Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 10 – Chapitre 1 – Partie 2

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Chapitre 1 : Acte 1

Partie 2

De retour dans leur chambre, Mitsuki avait brandi le kit de test de grossesse pour montrer à Yuuto l’indicateur « positif ». « Ouais, il semble que je sois vraiment enceinte. »

Alors qu’elle était au Japon, sa mère Miyo l’avait secrètement prise à part et elle le lui avait donné, en lui disant qu’elle en aurait besoin un jour. Mitsuki n’avait cependant jamais imaginé qu’elle finirait par l’utiliser si tôt.

Les normes médicales d’Yggdrasil n’étaient pas très élevées, surtout en comparaison avec le monde moderne.

Après tout, il s’agissait d’un monde où la façon de penser communément acceptée était que les mauvais esprits causaient la maladie.

Lorsque Félicia l’avait déclarée enceinte plus tôt, même cela n’avait pu être considéré que comme une supposition éclairée de sa part. Mais là, c’était différent.

« Au fait », ajouta Mitsuki, « j’ai entendu dire que la précision d’un résultat positif est d’environ quatre-vingt-dix-neuf pour cent. »

Si un test du Japon moderne le confirmait, on pouvait en déduire que c’était une certitude.

« … Je vois, » répondit Yuuto. Assis sur le lit, il avait l’air de ne pas être totalement là.

Cela avait réveillé des sentiments d’anxiété chez Mitsuki. « Hum, est-ce que ça pourrait être que, peut-être, tu ne voulais pas d’enfants ? »

« N-non, bien sûr que non », balbutia Yuuto. « J’ai toujours voulu en avoir, un jour. C’est juste que… J’ai toujours pensé que c’était quelque chose de bien plus lointain, et je ne m’y suis jamais vraiment préparé, en termes de détermination, ou, tu sais. »

Yuuto était maintenant le seigneur régnant de nombreux clans en tant que Réginarque, et connu pour son caractère imperturbable, donc sa réponse trébuchante en ce moment était un peu rare.

Apparemment, ça sortait vraiment de son domaine de prédilection pour lui.

« Je veux dire », tâtonna Yuuto, « Je ne suis qu’un stupide gamin qui va tout juste avoir dix-sept ans le mois prochain — est-ce que c’est vraiment bien pour quelqu’un comme moi de devenir parent ? Est-ce que je peux vraiment être un bon père ? C’est comme si je ne pouvais pas arrêter de m’inquiéter à ce sujet maintenant. »

Le visage de Yuuto semblait si intensément sérieux que Mitsuki pouvait à peine s’empêcher de rire. « Pfft ! »

« Qu’est-ce qui se passe !? Qu’est-ce qui est drôle là-dedans !? »

« Mais, réfléchis-y, Yuu-kun, tu as déjà des dizaines d’enfants, non ? Tu es déjà un parent accompli ! »

« Hé, c’est une chose complètement différente, et tu le sais ! Et tu sais ce qu’on dit : “Les enfants sont élevés par leurs parents, mais ils appartiennent à la société.” Si je dois être père, j’ai cette responsabilité très sérieuse, le devoir de m’assurer que l’enfant grandisse et devienne une bonne personne. »

« Ahaha ! » Mitsuki ne pouvait plus retenir son rire.

Il semblerait que Yuuto n’était pas opposé à avoir cet enfant, c’est le moins qu’on puisse dire. En fait, il avait l’air d’être tout à fait prêt à en élever un. Ce seul fait l’avait rendue joyeusement heureuse.

« Hé, arrête de rire ! » L’expression de Yuuto était devenue de plus en plus aigre.

Il paraissait souvent beaucoup plus adulte aujourd’hui, mais cette expression était encore un peu enfantine.

Savoir que c’était un côté qu’il ne montrait qu’à elle rendait la chose encore plus adorable.

Mitsuki leva une main pour bercer doucement la joue de Yuuto, et elle le regarda dans les yeux. « Yuu-kun, tu penses trop fort à ce sujet ! C’est beaucoup plus simple que ça. Il s’agit de savoir si tu peux aimer cet enfant ou pas. C’est ça qui est important. »

« … Est-ce vraiment comme ça ? » demanda Yuuto d’un ton hésitant. Il semblait avoir du mal à trouver la confiance nécessaire pour la croire.

