Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 1

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Acte 3

Partie 1

« C’est le matin, Père. »

« S’il te plaît, réveille-toi, Grand Frère. »

Deux voix... l’une digne comme la sonnerie d’une clochette et l’autre douce comme de la soie... avaient extirpé Yuuto hors de son sommeil.

Il y avait un cliquetis, comme si quelqu’un déplaçait quelque chose de lourd. À l’instant suivant, la lumière du soleil avait semblé transpercer ses paupières. Quelqu’un avait enlevé les planches qui avaient été placées devant les fenêtres.

Le verre n’existait pas encore dans ce monde, et donc les fenêtres étaient recouvertes de bois et de branches.

« Oh, bon matin à vous deux, » déclara Yuuto en ouvrant ses yeux.

Deux anges, l’un ayant une chevelure d’or et l’autre ayant une chevelure d’argent, luisant tous deux à la lumière du soleil, apparurent dans son champ de vision.

Pendant un moment, Yuuto se laissa aller à croire qu’il s’était réveillé au Valhalla, le plan céleste où les héros devaient aller après leur mort. Cela aidait à apaiser la très légère déception qu’il ressentait également en les voyant. Après tout, il avait toujours le faible espoir de se réveiller dans sa chambre du Japon moderne pour y constater que tout cela n’avait été qu’un rêve et que cela n’était jamais arrivé.

La fille aux cheveux argentés, Sigrun, avait posé un genou à terre et lui avait offert ses salutations. « Bon matin, Père. »

La fille aux cheveux dorés, Félicia, avait mis un plateau de bois avec du pain, de la soupe et du lait sur la table de chevet avant de faire un large sourire à Yuuto. « Bon matin, Grand Frère. Ton petit-déjeuner t’attend. »

L’arôme du pain fraîchement cuit chatouillait les narines d’Yuuto. Attiré par cette odeur, un Yuuto encore endormi avait finalement levé la tête.

« Wôw, je n’ai pas dormi si profondément depuis si longtemps, » déclara Yuuto.

S’asseyant sur le rebord du lit, Yuuto s’était longuement étiré. Naturellement, comme les matelas dans ce monde n’avaient pas la fermeté appropriée, ils n’étaient pas exactement de haute qualité selon ses standards. Il ne pouvait pas vraiment faire l’éloge des lits ici vis-à-vis du fait d’être à l’aise pour dormir, mais même ainsi, il s’agissait de sa propre chambre, et c’était bien le seul endroit où il pouvait vraiment se détendre. En une nuit, son épuisement avait été balayé et son corps lui donnait l’impression d’être plus léger.

« J’espère que tu as bien dormi ? » demanda Félicia.

« Tout à fait, je déborde d’énergie, » répondit Yuuto.

« Oui... je peux parfaitement voir ça, » répondit Félicia en souriant.

Pour une raison encore inconnue à ce moment-là, ses yeux n’étaient pas dirigés sur le visage d’Yuuto, mais sur une autre partie de son anatomie. Yuuto était, après tout, un garçon au milieu de la puberté, et c’était le matin...

« Hehe hihi. Si je le peux, dois-je réprimer cette énergie pour toi ? » Félicia fit un sourire séduisant à Yuuto, puis posa une main sur le lit d’Yuuto, utilisant l’autre pour replacer les cheveux hors de son visage, tout en rapprochant son visage de celui d’Yuuto.

Yuuto se mit à trembler, troublé, et secoua vigoureusement la tête d’un côté à l’autre. « N-Non, comme je te le dis toujours, ça ne sera pas nécessaire. »

« Je ne crois pas que ce soit ce qu’indique ton corps, » répliqua Félicia.

« C’est juste un phénomène physiologique tout à fait normal ! » répondit-il.

C’était un peu plus que ça, s’il devait le dire en toute honnêteté. C’était juste qu’il ne pouvait pas se permettre de vraiment dire quelque chose comme ça à haute voix, surtout devant elles.

Félicia avait alors léché ses lèvres d’une façon séduisante. « Hehe ! Eh bien, ferons-nous de cela le point central de tes études du matin ? Je me le demande... »

« Tes taquineries envers notre souverain sont proches des frontières de la trahison, Félicia, et je ne peux pas le supporter plus longtemps. Tu es en train de déranger le Père. Dois-je t’abattre, ici et maintenant ? » Sigrun, qui avait été calme jusqu’à ce moment-là, posa une main sur l’épée présente à sa hanche, dégageant un air menaçant.

Ayant reculé devant les avances agressives de Félicia, Yuuto félicita secrètement l’interférence fiable de Sigrun.

