Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 8 – Acte 5 – Partie 3

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Chapitre 5 : Acte 5

Partie 3

« Hé, Þjálfi, » dit Steinþórr. « Si tu as fini avec les rapports, aide-moi à combattre l’ennui. Faisons un peu de bras de fer. »

« Ne sois pas ridicule. Il n’y a absolument aucune chance que je puisse gagner contre toi. »

« Pas d’inquiétude, bien sûr je vais me donner un handicap. Et si je n’utilisais que mon petit doigt, et que tu pouvais utiliser tes deux bras ? » Steinþórr se mit à terre et leva un bras, en remuant le petit doigt.

Si c’était quelqu’un d’autre qui faisait ça, ce serait indubitablement pris comme une insulte délibérée.

Þjálfi soupira, incapable de cacher sa lassitude. « Essaie avec quelqu’un d’autre, s’il te plaît. Je n’ai pas envie de me blesser juste avant une grande bataille. »

« Ah, mec, tu n’es pas drôle. »

« S’il te plaît, ne comptes pas sur moi pour te… »

Bwooooh ! Bwooooh ! Bwooooh ! Tout d’un coup, des cornes de guerre rugissantes retentirent.

« Héhé ! On dirait après tout que les choses s’arrangent bien d’elles-mêmes ! » Steinþórr se fendit d’un sourire.

« Ce n’est pas du tout “bien” ! » gronda immédiatement Þjálfi vers son patriarche.

En effet, ce n’était pas bon du tout.

Les troupes du Clan du Loup n’étaient-elles pas censées être sur la rive Est de la rivière ? pensa Þjálfi, paniqué.

Ce village était à deux jours de marche de la rivière Élivágar, et il y avait une forte tempête. Il était complètement hors de question d’envisager que l’ennemi puisse les attaquer. Ils avaient été pris complètement par surprise.

« Ha ! Ne t’inquiète pas pour les détails ! » Steinþórr ramassa son fidèle marteau de guerre en fer, ouvrit d’un coup de pied (et brisa) la porte d’entrée de la maison avec un Bam ! et sauta pratiquement par la porte.

Le ciel était totalement gris, et la pluie tombait rapidement en grosses gouttes qui empêchaient de voir quoi que ce soit.

Le rugissement du vent et de la pluie étouffait tout autre son.

Malgré cela, l’odorat de Steinþórr, semblable à celui d’une bête, avait été capable de détecter l’odeur d’une bataille proche.

« … Par là ! » avait-il crié.

Il avait couru sans relâche jusqu’à ce qu’il atteigne la périphérie du village, où il pouvait entendre les éclaboussures des gens qui couraient dans l’eau et les cris des soldats confus et en fuite.

Il semblerait que les combattants soient tombés dans un état de panique totale.

Ce n’était pas une réaction totalement impensable. Ils avaient campé ici dans le froid, serrés les uns contre les autres pour se réchauffer, quand ils avaient été soudainement attaqués dans cet état de vulnérabilité.

« Des soldats à cheval !? » Steinþórr aperçut un groupe de soldats à cheval pourchassant ses combattants du Clan de la Foudre, et fit claquer sa langue en signe d’irritation. « Tch, c’est vrai, le Clan du Loup en avait aussi. »

C’était donc leur jeu : en plaçant clairement leur formation sur la rive est de l’Élivágar, ils y avaient attiré l’attention. En raison de la distance, ils avaient encouragé le Clan de la Foudre à baisser sa garde. Cela permettait au Clan du Loup d’envoyer une petite force de cavalerie très mobile pour organiser une attaque-surprise.

Steinþórr avait aperçu un combattant en particulier : une fille au gabarit élancé qui ne semblait pas à sa place sur le champ de bataille. « Ces types sont plutôt bons. Celle aux cheveux argentés qui les dirige… Je crois qu’elle s’appelle Sigrun ou quelque chose comme ça. »

Sa prise sur son marteau de guerre s’était resserrée.

Il était assez rare que cet homme se souvienne des noms de ses ennemis. Steinþórr ne s’intéressait qu’aux plus forts. Quant à ceux qui ne parvenaient pas à attirer son attention, il ne parvenait jamais à se souvenir de leur nom.

Au moins, cette fille qu’il voyait se battre maintenant, faisant tournoyer sa lance dans tous les sens, était l’une des élues fortes qui restaient dans sa mémoire.

À l’instant où Sigrun avait établi un contact visuel avec Steinþórr, elle s’était retournée pour donner un ordre à ses hommes d’une voix qui résonnait clairement comme une cloche, même au milieu de toute cette agitation. « Ah ! Steinþórr ! Tch, il est temps de partir. Retraite ! »

« Crois-tu que je vais te laisser t’enfuir !? » Steinþórr se mit à courir, et avec la force inhumaine de ses jambes, il réduisit la distance qui les séparait, visant d’un coup de marteau le visage de Sigrun.

