Un nouveau jeu dans les profondeurs de la captivité! – Tome 1

***

Prologue : Le regret d’un homme qui n’en avait ressenti aucun

Le regret qui persistait encore chez cet homme lui avait permis de se réincarner depuis son ancien monde jusqu’à un monde différent.

Avant de renaître, il pouvait souhaiter une chose.

La maîtrise des épées, la maîtrise de la magie ou tout autre pouvoir.

Tout cela devait pouvoir ainsi purifier ses sentiments enracinés en lui.

Certains ne recherchaient même pas de capacités spéciales.

Certains demanderaient des vies tranquilles dépourvues de difficultés.

Il était commun pour eux de périr dans de malheureux accident.

D’autres avaient à la place...

« S’il vous plaît, asservissez-moi, » déclara-t-il.

La Déesse qui gouvernait la réincarnation inclina la tête, intriguée par l’homme qui se tenait devant elle.

« Désolée, ne faisiez-vous pas attention à ce que je vous disais ? » demanda Déesse.

« Je n’ai pas manqué le moindre de vos mots. Vous disiez que vous pouviez réaliser l’un de mes souhaits, » répondit-il.

« Oui, exactement. Vous savez, il y a beaucoup de personnes qui n’arrivent pas à comprendre la situation, étant donné que la réincarnation soudaine et irréaliste est..., » déclara la Déesse.

Après un soupir de soulagement, elle sourit à nouveau et demanda. « Alors, que voulez-vous ? »

« S’il vous plaît, asservissez-moi, » déclara-t-il.

« Comme... Vous pouvez demander n’importe quoi ! Pourquoi continuez-vous à dire ça ? » Agacée, la Déesse éleva la voix et pointa un doigt sur lui.

Il était très calme.

Tout en levant son regard qui était posé sur les lèvres de l’homme, elle regarda droit dans ces yeux débordant de confiance.

Elle avait croisé les deux bras et les jambes en admirant son étonnante beauté depuis le sommet de son trône.

Il était clair qu’il croyait fermement en lui-même.

« Vous m’avez demandé si j’avais un souhait. Alors, dépêchez-vous et asservissez-moi maintenant, s’il vous plaît, » déclara-t-il.

« Eh bien, attendez un instant. Il y a des moments où j’aimerais avoir de la compagnie, mais je ne suis jamais allée jusqu’à vouloir un esclave..., » déclara la Déesse.

« Je ne veux pas être l’esclave d’un Dieu tel que vous. Je vous dis de me réincarner en étant lié par des chaînes, mais sans propriétés ni statut social, » dit-il.

« Vous voulez quoi ? Cela ne va-t-il pas trop vers le bondage !? » s’exclama la Déesse.

« Ne vous trompez pas, » répondit-il. « Je veux dire par là que je veux que les autres personnes me regardent de haut. Fortune, statut, autorité... Tout cela serait inutile si je ne peux pas partir de zéro. »

La Déesse était à court de mots et s’était accroupie alors qu’elle était emplie de désespoir. Depuis qu’elle avait commencé son travail, elle avait aidé beaucoup d’individus, mais personne n’avait demandé avant aujourd’hui à être asservi.

Puis, une idée était soudainement apparue dans sa tête.

« Oh, je comprends. Vous voulez commencer comme un esclave et devenir le plus fort avec vos pouvoirs cachés, n’est-ce pas ? Je comprends, je comprends. Maintenant, dis-moi quelle capacité... » commença la Déesse.

« Essayez de me donner quelque chose de spécial et la prochaine fois que nous nous verrons, je vais vous battre à mort, » répondit-il.

« Quoi !? Je veux juste faire la meilleure des choses pour vous en tant que Déesse ! » s’exclama-t-elle.

Ses yeux se remplissaient de larmes, car elle ne savait plus comment faire face à cet homme.

Il avait grogné en raison de l’ennui provoqué par cette réaction.

« Si vous m’aidez de quelque manière que ce soit, mes regrets ne s’évanouiront jamais, » répondit-il. « S’il vous plaît, laissez-moi me réincarner avec mes souvenirs et mon apparence. »

« Euh... !? Eh bien, de toute façon vous garderiez vos souvenirs... Je pourrais copier votre corps et m’assurer qu’il grandit en conséquence, mais..., » commença-t-elle.

« Mais ? Y a-t-il un problème ? » demanda-t-il.

« Eh bien... pour le dire simplement, vous allez mourir, » répondit la Déesse. « Vous allez dans un monde où la magie et les créatures magiques existent. Si vous n’avez aucune capacité, je ne peux m’empêcher de penser que vous voulez tout simplement mourir... »

« C’est bon, » répondit-il. « J’ai eu des regrets malgré le fait que j’étais entouré de richesses. »

La Déesse pencha la tête, intriguée par l’homme qui souriait face à elle.

« Euh... Au fait, que regrettez-vous tant ? » demanda la Déesse. « Vous n’arrêtez pas de dire que vous voulez partir de zéro, mais ne serait-il pas préférable d’avoir un pouvoir utilisable ? »

« Quoi ? Vous êtes une déesse, alors vous devriez le savoir, » déclara-t-il.

« Eh bien, les personnes décrivent les Dieux comme des entités de haut rang... mais disons que nous avons en fait une sorte de rôle de gestion des personnes..., » répondit la Déesse.

« Je ne m’intéresse pas de vos conditions. Mais merci quand même, » répliqua-t-il. « Continuez simplement votre dur labeur. »

Plutôt que de montrer de la sympathie pour la Déesse dépressive, l’homme avait commencé à expliquer.

« Ma vie était trop facile, » annonça-t-il.

La Déesse ne pouvait pas saisir le sens de ses paroles, d’où le fait qu’elle fronça les sourcils et demanda. « Voulez-vous dire que... vous regrettez le fait que vous n’ayez jamais eu de problèmes ? »

Alors qu’elle le regardait avec méfiance, l’homme avait commencé à raconter son histoire... « Voyez-vous, j’étais bon en tout. Une fois que j’avais décidé de faire quelque chose, cela s’est toujours fini comme je le voulais. Au point que je n’ai jamais rien regretté. »

Ces mots sonnaient d’une manière sarcastique, mais son expression était sérieuse.

Alors que l’homme se souvenait de son passé, une ombre lugubre tomba dans ses yeux.

« Mais... avant ma mort, je me suis rendu compte que... je le “regrettais”, » déclara-t-il. « La vérité est que je n’ai rien accompli avec mes seules capacités. L’environnement qui m’entourait me permettait simplement d’être un pas en avant des autres personnes. »

Il baissa les yeux, puis afficha son sourire habituel.

« C’est pourquoi je veux me réincarner dans l’environnement le plus cruel, » déclara-t-il. « Pour savoir jusqu’où je peux aller tout seul... M’écoutez-vous ? »

Alors qu’il effectuait son monologue, la Déesse le regardait fixement avec un regard glacial.

« Oui, bien sûr que je vous écoute. Donc, c’est juste le caprice d’un enfant gâté, » déclara-t-elle. « Franchement, la vantardise des individus est vraiment ennuyeuse. Je m’ennuyais presque autant que d’écouter les histoires de mon supérieur quand il parle des temps anciens. »

« Le monde des dieux est aussi dur que ça, hein ? » demanda-t-il. « Dans ce cas, s’il vous plaît, laissez-moi me réincarner et laissez-moi m’enfoncer dans ce monde avec une difficulté folle. »

« Je le ferais même si vous ne me l’aviez pas demandé, » dit-elle. « Heureusement, j’ai trouvé un monde qui correspond à vos préférences. Alors, veuillez mourir dans un trou ou sur le bord de la route dès que vous y mettrez les pieds. Merci d’avance. »

« Pourriez-vous vous abstenir de souhaiter ma mort ? » demanda-t-il. « Ce n’est pas très sympa. De toute façon, tant que j’ai de l’espoir, tout ira bien. »

Elle soupira par opposition au sourire éblouissant de l’homme.

Après quelques instants, une faible lumière bleue se mit à briller sous ses pieds avant de l’envelopper.

Il avait commencé à disparaître comme s’il avait été aspiré.

La Déesse, qui boudait depuis un moment, se rappela qu’elle avait un devoir à remplir, alors elle s’éclaircit la gorge et lui fit ses adieux avec un tendre sourire. « Alors, je vous souhaite une nouvelle vie sans que vous ayez de nouveaux regrets ! »

Il lui avait simplement retourné un sourire.

Après ça... l’homme qui regrettait de ne pas avoir de regrets avait commencé sa nouvelle vie.

***

Chapitre 1 : Un monde d’esclaves

Partie 1

Il avait l’impression que quelque chose le comprimait. Quand ses yeux s’ouvrirent, il vit qu’il s’était retrouvé dans une petite pièce humide, entourée par une obscurité totale.

Il pensait qu’il avait été transféré avec succès depuis où il était avant ça et qu’il s’était réincarné avec succès.

Ceux présents n’étaient rien d’autre que des enfants.

Il compta qu’il y en avait une dizaine présent dans la pièce. Ils s’étaient tous assis, impuissants sur le sol. Certains frissonnaient alors qu’ils serraient leurs genoux, et d’autres pleuraient en silence.

Ils partageaient tous un trait commun : un collier noir.

Même s’il ignorait son utilité, cela ne semblait pas très prometteur.

« ... Elle a vraiment accordé mon vœu... une telle déesse bienveillante..., » il avait marmonné ça, de sorte que personne ne pouvait l’entendre.

À en juger par le ton aigu de sa voix et de ses membres, il avait estimé son âge à environ huit ans.

Il décida de parler à une jeune fille qui tenait ses genoux avec un visage empli de tristesse. « Salut. Si tu gardes ce visage triste, tu vas faire apparaître des rides. »

Il ignora la raison pour laquelle elle sursauta de surprise, mais maintenant que ses cheveux blonds et sales ne couvraient plus son visage...

« M-Mon Dieu, merci... tu avais arrêté de bouger... alors je pensais que tu étais mort..., » déclara la jeune fille.

Sa voix tremblait, mais elle avait l’air un peu plus détendue. Il semblerait qu’ils parlaient la même langue.

Mais en même temps, il avait soigneusement réfléchi à ses mots.

Avant de se réincarner... ce corps était probablement mort.

Grâce à l’intervention de la déesse, je suis maintenant dedans, pensa-t-il.

Avant de se réincarner, il ne se serait pas senti désolé à propos de cela.

C’était après tout un monde où mourir comme ça était normal, et où les faibles perdaient leur vie sans raison.

Après avoir légèrement touché sa tête, il avait de nouveau fait face à la jeune fille.

« J’ai faim comme si j’allais me coucher sans souper... Mais en mettant ça de côté, est-ce que cela ne serait pas une bonne chose de se présenter ? » demanda-t-il.

« B-Bien sûr. Je suis Lilia, et toi ? » demanda la jeune fille.

« Je... Mon nom s’écrit comme ça, » dit-il.

Il avait commencé à gribouiller sur le sol afin d’écrire son nom. En regardant les lettres, la fille pencha la tête, perplexe.

« C’est mon nom. D’où je viens, nous nous présentons ainsi à des amis en l’écrivant, » dit-il.

« Oh... j’ai demandé à mon père de m’apprendre à lire et à écrire, mais je n’ai jamais vu ces lettres auparavant, » déclara Lilia.

« Tu as un alphabet différent, hein ? Ce mot se lit “Takumi”, » déclara Takumi.

Il avait remarqué son intérêt, alors il demanda donc une faveur. « Écoute, Lilia, puisque les personnes seront intriguées si je me présente comme ça, peux-tu écrire mon nom ? »

« Oui, je le peux. Hmm... Est-ce que Takumi s’écrit ainsi... ? » demanda Lilia.

Elle l’avait écrit sur le sol avec sa petite main.

Comme prévu, Takumi ne pouvait pas comprendre les caractères.

Il avait essayé de se souvenir de diverses langues de son ancien monde, mais aucune ne ressemblait à cela.

Cependant, satisfait, il sourit amicalement avant de dire. « Je te remercie. Tu sais, je viens d’un endroit magnifique et éloigné. »

« Éloigné... ? Au-delà de la mer ? » demanda-t-elle.

« Oui, dans le genre, » répondit Takumi. « Mais j’ai été capturé dès que je suis arrivé ici, c’est pourquoi je ne sais pas où nous sommes ou comment écrire ou lire ton alphabet. Désolé de te le demander, mais peux-tu me l’apprendre ? »

« Bon... c’est d’accord, mais..., » avant même de finir sa phrase, son expression s’était assombri. « Les esclaves sont tout de suite vendus. Peut-être que c’est mieux si tu ne t’en soucies pas..., » dit-elle tristement, baissant son regard.

Le désespoir était apparu sur son visage comme elle s’était désignée elle-même en tant qu’esclave.

En la voyant agir ainsi, Takumi avait réagi d’une manière calme, ce qui était inapproprié pour un enfant de son âge.

« Peut-être que c’est mieux à la place si je m’en soucie, » déclara Takumi. « Nous ne savons pas qui va nous acheter. Peut-être qu’il va se mettre en colère parce que je ne le sais pas. »

« Peut-être... que tu as raison, mais..., » répondit Lilia.

« Eh bien, nous ne devrions jamais les contrarier, n’est-ce pas ? » demanda Takumi. « Tant que nous avons le temps, apprenons tous ce que nous pouvons. Et aussi, de cette façon, nous allons alléger cette sombre humeur. »

Lilia avait retiré sa main, et Takumi avait commencé à parler aux autres enfants. « Désolé... j’ai quelques questions. »

Il avait brisé le silence en affichant le même sourire. Il y avait dix individus, en s’incluant lui-même et la jeune fille.

Au début, ils avaient tous l’air d’être déprimés tout comme Lilia, mais après avoir un peu parlé, ils étaient tous devenus plus vifs.

Tout le monde avait environ dix ans.

Il y avait des orphelins de guerre, ceux qui avaient été vendus par leur famille affamée, ceux qui avaient été kidnappés par des bandits, ceux qui avaient été abandonnés après que leurs parents s’étaient enfuis à cause d’importantes dettes et ceux qui avaient été attirés par de creuses promesses.

Leurs histoires expliquaient assez bien les conditions réelles de ce monde.

Takumi avait stocké dans son esprit les informations qu’il avait recueillies.

« Maintenant, nous nous connaissons tous. Mais je suis vraiment surpris de penser que Lilia, tu étais une aristocrate, » déclara Takumi.

« Je-je l’étais, mais... nous étions des aristocrates campagnards, » répondit Lilia. « Nous n’étions pas si riches et notre maison était beaucoup plus petite que celle des autres familles aisées. »

Après avoir été interpellée si soudainement, elle agita frénétiquement ses mains.

Le fait d’être vendu était commun, mais il était inhabituel de finir comme esclave depuis une position comme celle-là.

En entendant parler de son ancienne famille, certains enfants n’avaient pas caché leur mépris.

« Tu avais de la terre et une maison, peu importe leur taille, et tu sais lire et écrire, n’est-ce pas ? » demanda l’un des enfants.

« O-Oui, juste un peu. J’ai appris des choses, comme les maths..., » répondit Lilia.

Lilia avait écrit son nom comme Takumi l’avait demandé avant... mais aucun des autres enfants ne pouvait le lire.

Elle avait dit que la maîtrise de la littérature et des mathématiques n’était pas très importante. En premier lieu, ce n’était pas une connaissance nécessaire pour les enfants, qui pensaient que « vivre suffisait ». Les cours étaient réservés aux classes privilégiées, à partir des marchands.

Il était normal d’ignorer comment lire et écrire, ainsi que comment faire des maths, et cela même pour ceux qui n’étaient pas esclaves.

Takumi frappa dans ses mains afin d’attirer l’attention, préservant soigneusement cette précieuse information.

« Très bien, apprenons de Lilia, » déclara Takumi.

« Pourquoi devrais-je apprendre quelque chose si je ne suis qu’un esclave ? » remarqua l’un des enfants agacés.

Il était le chef du groupe. Il s’appelait Killfer.

« À quoi cela sert-il d’apprendre quelque chose d’elle quand les garçons vont travailler jusqu’à la mort et que les filles vont travailler en tant que prostituées ? » Il lança un regard noir à Lilia, qui sursauta en sentant le sang geler dans ses veines.

Mais Takumi avait répondu sans hésitation. « Quand tu sais lire et écrire, tu peux faire d’autres travaux, et si tu connais les mathématiques, tu ne peux pas être trompé quand quelqu’un te paye. Ce n’est pas parce que nous sommes des esclaves que cela n’est pas important de savoir de telles choses, n’est-ce pas ? »

Sa réponse était parfaite et Killfer était devenu silencieux. Les enfants avaient ce genre d’attitude, mais les personnes présentes semblaient intelligentes, car elles semblaient comprendre.

« Nous ne savons pas combien de temps nous resteront ici. Mais il vaut mieux étudier au lieu de se vautrer dans l’apitoiement, » déclara Takumi.

Tandis que Takumi essayait de convaincre les autres, un fort bruit l’interrompit alors que la pièce s’était emplie de lumière.

« Taisez-vous les enfants ! » Les enfants avaient été éblouis, mais ils avaient réussi à reconnaître la silhouette d’un grand homme dès qu’ils furent habitués à la lumière.

Il cracha par terre alors qu’il les regardait, une veine sortant de sa tête.

« J’allais vendre l’elfe, mais si vous faites un tel chahut, oubliez ça, » déclara l’homme. « Au moment où je trouve un acheteur, et c’est déjà foutu. Vous gardez ici est déjà assez pénible pour moi ! Toi, jetez-les dedans ! »

Il renifla, puis pointa du doigt quelqu’un se trouvant à l’extérieur.

Un homme au visage rougi se tenait derrière lui, tenant fermement deux silhouettes.

À l’instant suivants, tous ceux présents dans la cellule pouvaient dire que les deux silhouettes avaient de beaux cheveux. Doré pour la première et d’un noir brillant pour l’autre.

Les enfants avaient deviné que c’étaient des filles, étant donné leurs silhouettes et la longueur de leurs cheveux.

En plus de porter le même collier, elles avaient des chaînes qui leur enserraient les poignets et les chevilles.

Elles semblaient aussi un peu plus vieilles que les autres enfants.

Celle aux cheveux noirs semblait avoir quinze ans, ou peut-être un peu plus, tandis que l’autre qui était aussi un peu plus petite qu’elle l’était, devait avoir treize ans.

 

La plus jeune avait de grandes oreilles et une queue, tandis que l’autre avait de longues oreilles pointues comme des pointes de flèches.

Voyant que les filles les bougeaient légèrement, elles n’étaient pas là pour le spectacle.

Mis à part ces différences, elles étaient également des esclaves.

Elles n’essayèrent pas de se défendre et gémissaient, probablement à cause de la fatigue.

Alors que Takumi analysait ces filles, elles avaient été jetées dans la pièce.

« Dépêche-toi et apporte de la nourriture. Si ces enfants deviennent malades, nous ne gagnerons pas autant d’argent, » cracha l’homme à son subalterne.

