Almadianos Eiyuuden – Tome 2 – Chapitre 39

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Chapitre 39

Le commandant fit basculer sa main droite, provoquant l’avance de l’énorme chariot-bélier.

Mais à ce moment précis.

Avec un son métallique perçant, les épaisses portes d’acier de Crowdagen s’ouvrirent.

À la seconde où il avait vu ça, Cabernard avait réalisé son erreur.

« Ne partez pas ! Revenez vite, Oak ! »

Comme synchronisée avec le cri de Cabernard, Frigga et ses proches collaborateurs étaient sortis par la porte à une vitesse incroyable. Ils montaient des griffons.

« Qu-Quoi ? Des griffons ? »

Cette découverte avait pétrifié Oak sur place.

Même l’empire Asgard n’avait pas encore réussi à dompter ces monstres !

Tandis qu’Asgard avait réformé leur armée en entraînant des mages, Lapland avait aussi fait des recherches pour améliorer son armée.

L’un des résultats fut ces griffons apprivoisés.

Frigga avançait dix fois plus rapidement qu’un cheval. Alors qu’Oak se demandait s’il devait battre en retraite ou l’attaquer, la déesse de la mort vint pour prendre sa vie.

« C’est surprenant... Il s’avère que les chevaliers d’Asgard ne sont pas si impressionnants que cela, hein. »

« N-noooooooooooooooooon ! »

Un seul regard sur les yeux de Frigga, qui le regardaient comme s’il était un déchet, suffisait à déclencher l’instinct de survie d’Oak et à le faire courir vers l’arrière.

Mais il avait pris cette décision beaucoup trop tardivement

Frigga ne donna qu’un simple coup d’épée, cela avait suffi pour que la tête d’Oak tombe au sol, avant même que son cheval puisse le mettre en sécurité.

« Si vous voulez désespérément voir votre sang sur l’épée de la Valkyrie des neiges, avancez ! »

Quelques minutes plus tard, les renforts envoyés par Cabernard arrivèrent, le régiment d’avant-garde fut cruellement piétiné et perdit plus de mille hommes.

« Son Altesse l’a fait ! »

« Hourra pour Son Altesse ! »

« Gloire à la Valkyrie ! »

La garnison de Crowdagen était en ébullition. Il s’agissait de leurs premiers cris de victoire depuis la dernière défaite écrasante de Lapland face à l’empire.

Frigga agita la main en réponse, mais dès qu’elle fut hors de la vue de ses soldats, son expression devint sombre.

« Cela ne s’était pas passé comme prévu. Si leurs renforts étaient arrivés un peu plus tard, nous aurions pu en éliminer 500 de plus. »

Frigga savait qu’une telle attaque-surprise ne marcherait pas une seconde fois.

Les ennemis n’étaient pas des imbéciles. Ils attendaient probablement avec impatience la prochaine ouverture des portes.

C’était pourquoi elle voulait causer autant de dégâts que possible lors de sa première sortie.

« J’ai quand même pris la tête d’un commandant. J’espère que ça les calmera un peu... »

Bien qu’elle avait dit cela, elle savait pertinemment que c’était extrêmement improbable.

Pendant ce temps, de l’autre côté du champ de bataille, Cabernard fronçait également les sourcils à cause de ses lourdes pertes.

Les chevaliers étaient sa principale force de frappe. À l’exception des grosses batailles, jamais il n’aurait pu penser en perdre plus d’un millier.

Il avait oublié la possibilité que d’autres pays aient renforcé leurs forces militaires en même temps que l’empire.

Ivre de ses nombreuses victoires, Cabernard était devenu négligent. Lapland était-il différent des pays que l’empire avait abattus derrière lui ?

« Pourtant, en temps de guerre, le seul facteur décisif, ce sont les soldats. Pensent-ils que quelques griffons vont changer le résultat final ? »

La présence de griffons représentait néanmoins une forte menace.

Cependant, le nombre écrasant de mages que Cabernard avait emmené compensait largement cela.

« Infanterie lourde, en avant ! »

Par la suite, la bataille se transforma en un siège classique.

Le faible nombre de soldats présents à Crowdagen avait des conséquences néfastes sur leur manière de se défendre.

