Joou Heika no Isekai Senryaku – Tome 1 – Chapitre 2 – Partie 1

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Chapitre 2 : Plan B

Partie 1

Le chef des esclavagistes prit un chariot et se dirigea vers la ville de Leen. Je l’avais accompagné. Un seul Essaim Éventreur était présent, il se tenait caché dans le chariot. Les portes de la ville recevaient un trafic constant de colporteurs, elles étaient donc laissées ouvertes.

Nous avions réussi à entrer dans la ville sans trop d’interrogations. Grâce à cela, notre cargaison — et l’Essaim Éventreur qui la gardait — était passée inaperçue alors que nous entrions dans Leen. Si nous avions été inspectés, j’avais prévu de calmer le garde en lui enfonçant rapidement un Essaim Parasite dans la gorge, mais il semblerait que mes inquiétudes étaient inutiles.

Au pire, j’aurais fait abattre les soldats par l’Essaim Éventreur et tourné le chariot de 180 degrés pour fuir Leen. En choisissant cette option, nous n’aurions plus jamais pu y retourner.

« Alors, où pourrais-je trouver le tailleur local ? »

Dans la grande ville de Leen, ma première tâche consistait à trouver un tailleur.

« Ahh, ça doit être là. »

En descendant la rue principale de Leen, nous avions trouvé un magasin qui exposait des vêtements élégants. Cela semblait être exactement le genre d’endroit que je cherchais. J’avais demandé à l’esclavagiste d’arrêter le chariot, puis nous étions descendus tous les deux, laissant l’Essaim Éventreur surveiller notre chariot.

« Bienvenue. Oh, c’est vous. L’esclavagiste. Que nous voulez-vous ? »

Alors que nous étions d’abord accueillis avec un sourire de vendeur, le commerçant changea vite d’attitude en voyant l’esclavagiste. Apparemment, les gens dans ce monde désapprouvaient ceux qui faisaient le commerce d’esclaves. C’était une bonne chose, j’étais heureuse d’apprendre que les citoyens de cette ville étaient des gens bien.

Inversement, si j’avais appris que ce monde accueillait l’esclavage, j’aurais été terriblement ennuyée.

« Je suis venu… pour vendre des vêtements. »

Le chef des esclavagistes était dominé par l’Essaim Parasite, ce qui signifie par le grand Essaim et par moi-même, le forçant à parler contre sa volonté. Normalement, il crierait à l’aide et supplierait d’être sauvé du monstre qui se trouvait dans son corps, mais au lieu de cela, il s’était mis à faire du troc avec l’employé.

« Des vêtements ? Vous voulez dire les choses que vous avez pillées aux elfes ? Personne ne veut des fils que vous avez arrachés à ces gens. Leurs vêtements sont bien trop miteux pour notre établissement. Nous ne vendons que des vêtements de la plus haute qualité. Maintenant, partez. Ouste, ouste. »

Après tout, il y avait une discrimination contre les elfes, même s’ils essayaient de vivre aussi bien qu’ils le pouvaient grâce aux bienfaits de la forêt. Je suppose que les humains de ce monde supposaient que les elfes étaient en quelque sorte des barbares. Comme c’est irritant.

« Non. Des vêtements que j’ai achetés… à un marchand. »

J’avais imaginé une histoire au préalable : il avait vendu des esclaves et avait reçu ces vêtements en guise de paiement. Cela pouvait paraître suspect, mais c’était la seule histoire plausible que j’avais pu trouver.

J’avais intensément prié pour que l’homme y croie. Debout à l’ombre du chariot, je ne pouvais transmettre mes souhaits que par les airs.

« Bien. »

Le commerçant avait fini par céder.

« Montrez-moi donc votre marchandise. »

Le chef des esclavagistes sortit un coffre rempli de vêtements du chariot et le posa sur le comptoir.

« C’est… »

Il sortit quelques robes d’apparence coûteuse, tissées avec des fils de soie par les Essaims Travailleurs. La boîte était remplie de dizaines de robes, allant de vêtements de tous les jours à des robes du soir qui n’auraient pas l’air déplacées pour un grand bal. Le commerçant les regardait avec admiration.

Merci, mes doux petits Essaims Travailleurs. Votre travail est apprécié !

« C’est incroyable », dit le commerçant, en examinant attentivement les robes.

« Je n’ai jamais vu de vêtements comme ceux-là. Les nobles vont se les arracher. »

Il était carrément fasciné par le toucher agréable des fibres et par la complexité des motifs.

