rampant sur ses traits.

« Maintenant… Par où dois-je commencer ? Il serait peut-être plus facile de comprendre si je passais en revue tous les événements qui se sont produits, en commençant par le début de ton évolution. Bien que je n’étais pas présente pour en être témoin… Rentt — tu étais un squelette au début, n’est-ce pas ? » me demanda Lorraine.

« Oui… Je voulais te montrer, mais je ne pouvais pas… retourner sous cette forme. Mais peu importe… Comment tu le dis… j’étais un… squelette. C’était… Plutôt surréaliste. Je regardais mon corps… et c’était des os blancs, » répondis-je.

Lorraine, momentanément stupéfaite de mon souvenir de mon temps en tant que squelette, avait rapidement retrouvé son sang-froid.

« Et… à partir de là, tu es devenu une goule ? » demanda-t-elle.

« Oui. Quand tu m’as vu, j’étais déjà une goule, » répondis-je.

« Oui, bien sûr… C’était assez étrange de te voir comme ça. Très… intéressant. Eh bien, ça suffit. Plus important encore… Mes observations sur ton évolution. Ne penses-tu pas qu’évoluer d’un squelette à une goule en soi est une chose étrange ? » me demanda-t-elle.

« Hmm… ? » Je n’avais pu que répondre à la soudaine question de Lorraine.

Comprenant que je ne comprenais pas le sens profond de sa question, Lorraine avait continué son explication.

« C’est-à-dire… L’Évolution Existentielle est le processus par lequel un monstre devient une version plus forte de lui-même. On pourrait le décrire de cette façon — vaguement, au moins. La vérité est peut-être très différente, mais pour l’instant, nous allons travailler avec ça. Me suis-tu toujours ? » me demanda-t-elle.

« Oui, » répondis-je

« Eh bien, alors… réfléchis-y. Les goules sont-elles des versions plus fortes des squelettes ? » me demanda-t-elle.

« Hmm…, » je n’avais pas pu m’empêcher de remarquer l’écart maintenant que Lorraine l’avait signalé.

Les livres que j’avais lus dans la demeure de Lorraine mentionnaient tous que les squelettes s’étaient transformés en goules, et j’avais accepté cela comme une vérité. Jusque-là, je n’y avais pas beaucoup réfléchi. Cependant, les squelettes avaient un certain nombre de variations, beaucoup plus fortes que leur forme de base non armée. En fait, le squelette géant que j’avais combattu avant cela était un bon exemple. D’autres modèles notables comprenaient les chevaliers-squelette, ou les squelettes-soldats plus faibles.

Si un squelette devait vraiment subir une Évolution Existentielle, ne deviendrait-il pas un soldat ou un chevalier ? Cela, au moins, semblait être le chemin le plus naturel. Mais bien sûr : on ne pouvait pas être sûr si en premier lieu l’évolution des monstres était une chose naturelle, mais je suppose que c’était une idée à creuser un autre jour.

Une fois de plus, j’avais offert mes réflexions sur le sujet à Lorraine, qui avait rapidement acquiescé de la tête.

« Oui, c’est ce que tu dis. Bien qu’il soit vrai que beaucoup de tomes de recherche et autres parlent de squelettes évoluant en goules, ce n’est pas une vérité absolue — en fait, quelqu’un a probablement été témoin de ce qui s’est passé à un moment donné. Cependant, on ne pouvait pas être sûr s’il s’agissait d’une sorte d’Évolution Existentielle ou non — et encore moins s’il s’agissait d’une exception quelconque, » répondit Lorraine.

« Quoi… !? Que veux-tu dire par là ? » lui demandai-je.

« … Je veux dire qu’en vérité, nous savons très peu — voir rien du tout — sur le sujet, » répondit-elle.

Je sentais que l’opinion de Lorraine était un peu dure, mais Lorraine avait simplement continué.

« … Cependant. En voyant comment tu as évolué vers une goule à partir de ton état squelettique, je suppose que cela prouve que mon hypothèse est correcte, » déclara Lorraine.

« Alors… Qu’est-ce que ça veut dire ? » lui demandai-je.

« En termes simples : je propose que l’Évolution Existentielle d’un monstre le propulse dans la direction de ce qu’il veut devenir, » répondit Lorraine.

Peut-être qu’il y avait de la vérité dans les paroles de Lorraine. Pour commencer, je m’étais fixé sur l’évolution vers une goule au moment où je m’étais rendu compte que j’étais ressuscité en tant que squelette. Il en était de même lorsque j’étais une goule : j’avais voulu évoluer vers un vampire afin d’obtenir une forme plus humaine. Peut-être que l’hypothèse de Lorraine était juste.

Bien que certaines questions soient restées dans mon esprit.

« … pourquoi ai-je… évolué dans un Thrall… depuis une goule ? J’aurais pu… devenir un Vampire directement ? » lui demandai-je.

Après tout, c’était mon objectif de départ. Si ce que Lorraine avait dit était vrai, je serais devenu un Vampire. Mais Lorraine semblait prête à répondre à ma question et m’avait offert une réponse :

« Penses-y comme les rangs des aventuriers de la guilde. Même si tu es habile en tant qu’aventurier, tu ne peux pas soudainement passer à la classe Or, n’est-ce pas ? De plus, tu ne peux même pas avancer si tu n’as pas la capacité de le faire, » répondit-elle.

J’avais compris l’essentiel des paroles de Lorraine. « … Il faut donc que j’évolue… Pas à pas… Une marche à la fois ? »

« Ce serait la conclusion la plus logique si nous examinions ton apparence actuelle. Il s’agit, encore une fois, d’une hypothèse, la taille de l’échantillon est beaucoup trop petite. Si je devais citer des preuves ou des documents à l’appui… Ma récente recherche sur les tendances évolutives de Puchi Suri suffirait. »

Les Puchi Suris étaient de petits monstres ressemblant à des souris que l’on pouvait trouver à peu près n’importe où, et qui étaient tout aussi facilement capturés. Les sous-espèces élémentaires et les versions évolutives pouvaient également être facilement trouvées, correspondant généralement à l’endroit où elles vivaient. Il semblerait que Lorraine avait fait des recherches dans ce domaine.

Lorraine avait poursuivi son explication. « C’est une expérience simple — on capture des Puchi Suris, puis on en place quelques-uns dans des cages à différents endroits. Une zone volcanique, près de l’eau, dans une forêt, une grotte, etc. Les résultats sont pour le moins intéressants. »

Selon l’explication de Lorraine, chacun des Puchi Suris avait pris l’élément de leur environnement, celui placé au volcan devenant une sous-espèce d’élément de feu — la même chose s’était produite avec chacun des spécimens dans leur endroit spécifique. De plus, il ne restait qu’un seul Puchi Suri dans chacune des cages à la fin de l’expérience. Si je devais deviner, c’était probablement parce que les Puchi Suris se battaient entre eux et qu’un gagnant final absorbait tout le pouvoir de ses congénères.

Le résultat de cela avait été l’Évolution Existentielle.

« Bien sûr, cela ne prouve pas à lui seul mes suppositions. On pourrait prétendre que le Puchi Suri réagissait simplement aux changements de son environnement — mais que se passerait-il s’il ne s’agissait pas d’une évolution passive, mais dirigée ? Et si le monstre lui-même voulait évoluer vers une certaine forme ? Peut-être que je prends de l’avance sur moi-même… Mais je n’exclurais pas cela après avoir observé un cas comme le tien. Après tout, prétendre que tu as évolué en goule en réponse à des stimuli environnementaux dans le Donjon de la Réflexion de la Lune serait un peu exagéré. Il y avait beaucoup d’autres formes que tu aurais pu prendre. »

Elle avait ensuite continué. « Dans ton cas… cette dernière explication est plus convaincante : tu as pris cette forme parce que tu le voulais. Tu m’as toi-même dit que tu avais consciemment souhaité évoluer vers la goule. Tu vois, il y a un certain poids derrière cette hypothèse, bien que je ne l’appellerais pas encore une théorie concrète. »

***

Partie 10

« … Alors… Est-ce que ça veut dire que pour… devenir un Vampire… je dois juste… y penser ? Et travailler dur pour l’obtenir… ? » J’avais posé ma question à Lorraine.

Si l’explication de Lorraine était vraie, cela signifierait que penser à devenir un Vampire tout en absorbant les énergies vitales d’autres monstres serait suffisant pour déclencher le processus d’évolution.

Lorraine, cependant, avait secoué la tête — pas la réaction à laquelle je m’attendais.

« J’ai dit plus tôt que ce n’était pas une théorie concrète… À certains égards, tes hypothèses sont solides, mais je soupçonne que la pensée seule ne suffit pas, » déclara Lorraine.

« … Qu’est-ce que tu veux dire… ? » lui demandai-je.

« Voici le point problématique de toute cette série d’hypothèses. Si tu pouvais simplement déclencher l’Évolution Existentielle en tuant des monstres, n’aurais-tu pas évolué dans le Donjon ? » lui demandai-je.

Lorraine avait raison. Si l’Évolution Existentielle était simplement déclenchée par l’absorption des énergies vitales des monstres tués, j’aurais été poussé au-dessus du seuil de l’évolution au moment où j’aurais vaincu le Squelette Géant. Telle était la quantité d’énergie qu’il m’avait accordée. Cependant, je ne pouvais pas nier que je manquais peut-être encore d’énergie après cette bataille. Quoi qu’il en soit, j’étais retourné à Maalt sans incident.

Cependant, sur le chemin du retour, j’avais vaincu plusieurs monstres — si j’avais manqué d’énergie, cela aurait sûrement réglé le problème. En réalité, rien ne s’était produit jusqu’à ma bagarre avec Lorraine, où apparemment j’avais évolué alors que j’étais inconscient. De ces seules observations, même moi, je pouvais comprendre que vaincre simplement les monstres était insuffisant pour que j’évolue.

En d’autres termes, ce que Lorraine avait dit tout à l’heure était tout à fait sensé.

« Peut-être, alors… moi mangeant ta… chair et ton sang était… la raison, » déclarai-je.

« En effet. J’en suis arrivée à cette conclusion après mûre réflexion — il n’y avait pas d’autres variables dans l’équation. Bien que les détails les plus fins du processus soient perdus pour moi, je peux dire en toute confiance que certains cas d’Évolution Existentielle sont déclenchés par des conditions spécifiques. Les preuves empiriques dans ce cas suggèrent que l’on ne peut pas évoluer en vainquant seulement les monstres — et c’est ce qui a été observé jusqu’à présent, » déclara-t-elle.

Apparemment, c’était la raison pour laquelle je ne pouvais pas évoluer vers un Vampire — du moins, pas seulement en vainquant seulement des monstres. Cependant, avec la pensée de moi évoluant en raison de la consommation de la chair et du sang de Lorraine…

J’avais fait part de mes doutes à Lorraine.

« C’est la partie complexe — c’est que c’était très difficile à vérifier. Les Thralls sont techniquement des sortes de vampires… Des vampires de bas niveau, mais des vampires quand même. On dit que les vampires absorbent le mana et l’esprit de leur adversaire en buvant leur sang. Bien qu’un vampire ne meurt pas s’il ne boit pas, il serait considérablement affaibli. Les seuils sont similaires à cet égard. En gros… Ils gagnent en force en buvant le sang des humains, » répondit-elle.

« Qu’en est-il… de la chair ? » lui demandai-je.

« Ce serait plutôt l’impulsion d’une goule. Tu as perdu le contrôle de toi-même à ce moment-là — c’est par la force de ce désir que tu as agi et que tu as fait tout ça. N’as-tu pas ressenti quelque chose comme ça alors que tu étais une goule ? Peut-être, une sorte de désir primaire ? » me demanda-t-elle.

Je me souvenais avoir pensé à manger de la chair humaine à plusieurs reprises pendant ma période en tant que goule. Mais je me rappelais consciemment qu’une telle chose était interdite, de sorte que le désir lui-même était au début facilement réfréné. Cependant, le désir avait finalement grandi, s’intensifiant tandis que j’avais vaincu de nombreux autres monstres.

Maintenant que j’en parle, lorsque j’avais rencontré Loris le restaurateur, mon désir de goule était à son apogée. La force de ce désir était telle que j’avais eu du mal à le réfréner après ma bataille avec le squelette géant.

Lorraine avait acquiescé à mon explication. « Les monstres ont besoin d’une sorte de nourriture — un moyen d’absorber l’énergie, si tu préfères. Si un monstre ne mange pas, ses désirs de base deviennent probablement plus forts en réponse à sa faim. C’est pourquoi tu as mordu un morceau de moi quand tu es arrivé ici : tes désirs se sont amplifiés et ont culminé à un point irréversible, et l’accomplissement résultant de ce désir a déclenché ton évolution. Il se trouve que le fait de manger de la chair humaine par hasard t’a aussi fait évoluer. Bien que je n’ai aucun moyen de savoir si tous les monstres ont des désirs qui alimentent leur évolution, je suppose que je pourrais faire quelques suppositions et dire que c’est le cas. Donc, en tant que tel, tu ne devrais pas seulement vaincre les monstres. À la place, tu devrais réfléchir sérieusement à ce qui peut déclencher ton évolution et agir en conséquence — du moins, c’est ce que je pense. »

Telle était la réponse de Lorraine. Mais les instructions de Lorraine étaient au mieux vagues.

