Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 6 – Acte 1

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Acte 1

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Acte 1

Partie 1

« Ne me touchez pas, voyou ! » Rífa jeta un regard furieux sur le client ivre de la taverne qui venait de tomber par terre sur ses fesses.

C’était une belle jeune fille aux cheveux d’un blanc pur comme la neige. Son corps avait été drapé à divers endroits avec des ornements en métaux précieux, ce qui indiquait son statut élevé.

D’ailleurs, « Rífa » était un surnom affectueux qui n’était normalement permis qu’à quelques rares personnes choisies, et son nom complet était Sigrdrífa. Elle était, en fait, le treizième empereur divin du Saint Empire Ásgarðr.

Dans des circonstances normales, le genre de voyous qui fréquenteraient une taverne délabrée comme celle-ci n’aurait jamais eu la chance d’en voir une comme elle, et encore moins de la toucher.

La chance de lui parler directement et d’entendre sa voix était le comble de la chance, et pourtant cet homme avait osé la saisir par les épaules et rapprocher ses lèvres des siennes.

C’était un acte si méprisable que même la mort n’absoudrait pas le crime.

En ce qui concerne Rífa, cet homme devrait être éternellement reconnaissant d’avoir été jeté à terre.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » Le visage de l’homme ivre avait déjà été rougi, mais maintenant sa colère l’avait rendu encore plus rouge, et avec un cri, il s’était indigné en se levant. Il n’avait pas l’air d’avoir réfléchi à ses actions.

« Honnêtement, c’est encore plus horrible que les histoires que nous avions entendues. » Rífa soupira et haussa les épaules. « Il n’y a que vous qui êtes vulgaires et sordides. »

Elle ne supportait pas l’air vicié qui imprégnait cet endroit. Rien qu’en respirant, cela semblait obscurcir son esprit. Franchement, même le simple fait d’être ici la rendait mal à l’aise.

Il semblerait qu’elle n’aurait peut-être jamais dû venir ici, comme l’avaient dit ses deux accompagnatrices.

« Huuuh !? Je ne sais pas qui tu crois être, mais tu dois avoir du culot de parler comme ça, salope ! » l’homme cria d’une voix hargneuse, et la regarda comme si elle essayait de l’intimider. Apparemment, il ne supportait pas l’air confiant de Rífa.

Comme si la voix de l’homme était un signal, un groupe d’autres clients ivres avaient quitté le bar et étaient sortis pour les rejoindre devant l’entrée de la taverne. Ils avaient commencé à encercler Rífa. Il semblerait que l’homme qui criait était leur chef.

Elle était maintenant entourée d’au moins cinq hommes ivres. Dans cette situation, une fille normale serait sans aucun doute terrifiée, mais Rífa restait calme et insouciante.

C’était une espèce spéciale d’Einherjar, dont on disait qu’il n’y en avait que deux dans tout Yggdrasil : Elle possédait deux runes.

Contre des hommes de ce calibre, elle était sûre de pouvoir se débrouiller seule, même s’ils étaient dix.

Je suppose que je vais commencer par celui qui gémit et qui fait du tapage, se dit-elle. Mais avant qu’elle n’ait pu bouger, la voix d’un jeune homme avait retenti.

« Attendez ! Tout le monde se calme ! »

La voix était assez jeune pour ne pas se sentir à sa place dans cet environnement.

Rífa ne voyait pas bien à cause du mur d’ivrognes qui bloquait sa ligne de vue, mais ce nouvel homme avait dû entendre le vacarme et venir en courant.

La colère des hommes ivres n’était pas du genre à être apaisée par les réprimandes d’un garçon.

« Huuuuuh !? Qu’est-ce que tu veux, bon sang !? » cria l’un d’eux.

« Si tu essaies de nous barrer la route, on va commencer par toi ! »

Comme elle l’avait prédit, l’interruption n’avait fait qu’alimenter leur feu.

Cela dit, ce jeune homme était suffisamment louable pour avoir tenté d’intercéder dans ce genre de situation. Rífa ne voulait pas l’impliquer, si possible. Et pour commencer, elle était censée voyager incognito.

Je devrais boucler tout ça aussi vite que possible.

Avec cette pensée, Rífa prit une profonde respiration et commença à augmenter le flux d’énergie magique dans son corps…

« Taisez-vous. » Le cri d’une jeune fille avait retenti comme un coup de tonnerre. « Personne ne sait qui se tient devant vous maintenant. Voici l’auguste seigneur de notre clan du loup, le huitième patriarche Yuuto Suoh ! »

Rífa se mit à trembler de surprise, et le pouvoir magique qu’elle avait recueilli se dispersa instantanément.

Ce n’était pas le volume de la voix qui l’avait surprise. Non, cela l’avait aussi un peu effrayée, mais une telle chose ne suffirait pas à lui faire perdre le contrôle de sa magie, Rífa ne manquait pas tant de talent.

Ce qui l’avait déconcentrée, c’était le nom que la fille avait prononcé.

Yuuto Suoh, huitième patriarche du clan du loup. C’était le nom de l’homme que les échelons supérieurs de l’Empire du Saint Ásgarðr avaient déterminé comme étant le « Ténébreux », sans aucun doute.

Était-il ici, en ce lieu même ?

« Huuuuuh ? Ne sois pas stupide ! » hurla un ivrogne.

« Ouais, tu penses que notre seigneur patriarche serait ici dans une taverne délabrée au milieu du… gaah !? »

« Oh ! Ohhhh ! C’est… ! »

Au lieu de manifester leur colère et leur scepticisme, les voix des ivrognes se mirent à trembler de peur.

La voix de la jeune fille retentit à nouveau, comme si elle avait observé les réactions des hommes pour évaluer le bon moment.