« Combien… allez-vous les acheter ? » demanda l’esclavagiste.

« Pour des vêtements comme ceux-ci ? Vingt mille floria semblent être une somme correcte. »

Très bien, il est temps de faire un peu de bon vieux marchandage.

Après avoir interrogé les elfes à ce sujet, j’en avais conclu que je vendrais les robes pour au moins 30 000 floria. Mais c’était la première fois que je marchandais, donc je n’étais pas sûre de bien le faire… mais je devais faire ce que je pouvais. Nous avions besoin d’autant d’argent que possible, et nous devions l’obtenir légalement.

« Trop peu. Vous pouvez… payer plus cher. Si vous ne me donnez pas quarante mille, j’irai dans un autre magasin. »

« Bien. Trente mille floria, alors. Je ne les prendrai tous pour cette somme, et pas un seul floria de plus. »

Je m’attendais à ce que les négociations durent plus longtemps que ça, mais elles s’étaient terminées en un clin d’œil.

« Aucune objection. C’est… conclu », dit l’esclavagiste, qui poussa ensuite le coffre vers le commerçant.

Nous aurions probablement pu négocier davantage, mais l’échec des négociations ici pourrait avoir un impact sur nos affaires à l’avenir. Même en considérant qu’il aurait pu nous tromper à cause de notre inexpérience, nous aurions dû quand même faire un compromis pour 30 000 floria.

« Voilà, trente mille floria. Prenez-les. »

Après avoir accepté le coffre, le commerçant remit au chef des esclavagistes un sac rempli de pièces de monnaie et porta avec enthousiasme le coffre à l’arrière du magasin.

C’était la première étape de mon plan.

Mon intention initiale était de donner ces robes aux elfes et de les faire aller à Leen pour les vendre, mais ils semblaient craindre la ville et refusaient de s’en approcher. Je pouvais certainement comprendre pourquoi. Avec des gens comme les esclavagistes dans les environs, il était tout à fait naturel que les elfes ne souhaitent pas aller à cet endroit.

Les enseignements d’un soi-disant Dieu de la Lumière déclaraient que les dieux de la nature, que les elfes habitant la forêt vénéraient, étaient des divinités maléfiques. Les elfes étaient traités comme des hérétiques et des barbares, marqués comme des cibles que les esclavagistes pouvaient « légalement » capturer et vendre pour de l’argent. Je me souciais peu de religion, mais même moi, je croyais que les gens devaient être libres de vénérer qui ils voulaient ou ce qu’ils voulaient.

Ce n’était pas comme si l’Arachnée était assez faible pour dépendre d’un quelconque dieu. La seule que l’Essaim vénérait était sa reine. Pour leur reine, ils offraient leur vie ou tuaient pratiquement n’importe quelle cible. L’essaim d’Arachnée n’avait pas besoin du pardon d’un dieu quelconque. Le pardon de leur reine était tout ce dont ils avaient besoin, et leurs actions étaient toujours dictées par sa volonté à travers la conscience collective.

Pour le moment, il ne semblait pas que j’aie à m’inquiéter de la possibilité que l’Essaim se révolte contre moi.

« Très bien, c’est l’heure de la prochaine étape de notre voyage de shopping. Et c’est important », avais-je dit, ce qui avait incité l’homme sous mon contrôle à conduire le chariot jusqu’à notre prochaine destination.

Et cette destination était…

« La viande ! De la viande fraîche et bon marché ! Achetez de la viande de la meilleure qualité ici ! »

Oui, nous nous étions rendus chez le boucher.

Vous voyez, mon plan B était le suivant : je vendrais des vêtements fabriqués par mes Essaims Travailleurs et je les utiliserais pour acheter de la viande. C’était le plan d’expansion le plus pacifique et le plus ennuyeux de l’histoire des plans d’expansion. Mais l’Essaim semblait l’approuver, car il n’y avait pas de conflit dans la conscience collective.

Savoir qu’ils étaient d’accord avec mon idée avait été un énorme soulagement. Je n’étais pas sûre de ce que j’aurais fait s’ils avaient commencé à attaquer des gens au hasard. C’était un obstacle à ma politique d’expansion pacifique.

Mais il y avait d’autres obstacles potentiels. Par exemple, le chef des esclavagistes pouvait être arrêté par les forces de l’ordre de la ville en raison de son statut social, ou bien l’on pouvait nous interdire l’accès à Leen. Un autre obstacle était la possibilité de ne pas être capable de vendre les vêtements, ou de ne pouvoir les vendre qu’à bas prix.