Jusqu’à très récemment, Yuuto et son père biologique, Tetsuhito, étaient prisonniers de la pire des relations, et ce depuis longtemps.

Son passé était probablement ce qui le remplissait de tant d’anxiété et de doute.

Et donc, Mitsuki avait hoché la tête avec force, et avait dit, « Oui, c’est vraiment comme ça, Yuu-kun. En vérité, il y a aussi le problème de savoir si tu peux soutenir financièrement un enfant, mais dans ton cas, il n’y a aucun problème. Donc, il n’y a qu’une seule question. Alors ? Peux-tu aimer cet enfant ? »

« Bien sûr que je peux ! » Yuuto avait immédiatement crié sa réponse, sans aucune hésitation.

C’était suffisant pour Mitsuki.

Elle voulait offrir à son nouvel enfant tout l’amour qu’elle avait à donner, et elle voulait que Yuuto l’aime aussi. Ce souhait était maintenant exaucé, et les inquiétudes de Mitsuki s’étaient évanouies.

« Merci », elle rayonnait. « Je t’aime, Yuu-kun ! ♥. »

« Moi aussi. » Il avait souri.

« Le fait que tu n’aies pas prononcé les mots toi-même te ressemble tellement, Yuu-kun. » Mitsuki avait fait la moue, rendant son mécontentement très clair.

« Oh, tais-toi. C’est embarrassant ! »

« Bzzt ! Mauvaise réponse. Tu dois le dire. Je l’ai dit, n’est-ce pas ? »

« Argh, donne-moi une pause. Tu vas devoir te contenter de ça ! » Yuuto avait attrapé l’arrière de la tête de Mitsuki, et l’avait tiré vers lui.

Il l’avait embrassée, à peine plus qu’un baiser sur les lèvres, puis il avait détourné le visage.

Il était rouge comme une betterave.

« … Ok, je me contenterai de ça, » répondit doucement Mitsuki, baissant les yeux, son propre visage rougissant.

Il avait réussi à la faire taire avec un baiser.

Yuuto est vraiment injuste, pensa-t-elle.

 

 

Le lendemain, Mitsuki était sortie promener son chiot Hildólfr. Au moment où elle passait devant la cour intérieure, une voix forte la fit sursauter.

« Hé, qu’est-ce que tu fais dehors à te promener comme ça !? » La voix l’appelait d’en haut, la réprimandant.

Bien sûr, il n’y avait qu’une seule personne vivant dans cette ville qui était autorisée à parler à Mitsuki sur un ton aussi brutal et sans réserve.

Elle leva les yeux pour voir Yuuto penché sur la balustrade de la terrasse, la regardant d’un air très inquiet.

« Ce n’est plus seulement ton corps, Mitsuki », avait-il insisté. « Bouger autant c’est… »

« Ahaha ! Tu t’inquiètes beaucoup trop. Ce n’est pas une maladie, d’accord ? Et ma mère m’a dit que marcher est recommandé. »

« V-vraiment !? »

« Ouaip, vraiment. En plus, l’air extérieur est plus rafraîchissant, et ça empêche mes nausées de se manifester autant. »

« Bon, d’accord, mais ne va pas trop loin, d’accord ? » Yuuto avait cédé, mais il était en mode « inquiétude » à ce moment-là.

Mitsuki avait souri à elle-même. Il allait à tous les coups être l’un de ces pères obsédés par la sécurité de son enfant.

Elle l’avait appelé : « Oh, plus important encore, Yuu-kun, as-tu fini ton travail pour le moment ? Si oui, veux-tu venir ici et passer ta pause avec moi ? Nous pourrons manger ensemble. »

Mitsuki comprenait bien à quel point Yuuto était incroyablement occupé en raison des responsabilités de son poste. C’est pourquoi elle essayait de ne pas se mettre en travers de son travail.

Malgré son désir de le voir pendant la journée, elle n’avait pas fait irruption dans son bureau. Mais s’il était sur la terrasse donnant sur la cour, elle se disait qu’il devait prendre sa pause déjeuner.