D’autre part, les fantassins de Cabernard avaient renforcé leurs campements en construisant des parapets et des tranchées, les attaques des mages leur servant de soutien.

Pour entraver leur avance, Frigga aurait dû ouvrir les portes. Cependant, une partie des troupes des mages d’Asgard restaient en réserve, clairement préparées à lancer le sort souffle de feu au moment où elle le ferait.

C’était une guerre d’usure, si les forces d’Asgard avançaient trop, ils atteindraient une portée à partir de laquelle leurs arbalètes pourraient attaquer l’intérieur des remparts.

À ce moment-là, leurs mages et leurs unités d’arbalètes s’affronteraient avec celles de Lapland, donnant aux fantassins Asgard l’occasion de se précipiter et de briser le symbole magique qui protégeait les remparts.

Pourtant, il fallait admettre que Frigga était une commandante formidable. Malgré les circonstances, par deux fois elle avait prélevé du sang de l’armée d’Asgard.

Le troisième jour de la bataille, comme on pouvait s’y attendre le feu de soutien des mages d’Asgard avait commencé à s’affaiblir.

Ils avaient consommé de grandes quantités de pouvoir magique, et leur fatigue s’accumulant, cela retardait considérablement leur temps de récupération.

C’était l’un des points faibles des mages.

Comme s’ils avaient anticipé ce moment, les unités de griffons de Frigga survolèrent les remparts de Crowdagen et commencèrent une série d’attaques-surprises, utilisant la tactique de la frappe et la fuite.

S’ils poursuivaient les ennemis trop loin, ils pouvaient être abattus par des attaques à longue portée, mais les unités de griffons profitaient de leur grande vitesse pour attaquer et se retirer immédiatement, ce qui leur permettait de s’échapper sans subir aucun dommage.

Ce n’était pas suffisant pour changer le résultat final de la guerre, mais un léger doute commençait à couvrir l’armée d’Asgard, qui subissait de plus en plus de pertes.

« Devrions-nous lancer un assaut total ? »

Navarre avait demandé cela à Cabernard.

Pour minimiser les dégâts, Cabernard n’avait utilisé que des attaques frontales, mais Navarre estimait qu’il valait mieux maintenant faire durer le siège plutôt que d’essuyer des pertes.

« Non, c’est toujours impossible, je dois d’abord les épuiser un peu plus. Si l’on attaque à fond et que l’on transforme la bataille en mêlée, on se mettra à la portée de cette Valkyrie, et on en paiera le prix fort. »

Alors qu’alliés et ennemis se battraient de façon chaotique, Frigga, dans son dernier combat avant la mort, pourrait entraîner la perte de 10 000 hommes du côté d’Asgard.

Cabernard réfléchissait sérieusement à un moyen d’éviter cette possibilité.

Cependant, au moment où la bataille entrait dans sa quatrième journée, il n’avait toujours pas trouvé de méthode pour sortir de cette impasse.

◆ ◆ ◆

Le duc de Varandi, Tulle.

Dans le royaume de Lapland, il avait la plus haute autorité à l’exception du roi, certains l’appelaient même l’adjoint du roi.

La famille Varandi était issue du royaume de Loran, qui avait fusionné avec le royaume de Lapland dans le passé. Jusqu’à la génération du grand-père de Tulle, le duc était aussi Premier ministre, et la famille Varandi avait la confiance du roi.

Toutefois, bien que le père de Tulle soit censé prendre la place de son grand-père à l’avenir, il était mort subitement d’une épidémie, faisant de Tulle le prochain successeur pour le poste de duc, même s’il n’avait pas eu l’éducation appropriée pour ce poste.

Craignant de subir le même sort que son père, sa famille l’avait surprotégé dans son éducation, et en grandissant il était devenu un homme fier.

Quinze jours avant la bataille de Crowdagen, Tulle avait reçu la visite d’un messager secret qui se faisait passer pour un réfugié du royaume de Nedras.

« Une fois la guerre commencée, nous trahirons l’empire Asgard et les attaquerons par le flanc. »

Tulle avait l’intention de monopoliser ce renseignement pour son propre intérêt.

La vérité, c’est qu’il était dans une situation financière assez difficile.

