Mushoku Tensei (LN) – Tome 6 – Bonus – Partie 2

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Bonus : Dénaturé, mais inchangé

La femme connue sous le nom de Lilia était née dans un village isolé du royaume d’Asura. Plus tard, elle avait été la seule fille dans une salle d’entraînement à l’épée du style du Dieu de l’eau dans une ville de taille moyenne de la région de Donati. Elle n’avait pas de nom de famille. Les roturiers du royaume d’Asura n’avaient pas de nom de famille. Lilia était née tout simplement en tant que Lilia, et comme c’était son père qui possédait la salle, elle avait pris l’escrime dès son jeune âge, elle avait appris rapidement.

Comme ses parents, Lilia avait du mal à sociabiliser. Elle se comportait avec calme et sang-froid, et n’avait pas beaucoup de charme pour elle. Cependant, c’était une travailleuse acharnée, si bien que tout son entourage l’aimait. Même s’il était clair qu’elle n’avait aucun talent pour l’épée, elle était toujours attachante aux yeux des autres élèves qui voyaient avec quel empressement elle s’entraînait. Les élèves l’adoraient comme si elle était leur petite sœur, et elle avait gagné à son tour une bande de frères plus âgés. Sa vie était une vie paisible que l’on pouvait s’attendre à trouver dans une petite salle d’entraînement à l’épée en milieu rural.

Le regard des élèves commença à changer lorsque Lilia avait environ treize ans. Alors que son corps accueillait les changements qui accompagnaient la puberté, les autres étudiants avaient cessé de se doucher avec elle et avaient évité de lui parler en tête-à-tête. Ils ne l’évitaient pas spécifiquement ou n’essayaient pas de l’exclure, mais Lilia pouvait vaguement sentir leurs regards brûlants sur elle.

Lilia était une fille très réaliste. Elle n’avait pas de frères, et la condition physique de sa mère s’était aggravée après sa naissance. N’ayant pas de fils pour hériter de la salle d’entraînement à l’épée, sa mère se sentait désolée tandis que son père se creusait la tête pour savoir quoi faire. C’était pourquoi Lilia avait supposé qu’elle finirait par épouser l’un des élèves, qui hériterait alors de la salle à sa place. Les étudiants étaient tous comme des frères pour elle, c’était pourquoi aucun d’entre eux ne se démarquait particulièrement comme candidat au mariage, mais elle pouvait se rendre compte à quel point ils se tenaient en échec les uns les autres quand elle était là.

L’un des sujets de discussion brûlants dans la salle était de savoir qui le maître, son père, allait choisir comme partenaire de mariage et comme prochain maître de la salle. Dans les coulisses, ceux qui voulaient devenir le maître ou qui voulaient simplement épouser Lilia commencèrent à se faire concurrence. Le temps s’écoula sans que rien ne soit décidé, mais Lilia était sûre que l’avenir qu’elle envisageait finirait par se réaliser.

C’était à ce moment que Paul s’était retrouvé parmi eux. Bien qu’il n’avait pas d’argent ni d’endroit où vivre, le père de Lilia l’accueillit volontiers. Avec sa personnalité brillante et énergique, Paul était devenu populaire auprès de tous en un clin d’œil. Il avait également eu la chance d’avoir un talent pour le maniement de l’épée et avait rapidement assimilé leurs techniques, probablement grâce en partie à ce qu’il avait déjà appris avec le Style du Dieu de l’Épée. Il avait fallu dix ans à Lilia pour en arriver là et il l’avait rattrapée, puis dépassée. En un rien de temps, il était devenu si doué que même son père ne pouvait pas rivaliser avec lui.

Paul était doué à l’épée et populaire auprès des autres étudiants. C’est pourquoi il avait rapidement décidé qu’il serait le compagnon de vie de Lilia. Bien que Lilia ait été déconcertée par la soudaineté, la vitesse à laquelle les choses s’étaient déroulées lui avait fait battre le cœur. Paul n’était pas comme tous les autres qu’elle avait vus auparavant. Il était si libre d’esprit, il ne possédait ni pensée rigide en matière de maniement de l’épée ni croyances fermes sur la lignée et l’héritage. Son style de vie insouciant semblait éblouir Lilia.

Mais Paul était un peu trop différent des autres habitants de la salle d’entraînement, et ce n’était pas seulement son laxisme en matière d’épée, de tâches ménagères ou de lignage, mais aussi son approche des femmes. Bien que les autres étudiants avaient d’abord accueilli Paul avec enthousiasme, la discorde commença à se développer entre eux. Ils ne regardaient pas d’un bon œil quelqu’un qui était apparu de nulle part et qui leur avait volé le siège de maître de salle, mais ils étaient prêts à l’accepter à contrecœur parce que c’était Paul. Cependant, s’il devait traiter comme sans valeur une chose qu’ils considéraient comme précieuse, une chose pour laquelle ils s’étaient tant battus, alors cela changeait les choses.

