Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 2 – Chapitre 12

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Chapitre 12 : Tentations et suggestions

Quand j’étais revenue à moi, je m’étais retrouvée dans un endroit familier.

« C’est… »

Mes meubles… Ma chambre.

J’avais choisi cet appartement parce qu’il était assez proche de mon université. Il y avait une épicerie à proximité, une librairie… Même le restaurant familial que j’aimais bien était à deux pas. Je passais mes journées d’étudiante dans cet environnement béni et confortable.

« Peut-être que j’ai trop joué… »

Je venais de me réveiller d’une sorte de rêve réaliste, mais je ne me souvenais d’aucun détail. Mais vu je l’avais oublié en quelques minutes, cela ne devait probablement pas être si important que ça.

« _________. »

J’avais entendu quelqu’un appeler mon nom. J’avais alors été submergée par une vague de nostalgie.

Qui est-ce ? Y a-t-il quelqu’un d’autre dans ma chambre ?

« Ah, vous êtes réveillée. C’est un espace imparfait, j’avais donc peur que vous ne veniez pas. Je suis soulagé de voir que vous avez repris conscience. »

La personne qui me parlait était la fille en blanc à qui j’avais déjà parlé une fois.

« C’est mon appartement ? », avais-je demandé.

« D’une certaine façon. Cette scène est une reconstitution de l’endroit tel qu’il est dans vos souvenirs, donc j’ai peur que vous ne soyez pas vraiment chez vous. »

C’est mon appartement, sans toutefois l’être…

« _________, j’ai désespérément essayé de guider votre âme. Quelles que soient vos erreurs, vous êtes une existence digne d’être guidée. Mais mes efforts ont été corrompus, et par conséquent, vous avez été scellé dans ce monde. Je l’admets, c’était mon erreur. »

« Qui êtes-vous ? »

« Je suis Sandalphon, le conducteur d’âmes. Ni plus, ni moins. Bien qu’étant piégé dans ce monde impitoyable, vous avez réussi à vous accrocher à votre propre volonté et vous avez réussi à ne pas vous perdre totalement dans la conscience de l’Essaim. C’est une chose vraiment merveilleuse. Cependant, je ne peux pas imaginer que vous puissiez garder cette faible emprise pour toujours. Avec le temps, vous serez intégrée dans ce monde et serez obligée de jouer à un autre jeu. »

« Ce monde… ? »

Je n’avais pas compris ce qu’elle voulait dire. Je n’avais jamais quitté le pays, et encore moins étudié à l’étranger. Je ne connaissais aucun autre monde. J’étais, dans l’ensemble, une personne avec très peu de connaissances et très peu d’intérêts.

« Tout ira bien. Je promets de vous sauver, quoi qu’il arrive. Tout cela est dû à ma bévue de départ, et j’ai l’intention de me racheter. Vous sauver est la ligne de conduite naturelle. »

Ai-je déjà eu besoin de sauver quelqu’un ? Oui…

Le mot « sauver » m’avait rafraîchi la mémoire. Il y avait quelqu’un que je devais sauver.

« Remettez-moi dans ce monde », me suis-je entendu dire.

« Voulez-vous y retourner ? N’envisageriez-vous pas de rester ici jusqu’à l’arrivée des secours ? »

« Ils… Mes petits ont besoin de mon aide. »

Oui. Sérignan, Lysa, Roland et le reste de l’Essaim. Comment avais-je pu les oublier ? Je leur avais promis la victoire, mais je l’avais oubliée trop facilement.

« C’est un monde inventé, plein de captifs, et pourtant vous vous y replongeriez volontiers ? »

« Ils ont besoin de moi. »

L’image de Sérignan qui pleurait m’était venue à l’esprit.

« Vous êtes une âme bien trop bonne. Je peux comprendre votre désir de les sauver, même s’ils ne sont pas humains. Votre cœur est rempli de miséricorde, et c’est précisément pour cela que je dois vous guider vers le salut. »

Le regard de Sandalphon s’enfonça en moi.

« Êtes-vous vraiment sûre de pouvoir survivre ? »

« Oui. Mes alliés sont tout aussi fiables. »

« Eh bien, je pense que je t’ai déjà assez bien entendu, Sandalphon. »

Quelqu’un interrompit soudainement notre conversation. C’était une autre fille, bien que celle-ci soit habillée en costume gothique à froufrous de la tête aux pieds.

« C’est injuste, essayer d’arracher ce qui n’est pas à toi. Méchante Sandalphon ! Méchante ! Son âme m’appartient. Ne l’as-tu pas déjà dit ? Dieu n’a pas de salut à offrir ________. »

« Ces mots appartiennent au passé, Samael. Je te suggère de te mordre la langue fourchue, créature immonde. As-tu la moindre idée de combien tu lui as fait du mal ? »

Sandalphon appela la fille gothique Samael.