En tant qu’homme déconnecté de la réalité, il n’avait pas réussi à gérer son territoire et avait fini par perdre la plus grande partie de la fortune amassée par ses ancêtres.

Il était clair que, dans un avenir pas si lointain, le duché de Varandi serait enseveli sous les dettes.

Par conséquent, pour Tulle, l’information donnée par le messager secret était une faveur divine.

Il avait l’intention d’accaparer tous les exploits de cette guerre afin d’être honoré comme un héros, afin d’obtenir des récompenses monétaires. Pour cela, il avait amené à ses côtés tous les nobles qui n’aimaient pas la princesse Frigga et qui avaient auparavant acquis une réputation en tuant des monstres.

Ce faisant, Tulle obtint le rôle de commandant des troupes qui devait faire face à l’ennemi. Grâce à un heureux incident, il avait obtenu facilement ce poste à une large majorité. En effet Frigga avait gravement blessé un jeune noble avec son épée après qu’il lui avait fait une demande en mariage.

Lorsque Tulle était arrivé sur le champ de bataille et avait été confronté aux dizaines de milliers de soldats d’Asgard, le calme sur son visage n’avait pas faibli.

Juste un peu plus.

Il croyait qu’une fois que les réfugiés du royaume de Nedras auraient trahi leurs alliés, les forces de Lapland et de Nedras attaqueraient d’un seul coup et frapperaient l’armée d’Asgard.

Il gardait fermement cet espoir, même lorsque l’avant-garde d’Asgard perforait l’armée de Lapland comme une foreuse géante.

Pourquoi ne sont-ils toujours pas là ? Ils savent que nous ne pourrons pas tenir indéfiniment s’ils ne se dépêchent pas de changer de camp, n’est-ce pas ?

Même après que la ligne de front de Lapland fut écrasée, même après que les forces de réserve à l’arrière eurent été englouties dans la bataille, Tulle continua à attendre.

Sans l’aide de Kvass, un chevalier qui faisait partie d’une lignée de serviteurs au service de la famille Varandi, Tulle aurait probablement attendu sur place jusqu’à sa mort.

Ce n’est qu’après s’être enfui dans les montagnes et s’y être réfugié qu’il s’était finalement rendu compte qu’il avait été dupé.

Après sa prise de conscience, il eut un mouvement de panique.

L’armée de Lapland avait été annihilée à cause de ses propres ordres.

S’il s’échappait maintenant, le pays enquêterait sans doute sur lui pour voir s’il était responsable. Sans compter qu’il pourrait très bien être exécuté si l’on découvrait qu’il avait rencontré un espion Asgard qui se faisait passer pour un réfugié du royaume de Nedras.

Il avait été complètement acculé.

Forcé par sa situation, il était resté dans les montagnes sous la protection de ses serviteurs, qui recueillaient continuellement des informations pour lui. Grâce à eux, il avait découvert que son pays d’origine était sur le point d’être détruit.

Comme c’était le cas, il s’était dit qu’il pouvait aussi bien amener Lapland à sa destruction.

De cette façon, les gens qui pourraient le punir tomberaient avant lui.

À partir de là, il s’était demandé s’il pouvait entrer en Asgard, emportant avec lui un cadeau assez bon à offrir, mais avant même d’avoir à le faire...

Ses subordonnés avaient découvert que Crowdagen était assiégé et que Frigga dirigeait les troupes qui protégeaient la ville. Quand Tulle avait entendu cette information, un sourire suffisant s’était formé sur son visage.

◆ ◆ ◆

« Veux-tu dire que ce brave duc veut me rencontrer ? »

Bien que Cabernard soit rarement agité par quoi que ce soit, le rapport de Navarre l’avait laissé bouche bée d’étonnement.

Cet arriviste n’a ni honte ni honneur ?

« À ce stade, le caractère et l’incompétence du duc n’ont pas d’importance. Il offre sa coopération, alors on devrait l’utiliser. Nous verrons par la suite si nous lui donnerons la récompense qu’il espère. »

On aurait dit que Navarre était un peu irritée.