« … On ne peut pas faire grand-chose pour les choses telles qu’elles sont en ce moment, » continua-t-elle. « Il y a des choses que même moi je ne sais pas, ce dont nous avons discuté tout à l’heure n’est rien d’autre qu’une série d’hypothèses — et en fonction de ce que tu demandes, des suppositions délirantes. Ah… si seulement j’avais plus d’échantillons. Si c’était le cas, nous aurions de bien meilleurs moyens de recueillir des données… »

Souhaiter plus d’êtres comme moi — je n’avais pas eu le cœur de dire à Lorraine qu’un tel jour ne viendrait peut-être jamais.

Même s’il ne s’agissait que de simples délires, les observations de Lorraine m’avaient donné plus qu’assez de nourriture pour réfléchir. Je n’en serais pas arrivé à de telles conclusions moi-même, ou, plus exactement, je n’avais jamais pensé à des choses aussi profondes. Sans ses conseils, j’aurais simplement continué à vaincre les monstres. C’était vraiment une amie qui valait la peine d’avoir — une savante sage que j’avais eu le privilège de connaître pendant longtemps.

« Eh bien, avec tout ce qui a été dit, le seul choix qui s’offre à toi est peut-être d’aller de l’avant. Tu pourrais bien être le premier dans l’histoire de toute l’humanité à suivre un tel chemin. Bien sûr, je ferai ce que je peux pour te soutenir, » déclara Lorraine.

Maintenant, plus que jamais, je me sentais reconnaissant de la présence de Lorraine.

« … Merci, Lorraine, » déclarai-je.

« Ne t’inquiète pas… Eh bien, c’est maintenant le bon moment ! Comme toujours — viens ici et mets-toi nu pour que je puisse t’inspecter à fond, » déclara-t-elle.

« Hein ? »

Je n’avais pas pu m’empêcher de penser que le commentaire soudain de Lorraine était inadapté à l’atmosphère solennelle qui était présente il y a quelques instants. Mais Lorraine ne semblait pas en avoir conscience.

« Eh bien ? Qu’est-ce que tu fais ? Enlève tes vêtements, vite, dès maintenant. Il se trouve que j’ai un Cristal d’Enregistrement ici… Nous devrions prendre une photo de ton apparence actuelle à des fins d’archivage. — Oh, c’est vrai. Es-tu maintenant capable de manger ? Eh bien, tu as mangé un peu de moi en tant que goule, alors je suppose que tu as quelques fonctions au niveau de ton estomac. Mais tu devras aussi essayer de manger de la nourriture normale. Oh, et tu ferais bien de me donner un morceau de ton corps. Je vais appliquer un anesthésique pour engourdir la douleur. En fait… Est-ce que les médicaments anesthésiants agissent sur toi ? Je devrais me rappeler de prendre des notes de recherche à ce sujet. Et aussi…, » déclara-t-elle.

Lorraine avait continué à énumérer une série d’expériences possibles — elle avait apparemment l’intention d’effectuer chacune d’elles sur moi.

Mais je n’écoutais pas exactement les divagations de Lorraine. Alors que Lorraine était normalement calme et patiente, elle avait la mauvaise habitude de plonger dans ses recherches une fois qu’elle avait décidé que quelque chose l’intéressait. Par conséquent, elle travaillait souvent tard dans la nuit, oubliant de manger ou de se reposer, et finissait par s’effondrer à un moment ou à un autre.

Cependant, j’étais là pour m’occuper d’elle chaque fois que quelque chose comme ça arrivait. Même si je devais la guider jusqu’à son lit et lui dire de se reposer, Lorraine ne serait qu’à contrecœur d’accord, tout en étant visiblement irritée que son travail ait été perturbé. Ses mauvaises habitudes étaient responsables de son comportement actuel.

Cependant, en écoutant les suggestions de Lorraine, il semblerait que les expériences qu’elle avait décrites étaient toutes cruciales pour comprendre ma condition, d’où mon éventuelle coopération. Par exemple, ses expériences devraient me permettre de comprendre si les médicaments fonctionnaient même sur moi — pratique pour explorer un Donjon. De même, la demande de Lorraine pour que je mange de la nourriture normale n’était pas trop farfelue non plus — si je pouvais manger, je devrais probablement le faire. Si je m’effondrais soudainement à cause de la faim ou de l’insuffisance de nutriments, cela ne profiterait à personne — en tant que tel, je devrais manger et me reposer si je le pouvais.

Il y avait aussi la considération que quelqu’un pouvait m’attaquer de nulle part, donc c’était bien d’être préparé.

Cela étant dit, j’avais aimé manger dans la vie. Si possible, j’aimerais continuer à manger. Bien que j’avais pris une bouchée de Lorraine après avoir évolué d’un squelette à une goule, je n’avais rien mangé d’autre entre-temps. Je n’avais aucune idée si le fait de s’abstenir de manger avait des effets néfastes. Au contraire, j’avais des doutes sur ma capacité à digérer la nourriture. J’avais supposé que ça valait au moins la peine d’essayer.

« Alors, Rentt. Pas la peine de rester assis. Commençons tout de suite les expériences… Du moins, c’est ce que j’aurais aimé dire, mais je suppose que c’est un peu trop pour aujourd’hui. Tu devrais te reposer, et nous pouvons continuer demain… Qu’est-ce que c’est ? Il y a un regard étrange sur ton visage, » déclara Lorraine.

Je n’arrivais pas à croire que Lorraine, avec autant d’empressement, permettrait de reporter ses expériences au lendemain.

« … Non… Je pensais simplement que tu… voudrais commencer tout de suite, » déclarai-je.

« Pour qui me prends-tu ? Même moi, j’ai parfois un peu de bon sens, » déclara-t-elle.

C’est quelque chose que je n’avais jamais attendu de Lorraine. J’avais pensé à le signaler, mais j’avais finalement décidé de ne pas le faire aujourd’hui.

***

Partie 11

Le lendemain — .

Après avoir confirmé que j’avais retrouvé un certain degré de normalité, Lorraine avait décidé de poursuivre ses expériences. Elle avait commencé par une inspection externe, au cours de laquelle elle était parfois entrée dans les moindres détails. Certaines des expériences de Lorraine n’avaient aucun sens pour moi, mais semblaient importantes pour une raison ou une autre. Je suppose que la plupart des érudits étaient ainsi, étant la plupart du temps agités jusqu’à ce qu’ils puissent faire une analyse complète.

Cela étant dit, je n’avais pas considéré toutes les expériences de Lorraine comme frivoles. En fait, les résultats de certaines de ces expériences avaient éclairci diverses questions que j’avais sur moi-même, et pour cela, j’en étais reconnaissant.

Les points saillants des expériences d’investigation étaient les suivants : Je pouvais apparemment manger de la nourriture normale, et les potions curatives, pour une raison inconnue, fonctionnaient aussi sur un mort-vivant comme moi. De plus, certaines choses avaient été complètement annulées par la nature unique de mon corps. Cependant, le plus grand avantage des expériences de Lorraine était le fait que je pouvais manger de la nourriture normale, au lieu d’être limité à la chair et au sang humains.

Cependant, pour le dire franchement, le désir de consommer de telles choses me hantait toujours, même après que j’aie évolué vers un Thrall. Je suppose que le désir de chair était après tout une impulsion de goule. Mon désir de sang était maintenant beaucoup plus fort, et je m’étais retrouvé à le désirer plus que jamais. Plus exactement, je semblais être capable de sentir le sang dans les veines des humains qui m’entouraient. Rien que par l’odeur, je pouvais discerner leur direction, l’âge, le sexe et l’état de santé des êtres humains autour de moi.

Peut-être fallait-il s’y attendre, la partie inattendue étant le fait qu’il sentait si bon pour moi. En particulier, je m’étais trouvé en train de convoiter le sang de jeunes femmes en bonne santé.

Je n’avais pas pu m’empêcher de penser aux conséquences négatives de cette évolution. Ce serait problématique si je ressentais cette convoitise tout le temps — en tant que tels, nous avions fini par mener des expériences sur la façon de réduire son intensité. Les résultats étaient quelque peu prometteurs, car la consommation d’aliments réguliers semblait réduire son emprise sur moi.

En plus de cela, Lorraine avait été assez généreuse pour fournir de petites quantités de son sang — et cela avait généralement eu un effet profond sur ma soif, la dissipant pendant un certain temps. Cependant, le contraste entre les deux sources était surprenant — je devais manger au moins trois fois plus qu’un homme adulte moyen pour rassasier ma faim. En comparaison, une seule goutte de sang de Lorraine m’avait immédiatement fait me sentir rassasié et revitalisé. Bien qu’il serait plus rentable de boire le sang de Lorraine dans ce scénario, je n’avais pas pu me résoudre à lui demander un approvisionnement constant. Cependant, Lorraine m’avait interrompu dans mes pensées par quelques déclarations personnelles.

« … En regardant les résultats de l’expérience, il serait plus logique que tu bois des quantités fixes de mon sang à intervalles réguliers. Pour l’instant, je te laisse avec une bouteille. La bouteille est tissée dans la magie de conservation — dans tous les cas, si tu n’en as plus, fais-le-moi savoir, » déclara Lorraine en me remettant la bouteille avec désinvolture.

Je sentais que la quantité d’une bouteille entière de sang était un peu trop, mais comme Lorraine l’avait dit, je n’avais besoin que d’une seule goutte à la fois.

En y pensant logiquement, cette bouteille me durerait au moins un mois si elle était correctement rationnée. Le problème, cependant, résidait dans l’efficacité du sort de préservation. Selon Lorraine, cela ne durerait qu’une semaine, après quoi je devrais lui demander de le rafraîchir une fois de plus.

Compte tenu du fait que les magies de conservation n’étaient pas absolues dans ce qu’elles faisaient, l’approvisionnement fourni par Lorraine ne pouvait pas être maintenu exactement frais pour toujours. Il était donc peut-être fortuit que la durée moyenne de conservation des denrées alimentaires et d’autres produits similaires fût d’environ un mois — juste ce qu’il fallait dans ce cas.

Mais cela dit, il y avait un autre problème en ce qui concerne cet arrangement : il était malsain pour Lorraine de fournir cette quantité de sang sur une base régulière. J’avais fait une note mentale pour être prudent au sujet du rationnement de mon approvisionnement en sang.

Sur cette note, cependant, il était indéniablement étrange pour l’un de nous de penser à boire le sang d’un autre, sans parler de le boire avec prudence. Dans tous les cas, ce n’était pas quelque chose que l’être humain moyen ferait, et ma tête me faisait mal en pensant aux implications d’un tel acte pour mon sens de l’humanité qui s’amincissait déjà. Je suppose qu’il était important de veiller à ce que mon sens de l’humanité ne se détériore pas davantage — manger des repas réguliers m’avait aidé à cet égard, du moins pour le moment.

Les expériences de Lorraine avaient également exploré mes résistances au poison, avec l’administration de poisons de plus en plus venimeux en moi. Il était intéressant de noter que je n’avais pas semblé être affecté par l’une de ses concoctions. Nous avions progressé d’une manière quelque peu désordonnée, armés seulement avec la connaissance des sorts de purification de poison de Lorraine en cas de problème. En dernier recours, je pourrais même utiliser ma Divinité pour annuler tout effet préjudiciable. Heureusement, nous avions réussi à terminer nos expériences sans avoir recours à l’un ou l’autre de ces moyens.

Avec cela, Lorraine avait déclaré que j’étais probablement immunisé contre la plupart des types de poisons.

« … Peut-être que les poisons ne fonctionnent pas très bien sur les cadavres ? » déclara-t-elle.

Lorraine avait deviné cela très facilement, et si elle n’avait aucune idée de la raison, je ne saurais pas mieux. Mais si c’était vraiment le cas, les potions curatives ne devraient pas non plus fonctionner puisque mon corps était mort.

Quoi qu’il en soit, je suppose que c’était bien d’accepter les déductions de Lorraine concernant ma résistance aux poisons. Après tout, les rapports selon lesquels certains humains seraient résistants aux poisons n’étaient pas vraiment inconnus. À cet égard, moi aussi, je n’étais pas aussi anormal que j’en avais l’air. Toutefois, étant donné la nature du reste de mon corps, cette déclaration pourrait être un peu exagérée.

Lorraine s’était tournée vers moi, toutes ses expériences s’étaient finalement terminées. « Eh bien ! Je vais prendre le temps de traiter toutes les données que nous avons extraites de nos expériences. Quant à toi… Eh bien. Je n’ai pas besoin de te dire quoi faire. »

En effet, c’était comme le disait Lorraine. J’avais déjà décidé de ce que je devais faire ensuite — à savoir, essayer d’une manière ou d’une autre d’évoluer vers une forme qui semblait vaguement humaine.

Si possible, j’aimerais redevenir humain. Si l’Évolution Existentielle avait effectivement orienté un individu vers sa forme désirée, cela ne serait-il pas possible dans mon cas ?