« Vous vous tenez devant votre seigneur et patriarche. Vous faites tous preuve d’insolence. Agenouillez-vous ! Agenouillez-vous et baissez la tête ! »

« O-Oui, madame !! »

Les hommes ivres avaient tous crié leur réponse presque à l’unisson et s’étaient prosternés sur le sol. Ils l’avaient fait avec une telle force qu’ils avaient pratiquement claqué leur front contre le sol.

Juste cette démonstration avait suffi pour voir à quel point le patriarche du clan du loup était vénéré et craint par ces hommes.

Maintenant qu’il n’y avait plus de mur humain bloquant sa vue, Rífa avait involontairement tourné ses yeux vers le jeune homme.

D’après ce qu’elle avait pu voir, il ne semblait pas avoir quelque chose de spécial.

Il avait peut-être un an ou deux de plus qu’elle. Il était un peu grand, mais du côté mince, et pas très fort. Son visage n’avait pas non plus beaucoup d’intensité, en fait, il ressemblait à celui d’une personne douce et bien élevée.

C’était l’homme qui était censé détruire l’empire, alors elle avait imaginé un visage plus vicieux. Franchement, c’était un peu décevant.

S’il y avait quelque chose d’intéressant à mentionner à son sujet, c’était peut-être ses cheveux et ses yeux, ils étaient si noirs qu’ils se fondaient dans l’obscurité de la nuit, presque d’apparence sinistre.

« Quoi… !? » Quant au Ténènreux, il regardait Rífa d’un air choqué. C’était comme s’il regardait quelque chose qu’il ne pouvait pas se résoudre à croire.

Pourtant, c’était quelque chose que Rífa avait l’habitude de faire depuis longtemps.

Hmph, il est sans doute choqué par la couleur de ces yeux et cheveux maudits. Comme c’est pittoresque, alors que tu es dans le même cas, Ténébreux. Rífa ne pouvait pas étouffer un sourire d’autodérision alors qu’elle le pensait.

Cependant, ce qui sortit ensuite de la bouche du Ténébreux alla complètement à l’encontre de ses attentes.

« Mitsuki… ? » Il chuchota comme étourdi, mais le mot n’était pas familier aux oreilles de Rífa.

Elle avait fouillé dans ses souvenirs, mais ne pouvait pas dire qu’elle l’avait déjà entendu.

« … Mi-tsu-ki ? Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Rífa d’un air suspicieux, fronçant les sourcils.

Le son de sa voix semblait ramener le Ténébreux à la raison, et il répondit en hâte. « Ah, euh, désolé pour ça. Vous ressemblez vraiment à quelqu’un que je connais, alors… »

« Quelqu’un qui me ressemble ? Alors, cela doit être quelqu’un d’assez bonne naissance, » déclara Rifa.

« Non, c’est juste une fille de la campagne, » répondit le Ténébreux.

« Vous savez, vous êtes très impoli, vu qu’on vient juste de se rencontrer, » déclara Rifa.

« Hein ? … Oh ! Non, je ne voulais pas insinuer que vous aviez l’air d’une fille de la campagne, ou peu sophistiquée ou quelque chose comme… hein ? » répondit le Ténébreux.

Soudain, le Ténébreux s’arrêta et ses yeux se fixèrent sur les vêtements de Rífa, comme s’il venait à peine de les remarquer.

Ça aussi, c’était un peu grossier de sa part, mais elle laissa passer. C’est ainsi que se comportaient les gens des provinces rurales, et c’était ainsi qu’un seigneur magnanime négligeait ce genre de choses.

« Hm-hm. » Rífa étirait son dos haut et se brossait les cheveux sur le côté, en s’assurant de montrer ses vêtements.

Les vêtements qu’elle portait étaient principalement faits avec le rare fil de soie importé d’Orient, qui avait une fine brillance qui laissait tous les autres tissus dans l’infériorité. Les attaches et les fermoirs en métal, ainsi que les autres accessoires en métal qu’elle portait, étaient tous en or pur, et la broche sur sa poitrine était incrustée d’améthyste violette.

C’était le genre de tenue raffinée et magnifique qui faisait actuellement fureur parmi la classe aisée de Glaðsheimr, le centre culturel d’Yggdrasil.

Je suppose que maintenant vous comprenez qui est le vrai habitant de la campagne ici ? pensa Rífa en mesurant la réaction du Ténébreux.

« Vous portez des vêtements de si haute qualité. Qui êtes-vous, au juste ? » Il avait les yeux écarquillés, comme elle l’avait espéré.

Cette réaction lui avait procuré une certaine satisfaction, et elle avait donc posé une main sur sa poitrine et s’était présentée.

« Ravie de faire votre connaissance, patriarche du clan du loup. C’est certainement une étrange tournure du destin que de vous rencontrer ici. Je suis Rífa, petite-fille de Sveigðir, chef de la Maison de Jarl. »

Là, je n’ai pas dit un seul mensonge, avait-elle ajouté en interne.

Bien sûr, il y avait aussi beaucoup de vérité qu’elle n’avait pas dite.

Il y avait un grand risque à se révéler sous le nom de Þjóðann, la divine impératrice régnante d’Ásgarðr. Un patriarche ambitieux quant au pouvoir pourrait réagir en la saisissant, afin qu’ils l’emprisonnent et la manipulent à leur avantage. Mais d’un autre côté, le discours et les manières de Rífa étaient tels qu’elle ne pouvait espérer passer pour une roturière.

C’est le patriarche du clan de l’épée, Fagrahvél, qui lui avait donné une réponse à ce dilemme. Il était particulièrement proche d’elle parce qu’il était son « frère de lait », élevé par la même nourrice alors qu’ils étaient bébé. Sa proposition était qu’elle se fasse passer pour un parent éloigné de la famille royale, ni plus ni moins.

Le Ténébreux avait sursauté. « Quoi !? Une des trois maisons de la famille impériale !? »

Il y avait beaucoup de familles ayant des liens de sang avec les membres de la famille royale, mais la Maison de Jarl était l’une des trois familles les plus puissantes, connues collectivement sous le nom des Trois Maisons, qui étaient les plus proches du trône.

