Mushoku Tensei (LN) – Tome 5 – Chapitre 4 – Partie 5

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Chapitre 4 : Réunis

Partie 5

Au bout d’un moment, Paul déclara quelque chose, mais je n’avais pas réussi à lui répondre.

Mes réponses étaient devenues de plus en plus brèves et apathiques.

À un moment donné, tous les autres clients avaient quitté le bar. Dans peu de temps, on nous aurait probablement demandé de partir pour qu’ils puissent se préparer à la ruée du déjeuner.

J’imaginais que Paul avait également compris cela. Il était passé à notre dernier grand sujet.

« Que comptes-tu faire ensuite, Rudy ? »

« Tout d’abord, je vais ramener Éris dans la région de Fittoa. »

« Sais-tu qu’il ne reste plus grand-chose à Fittoa ? »

« Je sais. Mais on y va quand même. »

Même si Philip, Sauros et Ghislaine étaient toujours portés disparus, et que nous ne trouverions probablement pas de visages familiers nous attendant, nous devions partir. Après tout, notre objectif avait toujours été de retourner là-bas. Nous allions poursuivre notre objectif initial. Et une fois arrivés à Fittoa, nous pourrions constater ce qu’il était arrivé de nos propres yeux.

Après cela, je pourrais partir à leur recherche dans la partie nord du continent central… ou peut-être même demander à Ruijerd de m’aider à retourner sur le Continent Démons. Je pourrais même essayer de me rendre sur le continent Begaritt. J’en connaissais plus ou moins la langue.

« Après ça, je commencerai à chercher dans d’autres parties du monde. »

« … Très bien. »

Sur ce, la conversation s’était à nouveau interrompue. Je n’avais aucune idée de ce qu’il y avait d’autre à dire.

« Voici. »

À ce moment-là, le barman avait brutalement posé deux tasses en bois devant nous. Des vrilles de vapeur s’élevèrent doucement du liquide qui se trouvait à l’intérieur.

« C’est la maison qui offre. »

« Oh. Merci. »

Maintenant que j’y pensais, ma gorge était douloureusement sèche.

Une fois que j’avais réalisé cela, j’avais aussi remarqué d’autres choses. Je serrais mes mains très fort. Mes paumes étaient suintantes. Je sentais aussi des frissons dans mon dos et mes aisselles. Et mon franc avait blanchi.

« Hé, petit. Je ne vais pas faire semblant de savoir ce qui se passe ici, mais… »

« Hm… ? »

« Au moins, regardez le gars en face. »

Les mots qu’ils m’avaient prononcés me frappèrent subitement. J’avais évité le regard de Paul pendant tout ce temps. Dès qu’il était entré, j’avais détourné le regard. Je ne l’avais plus regardé en face. Pas même une seule fois.

Avalant anxieusement, j’avais levé les yeux vers mon père. Son visage était plein d’incertitude et d’angoisse. Il avait l’air d’un homme sur le point de fondre en larmes.

« Pourquoi fais-tu cette tête ? »

« Quelle tête ? » dit Paul, en souriant faiblement.

Avec son expression apathique et ses joues creuses, il ressemblait à une personne complètement différente de l’homme que j’avais connu auparavant. Mais pour une raison quelconque, j’avais l’impression d’avoir déjà vu un visage très similaire quelque part. Quand était-ce ? J’avais l’impression que c’était il y a longtemps…

… Maintenant, je me souviens.

Je l’avais vu dans le miroir de la salle de bain, dans mon ancienne maison.

C’était un an ou deux après que je sois devenu un vrai clochard. À ce moment-là, je pensais encore avoir le temps de changer les choses. Mais j’étais également conscient qu’il y avait un fossé grandissant entre moi et tous ceux que je connaissais, un fossé que je ne pourrais peut-être jamais combler.

Mais j’avais tout simplement trop peur de sortir à nouveau. C’était ainsi que des sentiments d’anxiété et de frustration s’étaient progressivement accumulés en moi. Ce fut probablement la période la plus instable de ma vie sur le plan émotionnel.

Je vois. C’est donc comme ça…

Paul avait cherché désespérément sa famille, sans succès. Malgré tous ses efforts, il n’avait pas reçu une seule nouvelle depuis des lustres. Il s’inquiétait constamment pour nous. Et finalement, il avait commencé à se poser des questions : et s’ils sont blessés ? Et s’ils tombaient malades ? Et s’ils sont déjà morts ? Plus il y pensait, plus il s’inquiétait.

Et puis, finalement, j’étais arrivé… avec un sourire joyeux sur le visage. C’était tellement différent de ce que Paul avait imaginé qu’il s’était énervé malgré lui.

J’avais déjà vécu quelque chose de semblable. Peu de temps après que j’ai commencé ma vie de looser, quelqu’un que je connaissais depuis le collège était venu me rendre visite et avait commencé à me parler de ce qui se passait à l’école. J’étais profondément déprimé et je souffrais beaucoup, mais il parlait de sa vie comme s’il n’avait pas un seul souci au monde. J’avais mal à l’estomac. J’avais fini par craquer et par lui lancer de sévères insultes.

Le lendemain, je m’étais dit que je m’excuserais auprès de lui la prochaine fois qu’il passera. Mais il n’était jamais revenu. Je n’étais plus jamais rentré en contact avec lui. J’avais laissé une sorte d’orgueil tenace me retenir.

