Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 1 – Chapitre 4 – Partie 6

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Acte 4

Partie 6

« Merci à tous de vous être rassemblés ici malgré l’heure tardive, » jetant un coup d’œil à leurs visages, Yuuto avait d’abord remercié les nombreux officiers pour leurs efforts.

Les différents officiers du Clan du Loup étaient rassemblés et alignés dans la salle d’audience, sous les ordres du commandant en second, Jurgen.

Tout le monde, du plus bas au plus haut gradé, se tenait au garde-à-vous, prêt à se mettre au lit, bâillant ou affichant des sourires superficiels, avec certains d’entre eux regardant autour d’eux en indiquant carrément qu’ils n’étaient pas vraiment disposés à faire tout ce chemin. Naturellement, les jeunes Einherjars, ce qui voulait dire Félicia, Sigrun, et même Ingrid, étaient également présentes.

Linéa était également présente vu qu’elle appartenait aussi à une partie affectée par la présente affaire. Les émissaires du Clan de la Corne étaient également ici avec elle.

« Nous sommes dans une situation désastreuse, alors je vais aller droit au but, » annonça Yuuto. « Il y a quatre jours, une grande puissance de l’ouest, le Clan du Sabot, a lancé une invasion sur le territoire de nos alliés, le Clan de la Corne, faisant tomber la forteresse à la frontière de leur territoire. Les troupes du Sabot sont estimées à environ 10 000 soldats, alors qu’ils auraient plus de 500 chars de guerre. »

« 10-10 000 !? »

« A-Avez-vous bien parlé de 500 chars !? »

Des cris de choc et de panique avaient surgi de différents officiers présents dans la salle d’audience.

Dix mille pourraient sembler un petit nombre pour quelqu’un du 21e siècle, mais dans un monde comme Yggdrasil, où la technologie agricole était encore à ses balbutiements, il était peu probable qu’il y avait beaucoup de nations qui pourraient soutenir une telle population.

En fait, la bataille de Kadesh avait été considérée comme la plus grande bataille de l’histoire ancienne, avec les forces égyptiennes qui avaient un peu plus de 18 000 hommes.

Le choc pour les membres du minuscule et lointain Clan du Loup devait être insondable quand ils avaient entendu que le Clan du Sabot avait 10 000 hommes. Le Clan du Loup avait un peu plus de 2000 soldats qu’il pouvait mobiliser à tout moment.

La guerre était avant tout une question de chiffres. En un coup d’œil, les histoires d’une petite armée renversant une grande armée étaient spectaculaires, mais c’était précisément parce qu’elles étaient presque toujours impossibles. Ainsi, quand de telles choses s’étaient produites, elles étaient devenues de brillants phares qui illuminaient l’histoire pendant de nombreuses générations.

La différence entre les deux clans était évidente.

« Les souverains patriarches de ce monde sont clairement rusés, » déclara Yuuto. « Ils ne ratent pas une occasion. »

« Qu’est-ce que vous dites ? » Le chef des anciens, Bruno, pencha la tête alors qu’il demandait ça.

Vous êtes qu’un conseiller. Le comprenez-vous ? pensa Yuuto, mais il garda une expression stoïque et continua à parler.

« Le Clan de la Corne vient de subir une défaite écrasante de notre part, le Clan du Loup, et leurs forces ont été anéanties, » continua Yuuto. « Nous avons retenu Linéa, leur souveraine, comme prisonnière de guerre, alors le Clan du Sabot sait qu’elle n’est pas chez elle. De plus, son commandant en second a fait le voyage jusqu’ici pour la Cérémonie du Calice d’aujourd’hui. Il n’y aurait pas de meilleur moment pour envahir leur territoire que maintenant. »

« Hmm, je suppose que c’est exactement le moment qu’ils ont attendu, » le commandant en second, Jurgen, acquiesça pensivement.

Les émissaires du Clan de la Corne plissèrent les sourcils, le visage grave.

