Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 16 – Chapitre 3

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Chapitre 3 : L’empire en ébullition

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Chapitre 3 : L’empire en ébullition

Partie 1

« Pourquoi, Madame Maria ? » m’exclamai-je.

« Sire ! » m’avertit Hakuya à côté de moi. Mais je n’étais pas en état de l’écouter.

« Je suis désolée… C’est déjà décidé », s’excusa Maria.

Malgré l’air mélancolique qu’elle arborait, cela n’allait pas changer le caractère inacceptable de la situation.

« Vous allez trop vite en besogne, je croyais qu’on s’était mis d’accord. S’il est possible que notre pays puisse y faire face en l’état, il n’en va pas de même pour l’Empire. C’est quelque chose que nous n’avons pu faire que parce que Friedonia, la République et le Royaume de l’Archipel se sont mis au diapason. »

« Oui… C’est aussi ce que je pensais. Mais il y a une immense pression sur moi de la part de la base pour que je fasse quelque chose à cause des accomplissements de Sire Fuuga. »

« Quand bien même, pourquoi faut-il que ce soit maintenant ? » demandai-je en me serrant la tête.

Cela me donnait un sérieux mal de tête.

« Pourquoi abolir l’esclavage si soudainement ? »

Lors de notre rencontre radiodiffusée ici, Maria m’avait dit qu’elle allait abolir l’esclavage dans l’Empire.

Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, j’étais d’accord avec elle pour dire que l’achat et la vente d’êtres humains est une coutume épouvantable. Il fallait l’abolir pour que l’histoire de l’humanité puisse avancer. J’étais en train de prendre des mesures pour l’abolir dans mon propre pays. Mais si nous le faisions tout d’un coup, cela provoquerait des bouleversements dans la société.

« Les esclaves sont les laissés-pour-compte de la société. Même si vous abolissez l’esclavage et que tous les esclaves sont libérés demain, ils n’auront rien qui leur appartienne. Ils auront du mal à maintenir un certain niveau de vie. S’ils n’ont pas de connaissances et de compétences, ils ne pourront pas trouver de nouveaux emplois. Les hommes devront se vendre comme main-d’œuvre bon marché, et les femmes… dans certains cas, elles devront aussi vendre leur corps. »

« Je suppose que oui…, » Maria hocha la tête en signe de compréhension.

« C’est pourquoi, avant d’abolir officiellement le système, notre pays s’est efforcé d’en faire quelque chose qui n’existe que de nom. Nous avons fait des esclavagistes des fonctionnaires gérés par l’État, protégeant ainsi les esclaves contre le non-respect de leurs droits ou leur utilisation jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus travailler. Dans le même temps, nous avons promu l’académie par le biais de l’école professionnelle de Ginger et mis en place des centres d’apprentissage où tout le monde peut étudier gratuitement. Cela permettra aux esclaves d’être embauchés dans des conditions plus favorables. »

Maria m’avait regardé en écoutant attentivement mes paroles.

« Nous manquons de personnel depuis que nous avons changé notre façon d’évaluer les performances. Beaucoup de maisons voulaient acquérir des esclaves compétents, quitte à leur verser un salaire, et c’est en train de devenir la norme. Grâce à l’enseignement et au travail de Ginger et des autres, même si des personnes se retrouvent réduites à l’état d’esclaves pendant un certain temps, nous construisons un système qui les aidera à remonter la pente avec suffisamment d’efforts. Mais cela ne s’applique pas aux esclaves pénaux. »

« C’est merveilleux. Nous nous sommes aussi inspirés de votre politique dans l’Empire », dit Maria en souriant. Je n’avais pas compris.

« L’abolition dans tout sauf dans le nom… Même si on les appelle encore des esclaves, il faut travailler à une société où les esclaves ne sont pas utilisés de manière cruelle. Si vous déclarez soudainement que le système est aboli, il y aura ceux qui s’y opposeront. C’est pourquoi il faut plutôt changer la société sans qu’ils s’en aperçoivent. Assurez les droits des esclaves, faites en sorte qu’ils puissent posséder des biens. Et quand ils ne sont plus maltraités, vous changez leur nom, et soudain il n’y a plus d’esclaves qui ne soient pas aussi des criminels. »

Pour le dire plus simplement : il fallait laisser le mot « esclave » tel quel, mais élever leur statut afin qu’il soit au même niveau que celui d’un employé à temps partiel ou d’un contractuel. La priorité est de protéger la vie et la sécurité des esclaves.