L’attaque contenait la pure puissance divine de la rune de Steinþórr, Mjǫlnir, le Briseur, la rendant impossible à bloquer.

Et pourtant…

« Quoi !? » Steinþórr laissa échapper une voix choquée alors que l’attaque de lance de l’ennemi s’élevait également par en dessous, comme si elle frappait son marteau. Son attaque fut ainsi poussée loin de la cible.

Son marteau avait frappé inutilement dans l’air vide.

Sigrun avait attaqué dans cette minuscule ouverture, ramenant la pointe de sa lance vers le bas.

« Gaah ! » Steinþórr s’était précipité en arrière.

Dès que cette distance s’était agrandie entre eux deux, Sigrun avait fait demi-tour et en un rien de temps, elle avait disparu sous la pluie.

« Je n’arrive pas à croire que je l’ai laissée s’échapper, » grommela Steinþórr. « Je dois perdre la main. Pourtant, cette technique qu’elle a utilisée… c’est celle qu’utilise le loup teigneux. Heh heh, on dirait qu’elle s’est améliorée. »

Les autres cavaliers avaient également complètement disparu à ce stade.

Ils avaient fait des victimes dans son camp sans en subir aucune.

Ennemi ou pas, Steinþórr pouvait apprécier la façon dont ils avaient géré l’attaque surprise et la retraite.

« J’ai été assez déçu que Suoh-Yuuto ne soit plus là, mais je peux peut-être encore m’amuser un peu. » Steinþórr se lécha les lèvres et ricana, ressemblant à un tigre affamé qui venait d’apercevoir sa proie.

 

***

La rivière Körmt était longue et large, et elle alimentait les terres de la région de Bifröst jusqu’à Álfheimr et Vanaheimr à l’ouest.

L’eau était nécessaire à la survie de l’homme et à celle des cultures. Ainsi, pour les peuples de l’ouest d’Yggdrasil, cette grande rivière fournissait tant d’eau qu’elle était comme la source de la vie elle-même. Beaucoup appelaient la rivière Körmt « la Mère Körmt » ou « la Grande Mère ».

Hveðrungr était actuellement le patriarche du Clan de la Panthère, des nomades des terres de Miðgarðr au nord des montagnes Himinbjörg, mais à l’origine il était un homme de Bifröst, né et élevé à Iárnviðr.

Il était résolu à abandonner ses liens avec sa patrie, et pourtant, face à la vue du fleuve qui coulait devant lui, il ne pouvait nier les sentiments nostalgiques qui montaient en lui.

« Hmph, agir aussi sentimentalement qu’une fille. Je suis dégoûté de moi-même. » Hveðrungr cracha amèrement sur son autodérision, et dirigea ses pensées ailleurs.

Il n’était pas un quelconque barde, il était en ce moment un fier général venu commander une légion de soldats. Il avait besoin d’être froid et impartial pour cela.

« Pourtant, je suis sûr qu’ils ne nous laisseront pas simplement traverser sans rien faire. » Fixant les drapeaux du Clan de la Corne sur la rive opposée, Hveðrungr réfléchit à ses options.

Après avoir décidé d’attaquer le Clan de la Corne, il avait passé un demi-mois à faire des recherches sur la géographie de cette région. D’après les informations glanées auprès des habitants, cette zone était celle où la rivière était relativement moins profonde et plus facile à traverser.

Naturellement, le Clan de la Corne le savait aussi, et c’est exactement pourquoi ils avaient positionné une si grande formation sur la rive opposée ici.

S’il s’avançait vers eux sans réfléchir, il serait certainement accueilli par une tempête de flèches.

« Nous avons déjà eu une certaine quantité de pluie qui est tombée, » analysa Hveðrungr. « Pour l’instant, regardons et attendons encore quelques jours. »

La pluie s’était dissipée, mais il n’avait pas cessé de pleuvoir jusqu’à ce matin, le niveau de la rivière devrait donc être plus élevé. Il était inutile d’essayer de traverser maintenant, alors que ce serait beaucoup plus difficile.

La stratégie de combat de base du clan nomade de la panthère était l’« escarmouche », se retirant après chaque attaque, afin de ne pas recevoir de contre-attaques de leurs ennemis. Lorsque les choses semblaient dangereuses, ils fuyaient immédiatement.

Pour les cultures qui vivaient dans des lieux aménagés permanents et les défendaient, cela aurait pu passer pour de la lâcheté. Mais si l’on considère que la guerre est essentiellement une lutte de vie et de mort, toute tactique qui ne sacrifie que la vie de l’ennemi est extrêmement logique. Il ne faut pas mener une bataille téméraire.

« Hm ? » Hveðrungr remarqua qu’un homme seul se tenait sur la rive opposée de la rivière, bandant un arc.

Afin d’éviter d’essuyer des attaques de flèches, le Clan de la Panthère s’était installé à une centaine de mètres en retrait de la rive proche du fleuve.