« Écoute, Run, » déclara Félicia. « Prendre soin de la santé de Grand Frère fait partie de mes devoirs professionnels d’adjudant. Pour un homme, il y a des choses qui, s’il ne les libère pas, pourraient être préjudiciables à sa santé. »

« Quoi, est-ce vrai ? » demanda Sigrun.

« Très certainement, » répondit Félicia. « Et non seulement cela, mais depuis l’antiquité, il y a des rois qui ont été rendus insensé à la suite des demandes d’une femme. Il serait dangereux pour Grand Frère, notre souverain patriarche, qu’on ne le forme pas à l’avance à ce genre de choses de peur qu’il ne soit séduit par les ruses d’une méchante femme. »

« Hmm, je comprends, » Sigrun se mit alors à réfléchir. « Cela semble plutôt logique. Père, bien que mon corps soit maigre, sens-toi aussi libre de l’utiliser autant que tu le souhaites. »

Voyant avec quelle facilité Félicia avait réussi à persuader Sigrun, la convaincant fermement de changer de camp, Yuuto regarda instinctivement le plafond. Il jeta alors un coup d’œil dans la direction de Félicia, et elle lui adressa un rapide sourire satisfait et fier d’elle, alors même que Sigrun ne le remarqua pas.

Peu importe comment on l’aurait regardée, Félicia était véritablement la femme méchante dans cette situation.

Grondement.

L’estomac vide d’Yuuto laissa sans retenue échapper un cri. Il avait été trop épuisé pour souper hier soir, alors c’était à prévoir. Cependant, c’était aussi une occasion sans précédent pour une contre-attaque.

« M-Maintenant, la faim est plus importante que la luxure ! Mangeons, mangeons ! » cria Yuuto.

« C’est vrai. On ne peut pas se battre avec un estomac vide, » acquiesça Sigrun.

Une fois de plus, Sigrun revint rapidement de Félicia pour se placer du côté d’Yuuto. Bien qu’apparemment, elle-même n’était pas consciente de son changement d’allégeance.

En temps de guerre, le plus important était la logistique militaire..., à savoir la sécurité des approvisionnements alimentaires. En tant que Mánagarmr, le plus Fort des Loups d’Argent, il n’y avait aucune raison pour que Sigrun ne le sache pas. Elle avait toujours traité la satisfaction de l’estomac comme une priorité militaire.

« Oh... mon Dieu... c’est bien dommage, » taquina Félicia. « Quand tu ressens l’étreinte d’une femme, il y a une grande variété de choses qui peuvent être négligées ou oubliées... » Ses paroles se perdirent dans un chuchotement coquet.

« J-Je suis sauvé..., » en poussant un soupir de soulagement, Yuuto tourna son attention vers le petit-déjeuner.

Le pain et la soupe étaient servis dans de la vaisselle en argent. Yuuto se sentait désolé pour les roturiers de la ville, qui étaient relégués à la terre cuite qu’ils avaient eux-mêmes fabriquée, mais il comprenait aussi qu’un souverain qui vivait une existence trop modeste laisserait une mauvaise impression. D’ailleurs, plus que tout, il était opposé à la poterie, craignant que cela lui cause encore des maux d’estomac comme à son arrivée en ce monde.

« Père, s’il te plaît, pardonne-moi pour ma grossièreté, » Sigrun mit son nez près du pain et de la soupe sur le plateau, les reniflants. Après qu’Yuuto lui eut fait un signe de tête, elle prit une bouchée du pain et une gorgée de la soupe.

Bien sûr, elle ne taquinait pas Yuuto en mangeant avant lui. C’était essentiel, car il s’agissait d’une dégustation de sa nourriture afin de vérifier la présence de poison.

La vérité était que, même si ce n’était pas une tâche qu’Yuuto avait demandé à Sigrun de faire, elle avait un nez avec un don incroyable pour détecter les poisons. Jusqu’à présent, elle avait déjà détecté deux fois du poison caché dans sa nourriture. Dans les deux cas, son instinct supérieur l’avait avertie de ne permettre à personne de manger la nourriture.

« C’est sûr, » déclara Sigrun. « S’il te plaît, vas-y. »

« D’accord. Comme toujours, merci beaucoup, » répondit Yuuto.

Même s’il avait exprimé ses remerciements, Yuuto n’avait pas pu s’empêcher de se sentir frustré. Jour après jour, il devait être en alerte face à la menace d’une mort par empoisonnement. Être souverain était un travail pouvant se révéler fatal.

« Tout est bon, itadakimasu, » déclara-t-il.