Il n’y avait aucun chef de terres à Yggdrasil qui ne les connaissait pas.

Les patriarches de clan qui gouvernaient leurs territoires l’avaient fait avec l’autorité du Þjóðann et de l’empire comme prétexte et mandat pour leur gouvernement. Ainsi, en utilisant son identité actuelle, Rífa ne risquait pas qu’un patriarche cherche à bouleverser les choses en l’utilisant dans leurs plans, et elle n’aurait pas non plus besoin d’être traitée comme une personne de basse qualité.

« En effet, cette Maison de Jarl, » dit-elle d’une manière imposante. « Comme preuve, voyez ce bracelet sur mon bras. »

Rífa leva le bras droit pour montrer le bracelet, également en or pur. Sur elle se trouvait le symbole d’un oiseau en vol et d’une épée, superposée — le symbole du Saint Empire d’Ásgarðr. Le travail de détail était si complexe que l’on pouvait dire d’un coup d’œil que ce n’était pas un faux.

Arrivant apparemment à la conclusion que ce n’était pas une plaisanterie ou une tromperie, le Ténébreux avait tenu un bras sur la poitrine et avait fait un salut respectueux.

« Pardonnez mon impolitesse. Permettez-moi de me présenter une fois de plus. Sa Majesté m’a donné l’autorisation de diriger le clan du loup. Je m’appelle Yuuto Suoh. Je suis heureux de faire votre connaissance, » déclara-t-il.

***

Partie 2

Au moins d’après la hiérarchie formelle, cette attitude de déférence envers elle était parfaitement appropriée. Rífa était, après tout, une fille de la famille directement liée au trône sous lequel il servait comme vassal.

Bien sûr, en réalité, l’empire central n’avait plus le pouvoir de contrôler ces terres, et ne l’avait plus depuis longtemps. Mais l’autorité traditionnelle de cette hiérarchie servait quand même de justification et d’appui à la domination des patriarches sur leurs territoires, et ils ne pouvaient donc pas se permettre de l’ignorer complètement.

« En fin de compte, je ne suis rien de plus qu’une petite-fille qui n’a presque aucune prétention à la succession impériale, » dit-elle en mentant. « Il n’y a pas besoin que vous soyez trop formel avec moi. »

Rífa hocha la tête d’un air de calme généreux et échangea cette salutation formelle de manière pratiquée. Sa bonne navigation dans ces formalités sociales avait certainement été la preuve de son éducation de haut niveau.

« Alors, Lady Rífa, qu’est-ce qui vous amène dans ces contrées lointaines ? » demanda le Ténébreux.

« Une excursion pour le plaisir. Vous savez comment on dit qu’il faut voir le monde et élargir ses horizons quand on est jeune, » répondit Rífa.

« Je vois. Cependant, une dame voyageant seule est trop… ne pensez-vous pas que c’est trop dangereux ? » demanda le Ténébreux.

Depuis que Rífa s’était présentée, le discours du Ténébreux — Yuuto — était devenu un peu maladroit.

Plutôt que d’avoir les nerfs à vif, c’était plutôt comme s’il n’avait pas l’habitude d’utiliser un langage respectueux envers les autres.

Rífa s’était assurée de ne pas en tenir compte et de faire comme si elle n’avait rien remarquer.

« Oh, j’ai apporté une protection adéquate, » répondit-elle. « Elles se reposent dans notre chambre à l’auberge en ce moment même. »

« Cela ne suggère-t-il pas qu’ils ne sont pas les gardes les plus qualifiés pour vous ? » Yuuto regarda de façon pointue les hommes encore prostrés de la taverne, avec une expression troublée sur son visage.

Il est vrai qu’il n’était guère louable pour un garde du corps de laisser sa mission s’exposer à un danger alors qu’il se prélassait en sécurité. Cela dit, les deux filles qui l’accompagnaient pour la protéger étaient actuellement ligotées et incapables de quitter leur chambre… et celle qui leur avait fait cela n’était autre que Rífa elle-même.

« Ha ha ha, s’il vous plaît, ne leur en voulez pas pour ça. Je me suis faufilée tranquillement dehors, sans qu’elles le sachent, » Rífa devait leur offrir au moins une certaine défense, sinon elle aurait eu pitié d’elles et de leur réputation.

Les yeux de Yuuto s’élargirent de surprise. « C’est… comment dire... »

« Hee hee! Oh, vous pouvez être franc et dire que c’est un truc de garçon manqué. Ça ne me dérange pas, » déclara Rífa.

« Ah… hahahahaha. » Yuuto rit sèchement, et détourna les yeux.

Il semblait que c’était bien ce qu’il pensait.

« Alors, vos gardes doivent sûrement s’inquiéter pour vous. Je vous raccompagne à votre auberge, » déclara Yuuto.

« O-oh, oui. » Rífa était jusqu’à présent une image de sang-froid, mais pour la première fois, un soupçon d’anxiété passa sur son visage.

Elle était venue enquêter sur cette taverne parce qu’elle n’avait pas réussi à supprimer sa curiosité, mais elle n’avait pas réfléchi du tout à ce qui allait se passer.

Si elle y retournait maintenant, ses deux gardes du corps seraient sûrement encore furieuses contre elle.

Bien sûr, elles ne pourraient pas crier après Rífa ou l’insulter en face d’elle, mais sans aucun doute, un défilé de réprimandes et de conférences bien intentionnées l’attendait. Dans le pire des cas, elle pourrait même être renvoyée de force au palais de Valaskjálf.

Plus que tout, c’était quelque chose qu’elle ne pouvait pas supporter. C’était sa première et dernière chance de voyager dans le monde extérieur. Elle ne pouvait pas laisser ça s’arrêter ici, comme ça.

Rífa commença à regretter, trop tard, qu’elle n’ait pas été plus délibérée et prudente dans le choix de ses actions.