Les deux hommes avaient alors jeté du pain comme s’ils nourrissaient des animaux en cages.

Ce n’était pas seulement noir et dur comme du roc étant donné le bruit qu’il faisait en frappant le sol, mais il semblait aussi moisi.

Takumi avait commencé à compter les miches qui étaient au sol.

« Hé, ce n’est pas assez pour tout le monde, » il s’était adressé au dos de l’homme.

« Attends... tu étais presque mort hier, » s’écria l’homme.

« Cela n’a pas d’importance, » répondit Takumi. « La blonde aux oreilles d’animaux semble terriblement faible. Si vous voulez la vendre pour un bon prix, vous devriez nous donner assez de nourriture pour tous. »

Au début, l’homme avait été surpris. Mais bientôt, il ressentit comme si ce gamin se moquait de lui, et renifla. « Oh... je vois. Tu me demandes d’apporter plus pour elles afin que tu puisses l’avoir pour toi, hein ? Les vers comme toi restent fidèles à leur nature. »

« Il vaut mieux survivre comme un ver que de mourir, » répondit Takumi. « Peut-être voulez-vous leur mort ? »

« Es-tu stupide ? » s’écria l’homme. « L’elfe est une chose, mais cette bête peut survivre plusieurs jours sans nourriture. Ils ont de solides corps. Il n’y a donc pas besoin de plus de pains, » puis, riant avec force, l’homme regarda Takumi. « Si elles mangent ou pas n’est pas de tes affaires. »

Un sourire sadique était apparu sur son visage alors qu’il fermait la porte et quittait les lieux.

Se retrouvant une fois de plus dans l’obscurité, le jeune garçon soupira. « Eh bien... ! Maintenant, je suis fâché, mais mangeons d’abord. »

Il se dirigea avec un sourire forcé vers les autres enfants et avait ensuite pris sa part.

Lilia remarqua qu’il s’approchait des filles et elle attrapa immédiatement sa manche. « Non, arrête-toi ! Elles sont dangereuses même quand elles sont affaiblies ! Elles vont te tuer si tu t’approches d’elles ! » Elle le tenait serré avec un visage sérieux.

Dans son ancien monde, les demi-humains n’existaient pas.

Takumi remarqua que tous les enfants avaient peur d’elles et il comprit immédiatement comment les demi-humains étaient traités dans ce monde.

Il lui avait gentiment fait signe de le laisser partir avant de parler aux deux nouvelles filles. « Salut, les nouvelles venues. Cela n’a pas été un bon accueil, mais ici, il y a de la nourriture. » Tout en affichant un sourire amical, il leur avait tendu du pain.

La blonde avait réagi à ses mots. « Puis-je... le prendre ? »

« Eh bien, je n’ai pas faim. Divisez-le en deux et partage-le avec elle, » déclara Takumi.

« À moitié !? Pour de vrai !? Ce sera mon premier repas en cinq jours ! Karin, as-tu entendu ? » s’exclama la blonde.

L’expression épuisée qu’elle avait jusqu’à présent avait disparu et ses yeux dorés avaient commencé à briller comme des étoiles.

L’elfe se plaça entre les deux. « Ne te rapproche pas de Kunon. Retourne dans ton coin comme tout le monde. »

Pendant ce temps, la fille, Kunon, bavait et remuait la queue.

Mais l’autre... Karin lança un regard noir à Takumi. « Kunon, ne lui fais pas confiance. Si nous acceptons, il n’arrêtera pas de répéter que nous lui sommes redevables. »

Elle avait un visage ferme.

Après avoir entendu ses mots, il fronça les sourcils. « Ne sois pas si grincheuse. Je ne pensais pas à quelque chose comme ça. Cette ambiance a juste ruiné mon appétit. »

« Alors, agis-tu toujours amicalement avec nous les demi-humains ? » demanda Karin. « Il est clair que tu mens. Si tu ne veux rien en retour, pourquoi voudrais-tu nous offrir ta nourriture ? » Elle déclara ça avec brusquerie.

Il la regarda pendant un moment... puis haussa les épaules et sourit. « J’abandonne. Oui, je voulais te demander quelque chose en retour. »

Il s’était franchement confessé, alors elle fronça instinctivement les sourcils.

Après cela, il avait jeté le pain devant elle.

« C’est ma façon de m’excuser, » déclara-t-il. « L’eau me suffit. »

« J’ai dit que je n’en veux pas, » déclara Karin.

« D’accord ! Mais dans ce cas, laisse Kunon l’avoir, » déclara Takumi.

« Super ! Je vais tout manger. Merci beaucoup, » s’exclama Kunon.

La blonde se mit à sourire d’une oreille à l’autre, puis elle posa son regard sur son amie avant de déclarer. « Karin... mais si tu n’en manges pas, je ne le ferai pas non plus. »

« Non non. Tout est à toi. Je n’ai pas faim, » répondit Karin.

« Mais je ne veux pas le manger seule... Euhhh ! » s’exclama Kunon.

Après ça, elle avait frappé le sol avec sa queue, ne sachant pas trop quoi faire.

En regardant sa réaction, Takumi devina leur relation et se mit à sourire. « Elle te demande de manger avec toi après que cinq jours se soient écoulés depuis son dernier repas. Alors, regarde ce qu’elle accepte pour toi. La pauvre, et tout cela seulement parce que je t’ai donné du pain. »

« ... Tu es vraiment rusé, » déclara Karin.

« Bien sûr que je suis. Après tout, je voulais quelque chose en retour, » répondit Takumi.

« ... Tu es le pire. Tu ne peux même pas tenir ta langue, » déclara Karin.

« Je pourrais être le pire, mais qui s’en soucie ? Mange avec elle, car si elle arrête de bouger à cause de toi, ce sera un vrai problème, » déclara Takumi.

« Ces singes m’ont forcé avant ça à manger. Les miettes laissées par Kunon me suffiront. Je suppose que les elfes sont précieux, » balayant ses cheveux en arrière, Karin soupira, agacée.

« Les elfes, hein... Je ne les aurais jamais imaginés avec des cheveux noirs, » répondit Takumi.

Takumi les avait imaginés avec des cheveux blonds ou blancs. Après qu’il eut dit ça, elle lui lança un regard meurtrier.

« Un autre commentaire et je te tue, » cracha Karin.

« Calme-toi ! Désolé si j’ai blessé tes sentiments. Je voulais juste te dire que tes cheveux étaient vraiment magnifiques, » déclara Takumi.

Elle avait fait claquer sa langue en signe d’agacement. Karin avait pris note de ses horribles manières, mais au moins il s’était excusé. Peut-être qu’il n’était pas si mauvais que ça.

« Je serais heureuse de fuir cette horrible situation, je reste ici seulement pour Kunon, » déclara Karin. « Mais ce n’est pas comme si je pouvais quand même me mettre en colère contre des enfants. »

« Ne parle pas comme ça, » déclara Takumi. « Même si auparavant j’ai échoué quant aux négociations, je pense toujours à un moyen de nous entraider. J’espère vraiment que tout le monde peut pour le moment s’entendre. »

« Penses-tu vraiment que nous avons besoin de ton aide ? » demanda Karin.

« Bon... alors, je vais te dire mes véritables intentions, » déclara Takumi.

En disant ça, Takumi rapprocha son visage de celui de Karin, regardant droit dans ses yeux.

Elle retint involontairement son souffle, mais ce n’était pas parce qu’il n’avait pas les yeux d’un enfant normal réduit à l’esclavage ou parce que son regard était complètement dépourvu d’émotions.

Ce n’était pas simplement par peur.

« Mon but est..., » commença-t-il à expliquer.

Après cela, Karin se souvint de la manière de respirer.

Elle fronça les sourcils puis le regarda avec méfiance.

« Comment as-tu..., » commença-t-elle.

« Ouah, tu as compris. Mon Dieu... la magie existe vraiment ici. Mais c’est plus complexe que là où j’étais avant, » Takumi sourit comme s’il s’opposait à ses propres mots.

Puis il continua à parler. « S’il te plaît, nous allons être ensemble pendant un moment. Alors je ne demande pas à être ami, mais au moins nous devrions nous entendre. »

Il avait agité sa main et puis, en les laissant avec ces mots, il retourna dans son coin.

***

Partie 2

Plusieurs jours plus tard, un autre couple de marchands d’esclaves avait acheté les enfants.

Ils avaient mis des chaînes à tout le monde et les avaient fait monter dans une carriole couverte.

La cellule où ils étaient restés jusqu’à maintenant était petite, mais ils avaient essayé de passer du temps en paix.

Lilia leur avait enseigné les mathématiques et comment écrire et lire.

Ils avaient taquiné Killfer en raison de sa diligence et avaient essayé de diviser le peu de nourriture qui leur avait été donnée en parts égales pour que chacun puisse manger...

Mais au moins, ils avaient fait tout cela en souriant.

Quand ils avaient mis le pied dans la carriole, ils avaient pleuré avec des voix étouffées.

Ils savaient que la vie d’un esclave était dure.

Les personnes normales les traitaient comme des objets.

Ils étaient payés que quelques pièces de monnaie et leurs rations alimentaires étaient réduites. Ils allaient devoir travailler sans relâche et quand quelqu’un n’y pourrait plus, ils étaient abandonnés sans aucun remords.

Les enfants dans cette carriole n’avaient pas de futur.

« Aaah... Chaque fois, c’est la même histoire, mais au fond je me sens un peu désolé, » déclara l’un des deux hommes.

« Tiens-toi tranquille et reste sur tes gardes. Cette fois, nous avons une elfe. Nous devons seulement penser à atteindre Listina, » ordonna l’autre.

Au-delà de l’étoffe qui recouvrait le véhicule, le cocher, qui était plus âgé à en juger par sa voix, parlait à un jeune homme.

Ils discutaient de la façon dont ils allaient vendre les enfants à quelqu’un d’autre, probablement un autre marchand d’esclaves.

« Au fait, ils nous ont donné un petit plus, car il y avait plus de marchandises, mais... Ce n’est pas comme si on gagnait beaucoup pour ces marmots, » déclara le jeune.

« Ne jamais refuser de l’argent. Et aussi, même s’ils n’ont que la peau sur les os, monsieur Gaitsu les vendra tous à coup sûr, » dit le vieux.

« Oui... je me souviens de Gaitsu. Quand il a été payé pour une autre vente, la boîte était trop petite pour tout l’argent, » déclara le jeune.

« ... Écoute ! Pourquoi ne fais-tu pas ton travail au lieu de dire n’importe quoi ? » demanda le vieux.

« D’accord ! Regarde, cette fois, je me suis assuré de tout préparer. Cette boîte n’a pas de clé, donc seuls un génie ou Gaitsu lui-même pourraient l’ouvrir. Es-tu maintenant content ? » demanda le jeune homme.

Le jeune homme avait montré une boîte à son collaborateur, qui avait fait claquer sa langue sous le clair de lune.

« Cache-le à l’endroit habituel, crétin. Tu as vraiment besoin de te taire, » déclara le vieux.

« Hein !? Pourquoi suis-je grondé ? » demanda le jeune.

« Parce que tu es négligent et fais toujours ce que tu veux, comme tu l’as fait avec la clé, » déclara le vieux.

« Mais de cette façon, il n’y a aucun risque de le perdre, n’est-ce pas ? » demanda le jeune.

Leur conversation détendue était le contraire complet par rapport à la façon dont les choses étaient dans la carriole.

Takumi les avait observés tout en restant calme.

« Tu es vraiment bizarre, » une voix lui parvint d’en bas et il tourna son visage vers elle.

Les silhouettes de Kunon et Karin étaient étendues sur le sol.

« Karin, chaque fois que j’essaie de te parler, tu m’ignores. Quoi !? En sachant qu’ils vont sous peu nous vendre, te sens-tu seule ? » demanda Takumi.

« Je t’ignore parce que tu fais toujours le clown, » répondit Karin.

« Mon Dieu... es-tu consciente que les autres gardent leurs distances à cause de tes manières ? » demanda Takumi.

Ni Lilia, Killfer ni aucun autre enfant n’avait osé les approcher. Même maintenant, Takumi était le seul assez courageux pour être près d’elles.

« Sens-toi libre de m’ouvrir ton cœur et d’avoir une conversation pour tuer du temps quand tu le voudras, » déclara Takumi.

« Si je pouvais t’éventrer et coudre tes lèvres pour que je ne t’entende plus parler avec cette odieuse bouche, alors tu peux compter sur moi, » déclara Karin.

« Je ne veux pas répandre dans cette carriole l’odeur du sang, » répliqua Takumi. « Et en passant, où vas-tu ici trouver l’aiguille et le fil ? Je pense que pour l’instant tu devrais abandonner ton idée. »

« Pff... Quelle honte ! Si je n’avais pas ces chaînes, je pourrais te tuer en un rien de temps, » déclara Karin.

« Quoi !? Takumi est gentil ! Il me donne du pain ! Tu ne peux pas le tuer ! » Kunon avait parlé d’une voix chaleureuse et joyeuse alors qu’elle se tortillait sur place.

Elle semblait avoir un faible pour Takumi, peut-être parce qu’il lui donnait tous les jours de la nourriture.

« Au fait, les elfes sont-ils plus forts que les humains ? » demanda Takumi.

« Pourquoi demandes-tu ça ? » demanda Karin.

« Je pensais que si tu l’étais, te libérer de ses chaînes serait du gâteau pour toi, » déclara Takumi.

« Cela dépend d’un individu à l’autre, » répondit Karin. « Parmi les demi-humains, il y a... les hommes-loups, comme Kunon, qui sont forts et habiles au combat, ou les hommes-dragons qui sont couverts d’écailles blindées. Ce serait facile pour eux. »

« Quoi... ? Kunon est-elle vraiment une louve ? » demanda Takumi. « Je pensais qu’elle était une renarde étant donné la couleur de sa fourrure ! »

« Ooauff! Je ne suis pas un renard ! Je suis une louve, sage et puissante ! » Elle déclara ça tout en gonflant sa poitrine avec fierté, mais Takumi ne prêta aucune attention à sa pose extrêmement bête.

« En gros, tu fais partie des loups sages ? » demanda Takumi. « Je me demande... si tu es forte même parmi ton propre genre, pourquoi tu ne t’es pas déjà débarrassé de tes chaînes? »

« Parce qu’elle l’aurait fait si elle pouvait, » répondit Karin. « Les entraves pour les demi-humains sont faites de métaux spéciaux, et donc les casser n’est pas si facile. Si elle était en pleine forme, alors peut-être qu’elle pourrait le faire, mais... comme la nourriture est à peine suffisante pour nous maintenir en vie, il est normal qu’elle n’ait pas d’énergie. »

« Tout à fait... Grâce à ton pain, Takumi, je me sens un peu mieux, mais j’ai encore faim et je ne peux pas utiliser toute ma force..., » déclara Kunon.

Karin ne déclara plus rien et regarda Kunon baisser les yeux.

« Et quand est-il des elfes ? » demanda Takumi.

« Bien sûr, c’est impossible pour nous, » répondit Karin. « Sans notre équipement, nous sommes encore plus inutiles que les humains. »

« Je vois... mais de quel genre d’objets parles-tu ? » demanda Takumi.

« Tu mets vraiment ton nez partout..., » répondit Karin. « Ne pense pas aux arcs, aux couteaux et aux diverses pierres, que tu pourrais t’imaginer dans ton esprit fétide. La magie est la seule véritable fierté et le point fort des elfes. Je parle donc de baguettes magiques et d’objets magiques. »

Quand elle avait fini de l’expliquer, elle avait établi un contact visuel avec Takumi.

« Juste pour être clair, je ne peux pas utiliser la magie. Alors, n’attends rien de moi, » rajouta Karin.

« Hé ! Ne fais pas comme si tu lisais mon esprit, s’il te plaît, » déclara Takumi.

« Je pensais t’épargner une question inutile, » déclara Karin.

« Tu aurais au moins pu le dire avec une expression appropriée, » déclara Takumi.

Il soupira en observant Karin se battre pour garder la même expression.

« Je déteste faire des choses inutiles, mais parler avec toi n’était pas complètement inutile. Maintenant, je suis certain de l’existence de la magie et j’ai compris que tu mentais, » déclara Takumi.

« Oh vraiment ? Dis-moi alors quand j’ai menti, » elle le railla, mais il ne la regarda même pas.

« Je vois. Tu incites les personnes à établir un contact visuel avec toi, de sorte que tu peux “lire dans leurs pensées”... ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

L’instant d’après, il avait clairement entendu Karin retenir son souffle.

« Ouah, super ! Personne ne l’a compris avanttttt..., » commença Kunon.

« Kunon, sois une gentille fille et arrête de parler, s’il te plaît, » interrompit Karin.

Karin lança un regard noir à Takumi en posant les mains sur la fille-louve qui commença à se tortiller.

« Je ne sais pas de quoi tu parles, » déclara Karin.

« C’est trop tard maintenant. Je l’avais déjà compris dès la première fois que je t’ai donné du pain, » déclara Takumi tout en bâillant.

« Tu pensais “regarde ! Ce gamin affamé nous offre du pain”, » continua Takumi. « Au début, tu t’étais demandé quelles étaient mes intentions, afin que tu puisses les deviner à partir de ma réponse et de mon expression. Pourtant, tu croyais que j’allais te demander quelque chose en retour. »

« C’est parce que je ne crois pas aux humains, » répliqua Karin. « Il était évident que tu voulais quelque chose de nous. »

« Dans une situation comme celle-ci, il est normal de même douter des enfants... Mais tu n’es pas la seule à pouvoir lire dans les pensées des autres, car la magie n’est pas nécessaire pour le faire, » déclara Takumi.

Fermant un œil, il tapota sa tempe avec un doigt.

« Tout comme tu n’as pas arrêté de regarder mes yeux pendant un moment, j’ai également continué à regarder les tiens, » répondit Takumi. « Tu n’as jamais regardé mes expressions ou les mouvements de mes yeux. Pourtant, tu as cru avec fermeté que j’allais demander quelque chose en retour. Par conséquent, je pensais bien que tu avais dû utiliser une autre façon de le trouver. »

Karin était restée silencieuse.

« J’ai remarqué un tas de choses en parlant avec toi... Par exemple, tu essaies de ne pas me parler si je ne te regarde pas dans les yeux. Tout comme maintenant, » continua Takumi.

Elle soupira, résignée. « Qui es-tu ? »

« Je te le dirai correctement si nous en avons l’occasion... mais je dois confirmer quelque chose. Laisse-moi parler à Kunon, » demanda Takumi.

La réticence était présente sur son visage, mais elle avait alors écarté ses mains de la bouche de son amie.

« Fuah ~ Uuuh... j’étais en train d’étouffer..., » déclara Kunon.

« Karin est un désastre, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, Kunon, peux-tu battre les adultes ? » demanda Takumi.

