Mushoku Tensei (LN) – Tome 5 – Chapitre 4 – Partie 4

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Chapitre 4 : Réunis

Partie 4

Rudeus

Le lendemain matin, je m’étais assis pour prendre mon petit déjeuner dans une ambiance relativement décente.

Nous venions de nous rendre au bar à côté de l’auberge. La nourriture à Millishion était vraiment savoureuse. Nos repas s’étaient améliorés au fur et à mesure que nous avancions depuis la Grande Forêt. Ce matin, nous avions du pain fraîchement cuit, une sorte de soupe claire légèrement aromatisée, une simple salade de légumes et d’épaisses tranches de bacon. Pas mal du tout.

Je n’en avais pas mangé hier soir, mais apparemment, le dîner incluait ici un vrai dessert. Il s’agissait d’une sorte de gelée sucrée spécifique qui avait été très populaire auprès des jeunes aventuriers ces derniers temps, ayant mérité une mention dans une ballade populaire récente sur les aventures d’un jeune magicien.

C’était quelque chose qu’on attendait au moins avec impatience. C’était toujours agréable de recevoir un peu de nourriture décente dans le ventre. Avoir faim vous irritait. S’irriter vous coupait l’appétit. Et un appétit gâché vous donnait encore plus faim. C’était un cercle vicieux classique. Suffisant pour rendre même un androïde grincheux.

« … Allez, entrez. »

Alors que je réfléchissais à ces questions en sirotant une boisson ressemblant à un café après le repas, le barman tourna son attention vers l’entrée. Un homme fatigué, au visage pâle, se tenait sur le seuil de la porte. Quand je vis son visage, j’avais tressailli de peur.

Il regarda un instant autour de lui, puis me repéra.

À ce moment-là, toutes les émotions que j’avais ressenties hier étaient revenues à la surface. Même s’il ne m’avait pas dit un mot, je m’étais retrouvé à détourner les yeux vers le sol.

Rien que par ma réaction, les deux personnes assises avec moi semblaient réaliser qui était l’homme dans l’entrée. Ruijerd fronça les sourcils, Éris donna un coup de pied dans le dossier de sa chaise et se leva.

« Qui êtes-vous censé être ? »

L’homme commença à marcher vers nous, mais Éris s’était plantée carrément sur son chemin. Les bras croisés, les pieds écartés et le menton en l’air, elle regarda l’homme d’un air sévère, malgré le fait qu’il était deux têtes plus grand qu’elle.

« Je suis Paul Greyrat… son père. »

« Je le sais ! »

Alors que je regardais le dos d’Éris, Paul parla au-dessus de sa tête d’une voix ironiquement amusée.

« Que se passe-t-il, Rudy ? Tu te caches derrière des filles maintenant ? Quel petit play-boy ! »

Quelque chose dans ces mots — ou peut-être son ton — m’avait un peu soulagé. Cela me rappelait la façon dont il me taquinait à l’époque. C’étaient de bons souvenirs.

Je pensais que Paul essayait de combler le fossé qui s’était ouvert entre nous. Après tout, il s’était donné beaucoup de mal pour me trouver ici dès le matin. J’étais assez calme pour au moins essayer d’avoir une conversation.

« Rudeus ne se cache pas derrière moi ! C’est moi qui le cache ! De son échec de père ! »

En frappant des poings avec ses mains, Éris frémit de fureur. On aurait dit qu’elle était prête à frapper le menton de Paul.

J’avais jeté un coup d’œil à Ruijerd. Sentant apparemment ce que je voulais, il saisit Éris par la peau du cou et la souleva du sol.

« Hé ! Laisse-moi partir, Ruijerd ! »

« Nous devrions les laisser tous les deux seuls. »

« Tu as vu Rudeus hier soir, pas vrai !? Cet homme n’a pas le droit de se dire père ! »

« Ne sois pas si dur avec lui. La plupart des pères sont loin d’être parfaits. »

Ruijerd se dirigea vers la sortie, emportant avec lui une Éris en difficulté. Mais en passant devant Paul, il s’arrêta un instant.