Linéa intervint : « Tout est de ma faute ! C’est parce que j’ai perdu..., » et elle avait continué à se blâmer, presque en transe ou une stupeur. Son visage était si pâle et déchirant à voir qu’Yuuto ne pouvait pas supporter de la regarder.

Mais il s’agissait de la guerre. S’il n’était pas honnête à propos de la situation, cela pourrait avoir un impact sur les résultats de la bataille. Il ne pouvait pas simplement se retenir pour le bien-être mental de sa mignonne petite sœur subordonnée. En effet, il avait dû se débarrasser de toutes ses émotions, et il avait ainsi continué à parler en tant que souverain du Clan du Loup.

« Cette situation nécessite une action urgente, » déclara-t-il. « Nous, du Clan du Loup, devons envoyer une aide immédiate à notre nation sœur, le Clan de la Corne. »

Une clameur de voix avait éclaté parmi les troupes rassemblées à travers la salle d’audience.

Ils avaient compris la raison de cela. En échangeant le Calice de Frères et Sœurs, les deux nations devaient se protéger mutuellement. Il s’agissait d’une loi absolue ici sur Yggdrasil.

Mais leur demander de faire face à un ennemi cinq fois plus nombreuse était de la pure folie. Il n’y avait probablement aucun moyen de gagner, et c’était comme s’il les envoyait à la mort. Il n’était pas surprenant que tout le monde soit si troublé.

« M-Mais, Seigneur Yuuto, il s’agit quand même du Clan de la Corne qui a été attaqué, et non pas le Clan du Loup, » objecta Bruno. « Tant que nous ne nous mêlerons pas inutilement à ce conflit, aucun mal ne nous sera fait, n’est-ce pas ? »

Bruno avait été le seul à expliquer à Yuuto les vœux liés avec le Calice, alors il connaissait clairement les implications morales de ce qu’il disait. Cependant, l’ennemi était cette fois-ci trop fort. Le Calice avait été créé à l’origine pour aider l’organisation à fonctionner de manière fluide. Il s’agirait vraiment de mettre la charrue avant les bœufs si le Clan du Loup était détruit en protégeant le Clan de la Corne. Il n’y avait pas de latitude afin d’essayer de garder les apparences dans un moment comme celui-ci.

« Bruno, salaud !! » Plusieurs émissaires du Clan de la Corne avaient été indignés. Parmi eux, le commandant en second du Clan de la Corne, Rasmas, avait provoqué un tollé.

Il s’agissait d’une réaction naturelle, considérant que pour lui, il semblait probable que son pays était mis de côté.

« Pourquoi êtes-vous en colère ? » grogna Bruno. « Je vous dis que nous n’avons pas l’intention de vous attaquer afin d’aider le Clan du Sabot. Cela inclut toute autre action négative contre vous. De cette façon, vous pouvez vous battre sans crainte une attaque venant de derrière vous. Si vous considérez tout ce qui s’est passé entre nous au cours de toutes ces dernières années, vous avez plus de raisons de nous remercier que d’être en colère contre nous. »

Puis Bruno se détourna d’eux avec dédain.

Des voix de dissidences et d’oppositions à l’idée de déployer des troupes jaillirent des officiers rassemblés.

« Ohh, c’est vrai, tellement vrai ! »

« Je me sens mal pour le Clan de la Corne, mais nous venons juste de leur donner le Calice. Nous n’avons pas besoin de leur montrer de la bonne volonté. »

« Mmhmm. En effet, il n’y a aucune obligation pour nous de brandir nos lames face au Clan du Sabot. »

Ils échangeaient tous des regards et acquiesçaient. Il était probable que les paroles de Bruno parlaient pour tous les officiers présents.

Pourtant, Yuuto avait trouvé ces paroles comme étant tout sauf imprudent. Ils avaient tous des familles et des façons de vivre pour les protéger. Le fait de mettre en danger tout cela pour un clan qui n’avait été qu’un ennemi la veille n’avait pas de sens.