Je m’en souvenais maintenant. J’avais vu ce visage dans le miroir à ce moment-là.

« J’ai une proposition, mon père. »

« Quoi… ? »

« Dans ces circonstances, je pense que nous devons essayer d’agir comme des adultes. »

« Euh, oui, je suppose que je n’étais pas très mature hier… Je ne suis cependant pas sûr de savoir où tu veux en venir. »

La morosité qui régnait dans mon cœur se dissipait rapidement. J’avais enfin compris ce que Paul ressentait maintenant. Une fois que j’avais en main cette pièce du puzzle, le reste était vraiment assez simple.

J’avais repensé au passé, au jour où Paul m’avait engueulé pour m’être battu, et où je lui avais balancé un tas de méchanceté. À l’époque, je n’avais pas été très impressionné par ses compétences parentales. Mais il n’avait alors que 24 ans, ce qui était un jeune âge pour être père, j’avais alors décidé de ne pas le juger trop sévèrement.

Depuis lors six ans s’étaient écoulés. Paul avait maintenant trente ans. Il était encore un peu plus jeune que moi dans ma vie précédente, et il avait déjà accompli plus que je n’avais jamais fait. Quand je m’étais battu avec mon ami, je n’avais même pas essayé de me réconcilier. J’avais juste trouvé des moyens de me convaincre que tout était de sa faute. En comparaison, Paul faisait un bien meilleur effort.

Je n’étais plus la même personne qu’à l’époque. Ne m’étais-je pas juré que j’allais changer ? J’avais oublié cela dernièrement. Je ne pouvais pas répéter les mêmes erreurs stupides indéfiniment.

Oui, c’était un combat beaucoup plus important que le précédent. Mais je me comportais exactement de la même façon que ce jour-là, il y a six ans. Nous faisions tous les deux les mêmes erreurs stupides, encore et encore. Je pensais avoir parcouru un long chemin depuis lors, mais au lieu de cela, il semblerait que j’avais fait du surplace. Il fallait que je le reconnaisse.

Et surtout, il fallait que je fasse un vrai pas en avant.

« Faisons comme si rien ne s’était passé hier. »

C’était une proposition assez simple. J’avais été profondément blessé par ce que Paul m’avait dit dans ce bar. La douleur était presque insupportable. Mon ami, qui était passé par là par souci pour moi, avait dû ressentir quelque chose de semblable quand je l’avais repoussé. Et c’était ainsi que les choses s’étaient terminées. Nous ne nous étions plus jamais revus.

Cela n’allait pas se passer comme ça cette fois-ci. Je ne voulais pas que mon lien avec Paul soit rompu.

« Nous ne nous sommes pas disputés hier. En ce moment même, nous nous revoyons pour la première fois depuis des années. Compris ? »

« De quoi parles-tu, Rudy ? »

« Ne réfléchis pas trop, s’il te plaît. Ouvre grand tes bras. Vas-y ! »

« Euh… OK… »

Paul écarta les bras, il semblait vraiment perplexe.

Je m’étais aussitôt précipité vers lui.

« Père ! Tu m’as tellement manqué ! »

Son corps sentait faiblement l’alcool. Il semblerait être sobre en ce moment, mais je n’aurais pas été surpris qu’il ait encore une gueule de bois. Quand avait-il commencé à boire autant, d’ailleurs ? J’avais l’impression qu’il y avait à peine touché à l’époque.

« R-Rudy ? »

Paul ne semblait pas savoir comment réagir.

En posant mon menton sur son épaule, je lui avais lentement murmuré un petit conseil.

« Allez. Tu viens de retrouver ton fils. N’as-tu rien à dire ? »

Oui, tout cela était un peu ridicule. Malgré tout, j’avais étreint de toutes mes forces le corps solidement construit de Paul. Il n’y avait pas que son visage qui s’était aminci. Son corps semblait avoir une taille ou deux de moins qu’avant. Bien sûr, j’avais grandi ces dernières années, ce qui avait probablement un rapport avec cela, mais il était évident que mon père avait traversé des moments très difficiles.

Après un moment d’hésitation, Paul avait réussi à marmonner : « Tu m’as aussi manqué. »

Et une fois qu’il avait fait sortir ces premiers mots, c’était comme si des vannes s’ouvraient.

« Tu m’as manqué aussi, Rudy… Tu m’as tellement manqué ! J’ai cherché et cherché, mais je n’ai trouvé personne… J’ai commencé à penser que tu étais peut-être mort… J’ai commencé… à t’imaginer… »

Quand je regardais Paul de nouveau, des larmes coulaient sur ses joues. Ce n’était pas vraiment une belle image. L’homme sanglotait comme un bébé.

« Je suis désolé… Je suis tellement désolé, Rudy… »

Eh bien, super. Il avait maintenant réussi à me faire marcher.

J’avais tapoté l’arrière de la tête de Paul plusieurs fois. Pendant un moment, nous avions pleuré tous les deux ensemble.

Et ainsi, pour la première fois en cinq ans, j’avais enfin retrouvé mon père.

 

 

 

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2 commentaires

  1. Wilfried Le Baron

    Une vraie masterclass ce chapitre!

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