« Eh bien... je n’en suis pas sûre, mais je ne perdrai pas tant que mes jambes peuvent bouger ! » Elle avait répondu en soulevant avec force ses magnifiques jambes.

Takumi avait deviné qu’elle ne mentait pas et qu’elle était assez confiante dans ses propres capacités.

« Karin, qu’en penses-tu ? Vous étiez tous les deux ensemble avant de finir ici, donc personne ne devrait connaître ses compétences mieux que toi, » demanda Takumi.

« ... Tant qu’elle peut utiliser ses jambes, elle peut gagner même contre un ennemi armé, et cela même si elle est affaiblie, » répondit Karin. « Les hommes-bêtes sont généralement rapides et fortes, il est donc nécessaire de sceller leurs mouvements pour les garder à distance. Voilà pourquoi elle a aussi des chaînes à ses chevilles. »

En entendant ces paroles, Takumi avait essayé de les examiner. Ils étaient vraiment plus résistants comparés aux entraves en bois ou en acier.

« C’est bien. Nous pouvons alors continuer, » déclara Takumi.

« Qu’est-ce que tu manigances ? » demanda Karin.

« Nous avons déjà eu un contact visuel, alors tu devrais le savoir, non ? » demanda Takumi.

« Je voulais dire... Que veux-tu de notre part ? Je sais que tu as besoin de quelque chose, mais je ne sais pas quoi, » elle avait répondu avec une allure boudeuse. Elle avait l’air contrariée parce que Takumi avait découvert son pouvoir.

« Il y a plusieurs façons de sortir d’ici, » répondit Takumi. « Dans le meilleur des cas... »

Alors qu’il allait commencer à expliquer, la carriole s’était arrêtée quand les chevaux avaient commencé à renâcler.

Presque au même moment... des cris d’hommes en colère résonnaient ainsi que les voix perplexes et effrayées des cochers.

« Non, nous ne pouvons pas tous les repousser ! Sortons de..., » la voix du jeune homme fut interrompue et des taches cramoisies irrégulières apparurent sur le tissu du chariot.

« Serge ! Prenez ça ! Non... ! Ahhhhh ! » Après que ce cri agonisant fut cessé, les rires grossiers des hommes avaient secoué l’air.

Takumi voulait jeter un coup d’œil dehors, mais étant donné le sang qui coulait dans la carriole, deviner ce qui venait de se passer n’était pas une tâche difficile.

Les enfants avaient été surpris, et alors qu’ils s’étaient tus, Takumi s’était tourné vers les deux jeunes filles.

« Eh bien... c’est le pire des cas, » déclara-t-il avec une voix monotone.

***

Partie 3

La brise du soir avait poussé dans la carriole la puanteur du sang. Les rugissements de victoire des hommes pouvaient être entendus à l’extérieur de chariot couvert.

À ce moment-là, les bandits décidèrent de déchirer la bâche de tissu servant de toile protectrice contre les intempéries, puis l’un d’eux fit franchir sa tête pour ainsi pouvoir regarder le contenu du chariot.

« Hehe... Cela fait un moment qu’on ne s’est pas vu, les marmots, » put être entendu. Il s’agissait de la voix d’un homme.

Les enfants se souvenaient parfaitement du visage de l’homme qui venait de leur parler. Un grand homme ayant un sourire vicieux qu’il avait déjà vu précédemment.

La seule différence notable était... que ses vêtements étaient tachés par du sang.

« Les elfes sont bien plus précieux que les esclaves normaux. J’ai gagné de l’argent avec vous, mais cette fois, j’ai eu de la chance de pouvoir en avoir encore plus, » déclara-t-il en riant.

L’homme lécha le sang se trouvant sur la lame de son épée tout en ricanant.

Il s’agissait des marchands d’esclaves qui avaient vendu l’elfe et maintenant, ils étaient venus la reprendre pour la revendre.

Ils n’avaient donc pas attaqué un chariot de manière aléatoire. Ils savaient déjà que les marchandises détenues par ces deux hommes étaient précieuses.

S’ils continuaient à faire des choses comme ça, ils pourraient facilement devenir riches en un rien de temps.

Bien sûr, cela n’était pas quelque chose que l’on pouvait faire trop souvent, mais c’était clairement un bon moyen de gagner de l’argent sur le court terme.

« Patron, que ferons-nous avec ces enfants ? » demanda le deuxième homme en pointant du doigt les enfants humains.

« Eh bien... récupérons uniquement l’elfe, » déclara le chef. « Je n’ai utilisé les autres que pour convaincre ces marchands d’acheter l’elfe. Cela a marché, car il y en avait beaucoup. Mais maintenant, les garder en vie n’est qu’une nuisance. »

Alors que l’homme se moquait des enfants avec ses camarades, il leva son épée sur un enfant malchanceux.

« Tuez-nous et vous pourrez dire au revoir à l’argent de ces deux là, » dès que Takumi avait dit ça, l’homme s’était arrêté net.

La rage et la confusion étaient visibles sur son visage alors qu’il se retournait pour voir qui avait osé lui parler avant de rugir ces quelques mots. « Mioche, qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Exactement ce que je viens de dire, » répondit Takumi. « Avant ça, les cochers que vous avez tués parlaient d’argent. Ils parlaient du fait qu’ils recevraient bientôt le reste de leur paiement. Cependant, ils avaient déjà été payés pour l’elfe, et même bien plus que prévu... et ils l’ont caché dans une boîte. Vous en avez entendu parler aussi, n’est-ce pas ? » La dernière partie fut déclarée après qu’il se soit tourné vers les autres enfants.

Faisant face aux enfants qui pleuraient de désespoir, il les avait vus hocher la tête à plusieurs reprises.

« Si tu me le remets tout de suite, je t’épargnerai, » déclara l’homme.

« C’est bon de voir qu’on se comprend... mais ces deux-là ont dit que la boîte avait un étrange mécanisme, » déclara Takumi. « Vous ne pourrez avoir l’argent que si vous le manipulez correctement. »

Les enfants avaient semblé choqués par ce que venait de dire Takumi.

Les cochers n’avaient pas seulement caché la boîte, mais ils avaient également dit que seules quelques personnes seraient capables de l’ouvrir, et ils n’avaient rien dit à propos de l’activation du mécanisme... Néanmoins, Takumi semblait confiant.

« Néanmoins, je sais comment l’ouvrir, » continua Takumi. « Promettez-moi que vous nous laisserez partir une fois que vous l’aurez. »

« Très bien... intéressant. Alors, jouons..., » déclara l’homme, puis il attrapa Lilia et l’attira vers lui alors qu’il posait son épée sur son cou. « Pendant que tu seras chargé de l’ouvrir, je vais tuer quelqu’un toutes les trois minutes. Où est le plaisir s’il n’y a pas de piquant dans un tel jeu ? »

Il resserra son emprise sur elle, alors qu’elle frissonnait et regardait Takumi pour lui demander de la sauver.

Mais Takumi affichait son sourire chaleureux habituel alors qu’il la regardait. « En effet, c’est plus intéressant ainsi. Ces cochers ont dit tellement de choses à voix haute que trois minutes seront plus que suffisantes. »

« Super ! Eh bien, puisque tu es si confiant, que dirais-tu de bouger ton cul ? » cria l’homme.

« Bien sûr, mais j’ai besoin des clefs afin de pouvoir ouvrir la trappe où ils ont caché la boîte, » déclara Takumi. « Et aussi, j’aimerais que vous enleviez ces chaînes, sinon je pourrais trébucher, comme je vais devoir chercher dans l’obscurité. »

L’homme fit claquer sa langue, et alors qu’il farfouillait dans les poches du cadavre, Takumi se tourna vers Karin et la regarda droit dans les yeux.

Elle savait ce qu’ils devaient faire, mais quand même, son visage était vraiment très proche.

Karin fit transmettre silencieusement le message à Kunon, puis le bandit jeta un trousseau de clefs à Takumi.

« Dépêche-toi, ou tes amis mourront, » déclara l’homme.

« Bien. Je ne vois rien, et trouver la bonne clef n’est pas une sinécure, » répondit Takumi.

Takumi avait montré à l’homme une clef accrochée dans le trousseau de clefs et l’avait secoué. « Avec ça, je peux ouvrir la trappe. Ça va prendre un instant pour ouvrir la boîte. Pouvons-nous oublier la règle des trois minutes ? »

« Pff... dépêche-toi, » répliqua l’homme, attendant que Takumi lui donne l’argent.

L’enfant tourna nonchalamment le dos et s’accroupit. Alors qu’il souriait, il fit tourner la clef dans la serrure. Un *Clack*, avait annoncé l’ouverture des menottes.

L’homme était raide et son sourire avait immédiatement disparu de son visage.

Il se sentait paralysé, incapable de saisir ce qui venait de se produire.

« Quoi... ? » Alors qu’il murmurait ces mots, il baissa les yeux.

Il avait alors vu son bras sur le sol. L’épée était toujours dans la main.

« Qu’est-ce... à l’instant..., » il ne pouvait pas dire un autre mot que ça.

Après avoir senti sa cage thoracique s’enfoncer en lui en produisant un important bruit d’os brisés, l’homme fut expulsé hors du chariot.

« Pff, je ne suis pas aussi forte quand je ne peux utiliser que mes mains..., » déclara Kunon avec une expression de déception clairement visible. Sa fourrure dorée s’agitant dut à l’excitation.

Mais à ce moment-là, personne ne s’était vraiment soucié de ses paroles.

Ceux qui assistaient à la scène ne pouvaient pas saisir ce qui s’était produit en cette fraction de seconde. Lilia elle-même, la plus proche des bandits, était trop choquée pour réagir.

La seule chose qui était claire pour tout le monde était... que Kunon était une femme-bête, une demi-humaine puissante dans les compétences martiales. Même si le sang de l’homme l’éclaboussait, elle gardait le même sourire radieux qu’elle avait quand Takumi lui donnait du pain.

« Ils... l’ont libérée ! » L’un des hommes près du chariot avait crié, terrifié.

Sa voix avait figé les bavardages de ses camarades, qui s’étaient tournés pour voir cette horrible scène.

Puis, ne se souciant nullement de ce qui était arrivé à leur chef, les bandits avaient commencé à fuir à pleine vitesse, se dispersant comme s’ils avaient vu un monstre.

Pourtant, la fille continuait à les regarder comme un loup regardant un agneau juste avant de le déchiqueter.

Puis, tout en continuant à observer, elle déclara. « Oh, jouons-nous au chat et à la souris ? Je l’ai déjà joué plusieurs fois ! Les gens m’ont félicité... quand j’ai attrapé et tué toutes les petites souris. »

« ... Stupide chien ! Qui a dit que tu pouvais les tuer !? » Au moment où elle allait bondir, Takumi l’avait attrapée par la peau du cou, puis, alors qu’il resserrait sa prise sur elle, elle s’était raidie et avait arrêté de bouger.

« Outch ! Qu’est-ce que tu fais !? » s’exclama Kunon.

« Il n’est pas nécessaire de les tuer, » déclara Takumi.

« Oh laisse-moi ! C’est ennuyeux si je ne les tue pas ! Ne puis-je pas aller m’amuser avec eux ? » s’exclama Kunon.

Elle ne comprenait pas la raison pour laquelle il l’avait arrêtée.

Une personne normale se serait demandé si elle avait une case en moins... mais il y avait quelqu’un qui pouvait comprendre ce genre de logique.

« C’est vrai, c’est ennuyeux. Alors, amusons-nous, » déclara Takumi.

« Super ! Tu me laisses donc aller les tuer ? » demanda Kunon.

« Non, arrête-toi ! Tuer du monde n’est pas une bonne chose, » répondit Takumi.

Kunon ne pouvait pas comprendre ses paroles et elle pencha la tête tout en le regardant.

Takumi affichait le même sourire tordu qu’elle avait. « Ne les tue pas sans raison, laisse-les vivre. Ne tue pas non plus leur chef. Cela serait beaucoup plus amusant de le voir mourir très lentement. »

Takumi, sur sa même longueur d’onde, avait proposé quelque chose d’encore plus atroce avant de la relâcher.

Kunon était restée gelée, immobile alors qu’elle l’observait toujours.

La laissant seule, Takumi avait commencé à libérer de leurs chaînes les enfants.

Karin fut la dernière, et quand elle fut finalement libre, elle étendit ses membres endolories.

Après ça, elle s’était tournée vers Takumi, et lui avait adressé la parole. « Comment as-tu pu obtenir la bonne clef dès le premier essai ? »

Le trousseau de clefs avait quatorze clefs présentes, dix pour les enfants et quatre pour Karin et Kunon.

Et donc, trouver la bonne clef dans l’obscurité en si peu de temps n’était pas une tâche aisée.

Mais Takumi avait répondu avec son visage de poker habituel. « Puisque les marchands avaient les clefs de nos chaînes, mais pas les vôtres, ils auraient dû les avoir quand ils vous ont acheté. »

Alors qu’il avait dit ça, il lui avait montré le trousseau de clefs.

Un simple fil avait tenu l’ensemble des clefs.

« Dans ce cas, vos clefs auraient dû être les dernières, » rajouta-t-il. « En outre, puisque vos entraves sont faites dans des matériaux différents, leurs clefs auraient dû être également différentes. »

Puisque les humains ne pouvaient pas voir dans l’obscurité, ils devaient affûter leurs sens pour se déplacer dans certaines circonstances.

Une fois qu’il avait compris la position des clefs, les toucher un à un n’avait été qu’une question de quelques secondes.

« De plus, pour lier Kunon, ils avaient besoin de chaînes plus dures, donc je n’avais qu’à comparer la dernière paire de clefs de l’ensemble, » continua-t-il. « Même si je me trompais, j’aurais pu à nouveau essayer, même s’il me semblait que ce mec ne voulait pas continuer à jouer bien longtemps. De toute façon, il était vraiment improbable pour lui de voir ce que je faisais. »

Takumi lui avait souri alors qu’il commençait à faire tourner le trousseau de clefs autour de son doigt.

« D’autres questions ? » demanda-t-il.

En le voyant si confiant, elle haussa les épaules et arbora un sourire ironique avant de lui répondre. « Non. Je te pardonne aussi d’avoir utilisé Kunon, mais seulement parce que nous sommes en sécurité maintenant. »

« Il faut bien remercier ce type, car grâce à lui, nous sommes libres. Maintenant, il est temps pour le prochain mouvement, » déclara Takumi.

Takumi s’était approché des enfants qui étaient regroupés. « Hé, est-ce que l’un d’entre vous est blessé ? »

« Takumi ! Merci ! Je te remercie... ! » Lilia était venue en courant et l’avait étreint, pleurant à chaudes larmes.

Elle devait avoir été la plus effrayée par tous ces événements, puisqu’elle avait été menacée d’être celle qui serait tuée en première.

Les autres enfants avaient également parlé après ça pour le remercier.

Les cochers étaient morts et les bandits avaient tous fui.

Plus personne ne les retenait. Ils étaient enfin libres...

Du moins, c’est ce qu’ils pensaient.

« Allez, on ne peut pas rester ici. Alors, partons tous ensemble, » déclara Takumi.

« Partir... ? Où ? Et aussi, maintenant que nous sommes libres, est-il vraiment nécessaire que nous restions tous ensemble ? » répliqua Killfer tout en jetant un coup d’œil à Kunon et Karin.

Takumi avait deviné que leur présence n’était pas vraiment appréciée par les autres.

« Bien sûr, nous devrions aller là où les marchands nous amenaient en tant qu’esclaves. Les chevaux vont bien, alors nous devrions atteindre notre destination sans plus de problèmes, » répondit un Takumi souriant.

Les enfants n’avaient pas compris sa déclaration

Pourquoi devaient-ils redevenir des esclaves, et cette fois de leur propre volonté ?

« Non... Oublie ça ! Pourquoi diable devrais-je redevenir un esclave ? » Dès que Killfer avait exprimé ses pensées, d’autres enfants montrèrent qu’ils étaient d’accord avec lui.

Takumi s’attendait à cela, alors il avait commencé à expliquer. « Il est exact que nous sommes maintenant libres de faire ce que nous voulons, mais où devrions-nous aller ? Nous pourrions être capturés à nouveau, mourir de faim, ou devoir vivre une vie de larcin. »

« Mais pourquoi devrions-nous aller à la rencontre du patron des cochers ? » demanda Killfer.

« Parce que maintenant, ils nous doivent quelque chose. Et je veux négocier avec eux pour que vous puissiez vivre en sécurité pour toujours, » déclara Takumi.

Takumi avait déjà pensé à tout cela, alors il avait souri avec confiance. « Il faut redevenir esclave pour ne plus en devenir un dans le futur... mais nous devons tous rester ensemble pour que cela se produise. »

Bien sûr... les enfants avaient penché la tête alors qu’ils étaient en pleine confusion. Après ça, ils avaient finalement compris ce qu’il sous-entendait par là.

S’ils décidaient de fuir, rien n’aurait changé pour eux. Leur vie serait restée un enfer.

Aussi bien les bandits que les marchands d’esclaves les pourchasseraient jusqu’au bout du monde afin de pouvoir se venger.

Mais tous les enfants n’étaient pas mûrs pour abandonner la liberté qu’ils venaient de gagner, même s’ils avaient compris que c’était le bon choix.

« ... je suis partante, » déclara Lilia alors qu’elle se tenait debout près de Takumi.

Les autres enfants la regardaient.

« Lilia, plaisantes-tu !? Il n’est nullement nécessaire de faire ce qu’il demande ! Nous sommes maintenant libres ! » s’exclama Killfer.

Elle secoua négativement la tête face à son objection. « Takumi a raison. Nous pourrions nous faire capturer à nouveau et si cela n’arrive pas aujourd’hui, cela pourrait arriver demain, après-demain ou encore après... » Elle répondit, et Killfer baissa la tête en serrant les dents.

Ils auraient à vivre avec la peur au ventre par rapport au fait d’être pourchassés. Leur vie ne serait pas si différente d’avant.

« Eh aussi, Takumi m’a sauvé, » continua Lilia. « Il a réussi à surmonter une situation impossible, c’est pourquoi... je crois en lui. »

Killfer fit claquer sa langue après l’avoir vue sourire et se tourna pour faire face à l’enfant près d’elle

Killfer se mit alors à parler à Takumi, résigné. « Euh, peux-tu vraiment faire ça ? »

« Je suis “sûr” que je peux le faire. Je sais que te demander quelque chose comme ça est dingue, mais je tiendrai ma promesse, » répondit Takumi.

Killfer soupira et baissa la tête devant le sourire odieux et condescendant de Takumi.

« Que devrions-nous faire ? » demanda Killfer.

Face à cette question, Takumi répondit. « J’aimerais te dire de tout me laisser faire, mais certains enfants n’ont toujours pas compris ce que nous devons faire, alors je veux que toi et Lilia leur expliquiez tout et que vous les convainquiez de ça. Si quelqu’un refuse, les choses vont se compliquer. »

« Leur expliquer... ? Lilia est sûrement bonne pour ça, mais je ne sais pas comment le faire, » déclara Killfer.