« Notre clan n’a plus la force de s’opposer au Clan du Sabot, » la voix affaiblie de Linéa retentit alors qu’elle était pâle. Son sang semblait avoir totalement été drainé hors de son visage, alors qu’elle se tenait chancelante dans cette pièce lassée par la guerre. « Sans l’aide du Clan du Loup, mon peuple va... »

Ils étaient tous deux des pays qui partageaient une frontière. En tant que souveraine de son clan, elle avait une connaissance intime du fonctionnement du Clan du Sabot.

Le Clan du Sabot était un clan qui avait rapidement étendu son influence en asservissant les habitants des autres nations et en les forçant à travailler durement.

Ces esclaves, dépouillés de leur individualité et traités comme des biens par leurs « propriétaires », étaient une source cruciale de travaux forcés durant cette ère. Il était de notoriété publique que les habitants des pays qui avaient été détruits pendant les guerres étaient aptes à être utilisés comme des outils par leurs semblables.

« Nous sommes censés protéger les habitants du Clan du Loup, et non pas ceux du Clan de la Corne, » Bruno lui avait répliqué cela.

« Tout à fait. C’est votre travail de protéger votre propre peuple, » avait convenu un autre homme.

« Nous n’avons plus les ressources nécessaires afin de défendre votre peuple à cause de tout ce temps passé lorsque le Clan de la Corne n’arrêtait pas de nous attaquer. »

Que ce soit en essayant de plaire à la majorité ou de dominer avec ses prouesses le parti le plus faible, Bruno commença à prendre la tête, parlant de sa lassitude de guerre. Peut-être était-ce parce que les clans ne voyaient pas les habitants des autres clans comme des êtres humains au même niveau qu’eux-mêmes.

« C-Comment pourriez-vous tous... !? » Les yeux de Linéa s’étaient vidés, engloutis dans le désespoir.

*Bam !!* le bruit de quelque chose frappant le mur retentit avec fracas dans la salle d’audience.

« Ne débitez pas des propos aussi lâches, imbéciles sans caractère !! » La voix d’Yuuto, tel un coup de tonnerre, avait explosé dans toute la salle d’audience. Il n’y avait plus aucun signe du garçon normalement doux au cœur trop tendre.

Du sang commençait à couler du poing droit avec lequel il avait cogné dans le mur avec tant de force. Il ne montra pas le moindre soupçon d’inquiétude pour son poing ensanglanté, et à la place, une lueur de rage flamboyait dans ses yeux alors qu’il transperça de son regard chaque personne présente dans la salle d’audience.

Ce qui lui traversait l’esprit en ce moment, étaient les paroles de son père quand Yuuto l’avait informé de l’état critique de sa mère alors qu’elle était alitée à l’hôpital.

« J’ai peur de ne pas pouvoir quitter mon travail maintenant. Je serai là plus tard. »

Son père avait toujours priorisé son travail sur sa famille, mais à ce moment-là, il avait même mis sa propre commodité sur eux. En conséquence, il n’était pas venu prendre soin de la mère d’Yuuto dans ses dernières heures. Quant à la mère d’Yuuto, elle s’était toujours inquiétée de l’homme qui l’avait finalement abandonnée.

Il était impossible pour qu’Yuuto abandonne sa famille. Dans son cœur, il n’était pas question qu’il fasse cela un jour. Il ne deviendrait jamais comme cet homme affreux. Ces pensées et ce sentiment avaient stimulé Yuuto au maximum quant à ce qu’il fallait faire, le guidant au jour le jour.

« Les vœux du Calice d’Allégeance ne sont-ils pas censés être absolus !? » avait-il rugi dans la pièce.

Yuuto avait fait pression sur Linéa pour qu’elle accepte de prendre son Calice de Frères et Sœurs. Mais lui-même avait choisi de faire d’elle sa petite sœur, sans que personne le pousse à le faire. Même s’il mettait de côté son sens du devoir, Yuuto sentait que Linéa était sa famille et qu’il avait besoin de la protéger.

