Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 2 – Partie 2

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Chapitre 2 : Acte 2

Partie 2

« Oh ! Regards, c’est Annarr, » déclara l’un des passants.

« Non, non, il s’appelle Sköll, t’en souviens-tu ? » demanda une autre personne, en riant.

Le lendemain, les douleurs à l’estomac s’estompant enfin un peu, Yuuto marchait dans les rues de la ville sous la conduite de Félicia. Alors que les personnes passaient à côté de lui, leurs insultes délibérément fortes lui parvenaient à l’oreille.

Il s’y était habitué depuis longtemps. Il avait essayé de faire comme s’il n’avait rien remarqué, et avait légèrement accéléré ses pas. Ce faisant, il pouvait entendre les rires moqueurs dans son dos.

Il garda les dents serrées et ferma les poings.

Le terme « Sköll » avait un surnom désobligeant pour Yuuto. Cela signifiait le « Dévorateur de Bénédictions ». En d’autres termes, cela signifiait qu’il était un bon à rien, un parasite inutile qui gaspillait de la nourriture et des ressources et ne fournissait rien en retour.

Juste après son invocation, il s’était révélé être un faible absolu en raison de sa défaite très connue maintenant face à Sigrun qu’il avait faite devant tout le monde. Depuis lors, il avait passé la plupart de son temps malade au lit avec des douleurs à l’estomac. C’est pour cette raison qu’on l’appelait aussi parfois Durinn, un nom qui signifiait « Dormeur assidu ».

Au début, quelques personnes avaient continué à le regarder avec impatience quant à ses réalisations, mais leurs sentiments s’étaient progressivement transformés en déception, et maintenant les seuls regards que Yuuto recevait de tout le monde étaient du mépris.

« Seigneur Yuuto, ne faites pas attention à eux. » Comme toujours, Félicia avait l’air d’avoir de la peine pour lui et lui avait offert des mots de consolation, mais Yuuto s’était détourné d’elle.

« Je retr chz ma derm..., » essayait-il de dire. « ... Argh ! Ngh ! »

Réalisant son erreur, mais incapable de se souvenir du mot juste pour « demain », Yuuto avait été tellement irrité qu’il s’était mis une main sur sa propre bouche.

Je rentre chez moi demain, alors ne vous inquiétez pas pour moi. Et vous tous, fichez-moi la paix ! Alors qu’il n’était même pas capable de communiquer quelque chose d’aussi simple, il était frustré par lui-même.

« Je ne veux pas de votre pitié ! » C’était une phrase qui était un cliché populaire dans les mangas, mais maintenant Yuuto comprenait très bien les sentiments qui se cachaient derrière.

Yuuto lui-même ne rêvait plus du tout de devenir un grand héros. Lui-même savait mieux que quiconque qu’il n’était qu’un enfant malchanceux, un étranger inutile et pathétique dans ce pays. Il était digne du surnom d’Annarr, qui signifiait « étranger » ou « intrus ».

En jetant un coup d’œil dans la rue, il pouvait voir des mendiants ici et là. Il y en avait plusieurs qui regardaient avec envie les produits alimentaires exposés sur le marché de style bazar. Les vols, cambriolages et autres étaient aussi assez fréquents. Le Clan du Loup dans son ensemble ne se portait manifestement pas très bien.

Et là, il était incapable de faire quoi que ce soit. Il mangeait cette nourriture si précieuse, pour ensuite la vomir. Même lui, il se considérait comme un parasite inutile à cause de ça.

Plus Félicia le consolait, plus il se sentait malheureux, au point qu’il voulait trouver un trou et s’y enterrer avant d’y mourir. Félicia n’avait toujours pas perdu espoir en lui, et chaque fois qu’elle le regardait, il sentait un poids et une douleur insupportables qui l’assaillaient tel un couteau dans son cœur.

Malgré tout, être seul chez elle aurait été encore pire, et c’était avec regret qu’il la suivait partout.

Dans ce monde, elle était la seule qui était gentille avec lui, et la seule avec qui il pouvait communiquer. S’il ne pouvait pas être près d’elle, il avait l’impression qu’il allait devenir fou en raison de la solitude.

Et pourtant, quand il était avec elle et qu’elle était gentille avec lui, au lieu d’être reconnaissant envers elle, il ne ressentait qu’un tourbillon d’émotions sombres, et il avait ainsi fini par adopter avec elle une attitude grincheuse et boudeuse. Puis il avait fini par se haïr encore plus pour cela, et le cercle vicieux avait continué.

« Merde, merde, merde !! » N’ayant nulle part où diriger sa colère, Yuuto avait commencé à donner des coups de pied au sol et à jurer.

« ᚹᚨᛉᚲ! ᚹᚨᛞ ᛃᚨᚷ ᚹᛁᛚᛚ!? » Une fille qui venait de passer devant lui s’était retournée pour lui faire face, clairement en colère contre lui. En raison de la malchance, Yuuto semblait lui avoir donné un coup de pied dans la jambe par accident.

Elle avait les cheveux roux, frisés et indisciplinés qu’elle avait coupés court. Yuuto avait aussi eu l’impression en raison de ses yeux en amande, légèrement retournés, qu’elle avait une personnalité forte et ardente, bien que sa colère à l’idée d’avoir été frappée fasse probablement partie de cela.

« Oh ! Je suis désolé, » il s’était rapidement excusé, mais les mots qui lui étaient venus à l’esprit étaient en japonais, et elle avait incliné son cou et l’avait regardé avec suspicion.

« Ohhhh, » les yeux de la jeune fille aperçurent les cheveux de Yuuto, et elle hocha la tête comme si elle comprenait maintenant quelque chose. Elle semblait savoir qui était Yuuto. « Hmph. ᛇᛖ ᚢᛈᛈ. »

Exprimant sa désapprobation, la fille rousse s’en alla.

Se sentant assez embarrassé, Yuuto l’avait suivi du regard, quand — .

« Ohhhh, ils sont de retour ! » murmura-t-il.

— La voix de quelqu’un avait crié et une agitation avait balayé la foule, ramenant Yuuto à la raison.

Yuuto se tourna vers la porte ouest, d’où venait la voix, et il vit une longue file de soldats portant des lances marcher sur son chemin.

Presque aucun d’eux n’était indemne. Tout le monde présentait des blessures profondes ou douloureuses quelque part sur le corps, et certains avaient perdu l’un de leurs membres. Leurs expressions étaient toutes sombres et emplies d’un épuisement incroyable, mélangées au soulagement qu’ils fussent revenus vivants.

Sans avoir à comprendre leur langue, c’était suffisant pour communiquer à Yuuto la gravité et la tragédie des batailles qu’ils avaient livrées.

Actuellement, le Clan du Loup était selon Félicia en plein conflit armé avec son voisin le Clan de la Griffe.

Pour un Japonais comme Yuuto, élevé sur les idéaux de paix, cela sonnait comme les affaires d’un pays lointain. Mais en voyant les soldats blessés de près comme ça, il avait été forcé de reconnaître la réalité.

À l’heure actuelle, il était en pleine guerre, et on ne savait pas quand une attaque pourrait avoir lieu.

Et il n’était rien de plus qu’un petit agneau perdu qui n’avait pas les moyens de lutter contre cela.

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre !

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