« Je suis sûr que tu peux le faire à cause de ce que tu es, » répondit Takumi. « Laisse Lilia expliquer la situation, tu n’interviendras que lors que cela devient vraiment nécessaire. »

Il avait l’air d’être en plein conflit, mais il avait décidé d’aller avec Lilia. Quand Takumi vit qu’ils étaient prêts à partir, il s’était retourné après avoir senti quelqu’un se trouvant derrière lui.

« Takumi... j’ai une faveur à te demander, » les cheveux blonds de Kunon étaient éblouissants sous le clair de lune. Son visage était figé dans une expression froide. « Les personnes me disaient toujours de tuer, et c’est tout ce que j’ai toujours fait... Je ne lâcherai pas une vie aussi amusante. »

Ses yeux morts et dorés étaient sans émotion.

« C’est pourquoi “les laisser en vie” était... intéressant, » continua Kunon. « Si tu peux penser à quelque chose comme ça, je suppose que tu penseras à beaucoup de choses encore plus intéressantes. »

Son expression s’était adoucie et était revenue à la normale.

« Alors... je vais commencer par te laisser en vie, » déclara-t-elle à la fin.

Un sourire innocent s’épanouissait sur ses lèvres et Takumi lui rendit son sourire.

« C’est sympa. N’hésite pas à me tuer quand tu seras fatiguée de moi, » déclara Takumi.

« Arg... te tuer serait certainement difficile, mais ça pourrait également être amusant..., » répliqua Kunon.

 

« Est-ce vraiment amusant d’écraser une mouche ? Dans tous les cas, garde les yeux ouverts, » répondit Takumi. « Je vais te montrer plein de bons moments, mais tu dois travailler pour moi en retour. »

« Laisse-moi me charger de ça ! J’obéirai à tous tes ordres comme un bon toutou ! » après avoir donné sa réponse, elle était revenue dans le chariot tout en remuant la queue.

« Maintenant que ton amie a fait son choix, que vas-tu faire ? » demanda Takumi à Karin.

« ... Si Kunon reste, je le ferai également, » déclara Karin. « Tu es vraiment intéressant... et il y a d’autres choses que j’aimerais voir. »

Elle pointa du doigt sa tête.

« Je vais te le demander à nouveau. Qui es-tu ? » demanda Karin.

« Eh bien, je ne peux pas dire que je suis une personne normale, » répondit Takumi.

« N’es-tu pas normal... ? C’est dur à croire, » déclara Karin.

« Je ferai de mon mieux pour te le faire croire, » répondit Takumi. « Nous avons beaucoup à discuter et avoir quelqu’un qui peut me comprendre tout de suite peut être utile. »

Comme il n’avait pas assez d’informations sur ce monde, qui sait quelles conséquences il aurait à subir s’il disait qu’il était une personne réincarnée.

Karin pouvait lire dans son esprit grâce à sa capacité. Cela voulait dire qu’au fil du temps, elle pouvait tout découvrir, et qu’il n’avait pas besoin de lui dire directement.

« Remettons à plus tard cette petite conversation. Récupérons les cadavres et allons-nous-en, » déclara Takumi.

« Je suis d’accord, mais... pourquoi devrions-nous les amener avec nous ? » demanda Karin.

Karin avait maintenant l’habitude de voir ces cadavres, mais elle ne comprenait pas pourquoi ils en avaient besoin.

« Avant ça, j’ai dit que personne ne devait manquer. Bien sûr, ils ne sont pas exclus, » déclara Takumi.

Après avoir fermé les yeux des cochers et les avoir repositionnés avec dignité, il les avait traînés dans le chariot.

Ni les enfants ni Kunon et Karin, les cochers ou les bandits qui avaient attaqué le chariot devraient être portés disparus s’ils voulaient que les négociations se déroulent sans encombre.

« Comme c’est assez complexe à expliquer, ce sera plus rapide pour toi de le lire directement en moi, » déclara Takumi.

« Non, lire dans ton esprit est fatigant, » répondit Karin. « Quand je l’ai fait pour savoir ce que nous devions faire plus tôt, j’ai vu tellement de pensées que j’avais envie de vomir. »

« Oh, c’est pour ça que tu as fait ce visage, » répondit Takumi. « Mais à partir de maintenant, je vais souvent te faire lire dans mes pensées, alors il faut s’y habituer. » Il avait dit ça en se regardant dans les yeux. Takumi s’était placé face à elle... et comme c’était un peu trop près, Karin se mit à férocement rougir.

« Je-je ne m’intéresse pas à un enfant... mais j’ai lu qu’il y a un adulte en toi... c’est complexe..., » balbutia Karin, gênée.

« Merci pour la réaction ô combien mignonne ! J’ai aimé ça, » déclara Takumi.

« ... Je te frapperai si tu le dis encore, » s’exclama Karin.

« Eh bien, tu peux quand tu veux lire la réponse que tu cherches, mais ne le fais pas si cela te fait te sentir plus mal, » déclara Takumi. « Il vaut mieux respirer un grand coup, et te reposer. »

« Oui, je vais passer mon tour pour l’instant... Que veux-tu faire quand nous y serons ? » demanda Karin.

« Je veux montrer aux adultes qu’ils ont fait une erreur, » répondit Takumi avec son éternel sourire.

***

Partie 4

Une petite présentation de la ville de Listina, la capitale.

Le Château de Richtert était visible par-dessus les toits de Listina, et la structure de la ville était divisée entre les parties supérieure, centrale et inférieure.

La forteresse et la ville étaient entourées de hautes murailles.

Un immense lac était situé au sud de la capitale, une chaîne de montagnes s’étendait au nord, et des plaines s’étendaient à perte de vue de l’est à l’ouest.

On aurait dit que mère Nature avait béni la ville avec tous ses éléments.

La chaîne de montagnes Meld n’avait pas seulement bloqué les vents froids de l’hiver, mais elle avait également servi de barrière naturelle contre les envahisseurs potentiels.

Le lac de Verne était célèbre en raison d’une certaine caractéristique.

Il s’agissait d’un lac saumâtre. Une partie de son eau provenait directement de la mer, ce qui avait souillé l’eau du lac. 

Grâce à cette particularité, les navires pouvaient sans problèmes accéder au lac directement depuis la mer.

Afin de gagner du temps en évitant les difficultés liées au transport terrestre, la ville s’était particulièrement développée dans le domaine du commerce maritime et ceci comprenait également les canaux.

En outre, les plaines Eltern étaient dépourvues de nids de poule et d’autres obstacles du genre, de sorte que même les royaumes voisins les utilisaient comme routes commerciales.

Puisque Listina avait une situation géographique idéale et qu’elle était célèbre en tant que métropole commerciale, une grande variété de marchands ambulants la visitait afin de développer leur commerce. Mais avant de les laisser entrer dans la ville, leur marchandise devait être examinée au préalable.

C’est pourquoi chacune des portes de la ville était protégée par des gardes stationnés pas très loin de leurs casernes.

Ils devaient garder en tout temps les yeux ouverts afin de s’assurer que personne ne contrevenait à la loi.

L’un d’eux était à moitié endormi et laissa échapper un large bâillement en regardant le soleil se lever. « Aaah... c’est enfin le matin. Si seulement les autres se dépêchaient et prenaient le relais, nous pourrions tout de suite rentrer chez nous. »

« Je suis d’accord, mais si tu étais à leur place, ferais-tu ça à ton réveil ? » demanda le deuxième garde.

« Eh bien... non, j’aurais d’abord droit à un gros petit-déjeuner, » répondit le premier garde.

« C’est pareil pour eux. Je comprends que tu aies sommeil, mais sois patient, » répondit le deuxième.

« Oui, m’sieur. Essaye donc de me tenir éveillé en me parlant de quelque chose d’intéressant, car nous allons devoir tuer le temps, » déclara le premier garde.

« Je suppose que je ne peux pas faire autrement... dans ce cas, parlons du “chariot fantôme”, » commença le deuxième.

« Veux-tu parler du chariot qui a été repéré au milieu de la nuit alors qu’il était conduit par un cadavre ? » demanda le premier garde.

« ... Laisse-moi au moins commencer l’histoire, » soupira le deuxième garde.

« Un gars m’a parlé du “vaisseau fantôme” quand je surveillais au port, » dit le premier.

« Je vois. C’était probablement que vous deux n’aviez rien à faire et qu’il a entamé une conversation comme tu l’as fait à l’instant, » déclara le deuxième.

Comme les deux hommes se divertissaient avec ce bavardage futile, ils se mirent tous deux à sourire.

Ils étaient tellement fatigués qu’ils auraient pu s’endormir en mâchant de la nourriture ou en buvant du vin.

La seule façon de revenir à leurs sens aurait été d’avoir une véritable peur.

Au moment où ils entendirent les hennissements d’un cheval au loin, ils regardèrent dans cette direction.

« Je suppose que nous avons du travail à faire. N’avons-nous pas de la chance de pouvoir maintenant examiner un chariot ? » demanda le premier.

« Tu peux le dire ainsi, mais nous devons travailler pour vivre, n’est-ce pas ? » demanda le deuxième alors qu’ils affichaient tous deux des sourires ironiques.

Voyant le chariot se rapprocher de la porte, ils se regardèrent.

« N’est-ce pas un peu bizarre ? » demanda le premier garde.

« On dirait un chariot utilisé pour transporter des marchandises, mais je ne vois pas le tissu habituel... Non, attends, je peux le voir flotter dans le vent ! » s’exclama la deuxième. « Peut-être qu’il a été attaqué par des bandits. »

« Dans ce cas, pourquoi viendrait-il ici de cette manière ? » demanda le premier.

Le soleil projetait l’ombre du chariot dans la direction de la ville, alors ils ne pouvaient qu’attendre qu’il se rapproche pour mieux voir ce que c’était.

« Quoi qu’il en soit, qu’est-ce que c’était que le chariot fantôme ? » demanda le premier garde.

« On raconte qu’un chariot qui transportait des enfants esclaves a été attaqué par des bandits qui ont tué chacun d’entre eux. Après ça, en raison de leur ressentiment, ils sont devenus des fantômes et maintenant leurs cadavres parcourent cette terre, » raconta le deuxième garde.

« Oh mon dieu... Si mes yeux ne me trompent pas, le cocher de ce chariot ressemble à un enfant..., » déclara le premier garde.

Plus le chariot était proche, et plus le cocher était petit par rapport à un adulte.

« ... Sache juste que si c’est la vraie affaire, je ne resterais pas ici. »

« Ne t’inquiète pas. Si c’est vraiment le cas, au diable le travail et nous courons de toutes nos forces, » déclara le deuxième garde.

Ils retinrent nerveusement leur souffle en attendant l’arrivée du chariot... et finalement il commença à ralentir, jusqu’à ce qu’il s’arrête près d’eux.

Le cocher était vraiment un enfant, et il affichait un sourire alors qu’il leur faisait signe avant de parler. « Bonjour ! Le fait d’être de service ce matin est vraiment admirable ! »

En entendant ses salutations amicales, les gardes se sentirent soulagés.

« Eh bien, c’est notre devoir, » déclara le premier garde. « Mais... cette carriole n’est pas le tienne, n’est-ce pas ? »

« Non, ce n’est pas le cas, » répondit l’enfant. « Nous avons été attaqués par des bandits sur le chemin menant ici, donc j’ai pensé à rapporter ceci à son légitime propriétaire. »

Les gardes semblaient perplexes.

Le cocher actuel portait un collier noir... un collier d’esclave.

Ils avaient commencé à se demander pourquoi il n’avait pas fui, puisque les bandits auraient été capables de tuer les marchands.

Le raisonnement de l’enfant était une idiotie.

« ... Je dois vérifier le chariot, » déclara le deuxième garde.

« N’hésitez pas à le faire, » répondit le jeune. « Mais s’il vous plaît, ne réveillez personne. Ils sont tous fatigués. »

Tout en surveillant l’enfant, l’un des gardes avait regardé à l’intérieur du chariot. Il y avait neuf enfants, une fille-bête, une elfe... et deux hommes. Tout le monde était allongé sur le sol.

« Oh, il y a des adultes. J’aimerais parler à..., » commença le garde.

Quand il avait essayé de réveiller l’un d’entre eux, il remarqua que le corps de l’homme était bien trop froid.

Sa tête ensanglantée roula d’une façon désordonnée, et elle arrêta pile comme si elle voulait regarder le garde.

L’enfant à l’extérieur, agissant toujours en tant que cocher, n’avait jamais cessé de sourire.

« Oups, j’ai oublié de vous dire que certains d’entre eux sont morts, » s’exclama l’enfant. « Je voulais les ramener à leurs familles avant qu’ils ne pourrissent, alors... pouvez-vous m’aider à entrer en contact avec le propriétaire de ce chariot, s’il vous plaît ? »

Les misérables cris des deux gardes retentirent à l’extérieur des murs de la ville.

***

Partie 5

Il semblerait que les gardes ne voulaient pas s’impliquer avec le propriétaire du chariot, qui était à la tête d’une organisation de marchands d’esclaves appelée Valeria.

Certains de ses membres étaient apparus dès que les gardes avaient contacté leur organisation, mais ils ne ressemblaient pas à des gens amicaux.

Bien plus que des marchands, ils ressemblaient plus à des voyous. 

Après qu’ils eurent vérifié les cadavres de leurs anciens camarades, ils avaient ouvertement montré leur hostilité et leur soif de sang envers Takumi.

Eh bien, penser que Takumi avait induit une rébellion et tué les cochers était normal dans cette situation, puisqu’aucun d’entre eux n’avait été témoin de la scène.

Pourtant... personne n’avait posé un doigt sur les enfants. « Notre patron veut parler avec toi, » était leur seule explication.

Les esclaves avaient été escortés à l’un des salons de Valeria.

Kunon et Karin, ainsi que Lilia, Killfer et les autres étaient tous inquiets quant à la situation.

« Désolé de t’avoir fait venir ici, » devant Takumi, un homme s’était assis sur le canapé avec une de ses jambes croisées sur l’autre, et ses pieds posés sur la table basse.

Oui, peut-être qu’« homme » lui convenait mieux que « marchand ».

Les voyous l’avaient appelé patron, et Takumi avait estimé qu’il était autour de l’âge où il était mort dans son ancien monde. Peut-être même un peu plus âgé, donc juste au-dessus de sa trentaine.

À en juger par les cicatrices sur son visage et ses bras, il avait probablement un corps solide et bien musclé.

« Je suis Vatel Famille, le dirigeant de cette organisation. Avant de commencer à me dire ce qui s’est passé, fais comme chez toi, » déclara-t-il.

Takumi avait suivi ses mots et s’était assis sur le canapé.

« Les gardes m’ont déjà expliqué ce qui s’est passé. Depuis le début, cette situation était louche, compte tenu de l’elfe à bas prix, mais je veux écouter votre version avant d’en tirer mes propres conclusions, » déclara-t-il.

Mais les yeux s’opposaient à ses paroles, car ils s’étaient emplis d’une soif de sang.

« Pourtant, je ne comprends pas pourquoi tu voulais venir ici, » continua-t-il « Je peux comprendre que tu nous retournes nos anciens camarades, mais je ne vois pas pourquoi tu as aussi amené cette elfe. »

L’homme avait analysé la situation tout en allumant un cigare.

« Je veux que tu expliques tout ce qui s’est passé. Essaye de cacher quelque chose ou de me mentir et aucun d’entre vous ne sortira vivant d’ici, » finit-il par dire.

Son regard était ferme alors qu’il examinait Takumi.

L’enfant avait fait de même.

S’il avait été un voyou moyen, il aurait été facile de le tromper et de retourner la situation. En outre, si une bataille avait éclaté, Kunon serait présente pour se battre.

Mais Vatel était prêt pour ce genre de scénario, puisqu’il savait déjà ce qui s’était passé.

La collecte d’informations était plus facile lorsque vous aviez le dessus.

Mettre de la pression sur quelqu’un pourrait leur faire commettre des fautes, ce qui rend encore plus facile cette récupération de données.

Takumi avait commencé à parler en pensant que l’homme n’était pas un imbécile. « Le fait de fuir aurait été inutile pour nous, puisque nous n’avons nulle part où aller. Nous sommes ici pour vous demander une faveur. »

« Vous foutez-vous de moi ? Vous, des esclaves, voulez nous demander une faveur ? » s’écria Vatel. « Vendre des personnes nous fait apparaître comme des individus de merde, mais penses-tu que nous allons vous torcher le cul, à des marmots comme vous ? »

« Vous savez, nous ne serions pas en mesure de conclure un marché si vous n’étiez pas des marchands d’esclaves si merdiques, » répliqua-t-il.

Les yeux de Vatel se mirent à s’illuminer de rage en entendant cette réponse, tandis que les voyous dans le couloir se fâchaient devant une scène aussi scandaleuse.

« Putain de gamin, comment oses-tu parler au chef Vatel comme ça ? » déclara un homme massif avec une voix forte et en colère.

« Tais-toi, Gaitsu. Je sais que tu détestes traiter avec des esclaves arrogants, mais laissons-le faire, » après que Vatel eut grondé son sous-fifre, son regard était revenu sur Takumi. « Désolé pour ça, mais en mettant de côté le chagrin pour nos camarades perdus, nous ne sommes pas des gens qui aimons être insultés ainsi par des gamins. »

« Je vois. Je ne pensais pas que vous pourriez être dérangé par quelqu’un comme moi, » répliqua Takumi.

Takumi était imperturbable pendant que les voyous le regardaient.

Vatel poussa un profond soupir. « Eh bien. Je reconnais ton courage, mais surveille tes paroles. Maintenant, revenons à notre conversation... »

Ses yeux brillaient derrière un nuage de fumée pourpre.

« Avant de conclure un marché, tu devrais t’assurer d’avoir les biens appropriés avec toi. Qu’est-ce que vous avez, des esclaves sans le sou ? » demanda-t-il.

« Eh bien, je n’ai que mon corps et les loques qui le recouvrent, mais nous pouvons aussi échanger des choses intangibles, n’est-ce pas ? » demanda Takumi en tapotant sa tempe avec un doigt. « J’ai les informations qui vous seraient utiles. »

Vatel était devenu silencieux, perdu dans ses pensées.

« Continue. Nous pourrions avoir un commerce équitable compte tenu de la valeur de ces informations, » déclara Vatel.

« Mais chef Vatel ! Crois-tu vraiment ce gamin ? Il va juste essayer de sauver sa propre peau ! » Gaitsu avait encore soulevé une objection quant à la décision de son chef.

« Gaitsu, je t’ai dit de fermer ta gueule, » dit l’homme qui regardait fixement son subordonné.

Le corps musclé de Gaitsu avait commencé à frissonner.

« Je veux savoir ce qu’il a à offrir, » continua Vatel. « Si tu ne comprends pas cela et que tu oses interrompre à nouveau notre conversation, je jure que je te fermerai la bouche pour toujours. »

Gaitsu bougea ses lèvres, mais aucun son ne sortit d’elles.

