Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 9 – Chapitre 1 – Partie 1

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Chapitre 1 : Acte 1

Partie 1

Jörgen, le second du Clan du Loup, poussa un cri de protestation affligé. « S’il vous plaît, arrêtez, Mère ! Une personne telle que vous n’a pas besoin de se déranger personnellement comme cela ! Si vous donniez des ordres à certains ouvriers, je suis sûr qu’ils vous aideraient de toutes les façons possibles… »

Il avait le vertige rien qu’en regardant la scène devant lui.

Cela se passait à Iárnviðr, la capitale du Clan du Loup, une nation qui était devenue assez puissante pour exercer un contrôle sur une grande partie de la partie occidentale d’Yggdrasil.

Dans le jardin arrière du palais, la jeune femme qui allait devenir l’unique épouse du chef de clan utilisait une petite faucille pour désherber elle-même le jardin.

C’était suffisant pour presque faire tomber Jörgen à ses pieds.

« Hein ? » demanda la jeune femme. « Mais est-ce que j’ai vraiment le droit de donner des ordres comme ça ? Tout le monde a déjà du travail à faire, alors les interrompre pour ça serait un peu… »

Sa réponse était incroyablement humble et passait complètement à côté du sujet. C’était comme si elle n’avait aucune conscience de son statut d’épouse du patriarche du clan.

« S’il vous plaît, ne vous inquiétez pas de ces choses, et sentez-vous libre de donner tous les ordres que vous voulez, » dit Jörgen faiblement.

« Hmm… Je ne sais pas. Je pense toujours que ce n’est pas une bonne chose. Si je commence à interrompre librement le travail des autres comme ça, juste parce que je suis la femme du patriarche, cela pourrait affecter leur capacité à accomplir leurs propres tâches. Si j’agissais de manière égoïste, cela finirait par nuire à la réputation de Yuu-kun. »

« … ! » Jörgen reprit son souffle, son étonnement étant encore plus grand qu’avant.

Ses remarques étaient quelque chose qu’il souhaitait pouvoir rejouer pour les épouses des autres capitaines de clan de haut rang, qui donnaient des ordres aux gens autour d’eux comme si c’était une évidence.

Jörgen avait supposé qu’elle n’avait pas conscience de son statut d’épouse du patriarche, mais c’était Jörgen lui-même qui s’était trompé.

« Je crois que c’est une merveilleuse façon de penser, » dit-il enfin. « Alors, que pensez-vous de ceci ? Je vais utiliser ma position de commandant en second pour faire une demande aux personnes actuellement inoccupées, et vous prêter temporairement leurs services. Qu’en pensez-vous ? »

Le second était chargé d’assumer toutes les responsabilités et l’autorité du chef de clan lorsque le patriarche ne pouvait être présent.

Si quelqu’un de sa position donnait un ordre officiel à ses soldats, cela maintenait la chaîne de commandement, et il n’y aurait aucun problème en termes d’interruption de leurs tâches.

« Hum, est-ce vraiment bien ? » La jeune femme avait encore l’air d’y réfléchir avec hésitation.

C’était incroyable de voir à quel point elle était modeste.

Jörgen ne put s’empêcher d’émettre un petit rire. « Il y a sûrement des gens qui trouveraient étrange et inadmissible que l’épouse du patriarche soit couverte de saleté et de sueur. Cela pourrait également affecter la dignité symbolique de Père. S’il vous plaît, je vous demande d’accéder à ma requête et de faire appel à mes hommes. »

Jörgen s’était dit qu’en reformulant sa demande en son nom propre, elle serait plus encline à accepter. C’était un calcul qui venait de sa grande expérience de la vie.

« Ah ! C’est bon, je comprends ! » dit Mitsuki avec soulagement. « Pour être honnête, ça m’aiderait vraiment. On dirait que ce travail était trop important pour qu’une fille le termine toute seule. »

« Oh, non, je devrais vous remercier d’avoir accepté d’accéder à ma demande. Au fait, qu’est-ce que… »

Bang-bang ! Ba-ba-ba-ba-bang !

La question de Jörgen fut coupée lorsque des bruits incroyablement forts éclatèrent, résonnant partout dans le palais.

Les bruits étaient si forts qu’ils avaient continué à résonner pendant des secondes.

