Divas de la Bataille – Tome 1 – Chapitre 2

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Chapitre 2 : Le Visiteur

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Chapitre 2 : Le Visiteur

Partie 1

Au moment où Alnoa était retourné au château, il s’était immédiatement dirigé vers le bureau de son père. Il y avait trouvé tous les livres qu’il pouvait sur le Déferlement Céleste et sur les abominations, puis il avait passé toute la nuit à les étudier dans son propre bureau.

« Pfff ! »

Mais il n’avait pas trouvé de pistes. Il s’était étiré, et ses articulations avaient craqué après être restées dans la même position pendant des heures.

« Arg..., je suis crevé, » murmura-t-il pour lui-même.

Il regarda autour de lui, se frottant les yeux endormis. Les nuits à Althos étaient étonnamment froides, et cela même au printemps. Le feu bien actif qui brûlait dans la cheminée de la pièce était tout ce qui maintenait Alnoa à l’abri du froid. Alors qu’Alnoa était sur le point de s’endormir en regardant les flammes danser, un léger coup sur la porte l’avait réveillé.

« Roi Al, es-tu réveillé ? Oh, as-tu travaillé toute la nuit ? » Lilicia était entrée dans la pièce.

« J’ai un peu dormi..., environ 30 minutes dans mon lit près du feu, » Alnoa répondit distraitement, espérant que Lilicia pourrait saisir l’essentiel de la situation par elle-même.

« Au fait, m’as-tu obtenu les documents supplémentaires que je t’ai demandés ? » demanda Alnoa.

L’expression de Lilicia s’était immédiatement transformée pour ainsi afficher le visage quand elle travaillait sérieusement. Alnoa n’arrivait pas à la quitter des yeux quand elle se rapprochait de plus en plus de lui. Son décolleté avait été clairement mis en valeur et ses cuisses bien charnues étaient apparues sous sa jupe. Il réalisait maintenant à quel point l’uniforme de femme de ménage pouvait être révélateur lorsqu’il était porté de la bonne façon.

Pourquoi ?

En voyant Alnoa abasourdi, Lilicia s’était mise à sourire.

« J’ai pensé que je pourrais présenter à tes yeux quelque chose d’agréable afin de te changer les idées. Je suis également venue t’informer que ton petit-déjeuner est prêt, mais je suppose que tu préfères dormir un peu, non ? » demanda Lilicia.

J’apprécie vraiment la pensée, Lilicia, mais...

Ignorant la perplexité d’Alnoa, Lilicia s’était glissée toute joyeuse dans le lit d’Alnoa.

Pourquoi ?

Alnoa avait affiché un regard confus vers Lilicia, mais elle n’y avait pas prêté attention. À la place, elle lui avait renvoyé un sourire séducteur.

« Lilicia, je ne suis plus un enfant. Je n’ai pas peur des orages, et je peux dormir seul. De plus, tes vêtements vont empester la fumée si tu dors ici ! » déclara Alnoa.

« Hein ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Viens, je vais te chanter une berceuse, comme au bon vieux temps ! Allez, juste cette fois, d’accord ? » demanda Lilicia.

« Je n’ai pas besoin d’être bercé pour pouvoir dormir ! » répondit-il.

Pourquoi est-ce qu’elle rend ça si suggestif ?

Lilicia faisait la moue comme une petite enfant. Cette manière d’agir avait aidé à remettre l’esprit d’Alnoa sur la bonne voie. Il était dans une position très délicate. D’une part, le roi dormant avec sa servante dans sa chambre royale serait un délit hautement scandaleux qui pourrait entraîner une décapitation si cela était découvert. D’autre part, Lilicia s’occupait de lui depuis qu’il était petit. Elle était comme une seconde mère pour lui. Alnoa ne voulait pas la blesser.

Ma sœur a également fait beaucoup de blagues peu drôles ces derniers temps.

En pensant à ce dilemme, elle avait poussé le front d’Alnoa avec son doigt.

« Quel est le problème ? Tu auras des rides si tu continues à te plisser les sourcils comme ça. Ne t’inquiète pas, je suis ta loyale servante. Ton souhait est un ordre pour moi, Roi Al, » déclara Lilicia.

Lilicia souleva la couverture et tapota le lit, invitant Alnoa à venir la rejoindre.

« Lilicia, je ne suis plus un enfant. Même pour plaisanter, coucher ensemble, ce serait allé trop loin, » déclara Alnoa.

« Oh, ne t’inquiète pas de ça. Quoi qu’il se passe entre nous, cela restera entre nous, » déclara Lilicia.

Lilicia posa son index sur ses lèvres et sourit.

« Non, je ne peux pas le faire ! » répliqua Alnoa. Il avait résisté à la douce invitation de Lilicia en secouant la tête.

« Oh... Eh bien, tu devrais au moins prendre un petit-déjeuner ! Tout le monde attend dans la salle à manger, » déclara-t-elle.

Comme si son temps pour l’amusement s’était terminé, Lilicia sauta énergiquement du lit et se tint tranquillement à côté de la porte.

Franchement. C’est impossible de dire ce qui est une blague et ce qui ne l’est pas avec elle. Peut-être qu’elle ne me voit pas comme un adulte vu qu’elle s’occupe de moi depuis que je suis enfant ?

Lilicia poussa un soupir de déception. « Roi Al. Même si tu n’as pas trouvé ce que tu cherchais hier soir, je suis sûre que tu l’apprendras bientôt. »

Qu’est-ce qu’elle veut dire par là ?

« Oui, merci. » Il répondit sans y réfléchir et la suivit jusqu’à la salle à manger.

« Mademoiselle Lilicia ! » En chemin, une autre femme de chambre se précipita vers Lilicia et lui chuchota quelque chose à l’oreille.

« Votre Majesté, je m’excuse sincèrement de vous déranger avant le petit-déjeuner, mais il semble que nous avons un invité qui aimerait vous voir, » annonça Lilicia sur un ton inhabituellement formel.

« Et ? Que veut-il ? » demanda Alnoa.

Lilicia était sur le point de répondre, mais leur conversation fut interrompue avec un minutage impeccable. Les deux Divas s’étaient rapprochées par derrière Lilicia.

« Bonjour, Al. Vous souvenez-vous quand vous nous avez promis de nous dire tout ce qu’il y a à savoir sur ce pays ? » demanda Sharon en souriant.

« Non, eh bien, bon, » l’objection d’Alnoa avait été de courte durée. Il avait vite abandonné et avait poussé un soupir vaincu. « Je vais vous dire tout ce que vous voulez savoir, mais il y aura une condition. Vous devez vous asseoir et vous comporter correctement pendant toute la discussion. J’espère que vous êtes prête à apprendre mes secrets les plus sombres ! »

« ... C’est d’accord. Garder les secrets de son mari est le devoir d’une bonne épouse, » déclara Feena.

« C’est exact ! Et la moindre information sur mon ennemi sera utile quand j’essaierai de le tuer ! » déclara Sharon.

Pourquoi n’êtes-vous d’accord l’une avec l’autre que pour ce genre de choses ?

Une fois les arrangements faits, Alnoa s’était dirigé vers la porte arrière du château.

« Alors, avez-vous dit que nous avions un invité ? » chuchota Alnoa.

Lilicia avait répondu à la question chuchotée d’Alnoa avec une expression inquiète. « Oui. Qu’aimeriez-vous faire avec lui ? »

« Pourquoi parlez-vous à voix basse ? Ne voulez-vous pas qu’on l’entende ? » demanda Sharon, complètement inconsciente de leur conversation. « Ou alors, cela serait-il mal si quelqu’un l’entendait ? Wôw, je ne pensais pas que vous pourriez être si attentionné, Al ! »

« Je ne veux pas entendre ça de votre bouche ! » Alnoa avait lâché ça sur la remarque sarcastique de Sharon.

« Le Roi Alnoa est une personne très attentionnée. De plus, notre invité actuel est un marchand d’esclaves. La plupart des personnes qui travaillent ici sont des esclaves libérés, donc ce ne serait pas une bonne idée de leur faire savoir que nous avons un marchand d’esclaves dans le château. »

Alnoa avait reçu de l’aide d’une source inattendue, alors que Lilicia avait expliqué la situation aux autres d’une voix claire, mais calme.

Elle était calme, mais elle aurait vraiment dû le chuchoter.

Ses efforts avaient été insuffisants, les membres du personnel à proximité l’avaient très clairement entendue. Ils avaient immédiatement arrêté ce qu’ils faisaient et avaient froncé les sourcils. Entendre cette explication arrêta même Sharon qui le suivait jusqu’à maintenant, et Feena regarda Alnoa en étant étonnée.

Leurs réactions étaient tout à fait naturelles. Un marchand d’esclaves était celui qui achetait et vendait d’autres êtres humains. Les marchands d’armes étaient parfois appelés trafiquants de morts, mais ce titre était beaucoup plus approprié pour les marchands d’esclaves. Il y avait probablement des esclaves présents ici qui avaient été séparés de leur famille et traités comme du bétail par un marchand d’esclaves. Ils avaient été achetés, puis on leur avait posé des colliers et ils avaient fini enchaînés, avant d’être vendu aux enchères.