« Père, si je peux me permettre. » Une petite fille était apparue à côté de Yuuto, apparemment de nulle part. « Lady Rífa est une noble dame de la famille impériale. Le savoir et simplement l’escorter jusqu’à son auberge serait considérée comme un manque de manières, et ferait honte au clan du loup. Je pense qu’il vaudrait peut-être mieux l’inviter au palais et lui donner un accueil convenable. »

La fille semblait n’avoir que douze ou treize ans. Elle avait une apparence adorable, mais c’était ruiné par la lumière froide dans ses yeux, étrange et indigne d’une fille de son âge. Ses yeux semblaient voir à travers les gens, et à cause de cela, ils donnaient à la jeune fille une impression beaucoup plus effrontée et précoce.

À en juger par sa voix, c’était la fille qui avait fait la déclaration bruyante plus tôt et qui avait fait taire les ivrognes. Elle était ensuite restée silencieuse et cachée, estimant probablement qu’il ne convenait pas qu’elle s’insère dans une conversation entre son patriarche et une noble impériale.

La jeune fille tenait un petit animal contre sa poitrine : un chiot gris cendre. Il était probable qu’elle le tenait immobile pour empêcher toute chance de laisser l’animal agir d’une manière qui offenserait une dame née dans la haute société.

« Hrrm. Est-ce comme ça que ça se passe ? » Yuuto s’était gratté derrière l’oreille d’une manière qui le rendait assez indigne de confiance. Il semblait que cet homme ignorait complètement l’étiquette dans ces situations.

C’était une qualité particulière à son espèce, des hommes qui étaient passés du néant au pouvoir. La première impression qu’elle avait de lui était encore intacte. Il avait l’air trop facile à vivre pour quelqu’un dans sa position.

C’était l’homme qui, en un clin d’œil, avait étendu le territoire de son clan des hautes terres de Bifröst vers l’ouest, au cœur de la région d’Álfheimr. Elle avait imaginé qu’il serait quelqu’un qui aurait davantage l’aura d’un conquérant, avec la personnalité résolue d’un homme habitué à prendre des décisions difficiles. Et pourtant, il ne l’était pas. Elle était un peu déçue.

« Je demanderai à l’un des miens d’envoyer un message à l’auberge pour lui dire que Lady Rífa sera accueillie en toute hospitalité au palais et qu’à ce titre, ils n’ont pas à s’inquiéter pour elle, » dit la jeune fille.

Yuuto hocha la tête. « D’accord, alors je te laisse ça entre les mains, Kris. »

« Oui, mon Père. » La jeune fille leur fit un salut respectueux. Ce faisant, les yeux de Rífa rencontrèrent les siens.

À cet instant, la jeune fille fit un clin d’œil significatif à Rífa.

« Hm. » Les yeux de Rífa se plissèrent.

Je vois… Elle a senti ma réticence à retourner à l’auberge. C’est pourquoi elle m’a interrompue pour faire sa suggestion. Elle peut sembler un peu impertinente, mais cette fille est très douée pour faire attention aux autres.

Rífa avait décidé d’accepter la gentillesse qu’on lui avait offerte.

« Oui, ça a l’air bien, » dit-elle. « Je me mettrai à votre soin. »

***

« Hmm, c’est plus maigre que ce à quoi je m’attendais…, » Rífa murmura à elle-même en levant les yeux vers le palais du clan du loup.

D’abord, ce n’était pas assez spacieux. Elle pouvait voir à peu près toute la largeur du parc du palais en regardant de l’avant de la porte principale.

Et le bâtiment principal du palais avait l’air si petit et miteux.

Même leur Hliðskjálf, la tour sacrée, symbole des grandes villes, manquait de hauteur. Elle n’était peut-être que la moitié de la hauteur de celle de Glaðsheimr.

Rífa se demandait avec inquiétude si les prières des gens d’ici pouvaient même atteindre les dieux avec une tour aussi courte.

« Ha ha ha, s’il vous plaît ne nous comparez pas au palais de Valaskjálf, » répondit Yuuto avec un rire ironique et un haussement d’épaules.

Apparemment, la remarque discrète de Rífa à elle-même lui était parvenue à l’oreille. Elle n’avait pas voulu qu’il l’entende, et elle s’était un peu énervée.

« Toutes mes excuses. Je vous assure, je ne pense pas que ce soit un mauvais palais. Ce n’est pas mal. Mais c’est juste que pour le clan du loup dont le progrès rapide et la prospérité sont devenus célèbres même de retour à Glaðsheimr, c’est un peu incongru. »

« Hmm. Eh bien, il y a eu beaucoup d’autres questions plus urgentes dont je me suis occupé jusqu’à maintenant. Mais vous avez raison. Maintenant que nous avons tellement plus de gens là-bas, c’est devenu un peu étroit, alors tôt ou tard, nous devrions envisager d’agrandir le… huahhhh… agh, vraiment désolé pour ça. » En milieu de phrase, Yuuto s’était mis à bâiller, puis s’était empressé de s’en prendre à lui et de s’excuser.

Plus Rífa parlait avec ce jeune homme, plus il semblait être exactement comme sa première impression : une personne calme et douce… ou, pour le dire de façon plus critique, insouciante.

Certes, on pouvait trouver une excuse au fait qu’il était si tard le soir, mais elle se demandait quand même comment il avait pu se laisser être si déconcentré devant un noble impérial comme lui.

Non, c’est peut-être juste l’état actuel des choses dans l’empire, se dit-elle solennellement. Déjà, en termes de territoire réel sous son contrôle et de soldats réels sous son commandement, le clan du loup était devenu plus puissant que l’administration impériale d’Ásgarðr.

Bien que la même chose ne s’applique peut-être pas au þjóðann elle-même, peut-être qu’il ne ressentait plus le besoin de faire tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir des faveurs lorsqu’il traitait avec un simple parent éloigné du trône.

