Almadianos Eiyuuden – Tome 4 – Chapitre 108

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Chapitre 108

Il y avait cinq grands pays dans ce monde, mais même parmi eux, la puissance d’Asgard se distinguait encore.

Surtout quand il s’agissait de leur puissance militaire.

Et cette menace majeure avait fini par s’abattre sur Jormungand.

Dans ces conditions, il était naturel que certains aristocrates aux allégeances peu claires prennent position du côté de l’ennemi.

Cela était particulièrement vrai pour les petites et moyennes familles nobles proches de la frontière, qui recevaient une aide directe et indirecte d’Albert.

C’était pour lui une proie idéale.

« À ce rythme, vous serez anéantis par la princesse folle. Est-ce ce que vous souhaitez ? »

Après en avoir été informées par Albert, la plupart des maisons nobles avaient renoncé à leur allégeance au royaume.

En un clin d’œil, près d’une douzaine de familles nobles avaient changé de camp.

Cependant, malgré ce succès, Albert portait une expression de mécontentement non dissimulée.

Ce nombre ne représentait même pas un quart des familles nobles qui avaient accepté de coopérer avec lui au début.

Il semblerait qu’ils attendaient le résultat de la prochaine bataille pour se décider.

« Ces maudits imbéciles ! Connaissez votre place ! »

En effet, si Skuld pouvait obtenir une autre victoire décisive, le reste des nobles viendrait tous chercher rapidement le drapeau d’Asgard.

Cela ferait probablement tomber un tiers de Jormungand.

Cependant, de tels résultats seraient crédités au nom de Skuld, et non d’Albert.

À ce rythme, même si Asgard devait gagner, Albert se verrait infliger une réprimande de la part de l’empire, ce qui rendrait sa trahison insignifiante.

Il était impossible qu’Albert admette ses torts honteux et accepte qu’il ait gâché sa vie.

« Ne réalisent-ils pas tout ce qu’ils me doivent ?! »

Albert constatait amèrement qu’il avait réussi à rassembler que peu d’alliés.

Cela était en deçà de ses attentes.

L’existence de Kurats était sans aucun doute une barrière psychologique pour les nobles.

Son exploit sans précédent de repousser la quatrième armée par lui-même les rendait hésitants à trahir le royaume.

Albert pensait que c’était stupide.

Contre la princesse folle Skuld et l’épéiste diabolique Gunther, il était probable que l’épée du royaume Rosberg n’ait même pas la moindre chance, et encore moins un roturier comme Kurats.

Les exploits de cet homme avaient sans aucun doute été exagérés et embellis grâce aux efforts de la Valkyrie Blanche-Neige, la princesse Frigga.

Comment peut-on ne pas se rendre compte d’une chose aussi évidente ? Ce monde est plein d’imbéciles.

Cependant, continuer à se plaindre ne l’amènerait nulle part.

Les inquiétudes de Felbell n’étaient pas injustifiées. Albert lui-même savait que s’il ne parvenait pas à obtenir des résultats, il ferait très probablement l’objet d’une purge politique.

Il devait montrer à la méritocratie qu’était Asgard qu’il pouvait lui être utile. Et il devait le faire avant que Skuld ne puisse remporter une nouvelle victoire.

Lorsque de telles pensées lui traversaient l’esprit, Albert recevait de nouvelles informations.

Les quelques membres de la faction de Felbell qui restaient dans le palais l’informèrent que le comte de Bashtar venait en personne.

Albert pensait que c’était exactement l’occasion qu’il avait espérée.

◆ ◆ ◆

« Est-ce qu’il ne vient vraiment qu’avec ces troupes ? »

McClain marmonnait, en état de choc, en jetant un coup d’œil à Kurats et à l’armée composée d’une centaine de personnes seulement, même en incluant Triestella et d’autres proches collaborateurs.

McClain pensait qu’il n’y avait personne au monde d’aussi imprudent que lui, mais l’imprudence du seigneur semblait être encore plus grande que la sienne.

Pendant l’âge d’or de l’œil du Hibou, McClain avait triomphé d’une armée de 3000 hommes avec seulement 500 hommes.

Cependant, cette fois-ci, dans le pire des cas, Kurats serait confronté à la deuxième armée d’Asgard, une armée de 40 000 hommes.

Il était tout à fait naturel pour McClain de douter de la santé mentale de son seigneur, qui allait les affronter avec une force qui atteignait à peine la centaine.

« … Te souviens-tu de la mine que nous défendions ? »

« Oui, mais je n’appellerais pas ça une mine, c’était plutôt des décombres sur un terrain vague. »

« Eh bien, c’était une mine. Jusqu’à ce que le seigneur l’écrase. En parlant de ça, savais-tu qu’il a battu une armée de plusieurs dizaines de milliers de monstres de tout niveau tout seul ? »

Bruno s’était gratté la tête comme si même lui ne pouvait pas croire ce qu’il disait.

« Attends ! Est-il vraiment humain ? Es-tu sûr que ce n’est pas le roi des démons ? »

Des gouttes de sueur étaient tombées de la tête de McClain.