Enfin, l’Essaim pouvait refuser mon approche passive et se rebeller, puis attaquer au hasard la région environnante. Avec le recul, je n’aurais probablement pas dû m’inquiéter de cela.

La reine était le noyau de la colonie, et la colonie ne pouvait pas s’opposer à la volonté de la reine. L’essaim resterait éternellement fidèle à la reine… c’est-à-dire à moi. Je pourrais le dire avec confiance maintenant, mais cela ne signifiait pas que j’allais ne prendre aucune mesure de prudence. Je craignais toujours de finir par mériter leur colère, d’une manière ou d’une autre.

Mais cela suffirait pour l’instant. Au moins, ils me sont fidèles pour le moment.

Bref, passons.

« Donnez… de la viande », dit l’esclavagiste en descendant du chariot.

« Oui, mon ami. Qu’est-ce que vous cherchez ? »

« Autant de viande que cela peut acheter. Toute la viande. »

Il avait donné le sac de 30 000 floria qu’il avait reçu plus tôt sur le comptoir.

Le boucher avait l’air perplexe.

« Organisez-vous une fête ou quelque chose comme ça, monsieur ? »

« Est-ce… important ? Donnez-moi… de la viande. »

C’était, pour ainsi dire, effectivement un festin, car la viande serait engloutie. Mais mentionner nos véritables motivations ici était probablement une mauvaise idée.

« Euh, je ne suis pas sûr de pouvoir vous en donner pour votre argent… »

« De la viande non transformée fera aussi l’affaire. »

Ce que nous faisions était en fait la même chose que d’aller chez le boucher du quartier et de déposer de grosses liasses de billets sur son comptoir, en exigeant tout ce qu’il avait. C’était une idée assez folle, et je n’aurais pas été surprise si le plan m’avait explosée au visage à ce moment-là.

« Même avec la viande non transformée, il n’y en aura que pour quinze mille floria », déclara le boucher, toujours déconcertés.

« Si vous avez besoin d’autant de viande, vous devrez aussi aller dans d’autres magasins. »

Je me sentais un peu mal pour ce type.

« Dans ce cas, je vais tout acheter pour quinze mille floria. »

« D’accord. Je vais tout préparer, donnez-moi juste quelques instants. »

C’était un autre compromis, mais je n’avais pas vraiment d’autres options. Je dépenserais 15 000 ici, et les 15 000 autres ailleurs.

« Tenez, quinze mille floria de viande. »

Le boucher chargea une caisse pleine de viande sur le comptoir.

« Vous n’avez pas précisé quel genre de viande vous vouliez, alors j’en ai mis de toutes les sortes. »

Cela faisait beaucoup de viande. Et j’étais une vraie carnivore. Steaks de Hambourg, viande grillée, ragoût de bœuf, etc. La viande était ma nourriture principale, mais en manger autant me faisait grossir.

De plus, il n’y avait aucun moyen de la garder fraîche jusqu’à la base. N’ayant pas le choix, je fais mes adieux à mes rêves de steaks et de hamburgers en pleurant. Mais les hamburgers que maman faisait étaient vraiment les meilleurs.

« Quinze mille floria. »

L’esclavagiste remit l’argent au boucher.

« Merci pour votre patronage. Profitez de votre fête, monsieur. »

Oh, nous le ferons. Ce sera un beau banquet.

Nous étions allés chez quelques autres bouchers, dépensant les 15 000 floria restants pour acheter plus de viande ainsi que de la literie et des meubles pour rendre mon espace de vie un peu plus accueillant.

Les Essaims Travailleurs pouvaient produire des draps plus doux que la soie, mais faire un lit confortable était au-delà de leurs capacités. Tout ce qu’ils pouvaient faire était de meubler mon lit avec de la paille. Mais à partir d’aujourd’hui, je pourrais enfin dormir à nouveau dans un lit confortable.

« Ouf… »

Après avoir voyagé dans une ville inconnue et avoir marchandé les prix, je m’étais sentie un peu fatiguée.

« C’est assez pour aujourd’hui. Acheter trop nous ferait paraître suspect… bien qu’il soit peut-être trop tard pour cela. »

Sur ce, nous avions fait demi-tour vers la base de l’Arachnée. C’était la fin de cette journée. Du moins, ça aurait dû l’être.

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