J’ai été réincarné en une Académie de Magie ! – Tome 3 – Chapitre 26 – Partie 1

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Chapitre 26 : L’arrivée de Dankyun dans l’Académie de Magie de Fellyore

Partie 1

[Point de vue de Dankyun]

J’attendais patiemment à la frontière du territoire du donjon. Il y a un instant, l’un des soldats y était brièvement entré et y avait mesuré son niveau. Il était actuellement de niveau 64. Un niveau assez faible pour un donjon ayant un territoire de cette taille. Je doutais que l’académie eût vraiment besoin de tant de choses, mais surtout je ne pouvais pas voir Nanya sacrifier son propre mana pour aider un donjon, et cela, peu importe la raison. Depuis que je la connaissais, cette femme détestait les donjons jusqu’au tréfonds de son être. On pourrait dire que c’était la raison pour laquelle je m’étais rapproché d’elle. Elle aimait simplement détruire les noyaux de tous les donjons que nous rencontrions.

L’arme qu’elle avait utilisée, la Tueuse de Donjons, était une arme puissante comme je n’en avais jamais vu auparavant, et cela avait fait des merveilles contre eux. Bien sûr, une si belle épée ne convenait pas à quelqu’un comme elle, d’autant plus qu’elle refusait de l’utiliser trop souvent, alors j’avais fermé les yeux sur ma propre haine pendant un certain temps et je m’étais rapproché d’elle. Quand le moment était enfin venu, j’avais volé l’épée, tué le donjon et activé les pièges les plus mortels qui s’y trouvaient. L’idiote pensait que j’en avais après la compétence suprême. En vérité, ce n’était qu’un bonus, la belle épée qu’elle portait était mon vrai prix ! Après tout, de tels enchantements étaient difficiles à trouver, en fait, ils étaient impossibles à trouver, et de toute ma vie, je n’avais jamais rien vu ou entendu de tel, un véritable trésor parmi les trésors !

« Maître... danger... dans la forêt..., » quelque chose avait parlé à côté de moi.

J’avais tourné la tête et j’avais vu ce pathétique petit avorton qui était apparu de derrière un arbre. Sa main gauche était cassée, sa jambe droite était fendue, et il avait l’air d’avoir eu une altercation avec un ogre. Tout en plissant les sourcils, j’avais dégainé mon épée et l’avais pointée sur lui.

« Parle ! » avais-je ordonné.

« Des pièges dans la forêt, Maître... Je n’en ai pas vu un seul, mais... alors... j’ai volé dans le ciel. Cela a brisé mon armure magique…, » répondit-il après s’être agenouillé devant moi.

Rien de ce qu’il avait dit ne m’intéressait le moins du monde.

« Tu es sur le territoire d’un donjon, n’est-ce pas normal ? » avais-je demandé.

« Oui, mais... mais... il n’y avait pas de bâtiment là-bas ! C’était un piège placé au milieu de la forêt comme s’il avait été convoqué spécialement pour moi, » m’avait-il répondu, mais je pouvais dire que quelque chose d’autre lui faisait peur.

Néanmoins, il était clair qu’il avait échoué lamentablement dans sa mission. D’après ce qu’il m’avait dit, il n’avait même pas été capable de traverser la forêt, encore moins de se faufiler à l’intérieur des bâtiments de l’académie et de trouver des informations sur la princesse Ayuseya. Il avait failli misérablement à sa mission, et pour cela, je ne voyais aucune raison de le laisser continuer à respirer le même air que moi.

« Tu en as fait bien assez, » avais-je dit, puis un petit sourire était apparu sur son visage alors qu’il croyait qu’il avait été épargné. « La mutilation par les chevaux est la récompense appropriée pour ton échec ! » avais-je annoncé.

« Quoi ? Monseigneur ! Ayez pitié ! » plaida-t-il, mais je l’avais tout simplement ignoré.

Quatre de mes soldats s’étaient approchés de lui et l’avaient traîné un peu plus loin. L’un d’eux l’avait bâillonné pour garder ses cris et ses pleurs silencieux. C’était mieux ainsi. Il y avait beaucoup de nobles qui préféraient écouter la berceuse chantée par des personnes torturées, mais je préférais leur silence.