Dans cette atmosphère pesante, la voix maladroite, mais claire d’Alnoa résonna dans le couloir. « Oh, allez, vous tous ! Depuis combien d’années travailliez-vous maintenant ici ? Combien de temps allez-vous laisser le mot “esclave” vous contrôler ? »

« Roi Alnoa, nous ne sommes pas liés par ce mot. En tant qu’anciens esclaves, nous y faisons face de front, » l’un des membres du personnel à proximité avait donné au roi une réponse digne, ce qui avait fait éclater de rire tout le monde présent autour de lui.

J’avais tort. Je n’avais pas besoin de m’inquiéter pour eux, car l’esprit humain est fort. Ils vivent déjà des vies épanouissantes en tant que citoyens libres d’Althos. Mais peut-être qu’ils sourient un peu trop...

Alnoa les regarda joyeusement et leur montra un sourire exagéré et rassurant. « Je vois. Je suis content de l’entendre ! »

Après avoir fini leur conversation dans le couloir, ils s’étaient dirigés vers la porte arrière du château. De l’autre côté se trouvait un grand espace dégagé utilisé comme terrain d’entraînement pour leurs troupes. En raison des ordres d’Alnoa, elle avait été largement vidée de ses occupants habituels. Seule une poignée de gardes avaient été autorisés à rester dans la zone.

Une poignée de charrettes étaient garées sur le côté de la porte pour ne pas se démarquer.

« Oh, Votre Majesté, quel magnifique accueil ! » Un vieil homme maigre de petite taille et, flanqué de ses gardes, était apparu de derrière les chariots et s’était incliné devant Alnoa. Il s’agissait de Bouzen, le célèbre marchand d’esclaves de la ville marchande indépendante de Labona. Alnoa n’avait pas une très haute opinion de l’homme. La rumeur disait qu’un jour, il avait vendu ses propres frères et sœurs pour engraisser ses poches.

Il s’agissait d’une rumeur qu’Alnoa ne pouvait pas corroborer, mais cela lui importait peu. Alors même qu’ils échangeaient des salutations, le vieil homme regardait Sharon et Feena, considérant clairement quel genre de prix il pouvait obtenir pour eux sur le marché aux esclaves. Il s’agissait de l’une des pires ordures qu’on espérait ne jamais avoir le malheur de rencontrer. Mais il était difficile pour Alnoa de nier son utilité. Peu de marchands traiteraient avec un royaume appauvri comme Althos.

« Elles étaient juste curieuses, alors elles ont suivi. Bref, désolé de vous avoir appelé si vite, Bouzen. Je veux parler de quelque chose avant de passer aux choses sérieuses, » déclara Alnoa.

Alnoa avait forcé un sourire avant de s’avancer vers lui pour empêcher Bouzen de regarder les filles. Bien sûr, Alnoa ne pouvait pas lui dire qu’il s’agissait de Divas de pays voisins.

« Bien sûr, bien sûr. Votre Majesté est un client précieux, donc je suis prêt à vous écouter, » Bouzen avait dirigé son sourire effrayant vers Alnoa. Il semblait se soucier plus des affaires que des filles.

« Un client de valeur ? » Sharon lâcha un murmure d’inquiétude depuis derrière Alnoa, mais Alnoa n’avait pas eu le temps de lui répondre.

Bouzen affichait maintenant son sourire jauni et pourri, rendant difficile le fait de dire s’il avait entendu Sharon ou non.

***

Partie 2

« J’ai donc entendu dire que l’Empire maltraite ses esclaves..., » déclara Alnoa.

Je ne peux pas faire confiance à cet homme, alors je ferai de mon mieux pour partager le moins possible.

« Hmm ? Et alors ? » avait répondu le marchand d’esclaves avec le même sourire.

C’était rare de trouver quelqu’un avec un sourire aussi désagréable.

« Je sais que ce sont des esclaves, mais ne vous sentez-vous pas mal quand vos marchandises sont traitées comme des déchets ? » demanda Alnoa.

« ... » le marchand n’avait rien dit.

« Alors je me demandais si vous envisageriez de couper les liens avec..., » commença Alnoa.

« Dois-je considérer cela comme une ingérence dans les affaires gouvernementales de Labona, Votre Majesté ? » demanda Bouzen avec une lueur dans les yeux.

« N-Non, j’étais juste..., » Alnoa avait bégayé, déconcerté par le changement soudain de personnalité de Bouzen.

« Nous ne sommes que des marchands, Votre Majesté. Un commerçant présente son produit au client le jour désigné, pour le montant désiré. C’est notre raison d’être, et nous en sommes fiers, » répliqua Bouzen.

« Arg..., » grogna Alnoa.

Bouzen, marchand astucieux comme il l’était, continua sans donner la chance à Alnoa de réagir.

« Si Votre Majesté essayait de nous influencer avec votre puissance militaire derrière vous, alors je suis sûr que les marchands de Labona, aussi fiers que nous le sommes, cesseraient de commercer avec le royaume de Votre Majesté, » annonça Bouzen.

« ... »

Alnoa avait réalisé sa naïveté. Même les marchands d’esclaves avaient leurs propres moyens de subsistance et leur fierté à protéger. Bouzen l’avait eu à la loyale.

« Honnêtement, tant que mes clients paient pour mes biens, quoi qu’il leur arrive par la suite, cela ne me concerne pas, » continua Bouzen.

J’ai été idiot de penser que je pourrais discuter face à l’avidité de cet homme.

« D’accord, terminons notre discussion et passons aux affaires. Montrez-moi vos marchandises. » Alnoa se sentait mal d’utiliser le mot marchandise, mais il n’avait pas d’autre choix.

« Mes excuses pour avoir parlé avant tant de force. Votre Majesté est un client de valeur qui paie un bon prix pour des marchandises dont on se débarrasserait autrement, » déclara Bouzen.

Tout en gardant son sourire effrayant, il avait fait signe aux deux hommes de main se tenant dans son dos. Ils étaient allés à l’arrière des chariots et avaient fait sortir ce que nous avions appelé des marchandises.

« Esclaves..., » murmura Sharon.

Les Divas savaient qu’il s’agissait d’esclaves, mais le fait de les voir en personne leur avait causé un choc. Sharon était horrifiée par leur apparence.

« C’est horrible, » déclara Sharon.

Même les yeux de Feena, habituellement sans expression, montraient un soupçon d’inconfort. Je suppose que voir des esclaves de première main est un peu trop pour eux.

Les hommes de main avaient sorti les esclaves de la charrette par leurs chaînes et les avaient alignés devant Alnoa. Avec des colliers en fer serrés autour de leur cou et leurs membres enchaînés ensemble, ils avaient été dépouillés de toute dignité humaine.

Alnoa s’intéressait surtout aux esclaves dans les pires conditions possible. Ils étaient tous sous-alimentés et couverts d’égratignures et de bleus, et même quelques-uns avaient du mal à se tenir debout.

« Votre Majesté achète toujours les esclaves les plus inutiles... Contrairement à l’Empire, » déclara Bouzen.

Bouzen avait affiché un rire sinistre, laissant entendre qu’il avait compris pourquoi Alnoa était si curieux en ce qui concernait les esclaves. Alnoa avait esquivé son regard et lui avait tendu un sac rempli de pièces d’or.

« J’ai reçu des revenus supplémentaires dernièrement, alors excusez-moi si cela prend un certain temps, mais j’aimerais acheter autant d’esclaves que possible, » déclara Alnoa avant de montrer à Bouzen une pile de biens pillés par l’armée freiyane il y a quelques jours.

« Hoho ! Eh bien, regardez ça... Je ferais mieux de compter, » déclara Bouzen puis il commença joyeusement à estimer la valeur du butin.

« Hé, Alnoa. Si vous prévoyez de les traiter de la même façon que l’Empire traite leurs esclaves, je ne vous le pardonnerai jamais ! » Sharon avait fait de son mieux pour apaiser sa rage et pour baisser le ton de sa voix devant le marchand d’esclaves.

« En tant qu’épouse, je ne resterai pas assise toute la journée sans jamais lever le petit doigt vis-à-vis de ça, » Feena dirigea son regard glacial vers un Alnoa encore célibataire.

« N’avez-vous pas fait attention à ce que Lilicia a dit ? Ce sont nos futurs citoyens. Pourquoi transformerais-je mon propre peuple en abominations sans raison ? » répondit Alnoa.

« Mais ils sont..., » murmura Sharon.

Sharon regarda les esclaves en étant confuse. Elle avait peut-être la langue bien pendue, mais elle n’était pas assez stupide pour creuser sa propre tombe.

« Ne vous inquiétez pas. On va les soigner. Nous avons quelque chose de mieux que les médecins pour cela, » déclara Alnoa.

« Quelque chose de mieux ? » demanda Sharon.

La rage des filles s’était peu à peu refroidie face à leur perplexité.

Bouzen s’était approché du groupe avec un sourire étrange.

« Ah, vous avez un bon butin, si je peux le dire. Je peux vous offrir ceci, » déclara Bouzen en affichant trois de ses doigts maigres, en forme de brindilles.

