Mushoku Tensei (LN) – Tome 5 – Chapitre 5 – Partie 3

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Chapitre 5 : Objectifs confirmés

Partie 3

Mais de la façon dont je voyais les choses, il était inévitable qu’il fasse quelques erreurs en essayant de s’occuper d’un fils comme moi. J’avais été réincarné avec mes souvenirs intacts, et j’en avais profité pleinement dès le début. Comment pouvait-on être un père « normal » pour un enfant aussi bizarre ? Paul avait eu du mal à trouver comment interagir avec moi, et c’était encore quant à comment m’élever. Et pour être honnête, je ne pensais pas s’il savait vraiment ce que cela signifiait d’être un bon père… ce n’était pas comme je le savais aussi.

En tant que fils, tout ce que j’avais à faire était d’observer ses tentatives maladroites d’être un parent avec chaleur, compréhension, et juste une pincée de condescendance. Paul pouvait se tromper autant de fois qu’il le voulait. Je prenais ses erreurs au sérieux. Elles n’allaient pas me blesser aussi profondément que cette dispute d’hier.

Évidemment, nous allions, de toute façon, bientôt nous séparer.

« Éris. »

« Oui ? Quoi… ? »

Je ne savais pas trop quoi dire. Éris était en colère parce qu’elle se souciait de moi. Mais en ce qui me concernait, tout cela était déjà du passé.

« Mon père est un être humain. Tout le monde fait des erreurs, d’accord ? »

Après avoir dit ça, j’avais mis ma main sur son visage et je m’étais mis au travail pour soigner son hématome. Éris accepta mes attentions assez docilement, mais l’expression de son visage me disait qu’elle n’était pas convaincue. Une fois mon sort terminé, elle retourna à l’auberge dans notre chambre en boudant.

Alors que nous la regardions partir, j’avais parlé au troisième membre de notre groupe.

« Alors, Ruijerd… »

« Oui ? »

« D’où vient cette ecchymose sur son visage ? »

Cette chose n’était certainement pas là hier.

« J’ai eu du mal à l’arrêter », répondit Ruijerd d’un ton posé.

Hmm. Normalement, c’était le genre de type qui exploserait de colère s’il voyait quelqu’un frapper un enfant, mais peut-être que ses principes étaient plus souples que je ne le pensais. Éris avait dû se débattre comme une folle dans sa fureur. Et bien sûr, ils s’affrontaient constamment, alors ce n’était pas la première fois qu’il lui faisait un ou deux bleus…

Mais en regardant son visage de plus près, je m’étais rendu compte que ce n’était pas vraiment pertinent. Ruijerd n’était pas calme en ce moment. Ce n’était pas un homme expressif, mais je pouvais voir quelque chose comme de l’angoisse dans ses yeux.

Il n’avait jamais voulu la frapper. Il n’avait pas dû avoir le choix.

Je ne savais pas exactement ce qui s’était passé, ni quels mots ils avaient échangés. Mais il y avait une chose dont je pouvais être sûr : c’était ma faute s’ils s’étaient disputés. Mais j’avais pu faire la paix avec Paul grâce à cela… ce qui signifiait que je devrais leur être très reconnaissant.

« Merci, Ruijerd. Il aurait été difficile de me réconcilier avec mon père si elle l’avait tué. »

« Pas besoin de remerciement. »

Pourtant, à ce stade, Ruijerd avait apparemment dû frapper Éris pour l’arrêter. Cette fille devenait de plus en plus forte chaque jour.

Un peu plus tard, nous avions tenu tous les trois une rapide réunion d’équipe.

« Très bien. Commençons notre deuxième réunion officielle à Millishion ! »

Cette fois-ci, nous menions nos affaires dans le bar plutôt que dans notre chambre. En y repensant, je n’avais pas fait un pas en dehors de ce bâtiment de toute la journée. C’était un endroit confortable, et il n’y avait jamais eu trop de monde… même si j’étais sûr que le propriétaire avait des sentiments mitigés à ce sujet.

« N’avons-nous pas eu une réunion il y a deux jours ? » dit Éris.

Elle n’avait plus l’air d’être en colère. Je m’attendais à ce qu’elle boude dans la chambre pendant au moins deux heures, mais elle avait fini par sortir au bout d’une dizaine de minutes seulement. La fille savait comment avancer rapidement. Il faudrait que j’essaie de tirer les leçons de son exemple.

« Oui, mais la situation a changé depuis. Pour être précis, nous n’avons plus besoin de gagner de l’argent à Millishion. Je pense que nous devrions passer à autre chose assez rapidement. »

Avec vingt pièces de monnaie royales dans notre bourse, il n’y avait pas grand intérêt à essayer de se faire plus d’argent ici. Quant à la collecte d’informations, Paul m’avait déjà dit en gros tout ce qu’il savait. Notre campagne de relations publiques étant pour l’instant en veilleuse, il ne nous restait pas grand-chose à faire dans cette ville, comme je l’avais brièvement expliqué.