Ils décidèrent d’essayer de se débarrasser de Paul. Pendant les matchs d’entraînement, ils concentrèrent leurs attaques sur lui, l’attaquèrent par-derrière avec des coups de pied volants et renversèrent délibérément de l’eau sur sa tenue d’entraînement. Lilia avait pris le parti de Paul et les avait réprimandés. Les élèves n’avaient pas apprécié cela non plus, et leur comportement s’était aggravé.

Si Paul avait été un garçon normal, cela se serait arrêté là. Il aurait acquiescé et aurait fait place aux autres, ou bien il se serait enfui du couloir après avoir été chassé. Cependant, Paul était un mauvais garçon. Son humeur s’étant aigrie, il avait eu recours à la comédie.

Une nuit, il s’était faufilé dans la chambre à coucher de Lilia et l’avait séduite pour qu’elle lui confie son innocence. Lilia n’avait pas résisté, et cela s’était passé si vite qu’elle était encore sur son petit nuage et laissé dans l’étourdissement. Lorsque sa mère était entrée dans la chambre pour la réveiller le lendemain matin, Paul avait déjà quitté la ville.

Lilia avait développé un sentiment de méfiance envers les hommes suite à l’abandon de Paul, et avait maintenu cette méfiance alors même qu’elle avait quinze ans et qu’elle était devenue adulte. Son père était tenu par l’honneur de veiller à la survie de la salle d’escrime, qui était dans la famille depuis des générations. Il n’avait pas de fils, et la naissance de Lilia avait ruiné le corps de sa mère. Il devait la marier à l’un de ses élèves pour que son héritage se poursuive, mais il ne pouvait pas se résoudre à la forcer à le faire.

Au lieu de cela, il utilisa ses relations personnelles pour la recommander à la famille royale d’Asura en tant que servante et dame de compagnie dont les fonctions s’étendaient à prendre les armes pour protéger la famille royale lorsque cela était nécessaire. Lilia surmonta peu à peu sa méfiance envers les hommes pendant son service en tant que gardienne, mais elle fut ensuite blessée alors qu’elle protégeait la princesse. Renvoyée de son service, elle ne rentra pas chez elle, mais se rendit dans la région de Fittoa, où, par un coup du sort, elle trouva un emploi de femme de ménage dans la nouvelle famille de Paul. Elle et Paul avaient alors relancé leur liaison, elle était tombée enceinte de lui, puis elle devint sa seconde épouse.

En toute honnêteté, Lilia ne savait pas à l’époque si elle était heureuse ou non. Elle était en fait une maîtresse, et Paul aimait probablement Zenith plus qu’elle. Zenith était une amie très chère pour elle, mais Lilia avait des sentiments complexes de culpabilité et de remords. Les Greyrats l’avaient acceptée comme membre de la famille, mais son anxiété et son insécurité persistaient.

Rudeus, qui la soutenait dans cette période de troubles mentaux, avait été celui qui avait convaincu Zenith de faire rester Lilia. Élever sa fille pour le servir un jour était la seule chose que Lilia pouvait être certaine de vouloir, même si elle se demandait ce que cela signifiait pour elle, à savoir combien elle aimait Aisha. Son propre père s’était plus soucié de son bonheur que de la continuation de sa salle d’épée, c’était pourquoi il l’avait aidée à trouver un autre chemin dans la vie. Lilia ne piétinait-elle pas les sentiments d’Aisha, sa propre fille, si elle l’utilisait pour rembourser sa dette envers Rudeus et s’acheter une certaine tranquillité d’esprit ? Ces inquiétudes n’avaient fait qu’empirer lorsqu’elle réalisa que sa fille n’était pas une enfant ordinaire, mais qu’elle était exceptionnellement intelligente.

Le tournant était venu avec le mystérieux incident de téléportation, au cours duquel Lilia et Aisha avaient été téléportées ensemble au royaume de Shirone. Un moment, elles avaient perdu conscience, et l’instant d’après, elles s’étaient trouvées dans une pièce d’apparence coûteuse. Très vite, elles avaient été complètement entourées de gardes.

Face à des hommes hostiles et meurtriers en armure, l’esprit de Lilia s’était éteint. Incapable de comprendre ce qui se passait, la seule pensée qui lui vint à l’esprit était qu’elle devait protéger sa fille. Lilia s’était emparée du chandelier le plus proche, poussa sa fille derrière elle et s’était battue. Cependant, après autant de temps sans combattre, son corps ne bougeait plus comme elle le voulait, et l’ancienne blessure à la jambe ne faisait qu’entraver davantage sa mobilité. Ne pouvant opposer une grande résistance, ils furent capturés et Aisha fut traînée par les soldats derrière sa mère.

« S’il vous plaît ! Épargnez la fille ! S’il vous plaît, aidez ma fille ! Je me fiche de ce qui m’arrive ! Juste ma fille ! »

Lilia pleurait et criait pitoyablement, mais ces mots étaient venus sans retenue et inconsciemment. C’était ses vrais sentiments.