Son petit-déjeuner ayant été confirmé comme sans danger, Yuuto plaça ses mains ensemble, puis tendit la main pour saisir le pain. Même si Yggdrasil n’avait pas une telle coutume avant les repas, il était difficile de se débarrasser d’une habitude qui avait été ancrée dans son esprit au cours des années de pratique. Le pain ressemblait un peu à du pain melon [1] de chez lui. La chaleur se dégageait encore du pain fraîchement cuit quand Yuuto le porta à ses lèvres et ouvrit sa bouche. C’était techniquement un baiser indirect avec Sigrun, mais après un an d’avoir fait cela tous les jours, Yuuto s’y était depuis longtemps habitué. S’il laissait cela chaque fois le déranger, alors il ne mangerait jamais.

« Hmm, c’est délicieux ! » déclara-t-il. « Il y a un monde de différence entre ça et ce que j’avais quand je suis arrivé. Je suppose que le fait d’être un tricheur à ses avantages. »

Yuuto continuait à se murmurer ça, satisfait, alors qu’il savourait l’arôme frais et la texture douce de la pâte.

Pour faire du pain, il fallait d’abord moudre le blé en farine. Quand Yuuto était arrivé en ce monde, la méthode de mouture était primitive, consistant à déposer le blé sur une pierre plate, puis à le broyer intensément et à l’écraser avec une longue pierre ronde et mince.

Cependant, avec cette méthode, les cosses de blé et les morceaux de pierre finissaient inévitablement par se mélanger avec la farine. En conséquence, le pain fait avec cette farine de blé avait inévitablement une consistance dure ou semblable à du sable, et c’était une expérience très désagréable pour lui.

« Grâce à tes efforts, Grand Frère, le pain est ainsi devenu plutôt délicieux, » Félicia sourit joyeusement.

Sigrun avait fait un important signe de tête.

Naturellement, n’importe qui préférerait que la nourriture qu’ils mangeaient quotidiennement soit aussi délicieuse que possible. Yuuto l’avait très certainement ressenti de cette façon.

Ayant longtemps été habitué au pain moderne, Yuuto n’avait pas été capable de supporter le pain graveleux qui lui était initialement servi, et ainsi il avait utilisé internet pour chercher des meules et avait lu un certain nombre de livres électroniques sur le sujet. Il avait alors été capable de mettre au point une nouvelle méthode pour les gens d’Yggdrasil, appelée un moulin rotatif à bras, où deux disques de pierre circulaires étaient empilés les uns sur les autres avec un morceau de bois faisant tourner le disque supérieur. Bien entendu, seul son propre peuple en profitait.

D’ailleurs, le moulin rotatif à bras avait d’abord été historiquement documenté vers 600 avant notre ère, c’était donc une avancée technologique précurseure de plusieurs siècles pour Yggdrasil.

« Ah oui. Ce pain m’a fait me souvenir de quelque chose. Comment vont les choses avec les moulins à eau ? » demanda Yuuto après s’être soudainement souvenu de quelque chose d’important.

Il avait été découragé par le fait qu’il était le seul à manger un tel pain délicieux. Mais il y avait une limite stricte à ce qui pouvait être fait en utilisant seulement le travail manuel. Il avait donc encore une fois trouvé un livre électronique sur le sujet et, par essais et erreurs, ils avaient construit un petit moulin à eau.

Cela avait été étonnamment pratique, et il y avait maintenant cinq exemples en place dans le clan qui étaient désormais en fonction. Pourtant, cela restait le travail d’amateur. Cela faisait un an qu’il les avait construits. Il ne serait pas surpris si quelque chose n’allait pas bien avec ce qu’il avait fait.

« Ils sont actuellement opérationnels et nous n’avons rencontré aucun problème, » lui répondit Félicia.

« Je vois. C’est une bonne nouvelle, » hocha-t-il la tête. Puis, Yuuto but son lait d’un trait. Il venait d’être trait. Il avait un goût riche infiniment plus délicieux que le lait vendu chez lui dans le Japon moderne.

À cet égard seulement, les personnes ici vivaient des vies beaucoup plus luxueuses que les Japonais modernes. Mais même ainsi, Yuuto ne pouvait s’empêcher de ressentir une insatisfaction insatiable. Bien qu’il ait passé deux ans dans cet autre monde, Yuuto était encore un Japonais.

Il avait compris que c’était quelque chose de rare à cause du climat et du sol ici. Mais quand même...

« Je veux vraiment du riz, » murmura-t-il en poussant un soupir.

Depuis qu’il était arrivé en ce monde, Yuuto avait toujours eu envie de riz blanc.

Notes

  • 1 Pain melon : Le pain melon (メロンパン, meron pan) est une spécialité boulangère dégustée au Japon, dont la partie interne est constituée de brioche classique et la croûte faite d’une sorte de cookie. La texture de cette croûte rappelle celle du melon cantaloup, d’où le nom (mais il peut aussi parfois être aromatisé au melon). Il existe de diverses saveurs : chocolat, citrouille, ananas... Des feuilles de chocolat peuvent être intercalées entre le pain et le cookie.

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