***Chapitre 4 : Illumination : trop jeune pour comprendre une croisade
Partie 3
Il ne pourrait plus se rendre dans les lieux publics, comme les gares ou les aéroports, et avec la police militaire qui patrouillait, il ne pourrait même plus sortir de chez lui en pleine journée.
… Comment l’Hydra peut-elle faire ça ?
… À mon Salinger ?
À ses yeux, ils s’étaient trompés dès le début. Salinger n’était même pas derrière ces mystérieuses attaques.
Cependant…
Il y avait toutefois une chose qu’elle ne pouvait pas nier.
Salinger n’attaquerait pas la population en général.
… Mais je pouvais l’imaginer s’en prendre à la Reine.
« Salinger, tu n’aimes pas la souveraineté ? »
« Pas vraiment. »
« Donc, tu n’aimes pas la famille royale ? »
« C’est ça. »
Il détestait les sangs purs avec une fureur tenace.
Mira ne pouvait nier que la reine pouvait être dans le collimateur de Salinger.
« Bon, Votre Majesté, j’ai une idée à vous proposer. »
Le chef de l’Hydra sortit un mouchoir. Il essuya l’eau renversée sur la table.
« Laissez chaque famille royale vous protéger avec des membres de nos forces personnelles jusqu’à ce que nous ayons attrapé Salinger. Après tout, vous êtes le chef des Zoa. Je sais que vous pensez que les gardes de Lou et d’Hydra ne sont pas nécessaires, mais cela pourrait vous mettre en danger. »
« Vous suggérez ça parce que Salinger aurait compromis les gardes Zoa ? »
« Tout à fait. Il pourrait par exemple hypnotiser des gens ou infiltrer une marionnette parmi les gardes. Il maîtrise de nombreux pouvoirs astraux, et nous devons donc supposer qu’il en possède au moins un capable d’un tel exploit. »
La Reine serait exposée à une attaque si elle ne comptait que sur les gardes Zoa. L’argument en faveur de la protection des gardes Lou et Hydra était donc valable.
Mira n’arrivait pas à placer un mot. Elle ne pouvait s’empêcher de penser que la proposition d’Arken semblait un peu trop bien préparée.
« Donc, Votre Majesté, nous vous recommandons Françoise de la Maison Hydra. »
« Oui… ! »
Les portes de la salle de réunion s’ouvrirent.
Une petite fille aux cheveux noirs fit timidement une révérence précipitée devant la table ronde.
Françoise Alek Hydra.
Elle avait été adoptée par la famille Hydra. Si la mémoire de Mira était bonne, la jeune fille avait un pouvoir astral spécial appelé « Silhouette ».
« Laissez-moi m’en occuper, Votre Majesté ! Je vous protégerai au péril de ma vie, s’il le faut ! »
« Rassurez-vous, Votre Majesté. Françoise est peut-être un peu timide, mais ses compétences sont indéniables. »
Le chef des Hydra lui adressa un sourire qui montrait qu’il avait confiance en elle.
« Elle sait aussi se comporter en servante. Elle pourra vous servir de garde et de servante pendant que vous vous baignez. »
« Très bien… » La reine accepta à contrecœur. Elle semblait encore hésiter. « Je vais donner l’ordre d’arrêter Salinger. Nous allons également renforcer les mesures de sécurité dans l’État central sans tarder. Nous mettrons une prime sur la tête de Salinger et nous solliciterons des témoignages. »
« Oui, tout de suite ! »
Le chef de la police militaire salua.
Il n’y avait désormais plus aucun endroit plus dangereux pour Salinger que l’État central. Dès qu’elle s’en rendit compte, Mira sentit ses jambes se mettre à bouger toutes seules.
Elle ne pouvait plus s’arrêter. Même en tant que princesse.
« Schwartz, je te laisse terminer la réunion. »
« Ma dame ?! »
La réunion n’était pas encore terminée. Même si tout le monde la regardait, elle quitta la table et sortit de la pièce. Elle n’avait pas une seconde à perdre.
« … Salinger. »
Elle serra les poings.
Elle était impatiente. Elle se sentait mal. Si elle était restée plus longtemps, elle aurait probablement sorti ses couteaux et fait une scène.
… Ils en veulent tous à Salinger.
… Ils essaient de me piquer la seule personne qui sait me divertir !
Elle ne pouvait pas les laisser faire.
Surtout s’ils l’accusaient à tort de crimes commis par quelqu’un d’autre. Elle refusait de le livrer à quiconque dans le palais.
« … Salinger, tu es mon ennemi, et seulement le mien. »
Ne va pas au palais.