Ses vrais sentiments.

Après cela, Lilia avait été confinée au château, elle ne pouvait prendre aucun contact avec le monde extérieur, et elle avait été forcée de travailler comme femme de ménage. Cependant, son cœur était plus léger qu’auparavant. Les mots qui s’étaient échappés d’elle dans un moment de désespoir étaient des supplications pour sauver Aisha. Elle ne doutait plus de son amour pour sa fille, et était satisfaite que son désir de la voir servir Rudeus ne soit pas purement égoïste.

Aisha était libre d’esprit et indépendante, peut-être parce qu’elle tenait cela de Paul. Elle détestait être retenue et trouvait sa mère étouffante. Elle ne comprenait pas pourquoi elle devait servir Rudeus, et étant si intelligente, Aisha détestait travailler dur pour atteindre un but dont elle ne comprenait pas le sens.

Pourtant, Lilia n’avait pas abandonné. Elle avait enseigné à sa fille récalcitrante tout le savoir qu’elle avait accumulé au fil des ans. Un jour, Aisha comprendra. Tant que Rudeus resterait la même personne qu’il avait été le jour où il avait protégé Lilia, Aisha comprendrait. C’était du moins ce qu’elle pensait…

♥♥♥

« Ahh, Grand Frère, le Maître du Chenil… Aah, je ne pense qu’à lui. Ces bras robustes qui me soulevaient, son visage galant, et son attitude confuse… »

Aisha avait bien compris. Elle avait vu Rudeus de ses propres yeux et compris le sens de ce que Lilia avait fait, mais c’était aussi une erreur. Ce n’était pas la façon dont elle avait envisagé que sa fille comprenne la grandeur de Rudeus.

« Aisha. »

Lilia se mit progressivement debout au milieu du carrosse qui se balançait.

Aisha, qui avait un sourire malicieux, trembla de surprise devant le mouvement de sa mère. Lilia avait l’habitude de frapper Aisha sur la tête lorsqu’elle disait ou faisait quelque chose de mal. Certes, Aisha était intelligente. Elle pouvait estimer, jusqu’à un certain point, ce qui allait la frapper et ce qui ne le ferait pas, et elle était assez maligne pour inciter Lilia à la frapper, puis à sortir sa langue et à résoudre le problème avec un « Désolé. »

Mais cette fois, elle ne savait pas pourquoi sa mère était en colère. Elle complimentait Rudeus, le frère aîné que sa mère lui avait dit de servir. Avait-elle foiré d’une manière ou d’une autre ? Ou le Maître du Chenil n’était-il pas son frère ? Ces soucis lui passaient par la tête quand la main de sa mère s’approchait d’elle.

« Hein… ? »

Aisha se figea en sentant quelque chose de doux lui frôler le sommet de la tête. Lilia la caressait. Des moments comme celui-ci, où sa mère lui caressait les cheveux, étaient rares et éloignés.

« Mère ? »

Pour une raison quelconque, Lilia se sentait timorée lorsque sa fille s’adressait à elle. Sa main, qui avait caressé la tête d’Aisha, se déplaçait maintenant vers le dos de la petite fille, rapprochant son petit corps.

« Aisha. Monsieur le maître du chenil ou Monsieur Rudeus… celui que tu choisiras me conviendra. »

Rudeus avait refusé d’emmener Aisha, mais Lilia était certaine que, dans quelques années, le jour viendra où ils seraient à nouveau réunis.

« Et quand ce jour arrivera, donne tout ce que tu as pour le servir. »

En prononçant ces mots, Lilia s’était juré qu’elle élèverait Aisha pour en faire une femme merveilleuse, et que ce ne serait pas pour le bien de Rudeus. Ou pour son propre bien. Lilia était consciente que ses propres sentiments égoïstes étaient encore mêlés à ce sentiment, mais elle voulait vraiment, du fond du cœur, qu’Aisha devienne une femme remarquable.

« Ahaha... Je suppose que tu m’as finalement eue… hein ? »

Aisha était mal à l’aise à cause de cette sensation de douceur sur sa tête, et ses lèvres s’étaient retrouvées enroulées vers le haut.

« Bien sûr que je sais ! Je sais que le Maître du Chenil est mon frère… alors j’ai voulu essayer de te taquiner, juste un peu… »

Alors qu’elle bégayait son excuse incohérente, Aisha s’était soudainement rendu compte qu’elle n’avait peut-être jamais été tenue comme ça par sa mère auparavant. Dès qu’elle pensa cela, une incroyable vague de bonheur s’était abattue sur elle. C’était la première fois que la jeune fille pleurait de joie. Confuse par les larmes qui ne voulaient pas s’arrêter, elle s’était contentée d’enrouler ses bras autour de sa mère et de lui tremper l’épaule.

Ginger, qui avait observé le duo, détourna ses yeux. Son regard se tourna vers les rizières qui ondulaient dans le vent, s’étendant à perte de vue.

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