Submergé par la pression du regard de son patron, il quitta la pièce tout en se mordant les lèvres.

Takumi était resté indifférent et avait recommencé à parler sans changer de ton. « N’avez-vous pas été d’accord trop facilement ? Votre homme pourrait avoir raison. »

« Si tu étais si stupide, je t’aurais déjà enterré dans un champ jusqu’à la tête. Ou bien, tu serais déjà mort de faim sur le bord de la route, » alors qu’il exhalait un autre nuage de fumée violette, son expression semblait un peu s’adoucir. « Continuons. Que penses-tu, qu’as-tu vécu, qu’as-tu vu... dis-moi tout et montre-moi des preuves, pour que je puisse avoir une image claire de tout cela. »

Takumi s’attendait à ce qu’il dise ça.

Vatel pensait que le commerce allait lui profiter, alors il n’avait pas montré le moindre soupçon de honte en faisant un marché avec un esclave ordinaire.

Après avoir inspiré de l’air, Takumi avait commencé à parler. « D’abord, je veux expliquer pourquoi il n’y a pas d’esclaves manquants. Nous étions enfin libres, donc c’est bizarre que nous soyons tous ici en ce moment, mais c’est exactement la raison pour laquelle nous avons de la place pour la négociation. Si vous n’aviez pas arrêté de penser à ça, vous nous auriez au moins écoutés. »

Il avait dit tout cela d’une voix monotone.

« En regardant la boîte que vos anciens camarades avaient avec eux, j’ai pu confirmer qu’il y avait quelqu’un qui utilisait son cerveau ici. C’est pourquoi j’ai préféré venir ici, plutôt que de fuir à la recherche d’un endroit sûr. »

Cette boîte n’avait pas de clé ni de trou de serrure, il était donc impossible de l’ouvrir pour une personne normale.

« Comme elle ne peut être ouverte que par quelques personnes, la façon de l’ouvrir doit être complexe, » continua-t-il. « Mais à en juger par sa dimension et sa forme, il est impossible de cacher un véritable mécanisme en son sein. En outre, ce n’est même pas nécessaire, car il ne doit pas rester longtemps ainsi. Donc... en vérité, n’importe qui peut l’ouvrir. »

Une boîte sans clé et sans serrure était intéressante.

En supposant que « cela ne pouvait être ouvert que par quelques personnes », Takumi pensait que ceux qui appartenaient à cette organisation pouvaient le faire.

Peut-être que seule la magie pouvait l’ouvrir, pensa l’enfant, mais si c’était le cas, l’un des cochers l'aurait clairement dit.

Pourtant, aucun d’eux n’avait mentionné quoi que ce soit à cet égard.

« Les cadavres de vos anciens camarades sont la preuve de notre innocence, » continua-t-il. « Si nous les avions tués, leurs corps n’auraient pas subi ces blessures. La frappe d’un enfant n’irait pas si profondément et avec ces angles. Et aussi, si une bête les attaquait, ils seraient beaucoup plus déchiquetés. »

Takumi expliquait calmement la situation.

Les voyous avaient commencé à avoir peur de lui.

Comment avait-il deviné ?

« J’ai déjà dit que nous pouvons faire un marché parce que vous êtes des marchands d’esclaves, n’est-ce pas ? C’est parce que votre façon de résoudre les problèmes est basée directement sur la force brute, donc la seule chose que je peux vous offrir en tant qu’enfant est l’information, » continua-t-il.

Tout le monde était en train de ressentir de la peur alors que l’enfant continuait avec son explication.

« Maintenant, il est le temps de passer à la partie amusante. Je connais le plan, la physionomie et les traits spécifiques des bandits qui nous ont attaqués, et nous avons aussi l’un des bras de leur chef... Je peux aussi dire que ces idiots ont déjà attaqué d’autres carrioles de la même manière. Ils sont venus pour ramener l’elfe et voler tout objet de valeur. »

Puis, l’enfant avait retroussé ses lèvres dans un sourire effrayant.

« Alors... je suis là pour vous offrir de l’argent et votre vengeance, » annonça-t-il.

La pièce s’était remplie de silence.

Après un moment, le rire de Vatel le traversa. « Bien, tu as bien fait ! Faisons un marché ! »

Pour la première fois, Vatel avait fait face à Takumi avec une expression amicale.

« En tant que Vatel Famille, responsable de Valeria, je promets de prendre soin de vous tous. Dites-nous ce dont nous avons besoin de savoir à propos de ces bâtards, » déclara Vatel.

Il avait gardé le sourire même si ses yeux étaient teintés d’une soif de sang.

« Si je peux les tuer de mes propres mains, je te donnerai ce que tu veux, » déclara Vatel.

Les voyous affichaient des sourires fous tandis que leurs cœurs flamboyaient en raison des douces flammes de la vengeance présentes en eux.

 

Takumi sourit en retour et répondit. « Ils sont toujours dans la ville. Je vous suggère donc de vous dépêcher d’agir. »

« Pourquoi dis-tu ça ? » demanda Vatel.

« J’aurais dû le mentionner avant, » Takumi avait croisé les jambes avec arrogance.

Il s’agissait d’un comportement totalement inadapté à un esclave.

« Courir aurait été vraiment stupide. De plus, grâce à la femme-bête, nous avons maintenant un bras qui appartient à l’un d’entre eux, alors ils nous chassent en ce moment, » déclara Takumi.

Même s’il était juste un enfant, il avait recueilli une énorme quantité d’informations.

« Ils ne penseront pas que tous ceux du chariot sont arrivés ici. Pendant qu’ils nous cherchent, nous resterons ici, et vous serez libre de faire ce que vous voulez, » déclara Takumi.

« Venir ici en sachant qu’ils essaieraient de vous traquer est un geste astucieux, » répondit Vatel. « Mettre la main sur une femme-bête, qui est aussi l’un des loups belligérants et qui a la capacité de gérer une telle bataille est... pas mal. »

« La vie de ces bandits est une grande affaire pour vous, et vous n’êtes pas le genre d’individu qui laisserait passer entre vos doigts une telle occasion en or. Est-ce que j’ai raison ? » demanda Takumi.

« Alors, tu voulais échanger ça depuis le début ? Tu es intelligent, gamin. Pourquoi n’essaies-tu pas de devenir un marchand d’esclaves ? » demanda Vatel.

Le rire de l’homme semblait guttural. Son ton était ironique, mais son expression et ses louanges semblaient sincères.

« Eh bien... dans ce cas, laissez-moi être l’un des vôtres, » déclara-t-il.

Vatel écarquilla ses yeux en raison de la surprise.

« Est-ce que tu... veux travailler pour moi ? » demanda Vatel.

« Exactement. Après tout, j’ai déjà des biens, » Takumi avait dit ça en montrant les enfants derrière lui. « Je vais les vendre et vous apporterais dix fois leur prix. »

Les voyous étaient troublés par cela, et même Vatel affichait une expression agacée.

« Écoute... même moi, je pense que je suis méchant, » répondit Vatel. « Je n’hésite pas quand je dois tuer quelqu’un, et vendre des bestioles ou des humains ne me dérange pas du tout. Mais je défends la logique et la raison. Seul un bâtard jetterait quelqu’un parce que ça ne leur sert plus à rien, tu ne le penses pas ? »

Les enfants qui avaient goûté l’espoir de la liberté et le désespoir de l’esclavage étaient un parfait exemple.

Mais Takumi était resté calme alors que Vatel le regardait.

« Je veux les vendre pour leur propre bien, » répondit Takumi.

« Ce ne sont que de belles paroles, » répondit Vatel. « Tous les esclaves meurent de la même manière. Les hommes meurent en travaillant eux-mêmes jusqu’aux os, et les femmes sont obligées de se prostituer et de mourir de maladies. »

« C’est pourquoi je devrais tout simplement les vendre là où ça ne peut pas arriver, » répondit Takumi. « S’ils sont compétents, les acheter devient pratique, et s’ils sont si bons qu’ils ne peuvent pas être remplacés, ils peuvent avoir une vie normale... non ? »

« Penses-tu vraiment que tu peux réaliser quelque chose comme ça dans ce monde de merde ? » demanda Vatel.

« Bien sûr que je le peux. Rien n’est impossible pour moi, » répondit Takumi.

C’était inconcevable.

Pourtant, quelqu’un voulait essayer l’impossible.

« Je pourrais même... changer l’image elle-même des esclaves, » rajouta Takumi.

À cet instant-là, Takumi avait fait un sourire adapté à quelqu’un de son âge.

Vatel avait souri par réflexe.

« Tu... es vraiment un enfant étrange, » déclara Vatel.

« Vatel, veux-tu vraiment accepter sa demande ? » demanda l’un des hommes présents.

« Pourquoi pas, Jill, » répondit Vatel. « Je veux dire, regarde jusqu’où il est allé pour tout cela. S’il nous apporte du profit, c’est donc fantastique pour nous. »

« ... Je vois. Que dois-je dire à Gaitsu ? » demanda Jill.

« Dites-lui que j’ai un peu de travail pour lui. Quand on parle d’argent, il est sans pareil, » répondit Vatel.

Jill, l’homme de peu de mots, s’inclina respectueusement avant de quitter la pièce.

Alors qu’il sortait, un petit visage encadré de beaux cheveux blond-platine et décoré de deux grands yeux couleur jade apparue de la porte.

« Papa, as-tu fini ton travail ? » demanda la jeune fille.

« Oui ma chérie. Mirta, pourrais-tu amener ces enfants dans la chambre d’amis ? Nous déjeunerons plus tard, » déclara Vatel.

« D’accord papa. Cuisinons bien ! » Mirta sourit innocemment tandis que Vatel lui caressait la tête.

Elle avait piqué l’intérêt de Takumi, alors il avait essayé de demander. « Est-elle aussi une esclave ? »

« Essaie de répéter ça et je te tuerai, » répondit Vatel. « Mirta est mon adorable et innocente fille. Elle m’aide avec le travail. »

Sa présence accablante avait été remplacée par les regards d’un père fou et aimant qui avait caressé son petit bébé.

Takumi voulait lui dire qu’elle ne devrait pas l’aider, mais il s’arrêta et continua à observer la scène, étonné.

Mirta pencha la tête. « Papa, est-il aussi un esclave ? »

« Non, il n’est plus un esclave, » répondit Vatel. « À partir de maintenant, il est notre nouveau camarade. »

« Camarade... ? Est-ce qu’il travaillera avec nous ? » demanda Mirta. « Est-ce ainsi même s’il est encore qu’un enfant ? »

En examinant Takumi, elle inclina de nouveau la tête.

« C’est bien le cas. Il compte aussi sur toi, alors aidez-le s’il en a besoin, » déclara Vatel.

« Il ne ressemble pas à un enfant..., » déclara Mirta.

« Pfuahahah! C’est vrai, il ne l’est pas vraiment ! » Dès que Mirta avait exprimé sa pensée, Vatel avait éclaté de rire. « Tu es maintenant membre de Valeria. Fais ce que tu veux avec les esclaves que tu as amenés ici. J’adorerais mettre la main sur l’elfe et la fille-bête, mais je te les laisserai quand même. Considérez-les comme tes premiers investissements. »

« Merci, je ne vais pas les gaspiller. Je ne vendrais jamais sans elles, puisque personne ne pourrait prendre au sérieux un enfant, » répondit Takumi.

« Eh bien ! Tant que tu es intelligent, il n’y aura pas de problème. N’hésite pas à faire ce que tu veux, » déclara Vatel.

Alors que Vatel souriait, il s’approcha de la sortie, mais s’arrêta devant et retourna son visage vers Takumi.

« Demain, parlons en détail du travail... mais en y réfléchissant, tu ne m’as toujours pas dit ton nom, » déclara Vatel.

« Je m'appelle Takumi. J’espère que nous pourrons nous entendre, » répondit Takumi. Il avait répondu avec sa confiance habituelle.

***

Chapitre 2 : Le marchand d’esclaves au cœur tendre

Partie 1

Sept années s’étaient écoulées.

Cela pouvait sembler très long, mais les choses n’avaient pas vraiment changé.

Au moins, les conditions de Listina étaient restées les mêmes.

Grâce à l’énorme quantité d’eau propre fournie par le lac de Verne, il n’y avait pas eu de périodes de sécheresse, et les voies de navigation étaient devenues le principal moyen de transport de la capitale, car elles s’étaient entrelacées dans les rues.

C’était la raison pour laquelle les marchands et les voyageurs, qui n’admiraient pas seulement l’apparence majestueuse de la ville, avaient commencé à l’appeler la « Capitale de l’Eau ».

Cependant, ils se référaient aux parties supérieure et centrale de la ville.

L’eau cristalline qui avait été tirée du lac avait coulé de la partie supérieure de la ville, jusqu’à la zone sud-est, la plus pauvre, où l’eau était devenue des eaux usées avant de retourner dans le lac.

Bien sûr, la totalité des égouts n’était pas souterraine, de sorte que la zone avait été remplie par une terrible puanteur, aggravée par l’humidité élevée.

Les personnes qui l’avaient appelée ainsi l’avaient simplement fait parce qu’elles ne tenaient pas compte de la ville basse, mais il y avait aussi des gens qui se moquaient de ça.

Mais les résidents n’étaient pas dérangés par ça.

Dans la partie haute de la ville, les riches se régalaient quand ils le voulaient.

Au milieu, les habitants vivaient une vie normale basée sur le travail.

Et dans la partie inférieure, les individus devaient faire face à la famine.

Personne ne s’en souciait.

Ce fut l’occurrence quotidienne de la ville, et rien n’avait changé au cours de ces années.

« Il est... temps de commencer à travailler, » faisant craquer ses épaules, Takumi, qui était un marchand d’esclaves, prit une profonde bouffée d’air dans le ville basse, il était devenu si habitué à ça.

Même si la situation de la ville ne s’était pas vraiment améliorée durant ces années, Takumi était devenu un beau garçon.

Sa constitution physique n’était pas quelque chose de remarquable, mais depuis qu’il était devenu assez grand, ses anciennes caractéristiques enfantines n’étaient plus visibles.

« Comme tu peux le voir, les humains grandissent assez vite. »

« Wooow... Il se penche habituellement, mais en le voyant maintenant, Takumi est assez grand ! »

Une petite fille avec les mêmes cheveux blonds, les mêmes grandes oreilles et la queue qu’il y a sept ans auparavant, se tenait près d’une superbe fille aux cheveux noirs dont les mots étaient aussi tranchants que ses oreilles.

Elles étaient des esclaves comme lui dans le passé, mais maintenant elles étaient ses collègues.

Leur apparence n’avait pas du tout changé en sept ans.

Karin ressemblait exactement à la même que la première fois où Takumi l’avait vue, à commencer par ses cheveux noirs et soyeux, sa poitrine généreuse et ses minces mains.

Elle était désormais en pleine forme.

Kunon avait également gardé la même apparence de petite fille qu’elle avait il y a sept ans. Elle n’avait pas grandi d’un pouce, et sa féminité ne s’était pas du tout développée.

« Vous, les filles, ne changez jamais. Je devrais être celui qui est surpris, » répliqua Takumi.

« Eh bien, je suis une elfe, » répondit Karin.

« Et moi, je suis une fille-bête, » répondit Kunon.

Karin avait répondu d’un ton sans émotion, tandis que Kunon était de bonne humeur.

Chaque type de demi-humain avait des caractéristiques particulières. La longévité et la croissance étaient assez communes entre eux.

Une fois que les elfes atteignaient l’âge adulte, c’est comme si le temps s’arrêtait pour eux et que leur corps ne se détériorait plus jamais après ça.

De l’autre côté, les hommes-bêtes vieillissaient, mais ils se développaient bien plus lentement que les humains.

À cause de ces différences, il n’était pas étrange que Takumi ait l’air plus vieux qu’elles, mais c’était assez bizarre pour lui.

« Merci de me le rappeler. Maintenant, allons au travail. Karin, quels sont nos plans pour aujourd’hui ? » demanda Takumi.

« Aucun problème. Nous devons aller à Valeria. Mais nous devrions passer par le magasin “Corundrum” et récupérer ce que nous avons demandé à Becht, » répondit Karin. « Après cela, nous demanderons à Lang le rapport habituel sur le traitement de l’eau, et nous discuterons de la demande de ce cordonnier, Pass, concernant le nouvel apprenti... si je ne me trompe pas. En ce qui concerne la Fête de la Moisson de ce soir, tout le monde participera, donc il n’y aura pas de problème. »

Après que Karin avait résumé leur horaire, Takumi hocha la tête.

« Ce serait mieux si Becht et Lang avaient déjà fini leur travail. Pendant que j’y suis, je vais demander à Pass de nous parler de la nourriture... mais allons-y d’abord, » déclara Takumi.

« Superrrrr ! J’adorerais avoir de la viande ! » cria Kunon.

« Kunon... la viande comme première chose mangée le matin est un peu rude pour moi..., » déclara Karin.

« Hein !? Je ne peux donc pas en avoir... !? » demanda Kunon.

Bien que Karin avait essayé d’objecter face à la suggestion de son amie, le fait de la voir abaisser sa queue et ses oreilles fit soupirer l’elfe.

« Takumi, allons manger de la viande, » déclara finalement Karin.

« Tu cèdes bien trop facilement quand c’est elle, mais tout va bien pour moi, » répliqua Takumi.

« C’est réglé ! Beaucoup de viande pour le petit-déjeuner ! » Kunon sautait de joie alors que ses oreilles restaient droites et ses yeux brillaient.

Les filles avaient rejoint l’organisation Valeria tout comme Takumi, et les trois avaient développé une sorte d’amitié pendant les sept années qu’ils avaient passées ensemble.

« Tôt le matin... le bar devrait être vide. Nous pourrions avoir une chance de parler avec elle, » déclara Takumi.

« ... Le petit-déjeuner n’était qu’une excuse, n’est-ce pas ? » demanda Karin.

« Bien sûr que c’est le cas, » répondit Takumi. « Le temps, c’est de l’argent. Les choses inutiles devraient être supprimées. »

Karin le regarda, déçue, mais il ne s’en soucia pas et commença à marcher tout en fredonnant.

On pouvait parfaitement dire qu’il n’y avait pas beaucoup de restaurants dans la ville basse.

Les plus pauvres avaient souvent besoin de sauter le repas du matin. Le repas du midi était le repas principal de la journée, et généralement, le repas du soir était accompagné de beaucoup d’alcool.

Voilà pourquoi il y avait à peine quelques endroits qui offraient la possibilité d’obtenir un petit-déjeuner. La ville basse était remplie de bars, donc c’était vraiment difficile de trouver un endroit approprié pour manger.

Mais si c’était son propre bar, c’était différent.

Ignorant le panneau « fermé » suspendu à la porte, Takumi était rentré dans le bâtiment.

Lorsque la clochette de la portée avait retenti, on pouvait entendre les bruits de pas de quelqu’un qui arrivait rapidement depuis l’arrière de l’échoppe.