« Tu as le droit de dire ce que tu as à dire. Mais la seule raison pour laquelle tu le peux est que ton fils est toujours en vie. »

« Euh… oui… »

Les paroles de Ruijerd avaient un réel poids. Il semblait en effet se considérer comme le plus grand échec du monde en tant que père. Peut-être avait-il de la sympathie pour un autre raté.

« Tu ne devrais vraiment pas commander les gens avec un coup de menton, Rudy. »

« Vous avez tout faux, mon père. C’était du pur contact visuel. Mon menton n’était même pas impliqué. », avais-je protesté.

« Je ne suis pas sûr que cela fasse vraiment une différence », déclara Paul, assis en face de moi à la table.

« Alors, c’était le démon dont vous me parliez hier ? »

« Oui. C’est Ruijerd de la tribu des Superd. »

« Un Superd, hein ? Cela semble être un gars assez amical. Je suppose que les rumeurs ont dû être un peu exagérées. »

« Tu n’as pas peur de lui ? »

« Ne sois pas stupide. C’est l’homme qui a sauvé mon fils. »

Il ne semblait pas le penser hier, mais… il ne serait probablement pas très utile de le souligner.

Venons en au fait…

« Très bien. Puis-je te demander pourquoi tu es ici ? »

Ma voix était plus raide que je ne l’avais prévu et Paul broncha sur son siège.

« Euh… eh bien, je voulais dire que je suis désolé. »

« Désolé de quoi ? »

« De tout ce qui s’est passé hier. »

« Il n’y a pas lieu de s’excuser. »

Le fait qu’il soit disposé à le faire était utile, mais après une bonne nuit de sommeil sur la poitrine d’Éris, j’étais prêt à reconnaître les erreurs que j’avais commises.

« Pour être honnête, j’ai vraiment joué jusqu’à maintenant. »

Il était vrai que les choses avaient été un peu risquées au début. Mais dans l’ensemble, notre voyage s’était bien déroulé, et j’avais trouvé le temps de me livrer à diverses perversions. Le fait que je n’aie jamais réussi à rassembler des informations sur la région de Fittoa avait sans aucun doute été un échec de ma part. Je n’avais jamais eu l’occasion de fouiner à Port Zant, mais nous avions passé pas mal de temps à Port Venteux. J’aurais pu y trouver une sorte de courtier en informations et en apprendre davantage sur la calamité.

Je n’avais pas cherché quelque chose que j’aurais vraiment dû faire. C’était bâclé et irréfléchi de ma part.

« Il est compréhensible que tu sois en colère contre moi, mon père. Je suis aussi désolé… Je ne peux pas imaginer à quel point les choses ont dû être mouvementées pour toi. »

Toute la région de Fittoa avait été « déplacée », et notre famille s’était dispersée au gré des vents. Quand je pensais à ce que Paul avait dû ressentir dans les jours et les semaines qui avaient suivi, je ne pouvais pas me résoudre à lui reprocher son attitude sévère. Je voyageais dans une bulle d’ignorance, ignorant heureusement la tragédie qui m’entourait.

« Ne parle pas comme ça, Rudy. Je sais que tu as aussi dû avoir des difficultés là-bas. »

« Non, ce n’est pas du tout vrai. C’était vraiment du gâteau. »

Après tout, Ruijerd avait été là pour moi. Après notre départ cahoteux à Rikarisu, les choses s’étaient relativement bien passées. Notre garde du corps avait veillé à ce que les monstres ne nous fassent jamais tomber dans une embuscade. Il avait pourchassé notre dîner sans qu’on le lui demande, et il était même intervenu quand Éris et moi nous étions disputés. Pour moi, au moins, le voyage s’était déroulé pratiquement sans stress. Les mots « promenade de santé » sonnaient à peu près juste.

« Ah oui ? Une partie de plaisir, hein… ? »

Je ne savais évidemment pas ce que Paul pensait en ce moment. Mais pour une raison quelconque, sa voix tremblait légèrement.

