***Chapitre 3 : L’elfe noire visite un village des Royaumes Combattants
Partie 4
Baignée par la lumière du soleil qui filtrait à travers les rideaux, je me redressai. Mes cheveux un peu ébouriffés brillaient sous le soleil, dans le coin de mon champ de vision.
Le Japon est le nom d’un pays lointain. J’y étais déjà venue une fois, mais je ne comprenais toujours pas grand-chose. Mais je m’étais tellement amusée la dernière fois que je ne pouvais m’empêcher de rire aux éclats.
« Bonjour. Tu es déjà pleine d’énergie, hein ? » me dit un gars qui avait l’air endormi.
Kazu était grand ici, ce qui était inhabituel. Il avait grandi au Japon, mais je ne savais toujours pas comment. Ces derniers temps, je faisais souvent équipe avec Kazu, et nous étions devenus beaucoup plus proches depuis notre dernier séjour au Japon. Je n’avais pas besoin d’être sur mes gardes avec lui, ce qui le rendait bien meilleur que les autres mecs. Honnêtement, c’était plutôt sympa. Il n’était pas du genre à faire des choses inappropriées ou étranges avec moi. Même s’il faisait des choses étranges, comme cuire joyeusement une pizza dans un labyrinthe rempli de monstres.
« Bonjour », répondis-je. « À en juger par ton apparence, on doit être au Japon, non ? »
« Ouais. Bienvenue. Fais comme chez toi », dit-il avec un sourire doux qui le faisait paraître plus mature. Je me rendis compte que j’étais bien plus âgée que lui lorsqu’il se pencha soudain vers moi et me murmura à l’oreille, comme s’il me confiait un secret :
« C’est ce que j’aimerais dire, mais on a un programme chargé aujourd’hui. Tu devrais vraiment te lever. »
« Hein ? Quel programme ? On vient juste d’arriver… Oh ! »
Je m’étais réveillée d’un coup. Les yeux grands ouverts, j’avais repoussé les couvertures.
Oui, aujourd’hui, nous partons visiter le Japon ! Sans perdre de temps, je m’étais levée d’un bond, j’avais commencé à retirer mon pyjama, puis je m’étais figée et je l’avais remis. Merde, j’avais oublié qu’il était là.
Je m’arrêtai et murmurai : « Désolée. Je ferai attention. »
« Ouais, » balbutia-t-il. « Tu peux te changer dans la pièce d’à côté. Marie et Wridra sont là, ça risque d’être un peu à l’étroit. »
J’avais échappé belle. Sachant à quel point Kazu était inoffensif, je m’étais trop détendue et mon radar anti-danger n’avait pas sonné. Une partie de moi ne le voyait pas comme un homme, mais plutôt comme un petit animal. Pourtant, il semblait différent en tant qu’adulte. Il avait l’air mature dans le labyrinthe, mais ici, il semblait plus fiable. Peut-être étais-je perdue dans mes pensées ou simplement ailleurs, car cela faisait une éternité que je n’étais pas venue au Japon; j’avais la tête dans les nuages.
« Eve, les vestiaires sont là-bas. Wridra t’a préparé des vêtements », m’expliqua Kazu.
« Merci », répondis-je en ouvrant la porte sans faire attention.
Marie était là, en train d’accrocher son soutien-gorge dans le dos, et Wridra enfilait des bas noirs.
Merde, pensai-je immédiatement, et le vestiaire résonna du cri aigu de Marie. Je m’étais retournée en panique et j’avais vu que Kazu m’avait déjà tourné le dos et s’éloignait rapidement.
« Ouah, rapide ! C’est pour ça que je l’ai sacré le mec le plus sûr qui soit ! Il doit être habitué à ce genre de situation ! »
« Eve, arrête de réfléchir et ferme la porte ! » me lança Marie.
Elle avait raison. Je m’inclinais en signe d’excuse et refermais doucement la porte derrière moi d’une main.
« Désolée. »
Un pull en laine qui semblait bien chaud, un demi-manteau et une jupe à carreaux assez courte pour laisser entrevoir mes sous-vêtements étaient exposés. Je regardais chaque pièce quand quelqu’un me parla dans le dos.