« N’étiez-vous pas tous tout le temps en train de nous féliciter Linéa et moi plus tôt dans la journée pour la Cérémonie du Calice ? » demanda Yuuto. « Dans cette même cérémonie, cela n’avait-il pas pour but d’établir un pont immuable entre nous et le Clan de la Corne afin que nous devenions tous une même famille !? »

Les anciens et les hauts gradés avaient tous baissé simultanément la tête face aux paroles d’Yuuto. Ils avaient déjà tous dit leur point de vue. Dans cette situation, ce qu’Yuuto disait ne devrait être rien de plus qu’un noble et vague vœu pieux. Et pourtant, ils ne pouvaient rien dire face à cet homme qui se tenait seul face à eux.

Comme on pouvait s’y attendre d’anciens ou de hauts gradés, tout le monde ici avait de longs états de service militaire qui les avaient amenés jusqu’à ce rang. Ils étaient dans cette position précisément parce qu’ils avaient enduré tant de difficultés sur les champs de bataille. Et pourtant, des personnes de ce calibre avaient été réduites au silence par un garçon d’à peine seize ans.

« Hee...hee hee hee..., » même si elle tenait son corps tremblant avec ses deux bras, Félicia ne put s’empêcher d’afficher un sourire.

S’il s’agissait d’un véritable combat à coup de poing, Yuuto serait très certainement le plus faible de la pièce. Tout le monde savait parfaitement cela. Et pourtant, chacun d’entre eux avait été impressionné par lui à ce moment-là... et il était de même pour le soldat le plus fort du Clan du Loup, Sigrun.

À l’heure actuelle, ce qui causait des tremblements dans tout le corps de Félicia n’était pas en raison d’une peur présente jusqu’au tréfonds de sa moelle, mais plutôt à cause d’une trop grande sensation d’excitation.

On y était. C’était la face cachée du spectaculaire chef pour lequel elle était tant captivée en raison de sa splendeur.

Il était très clair que les connaissances qu’Yuuto possédait étaient essentielles pour le bien du Clan du Loup. Mais un simple et faible garçon doté de connaissances, même si c’était des connaissances utiles, et de rien d’autre, aurait-il pu vraiment inspirer un dévouement aussi intense à quelqu’un comme Félicia ou aux plus féroces guerriers du Clan du Loup, comme Sigrun et Jurgen ?

Surtout en période de grande crise, les humains étaient tenus de montrer leur véritable caractère. Ceux qui normalement se déchaîneraient verbalement quant à la morale et à la bravoure pourraient s’enfuir face à un véritable danger. En particulier, le chef des aînés, Bruno, correspondait parfaitement à ce modèle.

Et puis, il y avait des exemples du contraire. Comme ce garçon qui normalement semblait de prime abord peu fiable, dont le véritable caractère était celui d’un terrifiant lion.

Yuuto Suoh avait une fois appris que le kanji qui composait son nom signifiait « Protégez ceux qui sont autour de vous et combattez avec courage. » C’était bien plus exact maintenant que jamais auparavant. Il avait toujours montré sa véritable force quand il s’agissait de protéger les personnes autour de lui. Et cela même si c’était fait pour une fille d’un autre pays et que cela pourrait lui causer des problèmes.

« Je vais sauver le Clan de la Corne, » déclara Yuuto. « C’est ce qui a été décidé et c’est tout. »

Aucune opinion dissidente n’avait été exprimée en réponse aux paroles d’Yuuto. Même le visage pâle de Bruno hochait la tête à plusieurs reprises.

Félicia sourit ironiquement à Linéa, qui était de son côté restait figée avec les dents qui claquaient après avoir été témoin du soudain et féroce changement chez Yuuto. Quand ils l’avaient rencontrée pour la première fois, Félicia s’était hérissée quand Linéa parlait du Clan du Loup comme des chiens. Mais maintenant, cela lui semblait tellement stupide d’avoir été préoccupé par une chose si triviale.