« Trois cents pièces, hein ? C’est une assez bonne somme, » Alnoa avait croisé les bras comme s’il envisageait son offre pendant une seconde, mais il avait déjà décidé qu’il s’agissait d’un commerce équitable.

« Notre armure valait bien plus que ça ! » La Diva aux cheveux rouges criait derrière eux, mais elle avait été tout simplement ignorée.

« Alors, combien pourrais-je en avoir ? » demanda Alnoa.

Alnoa avait déjà acheté l’une des charrettes d’esclaves — les vingt soi-disant esclaves inutiles.

J’aimerais avoir autant d’esclaves que possible, peut-être les deux charrettes. Même si ce n’est peut-être pas possible. Je vais voir ce que je peux faire.

« Voyons voir, si je soustrais les frais de manutention et autres, je pense que Votre Majesté pourrait obtenir environ... dix esclaves de plus, » déclara Bouzen

« Quoi !? » Alnoa avait été surpris par le nombre étonnamment bas. « Hé, attendez un peu ! Je devrais pouvoir obtenir plus que ça pour cet argent ! »

Bouzen fixa froidement un Alnoa s’enflammant avant de lui dire. « Non, vous voyez, certains esclaves sont en route pour l’entraînement. Et ce chariot se dirige vers l’Empire. »

Alnoa avait fait claquer sa langue en réalisant les erreurs qu’il avait faites. Après la demande bâclée d’Alnoa, Bouzen avait compris pourquoi Alnoa demandait cela et avait augmenté ses prix. Bouzen le regarda avec un large sourire sur son visage.

Merde, je suis sur le point de perdre ! Je veux mettre ce crétin à plat sur son cul ! Il joue avec des vies humaines !

Alnoa ferma les yeux et prit une grande respiration.

Je ne peux pas pardonner ça !

Il avait serré sa main en un poing, avait choisi le bon moment, et...

« Quoi !? » s’exclama-t-il.

Quelque chose de froid avait touché le poing fermé d’Alnoa.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda-t-il.

La Diva aux cheveux bleus essayait de lui donner quelque chose.

« Utilisez ceci, » déclara Feena.

En jetant un coup d’œil à son offrande, le sang en ébullition d’Alnoa s’était refroidi en une seconde. Il tenait maintenant un magnifique collier incrusté de cristaux magiques bleus — le collier qu’elle portait toujours.

« C’est impossible. Pourquoi offrir ça ? Ils ne sont rien pour vous, » déclara Alnoa.

Il ne comprenait pas pourquoi elle allait si loin. Elle n’avait jamais été vue sans ce collier depuis son arrivée. Il aurait dû avoir beaucoup plus de valeur pour elle, selon l’estimation d’Alnoa.

« Hm ? » Feena n’avait pas compris la confusion d’Alnoa. « Mais j’ai lu qu’il s’agit du travail d’une bonne épouse de soutenir sa marionnette... Je veux dire, son mari depuis l’ombre. »

« Euh, est-ce vrai ? » demanda Alnoa.

« Cela l’est, » Feena acquiesça d’un signe de tête confiant. Ses yeux débordaient de détermination.

Je suppose qu’elle ne peut pas fermer les yeux et ignorer ces esclaves. Feena, je vous rembourserai d’une façon ou d’une autre.

« D’accord. Merci, Feena, » déclara Alnoa.

Alnoa avait suspendu le collier coûteux devant Bouzen sans expliquer ce que c’était.

« Avec ça, je devrais avoir assez pour acheter deux chariots. »

N’étant plus furieux, Alnoa avait fièrement donné le collier au marchand d’esclaves.

« Ooh, laissez-moi voir ! » déclara Bouzen.

Bouzen avait pris le collier, avait sorti ses lunettes vieillissantes de l’une de ses poches et avait commencé à évaluer l’article.

« Huh. Malheureusement, la monture est assez ancienne et il y a des rayures. Même avec cela, un chariot et demi est le meilleur que je puisse offrir, » déclara Bouzen.

Ce fils de...

La colère d’Alnoa s’enflamma à nouveau rapidement.

« Alors, utilisez aussi ça, » mais avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, une main élégante tenant un ornement de cheveux en argent apparut devant lui.

« Oh ! » s’exclama Alnoa.

« C’est un ornement en argent de Freiya. C’est de l’argent de haute qualité, et le meilleur artisan du pays l’a fait. Si vous jouez bien vos cartes, il pourrait vous acheter un manoir entier ! » déclara Sharon.

Selon ce que Sharon avait dit, son ornement valait à peu près la même chose ou même plus que le collier de Feena.

« Êtes-vous sûre ? » demanda Alnoa.

Alnoa avait été déconcerté par sa décision. C’était assez surprenant que Feena offre son aide, mais Sharon avait encore moins à gagner.

En raison de la situation, Alnoa était comme ces esclaves qui n’étaient pas habitués à la gentillesse. Il ne pouvait que s’étonner de l’attitude de Sharon.

« Quel est le problème !? » Sharon avait rompu le contact visuel en raison de son embarras alors qu’elle demandait ça.

« Pourquoi voudriez-vous... ? » commença Alnoa. Il n’arrivait pas à comprendre ce que cela voulait dire. Il était déconcerté.

« C’est très bien ainsi. En premier lieu, ce n’était qu’un cadeau... Alors, prenez-le, c’est tout ! » déclara Sharon.

Incapable de supporter son regard plus longtemps, Sharon avait placé l’ornement dans ses mains.

« Alors ? Si cet ornement ne suffit pas, je le vends à un autre marchand et j’achète des esclaves avec cet argent. J’ai le sentiment que je pourrais en tirer beaucoup plus de cette façon. » Sharon avait repris les négociations et avait fait pression sur le marchand.

Alnoa ne savait pas si elle bluffait ou non, mais il était difficile de nier la conviction présente dans ses yeux.

« Uhh..., » Bouzen semblait ressentir la même chose. Il n’était pas aussi arrogant qu’il y a quelques instants.

« Vous marchandez durement, » Bouzen avait regardé entre Sharon et l’ornement pendant un moment, mais avait fini par céder. « D’accord. C’est plus que suffisant. »

Les yeux de Sharon s’illuminèrent devant la main agitée de Bouzen.

« Vous avez raison. C’est plus que suffisant. Ce qui signifie que nous pouvons soustraire l’équipement offert au départ, n’est-ce pas ? » proposa Sharon sur un ton empli de force.

Sharon avait proposé un marché vraiment agressif, mais après avoir changé ses yeux entre elle et le collier et l’ornement dans ses mains, Bouzen avait finalement cédé. « Très bien. Vous avez gagné. » Le vétéran chevronné avait cédé. « Pour cette fois-ci, c’est moi qui perds. »

Il avait rapidement signé des documents, en grognant pendant tout ce temps. Mais malgré toutes ses plaintes, il était rentré chez lui avec le sourire aux lèvres. Il était certain qu’il faisait encore un profit admirable.

« Merci, Feena, Sharon. Vous avez toutes les deux été d’une grande aide. » Alnoa s’inclina devant les deux Divas.

« Merci. Mais j’ai fait ce que toute bonne épouse ferait, » répondit Feena en mettant en valeur sa modeste poitrine.

« Ce n’est pas comme si je l’avais fait pour vous ! Je ne voulais pas que ces esclaves soient vendus à l’Empire et transformés en abominations ! » répliqua Sharon en détournant la tête pour ne pas voir Alnoa.

Cela aurait normalement blessé Alnoa, mais il était déjà habitué à ce comportement.

« Oui, je sais. Mais, quand même. Merci, » il s’était incliné une nouvelle fois devant les filles.

« Oh, je vois que votre rencontre avec lui s’est bien passée, » déclara une nouvelle arrivante.

***

Partie 3

« Oh, je vois que ta rencontre avec lui s’est bien déroulée, » déclara Cécilia.

Cécilia et plusieurs de ses collègues membres du clergé étaient arrivés à la porte, portant une grande quantité de médicaments et de bandages. Ils s’étaient rapidement mis à travailler en commençant par détacher les esclaves libérés et en les divisant en groupes en fonction de leurs blessures et de leurs maladies. Bien sûr, Alnoa avait aussi aidé. Sharon et Feena s’étaient toutes deux montrées hésitantes quant à savoir quoi faire.

« Ah, donc c’est le “quelque chose de mieux que les médecins” dont vous avez parlé ? » Sharon jeta un coup d’œil vers eux, cherchant une confirmation de ça.

« Oui. Cécilia est une prêtresse et Diva qui se spécialise dans la magie sainte, » répondit Alnoa.

Épuisé de sa rencontre avec le trafiquant d’esclaves effrayant, Alnoa murmura distraitement tandis qu’il regardait sa sœur aider les esclaves libérés. « Bien qu’elle ne soit membre de l’église qu’à cause de moi. »

L’épuisement d’Alnoa l’avait amené à divulguer plus d’informations qu’il n’aurait dues, ce que Sharon et Feena avaient immédiatement compris.

« À cause de vous ? » demanda Sharon.

« Une marionnette doit tout raconter à sa femme, » déclara Feena.

Vraiment ? Dois-je le faire ?