« Nous sommes fermés pour aujourd’hui ! Oh, salut Takumi. » Une fille était apparue portant un ruban entourant ses cheveux blond terne.

« Salut, Lilia. Peux-tu me faire un petit-déjeuner ? » demanda Takumi.

« Encore ? Là, je suis occupée. Je dois encore nettoyer des trucs pour le quart de nuit, » répondit Lilia.

Même si elle avait l’air agacée, elle leur fit signe de prendre place au comptoir.

« C’est juste que tu es si bonne cuisinière que je pense à toi chaque fois que j’ai faim, » répondit Takumi.

« Oh merci. Je serais également heureuse si tu pouvais mettre ça sur papier, » répliqua Lilia.

La frustration sur son visage avait été remplacée par un joli sourire.

« On dirait que tu n’es pas seule. Notre habitué est aussi là, » déclara Takumi.

Lilia rigola en regardant l’homme assis de l’autre côté du comptoir, qui toussait violemment.

Il portait des lunettes et son expression était sévère. Son visage avait une apparence un peu différente en portant ses lunettes, mais il avait quand même conservé ses caractéristiques.

« Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai dû passer toute la nuit à travailler sur un manuscrit. Le seul endroit où je peux manger quelque chose à cette heure est ici, » répondit l’homme.

Son regard et son ton avaient radicalement changé, mais son expression habituelle n’avait pas changé d’un iota.

« Ah, alors si un autre bar comme celui-ci s’ouvre, tu ne viendrais plus ici ? » demanda Lilia.

« ... Eh bien, tu es une bonne cuisinière, alors je choisirais encore celui-là, » répondit l’homme.

« Comme tu peux être honnête, Killfer, » répondit Lilia. « Tu parles comme un adulte, mais pense comme un enfant. »

« Je suis juste plus formel qu’avant puisque je dois parler avec mes supérieurs, » répondit Killfer.

Il fourra dans sa bouche la délicieuse viande qu’il avait dans son assiette.

« Allez, prenez vos places. Puis-je vous faire quelque chose rapidement ? » demanda Lilia.

« Pour Karin et moi, cela ne me dérange pas, mais Kunon veut..., » commença Takumi.

« Lilia, je veux de la viande ! Cela ne me dérange pas ce que c’est, il faut juste que ce soit de la viande ! » s’écria Kunon.

« D’accord. J’avais mis de côté des herbes aromatisées spécialement pour toi, » répondit Lilia.

Puis, souriant face à la fille-bête qui remuait sa queue, elle entra dans la cuisine.

Après avoir attendu un moment en silence, Takumi avait essayé de parler à Killfer. « Dites-moi, Killfer, ça va ? »

« Tu devrais pouvoir le comprendre par toi-même, » répondit Killfer.

« Oui, mais je perdrais alors ma réplique d’approche. Et aussi, il est préférable de moi-même te le demander plutôt que de l’entendre dire par un tiers, » déclara Takumi.

« La réponse est évidente. Je suis comme tous les enfants vendus par le “marchand d’esclaves au cœur tendre”, » répondit Killfer.

Sans changer le ton de sa voix, ses lèvres se recroquevillèrent en un sourire.

Il y avait un marchand d’esclaves au cœur tendre dans la ville basse de Listina.

On disait qu’il vendait des personnes à ceux qui avaient besoin de main-d’œuvre, et cela, quel que soit ce dont ils avaient besoin et que ses esclaves étaient nettement meilleurs que ceux de la moyenne, mais aussi bon marché.

Il aurait dû être détesté pour ça.

À la place, les acheteurs et les esclaves lui étaient reconnaissants. Voilà comment les personnes avaient trouvé ce surnom.

Le marchand d’esclaves au cœur tendre n’était autre que Takumi, l’un des membres de Valeria.

« En parlant de cela, un de tes clients m’a demandé s’il serait nécessaire de payer une sorte de supplément, étant donné que l’article était bon marché, » déclara Killfer.

« Je suis content que ce soit une bonne affaire. Quand tu le verras la prochaine fois, dis-lui qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter de ça, » répondit Takumi.

« Il ne m’écoute pas, peu importe, ce que je dis, » répondit Killfer. « Et aussi, si je lui disais ça, il passerait ses nuits sans sommeil à penser à comment gagner assez d’argent pour survivre. »

Takumi éclata d’un rire méprisant.

« L’as-tu connu quand nous étions plus jeunes ? Je parie que tu peux deviner la raison si tu fais le calcul, » déclara Takumi.

« Bien sûr que je le sais. Puisque tu vends des esclaves à bon marché, la seule autre chose que tu peux vendre pour gagner assez d’argent est... » Killfer avait pris une autre bouchée alors qu’il parlait. « L’information. Les esclaves sont ton réseau d’informations, alors tu viens à connaître leurs anciens propriétaires et vendeurs, et tu gagnes de l’argent grâce à des rumeurs... ai-je raison ? »

« Eh bien, ce n’est pas tout, » répondit Takumi. « En vendant un esclave qui connaît le sujet dont l’acheteur a besoin, je gagne beaucoup de confiance, ce qui facilite les affaires. »

« Et aussi bien les personnes qui signent le contrat de protection des esclaves que les esclaves te sont reconnaissants et viennent à te faire confiance, alors ils sont prêts à t’aider, » répliqua Killfer.

« Hé ! Ne parle pas en mal de ma réputation, » déclara Takumi. « Outre la protection des esclaves, il est écrit dans ce contrat que si l’acheteur n’est pas satisfait de l’achat, il peut demander un remboursement complet. »

Le contrat avait été rédigé afin de protéger les avantages des deux parties.

« L’esclave doit être traité comme un être humain » était inscrit dessus.

En outre, il y était déclaré que l’esclave devait être payé pour son travail et que tout acte de harcèlement ou de discrimination à leur encontre était interdit. En cas de violation de l’un des points susmentionnés, une sanction allait être appliquée.

Si l’esclave s’avérait incompatible pour une raison quelconque, l’acheteur pourrait demander un remboursement complet en échange du retour de l’esclave.

« Si le client peut facilement obtenir ce dont il a besoin, l’esclave peut tout de suite mieux vivre, et c’est ainsi que je peux du même coup recueillir des informations, » déclara Takumi. « De cette façon, tout le monde y gagne quelque chose. »

Killfer s’était arrêté de manger pendant un instant. « Ce que je n’ai jamais compris, c’est comment tu as trouvé cette réponse. Ne viens-tu pas de supposer que les personnes ont besoin de meilleurs esclaves ? »

Takumi avait toujours veillé à ce que les capacités et le caractère des esclaves soient toujours parfaitement compatibles avec les exigences du client, pour toujours atteindre la perfection.

« Le fait est... que je ne peux pas comprendre ta façon de penser, » continua Killfer. « Je ne pouvais pas il y a sept ans, et je ne peux pas même maintenant. »

« La réponse est simple, » Takumi avait pointé du doigt ses propres yeux. « Il semble que j’ai un œil pour les personnes. »

« ... J’ai toujours détesté la manière dont tu évites les questions, » répliqua Killfer.

« Je n’évite rien. C’est juste une question d’expérience, » répondit Takumi.

« Parles-tu de ton lieu de naissance... ? J’ai lu depuis d’innombrables livres, mais je n’ai toujours pas vu d’écrits avec les symboles que tu utilises, » déclara Killfer.

« C’est pourquoi mon lieu de naissance est vraiment loin d’ici. Ceci ne me dérange pas que cela soit ainsi, » répondit Takumi.

Killfer avait fait claquer sa langue et avait détourné son regard. Pendant ce temps, Lilia était revenue avec le repas.

« OK, Killfer, arrête de déranger Takumi parce que tu as été privé de sommeil, » déclara Lilia.

« Pourquoi me grondes-tu ? » demanda Killfer.

« Parce que tu parles comme un ivrogne pleurnichant sur n’importe quel sujet. Et aussi, nous devrions juste lui être reconnaissants, » répondit Lilia.

Elle avait souri en touchant son cou.

Le collier qui les liait était introuvable.

« C’est seulement grâce à l’honnêteté de Takumi que nous avons pu montrer nos capacités, » continua Lilia. « Avec l’argent que nous avons gagné, nous nous sommes débarrassés de nos chaînes et avons pu faire ce que nous voulions vraiment. Je crois que cette seule raison est plus que suffisante pour te gronder. »

Chaque esclave vendu par Takumi pourrait se débarrasser de leur condition après avoir remboursé complètement leur propriétaire.

De cette façon, chacun d’entre eux pourrait poursuivre après ça ses rêves.

Lilia voulait être cuisinière et devint ainsi tenancière d’un bar.

Killfer avait une énorme soif de connaissances, alors il décida de devenir scribe.

Quelqu’un était devenu forgeron, quelqu’un qui était musicien d’orchestre, quelqu’un qui était armurier, quelqu’un qui était décorateur, quelqu’un qui était l’élève d’un colporteur, quelqu’un était marin et quelqu’un était garde... tout le monde réalisait ses propres aspirations.

Si Takumi ne les avait pas sauvés, l’esclavage aurait été leur seul choix.

« Non, tu es là seulement grâce à tes efforts, » répondit Takumi. « Si vous aviez été des esclaves sans ambition, vous seriez resté comme ça. Je suis juste venu pour vous donner un petit coup de pouce. »

« Regarde, il est aussi très humble, » déclara Lilia. « Pourquoi n’apprends-tu rien de lui, Killfer ? »

« Tch... Ce n’étaient que des pensées que j’exprimais, » répliqua Killfer.

Il appuya ses coudes sur la table et se tourna dans l’autre sens tandis que Lilia pouffait de rire.

En la voyant rire sincèrement, Takumi s’était détendu.

« Assez parlé du passé. Mangez ça avant que la nourriture ne soit froide, » clôturant la question, Lilia avait placé des assiettes sur le comptoir.

Un panier avec du pain frais, une assiette remplie d’une soupe de tomate et de haricots mungos, et une autre contenant des pâtes aux crevettes avec des crevettes pêchées au large du lac Verne, et quelques verres remplis d’eau. Puisque Listina était situé près d’un lac saumâtre et de la mer, la cuisine locale était assez centrée sur les fruits de mer.

« Et ça, c’est pour toi, Kunon, » déclara Lilia en plaçant l’assiette massive qui cliquetait devant elle.

De la Viande, de la viande et encore plus de viande.

Sous cette montagne de viande était enterré un lit de salade et de légumes.

Cela n’avait pas l’air facile à digérer.

« Viande... !! À l’attaque ! » Kunon avait commencé à se régaler de cette incroyable quantité de nourriture.

Afin de compenser leur force et leur consommation d’énergie lorsque leurs compétences étaient utilisées, les hommes-bêtes devaient manger beaucoup de nourriture.

Une petite fille comme Kunon qui mangeait autant était surprenante, mais les autres s’y étaient déjà habitués.

« J’ai... perdu mon appétit, » déclara Karin.

« Je connais cette sensation, mais mange pendant que tu peux le faire. Et prends ce que tu veux de mon assiette, » répondit Takumi.

Karin avait accepté les pâtes de Lilia avec une expression dégoûtée sur son visage.

Les elfes mangeaient très peu de viande et avaient tendance à être végétariens, peut-être parce qu’ils vivent en pleine nature.

Karin était aussi une petite mangeuse, et le fait de voir toute cette viande avait certainement fait remonter le contenu de son estomac.

Tout en amenant une miche de pain jusqu’à sa bouche, Takumi tourna à nouveau son visage vers Lilia et Killfer.

« Quelque chose d’intéressant est-il arrivé ces derniers temps ? » demanda-t-il.

« Cette question est trop vague... La seule chose qui vient à l’esprit est qu’il y a plus de copies du Texte Sacré autour de nous, » déclara Killfer.

Le Texte Sacré était le document que Richtert, la famille royale, avait suivi. Richtert était une famille très religieuse vivant dans la capitale. Ils adoraient la Déesse Filia, et croyaient que la magie était une bénédiction, alors ils la vénéraient.

Leurs croyances étaient basées sur les commandements présents dans ce texte.

Ce n’était pas des enseignements qui étaient gravés dans le marbre. En fait, ils avaient même déclaré que les suivre n’était même pas une obligation.

Mais le fait de posséder des esclaves n’était pas interdit selon ces principes.

Le Texte plaçait les esclaves sur le même rang social que les blasphémateurs et les criminels.

Il y était même dicté qu’il fallait utiliser les criminels de guerre et les criminels pour gagner plus de main-d’œuvre. De sorte que ses croyants avaient tendance à utiliser un grand nombre d’esclaves.

Certaines lois concernant les esclaves avaient été ratifiées, car un esclave improductif était un gaspillage. Les tués au hasard étaient interdits, et les salaires pour leur travail étaient établis en détail.

Pourtant, ces lois étaient juste pour le spectacle.

C’était évident même pour un marchand d’esclaves comme Takumi, c’était pourquoi il n’avait pas conclu la moindre vente sans son contrat.

« Bon sang... Les nobles et les clercs aiment vraiment gaspiller du papier..., » remarqua ironiquement Takumi.

« Ne dis pas ça. Grâce aux décorations sur le Saint Texte et aux idiots qui s’y méprennent, les scribes et les enlumineurs ont du travail. En vérité, j’aimerais le lire, » déclara Killfer.

Killfer avait repris son souffle avant de continuer. « Eh bien ! Ce n’est pas comme si quelque chose allait changer si je le lisais. Presque tous considèrent les esclaves comme des objets, et les demi-humains comme des bêtes... » Il avait souligné cela avec cynisme.

« ... Killfer, » Lilia le frappa du coude et il ferma la bouche tout de suite après ça.

« Ne t’inquiète pas, c’est normal qu’ils nous voient comme ça. Nous avons perdu contre les humains, et accepter d’être dompté par eux n’est qu’une décision stupide prise par ces demi-humains vaincus, » observa Karin avec un ton plat, alors qu’elle inclinait son verre sans changer d’expression.

Un demi-humain était considéré comme un esclave dès le moment où il était mis au monde.

Dans le passé, les humains et les demi-humains s’étaient battus les uns contre les autres lors de nombreuses guerres.

Le fait de penser que les demi-humains auraient gagné grâce à leur force physique écrasante était naturel, mais les humains l’avaient emporté grâce à l’utilisation de la magie et de la tactique.

En outre, les conflits internes entre différentes factions de demi-humains avaient contribué à ce résultat.

Lorsque les deux parties avaient accepté l’accord de paix, il avait été décidé que les vaincus devaient continuer à servir les vainqueurs en tant qu’esclaves.

Cela comprenait les hommes-bêtes, les elfes, les nains, les hommes-dragons, les hommes-oiseaux, hommes aquatiques.

Tout comme les animaux, les demi-humains étaient divisés en six espèces, et quand un humain mettait la main sur eux, ils devenaient des esclaves.

Il va sans dire qu’ils n’avaient aucun droit et qu’ils n’étaient non plus pas payés, tout comme les esclaves humains.

Penser qu’ils devaient supporter un tel traitement depuis leur naissance était scandaleux.

Les nains étaient une exception. Compte tenu de leurs prouesses technologiques, il leur avait été offert de devenir des ingénieurs en échange de l’annulation de leur statut d’esclave.

Les hommes-bêtes étaient utilisés pour les travaux forcés ou pour accomplir les tâches les plus dangereuses, sinon ils étaient utilisés comme pions sacrificiels dans l’avant-garde de l’armée.

Les colliers et les chaînes qui liaient les demi-humains étaient imprégnés de magie, de sorte qu’ils ne pouvaient pas se rebeller contre leur maître.

C’est pourquoi... les demi-humains faisaient généralement face à un destin bien plus sombre que celui des esclaves humains.

« Eh bien ! Grâce au marchand d’esclaves au cœur tendre, au moins nous avons les droits de l’homme, » déclara Karin.

« S’il te plaît, ne peux-tu pas être sérieuse ? Dis-leur au moins que je te traite bien, » déclara Takumi.

« Tu sais, tu me forces à te suivre jour et nuit. J’ai aussi une énorme charge de travail, alors peux-tu éviter de penser que je suis contente de ça ? » répliqua Karin. Elle avait continué à incliner son verre afin de boire, mais cette fois, elle avait une expression acerbe.

Takumi ne vendait pas seulement des esclaves, mais il passait souvent voir comment ils allaient. Après sept années de travail, le nombre d’esclaves qu’il vendait était assez élevé, alors le suivi de tous les esclaves prenait beaucoup de temps.

Karin devait le faire pratiquement toute seule, donc dire qu’elle était exploitée n’était pas une exagération.

Lilia avait frappé ses mains.

« Pourquoi ne demandes-tu pas à Takumi d’acheter quelque chose pour toi ? » demanda Lilia. « Tu es une beauté. Alors pourquoi ne demandes-tu pas des vêtements ou des accessoires ? »

« Hein !? Je n’en ai pas besoin, » répliqua Karin. « Ah ! Mais j’avais besoin d’huile et d’une brosse métallique. Et j’ai aussi besoin de chiffons pour quand je nettoie. Oh, et un peu de coton, puisque récemment je devais souvent en utiliser et que j’en ai plus. »

« ... Karin, je ne dirai pas que c’est mal de vouloir ce genre de choses, mais là, tu as de plus en plus l’air d’une femme au foyer, » Lilia se força à sourire face à la faible ambition de Karin, mais se souvint soudainement de quelque chose. « Au fait, les membres de Valeria semblaient très occupés devant le bureau. Est-ce vraiment correct que vous restiez ici tous les trois ? »

« Avaient-ils l’air occupés ? Eh bien ! Ce matin, quelques chariots sont rentrés avec des esclaves, mais il ne devrait pas y avoir grand-chose de spécial, » répondit Karin.

Après tout, il n’était pas difficile d’obtenir des esclaves dans ce monde.

Si un marchand décidait de voyager vers un endroit pauvre abandonné par les dieux, il aurait pu facilement échanger avec la population locale de la nourriture ou de l’argent contre leurs enfants.

Les sans-abri étaient asservis s’ils étaient capturés, tout comme les personnes qui ne pouvaient pas rembourser leurs dettes. On pouvait aussi acheter les auteurs de crimes mineurs.

Il y avait d’innombrables façons d’obtenir des esclaves.

Bien sûr, la plus grande dépense pour leur entretien était la nourriture, donc les commerçants étaient obligés d’acheter seulement un nombre d’esclaves que la nourriture qu’il avait leur permettait de maintenir en vie.

Ce jour-là, dix enfants devaient arriver à Valeria.

Un petit nombre comme celui-là n’aurait pas dû déranger beaucoup de membres de l’organisation, alors qu’est-ce qui avait pu se produire ?

« En tout cas... Lilia, l’addition. Nous devons partir, » déclara Takumi.

« Bien sûr. Puisque vous êtes venu ici en dehors des heures de travail, laissez-moi un bon pourboire, » déclara Lilia.

