Je suis un bâtard mais tu es pire – Tome 2 – Chapitre 3

+++

Chapitre 3 : À chaque pays son fou

Point de vue de Cerros Baal, troisième prince de l’empire Baal

« Bon sang, je ne peux plus supporter cette merde… »

Après la conférence, le petit vieux était retourné dans sa chambre, comme un bon garçon, et s’était allongé sur son lit.

« Franchement, mes crétins de frères et leurs acolytes à la noix, ils sont tous si pénibles. »

Si vous voulez mon avis sincère, mes deux frères idiots, qui croient vraiment tous les deux qu’ils seront le prochain empereur, n’étaient pas du tout aptes à être un souverain.

+

Le premier prince impérial, Lars Baal.

C’est un homme honnête et franc, du type guerrier, mais après trois campagnes ratées et la perte de ses plus proches serviteurs, il est sur la voie de l’autodestruction. Il se sentira obligé de faire quelque chose, se précipitera et se trompera, puis recommencera. Les nobles de sa faction diminuent de jour en jour, il était plutôt isolé à la cour en ce moment.

+

Deuxième Prince impérial, Grett Baal.

C’est un tacticien habile, mais aussi quelqu’un qui n’accorde pas de valeur à la vie des autres. Et pour couronner le tout, c’est même un dégénéré totalement épris de sa propre sœur. Il est vrai qu’au sein de la famille impériale, l’inceste est toléré dans une certaine mesure, afin de préserver la lignée, mais ces cas sont très rares. Il a même des tendances pédophiles : ce n’est certainement pas l’homme que l’on voudrait sincèrement servir.

+

Il ne restait que moi, le troisième prince impérial, mais j’étais le plus éloigné du trône.

Lars était le premier né et Grett était le fils de la première dame, ils avaient donc tous deux des prétentions légitimes au titre d’Empereur. Je n’étais que le troisième fils, né d’une servante sur laquelle l’empereur avait posé ses mains.

Dans cette bataille de succession, j’étais le seul à ne pas avoir de revendication légitime.

Et même si, par hasard, je parvenais à m’emparer du pays ennemi qui m’avait été attribué, les terres orientales de la dynastie Huang, ni mes deux frères, ni les fonctionnaires de la cour, ni les nobles n’accepteraient jamais mon ascension au trône. Je voyais déjà la guerre civile qui en résulterait diviser l’empire en deux.

Afin que je devienne empereur, il faut que mes deux frères meurent, où que j’obtienne assez de pouvoir pour massacrer tous les vassaux qui se dressent contre moi… qui peut me reprocher de perdre ma motivation et d’agir en crétin, vraiment…

La véritable raison pour laquelle quelqu’un comme moi fut ajouté aux discussions de succession était probablement juste pour avoir le bon compte.

En effet, si Lars et Grett étaient les seuls candidats, leurs armées s’affronteraient, ce qui provoquerait une guerre interne. Ils avaient donc besoin d’une tierce partie pour les garder sous contrôle, et me voilà.

Ce conflit à trois empêchait le conflit — du moins en surface — et ceci depuis dix ans, leur bataille mortelle se déroulait en coulisse.

Bon sang, ce pays est foutu. Même si l’un de nous trois devient empereur, l’avenir est sombre comme l’enfer. Si au moins l’un d’entre eux avait réalisé le moyen infaillible de gagner la bataille de succession, les choses auraient été différentes, mais…

Dans cette course à la succession, il y avait un moyen sûr de gagner, défini par le défunt empereur lui-même. Trouver cette voie était la véritable condition pour devenir empereur, mais aucun de mes frères ne semblait en être conscient.

Père, tu n’aurais jamais imaginé qu’ils n’auraient même pas trouvé un indice durant ces dix ans ? Ni que tu mourrais le premier… Je suppose que tu as surestimé tes enfants, hein. Bien fait pour vous.

Ayant vécu sur des charbons ardents toute ma vie, coincé au milieu de la rivalité de mes frères, ma personnalité en était devenue assez tordue. Je ne pouvais même pas me rappeler quand j’avais commencé ce numéro de clown.

« Haha, hahaha… regardez-les, tous à la poursuite du mauvais renard. Des idiots, des idiots partout… et le pauvre Cerros ici, les larmes coulant sur ses joues à force de rire… »

« Pauvre, qui ? Quelle manière stupide de parler ! »

Alors que je continuais à geindre sur le lit, la fille qui faisait de la paperasse au bureau s’était tournée vers moi avec un soupir.