Les nombreux gardes de la porte principale de la citadelle et du palais avaient tous salué Yuuto à l’unisson, et avaient attiré l’attention.

« Bon retour parmi nous, Seigneur Patriarche ! »

Du moins, 1l est donc ce qu’il y a de plus réel, avait réfléchi Rífa. Elle avait dû admettre qu’à un moment donné, elle avait commencé à se demander si le jeune homme n’était pas un imposteur.

Bien sûr, elle était consciente du fait que les gens n’étaient souvent pas ce qu’ils semblaient être à première vue…

Alors que le groupe passait la porte, ils avaient été accueillis par une femme d’une beauté incroyable, aux cheveux dorés et aux yeux bleus. « Bienvenue à la maison, Grand Frère. As-tu aimé ta promenade nocturne ? »

Rífa avait rarement vu une femme d’une telle beauté, même dans les couloirs du palais de Valaskjálf. Même Rífa avait été temporairement captivée.

« Salut, Felicia, je suis… euh… tu es peut-être, euh, en colère contre moi ou quelque chose comme ça ? » Yuuto avait commencé à lever la main pour retourner le salut quand son expression s’était soudainement tendue.

En regardant de plus près la belle femme, il était vrai qu’elle portait un sourire gracieux et féminin, il y avait une allusion quelque peu en colère dans le regard fixe qu’elle pointait vers Yuuto.

« Oui, un peu, » dit-elle. « Quand tu vas en ville, non seulement tu ne m’amènes pas, moi, ta garde personnelle, mais tu as l’air d’aller exclusivement avec Kris ces derniers temps. »

« C’est juste parce que sa capacité est la plus idéale pour se promener en ville, c’est tout, » répondit Yuuto.

« Oui, j’en suis consciente, » dit la belle aux cheveux dorés avec un peu de boudeur dans son ton, et gonfla ses joues d’une manière assez mignonne.

Les yeux de Rífa s’étaient élargis. Cette femme incroyablement belle… il semblait qu’elle ne servait pas Yuuto pour la richesse ou le pouvoir qu’il pourrait lui accorder, mais parce qu’elle était tombée follement amoureuse de lui.

Même en observant de la ligne de touche comme ça, c’était immédiatement clair, et en plus, la femme ne semblait pas essayer de le cacher.

La beauté aux cheveux dorés, prenant enfin davantage conscience de Rífa, la regardait avec une expression troublée. « À part ça, Grand Frère, qui est cette personne ? Comment dire, son apparence est… »

Rífa avait supposé que la femme devait être curieuse au sujet des couleurs étranges de ses cheveux et de ses yeux, mais…

« Oui, elle ressemble à Mitsuki, mais c’est une personne différente, » répondit Yuuto, les épaules tombantes.

Une fois de plus, on l’avait prise pour une fille qui lui ressemblait.

***

Partie 3

« Voici Lady Rífa, qui vient d’Ásgarðr, » dit Yuuto. « C’est une dame de la Maison de Jarl, l’une des Trois Maisons. »

« Jarl… ! » La femme aux cheveux dorés étouffa, puis se hâta de saisir l’ourlet de sa jupe et fit une révérence. « Bien que mon impolitesse soit due à l’ignorance, pardonnez-moi, s’il vous plaît. Je m’appelle Félicia, je suis la jeune sœur jurée du Patriarche Yuuto Suoh du Clan du Loup, et je suis à la tête de ses frères et sœurs subordonnés. »

« Et je suis Rífa, si vous voulez bien m’excuser pour l’introduction répétée. C’est un plaisir. Puissions-nous bien nous entendre, » déclara Rífa.

« Oui, ma dame. »

Les présentations de base étant terminées, Yuuto avait fait comme s’il s’en souvenait tout à coup. « Ah, c’est vrai. Félicia, prépare une chambre pour Lady Rífa. »

« Oui, Grand Frère. Alors, Lady Rífa, si vous voulez bien venir par ici » déclara Félicia.

« Hm. » Rífa hocha la tête et commença à suivre Félicia, qui fit un geste en direction d’un chemin qu’elles devaient suivre.

Félicia commença à montrer la voie avec des pas lents et gracieux. Chacun de ses mouvements semblait s’enchaîner avec grâce vers le suivant, indiquant son niveau d’habileté et de pratique. C’était suffisant pour que Rífa la veuille comme sa dame d’honneur personnelle.

Ensuite, peut-être à cause de la fatigue de tout ce qui s’était passé, une fois Rífa conduite dans sa chambre d’amis, elle s’était rapidement endormie.

Pendant ce temps, son cœur tremblait encore en raison des pensées sur le monde extérieur passionnant.

Après avoir vu Yuuto, Félicia et Rífa entrer dans le parc du palais, Kristina s’était retrouvée seule devant la porte principale. Elle avait ensuite levé les deux mains en l’air, comme dans un geste de reddition.

« Merci pour ton travail acharné comme toujours, Grande Sœur Sigrun, » dit-elle, se tournant vers l’obscurité derrière elle.

« Quoi, alors tu savais que j’étais là ? »

De cette obscurité impénétrable émergea tranquillement la figure d’une jeune femme seule. Elle portait un manteau de fourrure fait à partir de la fourrure d’un grand loup connu sous le nom de garmr, et dans l’obscurité de la nuit, cela lui donnait l’impression qu’elle pouvait être la mère vengeuse du chiot loup bercé dans les bras de Kristina, venus reprendre son enfant.

C’était Sigrun, une fille belle et élancée qui portait néanmoins le titre de Mánagarmr, le Loup d’argent le plus fort, qui ne fut transmis qu’au plus grand guerrier du clan du loup.

« Eh bien, oui. Je suis techniquement une spécialiste de ce genre de choses. » Kristina haussa les épaules avec ironie en réponse.