Si seul le nom est changé et non la réalité, ce n’est pas différent que si le système était toujours en place. Le fait est que, même après la fin de la guerre civile américaine, des inégalités telles que le fait que les Noirs n’avaient pas le droit de vote signifiaient que les conditions à l’origine de la discrimination perduraient pendant une longue période. Même à mon époque, je ne dirais pas que les choses avaient complètement changé…

C’est comme essayer d’éradiquer le langage discriminatoire. Même si l’on déclare un mot offensant et que l’on en interdit l’utilisation, puis que l’on interdit le mot suivant qui le remplace… tout ce que l’on fait, c’est accumuler des mots que les gens ne peuvent pas utiliser.

Je me souvenais avoir entendu dire que certains des propos tenus par Yoshitsune lors de la bataille d’Ichi-no-Tani dans le conte de Heike étaient considérés comme discriminatoires et que, dans certaines éditions, ils étaient censurés. Cela m’avait fait penser que ce n’était pas les mots qu’il fallait réprimer, mais les personnes et la société qui les utilisaient de manière abusive.

J’avais regardé le reflet de Maria à travers le simple récepteur de diffusion.

« N’est-ce pas aussi ce que l’Empire a compris de la situation ? »

« Bien sûr. C’était notre intention », dit Maria, l’expression quelque peu épuisée. « Cependant, il y a des gens qui ont été ébranlés par l’avancée rapide de Sire Fuuga, et leurs exigences à mon égard n’ont fait qu’augmenter. »

« À cause de Fuuga ? » demandai-je.

« Le savez-vous ? Aujourd’hui, on l’appelle le Libérateur. »

« Le Libérateur ? Parce qu’il libère le domaine du Seigneur-Démon ? »

« Cela va plus loin. Il semble qu’il ait également libéré des personnes de l’esclavage. Cela risque d’augmenter le nombre de résidents dans les territoires qu’il libère. Il a libéré les esclaves qui appartenaient aux nations qui s’opposaient à lui à l’intérieur de l’Union des Nations de l’Est, ou ceux qui ont fui d’autres pays à cause de la dureté des conditions de vie. »

« Il fait encore quelque chose de déraisonnable… »

J’avais compris ce qu’il voulait dire, au moins. Ils sont comme les colons tondenhei… non, plutôt comme l’Armée des turbans jaunes de Qingzhou de Cao Cao, non ? Il accueillait des gens qui n’avaient pas leur place dans la société et les utilisait pour renforcer la puissance de sa nation. Le Royaume du Grand Tigre voulait des gens pour reconstruire les terres qu’il avait libérées, et il était prêt à accueillir à peu près n’importe qui. Si Fuuga les libérait de l’esclavage et leur donnait un endroit où vivre, ils lui seraient loyaux. C’était une stratégie efficace.

« La force du Royaume du Grand Tigre commence ici », pouvait-il dire. Il y avait aussi des inconvénients, bien sûr. Le plus évident étant la dégradation de l’ordre public. Il y aurait également des frictions entre les anciens et les nouveaux arrivants. Accepter tout le monde, c’était prendre le risque que certains soient des voyous ou des criminels. Cela ne poserait aucun problème tant que Fuuga, avec sa puissance militaire écrasante et son charisme, serait encore en vie. Ces bandits seraient vaincus par sa cavalerie d’élite, ce qui les forcerait à faire profil bas.

Mais lorsque le temps de Fuuga serait écoulé, ils pourraient s’avérer une source de troubles pour le Royaume du Grand Tigre. Mais Fuuga n’était pas du genre à s’en soucier.

« Les gens qui viendront après moi pourront s’inquiéter de ce qui arrivera ensuite. » Je l’imaginais dire cela avec un sourire imperturbable.

