Bienvenue au Japon, Mademoiselle l'Elfe – Tome 2 – Chapitre 1 – Partie 3

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Épisode 1 : La conquête de l’Ancien Donjon

Partie 3

Elle avait cligné des yeux. C’était peut-être un peu soudain, mais je ne pouvais pas laisser une jeune fille chez moi sans rien à manger. Bien qu’elle soit en fait une elfe âgée de plus de cent ans, je m’inquiétais encore pour elle.

« Ça ne me dérange pas, mais je n’ai pas encore appris à utiliser cette cuisine. Je préférerais quelque chose qui ne nécessite pas l’utilisation du feu, » déclara Marie.

Elle avait sauté de son siège et m’avait suivi. Je vivais dans un appartement 1DK, c’est-à-dire que je pouvais marcher de ma chambre à coucher à la salle à manger, puis à la cuisine en quelques pas seulement.

J’avais ouvert la porte du réfrigérateur. Je l’avais sentie se coller à mon dos alors qu’elle me regardait, et cela m’avait rendu heureux.

« Est-ce… du poulet ? C’est couvert de blanc, » demanda Marie.

« C’est du yaourt. Je l’ai laissé reposer toute la nuit pour que toute la saveur soit imbibée à l’heure du repas, » répondis-je.

La plupart des gars qui vivaient seuls ne cuisinaient pas vraiment… Eh bien, j’avais entendu dire que ça avait changé dernièrement.

C’était plus économique pour moi de cuisiner, et je devais aussi penser à son alimentation. Je ne pouvais acheter que des accompagnements et du bento, mais je préférais faire la plupart de nos repas. Je devais aussi penser à gagner du temps puisque je travaillais à temps plein, mais j’avais des sacs en plastique refermables pour m’aider à ce niveau-là.

Dans l’un de ces sacs se trouvaient des oignons râpés, du basilic, du garam masala, et d’autres choses que j’avais sous la main. Le four serait utilisé plus tard, de sorte que la plupart des légumes parfumés devraient bien s’accommoder avec.

« Je veux que tu utilises le four pour cuisiner ça vers midi, » déclarai-je.

« Je n’ai jamais utilisé de “four” auparavant. Es-tu sûr que ça va aller ? » demanda Marie.

« Je pense que cela devrait aller. Tout ce que tu as à faire est d’appuyer sur ce bouton et de régler la minuterie, » répondis-je.

Afin de le lui montrer, j’avais appuyé sur le bouton, et ses yeux violets s’étaient plissés vers moi.

« Attends ! Me dis-tu que c’est aussi simple que ça ? » demanda Marie.

Bien sûr que ça l’était. Si tout le monde dans un appartement utilisait des fours, alors tout le monde allumait ce genre de machine tout le temps.

« J’ai pensé qu’il fallait que j’allume un feu. Il semble que beaucoup de choses peuvent être résolues d’une simple pression sur un bouton dans ton monde, » déclara Marie, me regardant avec émerveillement.

Elle avait raison, vu que j’avais appuyé sur un tas de boutons sur mon clavier toute la journée pour gagner ma vie…

Elle était encore en pyjama alors qu’elle avait regardé dans le four. Elle avait appris les commandes en un rien de temps. En tant qu’elfe fiable et sorcière spirituelle, il semblerait qu’apprendre à faire fonctionner un four à micro-ondes n’était pas du tout un défi pour elle.

« Après l’avoir mis dans un plat, il faut le laisser cuire pendant vingt minutes. Tu devrais le manger avec un peu de ce pain, » déclarai-je. « N’oublie pas d’utiliser ces mitaines lorsque tu retires le plat du four, car tout cela sera très chaud. »

« OK, ça ne devrait pas être trop dur. La nourriture n’aura probablement pas très bon goût avec un procédé aussi simple, » déclara Marie.

Oh, je ne suis pas si sûr de ça…, pensai-je.

Mais je m’étais dit qu’il valait mieux qu’elle le goûte par elle-même plutôt que de lui répondre tout de suite. J’avais déjà hâte de quitter le travail pour entendre ce qu’elle en avait pensé.

Puis, j’avais levé les yeux vers l’horloge pour constater que je devais commencer à me préparer pour le travail dès maintenant. Je lui avais rapidement dit comment ranger le plat, puis je m’étais précipité pour aller me préparer. En passant de mon pyjama à mon costume, j’avais entendu la voix de Marie derrière moi.

« Pendant que je commence à travailler sur ce plan dont nous avons parlé plus tôt, je vais étudier un peu plus le japonais et aussi voir si je peux communiquer avec les esprits dans ce monde. Je m’occupe de la vaisselle et de la lessive, alors passe une bonne journée au travail, d’accord ? » déclara Marie.