J’avais hésité à parler à Éris de l’état actuel de la région de Fittoa. Mais finalement, j’avais saisi l’occasion pour aller de l’avant et le faire. Il serait probablement préférable qu’elle sache ce qui nous attend, ne serait-ce que pour pouvoir se préparer.

« Éris, on dirait que notre maison n’existe plus. »

« Oui. »

« Aussi… Philip et Sauros sont toujours portés disparus. »

« Je ne suis pas surprise. »

« Personne ne sait non plus où se trouve Ghislaine, donc il est possible… »

« Écoute, Rudeus. Je m’attendais toujours à ce que les choses soient au moins aussi mauvaises. », dit Éris, en croisant les bras et en levant le menton en l’air.

Son regard était fixe. Son expression était aussi intense et arrogante que jamais. Il n’y avait aucune trace de doute ou d’incertitude dans ses yeux.

Éris n’avait pas oublié Fittoa. Elle était prête à affronter le pire.

Avec un petit grognement, elle continua.

« Je parierais que Ghislaine est toujours là quelque part, mais je savais qu’il y avait une bonne chance que Père et Grand-père soient morts. »

Après tout, nous étions tous les deux bloqués au milieu du Continent Démon. Je supposais qu’elle avait réalisé que beaucoup d’autres auraient pu atterrir dans des endroits tout aussi dangereux. Bien sûr, il y avait une chance qu’elle fasse preuve de courage en ce moment même. Avec Éris, il était difficile de faire la différence entre la confiance réelle et les fanfaronnades.

« Oh, je savais que tu essayais de me cacher tout ça. »

Je ne savais pas trop ce qu’elle pensait avec son « cachais ». D’après ce que je voyais, ce n’était pas seulement un mot en l’air. Éris avait réfléchi à sa manière. En d’autres termes, j’étais le seul à avoir complètement oublié la région de Fittoa.

C’était un peu gênant.

« Je vois. Bon, très bien alors. »

Éris était vraiment une jeune femme impressionnante. Ayant atteint cette conclusion, j’avais décidé de passer à notre prochain sujet.

« En tout cas, je pensais que nous pourrions quitter Millishion dans une semaine environ. »

« En es-tu sur ? », demande Ruijerd.

« Pourquoi ne le serais-je pas ? »

« Une fois que nous serons partis, tu pourrais ne plus jamais revoir ton père. »

« Eh bien, c’est un peu inquiétant… »

Venant de Ruijerd, ces mots avaient un vrai poids. Mais ce n’était pas comme si je me dirigeais vers les lignes de front d’une guerre quelconque.

« Le fait est que j’ai aussi quelques autres membres de ma famille que je ne reverrai peut-être jamais. Pour l’instant, je pense que je devrais vraiment essayer de les retrouver. »

« Je vois. C’est assez vrai. »

Comme Ruijerd semblait convaincu sur ce point, j’étais passé à l’essentiel.

« Pour le reste de notre voyage, j’aimerais donner la priorité à la collecte d’informations. »

Nous resterions encore une semaine environ dans chaque grande ville que nous aurions atteinte. Mais au lieu de nous concentrer sur le gain d’argent, nous utiliserions principalement ce temps pour recueillir les rumeurs et les ragots locaux.

Avant tout, nous chercherions à retrouver les Fittoens déplacés. La route de Millis à Asura était l’équivalent de la route de la soie dans notre monde, aucune autre n’était plus fréquentée, en particulier par les marchands et les commerçants. L’équipe de recherche et de sauvetage avait sans doute passé au peigne fin chaque kilomètre de cette route. Il y avait quand même une chance de trouver quelque chose qu’ils avaient négligé.

Nous ferions aussi ce que nous pourrions pour améliorer la réputation des Superds pendant que nous fouillons. Mais malheureusement, le nom de Mort Subite n’était pas très connu à Millis et sur le continent central. Nous devrons peut-être reconsidérer notre approche précédente.

« Il y a cependant un problème. Je ne sais pas comment nous pouvons nous permettre de traverser la mer. »

C’était sans aucun doute le plus gros problème à l’heure actuelle. Dans ce monde, même les voyages maritimes « quotidien » étaient une affaire sérieuse. Il y avait de nombreuses façons de se faufiler à travers les frontières nationales sur terre, mais lorsqu’il s’agissait de bateaux, vos options étaient très limitées… surtout si vous étiez un Superd.

« À propos de ça, Rudeus… Regarde ça. »

Ruijerd sortit une enveloppe. C’était la même que celle qu’il allait me montrer hier, avant qu’il ne remarque mon état.

Je l’avais pris et l’avais examiné. Les mots « Au Duc Bakshiel » étaient griffonnés sur le devant. Au dos, j’avais trouvé un sceau de cire rouge, grossièrement imprimé avec quelque chose qui ressemblait à un blason de famille.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Une lettre. Une de mes connaissances l’a écrite pour moi hier. »

Ah, oui… En y repensant, il avait mentionné qu’il allait aller saluer quelqu’un qu’il connaissait dans cette ville.