« D’accord. En fin de compte, nous avons eu un bon repas tout en pouvant bavarder pendant ce temps, » déclara Takumi tout en souriant.

Il sortit de sa poche de poitrine quelques pièces d’argent et les laissa sur le comptoir. Il était clair qu’il y avait bien trop de pièces pour un simple pourboire.

« Voilà, c’est une récompense pour ton travail acharné... bois quelque chose à ma santé avec ces quelques pièces, » déclara Takumi.

« Ah, Monsieur Takumi, vous êtes toujours si généreux ! Killfer, vas-tu me rejoindre ? » déclara Lilia.

« ... Lilia, ne dois-tu pas nettoyer la boutique ? Et tu devras également travailler pour le festival de ce soir..., » demanda Killfer.

« Je peux le faire après avoir pris un verre ! » répliqua Lilia. « Je dois travailler jusqu’à minuit, alors où est le problème si je veux profiter maintenant de ma récompense ? »

« ... Très bien, je suis d’accord, mais je ne vais pas participer à un autre de tes concours de beuverie. Tout le monde a pitié des hommes qui perdent contre toi, » répondit Killfer.

« C’est pourquoi vaincre une fille travaillant dans un bar n’est pas une tâche facile ~, » elle se mit après ça à rigoler.

Takumi était content de pouvoir voir les deux personnes parler si gaiement. Il s’approcha de la porte. « À la prochaine. Killfer, fais-moi savoir quand quelque chose d’intéressant arrive. »

« Eh bien, si tu restes encore un peu plus longtemps, tu m’entendras parler. Faire face à Lilia est impossible pour moi seul, » répliqua Killfer.

« Je suis désolé, mais tu seras sa seule victime aujourd’hui. Je te regarderai de loin, » déclara Takumi.

« ... Traître. Allez, va-t’en à ton travail, » Killfer avait grogné face à lui.

Takumi haussa les épaules en entendant un joyeux toast venant de derrière lui, puis il sortit du bar avec Kunon et Karin à ses côtés.

« Il est temps de se rendre au travail. Nous avons des choses à organiser pour ce soir..., » déclara Takumi.

« Oui, tu devrais y aller, marchand d’esclaves au cœur tendre, » alors que Takumi se dirigeait vers Valeria, une voix lui parvint de côté.

Il y avait là une fille aux cheveux roux attachée en un chignon désordonné.

Ses mots semblaient innocents et purs comme les vêtements blancs comme neige qu’elle portait.

Tous les gardes avaient reçu cet uniforme, mais contrairement à d’autres, le manteau rouge qu’elle portait était la preuve de son rang de capitaine.

Elle avait l’air d’une femme mûre, étant donné sa posture droite et son expression sérieuse, mais sur son visage, il restait quelques traits enfantins. Elle devait être dans la vingtaine.

« Bonjour, Elsa. Patrouiller dans cette zone par vous-même est honorable, Madame la Capitaine de la Garde, » répliqua Takumi avec ironie.

« Hahaha... Ton repas était-il bon, marchand d’esclaves ? » demanda Elsa. Elle croisa les bras et essaya de garder son calme, même si son expression la trahissait.

« On dirait que tu es de mauvaise humeur aujourd’hui. Tu es encore jeune, Capitaine, » répliqua Takumi. « Si tu affiches ce genre d’expression, tu finiras par avoir plein de rides comme une mémé. »

« Takumi, sais-tu pourquoi je suis comme ça ? » demanda Elsa. « Ne penses-tu pas que c’est parce que tu causes à nouveau des problèmes ? Sais-tu que je peux aussi me fâcher ? »

« D’accord, d’accord, je suis désolé ! Garde ton épée dans le fourreau ! » s’exclama Takumi. « Un garde doit protéger les personnes, et non pas les tuer dans un accès de colère ! »

Voyant que la main de la jeune fille atteignait la garde de son épée alors qu’elle poussait un sourire, Takumi leva les mains et les déplaça horizontalement devant son cou.

Les gardes maintenaient l’ordre public et faisaient en sorte que les citoyens puissent vivre en toute sécurité.

Leur capitaine devait patrouiller la ville basse parce que ses résidents, contrairement aux autres, pouvaient devenir dangereux. Ils pourraient organiser des émeutes, agir illégalement, et s’ils déclenchaient une quelconque action violente, les gardes devaient la réprimer.

Dès qu’Elsa avait reçu son rang de chevalerie, elle avait été placée à la tête des gardes de la ville basse.

Voilà pourquoi il était étrange qu’elle soit là.

« Elsa, ne devrais-tu pas donner des ordres aux gardes de la caserne pour patrouiller la ville pour le festival de ce soir ? » demanda Takumi. « Patrouiller par toi-même est génial, mais dois-tu vraiment être là maintenant ? »

« Vous, membres de Valeria, avez dit que vous alliez aider, n’est-ce pas ? » demanda Elsa. « Pourtant... personne n’est venu, alors je suis allée voir ce qui s’était passé. »

Elle soupira profondément, montrant sa fatigue.

« Quand je suis arrivée, j’ai vu que beaucoup de personnes étaient vraiment occupées, » continua-t-elle. « Mirta s’est excusée en étant au bord des larmes... J’étais donc sur le point de le faire à sa place. »

« Je vois... Je suis désolé que les choses ne se passent pas comme prévu, » répondit Takumi. « J’ai aussi entendu que beaucoup de gens étaient occupés, et j’allais vérifier par moi-même ce qui se passait. »

« Dépêche-toi, alors, » répliqua Elsa. « Avant que je n’arrive, Mirta a envoyé presque tous les membres à la caserne, donc en ce moment elle pleure probablement en raison de sa nervosité. »

« Notre chef est gentille, mais elle est une vraie pleureuse, » répondit Takumi.

L’Expression d’Elsa avait semblé adoucir pendant un moment. « De toute façon, dépêche-toi et aide-la. Si tu la fais pleurer, je te punirai de mes propres mains. »

« Oui, oui, c’est sûr. Il est bon de voir que la Capitaine vient souvent voir son amie d’enfance, mais essaye de ne pas trop négliger ton travail, » répliqua Takumi.

« Je-je ne... pas ! Je ne veux pas que tu me causes d’autres problèmes ! » cria Elsa.

« Oula, tu ne devrais pas nier que tu souhaitais voir comment allait ton amie, » dit Takumi.

« ... Ah, d’accord, » elle avait répondu tout en bougeant ses mains, et comme elle remarqua ce qu’elle avait dit et fait, elle avait alors baisé la tête avec ses joues qui rougissaient.

« Bon sang... je comprends que tu sois inquiète, mais n’agis pas de façon impulsive, » déclara Takumi.

« Comment puis-je l’aider ? » demanda Elsa. « Je la vois toujours comme une jeune sœur, et c’est normal de s’inquiéter pour elle, surtout quand je considère là où elle vit. »

Elsa était née dans la partie supérieure de Listina et faisait partie de la famille Fairstadt, l’une des trois familles les plus connues de toute la ville.

Grâce à la réputation de sa famille et à son caractère, elle était devenue la capitaine de la garde de la ville basse, mais Mirta était l’une des principales raisons qui avaient amené Elsa à prendre cette décision.

Takumi ne savait pas grand-chose de leur relation, mais il avait entendu dire qu’elles avaient grandi ensemble comme des sœurs. Voilà pourquoi Elsa ne pouvait pas s’empêcher de s’inquiéter pour Mirta.

« Aussi... maintenant, il y a ce problème avec Vatel. Je veux être à ses côtés quand cela arrivera, » déclara Elsa.

« Ne t’inquiète pas. Nous gardons aussi cela à l’esprit lorsque nous agirons, » déclara Takumi.

« Tu es effrayant... mais je te fais confiance à propos de ça, » répondit Elsa. « La chose est que ton nouveau chef est célèbre parce qu’elle a abandonné ce genre de travail et a augmenté ses frais sans avertissement, de sorte que les personnes du marché se plaignent. J’aimerais que les choses se stabilisent rapidement. »

« Je pense que ce serait mieux si tu racontais ça à Mirta, pas à moi... Bref, je suis sûre que les choses vont bientôt se terminer, » répondit Takumi. « Mais tu n’as pas à t’inquiéter pour tout ça. » Takumi sourit, et Elsa pencha la tête en affichant clairement son doute.

« De toute façon, je compte sur toi pour le festival de ce soir, alors essaye de ne pas trahir mes attentes, » répondit Elsa.

« Nous n’avons pas le temps pour ça, » déclara Takumi. « Même si ce soir est un jour heureux, nous n’avons ni le temps ni l’intention de te causer des ennuis. »

« ... Vraiment ? Devrais-je faire confiance en tes paroles ? » demanda Elsa. « Ne me causeras-tu pas de stress aujourd’hui ? Dernièrement, les gardes ne cessent de dire : “Eh bien ! Si les marchands d’esclaves de Valeria causent des problèmes, alors laissons ça à notre Capitaine”, le savais-tu ? »

« Eh bien, n’est-il pas préférable de laisser les supérieurs gérer les choses ? » demanda Takumi.

« Ne comprends-tu que pour moi, tu n’es qu’un casse-pieds ? » demanda Elsa.

Elle le pointa avec son index et, après un profond soupir, elle se dirigea vers la caserne.

Elle doit avoir été épuisée par tous ces événements, pensa Takumi.

« Super, maintenant que nous avons pleinement motivé Elsa, il est temps d’aller travailler, » déclara Takumi. « Je compte sur vous, les filles. »

« Je vais tout donner pour la nourriture que j’ai mangée ! » répondit Kunon d’un ton animé.

« Alors dans mon cas, je vais juste essayer, puisque je n’ai pas beaucoup mangé, » Karin avait fait une blague avec une expression stoïque

Et ainsi, la fille-bête, l’elfe et le marchand d’esclaves au cœur tendre avaient commencé à se diriger vers leur destination.

***

Partie 2

Nous ne pouvions pas dire que l’ordre public de la ville basse était vraiment bien géré.

Il y avait quelques rudes travailleurs avec des dispositions à être entêté qui aidaient à maintenir la paix dans leurs rues, mais la ville basse était pauvre et remplie de parias et de gens de ce genre.

Les bagarres étaient monnaie courante ainsi que toutes sortes de crimes. En outre, les enfants remplissaient les rues en guise de mendiants et essayaient de gagner leur vie en faisant du pickpocket.

Le bureau de Valeria était situé au cœur de la ville basse.

Les commerçants géraient le réseau de renseignements de la ville basse, et Valeria était renommée essentiellement comme étant une entreprise s’occupant de tous les métiers.

Pour être plus précise, Valeria s’occupait de tout ce qui était présent dans la ville basse.

Ils s’occupaient des combats en tant qu’intermédiaires, dirigeaient les patrouilles de gardes, aidaient pour la contrebande et les objets rares. Depuis la corruption du gouvernement jusqu’à la résolution de petits problèmes — leurs actions avaient influencé pas mal de choses.

On disait que tout le monde leur demandait de l’aide.

Tout cela était grâce à Vatel Famille, l’ancienne chef de Valeria.

Comme les commerçants détestaient faire du commerce dans la ville basse en raison du danger, l’organisation de Vatel avait commencé à en tenir compte. Il avait donc non seulement géré les voyous avec une poigne de fer, mais avait également eu le tact de créer de nouveaux secteurs d’activité en écrasant lentement ses rivaux.

Grâce à cela, les habitants de la ville basse avaient commencé à dire : « Valeria existe pour nous », parfois avec haine, parfois avec gratitude. L’existence de Valeria est vraiment très importante.

Finalement, Takumi et les deux filles avaient atteint leur destination.

Les choses étaient en effet plus occupées que d’habitude, exactement comme l’avait dit Lilia.

« Aaah ! Takumi ! Je te cherchais ! » Une voix avait pu être entendue près de lui alors qu’il s’approchait de la réception.

Des cheveux blond-platine éblouissants encadraient deux yeux de jaspe scintillants.

Bien que son visage puisse encore être considéré comme enfantin, elle avait considérablement grandi au cours de ces sept années.

« Salut, Mirta. Pourquoi tout ce chahut ? » demanda Takumi.

« Ah, il y a beaucoup à faire ! » s’exclama Mirta. « Je ne sais pas quoi faire après ça... »

En regardant son visage qui était crispé à cause de la nervosité, il laissa échapper un léger soupir.

« OK, nous sommes dans une mauvaise situation, mais arrête de faire ce visage, » déclara Takumi. « Calme-toi. Si tu commences à pleurer, tout le monde sera trop inquiet pour toi, alors ils ne pourront plus rien faire d’autre. »

« Uuuh... Tu as raison, je dérange tout le monde..., » Mirta avait l’air découragée, alors Takumi caressait avec douceur sa tête.

« Qu’est-il arrivé ? » demanda Takumi. « Quelques esclaves peuvent-ils vraiment causer tant de problèmes ? »

« Ehm... peut-être que ce serait plus rapide si tu vas dans la chambre d’hébergement et que tu le vois par toi-même, » répondit Mirta.

La chambre d’hébergement était une cellule souterraine où les esclaves étaient amenés à leur arrivée.

La pièce était remplie des choses essentielles pour vivre, et Takumi leur avait toujours offert de la nourriture pour les aider à redevenir en bonne santé.

Nous pouvions dire qu’ils avaient été traités beaucoup mieux que les esclaves ordinaires, mais nous ne pouvions garder qu’une vingtaine de personnes là-dedans, et beaucoup de voix pouvaient être entendues depuis l’extérieur.

Takumi pencha la tête, intrigué par les paroles de la jeune femme, et il s’approcha de la porte.

En entrant dans la pièce, tout devint clair.

Il y avait beaucoup trop de personnes présentes à l’intérieur de la chambre d’hébergement.

« ... Mirta. Seules dix personnes ne devraient-elles pas venir aujourd’hui ? » demanda Takumi.

« ... Exact. Cela aurait dû être ainsi puisque tu l’avais dit avant de partir, » répondit Mirta.

« Alors pourquoi y a-t-il maintenant quelque chose comme trente personnes ici ? » demanda Takumi.

« E-Eh bien... il y a six humains... Et vingt-cinq demi-humains, » répondit Mirta.

« Vingt-cinq ? D’où viennent-ils ? » demanda Takumi.

« Euuuhh... Je suis désolée ! Je suis vraiment désolée ! » Mirta avait continué à baisser la tête avec des yeux larmoyants.

« Il semble que leur vendeur n’avait pas assez d’humains, alors il nous a donné des demi-humains afin de s’excuser..., » déclara Mirta.

« Et tu as donc accepté ces vingt-cinq demi-humains, n’est-ce pas ? Bon sang, comme tu peux être terriblement naïve ! Maintenant, je dois aller gronder Calc et Rosso, » déclara Takumi.

Compte tenu de leur nombre, il était normal de penser que c’était une affaire rentable, mais les demi-humains n’étaient pas facilement vendables.

Ils étaient beaucoup plus nombreux que les humains puisqu’ils étaient considérés comme des esclaves dès leur naissance.

De plus, étant donné leurs capacités physiques élevées, ils n’étaient généralement pas acceptés pour les travaux de précision.

Ils ne pouvaient faire que des activités manuelles, donc la gamme de demandes pour eux est assez réduites.

Seuls les elfes, qui étaient assez difficiles à trouver, avaient une forte demande les concernant.

« J’ai envoyé Jill à la recherche de leur vendeur, et les autres ont dû aider pour le festival de ce soir, alors nous n’avons pas assez de monde pour nous aider ici..., » expliqua Mirta.

« C’est inutile. Ce type en ramènerait deux, peut-être trois, mais pas plus. Et après tout, les invendus ont un coût de maintenance, » déclara Takumi.

Même si la capacité de Valeria n’était pas dépassée, nourrir vingt-cinq demi-humains leur coûterait beaucoup.

« Q-Que devons-nous faire... Nous ne pouvons pas les abandonner, mais nous ne pouvons pas non plus les laisser rester ici trop longtemps..., » demanda Mirta.

« Allez, je trouverai quelque chose ! Alors, ne pleure pas ! » Voyant Mirta au bord des larmes, Takumi la réconforta. « Karin, combien peuvent partir et combien devraient rester ? »

« ... Cinq d’entre eux sont sur le point de mourir, deux devraient être prêts à partir, et les autres sont encore trop peu qualifiés, » elle répondit avec une expression guindée alors qu’elle les regardait, et Takumi hocha la tête.

« Je vois, c’est assez. Laissez ces cinq ici et je vais essayer de vendre les autres, » déclara Takumi.

« Vendre les autres... ? Tu sais que nous parlons de vingt demi-humains, » déclara Mirta. « En pensant à la pire des situations, il nous resterait encore au moins quinze personnes, ce qui drainera nos derniers revenus en un rien de temps. »

« Nous en vendrons quinze aujourd’hui. Allons les chercher, » déclara-t-il. Takumi s’approcha de la cellule avant de s’accroupir devant. « Salut, désolé si c’est un peu à l’étroit. Habituellement, il y a plus de place, mais vous êtes bien plus nombreux que prévu. »

Il leur avait parlé avec un sourire amical, mais comme prévu, leur réaction avait été réduite.

Qui réagirait bien face aux personnes qui essaient de vous vendre ?

Toujours, parmi eux, une fille avec des cornes pointues et une queue de lézard avait commencé à parler. Elle était probablement une femme-dragon. « Je-je suis désolée, mais... Elle a l’air de ne pas aller du tout bien... »

À côté d’elle, une fille ailée avec des joues rouges était étendue sur le sol tout en haletant bruyamment.

« Je vois. Elle est tombée malade à cause de la malnutrition. Ne t’inquiète pas, je vais plus tard lui apporter des médicaments, » répondit Takumi.

« Allez-vous... lui donner des médicaments ? » demanda la fille-dragon.

Takumi sourit à la fille choquée. « Bien sûr. Cela peut sembler méchant, mais vous êtes tous de précieux biens. Nous, les marchands d’esclaves, devrions essayer de faire que vous soyez en bonne santé. »

« M-merci... beaucoup... Euh..., » balbutia-t-elle.

« Je m’appelle Takumi, un marchand d’esclaves. Quel est ton nom ? » demanda Takumi.

« J-Je suis Corona. Je-je vais bien travailler, alors pourriez-vous faire quelque chose pour elle... ? » demanda Corona.

« Ne t’inquiète pas. Je ne vais pas la vendre tout de suite ni me débarrasser d’elle, » répondit Takumi.

Voyant que Corona était soulagée, Takumi continuait de parler avec les autres.

Cette fois, c’était un homme-bête avec de grandes oreilles.

« Et toi ? Tu as l’air plutôt pâle, » déclara Takumi.

« ... Tais-toi. Je meurs de faim. Alors, ne me parle pas, » répondit l’homme-bête.

« Ouch, tu es de mauvaise humeur, n’est-ce pas ? Je vais te laisser manger autant que tu le voudras, » déclara Takumi.

« ... Veux-tu me faire manger quelque chose ? » demanda l’homme-bête.