« Hah ! Tu me traites de serpent, mais tes dogmes changent si vite que je suis surprise que ta propre langue ne se soit pas définitivement nouée ! Mon credo est plus cohérent que jamais. Les âmes qui ont ______ nous appartiennent. Je ne les remettrai à personne d’autre. Penses-tu vraiment pouvoir la sauver ? »

« J’en ai bien l’intention. Même une âme qui possède ______ a droit au salut. Il ne sert à rien de la juger selon les normes du passé. »

La bouche de Samael fit alors un sourire désagréable.

« A-t-elle vraiment ce droit, je me le demande ? Une âme qui ______ est souillée. Guider une telle âme ne ferait que causer du chagrin à notre détestable Seigneur, non ? »

« Ce ne sera pas le cas. Le Seigneur souhaite voir autant d’âmes sauvées que possible. La sienne ne fait pas exception. C’est ce qu’elle a décidé après toutes ses pénibles épreuves. »

J’ai décidé quelque chose ? Décidé quoi ?

« Inacceptable », se moqua Samael avant que son regard ne se pose sur moi.

« Alors, pourquoi ne pas la laisser décider ? Elle peut soit aller avec toi, soit me suivre. »

« Vous pouvez être sauvée. Choisissez le chemin du salut, _________. »

« Vous appartenez à ce monde, non ? Dans ce monde où l’humanité combat le monstre. C’est là que vous trouverez vraiment la paix. N’est-ce pas, _________ ? », dit Sandalphon avec une voix remplie de tentation.

Ces deux filles, complètement opposées en tout point, m’appelaient toutes les deux, me faisant signe de choisir. Cependant, mon cœur n’était avec aucune d’elles.

« Laissez-moi les sauver. Je vous en prie. Je ne veux rien d’autre. »

Sérignan pleure, je le sais. J’ai besoin d’aller la réconforter.

« Contrat refusé, hein ? » dit Samael en haussant les épaules.

« Je sais qu’elle va choisir la voie du salut », dit doucement Sérignan tout en s’approchant de moi.

« Va à cet ordinateur et appuie sur le bouton d’alimentation. Il vous ramènera dans ce monde. Je vous jure que je sauverai votre âme. Quoi qu’il arrive. Et donc, je dois vous rappeler que… »

J’avais fait comme elle avait dit, j’avais appuyé sur le bouton.

« Vous ne devez jamais oublier votre cœur humain. »

Un sentiment d’épuisement m’envahit, me tirant vers le bas et m’éloignant quelque part, mais dans mes derniers instants, je m’étais retournée et j’avais hoché de la tête en direction de Sandalphon.

☆☆☆**

« … Majesté ! Votre Majesté ! »

En me réveillant, je m’étais retrouvée allongée sur un canapé.

« Sandalphon est-elle ici ? Et Samael ? », avais-je demandé, le rêve que je venais de vivre étant encore frais dans ma tête.

« Il n’y a personne de ce nom ici, Votre Majesté. Oh non… Peut-être que vos souvenirs vous ont-ils quitté ? », dit Sérignan.

« Je vais bien. Je me souviens parfaitement de toi, Sérignan. »

Je ne pourrais jamais l’oublier. Elle était ma précieuse alliée.

« Hic… Dieu merci… Quel soulagement ! »

Sérignan enfonça son visage dans ma poitrine en sanglotant comme une enfant.

« Lysa ? »

« Oui, Votre Majesté ? »

« As-tu découvert d’autres forces ici ? »

« Non, tout s’est calmé maintenant. Tous les combats dans les rues et sur les murs sont terminés. »

Bien…

La lutte pour le duché de Schtraut touchait à sa fin. C’était une guerre difficile. Il s’était passé beaucoup de choses depuis que nous nous étions introduits à Schtraut et avions travaillé comme aventuriers. Nous avions semé le chaos au sein du Conseil international, puis nous avions dû intervenir dès qu’un conflit intérieur avait éclaté dans le duché. J’étais plus épuisée que jamais.

« Je vois que vous êtes revenue à vous, Votre Majesté », dit Roland en revenant de la cave.

« Oui, je suis de retour aux affaires. »

« J’ai fait transformer le corps de Léopold en ces… boulettes de viande. J’ai pensé que ce serait une fin appropriée pour lui. »

« Eh bien, c’est difficile à dire. Il y a de multiples significations à transformer quelqu’un en boulettes de viande. »

Les faux de l’Essaim Éventreur pouvaient réduire un ennemi détesté en un morceau de chair ou compacter un ancien allié et l’intégrer dans nos rangs. Ou bien une boulette de viande n’était que cela, une boulette de viande à utiliser ou à stocker.

