Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 4 – Chapitre 1 – Partie 2

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Acte 1

Partie 2

« Tu es incroyable comme toujours, Grand Frère, » déclara Félicia. « Avec cela, le Clan du Loup ne fera que prospérer de plus en plus. La pauvreté dans laquelle nous étions il y a deux ans est si loin maintenant. Je n’aurais jamais imaginé qu’à l’époque, nous pourrions même prendre nos repas au milieu de la journée comme nous le faisons là. »

Félicia arracha un morceau de son pain et le mit dans sa bouche, faisant une grimace de plaisir absolu et tremblant même un peu pendant qu’elle en savourait le goût.

Deux repas par jour étaient la norme à Yggdrasil : le petit déjeuner et le souper. Mais pour Yuuto, qui était à la fois habitué à trois repas par jour et un jeune homme en pleine croissance, cela ne semblait pas suffisant, et maintenant que la situation alimentaire du Clan du Loup s’était tellement améliorée, il avait récemment commencé à prendre trois repas par jour. En tant qu’adjointe, Félicia était toujours à ses côtés, alors elle avait commencé à prendre trois repas par jour.

« Tout ce que j’ai fait, c’est montrer une vidéo sur le soufflage du verre à Ingrid. C’est elle qui a su recréer cette technique et la mettre en pratique, » déclara Yuuto.

« Tee hee ! Ingrid est impressionnante, n’est-ce pas ? » déclara Félicia.

« J-Je n’ai rien fait de spécial non plus, d’accord ? » Le visage d’Ingrid avait commencé à rougir. Elle était timide et avait du mal à accepter des compliments directs comme celui-ci. « Si vous voulez faire des compliments, faites-en aux artisans qui les ont faits. Tout ce que j’ai fait, c’est leur enseigner les bases, et ils ont fait le reste. »

Les principaux composants du verre étaient le sable, les cendres végétales et la chaux, tous présents en abondance partout dans le monde. Mais même si Ingrid était un génie, elle n’était qu’une seule personne. Elle ne pouvait s’occuper seule d’une manière efficace de la production en série du verre.

Yuuto avait aussi beaucoup d’autres emplois pour lesquels il avait besoin d’elle. Ce serait une perte de temps que de la laisser consacrer tout son temps et tout son talent uniquement à la production d’objets en verre.

C’est ainsi qu’un groupe entier d’apprentis verriers, formés à la technique du soufflage du verre qu’Ingrid avait maîtrisée, avait été entraîné. Les objets en verre vendus dans le bazar à l’heure actuelle avaient tous été fabriqués par ses apprentis.

« Je suis contente que ces prix montrent qu’ils sont appréciés pour ce qu’ils valent. Ces types se sont tous vraiment démenés ces six derniers mois..., » Ingrid parla doucement, regardant la cour. Yuuto pouvait voir des larmes dans les coins de ses yeux.

Elle passait habituellement tout son temps enfermée dans l’atelier, mais le fait qu’elle se soit fait un point d’honneur d’assister à la première vente des travaux de ses apprentis montrait qu’elle était une fille qui savait s’occuper des autres. Elle avait dû être particulièrement émue de voir la preuve que ses élèves s’étaient pris en main.

D’ailleurs, elle avait aussi enseigné la méthode du four à tatara pour raffiner le fer à un groupe de ses artisans les plus compétents et les plus dignes de confiance, et c’est ainsi que le processus de raffinage du fer en masse avait commencé dans divers endroits du territoire du Clan du Loup.

Afin d’empêcher la fuite d’informations sensibles sur le processus vers les clans voisins, cela avait été fait sous de multiples couches de sécurité lourde.

En fin de compte, on ne pouvait pas parler de la prospérité actuelle du Clan du Loup sans mentionner le rôle d’Ingrid dans tout cela.

« E-Euh, j-j’ai apporté du thé ! » Derrière lui, Yuuto entendit une voix mignonne qui parlait avec un bégaiement maladroit.

En se retournant, il vit une mignonne petite fille d’une dizaine d’années, aux cheveux châtain clair coupés à la longueur des épaules, tenant un plateau de service et affichant une expression incroyablement nerveuse.

Ce n’était pas la même servante qui les servait d’habitude. Mais le plus important, c’était que quelque chose d’autre chez elle avait été remarqué par Yuuto. Il était certain de reconnaître son visage.

« Attends, n’es-tu pas..., » commença Yuuto.

« O-O-Oui, Maître ! Je suis Éphelia, l’esclave que le Maître a achetée avec ma mère ! » déclara la jeune fille.