Je n’avais pas les réponses que je cherchais. Lorraine, pour sa part, n’avait pas de réponse concrète pour moi non plus.

« Il n’y a aucun moyen de le savoir avec certitude, mais bien sûr, ce serait le cas. Je ne peux cependant pas écarter la possibilité d’une telle chose. Pourquoi ne pas simplement pour l’instant en faire un objectif mental ? » demanda-t-elle.

Une belle réponse — comme on l’attendait de Lorraine. J’avais supposé que je devais suivre ses conseils et faire exactement ainsi.

J’avais décidé d’un nouveau but mental, ce serait du moins un bon but intérimaire. Pour que je puisse atteindre ce but, il fallait plus d’exploration en Donjon.

« … Penses-tu que… cette épée peut encore… être utilisée ? » en disant cela, j’avais dégainé hors son fourreau l’épée que Clope m’avait prêtée.

« C’est une sacrée usure que tu as sur la lame de l’épée… Tu devrais savoir mieux que moi qu’elle ne te servirait pas correctement, voir plus du tout, dans son état actuel. Des réparations seraient certainement nécessaires, » déclara Lorraine.

« Je… Je le pensais aussi…, » répondis-je.

L’état de l’épée s’était apparemment détérioré de façon dramatique à un moment donné au cours de mon aventure précédente, alors que je venais de la recevoir en prêt. Clope serait, sans aucun doute, très contrarié.

Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas continuer à l’utiliser tel quel. Il serait trop dangereux de se battre avec une arme endommagée.

Je m’étais préparé mentalement pour toute sorte de réprimandes, je m’étais dirigé vers le Harpon à trois dents.

***

Partie 12

« … Hé, franchement… qu’est-ce que c’est que ça ? » Demanda la voix bourrue de Clope.

Clope, mon forgeron de confiance n’avait pas pris la peine de cacher le dégoût sur son visage. Son expression était maintenant tordue vers une grimace inconfortable.

« … L’… Épée… que vous m’avez prêtée, » j’avais offert à Clope une réponse directe.

La réponse de Clope était tout aussi simple, quoiqu’accompagnée d’un grand soupir. « Je peux le voir en la regardant… Vous savez que ce n’est pas ce que je demande, n’est-ce pas ? »

Je suppose qu’il serait inutile de continuer à cacher la vérité à Clope, et c’est pourquoi j’avais décidé de lui dire avec honnêteté ce qui s’était passé.

« Mes excuses… J’ai dû… infuser la lame… avec la Divinité…, » déclarai-je.

« Hein ? Maintenant, pourquoi iriez-vous faire quelque chose comme — eh bien, je suppose que je peux l’accepter. Mais vous n’êtes allé qu’à la Réflexion de la Lune, n’est-ce pas ? Il ne devrait pas y avoir de monstres qui ont besoin d’une lame divine pour être vaincus ! »

Clope avait probablement fait cette déclaration parce qu’il savait que j’étais capable d’utiliser à la fois l’esprit et la magie. En d’autres termes, Clope savait très bien que la plupart, sinon tous les monstres de la Réflexion de la Lune pouvaient être vaincus par l’une ou l’autre de ces deux capacités.

Bien sûr, Clope n’avait pas tort dans ses observations. La réalité, cependant, était un peu différente.

« … J’ai rencontré un… squelette… géant. C’est pourquoi… C’est ce que j’ai été obligé de faire. Je n’avais… pas le choix. »

Clope avait écarquillé les yeux face à ma déposition. « Vous moquez-vous de moi ? Les squelettes géants n’apparaissent pas dans le Reflet de la Lune, non ? Mais… vous ne me mentiriez pas, hein. Où avez-vous trouvé quelque chose comme ça… ? »

« J’ai trouvé… une zone inédite… Une partie nouvelle du Donjon…, » répondis-je.

« Quoi !? Vous — Oi. Êtes-vous… sérieux ? » me demanda-t-il.

Bien que visiblement surpris, Clope s’était assuré de baisser le volume de sa voix. Il semblerait qu’il ait compris le poids de l’information dont il venait d’être informé.

« … Avez-vous vraiment… vu quelque chose comme ça ? » demanda-t-il.

J’avais hoché la tête en silence.

« … Eh bien. C’est un peu logique de savoir pourquoi vous êtes venu ici habiller comme ça… Alors quelque chose comme ça s’est produit, hein. Je peux l’accepter. Ça explique pourquoi l’épée est si endommagée… J’ai compris, c’est bon. Avez-vous fini votre exploration ? » me demanda-t-il.

En choisissant de ne pas répondre à la plupart des déclarations de Clope, j’avais plutôt répondu à la question qu’il m’avait posée.

« Non… Pas encore. C’est pourquoi… J’espérais. Que mon épée… Sois bientôt prête, » déclarai-je.

« Oui… Je comprends ça. Mais voyez ici : il n’y a aucune chance que je puisse faire votre épée aussi vite. C’est une pièce sur commande, vous savez. À la place, je vais vous remettre un autre prêt — un prêt qui est un peu mieux, cette fois-ci, » déclara-t-il.

J’avais fait ce voyage en espérant que Clope avait d’une manière ou d’une autre déjà terminé ma commande, mais je supposais qu’il avait besoin d’un peu plus de temps.

En hochant la tête, j’avais reçu avec reconnaissance l’épée que Luka, l’épouse de Clope, avait choisie et m’avait remise. Elle était apparemment capable de gérer de grandes quantités d’esprit et de magie, tout comme sa malheureuse prédécesseur. Satisfait, j’avais quitté le magasin.

***

Partie 13

*Coup !*

En quittant les portes du magasin, j’avais senti un choc réduit au niveau de ma tête. Plus précisément, l’impact avait été absorbé par mon masque, et quoi qu’il en soit, il semblerait que j’avais heurté quelque chose.

Mais bien sûr, quelque chose comme ça n’était pas suffisant pour déloger ou même endommager mon masque. Il était robuste au point d’être gênant, et impossible à décoller. En regardant bien la zone devant moi, je m’étais rendu compte que j’étais tombé sur un homme. Plus précisément, il s’agissait d’un homme vêtu d’une armure d’un blanc argenté, et on dirait presque instinctivement qu’il était une sorte de chevalier.

Bien que je n’avais aucune rancune contre le chevalier en question, ses apparences suggéraient une éducation quelque peu rigide, sinon pire. Il avait l’air intimidant à sa façon, alors j’avais décidé de quitter la zone dès que possible. Ainsi, j’avais baissé la tête, ne disant pas un mot pendant que je continuais mon chemin.

« Ah, mes excuses. Êtes-vous blessé ? » me demanda-t-il.

Maintenant que le chevalier m’avait parlé, je n’avais pas d’autre choix que de répondre.

« … Ahh, non. Je vais bien. Qu’en est-il… de vous ? » lui demandai-je.

« Oh, ne vous inquiétez pas, je vais bien. Sur une autre note… d’après vos apparences, mon bon monsieur, seriez-vous un aventurier ? » me demanda-t-il.

Une fois de plus, je n’avais pas d’autre choix que de répondre au chevalier en raison de son changement soudain de sujet. J’avais hoché la tête quand j’avais offert ma réponse.

En apprenant que j’étais un aventurier, le chevalier m’avait regardé avec une expression sérieuse.

« Eh bien, alors… Je voudrais demander — je suis à la recherche d’une aventurière dans cette ville : une jeune fille, avec des cheveux blonds et des yeux de couleur saphir… Elle s’appelle Rina. Avez-vous entendu parler d’elle ? »

***

Partie 14

Bien sûr que je me souviens de ce nom. Rina n’était autre que l’aventurière qui m’avait aidé à l’origine lorsque j’étais coincé dans la Réflexion de la Lune.

Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander ce que Rina faisait maintenant. Depuis, j’avais pris grand soin de ne pas me faire remarquer en marchant dans les rues de Maalt, et je n’avais pas couru vers Rina jusque-là. En tant que tel, je n’avais pas non plus d’informations sur sa localisation actuelle. Finalement, avait-elle trouvé d’autres aventuriers avec qui faire un groupe ? Ou était-elle encore seule quelque part ? Avec son niveau de compétence, la guilde n’aurait aucun problème à la recommander à l’une ou l’autre groupe… du moins, c’est ce que je pensais.

En plus de cela… il y avait la question de cet homme en armure et chevaleresque devant moi. Ses cheveux blonds, ses yeux bleus et son apparence polie s’étaient réunis pour former l’image idéale d’un chevalier venant d’un conte de fées.

 

 

« … Eh bien… Pour commencer. Qui êtes-vous… ? » lui demandai-je.

Je devais m’assurer de la nature de cette personne avant de lui donner des informations, et la première chose dont j’avais besoin était un nom. Le chevalier, surpris un instant, l’offrit poliment.

« Oh, bien sûr. Je vous demande pardon. Je m’appelle Idoles Rogue, un chevalier du Premier Ordre des Chevaliers du Royaume de Yaaran, » déclara-t-il.

On disait que le premier ordre des chevaliers ne comprenait que les chevaliers les plus forts et l’élite du royaume. Le fait qu’il appartenait à un tel Ordre me disait beaucoup de choses : soit les membres du Premier étaient issus de familles privilégiées au pouvoir, soit ils étaient des épéistes talentueux. Quoi qu’il en soit, les membres du Premier Ordre étaient tous des personnes importantes d’une manière ou d’une autre, car les gens normaux ne seraient jamais admis dans leurs rangs.

Et pourtant, quelqu’un comme ça cherchait Rina ? Pourquoi en était-il ainsi ?

En résumé, j’avais demandé après son intention.

« Pourquoi quelqu’un… d’aussi important que vous… est à la recherche d’une jeune fille… ? », demandai-je.

L’homme avait répondu à ma question rapidement et honnêtement — il ne semblait pas cacher quoi que ce soit derrière ses paroles.

« Eh bien… C’est très embarrassant, car Rina, la jeune fille en question, est ma petite sœur. Je vais sauter les petits détails embarrassants, mais pour résumer, elle est simplement partie et a disparu un jour, apparemment désireuse de devenir une aventurière pour une raison ou une autre. Je suis arrivé à Maalt après avoir reçu les rapports de témoins oculaires de quelqu’un qui lui ressemble un peu — d’où ma question, » déclara-t-il.

« Alors… est-ce que cette Rina se fait appeler... “Rina Rogue”… ? » lui demandai-je.

« Je suppose que c’est le cas. Connaîtriez-vous quelqu’un de ce nom ? J’ai demandé autour de moi avant d’arriver ici, mais la guilde a cité des lois sur la protection des renseignements personnels et ne m’a rien dit. Un chevalier se renseignant dans une taverne serait en effet un spectacle étrange, d’où le fait que j’agisse ainsi, » répondit-il.

Il semblerait que le chevalier en question, à la recherche de Rina, avait visité des forgerons et d’autres endroits que les aventuriers fréquentaient — en demandant éventuellement même aux clients dans lesdits établissements. Même la Guilde des Aventuriers ne pourrait pas refuser une demande du royaume lui-même. Cet homme, cependant, n’avait apparemment pas invoqué de tels droits et avait simplement hoché la tête et était parti après s’être vu refuser l’information pertinente.

Si l’on posait la question à titre personnel, la Guilde des Aventuriers ne transmettrait certainement pas aussi facilement des informations privées. C’était quelque peu naturel compte tenu du fait que de nombreux membres de la guilde avaient une chose ou une autre à cacher. Par extension, il n’y avait pas de pénurie d’aventuriers qui voulaient garder leur passé caché — .

En tenant compte de tous ces facteurs, j’avais donné ma réponse avec désinvolture.

« Je n’ai jamais entendu parler de… quelqu’un du nom de… “Rina Rogue”, » déclarai-je.

« … Est-ce que c’est vrai ? C’est très regrettable. Si, par hasard, vous la rencontrez à l’avenir, je vous serais très reconnaissant de bien vouloir me contacter. En raison d’autres dispositions, je resterai dans cette ville pendant un certain temps — j’ai même pris congé de mes fonctions chez les Chevaliers. Cela dit, ce n’est pas une longue période d’absence. J’espère pouvoir la rencontrer et lui parler au moins une fois avant mon retour, » déclara-t-il.

Après quoi, le chevalier m’avait donné l’adresse de la maison d’hôtes dans laquelle il était actuellement logé avant de franchir les portes du harpon à trois dents. Peut-être qu’il avait aussi des questions similaires pour Clope.

Idoles dégageait une aura quelque peu triste, son être apparemment enveloppé d’une ambiance de solitude. Quoi qu’il en soit, je ne pourrais pas simplement donner les renseignements personnels de Rina sans son consentement.

Tout bien considéré, la Rina que j’avais rencontrée était indubitablement la personne que Idoles cherchait. Je pourrais le dire avec confiance, ayant passé la majeure partie de ma vie à Maalt. Pendant tout mon temps, je n’avais pas connu une autre aventurière du nom de Rina.

La description qu’Idoles avait fournie était à peu près exacte, bien que la combinaison de cheveux blonds et d’yeux bleus était quelque peu rare. Le folklore prétend que seules la noblesse, ou du moins celles de haute stature sociale et autres naissent avec une telle combinaison de traits. Inutile de dire que ces traits spécifiques n’étaient généralement pas observés dans une ville aussi rurale que Maalt.