Il ne savait pas si c’était une bonne idée de leur dire la vérité, mais comme elles l’avaient aidé avec Bouzen, il avait décidé de parler.

« Après le décès de mon père, le pays s’est divisé en deux parties avec la menace d’une guerre civile imminente. Les ministres et les officiers militaires voulaient que la Diva du pays, ma sœur, hérite du trône, mais il y avait des personnes qui s’opposaient fortement à cette idée. »

Bien qu’environ quatre-vingt-dix pour cent de la puissance militaire était du côté de ma sœur, principalement à cause de ses prouesses au combat, de sorte que la faction adverse n’avait jamais vraiment eu une chance.

« À ce moment-là, j’envisageais sérieusement de quitter le pays, quand ma sœur a déclaré devant tout le monde qu’elle abdiquait du trône et qu’elle rejoindrait l’église, » continua Alnoa.

Son sourire avait totalement disparu de son visage alors qu’il regardait sa sœur guérir affectueusement les esclaves libérés. Il était facile d’imaginer à quel point elle aurait été une bonne reine si son amour pour son frère ne l’avait pas gênée.

« Ses paroles de l’époque m’accompagnent encore aujourd’hui. Elle m’avait dit : “Peut-être que cela finira par être une grosse erreur, mais je crois en toi. Même si les ministres et les nobles ne te comprennent pas maintenant, j’espère qu’un jour ton rêve deviendra aussi leur rêve. N’écoute pas ce que les autres disent de toi. Continue et n’oublie pas... ‘Je serai toujours à tes côtés’.” Franchement, si nous n’étions pas frères et sœurs, je serais certainement tombé amoureux d’elle, » déclara Alnoa.

Sharon et Feena l’avaient regardé, perplexes, bien que leurs regards ne puissent jamais entamer la fierté qu’il avait pour sa sœur.

« Quoi qu’il en soit, elle n’est vraiment une prêtresse que de nom, elle n’étudie pas avec eux et elle ne fait aucune autre action avec eux. Elle est toujours au château à faire ce qu’elle veut. Son projet actuel est une proposition de loi qui permettrait à quiconque de se marier avec quelqu’un d’autre, qu’il s’agisse d’un paysan et d’un membre de la famille royale, d’un frère et d’une sœur ou d’un parent et d’un enfant. »

« Est-ce... normal ? » Sharon, qui avait écouté tranquillement jusque-là, avait posé une question ambiguë, bien qu’il n’avait pas été difficile pour Alnoa de comprendre à quoi elle faisait référence.

On s’attendait à ce que les prêtres et les prêtresses mènent des vies régimentaires dépourvues de tout vice afin d’apprendre leurs saintes magies — une forme de magie bien différente de la sorcellerie, où l’accent était plutôt mis sur la guérison.

« Probablement pas. Cependant, ils ne sont pas très stricts avec ma sœur, » répondit-il.

Alnoa avait fait un sourire ironique en voyant l’ironie présente dans sa propre déclaration.

« Eh bien, il faudra un certain temps pour qu’ils se rétablissent complètement, donc ils sont encore faibles, mais il n’y a pas eu de problèmes majeurs, » déclara Cécilia.

Ayant fini de guérir tout le monde, Cécilia était arrivée au milieu de leur joyeuse conversation. Elle parlait sur un ton léger, mais un peu de sueur s’était formée sur son front et l’utilisation d’une grande quantité de pouvoir magique l’avait énormément affectée.

« Merci pour ton dur labeur, Cécilia, » déclara Alnoa.

La conversation précédente étant toujours dans sa tête, il s’inclinait devant elle.

« Oh mon Dieu. Un roi ne devrait pas baisser la tête devant un simple subalterne comme moi, » comme toujours, elle l’avait réprimandé. Alnoa avait ri à leur échange habituel avec un léger rougissement visible sur son visage.

Cependant, sentant une pression sur son dos, Alnoa s’était retourné.

« Avez-vous encore des questions ? » demanda-t-il.

Il y avait Sharon, qui avait l’air d’être pensive.

« Oui, » Sharon s’était penchée pour être plus prêt de lui et elle avait baissé la voix.

Whoa, elle est si proche, et elle sent vraiment bon.

Il s’était retiré un peu vers l’arrière et avait exhorté Sharon avec ses yeux à poursuivre la discussion.

« L’église sait-elle que vous êtes le réceptacle du Roi-Démon ? Je demande, car les prêtresses ne peuvent pas mentir à l’église ou leur cacher des choses, » elle avait essayé de chuchoter pour que seul Alnoa l’entende, mais cela n’avait pas vraiment fonctionné.

« Oh mon Dieu. Vous êtes très bien informée. Bien sûr que je ne cache rien à l’église, » répondit Cécilia.

« Attendez, mais alors..., » commença Sharon.

« Comme je l’ai dit, je ne cache rien à l’église, » Cécilia s’était répété avec fierté et avait mis en évidence sa poitrine bien garnie.

L’église du continent considérait la Valkyrie comme l’un de leurs nombreux dieux, et le Roi-Démon comme le mal absolu. Les filles avaient une idée de la raison pour laquelle l’église avait laissé Alnoa en vie, mais elles avaient tranquillement écouté l’explication.

« Je leur ai tout raconté. Je leur ai dit qu’Al est le réceptacle du Roi-Démon et que je suis une Diva. Je leur ai aussi dit que s’ils devaient tuer Al, je grimperais sur le sommet de la cathédrale et je me suiciderais après les avoir maudits pendant trois heures et demie d’affilée, » déclara Cécilia.

Pourquoi trois heures et demie ? C’est étrangement précis.

Sharon et Feena avaient été stupéfaites de ses paroles menaçantes.

« Avez-vous menacé l’église ? » demanda Sharon.

« C’est à ça que ça ressemble..., » murmura Feena.

La déclaration de Cécilia avait clarifié sa relation avec l’église. Pour que l’église reste pertinente sur le continent, ils avaient donné la priorité au maintien d’une Diva de leur côté plutôt qu’au meurtre du réceptacle du Roi-Démon. Après avoir saisi la raison de la situation actuelle, elles s’étaient détournées de Cécilia.

« Al, n’aurait-il pas mieux valu laisser la négociation avec le marchand d’esclaves à votre sœur ? » demanda Sharon.

« Absolument pas. Ça aurait immédiatement dégénéré en violence physique, » répondit Alnoa.

« Ahh..., » pendant qu’Alnoa secouait la tête en signe de refus, Sharon hocha la tête en signe de compréhension.

« Oh mon Dieu. Al, tu crois vraiment que je... oh, les choses deviennent assez bruyantes là-bas, » Cécilia avait remarqué un tumulte qui apparaissait derrière eux. Elle avait incliné la tête et écouté attentivement.

Il se passe certainement quelque chose là-bas.

« Je ne deviendrais pas une esclave ! Vous pouvez oublier ça ! »

« Ouais ! Je préfère me battre et mourir ici plutôt que de vivre en esclave ! »

Certains des esclaves libérés étaient en train de s’énerver. Évitant la confrontation, les prêtres avaient quitté la zone du conflit.

Je vois. Comme l’a dit le marchand d’esclaves, ils n’ont pas encore reçu de formation. Ils sont toujours intacts et féroces. On dirait qu’une bagarre peut éclater à tout moment.

Alnoa avait fait signe aux gardes de se retirer, puis s’était précipité vers la source de l’agitation.

« Reculez ! C’est un ordre ! » ordonna Alnoa.

Alnoa avait avalé sa salive et avait préparé son cœur pour faire face au conflit. Il avait ensuite jeté son épée courte, avait pris une grande respiration, puis s’était approché de la source de la perturbation avec les bras levés.

« Quel est le problème ici ? Ne réalisez-vous pas qu’on vous libère ? » demanda Alnoa.

Il avait l’intention de les calmer en parlant d’une manière douce et amicale, mais cela n’avait pas fonctionné. La foule s’agitait encore plus.

« La ferme ! Je ne te laisserai plus nous tromper ! »

Une grande fille assez musclée se tenait à l’écart de la foule et fixait Alnoa d’un air dubitatif. Il ne savait pas ce qui lui était arrivé pour la rendre ainsi, mais ses yeux, son langage corporel, son expression... tout son corps signalait sa suspicion.

« Hé, j’ai juste..., » commença Alnoa.

« J’ai dit, tais-toi ! »

Elle avait envoyé son coup de poing empli de furieux vers Alnoa.

« Wôw ! » s’écria Alnoa alors qu’il avait à peine réussi à esquiver son attaque, mais il avait perdu l’équilibre au cours de l’attaque et était tombé au sol.

Il pouvait voir Sharon et Feena du coin de l’œil qui suivaient de loin le vacarme avec des regards déconcertés.

C’est mauvais.

Il pouvait déjà voir comment cela se passerait.

« Allons, débarrassons-nous de ce type ! » cria la femme.

Je le savais !

Quelques hommes l’avaient immédiatement entouré et avaient commencé à le battre et à lui donner des coups de pied en cœur, libérant leur ressentiment refoulé et leur colère sur lui.

« Attendez, arrêtez ! » cria Alnoa.