J’avais l’impression d’être marié à une belle femme au foyer. Mais nous avions l’air d’un homme plus âgé et d’une jeune fille du point de vue d’un étranger, de sorte qu’elle ressemble peut-être plus à une sœur qu’à une épouse.

Une fois prêt, je lui avais remis la clé de mon appartement et m’étais tenu à l’entrée. « Je vais y aller maintenant. Je prendrai les dispositions nécessaires pour que tu puisses me contacter rapidement en cas d’urgence. »

Quand je lui avais dit ça… c’était peut-être parce qu’elle s’était habituée à ce qu’on soit ensemble tout le temps, mais elle semblait un peu triste, et peut-être que moi aussi, je l’étais. J’avais clairement senti qu’elle me manquait déjà. Elle avait toujours été quelque part dans mon champ de vision ces derniers jours, alors que nous avions tous les deux apprécié les conversations entre nous.

« À tout à l’heure. Travaille dur, d’accord ? » déclara Marie.

Un homme ne pourrait pas demander de meilleurs mots d’encouragement. Si tout ce que j’avais à faire pour revenir à la maison et lui parler à nouveau, c’était de bien travailler, et c’était sûr que j’allais faire de mon mieux.

Marie agita la main, souriant avec le soleil du matin dans son dos tout en regardant franchir les couloirs de l’immeuble.

 

 

***

Ainsi, Kazuhiro s’était donc mis au travail à contrecœur…

De son côté, Mariabelle s’était lentement acclimatée à la vie au Japon : elle avait nettoyé la vaisselle, l’avait essuyée avec un torchon, puis l’avait placé sur le plateau prévu pour ça. Après ça, elle avait nettoyé le sol avec un balai et avait suspendu les couvertures sur le balcon. Malgré sa petite taille, c’était un travail facile pour quelqu’un qui avait grandi dans la forêt.

Comparé à la façon dont elle devait auparavant remplir le bain d’eau, c’était presque trop facile. Tandis qu’il y avait quelques tâches dans le monde humain qui pouvaient être facilement accomplies avec l’utilisation de la Magie des Esprits, il était interdit de l’utiliser à moins que cela soit nécessaire. Le problème avec la société humaine était que même si quelque chose était efficace, on ne pouvait pas s’opposer aux coutumes qui avaient déjà été mises en place.

Mais sa vie quotidienne était maintenant devenue très agréable. Kazuhiro recherchait désormais l’efficacité tout comme elle, et il prenait en compte toute idée spontanée qu’elle lui proposait.

En parlant de cela, l’efficacité de certains gadgets tels que le réfrigérateur et le four à micro-ondes était stupéfiante…

Comme Mariabelle utilisait tout son temps libre pour étudier le japonais, elle s’était assise sur une chaise. Elle se balança les pieds en avant et en arrière pendant qu’elle mettait devant elle un cahier et du papier à lettres. L’étui à stylos et les stylos mettant en vedette différents personnages étaient si mignons qu’il suffisait de les regarder pour la mettre de bonne humeur.

Elle avait souri, puis elle leva le poing triomphalement et elle proclama. « J’en apprendrai assez pour pouvoir regarder et comprendre un anime ! »

Cela ressemblait à ce que dirait un étranger obsédé par la culture otaku, mais c’était la meilleure source de motivation qu’on puisse demander. Au fur et à mesure qu’elle en apprenait davantage sur la langue, elle pouvait comprendre les messages qui se cachaient derrière les œuvres et ce qui les rendait agréables.

Ses études avaient commencé avec des phrases de base utilisées dans la conversation quotidienne, puis elle s’était intéressée à des sujets plus avancés. Il n’y avait pas de raccourci pour apprendre une langue, et tout se résumait à se familiariser le plus possible avec elle. Et donc, pas à pas, elle avait continué… puis avait réalisé que c’était l’heure du déjeuner.

« C’est vrai, Kazuhiho m’a appris à cuisiner au four. Ça pourrait prendre du temps, alors je devrais commencer tout de suite, » murmura Marie pour elle-même.

Elle avait sauté de sa chaise et s’était dirigée vers le réfrigérateur. Après avoir préchauffé le four, elle avait sorti le poulet recouvert de yaourt du réfrigérateur. Elle avait coupé des pommes de terre non pelées et tapissé le fond d’un plateau résistant à la chaleur, placé le poulet sur le dessus, puis saupoudré de quelques herbes comme on lui avait appris à le faire. En appuyant sur quelques boutons, la cuisson avait commencé.