Quand Yuuto était arrivé en ce monde, il était aussi désemparé qu’un chaton qui allaitait. Cependant, après avoir enduré des batailles pendant plus de deux ans, il avait grandi pour devenir un lionceau indomptable. Pendant qu’un lion dormait, il était possible de faire face à lui toutes les espiègleries que l’on voulait faire. Mais si le lion se réveillait et rugissait de rage, alors peu importait ce que vous étiez, que ce soit un loup ou un chien ou bien d’autres choses..., personne ne pourrait s’opposer à lui.

Yuuto se laissa tomber sur son trône et posa son menton dans ses mains, toujours bouillonnant de rage.

« Une stratégie de vigilance est la stratégie la plus inefficace, » déclara-t-il. « Le fait de rester neutre nous ferait perdre de la crédibilité des deux côtés. »

Cela pouvait sembler être une bonne stratégie d’attendre d’avoir plus d’informations, et en attendant, de maintenir une bonne façade avec les deux côtés avant de parier sur le cheval gagnant quand le moment viendrait.

Cependant, ce n’était pas vraiment le cas dans une telle situation. Ce serait vu simplement comme s’il avait déclaré leur position seulement après que l’état actuel du conflit ait penché dans un sens et qu’ils auraient choisi leur allégeance en se basant sur les vainqueurs et les victimes.

Selon Le Prince, la neutralité ne mènerait qu’à la destruction. Les braves étaient mieux lotis en rendant leur allégeance claire. Yuuto était entièrement d’accord avec ce concept.

Les humains étaient plus susceptibles de faire confiance à ceux qui les soutenaient et les aidaient dans les moments difficiles, par rapport à ceux qui ne faisaient que leur lécher les bottes en les assurant de leur victoire et de leur valeur. Ils se souviendraient aussi de ceux qui les avaient traités cruellement comme des opposants.

Pendant la bataille de Sekigahara, les Clans Satake et Akita avaient adopté des positions neutres et le résultat fut la perte de leurs territoires. D’autre part, le Clan Shimazu avait pu revenir sur son territoire après ses actions courageuses, mais antagonistes. La façon dont ils avaient fini par diviser le pays s’était déroulée exactement comme Machiavel l’avait prédite.

« Non seulement cela, mais nos clans ont échangé le Calice devant un émissaire de l’Empereur Divin, » déclara Yuuto. « Nous n’annulerons pas les vœux qui accompagnent ce Calice juste à cause de la situation. Essayiez-vous donc de briser le vœu du Calice le jour même où nous l’avons partagé ? Voyez comme le Calice du Clan du Loup perd rapidement sa valeur ! Et si nous faisions cela, nous donnerions au Clan de la Griffe toutes les excuses pour nous trahir. »

« ... Ah ! » Un regard de compréhension traversa les visages des officiers.

Le Clan du Sabot était une menace militaire si importante qu’ils avaient été distraits et totalement incapable de penser à un tel résultat. Un chef digne qui voulait être considéré comme un frère aîné devrait absolument protéger ses subordonnés. S’il laissait de côté sa petite sœur subordonnée, Yuuto perdrait tout respect en tant que frère aîné et chef, et personne ne serait jugé durement par les autres clans pour avoir fait défection vis-à-vis d’un tel chef.

« Le Clan du Sabot est un clan avec qui nous n’avons aucun lien, » déclara fermement Yuuto. « Donc, si nous permettons la destruction du Clan de la Corne, ce ne sera qu’une question de temps avant que nous soyons frontaliers avec un clan beaucoup plus puissant. Et naturellement, le Clan du Sabot ferait savoir dans tout Yggdrasil que le Clan du Loup a rompu ses engagements avec le Clan de la Corne. Le moral des soldats baissera, et le Clan de la Griffe pourrait changer d’allégeance pour aller du côté du Clan du Sabot. Ils pourraient ainsi lancer une attaque en tenaille contre nous. Il n’y aurait aucun moyen pour nous de gagner dans une telle situation. »

Pour le Clan du Loup, ce serait le pire des cas possibles.