Malgré le fait que plusieurs personnes s’étaient liguées contre lui, Alnoa n’avait pas ressenti beaucoup de douleur. Ce n’était pas seulement parce que les agressions incessantes de Sharon l’avaient endurci (ou du moins, Alnoa l’espérait). C’était parce que leurs coups de poing n’avaient aucune puissance. Leurs visages enragés indiquaient clairement qu’ils ne se retenaient pas. Mais il était fort probable que leur impudence avait conduit Bouzen à les sous-alimenter.

Les coups de la fille musclée avaient autant de poids qu’une petite frappe venant du poing d’un enfant. Il pouvait les battre sans problème tant qu’il protégeait ses parties vitales. Il pouvait tout encaisser. Il avait lancé un regard vers sa sœur alors qu’il était allongé sur le sol.

Cécilia avait compris son intention et avait simplement secoué la tête. Il était clair qu’Alnoa n’était pas vraiment en danger, surtout avec les deux autres Divas qui surveillaient la situation sur la ligne de touche.

« Merde ! »

Comme il s’y attendait, ils avaient rapidement manqué de force et avaient cessé leur assaut. Certains d’eux étaient si essoufflés qu’ils étaient tombés à genoux.

« Outch... Alors, vous êtes-vous calmés ? » demanda Alnoa.

Alnoa s’était assis et avait un peu grimacé. Leurs attaques n’avaient peut-être pas beaucoup de force, mais le nombre de coups qu’il avait subis causait des souffrances dans tout son corps.

Alnoa avait trébuché en se remettant sur ses pieds puis il s’était retrouvé face à face avec une petite fille. D’après ses traits et ses cheveux, elle était encore en cours de croissance. Probablement... Elle était petite et maigre, et ses membres étaient entièrement faits de peau et d’os. Sa peau sombre était sale et ses cheveux étaient mal coiffés.

« Maintenant, venez. Si nous allons tous manger ensemble, nous pourrions en discuter, non  ? » demanda Alnoa alors qu’il avait tendu avec gentillesse ses bras vers la fille. « Ne vous inquiétez pas, vous pouvez faire confiance ! »

Il s’était mis à gémir en raison de la douleur et il s’effondra sur ses genoux, n’ayant aucune idée de ce qui s’était produit. La gentillesse sur son visage s’était rapidement transformée en une immense douleur. Il venait de vivre le genre d’agonie aiguë que seuls les hommes peuvent vivre.

« Je suis une guerrière de la même tribu que Juju ! Je préfère mourir en me battant plutôt que d’être dupée afin que je devienne une esclave ! » Elle avait proclamé avec grâce et fierté son intention à Alnoa, qui se tortillait de douleur sur le sol. Son discours l’aurait profondément ému s’il n’avait pas ce traumatisme aveuglant dont il souffrait.

« Gahh ! Ahh... » Alnoa avait eu des sueurs froides.

La princesse aux cheveux de feu avait porté un coup dévastateur d’une autre variété par-derrière. « Est-ce que vous laissez vraiment les petites filles toucher votre machin juste parce que vous ne pouvez pas le faire avec une fille de votre âge ? » Le regard froid de Sharon avait percé son dos.

Comment cela a-t-il pu m’arriver ? Je pensais que j’étais gentil avec elle ! Et ce n’est pas comme si je la laissais me caresser. Elle m’a donné un coup de pied !

À l’extérieur, Alnoa criait de douleur, mais à l’intérieur, son cœur hurlait d’agonie à la suite de l’attaque-surprise de Sharon.

« Laissez-moi vous demander quelque chose », déclara tranquillement Sharon, ignorant complètement la douleur intérieure d’Alnoa.

« Qu’est-ce que tu veux !? Si tu te mets en travers de mon chemin, je t’écrase aussi ! » répondit la jeune fille.

« Qu’est-ce que vous avez dit !? » s’écria Sharon.

La fille avait dit quelque chose d’impardonnable à Sharon. Sharon s’en était alors pris à la jeune fille, intimidant non seulement elle et les hommes qui l’entouraient, mais aussi la jeune fille forte connue sous le nom de Juju. Cécilia et Feena s’étaient ensuite jointes à Alnoa et Sharon, ce qui avait fait reculer la foule de plusieurs pas en arrière.

« Je comprends que vous avez pitié de ces personnes. Moi aussi, je ressens ça. Mais il doit y avoir de meilleures ressources pour bâtir un pays ! Pourquoi êtes-vous si concentré sur ces esclaves ? » demanda Sharon.

Il s’agissait d’un argument valable.

***

Partie 4

Il ne pouvait pas voir son visage, mais il était sûr que Sharon était sérieuse.

Elle a raison. Vous n’avez pas besoin d’esclaves si vous voulez faire un pays... Je le sais, mais...

« Il faudra un certain temps pour vous l’expliquer, alors..., » commença Alnoa.

Alnoa s’était tapoté le bas du dos, se remettant de l’attaque précédente. Il avait essayé de repousser Sharon avec une réponse vague, mais son regard aiguisé lui avait indiqué qu’elle s’attendait à une réponse dès maintenant.

Il avait alors poussé un long soupir. Après un moment passé à recueillir ses pensées, il s’était mis à parler.

« Je vivais avec ma mère et mon frère jumeau, en plus de mon père et de ma sœur aînée. C’était une famille aimante. Ensemble, nous avons réfléchi à ce que nous devrions faire pour que je devienne le réceptacle du Roi-Démon, » déclara-t-il.

« Quoi !? » s’écria Sharon.

Je suppose que cette histoire était un peu inattendue.

Après sa surprise initiale, Sharon avait fixé son regard sur Alnoa. Écrasé par son regard, Alnoa avait redressé son dos et avait continué. « Mes parents qui s’aimaient, mes frères et sœurs aimables — c’était vraiment une famille chaleureuse. Je pense encore beaucoup à eux même aujourd’hui. »

Son expression s’était détendue alors qu’il se remémorait de son passé.

« Mais nos jours heureux n’ont pas duré longtemps. Ils ont pris fin peu après mes six ans, » continua-t-il.

Son expression détendue s’était transformée en un sourire amer rempli de culpabilité.

« Un jour, alors que mon père et ma sœur étaient sortis, ma mère nous a emmenés, mon frère et moi, faire une promenade dans la forêt pour arrêter une crise de colère que j’avais eue, » continua-t-il.

Derrière son sourire forcé, Alnoa grinçait des dents. Il avait continué à raconter l’histoire, faisant sortir les mots de sa bouche un par un.

« Pendant notre marche, nous avons été attaqués par des bandits. Je n’ai entendu cela que plus tard, mais il semble qu’il s’agissait en fait d’assassins engagés par des nobles qui visaient le trône. Bien sûr, j’étais complètement désarmé. Et même si je ne l’étais pas, j’aurais été incapable de me défendre. J’aurais dû mourir ce jour-là, » il avait continué son monologue empli d’amertumes.

« Mais ma mère nous protégeait, moi et mon frère... et cela même si elle avait déjà transmis le pouvoir de la Valkyrie à ma sœur, » continua Alnoa.

« Al..., » murmura Cécilia.

« Et c’est comme ça qu’elle est morte — afin de me protéger. Mon frère a aussi essayé de me protéger, mais il ne pouvait pas faire grand-chose. Même au bord de la mort, ma mère n’a pas pleuré. Elle m’a serré dans ses bras et m’a dit : “Al, mon cher fils. C’est normal de pleurer maintenant. Mais une fois que tu arrêteras de pleurer, tu dois t’endurcir. Deviens un homme fort. Deviens un homme qui protégera les faibles. Tu peux encore...” Et puis elle a fermé définitivement les yeux. »

Alnoa avait laissé échapper tout l’air qui restait dans ses poumons en un profond soupir.

« Ses dernières paroles n’ont peut-être pas été des plus profondes. Elles étaient même presque un classique. Mais ce sont les derniers mots que ma mère m’a laissés. C’était son dernier souhait qu’elle avait pour moi, » déclara-t-il.

Après une courte pause, il avait continué. « Alors, comme ma mère le souhaitait, je dois devenir fort. Je dois être un roi qui sauve le plus de personnes possible, quel qu’en soit le prix que je devrais payer. »

Puis, son histoire terminée, Alnoa s’était enfin levé.

« C’est pourquoi vous aidez les fugueurs et les esclaves, » demanda Sharon. Elle avait détourné son regard d’Alnoa, mais... « Eh bien, j’ai entendu ce que je voulais entendre, donc je suppose que je devrais maintenant vous donner un coup de main. »

Son sourire semblait beaucoup plus chaud que d’habitude.

« Vous avez entendu cet homme, » déclara Sharon, d’une voix digne, mais froide. « Si vous ne voulez toujours pas coopérer, je vous forcerai à changer d’avis. J’espère que vous êtes tous prêts pour ça. »

Sharon avait sorti son épée longue pour intimider la foule.

« Alors, qu’en dites-vous ? » demanda Sharon.

Elle avait fait un pas en avant sans crainte, mais malheureusement, sa stratégie s’était retournée contre elle.

« Recule ! Tu inventes juste une histoire larmoyante pour nous faire sentir malheureux ! » cria Juju.