Quitte immédiatement l’État central. Va dans les profondeurs de la Souveraineté.
Les bois ou les montagnes feraient même l’affaire. S’il se faisait discret pendant quelques mois, même la Reine oublierait un criminel comme lui. Il n’a pas besoin de rester dans l’État central. C’est moi qui irai le chercher.
Peu importe où tu seras dans la Souveraineté, je viendrai te combattre !
Alors, ne viens pas maintenant.
S’il restait dans l’État central, il serait capturé en un clin d’œil.
« Ce n’est pas une blague. »
Elle sortit un carnet de sa poche et en arracha une page blanche.
+++
État central, banlieue de la ville.
Le bruit des insectes secouait l’air de la campagne. La lumière rouge qui filait à travers les rideaux lui indiquait que le soleil se couchait.
« … »
Dans sa petite cabane qu’il avait transformée en base, Salinger était assis sur le bord de son lit, fixant son écran.
Septième Reine, Mirabella, On, Logias, Growley, Shaklek, Kospital… Schwartz, Harley, Gauch.
Tout cela s’était passé la veille.
Shaklek, de la garde astrale des Lou, avait été attaqué. Les membres des Zoa et des Lou étaient attaqués les uns après les autres et plongés dans le coma. Les Hydras étaient derrière tout ça. Mais ils pouvaient se faire passer pour des victimes en lui faisant porter le chapeau.
Les Hydras se réjouissaient probablement que Salinger ait attaqué l’un des leurs. Maintenant qu’un précédent avait été établi, la vérité selon laquelle seuls les Zoa et les Lou étaient visés allait être admise.
Ou…
Et s’ils l’avaient piégé dans cette situation ?
Et si l’Hydra l’avait laissé attaquer l’un des leurs exprès, pour pouvoir l’utiliser comme bouc émissaire ?
… Et il n’y a pas assez d’informations sur la puce.
… Si je publie les données, cela ne constituera pas une preuve des activités secrètes de l’Hydra.
L’Hydra attendait que le bouc émissaire idéal entre en scène.
« Tu ne peux pas me manquer de respect indéfiniment, Hydra ! Tu crois pouvoir m’utiliser comme sacrifice dans ton jeu ?! »
Il se leva.
La lumière rouge qui passait entre les rideaux indiquait que le soleil allait bientôt se coucher.
… En y repensant bien, c’est déjà le soir.
… Qu’est-il arrivé au plan de Mira pour notre prochain combat ?
Ils n’avaient pas prévu de combat. Si ça continuait comme ça pendant quelques mois, ils allaient tous les deux devenir nerveux. Il le savait, mais…
« C’est trop énervant… » Il n’avait pas envie de se battre.
C’était la première fois qu’il n’avait pas hâte de se battre.
… Mira figure sur la liste de l’Hydra.
… Elle est donc également prise pour cible.
Un mauvais pressentiment s’empara de lui, refroidissant son enthousiasme.
Même s’il savait que Mira pouvait gérer n’importe quel assassin potentiel, il ne pouvait s’empêcher de se focaliser sur les agissements de l’Hydra, qui lui semblaient anormaux.
Et quel était le « sujet » en tête de leur liste ?
Il se mit à marcher, incapable de trouver une réponse.
« Mira ? »
À ce moment-là, l’air de la campagne tourbillonna autour de lui. Cependant, il ne trouva pas la jeune fille qui apparaissait toujours dans son imperméable lorsque cela se produisait. À la place, il vit…
« Un message… ? »
Il trouva un morceau de papier maintenu par une pierre au milieu de la route.
Une seule phrase avait été griffonnée sur le morceau de papier :
« Quitte l’État central. Quoi que tu fasses, reste loin du palais. »
Quelle blague !
Celui qui avait écrit ce mot aurait au moins pu le signer de ses initiales, mais il n’y avait aucune signature. Et pourtant, il savait que c’était elle qui l’avait écrit.
… Ça ne peut venir que de toi.
… Après tout, tu es la seule personne au monde à me donner des ordres, Mira.
Elle avait l’arrogance de lui donner des ordres.
Il ne pouvait pas affirmer que c’était elle d’après l’écriture, mais le contenu du mot était bien dans le style de Mira.
… Elle veut que je reste loin du palais.
… Tout se passe donc comme prévu. L’Hydra essai de me capturer pour faire de moi un bouc émissaire.
Mira essayait de l’aider à s’échapper.
Cependant…
Ça clochait.
« En fait, l’Hydra n’en a pas après moi. C’est toi qu’ils veulent, Mira. »
Mira était la favorite pour remporter le conclave. C’est elle que l’Hydra voulait.