« Peux-tu nous dire qui est cette connaissance, Ruijerd ? »

« Un homme nommé Gash Broche. »

« Quelle est sa profession ? »

« Je ne sais pas. Il semblerait cependant qu’il ait un certain statut ici. »

Ruijerd expliqua ensuite qu’il avait rencontré Gash sur le Continent Démon il y a une quarantaine d’années, après avoir sauvé son groupe de voyageurs d’un groupe de monstres qui les avaient presque anéantis. Gash n’était qu’un enfant à l’époque, il avait d’abord regardé Ruijerd avec un mélange de terreur et d’hostilité. Après avoir passé un certain temps ensemble, ils s’étaient cependant séparés sur des bases relativement amicales. Ruijerd emmena son groupe en toute sécurité dans la ville la plus proche, et Gash lui avait dit de passer s’il venait à visiter Millishion.

Comme il n’avait jamais quitté le Continent Démon, Ruijerd avait complètement oublié cette offre. Mais il avait repéré l’homme avec son « troisième œil » alors que nous contournions les murs extérieurs de la ville, et tout lui était revenu. Intéressé par la façon dont les années avaient traité Gash, mais aussi un peu inquiet que l’homme ait pu l’oublier complètement, Ruijerd s’était rendu sur place pour lui rendre visite.

À sa grande surprise, Gash le reconnut instantanément et le reçut fort chaleureusement. Au début, Ruijerd avait juste l’intention de lui dire bonjour, mais apparemment, ils s’étaient bien entendus. Il avait fini par raconter toute l’histoire de notre voyage jusqu’ici et, une fois qu’il eut fini, Gash lui écrivit sur le champ une lettre et lui dit de la donner au responsable de Port Ouest.

C’était une histoire intéressante. Tout d’abord, Ruijerd ne se faisait pas aussi facilement d’amis. Peut-être que ce type ressemblait à Gustav des Hommes-Bêtes ? À en juger par la façon dont il avait rédigé une lettre informelle à un duc, il avait probablement une certaine influence dans le coin…

Honnêtement, je voulais jeter un coup d’œil à la lettre qui se trouve à l’intérieur. Mais, comme je l’avais rappelé, briser ce genre de sceau invaliderait son contenu.

« On dirait que ce Gash est probablement une sorte de noble, hein ? »

« Je ne pourrais pas le dire, mais il avait beaucoup d’hommes. »

Je ne savais pas ce que cela signifiait. Parlait-il de serviteurs ? Le mot « beaucoup » était aussi vraiment vague…

En tout cas, l’homme était un ami de Ruijerd. Je ne serais pas trop surpris s’il s’avérait être un prétendant bienveillant au rôle de Mamodo King.

« Étais-tu chez lui ? »

« Oui. »

« Était-ce grand ? »

« C’était effectivement le cas. »

« Uhm, quelle taille ? »

« Pas aussi grand que le château de Kishirisu. »

Le château de Kishirisu ? Bon, ça excluait le grand palais au milieu du lac. Non pas que je m’attendais vraiment à ce que le gars soit un membre de la famille royale. Pourtant, ce bâtiment devait être sacrément grand si Ruijerd utilisait un château comme point de comparaison.

Hmm…

Nous parlions ici d’un ami de Ruijerd. Ce n’était probablement pas un mauvais gars. Mais d’après ce que Paul m’avait dit plus tôt, le noble responsable du poste de douane de Port Ouest détestait les démons avec passion. Si notre ami Gash n’était que modérément influent, la remise de cette lettre pourrait se retourner contre lui. Peut-être devrions-nous prendre un peu de temps pour découvrir qui il était exactement ?

Mais Ruijerd avait l’air si fier quand il avait sorti cette lettre. Si j’exprimais des soupçons sur son nouveau copain, il me ferait sans doute un discours sur l’honneur et la confiance.

Bon, peu importe. Ce n’était pas comme si j’avais de meilleures idées. Pour l’instant, je pourrais aussi bien suivre le mouvement et rendre Ruijerd heureux. Je pourrais demander plus tard secrètement à Paul des renseignements sur ce Gash Broche.

« Très bien. Espérons que cette lettre fera l’affaire. », lui ai-je dit.

Ruijerd répondit par un petit signe de tête d’approbation.

Cela avait permis de clore pour l’instant le dossier. Nous allions quitter Millishion dans une semaine. D’ici là, nous accomplirions ce que nous pourrions à l’intérieur de la ville.

« Personnellement, ça ne me dérangerait pas de partir à la première heure demain matin ! »

Faisant un petit sourire suite à la proposition d’Éris, j’avais déclaré notre réunion d’équipe officiellement ajournée.

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2 commentaires :

  1. merci pour le chapitre

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