« Récemment, » commença Maria alors que j’étais perdu dans mes pensées, « les gens ont parlé dans les terres du nord de l’Empire. Ils disent : “Sir Fuuga libère les esclaves, mais que fait Maria, celle qu’ils appellent une sainte ?” et “C’est une sainte, elle devrait donc montrer la voie en libérant les esclaves”. »

« Ce n’est pas juste… » Les gens étaient déraisonnables. « Même si le Royaume du Grand Tigre libère les esclaves et leur donne des maisons et des champs abandonnés, il n’a pas les moyens de le faire. Les esclaves nouvellement libérés seront simplement appauvris. »

Il est vrai que, comparés à l’oppression qu’ils avaient subie, les esclaves en seraient probablement reconnaissants. Mais si l’on compare la situation de leurs esclaves libérés à celle de nos esclaves qui n’avaient été libérés que de nom, il n’y avait aucune chance qu’ils soient plus riches. Mais attendez… N’y a-t-il pas quelque chose qui cloche dans toute cette conversation ?

« Je n’ai jamais entendu dire que Fuuga était un libérateur d’esclaves dans notre pays », avais-je confié.

Si ce genre de propos circulait, les Chats Noirs l’auraient dénoncé. Le fait qu’ils ne l’aient pas fait signifie…

« Quelqu’un fait-il circuler cette rumeur au sein de l’Empire ? »

Après une brève pause, Maria acquiesça. « Oui… Je crois que oui. Les hommes de la faction de Sire Fuuga le font probablement intentionnellement. »

« Hein !? », j’avais sursauté. Propagande ! Cela ne peut que signifier…

« Ce doit être son conseiller, Sire Hashim », fit remarquer Maria. « Il veut que je m’empresse d’abolir l’esclavage pour semer le chaos dans l’Empire. »

« Si vous le savez, alors — »

« Mais je vois cela comme une opportunité », déclara Maria, me coupant la parole.

« Une opportunité ? Vous ne voulez pas dire…, » Alors que mes yeux s’écarquillèrent de surprise, Maria posa un doigt sur ses lèvres.

Je savais ce que cela signifiait et je me tus. À côté de moi, Hakuya avait un air dubitatif, mais j’allais l’ignorer pour l’instant.

J’avais scruté l’expression de Maria et j’avais demandé : « Vous… avez vraiment l’intention de faire ça ? »

« Hee hee, votre voix a perdu son calme, vous savez ? »

« Répondez-moi, Maria Euphoria ! » J’avais poussé la question, le ton grave.

Maria acquiesça silencieusement et répondit : « Oui. »

« Alors c’est comme ça, hein… »

J’avais appuyé une main sur mon front. Sa détermination semblait ferme.

« Vous avez pris votre décision… D’accord, alors. »

« Je vous remercie. Et je compte sur vous, Monsieur Souma. »

Sur ce, Maria avait mis fin à l’émission. Hakuya s’était immédiatement approché de moi.

« De quoi s’agit-il à la fin ? »

« Quelque chose de personnel… Pour l’instant, il semble que Fuuga ait jeté son dévolu sur l’Empire. »

« C’est vrai. Les deux pays finiront par se heurter », dit Hakuya, et je me grattai la tête.

« Nous allons devoir parler de l’avenir. Appelle-moi Excel à la capitale. »

« Comme vous le souhaitez. »

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Partie 2

Quelques jours plus tard, une annonce avait été faite à l’intérieur de l’Empire pour abolir l’institution de l’esclavage et libérer tous les esclaves.

Étant donné que des progrès — même s’ils étaient moindres que dans le Royaume — avaient déjà été accomplis en vue d’abolir le système dans tout ce qu’il avait de plus normal, les personnes qui n’étaient pas propriétaires d’esclaves ou les esclaves eux-mêmes n’avaient pas été très affectés par cette évolution. En fait, ils étaient heureux de ne plus être appelés esclaves. Cependant, les personnes qui utilisaient ces esclaves craignaient que leur propre mode de vie ne soit menacé.