« Mais comment comptez-vous l’attaquer, bande de salauds de l’Hydra ? »
Elle était la candidate la plus puissante de toute l’histoire. À moins qu’ils n’envoient plusieurs sangs purs à sa poursuite, Mira serait capable de renverser la situation face à presque n’importe quel assassin.
… L’Hydra ne l’attaquera pas directement.
… Ce sera du poison. Ils frapperont pendant qu’elle dormira ou prendra son bain. Ou ils utiliseront peut-être un pouvoir astral hypnotique spécial.
Il ne pouvait pas déterminer comment ils s’y prendraient.
Plus il y réfléchissait, moins Salinger parvenait à trouver la réponse. Dès qu’il s’en rendit compte, ses jambes se mirent à bouger comme si elles avaient leur propre volonté.
S’il ne trouvait pas la réponse, il pouvait toujours demander à quelqu’un qui la connaissait.
Il attendit que la nuit tombe.
Il se rendit au palais Nebulis et marcha devant les portes.
La nuit tombait et les lumières du quartier commerçant s’éteignaient les unes après les autres. La route autrefois animée n’était plus qu’un chemin parsemé de quelques traînards qui tentaient de rentrer chez eux.
Et dans ce silence…
« Toi ! »
« Salinger ! »
Au milieu de la route principale, Salinger avait mis à terre deux agents de police en patrouille.
Les deux hommes tombèrent face contre terre.
Cela faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas été du côté des vainqueurs qu’il avait presque oublié ce que cela faisait. Ces derniers temps, c’était toujours lui qui se retrouvait à terre, tandis que Mira le regardait de haut.
« … Salinger ! Tu te montres enfin ! »
« C’est donc comme ça que tu agressais les gens… »
« Tu dis des trucs marrants », dit-il.
Il maintint un officier sous son pied, puis s’accroupit vers l’autre, s’approchant suffisamment pour presque toucher son front avec le sien.
« Vous avez des boutons à la place des yeux ? Vous ne pouvez pas remettre en question l’intrigue ? Vous n’êtes que des acteurs de troisième ordre qui ne savent que suivre fidèlement le script ? »
« De quoi parles-tu ? »
« Et si quelqu’un d’autre était derrière ces attaques dont tu m’accuses ? »
« Ha ! » L’homme qu’il piétinait ricana. « Tu as enfin peur, Salinger ? Tout le monde sait que tu en veux à la Reine. Tu ne pourras pas profiter de la fête ! »
« Quoi ? »
Quelque chose clochait.
Il aurait normalement ignoré les absurdités débitées par des faibles.
… J’en ai après la reine ?
… Comment peut-il en être si sûr ?
Comme il avait déjà volé des pouvoirs astraux par le passé, on pouvait penser qu’il s’en prendrait à la famille royale.
Mais pourquoi ont-ils pensé qu’il en voulait à la reine plutôt qu’à un autre membre de la famille royale ?
… Je veux les pouvoirs astraux des membres les plus puissants de la famille royale.
… C’est pour ça que je me bats contre Mira.
C’était presque comme si…
Comme si quelqu’un avait convaincu les policiers que Salinger en voulait spécifiquement à la reine.
Et la fête ? Ils parlent d’un banquet ou d’un bal au palais ?
… Pourquoi sont-ils si sûrs que je viendrai pendant une fête ?
C’était donc ça.
Le plan de l’Hydra était de s’en prendre à la reine lors de la prochaine fête.
Ils allaient faire porter le chapeau à Salinger pour avoir tenté de l’assassiner.
Ils avaient déjà fait circuler de fausses informations dans le château, disant qu’il allait frapper pendant la prochaine fête.
« L’Hydra est vraiment maligne… »
Que faire maintenant ?
La première option qui s’offrait à lui était probablement de quitter l’État central, comme Mira le lui avait conseillé.
Il se fichait que la vie de la reine soit en danger.
Mais…
Que deviendrait Mira si elle se trouvait au palais ?
La reine n’était pas la seule qu’ils recherchaient.
Mira n’avait probablement même pas envisagé cette possibilité.
« Ce n’est qu’une petite fille… »
Mira était trop jeune.
Même si elle avait survécu à de nombreuses batailles, elle était trop naïve pour comprendre les intrigues politiques autour du trône. Elle n’avait aucun moyen de le savoir.
« Alors, Hydra… »
Il serra les dents et se retourna. Les deux gardes effondrés à ses pieds avaient complètement disparu de son esprit.
Il leva les yeux vers le palais scintillant.
Puis, Salinger hurla dans la nuit : « Qui vous a donné l’autorisation de toucher à Mira ?! »
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