Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 5 – Acte 3 – Partie 1

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Acte 3 : Emmène-moi sur la Lune

Partie 1

« D’accord, à plus tard, Mitsuki, » dit Yuuto.

« Bonne nuit, Yuu-kun. » D’une voix douce tel un murmure, Mitsuki Shimoya avait dit au revoir à son ami d’enfance, et avait appuyé sur l’icône Terminer l’appel sur l’écran tactile de son smartphone.

La pièce s’était alors remplie de silence, ce qui avait saisi son cœur d’un sentiment inexprimable de solitude.

La chambre de Mitsuki était mignonne et propre, avec des murs beiges et des rideaux roses aux fenêtres. Plusieurs animaux en peluche, tous de mignons loups, étaient assis bien en vue sur son lit et sa commode.

Il y avait un objet dans la pièce qui était en désaccord avec l’atmosphère par ailleurs féminine : sur son bureau se trouvait un vieux miroir antique rouillé.

C’était le miroir divin qui avait été enchâssé dans l’autel du sanctuaire de Tsukimiya dans la forêt, le catalyseur du transport de Yuuto à Yggdrasil.

La plupart des parents ne permettraient pas à une fille du collège de sortir tard le soir, et les parents de Mitsuki ne faisaient pas exception, mais elle avait voulu pouvoir rester en contact avec Yuuto. Elle avait donc à la place emprunté le miroir divin du sanctuaire.

Bien sûr, elle ne l’avait pas volé ou quoi que ce soit d’autre.

« C’est vraiment une étrange coïncidence, » murmura-t-elle à elle-même, en ramassant le miroir.

Mitsuki avait essayé de retrouver la personne responsable du sanctuaire, dans l’intention de la supplier de lui prêter le miroir, pour découvrir que c’était son propre grand-père.

Il s’était avéré que la lignée de la famille Shimoya possédait une longue histoire dans la région en tant que famille de haut standing et d’honneur, et qu’elle était chargée d’administrer les rituels shinto locaux depuis très longtemps. Ainsi, de génération en génération, un Shimoya avait été le responsable et le prêtre en chef du sanctuaire de Tsukimiya.

Ce fait avait été une surprise totale pour Mitsuki. Son père était un employé de bureau tout à fait normal qui travaillait de longues heures jour et nuit, et n’avait jamais fait allusion à ce genre de milieu familial.

Selon son grand-père, le sanctuaire avait déjà été en déclin au moment de sa génération. Dans la période chaotique qui avait suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’avait pas réussi à joindre les deux bouts et avait été contraint de le fermer.

Cela n’enlevait rien au fait qu’il était le propriétaire légitime et unique du miroir. Et en tant que grand-père avec une seule petite-fille, il était prêt à accéder à sa demande sans poser de questions.

« Et il est vraiment fait à partir d’Álfkipfer…, » murmura-t-elle.

Elle avait déjà confirmé que lorsqu’il était exposé au clair de lune, le miroir s’entourait d’une très faible lueur. C’était imperceptible en ce moment parce que les lumières de sa chambre étaient allumées, mais si elle les éteignait, elle pourrait le voir.

Cela correspondait à la description des objets fabriqués à partir d’Álfkipfer, le métal magique dont Yuuto lui avait parlé.

« Je n’arrête pas de me demander d’où ça vient ! » s’écria-t-elle.

Elle posa le miroir et retourna dans son lit, où elle avait évacué sa frustration en prenant un oreiller et en le frappant plusieurs fois contre le matelas.

Même son grand-père n’avait aucune idée de la façon dont le miroir était devenu la propriété de la famille Shimoya, si ce n’est qu’il avait été transmis à la lignée familiale pendant des siècles.

Ce miroir était fait d’un matériau que l’on ne trouvait nulle part ailleurs sur la Terre moderne, un matériau qui semblait n’exister qu’à Yggdrasil, où se trouvait Yuuto aujourd’hui.

Comment une telle chose s’était-elle retrouvée au Japon, transmise de génération en génération au sanctuaire de Tsukimiya ?

La résolution de cette énigme ne contribuerait-elle pas à révéler la vérité sur le monde mystérieux d’Yggdrasil, dont l’époque et l’emplacement actuels étaient encore incertains ?

Mitsuki n’avait aucune preuve solide que c’était le cas, mais ces pensées et ces questions la préoccupaient beaucoup ces jours-ci.