Bien que Kristina et sa sœur soient toutes deux des Einherjars, le combat n’était pas la spécialité de Kristina. Afin de combler cette lacune lorsque Yuuto emmena Kristina faire ses promenades en ville, Sigrun avait pris le rôle de veiller sur eux et de les protéger depuis l’ombre.

D’ailleurs, la sœur de Kristina, Albertina, était plus douée avec un couteau, mais sujette aux distractions. Elle était tellement absorbée par d’autres choses pendant une sortie qu’elle oubliait complètement de se concentrer sur son travail, et elle avait donc déjà été jugée comme un échec en tant que candidate pour être la garde du corps.

« Tu pourrais être plus comme tante Félicia, tu sais », dit Kristina. « Si tu veux nous accompagner, ce serait bien de le faire ouvertement. »

« Je ne suis pas capable de faire une conversation intéressante comme tu le fais, » répondit Sigrun. « Je ne veux pas empêcher Père de s’amuser. »

« Je doute fort que Père te considère comme un obstacle, Grande Sœur Sigrun. »

« Tu as raison. Père est bon, après tout. Cependant, je suis la plus consciente du fait que je suis une femme ennuyeuse. Le surveiller de l’ombre est le mieux adapté à mes talents. »

Sigrun l’avait dit sans hésitation et sans ménagement. De toute évidence, elle ne disait pas cela non plus par humilité ou par autodérision, ce qui rendait difficile de rejeter ça. Elle parlait de ce qu’elle croyait être la vérité.

Sigrun s’était consacrée à devenir l’épée de Yuuto. Elle était probablement contente de pouvoir le protéger, peu importe comment.

« Mais tu sais que Père ne s’en est pas rendu compte ? » Kristina avait posé cette question pointue à Sigrun.

En d’autres termes, ce que faisait Sigrun ne se verrait en aucune façon récompenser, ni par le mérite et la promotion, ni par des faveurs de son père bien-aimé et assermenté.

Sigrun, cependant, répondit joyeusement à cela. « C’est très bien. Si Père savait qu’on le surveillait, il ne serait sûrement pas capable de se détendre comme il le souhaite. »

Kristina, malgré toute sa perspicacité qui lui avait valu le surnom de « Petit Renard », ne pouvait déceler aucune trace de malhonnêteté dans les paroles de Sigrun. Son cœur ne semblait contenir aucun motif égoïste, seulement de la sympathie et de la considération pour son maître.

Yuuto et Félicia faisaient parfois référence à elle en la comparant à un chien, et maintenant Kristina sentait qu’elle comprenait pourquoi. Cette fille était vraiment une chienne fidèle et loyale.

Cependant, Kristina avait pensé avec un petit rire, je ne déteste pas du tout cela à son sujet.

« Alors, pourquoi avais-tu besoin de moi ? » demanda Sigrun. « Ce n’est pas la première fois que je vous garde tous les deux. Le fait que tu m’aies appelée après tout ce temps signifie qu’il y a un problème, non ? »

« C’est à propos de Lady Rífa. Que penses-tu d’elle ? » demanda Kristina.

« Elle est douée. Après l’avoir observée, je peux dire qu’elle est au moins aussi forte que Félicia, si ce n’est plus. » Sigrun parlait avec nonchalance, comme si elle racontait ce qu’elle avait pris au petit déjeuner, mais ses paroles étaient loin d’être légères dans leur implication.

Félicia n’était pas une combattante aussi forte que Sigrun, bien sûr, mais elle était au moins considérée comme faisant partie des cinq guerriers les plus forts du clan. Si quelqu’un était plus fort qu’elle, ça voulait dire quelque chose.

« Donc j’avais alors raison, » Kristina plaça une main sur sa bouche, et réfléchie doucement pendant un moment, fronçant les sourcils.

Rífa avait été entourée de cinq grands hommes adultes, mais n’avait montré aucun signe de peur, seulement une colère indignée.

Et après, pendant la marche jusqu’aux portes du palais, Kristina avait observé attentivement les mouvements de la jeune fille. Elle s’était déplacée d’une manière qui semblait pleine d’occasions d’attaque, mais qui n’en permettait en fait aucune.

Si Kristina essayait de frapper avec un couteau ou autre dans un moment d’inattention, ses calculs ne la conduiraient qu’à une seule image dans son esprit : L’attaque de Kristina aurait été facilement évitée et contrée, et cela se serait terminée par son effondrement au sol.

« Mais il semble aussi qu’elle n’ait pas encore cultivé son talent, » poursuit Sigrun. « Elle est comme un gros morceau de minerai brut en ce moment. »

« Hm, je vois. » Kristina hocha la tête, ces mots la touchèrent de la tête.

Ça explique tout. Je sentais que je ne pourrais pas la vaincre, mais j’avais aussi l’impression qu’elle était en quelque sorte vulnérable.

À cause de ces impressions contradictoires, Kristina n’avait pas été capable de juger correctement le niveau de force de la fille. Il semblerait que demander l’avis d’un expert sur la question ait été précisément la bonne décision.

Cette fille n’était clairement pas qu’une noble dame. Et il y avait aussi quelques autres points qui concernaient Kristina.

« Alors, je suppose que je vais creuser un peu plus, » déclara Kristina.

Avec cette petite remarque, la silhouette de Kristina se fondit lentement dans l’obscurité.

***

« Hein !? Il y a une fille qui me ressemble !? » Mitsuki avait poussé un cri de surprise en entendant la nouvelle.

Ses cheveux égaux, longs jusqu’aux épaules, étaient un peu ébouriffés par endroits. Il était déjà minuit passé, et elle venait d’être réveillée de son sommeil par un appel soudain, donc avoir une telle tête ne pouvait pas être empêché.

Elle était seule dans sa propre chambre, de sorte que certains des boutons sur le devant de son pyjama à motifs de chien étaient défaits, exposant son décolleté doux d’une manière plutôt audacieuse.