Peut-être que c’était comme l’avait dit Jurgen, et cela avait toujours été le plan. Si c’était bien le cas, Yuuto ne pouvait s’empêcher d’être étonné de l’ingéniosité de la personne au sein du Clan du Sabot qui avait élaboré un tel plan.

Pourtant, il ne pouvait pas se permettre de danser dans la paume de l’ennemi.

« Le Clan de la Corne dispose d’environ 2 000 soldats pour défendre sa capitale, » continua Yuuto. « Quant au Clan de la Griffe, son territoire ne longe pas celui du Clan de la Corne. Il n’y a pas besoin de craindre leur trahison en ce moment. Si nous sommes prêts à nous inquiéter plus tard d’être trahis au niveau de notre arrière alors que nous sommes face à une force ennemie ayant cinq fois notre effectif, pourquoi ne pas les attaquer maintenant avec des forces combinées, et avoir la chance d’affronter un ennemi qui serait seulement deux fois notre taille ? »

« Hmmm... »

« C-C’est vrai... »

Les officiers bredouillaient entre eux, alors qu’ils avaient des sueurs froides en raison du discours d’Yuuto.

Celui qui les commandait maintenant était le héros national Yuuto, celui qui avait détruit le Clan de la Griffe et le Clan de la Corne en une succession rapide de campagnes militaires. Une force militaire cinq fois plus grande serait bien sûr difficile à vaincre, mais ils pouvaient parfaitement voir que la possibilité de gagner contre une armée deux fois plus grande était plus importante. Les officiers n’étaient pas du tout enthousiastes, mais ils avaient commencé à considérer le lancement d’une attaque comme étant la meilleure solution.

« Eh bien, vous êtes-vous tous préparés à ça ? » aboya Yuuto. « Run ! »

« ... Père ! » À l’appel d’Yuuto, la fille aux cheveux argentés avait fait un pas en avant par rapport à la rangée d’officiers alignés. Ses mouvements étaient plus lents que d’habitude, puisqu’elle avait été complètement émerveillée par Yuuto. Elle semblait trembler d’anticipation.

« Prends en charge l’unité Múspell et vas-y en première, » ordonna-t-il. « Utilise le schéma B : Formation Mongole. Ne fais rien d’imprudent. Tu dois prioriser la prévention des pertes dans nos troupes en essayant d’abattre l’ennemi. »

« Compris ! » Sigrun avait effectué un salut avant de se précipiter hors de la salle d’audience. Elle avait compris, sans avoir à le dire, qu’il n’y avait pas une seconde à perdre. En tant que le Loup d’Argent le plus Fort, Mánagarmr, même avec les instructions brèves qu’il lui avait données, Yuuto ne doutait absolument pas qu’elle prendrait les bonnes décisions sur le terrain quand le moment viendra.

Elle était normalement si indiscutablement fidèle qu’elle causait un peu d’inconfort à Yuuto, mais à l’heure actuelle, elle était vraiment sa soldate la plus fiable.

« Jurgen ! » aboya-t-il.

« Père ! » son commandant en second répondit.

Bien qu’ils se trouvaient dans des circonstances si troublantes, Jurgen ne pouvait pas cacher les coins de sa bouche qui remontaient.

Normalement, Yuuto donnait l’impression qu’il n’était pas très fiable, mais dans des moments comme celui-ci, il était plus rapide que le plus ancien général à s’endurcir pour la bataille à venir.

La jeunesse elle-même est l’insouciance, pensa Jurgen avec un sourire, mais il savait que ce n’était pas vrai ici.