Une chose qu’elle n’avait pas prise en compte était la façon dont l’odeur délicieuse du poulet se répandrait dans la pièce pendant la cuisson. Cela l’avait distraite des études et elle s’était sentie obligée de s’arrêter plusieurs fois pour jeter un coup d’œil dans le four et vérifier comment il cuisait.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? » demanda Marie. « Je pensais que ce n’était qu’un plat simple… Le parfum des huiles cuites au four… et il a même ajouté du garam masala dans le mélange. Comment aurait-il pu ? Il sait que c’est mon préféré… »

Le poulet cuisait à la vapeur sous ses yeux, égouttant de savoureuses huiles sur les légumes du dessous. Les herbes d’assaisonnement avaient servi à rendre l’odeur des ingrédients incroyable et à faire grogner l’estomac de l’elfe avec impatience.

« Oh ! Plus que trois minutes. Je dois me préparer, » déclara Marie.

La jeune fille prépara rapidement des assiettes, du pain, un couteau et une fourchette.

« Je sais… »

Elle se souvint alors du DVD d’anime qu’elle avait laissé sur la table, et trouva un moyen délicieux de passer son temps pendant le repas.

Un sourire s’était élargi sur son visage, puis le bip électrique l’avait informée que la nourriture était prête. Il semblerait que l’elfe avait encore quelques préparatifs à faire rapidement.

Le yaourt dans lequel le poulet était trempé avait éliminé toutes les odeurs indésirables et finalement, cela sentait plutôt les herbes aromatiques. Dès que la nourriture avait touché sa langue, ses yeux pourpres s’étaient écarquillés en raison de la surprise. S’il avait été là, Kazuhiro lui demanderait sûrement. « Quel goût ça a ? »

« Je n’aimerais pas l’admettre, mais en ce qui concerne ta question, je n’ai pas d’autre choix que de dire que c’est tellement bon que je ne peux me contrôler, » pour une raison inconnue, elle avait complimenté la nourriture d’une manière détournée en pensant à son visage endormi.

Son regard frustré s’était naturellement relâché en un sourire dès qu’elle avait pris une autre bouchée. Et devant elle, un anime aux couleurs vives était visible. Son humeur s’était visiblement améliorée de minute en minute, et elle avait laissé sortir un « Mmmf ! » après avoir pris une autre bouchée de nourriture.

Les couvertures aérées au soleil sur la véranda étaient un peu trop paisibles et cela semblait l’inviter à dormir, peut-être à cause de l’odeur de la lessive qui soufflait doucement en raison du vent.

Malgré sa solitude, Mariabelle avait apprécié son séjour à la maison. Il va sans dire, bien sûr, qu’elle avait complètement oublié l’autre mission sur laquelle elle était censée travailler…

Kazuhiro, en revanche, n’avait pas oublié la mission.

***

Un train complet sur la ligne de Sobu était tout en haut de la liste des « trains que les gens ne veulent pas prendre ». Le train qui était bondé à ras bord était le spectacle familier de l’heure de pointe, et je m’étais vraiment retrouvé pressé contre la porte.

« Homme… J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de monde chaque année…, » alors que je murmurais ça à moi-même, je voulais au moins être ailleurs dans ma propre tête, alors j’avais commencé à réfléchir à l’autre monde malgré la pression des gens qui me poussaient sur le dos.

… Pour entrer dans un ancien donjon, nous avions besoin que la guilde des sorciers reconnaisse nos compétences. Ma « mission » était de trouver comment y parvenir. Soit dit en passant, ma partenaire était trop préoccupée par la nourriture japonaise et les anime pour y penser, mais je ne le savais pas à l’époque. Mais le fait de penser à sa sécurité était un sujet encore plus important que ma mission que je devais considérer.

Je ne savais pas pourquoi, mais je me réveillais toujours dans le monde des rêves quand je m’endormais. Inversement, je pourrais me rendormir ou mourir dans ce monde et je revenais toujours ici. Mais comme cela ne s’appliquait qu’à moi. Cela s’appliquait aussi à toute personne qui m’enlaçait quand cela se déclenchait, donc sa sécurité n’était pas garantie. Je ne m’en étais rendu compte que récemment, quand j’étais engagé dans une bataille avec des bandits.

Les bandits avaient comploté pour prendre Marie en otage, et j’étais tombé directement dans leur piège. J’avais l’impression que ce n’était qu’un rêve, alors je me réveillais si je mourais et tout irait bien pour moi. Mais à partir de maintenant, je devrais reconsidérer cette façon de penser, sinon, je la mettrais de nouveau en danger, et ça pourrait conduire à une erreur irréversible un jour. C’était important pour nous d’être reconnus par la guilde, mais je devais trouver un moyen de la protéger avant de penser à conquérir le donjon.