Son nom était Xiao Mao, c’était l’une de mes servantes. Elle n’avait que 18 ans, mais montrait de brillants talents en matière de politique et d’armée.

Ses yeux étaient éclairés par le mépris. C’était quelque chose dont on ne s’attendait pas de la part d’un serviteur qui regardait son maître : elle me regardait clairement de haut.

« Tu te mets soudainement à rire, je pense donc que tu es devenu fou. Enfin, un champignon a poussé sur ta tête ? »

Elle ne maîtrisait pas encore parfaitement notre langue : Xiao était née à Huang, le pays ennemi de l’empire. Il y a cinq ans, je l’avais trouvée au marché aux esclaves à l’est de l’empire, je l’avais achetée et j’en avais fait ma servante. Elle n’avait pourtant jamais appris à avoir beaucoup de respect pour moi.

« Hmm, je ne pense pas ? Je ne trouve pas de champignons par ici. Y a-t-il une maladie comme ça ? »

« Tu ne le sais pas ? Quand les humains n’utilisent pas du tout une partie de leur corps, les champignons poussent. Et comme mon père avait des champignons à l’entrejambe, je sais que c’est vrai. »

« … Je me demande si ce n’est pas le champignon que tous les hommes en bonne santé ont… »

C’était une personne versée dans la culture des livres, mais qui manquait encore d’un certain sens commun, comme elle l’avait montré à maintes reprises. Et comme j’avais paresseusement exprimé des doutes sur son diagnostic, Xiao Miao se mit à protesté.

« Arrête tes bêtises ! Je n’ai jamais vu de champignons sur l’entrejambe, sauf papa. Cerros, tu as des champignons à l’entrejambe ? Puis-je les enlever pour toi ? »

« S’il te plaît, tout sauf ça, je t’en supplie. »

J’avais humblement présenté mes excuses à Xiao, puis j’étais retourné dans mon lit.

« Bon sang, combien de temps vais-je devoir vivre comme ça ? J’en ai marre de tout ça… Je me fiche de qui deviendra empereur, faites-le déjà… pour que l’empire puisse tomber dans la fosse auquel il appartient. »

« … Ton pays, mais tu parles comme un fou. »

« Qui s’en soucie ? Je ne l’ai jamais fait, pas pour un pays comme celui-ci. Je n’ai jamais demandé à devenir prince, et je dois vivre au milieu de ces frères qui essaient de s’entretuer, tu comprends ? Qui peut supporter cette merde ? »

Je voulais juste bien manger, mieux boire, passer du temps avec les gens que j’aimais… comme Xiao, et simplement profiter de la vie ensemble. Je ne pensais pas demander grand-chose, alors pourquoi le bonheur s’éloignait-il de moi chaque jour ?

« Haah… déprimant. »

« Qu’est-ce qui se passe ? Un champignon a vraiment poussé sur l’entrejambe ? »

« … Hey, assez de blagues salaces, d’accord ? Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis du genre romantique… soupir… »

« Franchement, ça va ? »

Xiao regarda mon visage de plus près.

Et malgré ses blagues, elle se montrait vraiment inquiète pour moi. On ne pouvait pas dire qu’elle soit une beauté, mais de près, elle était plutôt adorable.

J’avais levé une main et j’étais sur le point de toucher son visage… mais je m’étais arrêté juste à temps.

« Pas bon. »

« Hm ? »

Je m’étais tourné dans l’autre sens, loin d’elle. Si je touchais Xiao maintenant, je pourrais vraiment tomber amoureux d’elle.

Ne touche pas les filles quand tu te sens mal… En plus, et même si elle tombe amoureuse de moi, l’avenir ne lui reversera rien de bon. Je devrais donc me contenter que de batifolages avec les femmes.

« Allons au marché demain. On trouvera un autre magasin louche ayant des sosies d’outils magiques louches et on les enverra à l’est comme souvenirs, d’accord ? »

« D’accord, d’accord. Allons déjeuner, et c’est Cerros qui paye, d’accord ? »

« Eh bien, étant donné que je suis un prince, je devrais donc faire ça. »

« Parce que la nourriture obtenue avec l’argent des autres a meilleur goût ! C’est triplement délicieux ! »

« Hahaha. »

J’avais ri avec Xiao, le dos toujours tourné à elle, et je m’étais endormi comme ça.

À ce moment-là, je ne pouvais naturellement pas savoir que le lendemain matin, je me réveillerais pour voir Xiao dans le lit à côté de moi, elle s’était glissée sous les couvertures, on ne sait quand, et que j’aurais un moment de légère panique.

+++

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Laisser un commentaire