Tandis qu’Éphelia bégayait d’une voix aiguë, Yuuto claqua des doigts quand le souvenir lui revint. « Ah ! Ainsi, tu es la petite fille de l’époque. »

C’était à peu près au moment où il avait fait prisonnier Linéa, patriarche du Clan de la Corne, et l’avait ramenée à Iárnviðr. Il avait acheté une mère et une fille qui étaient vendues comme esclaves sur le marché.

Ce n’était qu’à peine il y a trois mois, mais juste après, les guerres avec le Clan du Sabot et le Clan de la Foudre s’étaient succédé, ce qui donnait l’impression à Yuuto que cela s’était passé il y a très longtemps.

« E-E-Et voilà pour v-v-vous..., » avec des mains tremblantes, Éphelia inclina son pichet pour verser le thé dans le verre de Yuuto. Elle était si nerveuse et tremblante qu’en la regardant agir, Yuuto s’était senti anxieux.

« Hé, ne sois pas si tendue, c’est chaud ! » Son avertissement était arrivé trop tard, et le thé chaud qu’elle versait éclaboussa à côté du verre ainsi que le pantalon de Yuuto.

« Ah ! Awawa ! Je-je-Je suis tellement désolée !! » Le visage d’Éphelia avait failli devenir bleu de peur, et elle s’était empressée d’utiliser son foulard pour essayer d’essuyer la tache sur le pantalon de Yuuto. « Ohh... Je ne peux pas croire ce que j’ai fait... Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, je ferai tout ce que vous voulez, je vous le promets, mais pardonnez-moi. Je suis désolée, je suis vraiment désolée. »

Éphelia s’excusa encore et encore, semblant avoir été complètement sous le choc.

Pour une esclave comme elle, étant dans les profondeurs de la société, un souverain de clan comme Yuuto était tellement au-dessus d’elle qu’il pourrait aussi bien être un dieu. Et il était aussi son maître direct, avec le droit de décider même de sa vie ou de sa mort. Ce n’était pas déraisonnable pour elle d’avoir peur de lui dans cette situation.

 

 

Alors qu’Éphelia semblait sur le point de fondre en larmes, Yuuto posa doucement sa main sur sa tête et caressa ses cheveux. « Je ne vais pas m’énerver contre toi pour un truc comme ça. »

« Eh... oh... »

Alors qu’elle leva les yeux vers Yuuto, on pouvait voir la lumière revenir dans les yeux d’Éphelia à mesure qu’elle se calmait. Elle semblait comprendre qu’elle ne l’avait pas contrarié.

« T’es-tu habituée à vivre ici ? Personne ne t’embête, hein ? » Yuuto s’était assuré de lui parler d’une voix douce.

Si elle avait honte d’avoir été si bouleversée et qu’elle commençait à s’excuser à nouveau pour cela, ils reviendraient tout de suite au point de départ. Changer complètement de sujet était la meilleure chose à faire dans le cas présent. Un bon dirigeant devait toujours saisir rapidement l’occasion de faire bouger les choses en sa faveur.

« O-Oui, » déclara-t-elle nerveusement. « Tout le monde a été très gentil avec moi. »

« Hm, je vois. » Yuuto lui avait fait un petit sourire.

Il n’était pas le Yuuto naïf d’il y a deux ans, qui aurait simplement pris ses mots au pied de la lettre et aurait été rassuré sans trop réfléchir.

Cependant, bien que le ton de la voix d’Éphelia avait encore quelques restes de nervosité, il n’y avait aucune trace de la morosité de quelqu’un qui vivait une expérience douloureuse et qui essayait de la cacher. Il pouvait supposer qu’elle parlait avec son cœur.

« Au fait, qu’est-il arrivé à la fille habituelle ? » demanda Yuuto.

« O-oh, c’est vrai. Elle a attrapé un rhume et ne se sentait pas bien aujourd’hui. Mais tous les autres étaient si occupés. Donc Éphy voulait... ah ! Non, euh, j-je voulais... »

« Ohh, c’est gentil de ta part. Je suis impressionné, » déclara Yuuto.

Il semblerait qu’elle se soit normalement référée à elle-même à la troisième personne. Ce n’était pas très rare chez les enfants de son âge.

Yuuto fit semblant de ne pas remarquer l’erreur d’Éphelia, et avec un rire bienveillant, il caressa à nouveau ses cheveux.

« E-Ehehehehe ! » Éphelia gloussa timidement, mais aussi joyeusement.

Elle était comme un petit chiot.

Yuuto n’avait pas pu s’empêcher d’encore plus lui caresser les cheveux.

« Awawa ! M-Maître !? »

« Hahaha, je te donne juste une récompense pour ton dur labeur, » répliqua Yuuto.

« Nnn..., » embarrassée, Éphelia fixa le sol, le visage rouge vif, ce qui la rendait encore plus mignonne.