Alors qu’une nouvelle aventurière de ce nom et de cette apparence aurait pu apparaître pendant mon absence de la guilde, la possibilité de cela était, logiquement parlant, quelque peu faible.

Strictement parlant, cependant, le nom que Rina m’avait donné était différent de celui qu’Idoles avait utilisé — mais bien sûr, Rina Rupaage était probablement un faux nom. En raison de la simplicité relative du processus d’inscription de la guilde et de l’absence de vérification des antécédents, Rina aurait pu s’inscrire sous n’importe quel nom. Après tout, la guilde fonctionnait surtout sur un système d’honneur.

Même s’il était clair qu’une personne inscrite et qui avait utilisé un faux nom, elle ne serait pas vraiment punie pour cela. Tout ce qui importait à la guilde, c’était la capacité de l’aventurier à accomplir les missions et les quêtes qu’ils avaient entreprises — et c’était tout.

Il existe des exceptions à cette règle : par exemple, si un fugitif ou un criminel s’inscrivait dans l’espoir d’échapper à la justice, ils peuvent être facilement remis aux autorités — à condition qu’il y ait suffisamment de preuves. Cependant, cela étant dit, un bon nombre de criminels avaient continué à se cacher des autorités sous prétexte d’être des aventuriers — c’était ainsi que les choses s’étaient déroulées.

Si le personnel de la guilde ne pouvait pas identifier un individu comme criminel en un coup d’œil, il passerait probablement à travers le système. Du point de vue d’un criminel en fuite, la Guilde des Aventuriers était très pratique. C’était la raison pour la plupart des habitants de la ville de voyait les aventuriers avec un œil suspicieux.

Je ne prétendais pas exactement que Rina était proche d’une criminelle, mais le fait qu’elle ait caché son vrai nom suggérait qu’elle ne voulait pas être retrouvée.

C’est pourquoi j’avais répondu à Idoles de la manière dont je l’avais fait — ma déclaration, bien que n’étant pas exactement un mensonge, n’était pas tout à fait vraie non plus. Car même si je n’avais pas entendu parler de Rina Rogue, l’apparence de Rina Rupaage correspondait parfaitement à sa description. Mes hypothèses résultantes n’étaient probablement pas trop éloignées de la réalité — mais c’était tout ce qu’il y avait à faire.

J’avais aussi des tâches à accomplir. Si Rina s’était mise dans une situation dangereuse, tout ce que j’avais à faire était de lui prêter mon aide à ce moment-là.

L’existence d’un chevalier dans cette ville suffisait à le faire ressortir comme le nez au milieu du visage — Idoles, bien sûr, ne semblaient pas s’en rendre compte.

En rangeant mes pensées sur la question, j’avais lentement commencé à faire mon chemin du retour. Pour l’instant, je suppose que je devrais retourner à la demeure de Lorraine.

***

Partie 15

En jetant un coup d’œil à la situation actuelle, je pourrais dire que j’avais maintenant l’air suffisamment humain. Si j’étais malin, je pourrais facilement acheter de nouvelles armures, etc. Grâce à ma nouvelle apparence, je pourrais probablement même me présenter en personne à la guilde — dans tous les cas, la possibilité que je sois persécuté sur place avait considérablement diminué.

Il valait la peine de noter que je devrais défier des monstres plus forts à partir d’ici pour le bien de l’Évolution Existentielle. Pour ce faire, cependant, je devais commencer à m’aventurer dans le Donjon de la Nouvelle Lune, car je ne pouvais pas rester seulement dans la Réflexion de la Lune si je voulais progresser.

Mais avant de partir pour la Nouvelle Lune, il y avait quelque chose que je devais faire.

« Alors… c’est pour ça que tu veux aller à la guilde ? Je pense qu’il est encore trop tôt…, » déclara Lorraine, la propriétaire de la maison dans laquelle je me trouve actuellement.

Après avoir préparé un repas pour Lorraine, nous nous étions tous les deux assis à la table, elle, savourant ma cuisine pendant que je léchais une minuscule quantité de son sang. C’est au cours de cette scène surréaliste que j’avais dressé la liste de mes tâches quotidiennes.

Pour être plus précis, je passais du Donjon de la Réflexion de la Lune, un Donjon mineur pour les débutants, au Donjon de la Nouvelle Lune, un Donjon majeur qui était populaire parmi la plupart des aventuriers — des débutants au visage frais aux vétérans de la classe Argent. Pour cette raison, j’avais décidé de prendre une sorte de demande à long terme auprès de la guilde, de peur que mon voyage ne soit un gaspillage.

La partie à laquelle Lorraine s’était opposée était précisément le fait que j’acceptais une quête de la guilde en personne. Son raisonnement était simple : bien que je sois un peu plus humain en apparence, j’avais toujours l’air extrêmement suspicieux.

Insatisfaite, Lorraine poursuivit son explication : « Ils demanderaient certainement le permis d’aventurier de Rentt Faina. Ton apparition conduirait alors à toutes sortes de questions — des questions assez étranges pour piquer l’intérêt du maître de la guilde. Il y a aussi le problème des autres aventuriers chevronnés. Ils peuvent être rassemblés dans la salle de guilde, comme ils le sont d’habitude. »

« Mais franchement… ils ne feraient pas… une telle agitation… simplement en raison… d’un aventurier de classe Bronze, » déclarai-je.

Pour le dire franchement, je n’avais jamais vraiment été un aventurier, alors je ne pensais pas que le fait de me présenter après une période d’absence, bien qu’en tenue étrange, serait un énorme problème.

Cependant, Lorraine ne partageait pas mon point de vue.

« … Peut-être dirais-tu cela du seul point de vue de la force, puisqu’il est vrai que tu étais faible. C’est pourquoi tu es resté à la classe Bronze pendant de nombreuses années, alors je suis d’accord avec toi sur ces points. Mais pour le reste, je ne suis pas d’accord. Pour la guilde, tu es une existence très précieuse. Bien que les nombreuses petites tâches et missions que tu as accomplies pour la guilde n’étaient individuellement pas trop remarquables, personne d’autre à Maalt n’a pu accomplir ces tâches avec le degré de perfection et de précision que tu as faite. La guilde t’a toujours tenu en haute estime, à tel point qu’ils sont prêts depuis longtemps à t’embaucher comme membre du personnel de la guilde si jamais tu cessais d’être un aventurier, » déclara-t-elle.

« … Hein ? Est… ce que c’est vrai ? Tu dois… simplement plaisanter, » déclarai-je.

Pour le dire franchement, j’avais vraiment été surpris par les paroles de Lorraine. Bien qu’il soit vrai que j’avais fait beaucoup de courses et autres pour la guilde, je ne pensais pas que mes actions étaient assez importantes pour que la guilde veuille m’embaucher comme membre du personnel. Je ne pouvais pas, après tout, vivre de façon aussi complaisante, pensant que mon avenir était assuré.

Mais avant même de penser à de telles choses, j’avais une fois de plus déclaré que je n’avais pas l’intention de renoncer à ma vie d’aventurier — c’était impensable.

« Je te dis la vérité, tu sais ? Hmph. Alors, c’est très bien… De toute façon, tant que tu restes qui tu es à partir de maintenant, le fait d’aller à la guilde serait le plus —, » Lorraine s’était arrêtée au milieu de sa phrase, secouant la tête, avant de commencer à marmonner à elle-même. « Tant que tu… restes ? Qui tu étais… ? Si Rentt était Rentt… Si Rentt n’était pas Rentt. Alors peut-être… Peut-être qu’il y a un moyen de s’en sortir… »

Telle était la nature des marmonnements de Lorraine.

Elle avait levé les yeux, puis avait enfin fini son monologue. Ce qu’elle avait dit ensuite n’était pas ce à quoi je m’attendais — et c’était pour le moins surprenant.

« … Rentt. Si tu veux absolument accepter les missions et les quêtes de la Guilde des Aventuriers, contre toute attente, alors… inscris-toi à nouveau. Je parle de te réinscrire dans la guilde. Mais tu devras changer de nom. Tu ne dois pas t’inscrire comme “Rentt Faina”… Ce n’est pas facile de distinguer les gens par leur prénom. Tu n’as qu’à changer ton nom de famille et à t’inscrire sous ce nouveau nom, » déclara-t-elle.

Incapable de comprendre la proclamation soudaine de Lorraine, je m’étais assis alors que Lorraine commençait à offrir une explication plus lente et plus détaillée, écoutant patiemment ce qu’elle avait à dire.

***

Partie 16

« … Oh… »

Comme c’était nostalgique de marcher une fois de plus dans les couloirs de la Guilde des Aventuriers — et pourtant, peu de choses avaient changé depuis la dernière fois que j’étais passé ici. D’un point de vue réaliste, peu de temps s’était écoulé depuis ma dernière visite. J’avais cependant pensé que je ne reverrais plus jamais Maalt, et encore moins la guilde. D’une certaine façon, je m’étais senti ému dans une certaine mesure lorsque j’avais mis les pieds dans ce bâtiment familier — au point où je pouvais commencer à verser des larmes.

La question de savoir si un Thrall avait des glandes lacrymales fonctionnelles était une autre question à laquelle je n’avais actuellement pas de réponse. Pour le savoir, j’étais resté immobile, ouvrant les yeux pendant trente secondes sans cligner des yeux. Mes yeux, cependant, ne se sentaient pas différents, ni plus humides. Après tout, dès le début, ils étaient secs — alors peut-être qu’il fallait s’attendre à ce qu’aucune larme ne tombe de mes yeux.

« … ? »

Les aventuriers de passage m’avaient jeté un coup d’œil, ils avaient dû penser qu’il était étrange que quelqu’un reste immobile à l’entrée de la guilde pendant toute une minute. Je m’étais rapidement écarté du chemin en paniquant un peu, faisant une ligne droite vers le comptoir de la réceptionniste alors que je me remémorais mentalement la tâche que j’étais venu faire.

« Excusez… Moi. »

« Oui ? Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? »

Je m’étais retrouvé face à face avec une autre vision bien spéciale pour les yeux endoloris lorsque la réceptionniste avait levé les yeux de son comptoir. Son visage avait provoqué un profond sentiment de nostalgie dans mon être.

Sheila Ibarss — elle travaillait à la Guilde des Aventuriers depuis environ une demi-décennie maintenant, et elle était une membre chevronnée du personnel qui s’était familiarisé avec tous les rouages internes de la guilde. De penser qu’elle n’était qu’une nouvelle stagiaire quand je l’avais rencontrée pour la première fois — .

J’avais repensé à la façon dont elle m’avait été assignée comme superviseur à l’époque par le maître de la guilde. Nostalgique, en effet. Même là, j’avais l’impression que je recommencerais à pleurer, mais ce n’était pas possible vu que mon corps desséché n’avait tout simplement pas de larmes à offrir. Me rappelant encore une fois mon état actuel, j’avais fait part de mes affaires à Sheila.

« J’aimerais… m’inscrire en tant que… aventurier, » déclarai-je.

« Oh, oui, oui. Inscription. ... Veuillez remplir ces formulaires ici. Vous pouvez laisser certaines parties vides si vous ne pouvez pas les remplir pour quelque raison que ce soit, » déclara Sheila.

Sur ce, Sheila m’avait remis une liasse de papiers rugueux. Ces papiers provenaient d’un certain pays spécialisé dans l’exportation de rouleaux magiques et autres. La guilde pouvait apparemment obtenir ledit papier à un tarif moins cher. Un papier plus lisse et de meilleure qualité était utilisé pour les documents importants émis par les organisations gouvernementales. Par conséquent, le coût plus élevé du papier de qualité supérieure en avait fait une rareté. Je me souvenais cependant d’en avoir vu des morceaux éparpillés négligemment dans la demeure de Lorraine…

Comme on me l’avait demandé, j’avais commencé à remplir le formulaire en question. Cela faisait dix ans que je n’avais pas rempli un formulaire comme celui-ci. À l’époque, je n’avais rien d’important à écrire, et tout ce que j’avais fini par écrire, c’était mon nom, mon âge et le fait que j’avais une certaine compétence avec l’épée.

Maintenant que j’y pense, j’aurais certainement pu écrire plus à propos de mes compétences. Peut-être que je ne savais pas qu’il s’agissait de compétences utiles qui valaient la peine d’être consignées par écrit à l’époque. Par exemple, j’avais des connaissances en herboristerie et autres, ainsi qu’une expérience en dissection et en chirurgie simple.

Même si j’étais un débutant dans l’une ou l’autre discipline, il s’agissait là de compétences rares pour un individu. J’avais appris ces compétences auprès d’un herboriste et d’un chasseur dans mon village natal, et j’avais fini par acquérir moi-même suffisamment de connaissances sur le terrain.

Si l’on se demandait pourquoi j’avais fait tout ce que j’avais fait pour apprendre de telles compétences, la réponse était simple : Je voulais devenir un aventurier, et j’étais convaincu que ces compétences seraient utiles.