En tenant compte de la largeur de la rivière elle-même, cela signifie qu’il y avait au moins deux cents mètres jusqu’à la rive opposée…

Une flèche s’était parfaitement fichée dans le sol à ses pieds avec un bruit sourd.

« Ah ! Oh… » Hveðrungr laissa échapper un souffle impressionné, une rareté pour lui.

Cet homme avait une force incroyable avec l’arc pour avoir tiré aussi loin. Sa précision était aussi impeccable.

Si Hveðrungr n’avait pas fait un bond en arrière au dernier moment, la flèche l’aurait transpercé de part en part.

« Entendez-moi ! » appela l’homme. « Je suis Haugspori, le fier fils de mon patriarche, Dame Linéa, et l’assistant du commandant en second du Clan de la Corne ! Ces mots sont probablement gaspillés aux oreilles des monstres barbares du Clan de la Panthère, mais je vous dirai que cette terre nous a été confiée, à nous du Clan de la Corne, par notre impératrice divine la plus sacrée, et nous l’avons longtemps gardée. Nous ne vous laisserons pas faire un seul pas sur son sol ! Si vous persistez à venir, alors préparez-vous à vous régaler de la grêle de flèches que nous avons préparée pour vous ! »

La voix puissante de l’homme avait porté jusqu’aux oreilles de Hveðrungr, même à cette distance. Apparemment, sa voix était aussi puissante que son bras.

Dès qu’il eut fini de parler, les autres soldats du Clan de la Corne se mirent à pousser des cris de guerre en chœur.

Son discours servait à motiver ses alliés avant la bataille, en prononçant haut et fort la justification de leur combat. De tels discours d’avant-bataille n’étaient pas rares.

« Eh bien, c’était plutôt bien joué. » Les lèvres de Hveðrungr s’étaient retroussées en un sourire.

Comme indiqué précédemment, de tels discours n’étaient pas rares, mais tirer une flèche d’une distance aussi incroyablement éloignée pour marquer visiblement un point contre lui comme cela était impressionnant.

Cet homme était probablement le plus grand maître de l’arc de leur clan, et il n’était donc pas nécessaire de penser que n’importe lequel des autres combattants pourrait reproduire son exploit.

Cependant, cela avait quand même semé une graine de peur dans les rangs du Clan de la Panthère, la peur que le Clan de la Corne puisse tirer sur eux même à cette grande distance.

« Je n’ai pas d’autre choix que de lui donner une bonne réponse. » Hveðrungr avait préparé son propre arc et s’était avancé.

Jusqu’à récemment, il aurait confié ce rôle au plus grand archer du Clan de la Panthère, Váli, mais malheureusement Váli avait été tué par le Clan du Loup pendant la bataille de Gashina. C’était un peu ennuyeux, mais Hveðrungr devait le faire lui-même à la place.

« ᚹᛁᛜᛞ. » Alors qu’il finissait de tendre son fidèle arc, il prononça la parole de pouvoir qui rassembla l’énergie magique en lui.

La rune de Hveðrungr était Alþiófr, Bouffon des Mille Illusions, et elle lui permettait de voler toutes les techniques. Obtenir une compétence avec un arc était un jeu d’enfant.

Cependant, cela ne signifiait pas qu’il avait la force physique brute nécessaire pour tirer une flèche qui couvrirait toute la distance.

Bien sûr, s’il n’arrivait pas à tirer aussi loin, cela montrerait qu’il est plus faible que son adversaire, et ses troupes perdraient le moral.

Et donc, il avait utilisé le pouvoir de la magie du chant galdr.

Une soudaine et puissante rafale avait soufflé derrière Hveðrungr. Il libéra sa flèche avec un timing exquis, et elle chevaucha ce vent.

La flèche avait tracé un arc de cercle long et doux dans l’air au-dessus de la rivière, et était tombée directement vers le centre de la poitrine de Haugspori, comme si elle était tirée directement vers sa cible.

Bien sûr, l’homme avait facilement écarté la flèche, mais ce qui était important, c’est que cela suffisait au Clan de la Panthère pour sauver la face.

Hveðrungr avait placé sa voix sur le vent invoqué, pour qu’elle soit portée à ses ennemis.

« Je suis le patriarche du Clan de la Panthère, souverain des grandes prairies, Hveðrungr ! Vous parvenez à aboyer assez fort pour des mauviettes dont on s’est joué si facilement l’année dernière ! Vos précieux amis du Clan du Loup ne viendront pas à votre secours cette fois-ci ! Allez-y et fuyez maintenant, si vous tenez à vos vies ! »

Ses voix résonnaient beaucoup plus fort et plus puissamment à leurs oreilles que celles de ses propres hommes à proximité.

C’est ainsi que le rideau s’était ouvert sur ce qui allait être appelé la bataille de la rivière Körmt.

 

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