Cette fille, Mitsuki Shimoya, était une élève parfaitement ordinaire, en troisième année au collège municipal de la cité d’Hachio. Ordinaire. Mais c’était à une exception près : son ami d’enfance avait été mystérieusement transporté dans un autre monde.

« Oui, c’est vrai, » dit Yuuto. « Et, comme, exactement comme toi. Ça m’a vraiment fait flipper. »

La voix excitée de son ami d’enfance était venue à l’oreille de Mitsuki par le haut-parleur de son smartphone. Ce ton excité montrait à quel point cette autre fille devait lui ressembler.

« C’est un choc pour moi aussi, » dit Mitsuki. « Surtout parce que tu m’as appelée au milieu de la nuit comme ça. »

« Urk ! Euh, désolé. Désolé. Je suppose que tu dormais ? » demanda Yuuto.

« Bien sûr que je le faisais, » répondit Mitsuki d’un air maussade. « Et après tout, le manque de sommeil est le plus grand ennemi de la beauté. »

Normalement, Yuuto l’appelait entre huit et dix heures du soir, et ils avaient déjà terminé leur appel nocturne quelques heures plus tôt. Malgré cela, il l’avait soudainement contactée au milieu de la nuit, et elle avait failli paniquer en pensant que quelque chose de terrible était arrivé.

***

Partie 4

Après avoir appris que la vérité était qu’il avait seulement trouvé une fille qui lui ressemblait, elle était d’humeur à lui faire un peu de peine.

« E-Euh, je me sens vraiment mal de t’avoir réveillée, » s’était excusé Yuuto. « C’est tout ce que j’avais besoin de te dire, alors je vais te laisser dormir maintenant. »

Avec une culpabilité évidente dans sa voix, Yuuto avait commencé à mettre fin à l’appel, et Mitsuki l’avait arrêté en hâte.

« Ah ! Attends ! »

Mis à part le problème du temps et de l’urgence de l’appel, elle s’inquiétait du fait qu’il y avait une fille qui lui ressemblait exactement. D’ailleurs, elle était déjà réveillée maintenant, alors avoir leur conversation coupée soudainement l’ennuierait tout autant.

« Elle me ressemblait tant que ça ? » demanda Mitsuki.

« Oui… Sa couleur de cheveux et la couleur de ses yeux sont différentes des tiens, mais à part ça, vous pourriez aussi bien être des jumelles, » déclara Yuuto.

« Hein, vraiment ? Alors… Je me demande si cette personne n’est pas l’une de mes lointaines ancêtres, » déclara Mitsuki.

« Ha ha ha, peut-être, » répondit Yuuto.

« Comment s’appelle cette fille ? » demanda Mitsuki.

« Elle a dit que c’était Rífa, » déclara Yuuto.

« Hein !? » Mitsuki avait soudain eu l’impression que son cœur avait sauté un battement.

« Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Yuuto.

« Ah, non, rien. J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ce nom quelque part…, » déclara Mitsuki.

« Connais-tu peut-être quelqu’un du même nom, ou quelque chose comme ça ? » demanda Yuuto.

« Je ne connais aucun étranger, Yuu-kun. Je pense que j’ai dû le voir sur internet, mais… hmm… non, je ne m’en souviens pas, » déclara Mitsuki.

Mitsuki avait essayé de fouiller dans ses souvenirs avec son cerveau encore endormi, mais elle ne se souvenait d’aucune personne en particulier portant ce nom.

Cependant, curieusement, elle était encore certaine d’avoir déjà entendu le nom quelque part auparavant. Ce sentiment la dérangeait, comme une démangeaison qu’elle ne pouvait pas gratter.

« Oh, merde, déjà à court de batterie, » dit Yuuto. « Je suis vraiment désolé de t’avoir réveillée ce soir. Bonne nuit, Mitsuki. Dors bien, » déclara Yuuto.

« Ah ! Attends, Yuu-kun… Bon sang ! » L’appel avait pris fin avant que Mitsuki ne puisse répondre, et elle avait jeté son smartphone contre son oreiller, gonflant furieusement ses joues.

Yuuto avait pu dire ce qu’il avait à dire et raccrocher, et il allait probablement bien dormir ce soir. Mais maintenant, Mitsuki était assez bouleversée pour ne pas pouvoir se rendormir tout de suite.

Il semblait qu’elle allait devoir accepter le fait qu’elle serait plutôt privée de sommeil à l’école demain.

Je suis en troisième année et je dois passer les examens d’entrée, tu sais ! D’accord, demain, je vais devoir lui dire ce que je pense.

Mitsuki avait décidé dans son cœur de le faire.

***

Dans la partie intérieure du palais de Valaskjálf, au sommet de sa tour sacrée Hliðskjálf, le sanctuaire sacré d’où la divine impératrice régnait sur tout Yggdrasil était maintenant tombé dans un chaos sans précédent.

La cause en était le fait que le maître de ce lieu sacré, la divine impératrice elle-même, avait disparu.

Et celui qui avait conduit le Þjóðann hors du palais et dans la clandestinité n’était autre que l’homme allaité au même sein qu’elle.

C’était incroyablement choquant, car cet homme était aussi le patriarche du clan de l’épée, l’un des quatre grands clans militaires qui avaient toujours eu pour rôle de protéger le Þjóðann des plus anciens jours du Saint Empire Ásgarðr.

Dans la panique et la confusion, il y avait une personne qui ne montrait aucun signe d’inquiétude ou d’agitation.

C’était un vieil homme borgne avec un étrange sens du calme, la joue reposant sur une main. « Alors, avez-vous quelque chose à dire pour votre défense, Seigneur Fagrahvél ? Une excuse pour ça ? »

« Rien, » répondit Fagrahvél d’un air raide, et lança un regard en réponse au vieil homme. « J’accepterai tout blâme ou punition. Je ne voulais qu’écouter et accéder à la dernière requête de Sa Majesté, quoi qu’il arrive. »

Tout dans l’apparence de Fagrahvél correspondait à l’image d’un jeune guerrier vaillant, du genre destiné à protéger une noble dame, de son épée à son beau visage avec son armure brillante.