Juju avait concentré son énergie magique dans ses mains. En la voyant agir, les hommes qui l’entouraient l’imitèrent aussi. Il semblait qu’ils pouvaient utiliser la magie sans catalyseur.

« Ne faites pas ça ! » criai-je.

Je dois mettre un terme à tout ça tout de suite, sinon...

Alnoa cherchait désespérément des paroles qu’il pouvait utiliser pour calmer la foule agitée.

« Attendez une minute ! Vous ne comprenez pas mes intentions ! » déclara Sharon alors qu’elle se dépêchait de rengainer son épée, mais il était trop tard. Beaucoup trop tard.

Devrons-nous vraiment les combattre ? Il n’y a pas d’autre moyen !?

Feena était apparue à côté de lui alors qu’il cherchait désespérément une réponse.

« H-Hé ! » Feena avait fait un regard rassurant sur Alnoa avant de continuer vers la foule.

« Je t’ai dit de reculer ! » cria Juju.

Feena et Juju étaient dans une impasse. Juju était une grande fille musclée. Elle avait même l’air un peu plus grande qu’Alnoa. Feena aurait normalement l’air d’une petite enfant à côté d’elle, mais pour Alnoa, à ce moment-là, Feena dominait Juju.

« Pensez-vous pouvoir sauver quelqu’un avec vos misérables pouvoirs magiques ? » Un froid glacial avait traversé les épines d’Alnoa et de Sharon en entendant les paroles glaciales de Feena.

« Feena ? » demanda Alnoa.

Feena avait fait un autre pas en avant.

« Qu’espérez-vous sauver avec votre pathétique magie ? Vous qui êtes devenus des esclaves ? Votre cœur est-il perdu quand vous êtes devenu des esclaves ? Ou peut-être..., » Feena avait plissé ses yeux en des fentes tranchantes et mortelles. « Vous voulez juste sauver votre orgueil faible et fragile ? »

Feena avait impitoyablement brisé le dernier pilier de soutien de Juju avec ses mots cruels et sans émotion.

« Argh ! La ferme ! Ferme-la, c’est tout ! » Juju avait déclenché son sort, rempli de toute sa fureur refoulée.

« Aarrrrrgh ! »

Son sort avait déclenché une réaction en chaîne, déclenchant également les attaques des autres. Toute la foule avait dirigé sa magie vers Feena, mais...

« C’est le mieux que vous pouvez faire ? » D’un simple coup de baguette magique, Feena dissipa leur magie envoyée sur elle.

« Merde ! On ne peut rien faire ! »

« Non ! Je refuse d’abandonner ! »

Juju avait poussé pour se frayer un chemin à travers la foule et avait chargé vers Feena, mettant toute sa force restante dans son poing. Feena se tenait parfaitement immobile, suivant calmement l’assaut de Juju, la jeune fille épuisée arriva sur Feena avec une détermination inébranlable dans les yeux.

Son poing s’était connecté avec la joue de Feena, puis l’avait légèrement fait frémir, n’infligeant aucun mal. Juju était complètement dépouillée de sa force magique et physique. Le combat s’était terminé par un échec total.

Ou, du moins, c’était comme ça que ça aurait dû être.

« Outch. J’ai perdu, » déclara Feena d’une voix monotone, puis elle s’effondra dramatiquement sur le sol.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Alnoa.

Même Juju ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Elle alternait son regard entre son poing et Feena, effondrée sur le sol.

Qu’est-ce qui se passe ?

Puis, Feena se leva, comme si rien ne s’était passé, et regarda une Juju abasourdie dans les yeux, confirmant que ce n’était rien de plus qu’une blague qu’elle lui avait jouée.

« Je suis désolée de vous avoir testé comme ça. Vous êtes une puissante guerrière et une puissante mage. Et vous avez un cœur fort, » déclara Feena.

« Hein ? Quoi ? » demanda Juju.

Feena s’approcha lentement de la jeune fille complètement abasourdie et saisit ses mains. Puis, les mains de Juju dans les siennes, elle avait regardé la foule devant elle.

« Vous êtes tous forts. Esclaves ou pas, je... non, Althos a besoin de citoyens forts. Nous avons besoin d’un lien fort pour construire un pays. Un lien semblable à celui qui existe entre les membres d’une famille. Oui, c’est vrai que nous vous avons acheté, mais ce n’était pas pour vous garder comme esclaves. Nous avons fait un investissement... croyant que vous deviendriez l’un des nôtres, que vous seriez en mesure de nous aider à réaliser nos rêves, que vous seriez en mesure de nous aider à construire un pays. Alors s’il vous plaît, je vous en supplie. Libérez-vous de vos chaînes. Vous n’êtes plus des esclaves. Vous êtes citoyens d’Althos. Vous faites désormais partie de notre famille. »

Sa petite voix portait à travers les terrains d’entraînement abandonnés. À la grande surprise d’Alnoa, le discours de Feena avait eu un énorme effet sur la foule furieuse.

« Wooo ! »

Certains d’eux criaient de joie, tandis que d’autres pleuraient ou s’enlaçaient. Les esclaves libérés étaient remplis de bonheur.

Eh bien, je suppose que tout est bien qui finit bien.

Alnoa avait placé sa main sur sa poitrine soulagée.

« Wahhhh, Mademoiselle ! Je ne sais pas encore comment nous pouvons vous aider, mais nous n’allons pas vous laisser tomber, vous ou votre pays ! » Une Juju, profondément émue, enveloppa ses bras autour de Feena et la serra dans ses bras.

« Ah ! » Et la Diva confuse n’aurait pas pu repousser la fille même si elle le voulait. Elle n’avait pas d’autre choix que d’accepter l’affection de Juju.

Alnoa avait regardé ça, ne laissant pas la vérité se mettre en travers de la scène réconfortante se trouvant devant lui. Il se fichait que Feena ne fût pas une citoyenne d’Althos, ou que ce n’était pas lui qui résolvait le problème. La seule chose qui comptait, c’était que Feena avait accompli en quelques minutes ce qui lui avait pris des années auparavant. Elle avait réussi à les libérer de leurs liens. Alnoa ne pouvait s’empêcher de l’admirer.

Feena avait courbé les coins de sa bouche en un sourire maladroit et avait salué la foule, puis elle était retournée du côté d’Alnoa.

« Beau travail, » déclara Alnoa.

« Bon travail, Feena, » déclara Sharon.

Sharon et Alnoa avaient accueilli Feena. Feena était revenue à son attitude stoïque habituelle tandis qu’Alnoa avait un énorme sourire et Sharon faisait la moue pour une raison inconnue.

« Ce n’était rien de spécial... J’étais juste une bonne épouse, comme le dit le livre, » déclara Feena.

Les joues de Feena avaient été tachées d’un rose pâle pendant un bon moment après les événements de la journée.

***

Partie 5

« Préparez-vous, sale tripoteur d’enfant ! Espèce d’obsédé sexuel ! »

Le lendemain, le bureau d’Alnoa s’était à nouveau transformé en champ de bataille. Sharon avait dégainé son épée et l’avait pointée vers Alnoa, qui reposait sa joue sur sa toute nouvelle table, mais cette fois, elle ne le frappait pas.

« Haha ! Vous croyez que je serais assez stupide pour répéter la même erreur ? Je ne vais pas vous frapper pour que mon épée soit à nouveau déviée ! Mais comme je l’ai déjà dit, aujourd’hui est le bon jour. Alors, préparez-vous ! » cria Sharon.

« Ça suffit, » déclara Feena.

« Je suis en train de l’assassiner ! Alors, sortez d’ici ! » cria Sharon.

« Vous regretterez de m’avoir dérangée pendant que j’étais seule avec lui, » répliqua Feena.

« N’avons-nous pas eu la même conversation hier ? » demanda Alnoa.

Alnoa avait un fort sentiment de déjà-vu. Il semblait que les filles allaient se battre, peu importe à quel point il protestait. Mais alors qu’Alnoa était sur le point d’accepter son destin cruel, un sauveur inattendu était arrivé.

« Al, es-tu là !? J’ai quelque chose à... wôw, » s’écria une voix d’homme.

Un jeune homme costaud et grandement bronzé était arrivé. Il était un peu plus âgé qu’Alnoa et revêtu d’une armure de cuir. Il se tenait en ce moment complètement désorienté au pas de la porte. Il était ensuite entré dans la pièce juste au centre du conflit entre Sharon et Feena. Il s’agissait d’un geste qui aurait signé l’arrêt de mort de la plupart des autres hommes, mais celui-ci n’avait même pas bronché devant le danger. D’un seul geste, il avait dégainé l’épée attachée à son dos et avait dévié la frappe de Sharon, tout en érigeant un mur de glace pour se protéger de la boule de feu de Feena.

« Wôw, maintenant ! » Il avait regardé dans la pièce après avoir paré les attaques des deux Divas en même temps comme si cela n’était pas de son fait.

« Qui êtes-vous ? » Réalisant immédiatement le potentiel du jeune homme, Sharon avait fait quelques pas en arrière et avait réajusté la prise sur son épée.

« Il est dangereux... On devrait l’éliminer avant qu’il n’arrive à Al, » annonça Feena alors qu’elle avait plissé ses yeux et s’était préparée à déclencher à l’improviste plus de magie.