Les bases de la protection des droits des esclaves avaient déjà été jetées, afin de s’assurer qu’ils ne soient pas utilisés jusqu’à l’infirmité ou la mort. Normalement, il ne s’agirait que d’un changement de terminologie, rien de plus, mais c’est là que les agents d’Hashim avaient commencé à diffuser leur propagande. La rumeur se répandit que Maria privilégiait le mode de vie des esclaves, négligeant celui de la classe aisée. Cela signifiait que plus on montait dans la société, plus on rencontrait de résistance contre Maria.

C’est alors qu’un incident s’était produit.

Un mouvement d’indépendance avait vu le jour dans deux des États vassaux de l’Empire, au nord de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, sur le continent de Landia. À l’est, le petit royaume de Meltonia était limitrophe du royaume des chevaliers dragons de Nothung. L’autre, à l’ouest, était la République fédérale de Frakt, désormais appelée Fédération de Frakt. Ces deux États avaient assuré leur pérennité en se soumettant très tôt à l’Empire.

Dans le cas de la Fédération de Frakt, il s’agissait d’une région qui abritait autrefois de nombreux petits et moyens États, comme l’ancienne Union des nations de l’Est. Mais ils avaient choisi de s’unir en un seul pays pour faire face à l’expansion impériale avant l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon. Leurs liens étaient plus forts que ceux de l’Union, et les nations constitutives avaient été démantelées pour être gouvernées comme des États, chacun d’entre eux envoyant un représentant au sénat de la république. Cependant, lorsque le sénat avait déterminé qu’ils ne pouvaient plus résister à l’Empire, ils avaient choisi de se soumettre afin de préserver nominalement leur nation.

Quant au Royaume de Meltonia, il était vassalisé par l’Empire avant la Fédération de Frakt. Il était plus petit et moins puissant que le Royaume des Chevaliers dragons ou la Fédération de Frakt. Lorsqu’ils s’étaient opposés à l’imposant Empire, il était clair qu’ils allaient être réduits en cendres. De son côté, l’Empire venait de mener une guerre acharnée contre le Royaume des Chevaliers dragons, qui s’était soldée par une impasse, et il voulait un État tampon. C’est pourquoi ils avaient permis au royaume de Meltonia de continuer à exister. Aujourd’hui encore, la famille royale meltonienne régnait sur le pays.

Lorsque ces deux pays étaient devenus des vassaux impériaux, ils avaient connu des frictions. Cependant, grâce à la grande autonomie qui leur avait été accordée à l’époque de l’ancien empereur — le père faible et inactif de Maria — et sous le règne paisible de Maria elle-même, ils n’avaient que rarement fait pression sur leur situation de nos jours. En fait, parce qu’ils avaient été protégés par l’Empire après l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon, les relations entre les trois États étaient bonnes.

Cependant, les dernières années avaient changé la donne.

L’expansion des forces de Fuuga Haan avait fait en sorte que la Fédération de Frakt et le Royaume de Meltonia ne soient plus limitrophes du Domaine du Seigneur-Démon. Ils n’avaient donc plus à se soucier des vagues de démons et se trouvaient désormais aux côtés du Royaume du Grand Tigre, nouvellement établi.

Si les monstres étaient à leurs portes à cause des vagues de démons, ils pouvaient compter sur l’Empire pour envoyer des forces les protéger. Mais en serait-il de même si l’ennemi était le Royaume du Grand Tigre ? L’Empire les sauverait-il comme avant ? Les deux pays commencèrent à douter.

Certes, l’Empire ne reconnaît pas l’acquisition de territoires par la force. Mais leurs décisions étaient forcément plus lentes lorsqu’il s’agit des autres nations de l’humanité. En témoigne leur incapacité à empêcher la Principauté d’Amidonia d’attaquer le Royaume d’Elfrieden. De plus, si l’Empire et le Royaume du Grand Tigre venaient à entrer en collision, ces pays pris entre eux risquaient de se transformer en champ de bataille. C’est ce qui avait conduit à un débat au sein de leur peuple pour savoir quel camp soutenir.