Mon objectif depuis lors n’avait pas changé : que je devienne un jour un aventurier de la classe Mithril. C’était tout ce qu’il y avait à faire.

Pour cela, j’abandonnerais volontiers mes exploits de classe Bronze, même si je devais tout recommencer à zéro. Peu m’importait si « Rentt Faina » ne devenait pas un aventurier de la classe Mithril — tant que je le pouvais, sous quelques nom ou forme que ce soit, c’était suffisant.

Cependant, même si je disais ça… devenir un aventurier de classe Bronze n’était pas exactement une tâche ou un exploit énorme. Peut-être, que cela semblerait être le cas pour une personne normale, mais le Bronze était un peu bas parmi la mer d’aventuriers présents dans le monde. En tant que tel, recommencer à zéro n’était pas vraiment difficile à faire.

En outre, si jamais j’avais fini par évoluer vers un état où je ressemblais de nouveau à mon ancien moi, tout ce que j’avais à faire, c’était de remonter une fois de plus mes rangs avec ma première identité.

Bien que les règles de la Guilde des Aventuriers stipulaient qu’un seul aventurier ne pouvait pas s’inscrire sous deux identités, j’avais peu de choix en la matière. Même si j’étais découvert d’une manière ou d’une autre, il n’y avait pas de règles stipulant que je serais puni pour cela.

La raison en était simple, car il n’y avait pas beaucoup d’intérêt à ce qu’un individu s’inscrive deux fois. Il serait, après tout, un peu insignifiant de diviser leurs efforts en deux, réduisant de moitié leur taux de progression.

Même si j’avais toujours mon ancien permis sur moi, le simple fait de le détenir ne m’accordait pas exactement l’immunité contre les règles ou contre le fait d’être interrogé sur mon apparence. En tant que telle, la suggestion de Lorraine était un moyen de contourner ce problème — une méthode quelque peu peu orthodoxe, mais dans mon cas, efficace.

En gros, si « Rentt Faina » se présentait dans un tel état, habillé d’une manière si étrange, j’étais sûr d’être questionné. Cependant, si je me présentais comme quelqu’un d’autre, les chances que mon apparence fasse l’objet d’une enquête étaient devenues extrêmement faibles.

Cependant, pour le dire franchement, il n’était pas question de nier que j’avais l’air étrange. Mais cette étrangeté était quelque peu indigène aux aventuriers en général — et alors qu’un aventurier vêtu et masqué serait considéré comme bizarre, la plupart des gens finiraient par me regarder pendant quelques secondes de plus avant de retourner à leurs propres affaires.

Telles étaient les pensées dans mon esprit alors que je continuais à feuilleter les documents d’inscription pour finalement arriver à la dernière page. Le dernier, et pourtant, la première — un nouveau début, si vous voulez.

La dernière page était celle où l’on écrivait leur nom. Je supposais que je pouvais toujours utiliser mon prénom, mais qu’est-ce que j’utiliserais pour mon nom de famille ?

… Rien ne me venait à l’esprit.

Peu importe, je pouvais le remplir avec tout ce que je voulais. Ce ne serait qu’un faux nom, après tout.

Avec cette pensée en tête, j’avais écrit mon nom sur le papier en question, remettant finalement les documents à Sheila.

« … Ah, merci beaucoup. Voyons voir… Rentt Vivie, oui… ? »

***

Partie 17

Une expression quelque peu triste avait été présente sur les traits de Sheila alors qu’elle lisait mon nom à haute voix. Alors que je pensais que c’était étrange, je lui en avais demandé la raison.

« … C’est quelque chose… problème ? » lui demandai-je. 

« Non… C’est juste… Il y a quelques jours, un autre aventurier nommé Rentt a disparu…, » répondit-elle.

Cela n’était personne d’autre que moi. Cependant, j’avais répondu comme si je ne savais rien de la question.

« … J’ai entendu dire… que les aventuriers doivent être préparés… pour des occasions comme ça, » déclarai-je.

C’était un risque bien connu des aventuriers, car il n’était pas vraiment rare qu’un aventurier disparaisse soudainement.

La mort, bien sûr, n’était qu’une des nombreuses possibilités — l’aventurier en question aurait pu simplement se déplacer dans un autre quartier ou une autre ville. Parmi les autres raisons, l’aventurier en question ne souhaitait plus braver les Donjons, mais plutôt exercer une autre profession, ou il se peut qu’il eût été un fugitif en fuite tout au long de la carrière.

Alors qu’il y avait d’innombrables possibilités responsables de la disparition soudaine d’un aventurier, Sheila semblait pleinement convaincue que j’avais perdu la vie dans les profondeurs du Donjon. Je ne pouvais pas lui en vouloir, car il n’y avait pas d’autres raisons logiques à ma disparition.

Sheila avait continué : « Mais oui, c’est comme vous dites. Mais quand cela se produit dans la réalité… C’est une chose triste. Il a été le premier aventurier que j’ai supervisé… J’ai été un peu surprise que vos prénoms soient… les mêmes. »

« Je vois… Eh bien, si je peux demander… Est-ce que c’est un aventurier... Rentt Faina ? » j’avais formulé ma question de manière à ne pas éveiller les soupçons de Sheila.

C’était étrange de me poser des questions sur moi-même, et Sheila elle-même semblait quelque peu surprise.

« Eh bien, oui… c’est le cas. Vous le connaissez ? » me demanda-t-elle.

J’avais délibérément voulu obtenir cette question de Sheila, il semblerait que j’ai réussi dans mon entreprise.

J’avais offert à Sheila une réponse simple : « Oui… J’ai entendu parler de lui… de la part de Lorraine. »

Les yeux de Sheila s’étaient élargis lorsque j’avais mentionné le nom de Lorraine, comme si elle avait enfin réalisé quelque chose.

« Ahh… Alors c’était ça ! Vivie… Êtes-vous de la famille de Lorraine ? » demanda Sheila, ne soupçonnant rien.

Si je m’étais présenté comme un parent de Lorraine, il serait naturel que nous partagions le même nom de famille. Après tout, ce n’était qu’une question de temps avant que la guilde n’ait vent du fait que je vivais dans la demeure de Lorraine, donc il était préférable d’effacer toutes les causes potentielles de préoccupation le plus tôt possible.

Bien que cela ne m’avait pas vraiment affecté, Lorraine était une femme célibataire. Il serait inconvenant de ma part de causer d’autres problèmes à Lorraine — et en tant que tel, j’avais déjà préparé toutes les excuses et explications pertinentes pour aller de pair avec mon scénario proposé : si je me présentais comme un parent qui avait voyagé à Maalt d’un pays lointain, il y aurait moins de questions à traiter, ce qui n’était pas une mauvaise excuse.

Il valait peut-être aussi la peine de noter que « Rentt » était le nom d’une sorte de saint des siècles passés. Il ne s’agissait pas d’un nom peu commun sur l’ensemble des terres. Peu importe le pays, un nombre important de ses habitants étaient sûrs d’avoir des noms rares et identiques, donc un autre Rentt se présentant à Maalt n’était pas un motif de panique.

« Oui, je le suis… Je vivrai dans sa demeure… quand je serai en ville, » déclarai-je.

« Je vois. J’ai entendu parler d’une personne étrange entrant et sortant de la résidence de Lorraine ces derniers temps… Bien que je suppose que Lorraine elle-même n’est pas tout à fait normale, » déclara-t-elle.

Comme prévu, les rumeurs me concernant s’étaient déjà répandues.

J’avais répondu à la déclaration de Sheila par un simple signe de tête.

« Je suppose que… c’est moi. Eh bien… Je ne me qualifierais pas d’étrange. Je ne suis qu’un parent qui… a vécu avec cette fille… Depuis que je suis entré dans le pays…, » déclarai-je.

Bien que je n’avais aucune idée du déroulement de la situation, j’avais décidé d’aller de l’avant avec ce que je pensais être un mensonge raisonnable. Plus précisément, j’avais écrit le scénario dans lequel je jouais le rôle du grand-père de Lorraine, connu pour avoir soudainement rendu visite à ses petits-enfants sur un coup de tête.

Sheila, pour sa part, semblait convaincue.

« Je vois… Ça doit être dur de voyager autant ! Donc, celui vu à la résidence de Lorraine, c’était vous… L’idée m’avait traversé l’esprit, qu’il y avait des rumeurs à propos d’un homme étrange s’impliquant avec Lorraine, mais je suppose que ce n’était pas après tout le cas… Voilà votre permis d’aventurier. Tout est terminé. Voilà pour vous, » déclara-t-elle.

Terminant la conversation par le rejet occasionnel de ce qui semblait être une rumeur grossière, Sheila avait rangé la liasse de papiers dans ses mains. Il semblait qu’elle en avait fini avec mon processus d’inscription.

Dans ses mains se trouvait maintenant une carte en métal de couleur terne. Le symbole du débutant absolu d’un aventurier : la lueur métallique terne d’un permis d’aventurier de classe Fer. Chaque individu qui s’était inscrit en tant qu’aventurier avait commencé son voyage avec ceci en main. Même moi, je ne faisais pas exception, bien que cela faisait longtemps que je n’avais pas tenu une carte de cette couleur.

C’était un sentiment de nostalgie. Je l’avais tenue face à la lumière pour une raison ou une autre, la regardant avec des sentiments mitigés. Sheila, apparemment familière avec la vue devant elle, avait souri avec douceur.

« Dois-je expliquer les règles de la Guilde des Aventuriers, et d’autres détails ? » me demanda-t-elle.

Bien que j’appréciais l’offre de Sheila, j’étais déjà un aventurier chevronné.

Même si je n’étais pas si fort dans la vie, j’avais de nombreuses années de service à mon actif. Il va sans doute sans dire que j’étais — et je suis toujours — excessivement familier avec les règles en question. Dans la vie, j’avais même utilisé ces mêmes règles pour prendre le dessus contre les aventuriers ayant de mauvaises intentions. Après tout, je n’avais pas beaucoup de force au combat. À l’époque, c’était tout ce que je pouvais faire pour rester en tête du peloton.

C’est pourquoi j’avais répondu à Sheila de cette manière. « Non… Ce ne sera pas nécessaire. Les règles et… détails… sont écrits dans cela… N’est-ce pas ? » avais-je dit, en montrant du doigt un petit livre en cuir sur le comptoir de la réceptionniste.

« Oh ! Vous êtes au courant ? » demanda Sheila, visiblement surprise.

Je ne pouvais pas lui en vouloir, peu d’aventuriers en herbe seraient intéressés par ce livret, sans parler de savoir ce qu’il contenait. Le livret en question contenait divers règlements et détails concernant ces règles, et le personnel de la guilde recommandait souvent aux aventuriers de le lire s’ils avaient des questions.

Quant à moi, j’avais depuis longtemps mémorisé le contenu du livret, l’ayant lu à de nombreuses reprises au cours de ma longue carrière.

En montrant le livret à Sheila, j’avais simplement communiqué le fait que j’utiliserais la même méthode éprouvée pour répondre à toutes les questions que je pourrais avoir sur l’aventure.

« J’en ai entendu parler… venant de Lorraine. À propos de l’essentiel… de ce qui concerne le métier d’aventurier, » déclarai-je.

« Je vois. Après tout, vous vivez ensemble. Alors je suppose que c’est très bien ainsi ! Alors, Monsieur Rentt, s’il vous plaît, travaillez dur en tant qu’aventurier. Mais valorisez votre vie par-dessus tout ! » déclara-t-elle.

J’avais hoché la tête en réponse aux paroles de Sheila et je m’étais éloigné du comptoir de la réceptionniste alors que mon inscription tirait à sa fin.

***

Partie 18

Le long des murs de la Guilde des Aventuriers se trouvait une myriade de tableaux d’affichage, avec chacune des quêtes écrites et des missions de toutes sortes qui y étaient épinglées. Les missions en question, en général, avaient été triées par couleur et avaient été codées pour permettre aux aventuriers d’identifier rapidement le type de tâche répertorié.

Bien sûr, il y avait beaucoup d’emplois différents, allant des missions bizarres jusqu’aux requêtes qui exigeaient un certain degré de force et d’habileté au combat. Cependant, la couleur la plus dominante était celle de « l’aide classique » — faire des courses, aider avec des tâches mondaines, et ainsi de suite. Ainsi, même les aventuriers qui avaient peu de compétence au combat pouvaient facilement gagner leur vie — mais en même temps, c’était aussi la raison pour laquelle les criminels fugitifs pouvaient facilement se fondre dans la mer d’aventuriers disponibles.

En y repensant, alors que j’avais tué des monstres plus faibles et rassemblé des matériaux de Donjon dans la vie, j’avais aussi fait quelques petits boulots. En raison de mon histoire, j’étais plus qu’habitué aux petits boulots de toutes sortes, mais bien que je pouvais facilement accepter ces mêmes demandes maintenant, mon apparence actuelle ne se prêtait pas exactement à de telles tâches. En fait, ces missions bizarres que j’avais l’habitude de faire étaient maintenant beaucoup plus difficiles pour moi.