Yuuto avait plusieurs petites sœurs et filles assermentées grâce au Serment du Calice, mais toutes étaient assez proches de lui par leur âge, et chacune d’elles était une combattante digne de confiance ou une professionnelle exemplaire dans un domaine. Les jumelles du Clan de la Griffe étaient un peu plus jeunes que lui, mais elles étaient toutes les deux terriblement douées à leur manière.

En revanche, l’impuissance d’Éphelia avait réveillé le désir instinctif de Yuuto de protéger d’une manière presque rafraîchissante. S’il avait eu sa propre petite sœur, elle pourrait être comme ça.

« Éphelia est un nom un peu long, » déclara-t-il. « Puis-je t’appeler Éphy ? »

« B-Bien sûr. Éphy est la propriété du Maître, alors utilisez le nom que vous voulez, » déclara Éphelia.

« D’accord, » alors qu’il était toujours en train de caresser la tête d’Éphelia, Yuuto fit un signe de tête rassurant et facile à faire...

... et soudain, il remarqua qu’il pouvait sentir plusieurs regards intenses sur lui.

Avec un frisson, Yuuto leva les yeux pour voir trois Einherjars dirigeant leur regard dans sa direction avec des expressions très compliquées et difficiles à lire.

Yuuto était la figure d’autorité ultime du Clan du Loup. Félicia était son adjointe, Sigrun, le capitaine de sa garde personnelle, et Ingrid, son amie intime et sa partenaire.

Et pourtant, ce qui avait refroidi Yuuto, c’était sans aucun doute de la terreur.

« Q-Qu’est-ce qu’il y a ? Les filles, quelque chose ne va pas ? » demanda Yuuto, incapable de s’empêcher de broncher un peu face à ça.

Face à ces mots, elles semblèrent toutes les trois revenir à la raison et secouer précipitamment la tête.

« N-non, il n’y a rien de mal, » dit rapidement Félicia. « (P-Peut-être, qu’après tout, Grand Frère préfère les filles plus jeunes ! Il a mentionné que sa bien-aimée Lady Mitsuki était un an plus jeune que lui, et il semble certainement avoir pris goût à Kristina...) »

« Ce n’est rien, Père, » Sigrun était d’accord avec elle. « (P-Pourquoi ? Même moi, je n’arrive pas à me faire caresser la tête à ce point par Père. Je suis jalouse d’elle, mais je ne peux pas le dire tout haut devant tout le monde... !) »

« O-ohh, non, ce n’est rien, ne t’inquiète pas, » lui assura Ingrid. « (C-Comment pourrais-je admettre que je suis jalouse d’une petite fille !?) »

« Euh ! A-Alors, c’est bien, » Yuuto n’avait pas l’impression que les réponses qu’il avait entendues étaient vraies, et il se demandait ce qu’elles murmuraient, mais il n’avait pas poursuivi sur le sujet.

Le sentiment de terreur qu’il avait ressenti il y a un instant était encore frais dans sa mémoire.

Comme on dit, un homme sage se tient loin du danger, pensa-t-il.

« Ah, c’est vrai. Éphy, tu veux l’une de ses douceurs ? » Se ressaisissant, Yuuto avait pris l’un des restes de biscuits cuits dans une assiette sur la table et le tendit à Éphelia.

Une fois de plus, l’atmosphère autour de la table semblait soudainement oppressante. Yuuto avait l’impression qu’il avait peut-être commis une terrible erreur, mais il était maintenant trop tard pour faire demi-tour.

« O-oh, n-non, merci ! Il serait impensable de manger la nourriture du Maître, » Éphelia secoua violemment la tête d’un côté à l’autre, tremblante.

Étonnamment, les douceurs cuites au four avaient une longue et riche histoire. Même dans l’ancienne Mésopotamie au 22e siècle av. J.-C., il y avait un gâteau sucré appelé « mersu ». Il avait été fait en prenant de la pâte malaxée et en mélangeant des choses comme des dattes, des figues, des raisins secs, du miel, et certaines variétés d’épices, et cuites dans un pot d’argile.

Bien sûr, à une époque précoce comme celle-ci, les confiseries et les desserts étaient une gâterie qui ne pouvait être consommée que par ceux qui avaient au moins une certaine richesse et un certain statut. Il était, en effet, impensable pour une esclave comme elle d’en manger un.