Pendant qu’il était attaché à quatre chevaux, je m’étais rapproché de la limite du territoire du donjon et j’avais attendu que mes troupes aient terminé avec ce qu’elles faisaient. Assez rapidement, il s’était fait déchiqueter. C’était quand même des chevaux de trait, les plus forts quand il s’agissait de la puissance de leurs pattes, et aussi les seuls capables de transporter des soldats draconiens. Les chevaux humains étaient si petits par rapport à ceux de Teslov ou du continent Sorone.

« C’est fait, monseigneur ! » déclara l’un des commandants du Rang Empereur.

« Bien ! Nous avançons maintenant, » avais-je ordonné.

« Y a-t-il des ordres spéciaux pour nous ? » avait demandé l’assassin El’Doraw en s’approchant de moi.

« Oui. Je souhaite que vous continuiez la mission de ce pathétique tas de viande. Trouvez-moi l’emplacement du donjon et de son noyau. Trouvez aussi où se cache la princesse Ayuseya. Trouvez ce que vous pouvez sur Nanya la Destructrice Folle, » avais-je calmement commandé en entrant dans le Territoire de Donjon.

Mon épée tremblait un peu quand l’enchantement de la peur avait été activé. Cela ferait trembler le noyau du donjon devant moi et peut-être même que cela le forcera à commettre des erreurs. S’il m’attaquait, alors j’avais l’excuse parfaite pour détruire cet endroit où Nanya avait trouvé refuge. Bien sûr, je pourrais toujours lancer une attaque même si rien n’était fait de son côté. En tout cas, j’avais prévu de rendre mon séjour long et douloureux pour elle jusqu’à ce que je découvre exactement où se cachait mon animal de compagnie.

 

☆☆☆

[Point de vue de Nanya]

Le fait de voir Illsy montrer tant de peur envers Dankyun m’avait fait me rappeler à quel point mon épée volée était puissante. Beaucoup l’avaient vu comme un véritable trésor quand on en était arrivé là, mais pour moi, ce n’était rien d’autre qu’un rappel de la souffrance que j’avais endurée à cause de mon passé. J’avais souvent voulu simplement la jeter dans la rivière la plus proche, mais elle était trop puissante pour la laisser tomber entre les mains de qui que ce soit.

À l’époque, quand Dankyun me l’avait volée, il m’avait dit que seul un imbécile penserait à abandonner une arme aussi puissante. Seul un fou penserait à s’affaiblir dans un monde où le fort domine le faible. C’était peut-être vrai. J’étais une femme folle qui voulait se débarrasser de ses crocs parce qu’il s’agissait de crocs qui m’étaient imposés et non pas gagnés par un dur labeur. Pour le recevoir, tout ce que j’avais à faire était de naître, et rien d’autre.

Quel genre de père créerait et offrirait une telle chose à sa propre fille ? Une arme qui ne sert qu’à verser le sang de ses indignes... compagnons, pensais-je en regardant vers la Cité de Therion.

Quand Dankyun m’avait trahie, j’avais cru que je ne le reverrais jamais. J’avais cru que je m’en débarrassais enfin, mais comme un boomerang, la chose maudite me revenait maintenant.

Là-bas, l’homme qui m’avait trahie, qui avait tué mon groupe, m’avait volée et m’avait laissée pour morte dans un donjon, se dirigeait vers mon petit sanctuaire, ici, dans l’Empire Shoraya. Si j’avais pu choisir, j’aurais souhaité que cette réunion maudite ne se produise jamais. J’avais lutté entre deux pensées : récupérer mon épée et tuer Dankyun. Je n’avais jamais souhaité la première, mais j’avais souhaité la seconde.

Si c’était l’ancien moi, celle qu’il avait été laissé pour morte dans ce donjon, je n’aurais pas eu à me débattre avec ce dilemme. J’aurais sauté hors de la portée d’Illsy et j’aurais couru vers lui en rugissant comme une maniaque. J’aurais tout donné pour le tuer sans me soucier de qui aurait été blessé... Mais la vieille Nanya était morte dans ce donjon.