Je n’étais pas du tout intimidant quand j’étais en vie, j’étais connu pour mon visage apparemment inoffensif et enfantin. Ainsi, j’avais pu m’intégrer facilement à divers endroits, car je n’étais pas du tout détesté ou discriminé. Mais avec mon apparence actuelle, je serais sûrement considéré comme un étranger dans une robe et un masque à tête de mort — à peine le genre de personne que l’on voudrait voir faire leurs petits boulots et leurs courses.

Alors que les clients en question ne pouvaient probablement pas se permettre d’être trop pointilleux quant à savoir qui faisait leur travail pour eux, tuer des monstres et échanger leur matériel était maintenant un moyen beaucoup plus efficace de gagner de l’or pour moi. De plus, il n’y avait pas beaucoup d’interaction sociale — dans les deux cas, cela allait bien fonctionner pour moi.

C’était peut-être idiot de penser que je ne pouvais pas supporter le jugement des autres pendant que je faisais des courses. Bien que je puisse certainement le tolérer, il était tout aussi stupide d’accepter de telles demandes tout en étant capable de tuer des monstres pour de plus grandes récompenses.

En pesant les deux options, je m’étais rapidement décidé pour les couloirs sombres du Donjon.

Avec toutes ces pensées en tête, je m’étais approché du tableau de demande, récupérant une tâche écrite qui semblait bien dans mes capacités actuelles. Faisant une lecture rapide, j’avais hoché la tête, puis j’avais marché vers le comptoir de Sheila avec la demande en main.

« Ah, Monsieur Rentt. Avez-vous déjà décidé de travailler sur une demande ? » me demanda-t-elle.

J’avais remis la feuille de papier à Sheila en réponse, mais Sheila n’avait pas tardé à exprimer sa désapprobation après un regard fugace.

« … Une demande de tuer et de collecter des matériaux auprès des orcs dès le départ ? Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur Rentt… peut-être pourriez-vous envisager à la place de collectionner les cristaux magiques des gobelins ? Après tout, vous venez juste de commencer l’aventure…, » déclara-t-elle.

Les orcs étaient, sans aucun doute, des monstres quelque peu forts. En gros, ils seraient faciles pour les aventuriers supérieurs, et de difficulté importante pour la classe Bronze. Bien que les préoccupations de Sheila soient valables, je pouvais facilement vaincre les orcs et leurs semblables avec mon niveau de puissance actuelle.

Mais cela dit, cependant, le fait d’être trop remarquable s’avérerait toujours un problème. Tout ce que j’avais à faire, c’était simplement d’éviter un tel scénario.

« … J’ai tué… orc, là où j’habitais… Avant. Alors que je suis en effet… un nouvel aventurier… J’ai une certaine confiance… Dans mes capacités, » déclarai-je.

Les épéistes et autres qui venaient de pays étrangers et qui devenaient des aventuriers n’étaient pas vraiment rares, donc mon raisonnement était parfaitement crédible.

Mais mes paroles n’avaient guère rassuré Sheila, qui était encore manifestement inquiète.

Cependant, elle n’avait pas essayé de m’arrêter, mais plutôt de continuer avec les procédures appropriées, comme si elle avait renoncé à me convaincre de faire autrement.

« … Ne faites rien de risqué. Après tout, nous ne vivons tous qu’une seule vie. Si ça a l’air mauvais, veuillez vous retirer dans un endroit sûr, d’accord ? » me demanda-t-elle.

Plus que quiconque, j’avais compris l’importance des conseils de Sheila — après tout, j’étais déjà mort une fois auparavant. Au contraire, j’avais toujours été du genre à me retirer à la hâte si je sentais le moindre danger, de sorte que les inquiétudes de Sheila, même si elles étaient bonnes, étaient mal placées.

Mais offrir des mots de prudence aux aventuriers n’était qu’une partie de son travail.

J’avais répondu par une simple reconnaissance de « je comprends », et c’est tout ce que j’avais à dire.

***

Partie 19

L’inscription en tant qu’aventurier étant terminé, je n’avais pas l’intention de me diriger soudainement vers le Donjon de la Nouvelle Lune. Bien sûr, il y avait le fait que j’avais accepté la demande pour des composants issus des orcs, mais il me restait beaucoup de temps pour y répondre à une date ultérieure.

Je devais d’abord me rendre ailleurs, plus précisément dans le secteur inexploré de la Réflexion de la Lune. En termes simples, j’allais à l’endroit où j’avais combattu pour la dernière fois le squelette géant.

Le Donjon de la Réflexion de la Lune était, comme d’habitude, assez calme. Alors que je passais occasionnellement à côté d’aventuriers de la classe Fer, ils ne semblaient pas me remarquer lorsque je passais, étant trop absorbé dans leurs propres batailles avec un monstre ou un autre.

En plus de faire un large détour, j’avais fait ce que j’avais pu pour supprimer ma présence magique et spirituelle, en marchant furtivement à travers les salles du Donjon. Dans le passé, tout ce que j’avais à faire pour me faufiler devant les humains et les monstres était d’être un peu plus silencieux, mais mes pouvoirs étaient si faibles que ni l’un ni l’autre ne m’aurait de toute façon remarqué.

Je n’étais pas sûr si je devais être si heureux que je devais faire quelque chose comme ça maintenant pour passer inaperçu, car c’était un peu gênant. Même ainsi, j’avais supposé que les problèmes comme ceux-là étaient des soucis que seuls les forts faisaient face. J’avais décidé de mettre ces pensées de côté pour l’instant, étant donné qu’il ne s’agissait pas de problèmes importants. Si je devais dire quelque chose, je le considérais comme une pratique, cacher mon mana et mon esprit à volonté améliorerait sûrement mon contrôle sur ces capacités au fil du temps.

Après être arrivé à une entrée familière, j’avais fait un pas dans le sentier caché, pour finalement atteindre et entrer avec confiance dans le cercle magique se trouvant sur le sol.

Après l’avoir utilisé une fois, le cercle ne semblait plus intimidant ou dangereux. Bien que j’aie entendu des histoires de cercles magiques qui transportent les utilisateurs à différents endroits chaque fois, j’avais eu du mal à croire qu’un tel mécanisme mal intentionné était présent dans ce Donjon. Il serait possible de rencontrer ces cercles dans des Donjons d’une plus grande difficulté, mais la Réflexion de la Lune ne semblait pas être un tel lieu.

Cela dit, il n’y avait pas d’autre moyen de vérifier mes soupçons. Heureusement, le cercle magique s’était avéré bénin, me transportant dans la même pièce où j’avais combattu pour la première fois le squelette géant. Préparant mon épée, j’étais lentement sorti du cercle — .

Comme je l’avais déjà vaincu, le squelette géant aurait pu réapparaître pendant mon absence. C’était, effectivement, une salle de boss, de sorte que le squelette en question pourrait réapparaître sans fin dans un cycle, ou il aurait pu s’agir d’une pièce unique. Ne sachant pas laquelle des deux pièces s’était, j’avais avancé avec prudence, mentalement préparée à la possibilité d’un combat. C’était le moins que je puisse faire, car il était bien d’être prudent dans le Donjon.

Cependant, peu importe combien de temps j’avais attendu après avoir quitté le cercle, le squelette géant n’était pas réapparu — en fait, je ne pouvais pas du tout sentir sa présence. Peut-être qu’il avait besoin de plus de temps, ou était un monstre qui n’était apparu qu’une seule fois. De toute façon, j’avais baissé mon épée, un peu plus soulagé que je ne l’étais auparavant. Mais, je n’avais pas l’intention d’envelopper ma lame avec une aura avant de savoir sur quoi je tomberais.

En regardant autour de moi, je m’étais retrouvé une fois de plus dans une grande pièce vide. On se demanderait pourquoi je m’étais retrouvé dans un tel endroit après avoir accepté une demande qui devait être satisfaite dans un autre Donjon — mais bien sûr, j’avais mes raisons.

Ce cercle magique dont je venais de sortir n’était apparu qu’après que j’eus vaincu le squelette géant — il était invisible avant cela. J’avais découvert ce cercle nouvellement formé lors d’une fouille de la salle alors que Loris, le propriétaire du Pavillon de la Wyverne Rouge, était inconscient.

Cependant, ce n’était pas tout ce que j’avais trouvé. En réalité, il y avait un autre cercle, positionné sur le sol non loin de celui dans lequel j’avais pénétré pour entrer dans la chambre du squelette géant. Si je devais le deviner, ce cercle était probablement relié à un autre endroit. Le Donjon de la Réflexion de la Lune semblait se poursuivre au-delà de ce cercle magique.

Lentement, j’avais fait un pas vers le cercle sur le sol. Bien que je n’avais pas compris le langage utilisé pour l’inscrire ni les principes derrière l’étrange magie utilisée pour l’alimenter, je pouvais au moins voir que ce cercle était dessiné un peu différemment de celui qui menait à la pièce du boss. Cela m’amènerait sûrement à un autre endroit.

Peut-être s’agissait-il d’une sorte de piège — deux cercles dans une pièce, les intrus les plus malchanceux se retrouvant dans une pièce scellée avec un squelette géant. J’avais supposé que de telles choses arrivaient de temps en temps.

Eh bien, alors… qu’est-ce que ce serait cette fois ? Des serpents ? Des démons ? Un Dragon, peut-être ?

Bien sûr, il n’y avait pas d’autre moyen de le découvrir. Quand le cercle magique avait commencé à émettre une lumière brillante, j’avais préparé mon épée une fois de plus, en attendant le changement éventuel dans mon environnement.

***

Partie 20

Après que la lumière avait commencé à s’estomper lentement, je m’étais rapidement tourné pour observer mon environnement, préparé à une attaque venant de n’importe quelle direction. Je ne pouvais pas aussi exclure la possibilité que ce cercle soit un piège, avec des monstres ou d’autres monstres à l’affût. Cependant…

D’après ce que j’avais pu voir, il n’y avait pas de monstres ici, et encore moins de pièges. Au lieu de cela, je m’étais retrouvé dans une pièce désordonnée et encombrée. Toutes sortes d’objets traînaient, certains pourrissant sur le sol. Tous les signes indiquaient que cet endroit avait été habité à un moment donné — en fait, il ne semblait pas du tout appartenir au Donjon.

Plusieurs étagères bordaient le mur — même une table et un lit étaient présents. Ce qui semblait être un jouet souple gisait sur le sol près de moi. Lorsque j’avais tendu la main pour le toucher, le jouet s’était effondré en poussière, ne laissant aucune trace de sa forme précédente. Je ne pouvais que supposer que cet endroit n’avait pas été touché pendant des années, peut-être même des siècles.

Cependant, ce qui avait retenu mon attention, c’était le lit au bout de la pièce — ou, pour être précis, ce qui dormait sur ce lit. Quelqu’un avait dormi leur dernière nuit ici il y a très, très longtemps, et même aujourd’hui, il avait continué son sommeil éternel.

Un ensemble d’os blancs reposait, un peu sereinement, sur le lit. Il n’y avait pas de lumière dans les orbites creusées du crâne, ce qui restait de ses yeux regardait droit vers le plafond, et ses mains squelettiques se serraient contre sa poitrine. Au premier coup d’œil, l’individu en question semblait être mort paisiblement dans son sommeil.

Un bouquet de fleurs séchées avait été placé près de son oreiller. J’avais tendu la main pour les toucher, pour être salué par la vue de ces fleurs qui se transforment en poussière sous mes yeux.

Qu’est-ce que… c’est cet endroit ?

Quelqu’un avait déjà vécu ici — je pouvais le voir — mais je n’avais jamais entendu parler d’un être humain vivant aussi profondément dans un Donjon de quelque sorte que ce soit.

Pour commencer, est-ce que quelque chose comme ça était même possible… ?

Je n’en avais aucune idée. Cependant, l’existence même de cette pièce avait prouvé une chose : si cette pièce existait, son propriétaire devrait aussi exister et y habiter à un moment donné.

Mais même ainsi… Je n’avais rien vu qui ressemblait à un trésor autour de moi. Quelle était la signification profonde de cet endroit ?

Avec cela à l’esprit, j’avais fouillé la pièce, regardant à travers les débris comme tout bon aventurier. Mais rien de notable n’avait été trouvé. Après avoir fait tout ce chemin… J’avais supposé qu’il y avait de vieux livres sur ces étagères ?

En jetant un coup d’œil sur les étagères, bon nombre des livres en question semblaient être des tomes de référence qui étaient très probablement indéchiffrables, sauf par les spécialistes les plus compétents. Curieusement, au milieu de ces volumes se trouvait ce qui semblait être des livres d’images minces. Est-ce qu’un enfant vivait ici ?

Il s’agissait, bien sûr, de livres très anciens. Si j’emmenais certains d’entre eux, j’étais sûr qu’ils vaudraient une bonne quantité de pièces.

Hochant de la tête, j’avais tendu la main pour les livres anciens — .

« … Toi, là-bas. Qu’est-ce que tu crois exactement faire ? » Une voix avait retenti de derrière moi.

Derrière moi… ? C’était anormal, voire impossible. J’avais été constamment sur mes gardes après tout, ne sachant pas ce qui se trouvait dans les profondeurs de cette pièce.

Je n’avais pas d’autre choix que de faire demi-tour. Le propriétaire de la voix aurait pu m’attaquer soudainement — mais à la place, il m’avait parlé, comme s’il s’attendait que je me retourne.