« Et tu penses qu’il nous sera utile ? »

Tulle ne semblait pas être une personne serviable, il semblerait plutôt être le genre d’homme qui ne ferait qu’entraver le chemin de ses alliés.

Cabernard ne voulait pas l’utiliser comme subordonné.

Il s’était dit qu’il pourrait peut-être avoir de la valeur en Lapland en tant qu’otage, mais rien de plus.

Cependant, la réponse de Navarre était complètement hors de portée des attentes de Cabernard.

« Il a dit qu’il est prêt à nous parler d’un chemin qui nous permettrait d’accéder à Crowdagen afin d’attaquer l’ennemi par-derrière. »

« Qu’est-ce que tu as dit ? »

Une veine de colère était sortie du front de Cabernard.

Non seulement le duc était tombé dans un piège qui avait conduit à la défaite de son pays natal, mais maintenant il voulait aussi comploter dans le dos de ses alliés, qui se battaient désespérément et honorablement. Comment était-il possible pour un humain d’être aussi éhonté ?

« Ce sera bien de le tuer une fois qu’on en aura fini avec lui. Même après être devenu notre allié, il pourrait nous trahir à tout moment. Mais vu l’état d’avancement de la bataille, il ne fait aucun doute qu’on doive l’utiliser. »

Si la bataille traînait en longueur, Lapland aurait le temps de se remettre sur pied.

D’un autre côté, l’utilisation de la force brute pour mettre fin aux choses plus rapidement ferait qu’augmenter les dégâts subis par Asgard.

S’il était possible de contourner leurs troupes et de les attaquer par surprise par-derrière, alors la bataille serait réglée très rapidement.

En tant que commandant, Cabernard n’avait d’autre choix que de le reconnaître.

« Je ne veux pas le faire. Je n’en ai vraiment pas envie. Il n’y a aucun honneur à gagner de cette façon. »

Même si cela faisait bouillir son sang, Cabernard savait qu’il devait prendre une décision en tant que commandant.

« Envoyez des soldats là-bas et demandez à la compagnie de Bolthron de prendre la tête. Une fois qu’ils commenceront à attaquer par derrière les lignes ennemies, nous prendrons ça comme un signal et nous irons nous aussi jusqu’au front. »

Bien qu’une ride profonde soit apparue sur son front après qu’il eut parlé, il avait pris sa décision.

« Merci d’avoir donné cet ordre. »

Navarre inclina légèrement la tête vers Cabernard, s’excusant de lui avoir fait faire ce choix.

◆ ◆ ◆

« C’est ici. Ce chemin de campagne vous mènera à travers les vallées. »

Tulle avait triomphalement partagé ce secret qui n’était connu que de quelques privilégiés.

Il était de la plus grande nécessité pour lui de montrer qu’il pouvait être utile.

Mis à part le fait que ce qu’il faisait était bien ou mal, la seule chose qui était claire, c’était qu’il était désespéré.

« Je vois, si on passe par ici, on peut aller à Crowdagen sans avoir à passer par la crête. »

Bolthron hocha la tête en regardant la route secondaire qui ne serait jamais remarquée par ceux qui n’étaient pas originaires de la région.

Il semblait que l’information était exacte.

Le chemin avait été positionné au bon endroit. Ils pourraient faire un détour d’ici sans être découverts.

« Vous pensez que quelqu’un surveille cette route, Seigneur Tulle ? »

Tulle fronça les sourcils pendant un moment. Il ne pouvait pas accepter qu’un commandant de classe inférieure comme Bolthron le prenne à la légère, mais il parvint avec peine à garder son calme lorsqu’il lui répondit.

« L’armée de Frigga ne sait même pas que cette route existe. »

Tulle lui-même n’avait appris l’existence de ce chemin que par chance, parce que certains de ses ancêtres l’avaient découvert par hasard alors qu’ils étaient en poste à Crowdagen.

« Bien. Dépêchons-nous alors. »

Il était temps pour Bolthron d’ordonner à son bataillon d’avancer. Cet ordre allait déterminer l’avenir de toute la bataille. Mais cet ordre... n’est pas venu.

« Haaa, juste au moment où je pensais que j’étais enfin sorti de ce repaire de monstres, je suis tombé sur quelque chose d’intéressant. »

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