« Attendez, non, il est..., » commença Alnoa.

Alnoa avait essayé de reprendre le contrôle de la situation volatile. Cependant, après avoir regardé du côté de Sharon et de Feena pendant un moment, le jeune homme avait interrompu Alnoa avant qu’il ne puisse continuer. « Al, espèce de play-boy ! Quand t’es-tu dégoté ces deux jolies filles ? Comme si tu n’en avais pas déjà assez ! Tous ces satanés rois sont comme ça ! Ne m’oblige pas à brûler ton château ! »

« Hé, Jamka ! Je vois que tu n’as toujours pas de filtrage présent sur ta grande gueule ! » s’écria Alnoa.

Alnoa avait poussé un soupir avant de se déplacer pour présenter l’homme aux deux Divas, quand il avait à nouveau été interrompu.

« Alnoaaaaaaaa ! » cria quelqu’un d’autre venant du pas de la porte.

Une ombre agile avait surgi de derrière Jamka et s’était lancée sur la poitrine d’Al.

« Oomph ! » s’écria le roi alors que l’ombre le faisait tomber sur le sol, sans défense.

Il s’était mis à parler à cette nouvelle arrivante. « Outch... Brusch, c’était un sacré salut que tu me fais là. »

Malgré la douleur que subissait Alnoa, il avait serré la tête de la fille dans ses bras. Du côté de la nouvelle venue, elle s’était blottie joyeusement contre la poitrine d’Alnoa alors qu’il lui caressait doucement ses cheveux courts et désordonnés.

« Hehehehe ! Alnoa, je t’offre quatre jours d’amour avec moi ! » déclara Brusch.

Brusch leva énergiquement son visage bronzé de la poitrine d’Alnoa afin de pouvoir regarder le visage d’Alnoa. Ses yeux de jeune enfant débordaient de bonheur.

« Haha, oui. Quatre jours, » répondit-il.

Elle deviendra certainement une femme magnifique.

Il lui avait caressé une dernière fois la tête avant de se lever, mais...

« Je savais que vous étiez un tripoteur d’enfant ! » cria Sharon.

« Je peux aussi faire semblant d’être une enfant... si c’est ce que tu aimes, » annonça Brusch sur un ton mignon.

« Al, combien de fois dois-je te dire de ne pas caresser ma petite sœur ? » s’écria Jamka.

Le jeune roi se retrouva pris dans un feu croisé provenant de trois sources avant de pouvoir se libérer de l’étreinte de la petite Brusch. Alnoa avait évalué ses options. D’un côté, il voulait protester contre leurs revendications, mais, en regardant la fille heureuse se trouvant dans ses bras, il ne pouvait pas la laisser prendre tout le blâme. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de pousser le soupir du vaincu.

« Laissez-moi vous présenter ces deux-là. L’homme qui se tient là est mon commandant en chef, le ministre des Finances publiques et un ami très proche. Il s’agit de mon bras droit, Jamka, » Alnoa avait continué les présentations, ignorant les regards froids de tout le monde.

« Et cette fille est sa sœur, l’actuelle chef du rensei..., » commença Alnoa.

« Salut, je suis Brusch ! Dans le futur, je vais devenir la femme d’Al ! Hehehe ! Wôw, je l’ai vraiment dit ! » Elle avait déclaré avec innocence son aspiration la plus intime tout en s’accrochant à Alnoa.

Merde.

Un silence mort remplissait la pièce, suivi d’une colère si épaisse qu’elle était palpable.

« Je ne peux pas laisser cette position..., » Feena s’était approchée de la petite fille. « Je suis la future femme d’Al, Lesfina. Je suis la favorite de ses candidates fiancées. Puisque vous êtes une amie d’Al, appelez-moi Feena. Enchantée de vous rencontrer. »

Elle met vraiment l’accent sur le mot amie, n’est-ce pas ?

« Attendez une minute. Qu’est-ce qui fait de vous la favorite ? » demanda Sharon. « Pas que ça me dérange, mais... En fait, ça me dérange ! »

Sharon se tourna vers Brusch et lui fit un sourire raide.

« Je suis la plus forte candidate fiancée d’Al, Sharon. C’est agréable de rencontrer quelqu’un qui n’est pas encore au courant de ça, » déclara Sharon.

Sharon s’était ensuite retournée vers Feena et lui avait rendu son regard glacial avec un regard stimulant. Des étincelles rouges et bleues avaient semblé traverser la pièce.

« Vous savez, vous n’avez vraiment pas à vous battre pour tout ça parce que vous êtes toutes les deux des Divas, » grogna tranquillement Alnoa.

« Je l’ai poussé au sol au moment où nous nous sommes rencontrés, » déclara Feena, en prenant l’initiative.

« Ouais ? Ce n’est rien ! Non seulement je l’ai poussé au sol, mais il m’a touché. Vous savez, là-haut..., » Sharon répliqua avec un peu moins d’entrain que Feena, néanmoins, ses yeux semblaient briller d’un certain flamboiement.

« C’était juste un accident. Ça ne compte pas, » répliqua Feena.

« Le vôtre aussi était un accident ! » répliqua Sharon.

« Hahahaha ! Tu as déjà recruté des concubines avant notre mariage ? Tu es si attentionné, Al ! » déclara Brusch.

« Concubines !? » s’exclamèrent Sharon et Feena.

Leurs regards combinés auraient pu faire fuir n’importe qui au loin, mais Brusch avait bravement tenu bon lors de l’affrontement entre les trois jeunes femmes.

« Ouah, Al, espèce de bête ! Tu es un vrai prédateur de dames, n’est-ce pas ? J’espère que tu mourras dans un incendie, que tu reviendras à la vie, puis que tu mourras à nouveau ! » ajouta Jamka, à moitié en plaisantant.

« Et vous deux, vous savez, Al et moi l’avons déjà fait..., » annonça fièrement Brusch.

« « Quoi !? » » S’écrièrent les deux Divas.

En essayant de rivaliser avec ses rivales, Brusch, aux joues roses, avait laissé échapper l’une de ses plus folles illusions.

« Brusch, je suis sûr que je m’en souviendrais, » Alnoa avait immédiatement essayé de protester contre ses affirmations scandaleuses, mais ses mots avaient été interrompus par les deux Divas.

« Haha, quelle bonne blague ! Il n’a certainement pas les couilles de faire quelque chose comme ça ! » lâcha Sharon.

« Je suis d’accord. Al ne lèvera pas le petit doigt sur nous, peu importe à quel point nous essayons de l’amener, à... Il ne ferait jamais rien avec vous, » déclara Feena.

« Je suis toujours là, vous savez ! Pourquoi tous les combats entre vous déchirent-ils toujours mon âme ? » s’écria Alnoa.

« Arghh ! Je me casse le cul pour toi jour après jour, et tout cela seulement pour que tu corrompes ma petite sœur !? Et tu fais ça tout en jouant avec deux autres filles !? Est-ce que tout ça n’est qu’un jeu pour toi ? » Jamka avait porté sans pitié le coup de grâce.

Les gars, ça suffit !

« Je ne suis pas après Brusch, et je ne joue pas avec ces deux-là ! Ce sont elles qui..., » commença Alnoa.

« Argh ! » s’écria Sharon.

« Mourrez ! » Lâcha Feena.

À ce moment-là, Sharon trancha en deux parts un vieux livre qui traînait par là, tandis que Feena faisait apparaître une boule de feu plus grande que le haut de son corps. Alnoa n’avait pas d’autre choix que de concéder une défaite.

« D’accord. Je suis désolé... Attendez ! Jamka ! Es-tu venu ici pour me faire passer pour un idiot ?! » s’écria Alnoa.

« Et maintenant, pourquoi es-tu en colère ? » demanda Jamka.

Libérant sa colère, Alnoa avait regardé Jamka. Après avoir interrompu son travail et déchiré son cœur par leurs folles accusations, personne ne pouvait blâmer Alnoa pour sa soudaine flambée de colère.

Quand ils virent Alnoa si frustré, tout le monde avait décidé de faire une trêve temporaire. Jamka sauta sur le canapé, ignorant l’atmosphère de colère présente dans la pièce.

« Alors, tu as acheté un autre lot d’esclaves, hein ? Je sais que nous avons besoin de plus de populations, mais maintenant nous avons tellement de conneries bureaucratiques à gérer ! Il s’agit de cartographier les relations de chacun, de trouver des lieux de vie, de tester leurs aptitudes professionnelles... Dès maintenant, tiens-moi au moins au courant à l’avance ! » déclara Jamka.

Jamka s’était finalement souvenu de ce qu’il était venu chercher et avait essayé de remettre la conversation sur les rails.

« Oh. C’est de la faute, » mais Alnoa avait rapidement cessé ses plaintes avec une seule phrase. Tout le monde dans la pièce, sauf Alnoa, avait réalisé qui était la véritable colonne vertébrale d’Althos.

« Eh bien, » continua Jamka. « Nos finances seront bonnes pour encore un certain temps grâce au butin que nous avons obtenu lors de la bataille de l’autre jour contre Freiya, mais... Je ne pense pas qu’on achètera d’autres esclaves pendant un bon moment. »

« Pourquoi pas ? » demanda Alnoa.