Le vieil homme avait fait un petit rire méprisant par le nez avant de répondre. « Nous sommes tous impressionnés par ces paroles réconfortantes de loyauté, mais qu’en est-il de la sécurité de Sa Majesté ? »

« Je lui ai assigné deux protecteurs, toutes deux Einherjars, parmi mes subordonnés personnels. J’ai pleinement confiance en leur force, leurs compétences martiales et leur caractère. Sa Majesté elle-même est également une Einherjar à deux runes. Il ne devrait y avoir aucune chance de danger réel pour elles. »

La déclaration de Fagrahvél était sans ambiguïté et confiante.

Bien sûr, c’était parce que Fagrahvél n’aurait jamais pu rêver que les gardes du corps qu’il avait affectés avaient été magiquement paralysés par l’impératrice divine qu’ils avaient juré de protéger. S’il l’avait su, il n’aurait guère pu se tenir devant ces hommes et prétendre une telle chose avec une telle certitude.

Les autres hommes présents, toutes des figures importantes de l’administration impériale, n’avaient pas tardé à sauter sur sa déclaration avec une colère presque triomphante.

« Je vous demande de ne pas débiter de telles bêtises ! »

« Il ne devrait y avoir aucune chance de danger ? Sa Majesté ne devrait pas être exposée au moindre risque pour sa sécurité ! »

« En effet ! Comment avez-vous l’intention d’assumer la responsabilité de cette situation ? »

Compte tenu de leur position dans tout cela, Fagrahvél avait compris qu’il était peut-être inévitable qu’ils agissent de cette façon. Il n’avait pas bronché devant leurs remarques véhémentes.

« Comme je l’ai dit, j’accepterai tout blâme ou punition. Emprisonnez-moi, tuez-moi, faites de moi ce que vous voulez. »

« Hmph, vous parlez comme si ça suffisait ! Ne présumez pas que votre vie commencerait à être un prix convenable pour avoir mis en danger Sa Majesté ! »

« Oui, c’est exact ! Quelle insolente présomption de la part d’un simple patriarche de clan ! »

« Si quelque chose devait arriver à Sa Majesté, pas même une centaine d’exécutions de votre personne ne vous absoudrait de ce péché ! »

Fagrahvél résista silencieusement au torrent de cris désobligeants qui lui tombèrent dessus. Tout cela était bien à l’intérieur de ce à quoi il s’attendait.

Tout en valait la peine, si cela signifiait qu’il avait réussi à exaucer le vœu de la fille à qui il avait donné sa vie et son épée. S’il lui avait donné la chance de profiter pleinement du dernier goût de liberté de sa vie.

Soudain, des mots d’appui étaient venus d’un endroit inattendu.

« Restons-en là pour l’instant. »

Une seule remarque du vieil homme borgne avait suffi pour faire taire les autres vassaux.

S’arrêtant un moment après qu’ils se soient calmés, le vieil homme les regarda une fois, puis vers Fagrahvél. « Avec deux Einherjars de Fagrahvél qui garde Sa Majesté, il est vrai qu’il n’y a aucune chance de danger, à moins que ce ne soit extraordinaire. Vous avez dit qu’elle reviendrait au printemps ? »

« Oui, elle me l’a promis. »

« Keh heh heh heh, naïf comme toujours. Où y a-t-il des preuves qu’une telle promesse sera effectivement tenue ? C’est la première fois qu’elle se rend dans le monde extérieur, maintenant, elle doit être fascinée par toutes ses merveilles stimulantes. Pouvez-vous vraiment garantir qu’après ça, elle reviendra ? »

« Sa Majesté comprend parfaitement le poids de sa position dans la vie. »

« Keh heh heh heh heh heh, maintenant c’est une chose assez étrange à dire pour vous. » Le vieil homme gloussa de bon cœur, la main sur le ventre, comme si c’était trop drôle pour qu’il le supporte. « Regardez autour de vous tout de suite. C’est absurde que vous disiez ici qu’elle comprend le poids de sa position. Elle a vraiment besoin d’apprendre un peu plus de prudence dans son jugement. »

« Je dois dire que vos actions et vos remarques semblent manquer de respect à Sa Majesté, » déclara Fagrahvél en se plaignant sur le vieil homme.

En fait, c’était toujours comme ça avec lui. Le vieil homme n’avait jamais semblé cacher le fait qu’il ne vénérait pas le Þjóðann comme la personne de la plus haute autorité, mais qu’il la voyait plutôt comme un peu plus qu’une simple fille.

Il n’avait même pas fait semblant de s’inquiéter pour sa sécurité. C’était comme s’il pensait que si quelque chose lui arrivait, ils pourraient la remplacer par quelqu’un d’autre.

Son attitude montrait le plus grand manque de respect pour la couronne.

Et ce n’était pas tout. Il y a quelques instants, les autres hommes d’État de haut rang avaient tous abusé de Fagrahvél de façon furieuse, mais dès que le vieil homme eut parlé, ils s’étaient tous tus. En ce moment, ils regardaient tous tranquillement vers le bas, détournant les yeux.

C’était la preuve que ce vieil homme les avait, ainsi que le palais, complètement dans la paume de sa main.

Fagrahvél regarda avec mépris le vieil homme borgne. Et le vieil homme — Hárbarth, patriarche du clan de la Lance et grand prêtre du Saint Empire d’Ásgarðr — haussa les épaules comme s’il n’avait aucun souci au monde.

« Je suis choqué que vous mettiez en doute ma loyauté. Pourquoi, même maintenant, je suis en train de mettre plusieurs plans en marche, de faire ce que je peux pour préserver notre grand empire ? Oui, par exemple… l’éradication du Ténévreux qui, dit-on, nous détruira un jour. »

 

***

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