Au cours de la dernière année, Jurgen avait appris à connaître Yuuto pour ce qu’il était vraiment. Yuuto n’était en aucune façon ignorant de ses responsabilités en tant que patriarche souverain. Il les avait comprises mieux que tout autre. Son évaluation de la situation antérieure était extrêmement exacte. Et le plus important, il avait la capacité d’influencer ceux se tenant devant lui.

Il n’avait même pas vingt ans, mais il ne faisait aucun doute qu’il ne ferait que continuer à mûrir.

Même s’il était évident qu’il n’était pas indifférent quant à obtenir la position de souverain, Jurgen sentait que les individus avec une aptitude aussi grande pour occuper pleinement cette position comme Yuuto étaient rares et précieux. Il était un leader digne de ses subordonnés.

« Dépêchez-vous et rassemblez les troupes. Que tous les préparatifs soient achevés pour l’aube ! » ordonna Yuuto.

« Compris, Père ! » Jurgen avait répondu à la tonalité altière et autoritaire d’Yuuto avec une unique inclinaison.

Normalement, Yuuto aurait modéré ses propos en parlant à Jurgen, qui était son aîné de deux décennies, mais il s’agissait là d’une situation d’urgence. Il n’avait pas le temps de s’inquiéter de comment il pourrait être perçu par les autres.

Pour Jurgen, qui avait exigé la dignité de son chef, c’était pleinement l’Yuuto qu’il avait voulu voir dans une telle situation.

« Linéa ! » appela Yuuto.

« O-Oui !? » Linéa s’était placée au garde-à-vous.

Elle était la véritable souveraine du Clan de la Corne, et pas seulement la subordonnée d’Yuuto. Mais même ainsi, il n’y avait pas de place pour elle de s’opposer à Yuuto dans cette horrible situation.

« Retournez au Clan de la Corne et ralliez vos soldats, » ordonna-t-il.

« C-Compris ! » répondit Linéa.

« Ingrid ! » déclara Yuuto.

« H-hwha !? A-As-tu besoin de m-moi !? » Ingrid laissa échapper une réponse paniquée.

Bien qu’elle ait obtenu le rang de huitième dans la hiérarchie grâce à ses nombreuses réalisations, Ingrid n’avait pas vraiment d’expérience dans de véritables batailles. Elle n’avait probablement jamais pensé qu’elle serait appelée comme ça.

« Tu dois avoir l’un d’eux de prêt, non ? » déclara Yuuto. « Alors, il est maintenant temps de l’utiliser. Pourrais-tu le prêter à Linéa ? »

« S-S-Sérieusement !? Attends, vraiment ? Mais elle n’est pas l’une des nôtres, » tenta d’objecter Ingrid.

« Faux. Elle est ma petite sœur, » les coins des lèvres d’Yuuto se soulevèrent dans un sourire.

Maintenant, ils étaient définitivement de la même famille, nés d’un lien plus profond que le sang qui avait été forgé par le Calice. Contrairement à Botvid du Clan de la Griffe, il pouvait aussi lui faire confiance à un niveau personnel. En plus de cela, il s’agissait d’une affaire des plus pressante. Ils n’avaient pas le luxe de se disputer sur des détails.

Ingrid, bouillonnant d’irritation, avait enfin cédé même si c’était à contrecœur.

« Ahh, zut ! Tu es toujours autant le cœur tendre, mais tu agis plutôt de manière audacieuse et énergique ici ! » elle s’était plainte, puis avait ajouté avec un ton plus doux, « E-Eh bien ! C’est bon... Je suppose que cette partie de toi est la raison qui fait que j’ai une telle foi en toi. »

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2 commentaires

  1. bon ... bas .... voila ... rien a jouter ce chapitre parle de luis même . oO

  2. "Carnage ! Et alors seront lâchés les chiens de guerre !"

    Le chef du clan des sabots va s'apercevoir qu'il a une mauvaise idée 🙂

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