En fermant les yeux, je m’étais souvenue du moment... Il faisait noir, il faisait froid et je saignais abondamment. Mes amis étaient morts, et l’un des monstres qui restaient dans le donjon se régalait des entrailles de Zero. La puanteur avait même retourné mon estomac, et je savais que j’allais être la prochaine. Je ne pouvais pas quitter cet endroit, j’étais piégée. Seconde après seconde, minute après minute, le temps passait et m’envoyait lentement vers ma fin. Mon esprit refusait d’espérer une issue, refusait d’accepter la possibilité d’une évasion... J’attendais simplement... d’être tuée.

C’est alors qu’il était venu me sauver. Un jeune magicien avec un sourire éclatant était arrivé, Tuberculus. Il avait tué le monstre, enfin... de peu. Après m’avoir libérée de l’attente de la mort, il m’avait donné une potion de guérison et m’avait transportée dehors. J’étais dans une confusion totale, mais sans lui, je n’aurais pas survécu. Bien sûr, aussi jeune qu’il fût, il avait continué à me courtiser pendant un certain temps jusqu’à ce qu’il se rende compte que je n’avais aucun désir d’être aimée ou d’en aimer un autre. La dernière fois que j’avais essayé, j’avais été trahie, volée et presque tuée. L’amour n’était qu’un outil que les gens stupides utilisaient pour exploiter les autres, et je n’étais qu’une autre personne malchanceuse en ça.

Dire que je ne faisais confiance à personne n’était pas un mensonge. Bien que Tuberculus ait essayé d’innombrables fois de montrer qu’il était mon ami, mon cœur ne l’avait jamais cru. Avec le temps, j’avais appris à lui faire partiellement confiance, mais jamais complètement. Même lorsque le danger nous entourait de tous les côtés et que nous nous battions côte à côte, j’étais toujours prête à me faire poignarder dans le dos au milieu de la bataille. Ne jamais faire confiance à personne, ne jamais montrer son cœur à personne, ne plus jamais aimer... c’était ce que Dankyun m’avait appris. C’était la dure et froide vérité de la vie que tout le monde fuyait.

Je m’étais permis de lui faire confiance une fois. Je m’étais permis de l’accepter. Je m’étais permis de croire que c’était possible de l’aimer et puis, au moment où j’avais le plus besoin de lui, il m’avait laissée pour morte, il m’avait abandonnée pour son propre profit, il m’avait volé mes biens les plus précieux et m’avait laissée pour morte.

Tuberculus n’était pas le premier à avoir essayé de conquérir mon cœur après Dankyun, il y en avait d’autres aussi, mais chaque fois que j’entendais les mots « amour » et « confiance », je me souvenais de ce moment où ce bâtard m’avait laissée pour morte... Je me souvenais aussi qu’hier soir nous étions ensemble, comment me tenait-il dans ses bras, comment me murmurait-il constamment ces mots à l’oreille juste pour me faire baisser la garde, comment m’avait-il promis que nous serions toujours ensemble ? J’avais été prise dans son piège, j’avais perdu tout bon sens et je n’avais ainsi pas pu voir les signes de ses mensonges.

J’aurais dû savoir que quelque chose était en place au moment où il…, avais-je secoué la tête en me souvenant de ce moment.

Cette nuit-là, j’étais entrée dans sa tente... Je lui avais montré ma forme non scellée et j’avais souhaité qu’il me prenne... Non ! Je ne devrais pas m’en souvenir. Cela ne fera que me faire ressentir encore plus la terrible douleur de la trahison.

Bien que j’aie changé depuis, je voulais toujours tuer ce bâtard, Dankyun, mais avant de le faire, je devais m’assurer que personne ne souffrirait dans la bataille qui s’ensuivrait.

Peut-être qu’après son départ, je le poursuivrai et le tuerai…, avais-je pensé en voyant l’Académie de magie de Fellyore apparaître.

Personne ne soupçonnait quoi que ce soit. Ils étaient calmes et s’occupaient de leurs propres jours d’école comme d’habitude, croyant qu’ils étaient en sécurité en présence des enseignants du Rang Empereur et de moi, un Rang Divin. Ils n’avaient aucune idée qu’un Suprême et son armée s’approchaient d’eux en ce moment même.

Malgré tout cela, il y avait toujours une pensée amusante qui m’avait traversé l’esprit : Les paroles d’Illsy.