Jamka gloussa et sourit à Alnoa, retardant cruellement l’annonce pendant un moment avant de laisser tomber la grande nouvelle.

« Parce que l’Empire a capturé Labona hier soir, » lâcha Jamka

« Hein ? » s’écria Alnoa.

Alnoa avait compris ce que Jamka avait dit, mais tout ce qu’il avait pu faire, c’était d’être étonné par l’annonce. Cela ne faisait même pas vingt-quatre heures qu’il avait rencontré Bouzen, le célèbre marchand d’esclaves de Labona.

« Les dix gouverneurs ont été décapités, et ils ont massacré tous ceux qui résistaient ou s’enfuyaient. Les autres ont été réduits en esclavage par l’Empire. Il ne restait plus qu’une petite équipe squelettique pour que la ville puisse continuer à fonctionner, » Jamka haussa les épaules avant de continuer. « Les chanceux qui étaient loin de la ville au moment de l’attaque sont toujours en sécurité. Une poignée de personnes ont également réussi à passer à travers les griffes de l’Empire, mais il n’y en a pas beaucoup. Seulement une cinquantaine de marchands. »

Cela me fait me souvenir d’une chose. Je pense que Bouzen a mentionné qu’il faisait un détour vers l’est, afin de faire du colportage, avant de retourner à Labona. Je suppose que sa chance s’est désormais épuisée avec ça.

« Je suis désolée, Alnoa. Labona est tombée avant que je puisse les prévenir..., » déclara Brusch.

Brusch s’agita et pencha la tête en raison de sa déception. Malgré son âge, elle avait quand même assumé la responsabilité de diriger l’agence de renseignement d’Althos.

« Ne t’inquiète pas. Ce n’est pas ta faute, » sans tenir compte du regard froid des Divas, Alnoa lui tapota doucement la tête.

« Comment cela s’est-il passé si vite ? » demanda Alnoa. « Je sais qu’ils étaient neutres et n’avaient pas d’alliances, mais ils avaient une énorme puissance militaire. La ville grouillait de mercenaires et d’armées privées. »

« Je n’en sais rien, » Jamka leva les mains et haussa les épaules en répondant à Alnoa. « Les quelques chanceux qui se sont échappés avaient tous des histoires farfelues à propos de monstres d’ours ou des créatures volantes qui se déchaînaient dans la ville. L’Empire a-t-il une telle magie ? »

Est-ce comme ce monstre que j’ai combattu lors de la chasse à l’homme ? Oh, c’est vrai. Jamka est resté pour défendre la ville, donc il ne sait rien d’eux.

Alnoa et les Divas avaient échangé un regard et ils avaient ensuite expliqué à Jamka et Brusch tous au sujet des abominations.

« Je vois. Ils ont utilisé une créature comme ça ? » Intrigué, Jamka plissa les sourcils.

« Ouais. Feena examine encore les détails, mais je suis sûr que le fait qu’ils occupent la principale plaque tournante du commerce des esclaves est lié d’une façon ou d’une autre aux abominations, » déclara Alnoa.

Nous avons vraiment besoin de plus d’informations.

Alnoa étant perdu dans ses pensées, la pièce était restée silencieuse pendant un certain temps.

« Je vais... Je vais y jeter un coup d’œil ! » Brusch, qui était encore accrochée au bras d’Alnoa, fut celle qui avait rompu le silence. La minuscule chef des renseignements leva les yeux vers Alnoa, ses yeux débordant de détermination.

« Non, je ne te laisserai pas faire. Il y a trop de choses que nous ne savons pas encore. C’est trop dangereux, » Alnoa avait immédiatement rejeté l’idée, mais quelqu’un d’inattendu était intervenu.

« Ce qui la rend encore plus importante, » Jamka, qui avait un cas sérieux de complexe de sœur, avait pris sa défense.

« Huh !? Mais quand même..., » commença Alnoa.

Jamka avait gonflé sa poitrine en toute confiance devant un Alnoa agité. « Ne t’inquiète pas ! Je m’assurerai que les personnes les plus compétentes l’accompagnent ! Même si elle échoue, elle... Aïe ! »

Brusch se déplaça rapidement derrière Jamka et lui donna un coup de pied sur ces fesses.

« Je ne veux pas entendre ça de quelqu’un qui ne peut même pas couvrir ses propres fesses ! Al, ne t’inquiète pas ! Je vais rassembler toutes les informations que je peux. Je serai à la maison avant même que tu réalises que je suis partie ! » Puis Brusch avait sprinté hors de la pièce, ne donnant pas à Alnoa une chance de l’arrêter.

« Franchement, pourquoi personne n’écoute mes ordres !? » s’écria Alnoa.

Depuis Jamka, se tenant à côté de lui, des rires violents avaient éclaté. « Ne t’inquiète pas, Al ! Je l’ai personnellement formée ! Je lui ai appris tout ce qu’il y a à savoir sur la magie et l’épée, et elle a un vrai don pour l’arc ! Et il n’y a personne dans le royaume de mieux qu’elle pour recueillir des informations. Elle reviendra saine et sauve, c’est sûr. »

La confiance de Jamka en sa sœur était absolue.

« Tu as raison. Je devrais avoir foi en elle, » répondit Alnoa.

Le sourire inébranlable de Jamka avait mis Alnoa à l’aise. Alnoa était toujours inquiet, mais il avait également décidé de faire confiance à Brusch.

« J’avais d’autres choses à dire, mais je crois que j’ai assez grondé Al pour cette journée. Je suppose que je vais retourner travailler, » déclara Jamka.

« Merci, » déclara Alnoa.

Jamka s’étira et commença à quitter la pièce, mais il s’arrêta à l’entrée.

« Hein ? Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Al.

« Dis-moi, Al. Je sais que leur traitement dans l’Empire est inacceptable, mais penses-tu vraiment que la libération des esclaves peut leur apporter le vrai bonheur ? » Le dos tourné vers Alnoa, Jamka avait posé une question inattendue.

« Bien sûr, bien sûr. Tu es heureux, n’est-ce pas ? » Ne saisissant pas le sens des paroles de Jamka, Alnoa avait donné une réponse rapide et simple.

« Hahaha. Oui, je suppose. Désolé. Oublie ce que j’ai demandé, » sa voix habituelle, légère et joyeuse, semblait vide.

 

☆☆☆

Le bruit des chevaux au galop remplissait la nuit totalement noire.

« Capitaine Brusch, ennemis sur notre... gahhh ! » cria un homme.

« Luu ! » Brusch n’avait pas le luxe de s’arrêter et de voir ce qui était arrivé à son subordonné. Elle ne pouvait que crier son nom.

« Contre quoi nous battons-nous ? » Il n’y avait personne pour répondre à sa question.

L’équipe de reconnaissance de Brusch avait été attaquée par un assaillant inconnu. L’équipage d’élite que Jamka avait choisi pour sa précieuse petite sœur avait senti le danger et avait mis en scène une retraite rapide et ordonnée, laissant derrière eux un piège pour ralentir leurs poursuivants. Mais l’ennemi avait chargé en étant imprudent quant à tout ce qui pouvait les attaquer, passant à travers le piège de l’équipe de reconnaissance sans s’en formaliser puis il était resté sur leurs talons.

« Comment ont-ils pu passer à travers la bombe au poivre d’Al !? » s’écria-t-elle.

Brusch s’était retrouvée dans une situation très dangereuse. Son équipe d’éclaireurs d’élite avait été anéantie, la laissant seule. Elle ne pouvait même pas dire s’ils avaient été capturés ou tués. Mais malgré la gravité de sa situation, Brusch réfréna son anxiété et galopa à travers les plaines aussi vite qu’elle le pouvait. Elle avait douloureusement promis à son équipe déchue qu’elle reviendrait les chercher.

La première règle de Jamka pour l’équipe de reconnaissance : Ne faiblissez jamais, même si vos camarades sont tombés. Rapportez l’information chez nous en toute sécurité, même si vous revenez seul. Cela faisait partie du code de conduite interne de l’équipe, tenu secret même pour le roi Alnoa. Brusch n’arrêtait pas de répéter cette règle à elle-même, essayant de garder ensemble les fragments de son cœur brisé.

« Ahh ! »

De l’obscurité vint une boule de feu qui s’écrasa sur le flanc de son cheval. Tout son abdomen avait été réduit en charpie, le tuant instantanément et l’envoyant s’écraser sur le sol.

« Qu’est-ce qui se passe... !? »

Brusch avait sauté du cheval mort et avait atterri en toute sécurité.

« Qu’est-ce que c’est... ? »

Ses mots ont été pris dans sa gorge. Une obscurité indicible, plus sombre que le ciel sans étoiles, la consumait lentement.

« Al... »

Elle ne pouvait que murmurer ce dernier mot. Le silence régnait alors sur la plaine noire. Un silence complet et absolu, loin du silence typique de la nuit. Pas une seule chose vivante ne pouvait être entendue ou vue dans l’obscurité impénétrable.

***

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Un commentaire

  1. Merci pour la traduction )

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