Sa réaction avait été à peu près ce que Yuuto avait prédit, alors il avait délibérément fait une tête déçue quand il avait répondu. « Je vois. Eh bien, c’est un problème. Tu vois, je ne suis pas fort sur les sucreries. Mais si je ne les finis pas, ce serait irrespectueux pour ceux qui les ont faits. Et surtout, ils iraient à la poubelle. Ça m’aiderait vraiment si quelqu’un en mangeait un, tu vois ? »

« Eh... euh... euh... m-mais... » Éphelia bégayait, mais ses yeux étaient déjà fixés sur la sucrerie dans la main de Yuuto. Au fond, elle voulait le manger plus que tout. Elle avait dégluti par réflexe. Tout ce dont elle avait besoin, c’était d’un coup de pouce de plus.

« Vas-y, prends-le. » Avec un peu de force, Yuuto avait pris la main d’Éphelia et y plaça la douceur cuite au four. « Maintenant, mange-le avant qu’il ne soit rassis. C’est vraiment délicieux. »

« D-D’accord. Alors, j’accepte humblement ! » Après s’être vue remettre personnellement l’objet par son maître, Éphelia ne pouvait certainement pas le lui redonner. Elle s’était donc décidée et l’avait mis dans sa bouche.

Elle mâcha quelques fois, puis un regard de joie et d’extase se répandit sur son visage. Il semblerait que les filles aimant les sucreries étaient aussi vraies à Yggdrasil qu’au Japon d’aujourd’hui.

« C’est... est si miam miam miam. » Quelques larmes étaient tombées des yeux d’Éphelia.

« Hé, c’était vraiment assez bon pour pleurer ? » lui avait dit Yuuto.

« Oui. Oui. Mais, ce n’est pas seulement cela... Je viens de me rappeler en avoir mangé un il y a longtemps..., » répondit Éphelia.

« Il y a longtemps ? ... Oh, c’est vrai. » Yuuto se souvient vaguement que lorsqu’il avait acheté Éphelia et sa mère, le marchand d’esclaves avait mentionné qu’elles avaient vécu une vie où elles avaient été « bien traitées ».

Même si elle n’avait encore qu’une dizaine d’années, elle avait déjà dû vivre des expériences effrayantes. La peur qu’elle lui avait démontrée après sa première gaffe ne lui avait donné qu’un aperçu de la gravité de la situation.

« Hey, je suis désolé si je t’ai fait te souvenir de quelque chose de pas bien, » déclara-t-il.

« Non, ce n’est pas grave. C’est vraiment délicieux. » Éphelia mâcha lentement, semble-t-il, en savourant toutes les saveurs.

Selon les goûts de Yuuto, ils manquaient de douceur et de texture par rapport aux sucreries et aux gâteaux du Japon d’aujourd’hui, mais cela devait être un régal incroyablement riche pour elle.

« D’accord, alors..., » déclara-t-il. « ... Hein ? Attends un peu. Hé, Éphelia, par hasard, peux-tu lire cette pancarte ? » Yuuto avait montré du doigt l’enseigne d’un magasin dans la cour.

Éphelia inclina la tête pendant un moment, puis répondit. « Euh, celui qui dit “Un bygg d’argent pour 360 byggs de laine de mouton” ? »

« OK, ça fera l’affaire. Bon, tu peux en manger autant que tu veux, » déclara Yuuto.

Avec un signe de tête satisfait, Yuuto ramassa l’assiette de restes de sucrerie et remit le tout à Éphelia.

« H-huuuuh !? N-Non, je ne peux pas accepter ça ! » Éphelia avait pâli et se mit à secouer la tête d’avant en arrière. Il semblait que le fait d’avoir reçu tant d’offrandes de son maître était vraiment trop dur à accepter pour elle.

« C’est très bien ainsi. Après tout, grâce à toi, je viens d’avoir une très bonne idée. » Yuuto lui avait fait un sourire confiant et rassurant.

Avec les pensées qui traversaient l’esprit de Yuuto, il ne pouvait plus rester assis et déjeuner tranquillement. Il avait l’impression que le monde s’était soudain ouvert devant lui, et dans un élan de bonne humeur, il se leva de table pour partir.

« ... Les hommes préfèrent donc vraiment les filles plus jeunes, n’est-ce pas ? » marmonna Félicia. « Je... Je comprends, cependant. L’année prochaine, j’aurai déjà vingt ans, et après tout, je serais une femme qui a dépassé la fleur de l’âge... »

« Dire qu’elle a pu gagner la faveur de Père en si peu de temps..., » Sigrun pleura. « Cette fille, je l’ai sous-estimée... ! »

« Parfois, je n’arrive pas à y croire ! Tu te faufiles d’une fille à l’autre... Apprends donc à te contrôler un peu ! » murmura Ingrid.

Les trois filles qui servaient de personnes de confiance à Yuuto semblaient être occupées à avoir une sorte de malentendu fondamental à son sujet.

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3 commentaires

  1. Merci pour le chapitre !

  2. Merci pour le chap XD et une Bonne Année ^^

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