Entendre un Seigneur du Donjon comme lui parler d’amour et de confiance était à la fois drôle et étrange. J’avais compris qu’il était un Donjon bizarre et inhabituel, mais j’avais du mal à croire qu’il voulait vraiment prononcer ces mots. Peu importe ce que m’avait dit Illsy, ou à quel point il s’était rapproché de moi, je m’attendais à ce qu’il me sacrifie, ainsi que Shanteya et Ayuseya au moment où les choses se seraient avérées trop dangereuses pour lui. Après tout, je n’avais jamais douté de la possibilité qu’il simule ses émotions envers nous juste pour obtenir ce qu’il désirait, c’est-à-dire un compagnon puissant, mais quand même, quelque part au fond de moi, j’avais souhaité que ce soient les mensonges et que ses émotions soient la vérité absolue. J’avais souhaité qu’au moment venu, il ne m’abandonne pas, qu’il ne me trahisse pas, qu’il me donne tout, qu’il me prouve que j’avais tort et que l’amour pouvait exister, mais quand même... ce n’était qu’un rêve, non ? Un donjon ne pouvait pas aimer.

Quand l’Illsy me trahira-t-il, je me le demande ? pensais-je.

[Point de vue d’Ayuseya]

Si quelqu’un m’avait dit il y a une semaine que je deviendrais la femme d’un Seigneur du Donjon et encore plus de la Race Divine, j’aurais pensé qu’ils étaient fous, ou peut-être qu’ils voulaient se moquer de moi. Pourtant, j’étais là, portant la preuve que j’appartenais à l’un d’eux, l’anneau noir à mon doigt. Au lieu d’une pierre d’or et d’argent avec une pierre magique ressemblant à la couleur de mes écailles, j’avais reçu un tatouage magique.

Depuis mon plus jeune âge, on me rappelait constamment le comportement d’un individu de sang royal appartenant à la famille Pleyades. Je devais toujours rester raffinée, élégante, d’une beauté sans faille et d’une sagesse sans pareille. Je devais être un exemple, mais en même temps, je devais posséder tous les attributs nécessaires pour charmer un Suprême. Mon rôle au sein de la famille était simple : charmer quelqu’un de puissant et porter ses enfants, continuant ainsi la lignée royale.

Pour cette seule mission, j’avais dû étudier les arts, la littérature, la politique, l’économie, la magie, tout ce que je pouvais utiliser pour charmer quelqu’un et leur prouver que je n’étais pas comme toutes les autres femmes folles du royaume. L’échec n’était pas une option. L’échec signifiait participer à un « bal ».

Bien que beaucoup croyaient que j’étais l’aînée de la famille, ce n’était pas tout à fait vrai, j’étais l’aînée encore vivante. Il y a de nombreuses années, j’avais une sœur qui était plus âgée que moi de quatre ans. Son heure était venue un peu trop tôt à cause de la malédiction, et elle avait été forcée dès son jeune âge à se trouver un mari, mais elle avait échoué. Ne voulant pas voir sa vie être ainsi gâchée, elle avait accepté de se joindre à un bal. Là-bas, elle avait couché avec autant d’hommes qu’elle le pouvait afin d’avoir plus de chances de tomber enceinte.

Depuis l’extérieur, le « bal » n’était qu’une autre fête élégante, mais une fois que l’horloge avait sonné minuit, cela se transformait en orgie. Divers draconiens du Rang Empereur, issus de lignées nobles ainsi que de simples aventuriers de la région avaient été invités à cette fête. Là, ils avaient été forcés de porter un masque magique spécialement enchanté afin de garder secrète leur identité. Jusqu’à minuit, ils avaient le droit de manger, de boire et de danser comme bon leur semble, mais par la suite, le véritable but du « bal » était révélé. Ne portant rien d’autre qu’un masque, des femmes de différentes lignées étaient arrivées pour divertir les invités. Les hommes avaient alors le droit de contempler et toucher à ça, passant le long de courbes de la plus belle draconiennes comme une bonne bouteille de vin qu’on observait.

Tout au long de l’histoire draconienne, de tels événements étaient souvent organisés lorsque les draconiens ne voulaient pas savoir qui était le père ou la mère de leur éventuel enfant. N’importe qui pouvait s’y joindre aussi longtemps qu’il avait atteint l’âge adulte. Bien sûr, pour les gens ordinaires, le rang d’aventurier n’avait pas d’importance.

