Chapitre 1 : Acte 1
Partie 3
C’était quelque chose qu’il avait essayé de lui enseigner à plusieurs reprises. À l’époque, elle n’avait pas tout à fait compris ce qu’il voulait dire, mais maintenant, elle avait l’impression de saisir ce qu’il avait essayé de lui transmettre. À cause de sa personnalité trop sérieuse, Sigrún avait probablement été dans un état de tension nerveuse au combat, et lorsqu’elle avait vraiment besoin d’exploiter ses capacités, elle avait émoussé ses mouvements à cause de cette tension excessive.
« Je parie que tu peux battre ce Shiba maintenant ! » dit Hildegard avec désinvolture, mais Sigrún restait sceptique en jetant un coup d’œil à sa main.
« Je ne suis pas encore tout à fait certaine de pouvoir le faire. »
Il est vrai qu’elle avait surmonté l’une de ses propres barrières et gagné en force. Cependant, Shiba restait un peu au-dessus d’elle. Sigrún en était certaine.
« Hilda, entraîne-toi encore un peu avec moi. J’aimerais essayer plusieurs choses. »
Bien sûr, Sigrún n’était pas du genre à accepter cette lacune. Après tout, elle était fière d’être le Mánagarmr, le plus grand guerrier du clan de l’Acier. Même si elle n’était pas encore à son niveau, elle pouvait encore le rattraper en s’y efforçant.
« N-N-Noooooooooooooooonnnnn ! »
Il faut dire que l’enthousiasme soudain de Sigrún était une malédiction pour Hildegard, qui devait y faire face.
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« C’est devenu si calme ici… » marmonnait Bruno en regardant la ville d’Iárnviðr depuis le mur de la forteresse. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, le cadet assermenté du défunt patriarche du clan du loup, Fárbauti, et il occupait actuellement le poste d’aîné du clan.
« C’est peut-être aussi bien une ruine », dit-il, des larmes coulant sur ses joues. Même si le soleil était haut dans le ciel, la rue principale qui reliait la porte de la ville au palais était déserte, à l’exception d’une poignée de soldats. On ne voyait pas un seul habitant. Il y a un mois à peine, cette même rue était remplie de gens et leurs étals de marché s’alignaient de chaque côté.
« C’était une erreur de faire de cet homme un patriarche », cracha Bruno avec amertume. Il avait toujours considéré cet homme comme indigne de confiance, depuis le moment où il l’avait vu pour la première fois.
Ce sont ces maudits cheveux noirs !
Il le soupçonnait d’être une sorte de démon. Tout ce que proposait cet homme était mystérieux, nouveau et très suspect aux yeux de Bruno. Toutes ses propositions étaient innovantes et apportaient richesse et puissance au clan du Loup, mais c’est précisément ce qui les rendait d’autant plus douteuses à ses yeux.
Cela faisait plus de cinquante ans que Bruno avait vu le jour dans ce monde. Au cours de cette période, il avait appris, par une expérience amère, que tout était toujours accompagné d’un piège. Cette fois encore, cela s’était avéré que c’était vrai.
« Ils se sont tous fait avoir par cet escroc. »
C’était tout à fait inacceptable. Les membres du Clan du Loup avaient été séduits par les douceurs des créations de ce morveux et s’étaient laissés convaincre d’abandonner leurs terres ancestrales. Le mot « honteux » était le seul qui lui venait à l’esprit.
« C’est à moi de lui tenir tête. Je suis le seul à pouvoir protéger le clan du loup, à pouvoir protéger Iárnviðr ! »
Il ne pouvait pas s’en remettre à quelqu’un comme Jörgen. Bruno ne se souciait guère du serment du calice. D’ailleurs, Bruno n’avait jamais échangé de calice avec Suoh-Yuuto ou Jörgen. Il avait prêté serment à Fárbauti. Il n’avait aucune raison, ni aucun devoir d’ailleurs, de les écouter.
« Chef aîné, le second du clan de l’Acier vous réclame », lui dit l’un de ses subordonnés en s’excusant. Le subordonné savait que Bruno ne pouvait pas la supporter. Il trouvait très irritant de devoir suivre les ordres d’une fille d’un autre clan, mais l’ennemi ne tarderait pas à arriver.
« Dis-lui que j’arrive tout de suite », cracha-t-il, avant de s’éloigner rapidement. Il marchait avec la détermination sinistre d’un homme qui s’était armé pour l’inévitable.
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« Princesse. Les habitants de Fólkvangr sont arrivés. »
« Je vois. C’est un soulagement. » Linéa laissa échapper un soupir en entendant le rapport de Cler, l’un des Brísingamen. Même si elle savait que ce n’était pas quelque chose qu’elle devait ressentir en tant que seconde du clan de l’Acier, les membres du clan de la Corne occupaient une place particulière dans le cœur de Linéa. Elle était très heureuse d’apprendre que son peuple avait atteint la sécurité d’Iárnviðr.
« Cependant, nous en avons peut-être trop fait en jouant sur la réputation du clan de la Flamme. Il semble qu’ils se soient beaucoup poussés pendant leur voyage et qu’ils soient tous assez fatigués. »
« Ah, oui. Bien que nous n’ayons pas eu le choix, nous les avons un peu affolés. Je suppose que nous payons le prix de cette décision maintenant. »
« Oui. Je crois que c’est le cas. »
Après un moment de réflexion, Linéa se tourna vers l’homme d’une cinquantaine d’années assis en face d’elle à la table ronde. « Seigneur Bruno. »
Jörgen était actuellement en poste à la Sainte Capitale, laissant Bruno comme représentant du clan du loup.