Lentement, je m’étais tourné vers la direction de la voix. C’était une femme : à première vue, elle n’avait pas l’air très spéciale. Des cheveux doux et blancs, des yeux bleus et un sourire doux et apaisant — telle était la femme qui se tenait devant moi dans cette petite pièce. Elle portait une robe noire, peut-être une sorte de magicien.

La femme m’avait parlé une fois de plus : « Je te le redemande : qu’est-ce que tu fais exactement ici ? »

C’était une voix calme, douce et apaisante, presque comme la voix d’un adulte qui interroge un enfant.

Moi, cependant, j’avais cessé de respirer. Pendant un moment, j’avais été saisi par un intense sentiment de nervosité, de tension…

Si je devais le dire simplement : cette femme était une mauvaise nouvelle.

J’avais fait confiance au sentiment instinctif sur lequel j’avais compté pendant la plus grande partie de ma vie, de sorte que je pouvais facilement dire cela sans aucune hésitation. Mais la femme se tenait devant le cercle magique, scellant ainsi mon seul moyen d’évasion.

Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire. Je suppose que le seul choix que j’avais était de répondre à sa question, c’était la conclusion à laquelle j’étais arrivé après beaucoup de réflexion frénétique.

J’avais offert ma réponse à la femme : « … J’étais juste… Je cherche autour de moi… Tout ce qui a de la valeur… Je suis un aventurier, donc… »

« Hahaha. Valeur, valeur, valeur… Tout ce qui a de la valeur… Je vois. Alors, tu es un voleur ? Alors, j’espère que tu es prêt à mourir ici ? » déclara-t-elle.

« Quoi… ? » m’écriai-je.

« Tu as l’air troublé. Mais oui, bien sûr. Je comprends. Je comprends, mais… il y a des choses que je ne peux tout simplement pas pardonner. Je ne veux pas souiller cet endroit… Mais à cette fin, je suppose que je n’aurais qu’à te tuer — il n’y a pas d’autre moyen, » déclara-t-elle.

Après ça, la femme avait légèrement levé la main, la pointant vers moi. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle faisait quand, presque instantanément, j’avais remarqué la quantité effrayante de magie se condensant dans la paume de sa main. Instinctivement, j’avais mis toutes mes capacités dans la magie et les compétences défensives. Avec un bouclier de magie, le renforcement de mon corps avec l’esprit, et l’infusion de ma lame avec la Divinité, je serais sûrement capable de repousser toute attaque.

Bien sûr, j’avais l’intention si possible d’esquiver l’attaque. L’agression de la femme, cependant, avait été beaucoup plus rapide, beaucoup plus précise.

Des flammes intenses jaillissaient de sa paume, qui s’écrasèrent sur mon être. C’était comme le souffle d’un Dragon, alors que la force s’enfonçait en moi comme un boulet de canon — telle était la puissance de son impact. C’était beaucoup plus lourd, plus puissant que le coup d’un simple squelette géant.

J’avais été envoyé dans un vol plané, m’écrasant dans un mur à proximité. J’avais senti une pointe de douleur dans mon dos. J’étais content d’avoir bloqué une seule attaque, mais la bataille était loin d’être terminée. J’avais immédiatement senti le même type de magie se rassembler une fois de plus dans la paume de la femme — la mort elle-même était condensée en boule de feu sur une courte distance devant moi.

Alors que je luttais pour me lever, la femme s’approcha lentement, la paume de sa main levée avec une intention meurtrière. Je ne pouvais pas me défendre contre le prochain coup.

Malgré tout, je ne pouvais pas abandonner et j’avais commencé les préparatifs pour une autre couche de protection magique. Je n’arriverais probablement pas à le faire à temps… Mais ensuite, j’avais remarqué le regard de la femme, qui s’était posé sur moi. Ce qui s’était ensuite produit était inattendu, car les mouvements de la femme s’étaient arrêtés là.

« … Toi… Ton… corps… ? » On dirait qu’elle avait une question pour moi.

Mon corps ? Qu’en est-il ?

Alors que mon corps était protégé par une vague de magie et d’esprit, ma robe avait été enflammée par la boule de feu précédente. La plupart de mes vêtements étaient maintenant brûlés, révélant les morceaux pourris de mon corps de Thrall. Peu importe comment on le regardait, j’avais à peine l’impression d’être humain avec des morceaux de chair pourrie et parfois séchée sur mon corps. La femme semblait surprise de cela.

Mais bien sûr qu’elle le serait, seuls les monstres ressembleraient à ça.

« … Quoi... Même moi… N’a pas choisi de… devenir comme ça. Pensez-vous que… J’aime… ressembler à ça ? » lui demandai-je.

Je n’avais aucune illusion quant à la situation. Il n’y avait aucun moyen d’échapper à cette femme. J’étais condamné à mourir dans cette pièce, alors je pourrais aussi bien dire ce que je voulais dire. C’est peut-être la dernière fois que j’aurais l’occasion de le dire.

La femme, cependant, ne semblait pas en colère contre mes paroles. À la place, elle baissa la main, les traces de magie s’estompant de sa paume.

« … Mais oui. Bien sûr… Je vois. Il semblerait que je me sois trompée — un malentendu. Je m’excuse. »

La femme… s’excusait-elle auprès de moi ?

« Oh… Je vois que ta robe a malheureusement pris feu. Je n’ai pas de robe de remplacement sous la main… Je pourrais peut-être t’offrir ceci à la place. Elle est bien faite, et je crois qu’il te serait utile. »

En disant cela, la femme avait enlevé sa robe noire, l’avait pliée et me l’avait remise.

« Ah, une dernière chose a noté : c’est une pièce d’une grande importance pour moi. Je suppose que même toi, tu comprendras que cet endroit est spécial. Pourrais-je te demander de ne pas parler de cette pièce à quelqu’un d’autre ? » demanda la femme, me regardant avec une expression sereine.

La femme savait sûrement que je serais d’accord, car après tout, elle m’avait laissé vivre en échange de garde secret l’emplacement de cette pièce. Ce que je n’avais pas compris, c’est comment la femme connaissait cette pièce et pourquoi je n’avais pas le droit de le signaler à qui que ce soit. Pour commencer, même si l’on n’était pas un aventurier, découvrir un secteur inexploré dans un Donjon était une grande découverte — on pouvait s’enrichir suffisamment pour durer toute une vie, alors il était normal que la personne moyenne rapporte cette information à la guilde.

« Toi… Tu ne veux pas que… le dise à la guilde… ? » lui demandai-je.

« Oui, je suppose que ce serait mieux ainsi. Plus précisément, si tu n’étais pas présent, il n’y aurait aucun moyen d’entrer dans cette pièce. Tu es arrivé ici par ce cercle magique, n’est-ce pas ? Ce cercle ne s’activerait que si tu y entres, » répondit-elle.

C’était ce que la femme avait à dire, en plus des nombreuses autres choses qu’elle avait ensuite mentionné que je n’avais aucun moyen de comprendre. Tel était l’écart de puissance entre nous, même Lorraine, qui était une mage de classe Argent, ne pourrait pas se comparer à sa force. Si je lui avais donné une réponse qu’elle n’appréciait pas, la mort serait sûrement sa réponse — je pouvais déjà l’imaginer.

Cependant, avancer dans le rang d’aventurier était aussi mon rêve. À l’origine, j’avais l’intention d’utiliser Loris pour rapporter le secteur inexploré, me redonnant à son tour l’or que je lui avais prêté à l’aide du cristal magique du squelette géant. Maintenant, avec mon apparence quelque peu humaine, j’avais pensé qu’il était possible de rapporter cette information à la guilde à un moment où il y avait moins de monde. Cela augmenterait certainement mon rang et mon influence au sein de la guilde, ce qui me rapprocherait de l’objectif de devenir un aventurier de la classe Mithril.

Du moins, c’est ce que je pensais. Cependant, cette femme ne voulait pas que je fasse quoi que ce soit du genre…

Comme si elle comprenait ce que je ressentais à propos de la situation, la femme avait recommencé à parler une fois de plus :

« … Cela étant dit, je suppose que tu ne voudrais pas rentrer les mains vides. Je comprends. Les aventuriers sont toujours à la recherche de résultats tangibles ou de réalisations. Peut-être qu’il ne s’agirait pas d’un remplacement, mais il te sera certainement utile. Qu’en penses-tu ? » me demanda-t-elle.

« C’est… »

L’objet qui m’était offert semblait être une sorte de parchemin ancien — il était aussi remarquablement vierge. D’un coup d’œil, je pouvais en déduire qu’il s’agissait probablement d’un artefact littéraire ancien. Malheureusement, il n’avait pas l’air de valoir une fortune.

Mais la femme avait continué son explication :

« Il s’agit d’un artefact qui cartographie automatiquement les secteurs du Donjon dans lesquels son propriétaire a mis les pieds — un objet magique connu sous le nom de Carte d’Akasha. Pour l’instant, rien n’est écrit dessus, mais cela n’est dû qu’au fait que le propriétaire précédent a effacé les cartes archivées. Il serait sûrement utile à un aventurier comme toi… Qu’en penses-tu ? »

Si ce que la femme avait dit était vrai, c’était vraiment un objet utile. En fait, il était surprenant qu’un tel article puisse exister — si j’envisageais de le vendre, l’établissement d’un prix juste à lui seul poserait un défi de taille.

Mais bien sûr, cela supposait que ce que la femme avait dit était vrai. Un tel objet fantastique pourrait-il exister dans notre monde ?

 

 

« Considères-tu au moins ma demande si je te prouvais la validité de mes revendications ? » demanda-t-elle.

J’avais hoché la tête à la question de la femme. Si la carte fonctionnait comme la femme le prétendait, la posséder rendrait certainement mon exploration du Donjon beaucoup plus facile. Je suppose que cela valait la peine d’écouter ses demandes, même si je restais sceptique sur toute l’affaire.

« Alors, canalise ta magie dans le parchemin…, » déclara-t-elle.

J’avais fait ce qu’on m’a dit, et — .

« … Incroyable… »

Je ne pouvais que retenir mon souffle imaginatif lorsque les lignes pointillées sur la surface du parchemin précédemment vierge formèrent finalement une carte détaillée de la Réflexion de la Lune. Même les petits détails et les notes que j’avais écrites sur ma propre carte abîmée étaient apparus, se dressant soigneusement sur le parchemin.

« Je suppose que nous avons un accord ? » me demanda-t-elle.

« … Oui. Je suppose que oui, » lui répondis-je.

Bien que je sentais toujours une forte envie de signaler ce secteur inexploré à la guilde, il y avait de fortes chances que cette femme viendrait me retirer la vie si je le faisais. Après tout, elle essayait sans aucun doute de me tuer il y a quelques minutes à peine — je ne pouvais pas aller à l’encontre de ses paroles, même si je le voulais.

« Je vois. C’est très agréable. Alors, je devrais te raccompagner, au moins jusqu’à l’entrée, » déclara-t-elle.

« Hein ? » m’exclamai-je.

Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit d’autre, la femme avait activé une sorte de magie de translocation. Immédiatement après ça, j’avais trouvé une vision déformée devant moi. Souriant avec douceur en faisant des signes de la main, son expression semblait nettement différente du visage meurtrier qu’elle avait porté plus tôt dans notre rencontre.

« … Eh bien, dans ce cas, prends soin de toi… C’est peut-être un peu idiot de dire cela à quelqu’un comme toi, » déclara-t-elle.

Avec ces paroles d’adieu, elle était partie, et je m’étais vite retrouvé à l’entrée de la Réflexion de la Lune.

Est-ce que ce n’était qu’un rêve ?

J’avais regardé vers le sol : ma robe était en effet différente, et j’avais un vieux morceau de parchemin dans ma main.

… Qu’est-ce que c’était ?

Je n’arrêtais pas de penser aux événements qui venaient de se produire. Je n’avais plus l’intention d’explorer plus aujourd’hui et alors que les pensées inquiètes de ces affaires récentes me remplissant l’esprit, j’étais lentement retourné à Maalt.

***

Partie 21

« … C’est presque comme si tu étais maudit, Rentt. Pourquoi ces choses étranges n’arrêtent-elles pas de t’arriver ces derniers temps ? »

C’était apparemment ce que Lorraine avait à dire quand je lui avais décrit les détails de ma dernière aventure. Elle m’avait regardé avec une expression d’incrédulité et d’exaspération.

Ce n’est pas comme… j’aimais avoir… des choses étranges qui m’arrivent… tout le temps.

Bien que j’aurais voulu livrer une telle réprimande à Lorraine, c’est moi qui étais retourné à l’endroit où j’avais rencontré le dragon, avançant joyeusement au plus profond de l’inconnu du donjon. Même si je ne pouvais plus sentir la présence du dragon, me coller la tête dans un tel endroit n’était pas exactement intelligent —, en tant que tel, j’avais ravalé mes mots. Dans tous les cas, Lorraine avait raison.