« Il y a plein de vêtements, choisis ce que tu veux », dit Marie. « Si tu veux quelque chose en particulier, demande à Wridra. Elle te le fera. »
La tenue de Marie était si bien assortie que c’était impressionnant. Sa jupe et sa cravate étaient parfaitement assorties, et sa chemise à col ainsi que son gilet marron lui donnaient l’air d’une femme raffinée. Elle était trop mignonne. J’appréciais son élégance en jetant un coup d’œil à Wridra.

Non, je ne peux pas. C’est beaucoup trop obscène.
À première vue, son col roulé rougeâtre semblait sage, mais tout le monde allait forcément regarder sa poitrine. Même moi, qui suis une fille, ne pouvais pas m’empêcher de la regarder. Ses cheveux noirs étaient coiffés de manière à mettre en valeur sa nuque et cette longue jupe cintrée à la taille était très sexy. J’étais plutôt confiante en ma silhouette, mais à côté d’elle, j’avais envie de m’excuser.
« Eve, on y va bientôt », intervint Marie. « Dépêche-toi de choisir quelque chose. »
« Oh, désolée ! » Je n’avais pas pu m’empêcher de critiquer leur style vestimentaire.
Marie était adorable, même quand elle me grondait. Elle avait des yeux d’elfe féroce quand elle me réprimandait, mais elle m’aida quand même à choisir mes vêtements. Elle était petite comme une enfant, mais il y avait quelque chose de charmant dans sa façon d’agir comme une grande sœur. Si j’avais une sœur comme elle, je la gâterais probablement beaucoup. Attends, est-elle plus âgée que moi ? C’était difficile à croire. Peut-être avait-elle menti sur son âge pour jouer la grande sœur autoritaire.
Pendant que je réfléchissais, je regardai la grande sélection de vêtements.
« As-tu un short ? Quelque chose de facile à porter ? » demandai-je.
« C’est l’automne. Tu vas geler dehors », répondit Marie.
« Non, ça ira. Il fait bien plus froid dans le labyrinthe et j’aime les vêtements qui ne me gênent pas. Oh, celui-là a l’air bien. Léger, extensible, et parfait pour courir. »
Je devais être particulièrement résistante au froid. J’avais entendu dire que c’était parce que les elfes noirs abritaient des esprits, mais qui sait ?
J’avais attrapé un pantalon noir moulant avec une seule bande sur le côté. Ensuite, Marie et Wridra me choisirent d’autres vêtements en partant de ce pantalon, l’un après l’autre.
« Ce t-shirt, ce sweat à capuche et ces baskets devraient convenir », déclara Marie.
« Oui, ça devrait permettre une bonne mobilité », approuva Wridra. « Ce short peut également se porter par-dessus le collant. »
Leur rapidité avait de quoi surprendre, alors que j’étais réputée pour être rapide. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer leur sens de la mode. Elles savaient ce qu’elles faisaient, alors que j’étais plutôt maladroite dans ce domaine.
« Ça me va bien », dis-je en me regardant dans le miroir.
« Si ça te va, on y va », dit Marie. « Allez, par ici. »
« Hein ? Déjà ? » demandai-je. « Je veux voir s’il y a autre chose. »
Marie me tira par le bras et je trébuchai en direction de la porte d’entrée. Lorsqu’elle s’ouvrit, elle révéla un ciel bleu d’une beauté saisissante. Au loin, une tour semblait assez haute pour atteindre les nuages et des bâtiments s’étendaient à perte de vue. Même une ville fortifiée florissante ne pouvait rivaliser avec cet endroit. Tout était si haut que je ne savais pas comment ils avaient pu construire tout cela, et les bâtiments avaient tellement d’étages que je ne pouvais pas les compter. Je n’avais pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil par-dessus la balustrade pour regarder en bas.
Oh, voilà Kazu. Il marchait dans la rue en contrebas et me vit, me faisant signe de la main.
Alors que je lui répondais, Marie intervint : « On n’a pas le temps de faire coucou, Eve. Allez, suis-moi. »
« Attends, pourquoi te dépêches-tu ? » lui ai-je demandé en la rattrapant. « Où allons-nous déjà ? J’ai encore la tête dans le brouillard depuis que je me suis réveillée. »
Marie s’arrêta brusquement, puis appuya sur un bouton qui s’alluma. Ses cheveux blancs flottaient dans le vent alors qu’elle se tournait vers moi, un vrombissement retentissant dans son sillage.