 

***

Mitsuki Shimoya était en troisième année du collège municipale de Hachio.

Hauteur : 155 centimètres. Poids : 46 kilogrammes.

Elle n’appartenait à aucun club scolaire et ses résultats scolaires et sportifs étaient à peine au-dessus de la moyenne. Il n’y avait rien de particulièrement spécial ou de rédempteur en elle, c’était juste une fille parfaitement ordinaire que l’on pouvait trouver n’importe où.

C’est du moins ce qu’elle croyait.

« Oh, franchement, tu es la seule qui pense que tu es simple ! »

C’était la pause déjeuner, et la fille assise en face de Mitsuki avait fait une tête exaspérée. Elle ponctua son objection d’un mouvement de sa main telle une frappe, pointée droit sur la poitrine ample de Mitsuki.

« Kh ! Cela a rebondi… tout de suite !? Mitsuki, quelle fille terrifiante tu es ! » s’écria l’autre fille.

« Bon sang, ne fais pas ça, Ruri-chan ! » Mitsuki plaça une main sur sa poitrine, rougissant, tandis que son amie faisait une pose exagérée comme si elle avait été projetée à l’envers.

La fille s’appelait Ruri Takao. Elle et Mitsuki étaient des amies inséparables depuis leur troisième année d’école primaire.

Elle avait la poitrine plate.

Totalement et déraisonnablement plate.

Si plate que les garçons plus méchants de l’école l’avaient taquinée pour cela, l’appelant des surnoms sans cœur comme les « Petits seins dans les Prairies ».

Ruri avait une cousine plus âgée qu’elle admirait et qu’elle adorait, qui avait la chance d’avoir tout ce qu’il fallait : une intelligence supérieure, un talent athlétique supérieur et une beauté exceptionnelle — mais même elle manquait apparemment dans ce domaine. C’était probablement l’une de ces choses qui faisait partie de la famille.

« Grrr, ce n’est pas juste ! Donne-les-moi ! Allez, j’en ai juste besoin d’un peu ! Donne… moi… en un peu ! » Ruri s’était soudain précipitée sur les seins de Mitsuki, les saisissants et les frottants avec force.

« Ruri-chan, arrête — ahhh ! » s’écria Mitsuki.

 

 

Mitsuki poussa Ruri loin d’elle et croisa rapidement les deux bras au-dessus de sa poitrine pour se protéger du mieux qu’elle le pouvait.

Elle savait que Ruri n’avait fait qu’une blague inoffensive, mais elle savait que tous les garçons de la classe la regardaient droit vers cette zone. Elle était si embarrassée qu’elle avait l’impression d’avoir le visage en feu.

Ruri remarqua aussi les regards et s’excusa en se grattant maladroitement l’arrière de la tête avec une main. « … Ah. Désolée. Je n’ai pas pu m’en empêcher. »

Elle n’était pas une mauvaise fille ou quoi que ce soit d’autre. Mais de temps en temps elle avait l’habitude d’agir sur le moment sans réfléchir. Selon Ruri elle-même, ce trait de personnalité était exactement comme un autre de ses cousins, un garçon plus âgé.

Mitsuki s’était retrouvée à penser qu’il n’était pas bon d’excuser chaque trait de caractère comme étant dû à la génétique familiale.

« Non, c’est bon, Ruri, » dit gentiment Mitsuki. « Mais… ce n’est pas si génial que ça, tu sais ? Les regards que je reçois des garçons en ce moment sont vraiment inconfortables, et mon dos et mes épaules deviennent raides et douloureux. »

« Même ainsi ! Même ainsi… ! S’il te plaît, c’est le vœu désespéré de mon peuple ! » Ruri claqua les mains sur le dessus de la table pour ponctuer sa fervente pétition.

« Tu as un peuple !? » Ne sachant pas trop comment réagir, Mitsuki ne pouvait faire qu’un rire sec et nerveux.

C’était vrai que Ruri n’avait pas de seins, mais elle était quand même belle, avec un joli visage et une manière intelligente, amicale et facile à parler qui la rendait très populaire auprès des garçons. Pour autant que Mitsuki le sache, Ruri avait déjà reçu plusieurs confessions d’amour.

Mitsuki ne pensait pas que Ruri devait s’en inquiéter. Mais peut-être que Ruri regardait les corps de toutes les filles autour d’elle commencer à mûrir et commençait à se sentir comme si elle était laissée pour compte. Peut-être que c’était ce qui l’énervait tant.