Il pensait que les rumeurs étaient exagérées et que ce serait un gros problème même si un dixième de ce qu’il avait entendu était vrai, mais il découvrait que ces rumeurs étaient en fait plus discrètes que la réalité.

« Nous ne l’avons pas vu personnellement se battre, mais nous avons vu la force de Frigga dans la bataille. Avec son griffon, elle pourrait certainement faire face à un millier d’hommes. Et même elle n’est pas à la hauteur du seigneur, tu peux donc t’en faire une idée. »

Bruno parla doucement en levant les yeux comme s’il se souvenait, tandis que McClain semblait se résigner à la situation.

« On se demande si on peut contribuer à la situation. »

« Peut-être qu’on pourrait les escorter là-bas. »

Pendant ce temps, Frigga ne ressentait pas la moindre inquiétude, bien qu’elle fasse partie d’une force de seulement cent hommes.

Le groupe de mercenaires « Les yeux du hibou » que dirigeait McClain avait le potentiel pour dépasser une armée dix fois plus nombreuse, mais si les forces de Nosferatu composées des subordonnés de Triestella ne dépassaient pas 50 membres, elles pouvaient facilement rivaliser avec une force de plusieurs milliers de personnes.

Comme tous les subordonnés ressemblaient à de belles femmes, les mercenaires les appelaient en plaisantant la force du harem du seigneur, mais le fait était qu’elles étaient bien au-delà de la moyenne humaine en ce qui concernait leurs capacités physiques.

Leur seul problème étant qu’elles regardaient parfois Kurats avec des yeux envoûtants, mais cela ne posait aucun problème en particulier, cela irritait quand même Frigga.

En outre, les quatre femmes les plus fortes parmi les Nosferatus, Tristella, Meril, Berta et Crushiandra, pouvaient s’occuper seules de milliers d’ennemis.

Bien sûr, on pourrait dire la même chose de Frigga, à condition qu’elle puisse monter son griffon.

Quant à Kurats, piétiner des dizaines de milliers d’hommes serait comme prendre des bonbons à un bébé pour lui.

Maintenant qu’il avait obtenu sa nouvelle épée, Warcry, même Frigga ne pouvait pas prédire à quel point il était devenu fort.

Grâce à l’endurance hors normes de tous les membres de la petite troupe, ainsi qu’au fait que les fournitures nécessaires pour soutenir un si petit nombre d’hommes n’étaient pas importantes, ils avaient pu se précipiter sur le territoire de Strasbourg à une vitesse terrifiante.

Mais dans une tournure des événements sans aucun doute malheureuse… la nouvelle que l’armée de Bashtar était partie avec un nombre étonnamment faible de soldats était arrivée dans le groupe d’Albert en un rien de temps.

◆ ◆ ◆

« Bien sûr, je m’attends donc à pouvoir compter sur votre coopération ? »

Rassemblés quelque part dans une forêt à 20 km de Strasbourg, répondant à un appel sur le territoire du baron Desaix, tous les individus présents étaient des nobles qui avaient été élevés dès leur plus jeune âge dans le but de travailler pour les intérêts d’Albert…

Pourtant, ils n’avaient pas coopéré à la rébellion d’Albert au départ.

Malgré les enseignements qu’on leur avait donnés toute leur vie, ils avaient décidé de rester de simples spectateurs, jusqu’au moment où Skuld avait pulvérisé l’armée de Leclerc.

Voyant là la preuve que le royaume était en mauvaise posture, ils s’étaient empressés de rejoindre enfin le camp d’Albert, mais bien sûr, la réponse d’Albert fut froide.

« C’est vrai que nous nous retrouverons au sommet de la chaîne si nous réussissons à faire quelques exploits, mais… »

« Nous n’avons pas les mêmes atouts que vous, votre excellence… »

Albert s’était mis à renifler devant les hommes dont les paroles étaient noyées dans la passivité.

« Vous attendez-vous à recevoir un accueil chaleureux de la part d’Asgard après avoir capitulé comme vous l’avez fait sans rien apporter à la table ? C’est votre dernière chance de contribuer. Vous pouvez vous contenter de votre poste actuel, ou vous pouvez vous montrer à la hauteur de la situation et vous distinguer. »

Asgard n’avait pas été aimable avec ceux qui s’étaient rendus.

C’était une compréhension établie, tirée de toutes leurs actions jusqu’à présent.

Cependant, le système de l’empire était toujours basé sur le mérite, même ceux qui étaient autrefois des ennemis pouvaient devenir de hauts fonctionnaires à condition d’en avoir la capacité.

Mais Albert savait bien que les hommes qui se trouvaient devant lui ne faisaient pas partie de ces individus suffisamment capables.

Cela étant, en fin de compte, leur seule option était de collaborer avec Albert.

Étant donné qu’ils avaient abandonné le royaume, il n’y aurait pas de lendemain pour eux si Albert les abandonnait.