« J’avoue que j’ai été plutôt surpris par votre évanouissement. »

J’avais détecté une note d’inquiétude dans la voix de Roland.

« Je me demande s’il y avait encore du venin de basilic dans l’air. Est-ce que votre corps continue à ressentir quelque chose, Votre Majesté ? »

« Faites-moi savoir si vous commencez à vous sentir mal, d’accord ? L’herboriste de Baumfetter m’a enseigné toutes sortes de médicaments », dit Lysa en fronçant les sourcils.

Avec ces deux puissants alliés qui s’acharnaient sur moi, j’avais le sentiment d’être une reine très chanceuse.

« Votre Majesté, êtes-vous vraiment, vraiment sûre que vous allez bien ? », demanda Sérignan, les yeux encore humides.

« Oui, je vais tout à fait bien. Je me demande quand tu vas arrêter de me flatter comme ça. »

« M-Mes excuses ! Mais je suis vraiment contente que vous soyez indemne… »

Avec un hoquet, Sérignan nicha son visage dans ma poitrine une fois de plus.

« Je suis désolée de vous avoir inquiété. Je suis en pleine forme. Je continuerai à vous guider, comme je l’ai fait. »

J’avais dirigé ce discours dans la conscience collective.

« Mais notre vraie victoire est encore hors de portée. Le Royaume Papal de Frantz a abandonné le Duché, scellant son destin… et en ce moment, nous sommes les plus grands ennemis de Frantz. Cette guerre ne se terminera pas tant que nous ne les aurons pas vaincus. Il ne leur faudra d’ailleurs que peu de temps avant qu’ils fassent entrer leurs soldats dans ce pays. »

Jusqu’à présent, le Royaume Papal était resté en arrière-plan, mais c’était en fait l’instigateur qui avait conduit le Duché à la ruine. Il était clair qu’il avait attendu que nous détruisions le duché, espérant occuper le pays une fois qu’il serait à genoux.

« Nous allons renverser le Royaume de Frantz. Et je continuerai à me battre, jusqu’à ce que vous obteniez la paix et la victoire éternelles que vous désirez. Me suivrez-vous ? »

En réponse, la conscience collective s’était épanouie et me donna son consentement. Sérignan s’agenouilla avec son épée dans un geste de fidélité, tandis que Lysa et Roland s’inclinaient devant moi. Ils étaient tous en parfait accord. C’était presque effrayant, mais cela fit aussi gonfler mon cœur de joie.

« Victoire à nous ! Victoire à l’Arachnée ! Nous ne devons pas seulement la souhaiter, nous devons y aspirer. Tant que nous travaillerons dur, nous y arriverons certainement. »

Ce fut par ces mots que j’avais conclu mon discours.

« Comment était mon petit monologue, Sérignan ? »

Elle me renvoya la balle.

« Des mots inspirants, Votre Majesté. Nous ferons ce que vous dites et travaillerons sans relâche pour assurer notre victoire. »

« Cela nous laisse un problème. Qu’allons-nous faire du duché ? », avais-je dit.

À cause de la guerre et de la purge politique, la population de Schtraut avait été réduite à presque rien. La reconstruction nécessiterait beaucoup d’efforts.

« Nous allons trouver un moyen. Tout comme nous avons surmonté tous les obstacles que nous avons rencontrés jusqu’à présent. Nous pouvons reconstruire pour qu’un jour, Schtraut redevienne un pays commercial florissant. Non, pas “peut”… Nous devons. », dit Roland.

« Reconstruire après la guerre est important, mais les combats ne sont pas encore tout à fait terminés. Nous devons encore nous occuper de ce traître serpent qu’est Frantz. Sans une vraie paix, nous ne pouvons pas espérer un nouveau départ. »

Le Royaume Papal de Frantz a abandonné le Duché dans des temps de détresse. Ils vont payer pour cela.

J’avais regardé par la fenêtre. Les combats s’étaient déjà calmés, mais des colonnes de fumée s’élevaient encore des zones marquées par les boules de feu des mages. Combien de temps faudrait-il pour éteindre ces incendies et reconstruire la capitale ? Y penser me donnait le vertige.

C’était là que nos héros méconnus, les Essaims Travailleurs, montreraient leur valeur. Il leur faudrait travailler dur pour faire revivre cette capitale. L’idée que nous puissions apporter non seulement la mort et la destruction, mais aussi la renaissance et la reconstruction était un énorme soulagement.

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2 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre

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