« Eh bien… Les aventuriers sont connus pour se retrouver dans toutes sortes de situations étranges — les risques professionnels et tout ça. Je dirais qu’il est un peu trop tard pour se plaindre… C’est vrai, eh bien, cet objet magique qui est à toi… il semble que cela fonctionne relativement bien, » déclara Lorraine, regardant la Carte d’Akasha que j’avais obtenue de la femme aux cheveux blancs.

 

 

Alors que la cartographie automatique d’un donjon était vraiment pratique, j’avais déjà trouvé un objet maudit. J’avais donc pensé qu’il n’y aurait jamais trop de prudence lorsqu’il s’agissait d’évaluer des objets qui m’avaient été donnés, et donc j’avais décidé de demander à Lorraine d’effectuer une inspection pour déceler d’éventuels pièges ou appréhensions.

Alors que j’avais ma réserve de Divinité et que je pouvais facilement détecter les malédictions, des objets spéciaux qui étaient hors de ma portée existaient — mon masque, par exemple, était l’un d’eux. Le plus que je pouvais faire avec ma Divinité était d’avoir un sentiment brutal si quelque chose d’immonde m’attendait à l’intérieur de l’objet, car les examens détaillés dépassaient mes capacités.

Lorraine, cependant, avait sa part de connaissances savantes, en plus de ses compétences en magie et en alchimie. Avec son expérience, elle serait peut-être en mesure d’avoir un aperçu de la carte — d’où ma décision. Apparemment, elle possédait également les qualifications nécessaires pour évaluer officiellement les objets pour la guilde, de sorte qu’elle n’aurait aucun mal à trouver un emploi avec les qualifications qu’elle détenait. De plus, Lorraine n’effectuait l’évaluation des articles que sur une base de travaux irréguliers — je ne pouvais m’empêcher d’être jaloux de ses capacités.

« … As-tu découvert… tout ce qui concerne l’utilisation… cette carte en détail ? » demandai-je.

Alors que la femme m’avait simplement remis la carte et m’avait dit d’y insuffler ma magie, je savais peu de choses sur le fonctionnement de cette carte, ou si elle pouvait être utilisé d’une autre manière.

« J’ai essayé l’investigation, eh oui, il semble que je ne peux pas utiliser cette carte toute seule. On t’a dit que la magie qui parcourt cette carte fait qu’elle se dessine toute seule, n’est-ce pas ? Mais il semble que ta magie est spécifiquement requise, car la mienne seule ne fonctionne pas. Tiens, essaie. »

C’est ainsi que Lorraine m’avait remis la carte avec désinvolture — bien sûr, des lignes familières détaillant les passages et les étages du Reflet de la Lune avaient commencé à apparaître sur sa surface.

« Hmm… Il y a autre chose en effet. Ce… qu’est-ce que c’est que ce point ici ? » me demanda-t-elle.

En regardant de plus près, un point noir était visible à la surface de la carte, perpétuellement en mouvement. Surmonté par la curiosité, j’avais touché le point avec un doigt et, ce faisant, j’avais fait en sorte que ce qui semblait être un nom se matérialise sous le point.

« C’est… »

« Il semblerait que oui. C’est le nom d’un individu qui explore actuellement le donjon. De penser que la carte est capable de cela — est en effet vraiment terrifiant. Quelle capacité ! Il s’agit sans aucun doute d’un objet au même titre que les trésors nationaux d’un royaume, » avait déclaré Lorraine, apparemment émue par les capacités de la carte.

En vérité, je savais que j’avais fait une bonne affaire même sans connaître les fonctions supplémentaires de cette carte — mais en échange, j’avais presque perdu la vie à cause de la magie de cette femme. Compte tenu de ces facteurs, je suppose que le commerce était quelque peu égal.

Lorraine et moi avions continué à faire divers tests et expériences sur la carte, découvrant finalement que la zone illustrée par ladite carte pouvait changer tant que je le voulais — tant que j’y canalisais la magie. Par exemple, je pourrais facilement demander à la carte d’illustrer une autre zone, en changeant son affichage des salles de la Réflexion de la Lune à un autre endroit de mon choix.

De plus, la capacité de la carte à montrer les noms d’autres aventuriers n’avait fonctionné que si le manieur avait exploré le donjon en question. Bien que j’aie terminé la cartographie de la Réflexion de la Lune au cours de ma longue carrière, je n’avais guère exploré le donjon de la Nouvelle Lune.

En essayant de faire en sorte que la carte se concentre sur ce dernier donjon, je m’étais rendu compte que seules les zones que j’avais visitées auparavant étaient cartographiées. De plus, la fonction de suivi des aventuriers était inactive. Cela s’était avéré être le cas puisque Lorraine et moi avions regardé la carte ensemble pendant un temps considérable — mais aucun point n’était apparu à sa surface. Si je devais le deviner, je n’avais tout simplement pas cartographié ce donjon suffisamment pour que ladite fonction s’active.

Strictement parlant, c’était plus qu’une supposition, car la fonction de suivi avait fonctionné au premier étage de la Nouvelle Lune, que j’avais fini de cartographier il y a quelque temps. En tenant compte de ce fait, il était évident que les autres étages avaient besoin d’une quantité de travail similaire avant que la fonction de suivi en question ne commence à fonctionner.

Bien que la Carte d’Akasha soit certainement un objet pratique, elle avait encore ses propres limites.

Mais il y avait encore une chose que je devais demander à Lorraine : « Qu’en est-il… des malédictions et autres… ? »

« D’après ce que j’ai vu jusqu’ici, c’est sûr. Tu peux probablement l’utiliser sans trop de soucis. C’est tout à fait un bon artefact que tu as trouvé…, » déclara-t-elle.

« Vraiment ? »

L’évaluation de la valeur de la carte par Lorraine semblait quelque peu soudaine.

« Mais bien sûr. Elle est très résistante à la magie de toutes sortes et ne se coupe pas facilement avec des objets tranchants. Bien que je n’ai aucune idée à quel point elle résisterait à un épéiste compétent ou à une épée bien fabriquée, elle semble avoir plus de capacités défensives qu’une armure normale. Oui, ce serait une bonne analogie pour elle, » déclara-t-elle.

L’analogie de Lorraine était quelque peu étonnante, car si c’était vrai, cette carte serait tout à fait un artefact. Bien que je me sois trouvé vraiment déçu de ne plus pouvoir signaler à la Guilde des Aventuriers la découverte d’un secteur auparavant inexploré, le fait que j’avais obtenu un outil magique si pratique et un objet de défense de fortune m’avait impressionné. Peut-être que j’avais en fait gagné beaucoup plus de cette situation que ce que j’avais initialement supposé.

D’ailleurs, même si je rapportais ce secteur inexploré, le Donjon de la Réflexion de la Lune n’était qu’un donjon de niveau débutant, fréquenté par les aventuriers jusqu’au niveau de la classe Bronze. Bien que j’aurais pu m’attendre à une récompense de taille raisonnable, la reconnaissance que j’aurais obtenue d’une telle découverte ne serait pas si importante dans l’ordre des choses.

En gardant cela à l’esprit, je suppose que je pourrais appeler cette carte un atout certain. Après tout, les cristaux magiques que j’avais récoltés sur les monstres du secteur (à l’exception du cristal du squelette géant) avaient été vendus pour une somme modique par Lorraine, donc j’étais maintenant financièrement stable, sinon confortable.

Bien que j’avais remis à Clope la moitié de ma fortune en guise de dépôt pour mon arme sur mesure, je ne risquais plus d’entrer dans le rouge.

« … Eh bien. Enfin, il y a la question de la femme que tu as rencontrée à cet endroit… Je n’ai aucune information sur elle, malheureusement. Personnellement, je suis plus intéressée par la capacité et les techniques requises pour créer une sorte de demeure dans un donjon. Entre tous les endroits…, » déclara-t-elle.

Il semblerait que Lorraine et moi étions d’accord sur ce point. La femme était soudainement apparue et m’avait rapidement envoyé dans le donjon sans fournir beaucoup d’explications. En raison de notre interaction relativement courte, je n’avais aucun moyen de l’observer en détail et, par conséquent, aucun moyen de déduire qui elle aurait pu être.

Bien que j’étais certain de sa force, le fait qu’elle pouvait me réprimander et m’intimider de cette façon signifiait qu’elle était une rareté en soi.

Dans mon état actuel, je pourrais probablement affronter un aventurier de classe Argent inférieur. Même si je ne pouvais pas gagner, je pourrais au moins m’échapper. Si j’avais à faire face à un aventurier de classe Or ou plus haut, je serais sûrement vaincu en un instant. Ce serait une évaluation juste de ma force actuelle.

Mais bien sûr, je n’avais pas l’intention de stagner ici — je voulais grimper plus haut. Pour y parvenir, j’avais besoin d’un corps qui pouvait progresser, et c’était quelque chose que je possédais maintenant.

Cela dit, cependant, il y avait toujours la possibilité que, peu importe à quel point j’avais évolué, je reste toujours un monstre.

« En fait… J’étais sur le point de partir… vers ce secteur inexploré encore une fois… »

« Même si tu as été chassé la dernière fois ? Comme c’est courageux de ta part, » déclara-t-elle.

« La femme m’a dit… ne pas “rapporter” cet endroit… à la guilde. Elle n’a rien dit… à propos de “ne pas y retourner”, » répondis-je.

« … Je suppose que c’est vrai, du moins d’après ce que tu m’as dit. Il s’agit toutefois d’un détail technique, car elle ne souhaite évidemment pas que tu remettes les pieds dans ce lieu, » déclara Lorraine.

Les paroles de Lorraine sonnaient vrai, mais beaucoup de choses à propos de cette rencontre me dérangeaient encore. J’aimerais au moins lui parler encore une fois et lui poser certaines questions — tels étaient mes espoirs.

Si ce n’était pas possible, alors qu’il en soit ainsi, mais je devais au moins essayer. D’après la façon dont notre dernière interaction s’était terminée, je pourrais en quelque sorte supposer qu’elle ne ferait plus immédiatement une tentative contre ma vie.

Lorraine, à son tour, avait eu quelques paroles d’avertissement pour moi : « … Tu ferais bien d’être prudent. Cette femme n’est pas du tout normale — je peux le dire en écoutant ton récit. On ne sait pas ce qui provoquerait sa colère. »

« Je sais. »

Lorraine hocha la tête. C’était peut-être évident, mais après l’avoir affrontée en personne et avoir failli mourir à la suite de cette expérience, j’avais compris ce point mieux que quiconque.

Lorraine avait raison : je devais être prudent par-dessus tout, de peur de me retrouver face à la mort sans prévenir.

***

Partie 22

Il s’avérerait malheureusement que tous mes efforts avaient été gaspillés, comme je le découvrirais le lendemain.

La raison en était simple : ce qui était auparavant l’entrée du secteur inexploré de la Réflexion de la Lune avait apparemment disparu sans laisser de trace. Peu importe la façon dont je le regardais, l’impasse en question était maintenant un mur parfait — et c’était tout ce qui se tenait là actuellement.

Toujours invaincu, je m’étais approché du mur, le touchant ici et là de mes mains. Mais tout ce qui répondait à mes doigts, c’était une surface froide et lisse — et c’était tout. Avec cela, tous les moyens de récupérer des indices, ou n’importe quel moyen d’obtenir des réponses de la femme avaient disparu.

Franchement qui était-elle… ?

J’avais réfléchi à la question pendant un certain temps. Les réponses, cependant, m’avaient échappé. Après tout, personne ne s’approcherait simplement de moi avec toutes les réponses à mes questions.

Pourrais-je peut-être la revoir un jour ?

Je n’en avais aucune idée. Mais une chose était restée claire dans mon esprit : je continuerais à gravir les échelons vers mon but, devenant éventuellement un aventurier de la classe Mithril. Je la reverrais certainement, un jour. C’est du moins ce que j’avais ressenti.

Dans la vie, je m’étais entraîné dur, jour après jour, pendant une décennie entière, sans le moindre effet.

Mais les choses étaient maintenant très différentes. Une rencontre avec un dragon, la découverte d’une zone inexplorée d’un donjon… Et bien sûr, j’étais maintenant un mort-vivant.

Peut-être qu’une personne normale dirait que je devrais être malheureux. Mais ce n’était pas ce que je ressentais.

Je combattrais beaucoup de monstres, je rencontrais beaucoup de mystères, et surtout, je deviendrais plus fort. Tout cela, aussi, contribuerait à mon objectif de devenir un aventurier de la classe Mithril.

C’est le genre d’aventure que j’entreprenais actuellement — à bien y penser, les divers malheurs qui m’avaient visité récemment pourraient aussi être considérés comme des expériences précieuses et inestimables. Je saisirais certainement ce rêve de Mithril avec mes mains.

C’est avec ces pensées en tête que j’avais pris ma résolution. Mon rêve était difficile, et pour le réaliser, je devais sûrement rencontrer à nouveau le dragon et cette femme. Il faudrait que je sois au moins capable de les affronter quand ce moment viendra inévitablement.

Si j’avais la volonté, il y avait une chance… Je ne l’aurais pas par d’autres moyens.

***

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2 commentaires :

  1. Quel ingrat, la femme l'épargne et il pense a pouvoir la tué la prochaine fois, meme pas a la remercier.

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