« E-En plus de cela, est-ce vraiment vrai ? Vous avez dit que le comte de Bashtar vient avec seulement une centaine de personnes, mais… », demanda le baron Desaix en s’essuyant le front.

Considérant qu’il y avait 12 000 soldats dans la force punitive envoyée précédemment par le royaume, 100 personnes étaient un nombre absurdement faible.

« Si c’est vrai, alors peut-être que cela signifie que les rumeurs sur ce qui s’est passé en Lapland étaient également vraies… »

Le baron de Desailly, qui était également présent, devint tout pâle à mesure qu’il le disait. De toute évidence, il commençait à être refroidi par la situation.

Il voulait juste se placer là où il pouvait être en sécurité. Il était facile de dire ce qu’il pensait rien qu’à son expression. Il ne voulait pas se faire l’ennemi d’un monstre

« Ne vous inquiétez pas. Je vais fournir aux messieurs ici présents les cavaliers magiques Alphonse. Ne croyez pas aux simples rumeurs. Comment pouvons-nous, en tant que nobles, nous laisser effrayer par un jeune roturier ? »

Étant donné leur classe privilégiée dans la société, les nobles étaient parfois aussi fiers que lâches.

Maintenant qu’Albert avait proposé une collaboration et chatouillé leur fierté d’hommes supérieurs, il n’y avait qu’une seule réponse qu’ils pouvaient donner.

« Très bien, vous pouvez compter sur nous. Nous ne manquerons pas de montrer au Seigneur de Bashtar sa place. »

« En effet, très bien dit. Bashtar ne pourra pas ignorer vos exploits. »

Albert fit un signe de tête, satisfait.

Ils n’avaient pas absolument besoin de gagner.

Tant qu’ils pouvaient tuer Kurats ou au moins le blesser gravement, leur bataille serait terminée.

Même s’ils perdaient, Albert n’aurait qu’à dire que le baron Desaix et les autres nobles n’avaient rien à voir avec lui.

Il était facile pour Albert, en tant que chef d’une faction entière, de jouer de tels tours.

Mais cela signifiait aussi qu’il n’était pas encore prêt à se salir les mains, même à ce stade critique.

Tout cela montrait les limites de ses talents. Mais il n’avait aucun moyen de s’en rendre compte.

◆ ◆ ◆

Sur la route de l’Odan qui menait à Strasbourg.

C’était là que les forces alliées du baron Duraix et des autres nobles avaient été stationnées. Ils étaient actuellement en formation de combat sur une étendue d’herbe claire et dégagé le long de la route.

Suivant leur bon sens, ils croyaient pouvoir vaincre haut la main une armée de seulement cent soldats.

Peu importe la force de Frigga et de Kurats, ils croyaient que le terme « armée d’un seul homme » signifiait qu’ils seraient au mieux à la hauteur d’un millier de soldats.

Cependant, les forces combinées de tous les nobles présents s’élevaient à 4000 hommes.

De plus, maintenant qu’Albert leur avait fourni des cavaliers magiques Alphonse, leur force militaire avait fait un bond en avant.

Dans ces circonstances, vaincre Kurats n’était pas un rêve. Non, ils pouvaient certainement le faire !

En regardant les cavaliers Alphonse, ces armes puissantes qui pouvaient déterminer à elles seules l’issue du combat, le baron Desaix s’enivrait déjà d’un sentiment de toute-puissance.

Il n’y avait aucun signe d’une personne pouvant être considérée comme un mage au sein des forces de Bashtar qui approchaient.

En d’autres termes, il n’y avait aucun risque qu’ils utilisent la nouvelle magie que Leclerc avait utilisée lors de la bataille précédente.

« Fuhahahahaha ! Vous ne pouvez que vous en vouloir d’être vaniteux. Venez, devenez la nourriture de notre succès futur ! »

Avant qu’ils ne s’en rendent compte, Desaix et les autres nobles avaient pratiquement oublié leur peur de Kurats, qui avaient anéanti l’armée d’Asgard en Lapland, ainsi que leurs cavaliers du Chaos.

◆ ◆ ◆

« Aaaaaah ! C’est tellement injuste ! Je voulais aussi y aller !! »

« Mais on ne peut rien y faire, non ? Vous avez perdu le concours. »

Marika rejeta la plainte de Lunaria sans aucune pitié.

« Uuuuh… »

Lunaria serra le poing et fit la moue en regardant en bas.

Sur son bureau, il y avait tellement de documents empilés qu’ils lui passaient au-dessus de la tête.

Ces derniers jours, la taille de cette montagne n’avait cessé d’augmenter, sans jamais descendre.

« Veuillez remplir les documents qui ont été soumis à votre approbation. »

*Bruit sourd*

Alors qu’une autre pile de documents était déposée par Marika sur la montagne déjà haute, Lunaria poussa le cri le plus puissant possible.

« Friggaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! Je n’oublierai jamais cela ! Je garderai cette rancune jusqu’au jour de ma mort ! »

« Veuillez remplir les documents. »

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