Récemment, un mouvement d’indépendance actif avait également vu le jour. Ce mouvement avait été provoqué par deux catastrophes qui s’étaient produites à peu près au même moment.

– Une nuit à la fin du 6e mois, 1552e année, Calendrier Continental — un bar au nord de l’Empire —

Hochet, hochet, hochet.

« Hm… ? »

Un ivrogne arqua un sourcil et le type assis en face de lui pencha la tête sur le côté.

« Hein ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Euh, j’ai cru sentir quelque chose qui tremblait… »

« Des tremblements ? Oh, hey, tu as raison. »

Hochet, hochet… hochet !!

« « Wôw ! » »

Les secousses s’amplifièrent et le tremblement de la terre devint audible. La taverne trembla d’avant en arrière. Les tables se déplaçaient et la vaisselle tombait et se brisait en morceaux. Le tremblement de terre dura longtemps et ne montra aucun signe de fin.

Les secousses du bâtiment s’accentuèrent et des fissures se formèrent dans les murs de terre.

« La taverne ne va pas s’en sortir ! Sortez ! »

« O-Oui ! »

Les clients ivres s’étaient précipités dehors juste à temps pour voir une partie des murs de la ville s’effondrer. En regardant autour d’eux, ils aperçurent des maisons aux toits effondrés et de la fumée rougeâtre qui s’élevait au loin.

Dans toutes les directions, ils entendaient des gens crier.

« C’est horrible… »

« Oui… »

Les jambes des deux ivrognes tremblèrent alors qu’ils se sentaient dégrisés.

– Au même moment — Une ville près de la frontière entre Frakt et Meltonia —

« Hé, regardez ! La montagne ! »

« Elle crache du feu… »

« La coulée de lave pourrait arriver ici ! Nous devons nous dépêcher et fuir ! »

Les habitants avaient assisté à l’éruption de leur montagne. Cette formation rocheuse servait de frontière entre la Fédération de Frakt et le Royaume de Meltonia. Par conséquent, les débris et les cendres volcaniques de cette éruption s’étaient abattus de manière égale sur les deux nations. Les dégâts causés à l’agriculture avaient été particulièrement importants, obligeant les gouvernements des deux pays à demander de l’aide à leurs maîtres de l’Empire.

On ne sait pas s’il y a un lien entre le tremblement de terre au nord de l’Empire et l’éruption volcanique qui avait frappé la Fédération de Frakt et le Royaume de Meltonia. Une chose est sûre : Maria ne pouvait pas apporter son soutien à la fois à son peuple et à ses vassaux.

Dans les jours qui suivirent, Maria convoqua son plus haut fonctionnaire, Lumière.

« Envoyons d’abord une aide généreuse à la République de Frakt et au Royaume de Meltonia. »

Lumière fronça les sourcils. « Vous savez que notre pays a également subi d’importants dégâts à la suite d’un tremblement de terre, n’est-ce pas ? »

« Notre peuple a la force d’endurer pour l’instant. Le leur, en revanche, n’en a pas. La situation ne fera qu’empirer. »

« Mais il y a des limites à la somme que nous avons mise de côté pour cela. Si nous soutenons trop les vassaux, la reconstruction du Nord sera retardée, ce qui entraînera des mécontentements. Cela pourrait mettre le pays en péril. »

« Je le sais, Lumière, » dit Maria en hochant la tête. « C’est pourquoi j’ai l’intention d’aller demander de l’aide au Royaume de Friedonia. »

« Qu’est-ce que vous dites ? Au chef de l’Alliance maritime !? »

Les yeux de Lumière s’écarquillèrent. La plupart des serviteurs impériaux ignoraient les liens étroits qui unissaient Maria et Souma. En fait, maintenant que le continent était divisé en trois factions, certains le considéraient comme une menace pour la position de Maria, au même titre que Fuuga. Lumière était l’une d’entre elles.