D’une partie du palais s’élevait un panache de fumée noire.

« Qu’est-ce qui se passe ? » Jörgen avait crié.

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C’était le début de l’été de l’année 205 du calendrier impérial d’Yggdrasil, et le Clan de la Corne et le Clan de la Panthère étaient en guerre. Les trois mille soldats du Clan de la Corne s’opposaient aux dix mille soldats du Clan de la Panthère, avec la rivière Körmt entre eux.

Après s’être regardé fixement pendant un certain temps, le Clan de la Panthère avait fait le premier pas.

Leur patriarche, Hveðrungr, avait personnellement pris trois mille cavaliers et les avait menés en tant qu’unité détachée, traversant la rivière à un endroit différent, puis il avait assailli les forces du Clan de la Corne depuis leur flanc.

C’était une attaque-surprise, mais elle n’avait pas réussi à vaincre les forces du Clan de la Corne, dont les préparatifs préalables leur avaient permis d’employer la défense du « mur de chariots ». Cependant, Hveðrungr n’était pas du genre à rester les bras croisés face à un si petit revers.

Il mena son unité détachée pour encercler la capitale du Clan de la Corne, Fólkvangr, et ainsi couper la route d’approvisionnement de son ennemi, dans un plan visant à l’affamer.

Pendant ce temps, le Clan de la Corne, dont les réserves étaient coupées et la nourriture en voie d’épuisement, était à court d’options.

« … Et c’est ainsi que les choses se présentent. » Le commandant de l’armée du Clan de la Corne, Haugspori, termina son explication de la situation actuelle et s’inclina profondément. « Je suis vraiment désolé pour cette situation. »

Il était normalement un homme à l’attitude très informelle et désinvolte, allant même jusqu’à maintenir son attitude sarcastique avec son patriarche, Linéa. Mais à présent, il avait les sourcils froncés et son visage était assez sérieux et troublé.

Après tout, il ne serait pas exagéré de dire que ce conflit déterminerait le sort même du Clan de la Corne.

Et pourtant, il semblait qu’il n’y avait pas de bonne ligne de conduite à adopter. Avec cette pression qui lui pesait si lourdement, il n’avait pas le sang-froid nécessaire pour agir avec désinvolture.

« Non, tu t’es bien débrouillé pour leur tenir tête aussi longtemps sans craquer, » dit le jeune homme aux cheveux noirs assis en face de Haugspori. « Grâce à cela, j’ai réussi à arriver ici à temps. »

Et il laissa échapper un long soupir de soulagement.

C’était le patriarche du Clan du Loup, Suoh Yuuto.

Il était devenu patriarche à l’âge de quinze ans, et en seulement deux ans, il avait reconstruit le Clan du Loup alors qu’il était dans un état de quasi-destruction afin qu’il devienne l’une des nations les plus puissantes de tout Yggdrasil. Il était un homme rare et phénoménal, un grand héros.

Ces deux derniers mois, personne ne l’avait vu, et des rumeurs avaient circulé sur sa mort. Mais il était là, vivant et en chair et en os, et semblait en parfaite santé.

La mère jurée de Haugspori, Linéa, patriarche du Clan de la Corne, serait sûrement ravie d’entendre la nouvelle.

« Très bien, alors…, » Yuuto regarda l’homme droit dans les yeux. « Haugspori, désolé, mais, me laisserais-tu prendre le commandement de tes forces ? »

Selon la hiérarchie établie par le Serment du Calice, Haugspori était l’enfant juré de Linéa, qui était la petite sœur jurée de Yuuto. Yuuto serait donc comme son oncle.

Cela signifiait que Yuuto était quelqu’un au-dessus de lui dans le statut qu’il devait respecter, mais il était aussi d’un clan différent — la « famille », mais pas sa famille.

La seule personne à laquelle Haugspori avait réellement prêté serment d’allégeance était son patriarche Linéa, et elle lui avait personnellement confié le commandement de cette armée. Lui demander de simplement remettre ce commandement était déraisonnable, et il n’avait aucune raison valable d’obtempérer.

Pourtant…

« D’accord. » Haugspori avait accepté sans hésiter.

La survie même de son clan était en jeu, il n’était pas assez fou pour s’accrocher aux pensées quant à sa réputation ou pour sauver la face dans ce genre de crise.