Un mois plus tard, ma sœur avait appris qu’elle était enceinte, malheureusement, elle n’avait jamais pu l’élever. Elle était morte un mois après avoir accouché.

Si je n’avais pas réussi à trouver un mari de Rang Suprême au cours des cinq années suivantes, j’aurais subi le même sort. Je devrais participer à un « bal » et prier pour finir avec un enfant en moi, sinon, je mourrais comme un échec pour la famille.

Ma sœur avait toujours regretté jusqu’à son dernier souffle le fait qu’elle était maudite d’une telle vie, de vivre et de mourir seulement pour donner naissance à un enfant afin de préserver la lignée sanguine. C’était ridicule, mais elle ne pouvait rien faire pour ça. La malédiction était là et cela la maintenait enchaînée comme un animal, même si elle était née dans la famille royale draconienne.

J’avais peur d’un tel destin et, honnêtement, j’étais heureuse d’apprendre que j’allais devenir l’épouse de Dankyun. Servir un seul homme me semblait être une bénédiction, mais il ne m’avait pas fallu longtemps pour réaliser que ce n’était qu’une autre partie de ma malédiction. Ni dans les mains d’un homme ni dans celles de beaucoup d’autres, je n’avais vu une raison de mener une vie dans un tel but. C’était pour cette raison que je m’étais enfuie, mais ce faisant, j’avais fait honte à ma famille.

En poussant un soupir, j’avais volé jusqu’à ma bibliothèque. Dans cette obscurité qui était appelée l’esprit intérieur d’un Seigneur du Donjon, je n’avais pas vu d’évasion non plus. C’était peut-être juste une prison temporaire. Néanmoins, il y avait une grande différence entre le fait d’être craint par tous les hommes et les femmes, peu importe leur âge et leur force, et le fait d’être acclamé comme un héros et un puissant aventurier du Rang Suprême. Là où l’un m’avait guérie de mes malédictions et m’avait libérée, l’autre avait ajouté une autre malédiction et avait menacé de me tuer si je n’obéissais pas.

J’avais pris un vieux livre et je l’avais ouvert jusqu’au milieu. Il n’y avait qu’une seule lettre. Le papier de l’enveloppe était usé, mais le sceau était toujours intact, preuve qu’il n’avait jamais été ouvert.

Peut-être qu’il est temps ? pensais-je en sentant doucement le papier vieilli.

C’était une lettre écrite par ma mère juste avant sa mort, un dernier conseil qu’elle n’avait jamais pu me donner. Cela m’avait fait me demander quel genre de mots je pouvais trouver caché à l’intérieur. En tant que jeune fille, cela avait toujours stimulé mon imagination et cela m’avait fascinée comme un trésor caché à l’intérieur d’un donjon serait pour un groupe d’aventuriers courageux.

J’avais pris une grande respiration et j’avais brisé le sceau. Je retenais l’air dans mes poumons pendant que je l’ouvrais lentement et sortais la lettre cachée à l’intérieur de l’enveloppe. En expirant, j’avais commencé à lire les premières lignes.

Ma chère fille, je suis désolée... Tu es née au sein d’une famille maudite, une famille que l’on croyait sans avenir ni espoir. J’ai laissé cette lettre en sachant que tu la liras après t’être mariée à un Suprême et j’espère que tu n’as pas assisté à un bal. Tu as probablement remarqué que ton nom est un peu différent de celui du premier prince. Le nom Drekar passe inaperçu à beaucoup d’oreilles, mais ce n’est pas moi qui te l’ai donné, mais ton père. C’est son nom, et c’était un véritable dragon.

Quand le moment viendra, ma fille, sache qu’après la naissance de ton premier enfant, tu seras sacrifiée à nos dieux et avec ta vie, la malédiction sur la famille sera réduite de moitié.

J’écris ces mots pour t’avertir, mais je prie et j’espère que tu ne feras pas la folie de fuir cette grande responsabilité ! Ton enfant portera le sang d’un Vrai Dragon et comme toi, il sera sacrifié quand le moment sera venu. De cette façon, tes arrière-petits-enfants pourront nous libérer de cette terrible malédiction, et ils monteront sur le trône en tant que dirigeants légitimes comme ils devraient l’être ! Ayuseya Drekar Pleyades, on t’a accordé un grand honneur, mon enfant ! Alors, ne crains pas ta mort et accepte-la ! Porte un enfant ou plus et sache que par leur mort, ils honoreront grandement notre lignée royale !