Maintenant que je savais que le monde qui selon moi n’existait que dans mes rêves était réel, je voulais éviter de la mettre en danger inutilement. En fait, ça ne me dérangeait pas d’abandonner l’exploration du donjon pour faire ça.

C’était juste pour montrer qu’il y avait une faille flagrante entre nous.

Nous étions tous les deux spécialisés dans l’attaque, et nous n’avions ni tank ni guérisseur pour nous protéger. Si nous avions eu une ligne de front dans notre combat contre les bandits, nous aurions pu aborder la bataille avec une stratégie complètement différente. Mais j’étais un peu trop fragile pour être un tank, et même si je voulais me téléporter avec Marie, la restriction de poids de ma compétence Sur la Route était beaucoup trop stricte. C’était au point que je ne pouvais même pas porter un bouclier sans dépasser la limite.

D’ailleurs, quand il s’agissait de combattre, j’étais plus apte à me battre seul. Je pouvais choisir d’attaquer ou de battre en retraite à la volée en utilisant ma capacité de téléportation à courte portée, mais cela ne fonctionnait bien que parce que je n’avais personne d’autre à considérer. Je devrais revoir mes pensées et ma stratégie à partir de maintenant.

Mais j’avais combattu seul tout ce temps, il était donc tout naturel pour moi de me tourner vers ce style de combat. Ce serait peut-être plus facile d’engager quelqu’un qui pourrait nous servir de tank…

Mais il y avait un problème avec ça : je n’avais pas beaucoup d’argent dans l’autre monde. Et pour le dire franchement, je ne voulais pas vraiment travailler pour de l’argent, même dans mon monde de rêve…

Comme j’aimais voyager, j’avais passé la plus grande partie de mon temps à profiter de la vue dans divers endroits, donc je n’avais pas non plus acquis une grande réputation en tant qu’épéiste. Cela signifiait qu’il m’était difficile de faire mes preuves en tant que membre compétent d’un groupe.

Notre mission était de prouver nos capacités, mais plus j’y pensais, plus j’avais des raisons pour lesquelles ça ne marcherait pas. Malgré ce que j’avais dit le matin, j’avais décidé que nous devrions probablement abandonner le donjon.

Alors que ces pensées m’avaient traversé l’esprit, mon téléphone avait commencé à vibrer. J’avais réussi à me tortiller suffisamment pour jeter un coup d’œil à mon téléphone dans le train bondé, et une notification inconnue s’était affichée sur mon écran.

Oh, un message texte, pensai-je.

Je n’avais presque jamais utilisé cette fonction auparavant, alors c’était un peu surprenant. Le mot « Kaoruko » était affiché, accompagné d’un simple salut et d’un message.

« Bonjour, Kitase-san. Avez-vous lu ce livre avec Mariabelle-chan l’autre jour ? J’ai aussi aimé celui-là, alors j’espère savoir ce qu’elle en pense. »

« Hmm, » avais-je murmuré, puis j’avais maladroitement commencé à taper une réponse.

« Marie a dit qu’elle aimait ça. Elle voulait savoir ce qui allait se passer, mais elle était trop fatiguée et s’est endormie. Elle semblait un peu frustrée quand elle s’est réveillée. »

Je lui avais répondu par texto, puis j’avais reçu une réponse indiquant qu’elle avait bien ri de mon message. Peu de temps après, j’avais reçu un message qui semblait être la principale raison pour laquelle elle avait décidé de me contacter.

« Si ça ne vous dérange pas, que diriez-vous d’avoir une petite rencontre ensemble ? Mon mari pourrait se joindre à nous selon la date, alors invitez aussi Mariabelle-chan. »

Oh, c’était une invitation plutôt proactive. Bien qu’il semblerait qu’elle espérait surtout voir Marie plutôt que moi.

Kaoruko était une femme qui vivait dans le même immeuble que moi et travaillait à la bibliothèque locale. Je m’étais souvenu que nous avions récemment échangé nos coordonnées pour mieux nous connaître. Ce qui m’avait troublé, c’était la quantité de travail que nous avions à faire et le fait que Marie serait ou non d’accord pour ça. Bien que nous vivions dans le même immeuble, il serait donc facile d’organiser une réunion.

Personnellement, être sociable n’était pas mon fort. Mais comme Marie était une elfe, cela pouvait être une bonne chose pour elle de se faire des amis au Japon. Kaoruko avait un tempérament amical, et Marie semblait amicale avec Kaoruko, compte tenu de la poignée de main qu’elle avait reçue la dernière fois.

Ouais, peut-être que je devrais apprendre quelques trucs à Marie et faire un pas en avant…

En me décidant, j’avais répondu que je serais heureux d’organiser un rendez-vous.

***

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2 commentaires

  1. Cela m'a donné envie de grignoter en pleine nuit:)

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