« Nikko, bien sûr », répondit-elle en souriant. « On doit aller au village des ninjas. »
Mes yeux s’écarquillèrent. Mais oui, bien sûr ! Je m’en souvenais enfin. Nous allions passer une journée géniale.
« Allons-y ! » Je criai plus fort que je ne l’aurais voulu, puis je mis rapidement la main devant ma bouche. Marie trouva cela hilarant et me serra la main en riant aux éclats. Le grand jour était enfin arrivé !
La dernière fois que j’étais venue au Japon, j’avais été traînée à Grimland sans savoir ce qui m’attendait. En y repensant, j’en éprouvais de la nostalgie. À l’époque, j’étais tellement excitée que je n’arrivais pas à dormir, et c’était génial.
J’entendis un ding, puis une porte coulissante s’ouvrit sur un tout petit espace. Il était à peine assez grand pour accueillir quelques personnes, et il n’y avait pas de sortie, ce qui était plutôt étrange. Cela aurait pu effrayer mon moi d’autrefois, mais quand Marie me tira vers l’avant, j’y entrai, le cœur battant à tout rompre.
Ça va être génial !
+++
Une route parfaitement goudronnée semblait s’étendre à l’infini. Même lors de ma deuxième visite, voir ces choses appelées « voitures » filer à toute allure était encore assez fou. Mais elles ne m’effrayaient plus autant.
« Il y a une ligne peinte sur le sol », ai-je fait remarquer. « Oh, cette chose bizarre brille en vert. Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Ça veut dire qu’on peut traverser la rue », m’expliqua Marie. « Allons-y. »
La petite elfe me tira par la main et je remarquai que les voitures autour de nous s’étaient arrêtées. Il semblait qu’il y avait des moments où l’on pouvait traverser en toute sécurité. Ce n’était pas le cas avec les calèches tirées par des chevaux. Les chevaux piétinaient, leurs sabots claquaient, et les cochers vous criaient dessus si vous vous mettiez en travers de leur chemin. S’ils vous heurtaient, ils faisaient comme si de rien n’était; c’était peut-être juste un problème de caractère.
Des bâtiments poussaient partout, comme s’ils avaient jailli du sol. Des arbres jaunes bordaient les rues et le verre était utilisé partout, dans les magasins comme dans les maisons, bien qu’il s’agisse d’un matériau sophistiqué et coûteux. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer les vitrines illuminées des magasins. J’avais l’air d’une campagnarde, ce qui m’aurait normalement embarrassée, mais je m’étais laissée porter par le courant et j’avais suivi Marie qui me tenait par la main.
« C’est dingue ! » dis-je. Je ne pouvais pas m’empêcher de regarder partout. « Oh, un chien ! »
« Eve, dépêchons-nous de traverser, » me pressa Marie. « Les passages piétons sont chronométrés. Si tu es trop lente, les voitures vont klaxonner. »
« Ouah, ça fait peur ! »
Kazu et Wridra avaient déjà traversé et le feu vert clignotait, indiquant que le temps était presque écoulé. Je m’étais mise à courir, oubliant que je tenais toujours la main de Marie.
« Ne fonce pas comme ça ! » s’écria-t-elle. « Bon sang, on dirait parfois un chiot surexcité. Mais je comprends pourquoi tu es si enthousiaste. Ne t’inquiète pas, je prendrai soin de toi pendant ton séjour au Japon. »
« Merci, tu me sauves la vie. Je me perdrais à coup sûr sans quelqu’un pour veiller sur moi. Je serais tellement perdu que personne ne me retrouverait », ai-je répondu très sérieusement, ce qui fit rire Marie, qui me traita de dramatique.
Mais je ne plaisantais pas. J’avais observé la ville depuis les hauteurs un peu plus tôt, et elle n’avait rien à voir avec les villes que je connaissais. Celles-ci avaient généralement des limites, comme des remparts ou des champs qui délimitaient les zones résidentielles. Ici, les rues et les bâtiments s’étendaient à l’infini. De plus, je ne parlais pas la langue du pays, alors j’avais serré avec force la main de Marie. J’espérais qu’elle comprenne.
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