Mais surtout, c’était une chance rare de voir de près cet homme incroyable diriger une armée — le commandant habile qui avait renversé les chances dans de nombreuses batailles où il avait été en infériorité numérique.

Ayant vécu sur le champ de bataille, c’était une occasion que Haugspori ne pouvait pas laisser passer.

« Alors, qu’est-ce que vous comptez faire ? » poursuit-il.

« Hm ? Oh, c’est vrai, » dit Yuuto. « Je devrais vous en parler, à toi et aux soldats, aussi… Félicia. »

« Oui, Grand Frère, qu’est-ce qu’il y a ? » L’adjudante de Yuuto, qui se tenait à proximité, répondit d’une voix pleine de révérence.

Haugspori avait eu de nombreuses liaisons avec d’innombrables belles femmes, il était le plus grand coureur de jupons du Clan de la Corne, de réputation et de son propre aveu. Pourtant, la vue de cette femme le prit tellement au dépourvu qu’il déglutit nerveusement. C’était une femme d’une beauté sensuelle et d’une séduction incomparable.

Et son regard vers Yuuto était rempli de passion et de chaleur — on pouvait dire en un coup d’œil à quel point elle ressentait quelque chose pour lui.

« Peux-tu m’apporter une des longues cordes avec les bâtons rouges attachés dessus qui se trouve dans nos bagages ? » demanda Yuuto.

« Oui, tout de suite ! » La voluptueuse femme répondit vivement et courut vers un de leurs chevaux, revenant avec l’objet en question. « Voilà, Grand Frère. »

« Hm, merci. »

« Tee hee ! ♥. » Elle répondit à ce simple mot de remerciement en gloussant bassement, l’air positivement ravi.

Félicia du Clan du Loup était une guerrière Einherjar maniant la rune Skírnir, le Serviteur sans expression. Elle était habile sur le champ de bataille et en dehors, et elle était même capable d’utiliser des sorts de magie seiðr. Ses talents étaient bien connus, même parmi les membres du Clan de la Corne.

Une femme aussi distinguée venait de recevoir un ordre qui conviendrait mieux à un simple serviteur. Pourtant, plutôt que d’avoir l’air mécontente, elle semblait positivement ravie d’obéir.

Avec ce simple échange, Haugspori avait pu constater à quel point ce Yuuto était un grand seigneur.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Haugspori en regardant la chaîne de bâtons rouges.

« Il s’agit de quelque chose que j’ai ramené de mon pays natal, mon arme secrète contre le Clan de la Panthère. Pour commencer, nous allons l’utiliser contre leurs forces sur la rive opposée de la rivière. Nous allons les anéantir. »

« Ah… ! » Haugspori sursauta et sentit un frisson lui parcourir l’échine en réponse à la déclaration calme, mais ferme de Yuuto. Il serra les dents pour les empêcher de claquer.

À première vue, il ressemble juste à un garçon faible, avait-il réfléchi.

Yuuto était grand et maigre, mais il n’avait pas l’air très fort.

Quelqu’un d’aussi expérimenté que Haugspori pouvait dire, rien qu’en regardant la démarche d’une personne, quel niveau de combat elle avait atteint. Même en étant généreux, ce jeune homme semblait seulement un peu plus fort qu’un novice.

Et pourtant…

J’ai tellement peur que ma bouche est sèche. Voilà donc l’aura de celui qu’on appelle le « Lion » ! Haugspori trouvait ce garçon, tellement plus jeune que lui, effrayant d’une manière insupportable.

Ce n’était pas non plus comme s’il y avait une quelconque intention hostile pointée sur lui directement. Tout ce que le jeune homme avait fait était de montrer pour ainsi dire un petit aperçu de ses « crocs », et c’était comme si la température ambiante avait baissé de deux ou trois degrés.

Haugspori avait rencontré le jeune homme une fois auparavant, au cours de l’hiver précédent, alors qu’il accompagnait Linéa. Comparé à cette époque, il semblait que l’aura qui l’entourait était beaucoup plus lourde, et aiguisée à un niveau bien plus tranchant.

En d’autres termes, il était encore en pleine croissance.

C’était une pensée plutôt effrayante.

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