« Oui, qu’y a-t-il ? »
« Comme nous en avons convenu plus tôt, nous emprunterons les maisons vides de la ville pour nous reposer. »
« Oui, j’en suis bien conscient, » répondit Bruno en fronçant les sourcils. Il n’essaya pas de cacher son mécontentement, montrant clairement qu’il ne coopérait que parce qu’il y était contraint.
« Comment osez-vous ! La princesse est la deuxième du clan de l’Acier. Même si vous êtes l’aîné du clan de Sa Majesté, vous êtes bien trop irrespectueux ! » Poussé à bout, Cler se leva et cria sur Bruno.
« S’il vous plaît, épargnez-moi les coups de théâtre. Nous avons pris acte de votre demande. Nous allons ignorer le fait que les gens d’un autre clan vont semer le trouble dans nos maisons », répondit Bruno, visiblement irrité.
« Qu’est-ce que vous racontez ? Comment osez-vous insinuer que les membres du clan de la Corne sont de simples criminels !? »
« Cler, ça suffit ! » Linéa intervint immédiatement pour éteindre les flammes de la colère de Cler, qui grandissaient rapidement. « Je vous présente mes excuses pour le manque de respect de mon enfant. Je vous présente mes excuses en tant que parent. » Elle se leva et inclina la tête devant Bruno.
« Qu’est-ce que ceci ? Princesse ? Il n’y a aucune raison pour que vous baissiez la tête. »
« Bien sûr qu’il n’est pas content que les gens d’un autre clan utilisent sa ville. Si j’étais à sa place, je ressentirais la même chose. »
« C’est… Mais c’est une urgence ! »
« Oui, mais le clan de l’Acier n’a pas le luxe de perdre du temps à se livrer à des luttes intestines pendant cette période », déclara Linéa sans ambages.
Si la plupart des habitants d’Iárnviðr avaient déjà évacué la ville pour se diriger vers l’est, tout le monde n’avait pas encore quitté les lieux. Beaucoup de personnes ne pouvaient tout simplement pas se résoudre à abandonner la ville où elles étaient nées. Bruno était essentiellement l’homme qui s’occupait de ceux qui restaient. De nombreux soldats présents à Iárnviðr souhaitaient également rester sur place, ce qui signifiait que Bruno jouissait actuellement d’un grand soutien et d’une grande autorité auprès des membres restants du clan du Loup. Tout conflit avec Bruno aurait entraîné des frictions avec les membres du clan restés dans la ville. L’armée du clan de la Flamme n’était plus qu’à quelques jours de là, et elle voulait donc éviter tout conflit interne si possible.
« … Je comprends. J’accepte votre raisonnement, princesse. Je vous présente mes excuses, seigneur Bruno. » Cler se tourna vers Bruno et baissa la tête. Le langage corporel de Cler montrait clairement qu’il le faisait à contrecœur.
« Hrmph, espèce de morveux. Tu devrais savoir que les excuses creuses ne font qu’irriter davantage la personne que tu as offensée. »
« Quoi !? J’ai juste… Ngh ! »
« Peu importe. Faites ce que vous voulez avec les maisons », dit-il avec dédain, puis il se leva pour partir.
« Où allez-vous ? »
« Je vais prendre un peu l’air. C’est un peu étouffant ici. » Bruno quitta ensuite la pièce sans même se retourner.
Cler n’était pas satisfait de cette sortie. « Cette attitude ! Comment ose-t-il ! » Dès que le bruit des pas de Bruno fut hors de portée, Cler poussa un grognement de colère et abattit son poing sur le bureau. Avec sa force d’Einherjar, il fissura la table. C’était l’expression parfaite de sa colère.
« Il n’y a rien à faire à ce sujet. Nous étions ennemis il y a encore quelques années. Il en reste qui ne peuvent pas accepter le nouveau statu quo. »
Si le Clan du Loup et le Clan de la Corne étaient désormais les plus proches alliés, ils avaient longtemps été des ennemis jurés, se disputant sans cesse le territoire le long de leurs frontières respectives, jusqu’à l’apparition de Yuuto. Pour quelqu’un comme Bruno, le clan de la Corne avait été son ennemi pendant la majeure partie de sa vie. Il avait sans doute perdu des amis et des subordonnés à cause du clan de la Corne au cours de ces guerres frontalières. Même s’il comprenait intellectuellement qu’ils étaient désormais alliés, il lui serait difficile d’accepter ce fait sur le plan émotionnel.
Linéa chassa rapidement Bruno de son esprit et passa au sujet suivant. « De toute façon, il a approuvé notre demande concernant le logement. C’est tout ce qui compte, non ? Mets cette broutille de côté et passe à autre chose. Comment se passent les choses avec les membres du clan de la Panthère et du clan du Sabot ? » Il y avait un peu de venin dans son choix de mots, et de toute évidence, cela avait touché une corde sensible chez Cler. Il gloussa.
« Oui, exactement. »
« En ce qui concerne le clan de la Panthère, nous venons de recevoir une lettre signalant que leur peuple a accepté de commencer les évacuations. »
« Oh ? Merveilleux ! » La façade de calme de Linéa se brisa et elle s’exclama d’une voix éclatante. Même si elle n’avait pas encore reçu de nouvelles du clan de la Corne, elle était heureuse d’entendre que les choses se déroulaient comme prévu.
« Cependant, les choses n’avancent pas aussi bien avec le clan du Sabot. »
« Je vois… » L’expression de Linéa s’assombrit rapidement et elle fronça les sourcils.
« Cela ne fait pas longtemps que le Clan du Sabot est passé sous le contrôle du Clan de l’Acier. Ils sont difficiles à convaincre. »
« … Je doute que leur patriarche ait l’intention de persuader son peuple », dit Linéa avec un petit rire amer, se rappelant l’expression du patriarche du clan du Sabot lorsqu’elle lui avait expliqué le plan.
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merci pour le chapitre