Ma fille, c’est avec une grande tristesse que j’écris les prochains mots pour toi, et je prie pour que cela ne soit jamais le cas !

Si tu fuyais cette responsabilité... que les dieux te maudissent de leur colère éternelle ! Pour avoir ruiné cette chance pour nous, pour avoir détruit le seul espoir que cette famille avait, j’espère que tu souffriras la douleur d’un millier de morts !

Mes mains avaient tremblé, et j’avais fait tomber la lettre. Les larmes coulaient sur mes joues comme des rivières lors d’une inondation. Je ne pouvais pas les retenir, je ne pouvais pas retenir la douleur dans ma poitrine et la peur dans mon cœur. Partout où je m’étais retournée, la vie semblait vouloir me rejeter, mais je ne m’attendais jamais à quelque chose comme ça, venant de ma propre mère...

Pour être utilisée comme un sacrifice aux dieux. D’être forcée d’offrir ma vie pour affaiblir la malédiction jetée sur ma famille juste parce que mon père était un véritable Dragon. Comment pourrais-je, comment quelqu’un pourrait-il accepter quelque chose comme ça ?

Je gémissais et pleurais seule dans cette obscurité, dans le lieu où je me cachais de celui qui devait me ramener dans mon royaume et pour qui je devais donner naissance à un enfant seulement pour pouvoir offrir ma propre vie à un dieu.

Je n’arrivais pas à croire que le sourire gentil et chaleureux de ma mère me réservait un destin si funeste. Était-ce la raison pour laquelle Dankyun voulait tellement que je sois sa femme ? Peut-être souhaitait-il que la famille royale se rétablisse ? Non... même si c’était vrai, il y avait beaucoup d’autres façons de me garder à ses côtés. Il aurait pu me mentir et me murmurer de douces paroles d’amour, me tromper pour me faire devenir fidèle qu’à lui. Ce qu’il m’avait fait, c’était par haine, sinon, pourquoi me maudire comme ça ? Il voulait l’or dans nos coffres et la puissance de nos armées, et non pas l’avenir de notre royaume.

Mais pourquoi les grands nobles et les prêtres n’avaient-ils pas agi différemment envers moi pendant que j’étais là ? Ne le savaient-ils pas ? C’était peut-être cela, mais que se passerait-il s’ils le faisaient et ne souhaitaient pas que la famille royale se rétablisse ?

J’avais fermé les yeux et j’avais essayé de penser à autre chose. La politique de mon pays d’origine, la tromperie de ma propre espèce était trop grande pour être supportée. Ça faisait mal, ça faisait vraiment mal... mais j’étais seule. Toute ma vie, il semblerait que j’étais seule. Même ma propre mère ne voyait en moi que l’outil nécessaire pour restaurer le royaume...

Seule…, avais-je chuchoté à travers mes gémissements.

Puis, à ce moment-là, comme si l’obscurité elle-même ressentait ma souffrance et savait comment soulager la douleur dans mon cœur, elle m’avait fait entendre l’écho des paroles d’Illsyore d’hier, quand il m’avait volé mon premier baiser.

Écoutez, Ayuseya... Je ne vais pas vous mentir... À partir de maintenant, je vais essayer... de vous considérer comme une femme, ma femme. Vous êtes ma femme maintenant... même si tout cela a commencé comme une blague « ne pas »... Je vais prendre la responsabilité... et finalement gagner votre cœur... Vous ne me faites peut-être pas encore confiance... et probablement je ne vous fais pas entièrement confiance non plus maintenant, mais ce baiser que je viens de vous voler... est le pacte scellé... que je vais faire de mon mieux... pour finalement voler votre cœur !

Les mots avaient été coupés ici et là, mais c’était certainement la voix d’Illsyore. Je me souvenais d’eux, mais je n’y croyais pas. Dans mon esprit, l’idée qu’il avait en lui une sorte d’arrière-pensée faisait écho dans mes oreilles et me fais rester sur mes gardes. Je ne faisais pas confiance à un donjon, je ne pouvais pas, mais quand j’étais venue avec la suggestion de faire de moi son esclave une fois de plus et de me cacher dans ce lieu, je savais que je pouvais très bien risquer ma liberté, bien qu’il semblerait que je n’avais pas grand-chose au départ. C’était peut-être son intention depuis le début, surtout quand j’avais pensé à ce mariage ridicule, mais encore une fois...