« Au fait, je me sens mal de n’avoir jamais vu ton message. De quoi s’agissait-il ? »

« J’ai juste dit que j’allais bien, et je t’ai demandé de fouiller la partie nord du continent central. »

« Je vois. Je pourrai y aller pour jeter un coup d’œil une fois que j’aurai déposé Éris dans la région de Fittoa. »

Pourquoi parlais-je comme un robot ? Tout ce que j’avais dit à l’instant était ressorti avec une étrange tension. J’avais presque l’impression d’être anxieux. Mais pourquoi le serais-je ? J’avais pardonné à Paul, et il m’avait pardonné. Les choses n’étaient définitivement plus les mêmes qu’avant, mais c’était une situation d’urgence, non ? Et tout le monde était tendu dans une situation d’urgence. Bien sûr, c’était logique.

« En mettant cela de côté pour l’instant, pourrais-tu me parler un peu plus en détail de la situation actuelle dans la région de Fittoa ? »

« Oui, bien sûr. »

La voix de Paul était aussi raide que la mienne et tremblait légèrement à chaque fois qu’il parlait. Était-il aussi sur les nerfs ?

Non, non. Je devrais d’abord essayer de comprendre mon propre comportement. Il y avait vraiment quelque chose de bizarre… Je ne pouvais pas agir comme je le faisais d’habitude.

Comment avais-je parlé avec Paul avant cela ? Nous étions plutôt décontractés l’un envers l’autre, pas vrais ?

« Voyons voir. Par où dois-je commencer ? »

Sa voix toujours tendue, Paul m’avait fait un résumé complet de ce qui s’était passé à Fittoa pendant mon absence. Tous les bâtiments de la région avaient disparu, et chaque habitant avait été téléporté dans un coin quelconque de la planète. De nombreux décès avaient déjà été confirmés, et beaucoup d’autres personnes étaient toujours portées disparues.

Paul avait décrit comment il avait recruté des volontaires pour l’équipe de recherche et de sauvetage et avait tout transformé en une organisation fonctionnelle. Il avait choisi de baser leurs opérations à Millishion parce que c’était le siège de la guilde des aventuriers et un bon endroit pour recueillir des informations.

L’équipe avait une autre base d’opérations dans la capitale du royaume d’Asura, et l’ancien majordome Alphonse y dirigeait les opérations. Alphonse était également le chef de l’organisation et apportait une aide active aux réfugiés qui étaient rentrés dans la région de Fittoa.

Paul m’avait également expliqué qu’il avait laissé des messages pour moi dans des villes du monde entier. Il espérait que nous pourrions nous séparer et rechercher les membres disparus de notre famille séparément.

En tant que son aîné et le plus indépendant de ses enfants, il était probablement de ma responsabilité d’aider. Oui, j’étais encore un enfant, mais j’avais l’esprit d’un adulte. Si j’avais vraiment vu le message de Paul, cela m’aurait incité à agir.

Zenith, Lilia et Aisha avaient toutes disparu. Et il était tout à fait possible que je sois passé à côté de l’une d’entre elles quelque part sur le Continent Démon. C’était juste un fait, et c’était suffisant pour me faire regretter tout ce que j’avais fait là-bas. J’étais tellement pressé que nous ne restions que rarement dans une seule ville pendant plus de quelques jours.

« Mais Norn allait bien ? »

« Oui, on a eu de la chance là-dessus. Elle me touchait quand c’est arrivé. »

Selon Paul, c’était ainsi que la magie de téléportation fonctionnait en général : si vous étiez en contact physique avec quelqu’un quand cela vous touchait, vous étiez envoyés ensemble à votre destination.

« Est-ce qu’elle va bien ? »

« Oui. Elle semblait un peu mal à l’aise à l’idée de déménager dans un endroit aussi peu familier au début, mais maintenant elle est devenue la mascotte de l’équipe. »

« Vraiment ? C’est bon à entendre. »

Au moins, Norn était en sécurité et heureuse. C’était sans aucun doute le seul point positif dans toute cette horreur. C’était quelque chose qui valait certainement la peine d’être célébré.

Mais pour une raison quelconque, je me sentais encore un peu déprimé.

« … »

« … »

Notre conversation s’était arrêtée. C’était étrangement… gênant. Paul et moi n’étions pas comme ça avant. Qu’était-il arrivé à la façon dont nous faisions des blagues et badinions l’un avec l’autre ? C’était très particulier.

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