« Dis-moi, quel est le secret pour qu’ils soient si gros ? Je t’en supplie, Mitsuki, ma déesse ! » demanda Ruri.

Les autres filles qui déjeunaient autour de la table s’en étaient mêlées. « Oh, dis-le-moi aussi ! »

« Ouais, moi aussi, moi aussi. »

Après tout, il s’agissait de filles en dernière année de collège. C’était un sujet qui intéressait toutes les filles de leur âge.

« Vous dites tout ça, mais… Je n’ai rien fait de spécial, » dit Mitsuki, perplexe.

Ruri, cependant, ne semblait pas l’accepter. « Objection !! »

Elle avait montré Mitsuki avec ses baguettes.

« Nous en sommes à notre troisième année de collège, donc je ne peux pas considérer que c’est juste à cause de bons gènes ! C’est là que l’idée m’est venue : les gens disent toujours que nous sommes ce que nous mangeons, non ? » déclara Ruri.

« Euh, euh, d’accord. »

« Donc, sur cette note… Yoink ! »

« Ahh — ! »

C’était fini avant même que Mitsuki puisse exprimer une réaction. Avec des mouvements aussi rapides que l’éclair, les baguettes de Ruri avaient arraché l’un des petits pains d’omelette de sa boîte à lunch.

Ruri prit son temps à mâcher ses gains mal acquis, à savourer la saveur, puis, les yeux fermés, elle poussa un long soupir enchanté.

« Ahh, les déjeuners de Mitsuki sont vraiment les plus délicieux ! Tu t’es encore améliorée, » déclara Ruri.

« Oooh, vraiment ? Laisse-moi goûter. »

« Ah, je veux aussi essayer. »

« Moi aussi, moi aussi ! »

« Quoi — attendez, tout le monde, qu’est-ce que vous… !!? » s’écria Mitsuki.

Comme trois autres paires de baguettes arrivaient de différentes directions en même temps, Mitsuki ne pouvait rien faire d’autre que regarder, les larmes aux yeux, alors qu’on lui volait tous ses plats d’accompagnement.

« Mmm, tu as raison, c’est encore meilleur. »

« Whoa, qu’est-ce que c’est que ça !? Je n’ai jamais essayé celui de Mitsuki, mais c’est trop bon ! »

« C’est vraiment très bon. Mitsuki, tu l’as fait toi-même, non ? Pas ta mère ? »

« Eh, u-um, ou-oui, c’est vrai. Eheheheh, est-ce vraiment si bon que ça ? » Mitsuki bégaya, souriant timidement.

Quoi qu’il en soit, les entendre faire l’éloge de la nourriture qu’elle avait préparée et la qualifier de délicieuse était une sensation plutôt bonne.

Le simple fait d’entendre cela suffisait amplement pour lui pardonner d’avoir perdu quelques plats d’accompagnement de son déjeuner, même si elle trouvait que c’était probablement un peu trop gentil de sa part. Mais elle savait aussi qu’après, chacune de ces filles la rembourserait avec quelques plats d’accompagnement de leur propre boîte à lunch.

Ruri acquiesça d’un signe de tête. « C’est le pouvoir d’une jeune fille amoureuse. Mitsuki, quelle fille terrifiante tu es ! »

« Quoi — Ruri-chan!? » Mitsuki s’exclama.

Les autres camarades de classe s’étaient penchés en avant avec empressement.

« Ohhhh, cet ami d’enfance dont j’ai entendu parler ? Tu dois vraiment l’aimer. »

« Il a un an de plus, non ? »

« Tu travailles si dur pour l’amour d’un garçon qui est parti si loin… Mitsuki, tu es vraiment fidèle et dévouée, n’est-ce pas ? »

« Nnnh... »

Alors que les louanges se transformaient en taquineries ludiques, le visage de Mitsuki devint rouge vif et elle baissa les yeux, gênée et incapable de parler.

Un peu plus loin derrière elle, il y avait plus d’une douzaine de ses camarades de classe de sexe masculin qui brûlaient des flammes meurtrières de la jalousie, pour cet ami d’enfance qu’ils n’avaient même jamais rencontré. Mais ce sujet est une histoire pour une autre fois.

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Un commentaire :

  1. Tiens, une petite info sur le comment de ce voyage temporel. Mitsuki peut demander à sa famille de faire expertisé ce miroir ?

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