« Même si toutes ces paroles étaient toutes des mensonges, il est le seul qui m’ait dit de telles paroles…, » avais-je dit à haute voix alors que j’étendais ma main vers l’obscurité comme si je voulais la saisir et la tirer vers moi, pour m’aider à traverser cet horrible moment.

« Vous savez, j’avais peur quand vous m’avez embrassée... J’avais encore plus peur quand je me suis réveillée et que j’ai senti votre main sur ma cuisse, » avais-je dit. Puis j’avais fait vers cette obscurité un sourire trempé de mes larmes. « Ce mariage... est ridicule, mais en tant que mari, vous avez le droit de me toucher. Je savais que je n’avais pas le droit de me défendre, de vous repousser même si j’avais peur. Mais pourquoi ? Pourquoi votre baiser était-il si doux ? Pourquoi votre contact était-il si gentil ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de moi ? Pourquoi ne m’avez-vous pas forcé à le faire ? Répondez-moi, Illsyore ! Pourquoi ? Quand j’avais peur, quand j’étais à votre merci, pourquoi n’avez-vous pas profité de moi comme n’importe quel autre homme aurait fait ? Pourquoi n’avez-vous pas arraché mes vêtements et fait ce que vous vouliez ? Pourquoi n’avez-vous rien exigé pour ma malédiction ? Pour vous avoir mis en danger, vous et cette école ? POURQUOI !? » avais-je crié dans l’obscurité pendant que mes larmes coulaient sans s’arrêter sur mes joues et flottaient sur le bout de mon menton.

Je ne criais qu’à un écho... à l’obscurité... Il n’y avait rien là, et donc je pleurais, je pleurais toute seule.

« Je suis désolé, Ayuseya…, » il avait répondu à mes paroles, et j’avais levé les yeux en étant surprise. Il n’était pas là, mais le son de sa voix résonnait tout autour de moi. C’était triste et doux, presque comme s’il souffrait alors qu’il déclare ces mots. « Je ne pensais pas que... je... J’aimais simplement la façon dont vous jouiez, les douces mélodies que vous créiez, et je voulais vous aider d’une façon ou d’une autre. Le paiement quant à la guérison de votre malédiction ne m’a jamais traversé l’esprit... Comme pour l’autre... Ayuseya, je suis désolé. Je ne voulais pas vous faire peur. Je ne voulais pas vous faire vous sentir mal. Je voulais seulement vous montrer que je faisais de mon mieux pour être à vos côtés, pour devenir votre mari... Je... non... Ayuseya, si désormais vous voulez dormir seule, loin de moi, je comprendrais parfaitement. C’était de ma faute pour m’être trop approché de vous sans penser à vos sentiments. Je vous ai fait peur, et c’était exactement le contraire de ce que je voulais faire. Je voulais juste vous dire que même si je suis un donjon, je n’essaierai pas de vous traiter différemment en raison de votre statut ou de votre espèce. Je voulais vous montrer que je pouvais essayer de tomber amoureux de vous et de me sentir en sécurité dans votre étreinte comme j’aurais aimé que vous vous sentiez en sécurité dans la mienne. Je suis désolé…, » ses mots doux se s’étaient terminés, et avec eux, l’obscurité autour de moi était tombée dans le silence une fois de plus.

J’avais été laissée sans voix.

Un donjon s’était excusé auprès de moi. Un donjon s’était excusé pour son erreur. Un donjon... ne m’avait jamais fait de mal, non, Illsyore ne m’avait jamais fait de tort. Si ses paroles étaient vraies, c’était moi qui étais l’imbécile.

Illsy…, avais-je dit d’une voix douce. Quant à moi, j’avais simplement fermé ma bouche et tiré mes genoux jusqu’à ma poitrine. Mon cœur et mon esprit étaient en lambeaux. Qu’est-ce que je devais croire maintenant ?

***

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8 commentaires

  1. Merci pour ce chapitre plein d'émotions !

  2. Merci pour le chapitre

  3. Wow. Plutôt violent, les deux points de vue ! Merci pour le chap ^^

  4. Merci pour le chapitre.

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