« Ouais, ça semble bien », Yuuto acquiesça. « Très bien, je vais tout faire descendre là-bas. »

« Super. Alors je t’attendrai ! » Mitsuki lui fit un signe de la main, et il disparut à nouveau dans le bâtiment.

« Maintenant, » dit-elle en se tournant vers Hildólfr, « que dirais-tu de jouer un peu jusqu’à ce que Yuu-kun arrive ? ».

Elle avait sorti un jouet pour chien fait d’une corde, qu’elle avait elle-même fabriqué.

La queue du jeune garmr s’était mise à remuer furieusement. Ces derniers temps, jouer avec elle était devenu la chose préférée d’Hildólfr.

Mitsuki avait tenu le jouet en corde, avait reculé son bras, et avait crié, « Va le chercher ! ». Puis elle l’avait lancé de toutes ses forces.

Hildólfr frappa le sol avec force et s’élança à la poursuite du jouet. Il courait à une vitesse incroyable.

En un clin d’œil, il était allé chercher le jouet et l’avait ramené.

Il le déposa aux pieds de Mitsuki, puis il s’assit docilement pour attendre.

« Bon garçon. Tu as fait du bon travail. » Alors que Mitsuki le félicitait, elle lui donna une friandise, de la viande de poulet qu’elle avait obtenue de la cuisine auparavant.

Elle avait attendu de s’assurer qu’il ait fini de le manger avant de reprendre le jouet et de le lancer à nouveau.

Cette fois, le chiot l’avait attrapé en plein vol, et se pavanait pratiquement en le ramenant.

« Wôw, tu es tellement incroyable ! Et voilà, ta friandise. »

« Woof ! » Hildólfr avait aboyé joyeusement en réponse.

Bien que son espèce soit redoutée dans toute la région de Bifröst comme une bête féroce et prédatrice, il était complètement apprivoisé et amical envers les humains.

C’était sûrement dû à la mère adoptive du chiot, Sigrún, et à la formation approfondie à l’obéissance qu’elle lui avait fait suivre.

« D’accord ! Encore une fois ! » Mitsuki avait ramassé le jouet et elle avait effectué un autre lancé.

Hildólfr s’était élancé à la poursuite du jouet comme auparavant, mais il avait brusquement pris un virage à 90 degrés, courant dans une tout autre direction.

Yuuto était maintenant dans la cour, et Hildólfr se précipita vers lui, courant en rond autour de ses jambes.

« Hm ? Hé, hé, arrête ça », objecta Yuuto. « Tu rends la marche difficile. »

Le chiot s’était arrêté devant Yuuto et s’était couché sur le dos, montrant son ventre.

C’était une pose de soumission.

À part sa mère adoptive Sigrún, Yuuto était la seule personne pour laquelle Hildólfr avait fait ça.

L’expression « loup solitaire » faisait peut-être partie de la culture populaire, mais en réalité, les loups étaient par nature des animaux de meute dotés d’un fort sens instinctif de la hiérarchie.

Hildólfr avait perçu le comportement de tous les autres envers Yuuto, le reconnaissant avec précision comme le chef de leur « meute ».

Mitsuki s’était sentie un peu jalouse.

« Bien, bien, je dois juste te caresser, n’est-ce pas ? » Malgré son supposé grognement, Yuuto souriait gentiment en s’accroupissant et en commençant à frotter le ventre du chiot.

Les yeux de Hildólfr s’étaient fermés dans une expression qui semblait positivement remplie de joie.

Au bout d’une vingtaine de secondes, Hildólfr se leva soudainement et, comme pour se venger, sauta sur Yuuto et commença à lui lécher la joue.

« Uwah, hey ! Ne-ugh ! Hey, c’mon ! » Yuuto avait commencé à bafouiller en signe de protestation.

Bien qu’étant un chiot, Hildólfr avait déjà la taille d’un gros chien adulte. Yuuto n’avait pas pu rester sur ses pieds, et avait basculé en arrière. Cela l’avait apparemment mis dans une meilleure position, car Hildólfr avait commencé à le lécher partout sur le visage, tout en remuant la queue.

Il est clair que le garmr aimait beaucoup Yuuto.

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