« Le Royaume de Friedonia… nous soutient… ? »

« Sire Souma, le roi de Friedonia, est un homme compréhensif. Il s’agissait d’une catastrophe naturelle, il sera donc probablement prêt à offrir son soutien sans se soucier de choses telles que les frontières nationales. Bien sûr, si la même chose leur arrive à l’avenir, nous devrons leur rendre la pareille. »

« Mais si vous allez demander de l’aide au chef de l’Alliance maritime maintenant — alors que Fuuga Haan fait vibrer le cœur des gens en libérant le Domaine du Seigneur-Démon — cela nuira à votre image ! Pourriez-vous reconsidérer votre position ? »

« Lumière… » Maria la regarda avec des yeux tristes. « Mon image n’a pas d’importance. Nous devrions penser au nombre de victimes que nous pouvons secourir. Est-ce que je me trompe ? »

« Oui… c’est vrai… Mais quand même ! Nous sommes fiers de vous servir ! » s’écria Lumière, les yeux remplis d’angoisse. « Je ne suis peut-être pas aussi dévouée que le général Krahe, mais je vous sers quand même ! La Sainte de l’Empire ! Pourtant, depuis peu, vous traitez cela comme si ce n’était rien. Qu’en est-il de… Qu’en est-il de notre fierté, Votre Majesté ? »

Maria baissa les yeux. D’une voix douce, elle déclara : « Je suis désolée, Lumière. »

« Votre Majesté ! »

« C’est un ordre. Est-ce que je me fais bien comprendre ? »

Lumière ne répondit pas immédiatement. Après quelques secondes, elle marmonna : « … Oui, madame. »

Maria regarda Lumière partir en soupirant.

Maria avait donc apporté son soutien à ses deux vassaux tout en demandant l’aide de Souma à l’intérieur de son propre pays. Souma accepta volontiers et envoya immédiatement le Roi Souma, chargé de matériel de secours, dans un port impérial. La nouvelle se répandit largement, améliorant l’opinion du Royaume de Friedonia auprès des peuples de l’Empire. En même temps, cependant, elle suscita le mécontentement des serviteurs qui ne supportaient pas de voir Maria dans l’ombre de Souma.

◇ ◇ ◇

Le conseiller de Fuuga Haan, Hashim Chima, sourit froidement en entendant ce rapport.

« Je vois… C’est ainsi que Maria a agi, n’est-ce pas ? »

Dès qu’il eut fini d’écouter, il donna des ordres aux agents qu’il avait amenés avec lui de la Maison Chima.

« Répandez immédiatement les rumeurs dans la Fédération de Frakt et le Royaume de Meltonia. L’impératrice a accepté des secours du royaume de Friedonia, puis les a gardés pour l’Empire au lieu de les distribuer à ses vassaux. »

Bien que cela soit techniquement vrai, c’était aussi une déformation des faits. L’Empire avait été si généreux dans l’aide apportée à ses deux vassaux qu’ils avaient dû se tourner vers le Royaume de Friedonia pour obtenir de l’aide. C’était une chose pour laquelle ils auraient dû être remerciés et non vilipendés, mais la demi-vérité répandue dans les rumeurs avait courroucé les deux pays. De plus, cela se passait à un moment où ils hésitaient entre l’Empire et le Royaume du Grand Tigre. De ce fait, les voix qui disaient qu’ils devraient abandonner le cruel Empire et se tourner vers le Royaume du Grand Tigre pour obtenir une protection augmentaient de jour en jour.

Bien sûr, les dirigeants des deux nations étaient au courant du soutien que l’Empire leur avait apporté. Hélas, les sénateurs de la Fédération de Frakt avaient suivi l’opinion publique pour ne pas paraître eux-mêmes faibles. La famille royale du royaume de Meltonia avait tenté d’apaiser son peuple, mais les agents d’Hashim avaient provoqué une frénésie incontrôlable au sein de la population, et la famille royale avait été contrainte de fuir vers l’Empire.

On dit que Dieu envoie des catastrophes naturelles comme signe de la fin d’un pays. Cependant, ce n’est pas parce que les catastrophes naturelles détruisent le pays, mais parce qu’il s’est détérioré au point d’être incapable de les surmonter.

Le soleil se couchait sur l’Empire du Gran Chaos… C’est ce qui apparaissait clairement.

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