« Cela dépend de ton travail. Au fait, les repas ici sont super bons, » répondit Takumi. « Certains travaillent seulement pour manger ce que notre cuisinier fait. »

« ... Ne vas-tu pas nous faire travailler pour après nous faire manger n’importe quoi ? » demanda-t-il.

« Ce n’est pas vrai du tout, » répondit Takumi. « Si tu es plus convivial avec les clients, ils seront plus heureux et plus détendus. Par exemple, si tu es gentil et demandes de la nourriture quand tu as faim, ils t’écouteront et te fourniront un repas. »

« ... Vraiment ? » demanda-t-il.

« J’ai vendu un esclave qui voulait toujours de la nourriture et qui utilisait tout son argent pour ça, » déclara Takumi. « Maintenant, il travaille sur un navire marchand, et il voyage tout autour du monde en mangeant beaucoup de choses délicieuses. Il m’a envoyé une lettre, tu sais ? »

Il sourit avec fierté à une autre fille avec des oreilles de chien.

« Et toi ? Quel est ton nom ? » demanda Takumi.

« ... Recy, » répondit-elle.

« Wôw, Recy ? C’est si facile à prononcer que les clients n’arrêteront pas de t’appeler, » déclara Takumi.

« Puis-je... aussi travailler comme les autres ? » demanda Recy.

« Bien sûr. Les gens qui vont dans les bars sont des nigauds, » répondit Takumi. « Si une personne si mignonne comme toi leur sourit, ils se sentiront heureux. Est-ce que tu le savais ? »

Après avoir entendu les paroles de Takumi, ses lèvres se recroquevillèrent en un petit sourire.

« Et toi, jeune oiselet ? Ne sois pas si réservé, » déclara Takumi.

« ... Je suis juste un esclave. Vous êtes libre de faire ce que vous voulez avec moi, » le jeune homme-oiseau résigné avait appuyé son dos sur le mur alors qu’il répondait ça.

« Et qu’en est-il ? Il y a d’innombrables tâches qui peuvent être faites. Je pensais que tu espérais quelque chose, » déclara Takumi.

« Espérer... ? Je l’ai perdu au moment où j’ai perdu le vol, » déclara-t-il.

Comme pour se moquer de lui, il déplaça les ailes sur son dos.

L’une d’elles avait une forme non naturelle. Elle avait probablement été cassée il y a des années, et elle n’avait pas été soignée correctement.

« Quelles belles ailes ! Pouvais-tu voler avant ? » demanda Takumi.

« Oui, je pouvais. J’aime regarder les choses depuis le ciel, » répondit-il.

Alors qu’il avait parlé avec chagrin, il baissa la tête et s’était comme effondré.

« Tu aimais donc voler ? » demanda Takumi.

« ... Beaucoup. Les oiseaux-hommes vivent près du ciel. Ils ne peuvent pas le détester, » répondit-il.

« Alors, est-ce que tu l’aimes aussi de la terre ? Sa couleur est différente là-bas, non ? » demanda Takumi.

« Oui... Disons que regarder le ciel me réconforte puisque je peux presque le toucher, » répondit-il.

« Je vois... alors, continue à regarder et à aimer. Que ce soit ce qui te motive, » répondit Takumi tout en faisant à nouveau un sourire.

« Continue à travailler et économise assez d’argent pour réparer ton aile. Supporter tout, et après ça, tu pourras remonter dans le ciel, » déclara Takumi.

Le garçon avait lentement levé la tête.

« Réparer mon aile... ? Cela ne m’avait pas traversé l’esprit avant aujourd’hui, » déclara l’homme-oiseau.

« C’est normal que tu te sentes mal maintenant, mais tu dois juste réaliser ton rêve, » dit Takumi, « Penses-y toutes les secondes pendant que tu travailleras. »

« Je... ne sais pas si ça va m’aider ou non, » répondit le jeune homme oiseau.

Takumi hocha la tête d’un air satisfait.

L’un après l’autre, il avait parlé avec chaque demi-humain.

L’ambiance était devenue plus détendue, peut-être grâce à la conversation au début entre Takumi et Corona, et elle avait continué à s’améliorer grâce à l’attitude décontractée du marchand d’esclaves.

« Laissez ceux qui ne peuvent pas bouger ici. J’ai déjà décidé qui choisir, mais avant cela, Kunon, peux-tu apporter assez de nourriture pour tous ? » demanda Takumi.

« Bien sûr ! Laisse-moi me charger de ça ! » Elle répondit joyeusement, puis sortit de la pièce.

Mirta semblait toujours anxieuse.

« Takumi... es-tu sûr que je peux te laisser t’occuper de ça ? » demanda-t-elle après quelques secondes de réflexion.

« Eh bien ! N’est-ce pas ça que tu espérais ? Alors, je devrais juste faire face à tout ça, » répondit Takumi.

« M-Mais... je suis terriblement désolée d’être si impuissante..., » déclara Mirta.

« S’excuser trop est une mauvaise habitude, et un chef ne devrait pas faire cela parce que sa position ne lui permet pas de faire ça, » répliqua Takumi. « Occupe-toi des choses ici jusqu’à ce que je revienne. »

Après avoir caressé la tête de Mirta tout en souriant, elle avait finalement montré un tendre sourire.

« D’accord... je compte sur toi, » répondit Mirta.

« Laisse-moi ça, Chef Bébé LaLa ! » répliqua-t-il afin de la taquiner.

Le visage de Mirta était devenu rouge en raison de son embarras, et Takumi avait quitté la pièce en riant après avoir vu sa réaction.

Normalement, vendre une quinzaine de demi-humains en une journée était presque impossible, mais Takumi n’avait pas passé sept ans en tant que marchand d’esclaves en ne faisant rien.

Il trouverait quelqu’un ayant besoin d’un esclave capable, puis une créerait une chance commode pour l’acheteur, et si quelque chose se passait, il s’occuperait de tout par lui-même.

Car après tout, il était le marchand d’esclaves au cœur tendre.

***

Partie 3

La Rue des Travailleurs était la limite qui séparait la partie centrale de Listina de sa partie inférieure.

Comme cette dernière avait des problèmes de criminalité et que les personnes ne voulaient pas entrer dans cette zone dangereuse, cette rue avait été créée. C’était aussi la dernière zone de sécurité de la partie médiane, du moins c’était ce qui était dit.

Étant donné le mauvais tempérament des artisans, les querelles et les bagarres étaient chose banale et les gardes en patrouille devaient ramener l’ordre, mais le cambriolage et le vol frappaient exactement quand ils avaient autre chose à faire. Cela aurait été plus sûr si les artisans n’étaient pas si têtus et fougueux.

« Ne crachez pas cette connerie ! » Et ce jour-là aussi, la voix en colère de quelqu’un avait presque fait trembler les murs de l’atelier.

Takumi s’attendait à cette réaction, alors il couvrit immédiatement ses oreilles. « Je ne crache rien, Maître Geld. Je demandais si vous étiez intéressé par certains esclaves, comme je le fais toujours. »

Malgré la rage du nain, son ton restait le même. Le visage sous ses moustaches était rouge comme si des flammes étaient sur le point d’éclater.

« Et j’ai entendu votre question, mais pourquoi avez-vous amené ici un putain d’homme-dragon ? » Il avait rugi contre le marchand d’esclaves et avait poussé son doigt sur Corona, qui essayait de se cacher derrière Takumi.

Sa voix était si perçante que la jeune fille devint pâle et essaya de faire de son mieux pour disparaître de sa vue, tandis que des larmes coulaient de ses yeux.

Les nains détestaient les autres demi-humains et les regardaient froidement. C’était une sorte de règle inexprimée de ne jamais partager le lieu de travail avec une autre espèce.

Parmi les demi-humains, certaines races avaient des sentiments de supériorité.

« Comprenez-vous que même les seigneurs me demandent des fusils !? Seul un crétin penserait à mettre un tel travail entre les mains d’une autre race ! Je ne vous laisserai pas gâcher mon affaire ! » Il avait frappé son poing sur la table si furieusement que quelqu’un aurait pu penser que Takumi était sur le point de devenir la prochaine cible de sa colère.

Même si les nains étaient de grands artisans, ils étaient extrêmement fiers, et faire des négociations avec eux pouvait être extrêmement difficile.

Honnêtement, aucun homme n’essaierait de vendre des demi-humains à un nain.

Pressant sur sa tempe, Takumi continua à parler. « Mais Maître Geld, n’est-il pas vrai que vous avez besoin d’aide ? »

« C’est sacrément vrai ! C’est pourquoi je vous ai demandé, et là, vous essayiez de me vendre un demi-humain ! J’aurais dû demander à un autre marchand d’esclaves. Peut-être que lui, il aurait essayé de me vendre un humain ! » rugit le nain.

« Vous savez, ça ne me dérange pas de vous en vendre un, » déclara Takumi.

« ... Quoi !? » s’exclama le nain.

Takumi mit soudainement fin à la conversation et le nain le fixa, stupéfait.

« Même les nobles vous demandent vos compétences, alors vous devez remplir chaque commission en temps et en heure, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

« C’est vrai ! Mais..., » balbutia le nain.

« Mais si vous n’achetez pas un esclave qui a déjà de l’expérience, vous ne finirez pas à temps, est-ce que vous vous en rendez compte ? » demanda Takumi. « Cela signifie que votre boutique deviendra “la boutique qui ne peut même pas faire les demandes des nobles”. »

Geld était à court de mots, mais Takumi continuait à parler.

« Vous devez fabriquer des fusils pour les nobles qui vont à la chasse, et vous avez beaucoup de travail... mais vous n’avez pas quelqu’un qui surveille la fournaise, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

« ... Si je mettais un enfant devant ça, il s’écroulerait d’un coup de chaleur. Il ne le supporterait pas longtemps, » déclara le nain.

« Je vois. Alors, avez-vous besoin de quelqu’un qui peut l’endurer ? » demanda Takumi.

« C’est bien ça. Tout le monde travaillerait, donc je n’ai donc pas besoin de demi-humain, » répondit le nain.

« Mais même celui qui était habitué à la chaleur s’est effondré, donc même un nouvel esclave connaîtrait le même sort, » répliqua Takumi. « Avez-vous l’intention de dépenser autant d’argent ? »

Regardant l’hésitation du nain, Takumi sourit et mit sa main sur la tête de Corona.

« Cette femme-dragon a le sang d’un dragon de feu qui coule dans ses veines. Votre fournaise ne gagnera pas contre elle, » annonça Takumi.

« Celui qui est responsable du maintien de la flamme doit connaître la température dans le four. Un demi-humain ne peut pas faire ça, » répliqua le nain.

Takumi avait remarqué qu’il se contredisait en pensant que c’était impossible.

« Corona, quelle est la température là-bas ? » demanda Takumi.

« Je-je suis désolée... Je ne peux pas le savoir seulement en le regardant, » répondit Corona.

« Vous voyiez !? J’avais raison, elle est inutile ! » s’exclama le nain.

« M-Mais peut-être, si je touche la flamme, je pourrais le savoir ! » rajouta Corona.

« Qu’est-ce que... qu’est-ce que vous venez de dire ? » demanda le nain. « Savez-vous que le métal fond à cette température ? Si vous mettez vos mains là-dedans... ! Arrêtez, idiote ! Arrêtez-vous là ! »

Elle avait ignoré ses protestations en se rapprochant de la fournaise, puis avait fourré sa queue dans le four et avait supporté la chaleur sans le moindre effort.

Elle avait l’air parfaitement en santé.

« Je pense que... c’est un peu trop froid pour faire fondre le métal, » répliqua la dragonne.

Les ouvriers proches commencèrent à chuchoter et le nain fronça les sourcils.

Elle avait raison.

Takumi avait essayé d’adoucir le ton de la conversation alors que Corona revenait à ses côtés. Sa queue était indemne.

« Écoutez-moi... Maître Geld, » déclara Takumi. « C’est bien grâce à vos capacités si votre magasin a autant prospéré. Si vous effectuez ce travail, votre nom s’étendra encore plus loin. Mais si vous échouez... votre réputation sera tachée. »

Pendant un instant, la fermeté dans les yeux du nain vacilla.

« Les armes à feu sont de simples jouets pour les nobles, étant donné la suprématie de la magie, » continua Takumi. « Si le Roi commence à compter sur la magie pour tout et que vous perdez la chance de vendre vos armes, même en tant qu’outils de chasse... que pensez-vous qu’il arrivera à ce magasin ? »

Geld avait déjà perdu son esprit combatif, alors les mots de Takumi avaient réglé la question.

« Débarrassez-vous de votre entêtement et prenez cette chance, ou continuez à vous accrocher à vos idéaux qui pourraient vous faire tout perdre, » continua Takumi. « C’est à vous de choisir. »

« ...Aaaah! Bon, d’accord ! Mais vous ne m’entendrez pas dire que vous avez gagné ! » Rugit le nain. Puis, se grattant farouchement la tête, le nain se tourna vers Corona. « Hé, fille-dragon ! Il y a beaucoup à faire à part regarder la fournaise, alors mieux vaut t’y préparer ! »

« D-D’accord ! Je peux également porter des choses si nécessaire ! » répondit Corona.

« Je ne t’achèterais pas si tu ne peux même pas porter une boîte de tamahagane [1], moucheron ! » déclara le nain.

« Je ferai de mon mieux pour en porter trois ! » s’exclama Corona.

« Idiote ! Tu casserais ta colonne vertébrale si tu essayes cela ! Les esclaves de Takumi ne sont pas du tout supérieurs ! » s’écria le nain.

Les autres ouvriers éclatèrent de rire en l’entendant.

« Bon sang, on perd beaucoup trop de temps ! Viens avec moi. Il y a beaucoup de travail à faire ! » déclara le nain.

Revenant à son attitude sérieuse habituelle, le nain marcha vers la partie intérieure de son magasin.

« ... Nous avons réussi. Je vais prochainement passer voir comment tu vas, alors s’il te fait du mal ou si ça ne marche pas, dis-le tout de suite, d’accord ? » demanda Takumi.

« D’accord... merci beaucoup, » répondit Corona.

« Tu n’as aucune raison de me remercier, » répliqua Takumi. « Je suis un marchand d’esclaves, donc c’est normal de vendre des esclaves comme toi, rien de plus. »

« Je pense... qu’il n’y a personne comme vous, » répondit Corona.

« Un marchand d’esclaves au cœur tendre est plus que suffisant, sinon je devrais vivre dans le froid, » déclara Takumi.

Voyant Corona incliner la tête, il lui fit un sourire ironique et la poussa un peu. « Vas-y, vas-y avant que Maître Geld recommence à crier. »

« D-D’accord ! Merci encore ! » déclara Corona.

Après avoir baissé la tête, elle se précipita dans la même direction que son nouveau maître.

« Excellent travail, marchand d’esclaves au cœur tendre, » une voix lui parvint à l’instant où il laissa échapper un soupir de soulagement.

C’était Becht, l’un des enfants qui avait été un esclave avec Takumi sept ans auparavant

Le fait d’avoir travaillé comme forgeron avait forgé son corps au point qu’il ne ressemblait plus à un enfant.

« Je savais que tu allais amener l’esclave parfait, mais... qui aurait attendu que cela soit une fille-dragon ? Tout le monde était inquiet, » continua Becht.

« Autant pour moi ! Quelque chose d’inattendu est arrivé et maintenant j’ai beaucoup de demi-humains, » déclara Takumi.

« Vendre un demi-humain à un nain est assez troublant... il est encore plus têtu que les autres de son espèce, » dit Becht.

« Tout est grâce à Lilia et aux autres, je n’ai rien fait, » répondit Takumi.

Takumi savait dès le début que Geld avait besoin de quelqu’un pour l’aider, même si le nain ne demandait pas d’assistant.

Quelques jours auparavant, Takumi avait entendu Lilia parler de la situation difficile dans laquelle se trouvait Geld après l’effondrement du travailleur qui regardait le fourneau.

Et aussi, grâce au fournisseur de tamahagane et aux membres de Valeria, Takumi avait rassemblé beaucoup d’informations.

C’est pourquoi il avait amené un esclave résistant à la chaleur tel que Corona.

Un marchand d’esclaves devait savoir ce dont le client a besoin... c’était ça son truc.

« Ce que je voulais dire par là, c’est que tu écoutes n’importe quoi, même des rumeurs les plus insignifiantes, et que tu les mets à profit. Tu as même eu l’idée de vendre un demi-humain à un nain, » dit Becht en lui remettant une boîte enveloppée dans du tissu.

« Dans tous les cas... ce mécanisme était vraiment difficile à créer. Penser à un moyen de remplacer le silex et de l’appliquer était vraiment quelque chose de complexe, » déclara Becht.

« Eh bien, les gens qui ne pensent pas aux fusils sont plutôt rares, » répondit Takumi.

Sur le mur de la boutique d’armes à feu accroché le signe « Corundrum ».

Corundrum produisait ce qui dans l’ancien monde de Takumi s’appellerait des mousquets, des armes trop périmées pour être utilisées à l’époque moderne.

« La magie est utilisée pour les attaques à longue distance, c’est pourquoi les personnes ont commencé à augmenter leurs capacités physiques et à envoyer aux premières lignes des demi-humains comme des troupes sacrificielles, » déclara Takumi. « L’invention des armes à feu n’était pas révolutionnaire, compte tenu de leur consommation de munitions et de leur faible utilité par rapport à la magie. »

Dans ce monde, les armes étaient reconnues comme de simples jouets.

Compte tenu des dépenses globales nécessaires pour les utiliser, ils étaient des jouets pour les nobles ennuyés qui avaient trop d’argent sur leurs mains.

À la place, les armes avaient été considérées comme des décorations ou des objets d’art industriel présent sur le marché.

Et aussi, les nobles qui en possédaient avaient également de la magie.

Même si la maîtrise de la magie était difficile à atteindre, la magie était générée par le corps et se régénérait constamment jusqu’à la mort de l’individu.

Étant donné que c’était pratique, le temps passé à fabriquer des armes était complètement inutile.

Pourtant, il y avait beaucoup d’artisans excentriques dans les rues des travailleurs de la ville basse qui travaillaient avec du fer, comme la boutique de Geld.

« Bon sang... Voir les nobles utiliser des choses dont ils n’ont pas vraiment besoin est ridicule, » déclara Becht.

« Ne sois pas comme ça, Becht, » répondit Takumi. « En ont-ils vraiment besoin ? »

« Oui, seulement pour jouer avec eux. Tirer sur une personne n’est pas une tâche facile, donc ils sont un jouet parfait pour les nobles qui se sont fatigués de la magie, » répondit Becht.

« Exactement... et aussi, ils doivent calculer l’influence du vent sur la trajectoire de la balle avant de tirer avec un mousquet, donc ils ne peuvent même pas tirer tout de suite, » répondit Takumi.

« Qu’est-ce que c’est ? Un Mousquet ? » demanda Becht.

« Les fusils sont appelés ainsi dans mon lieu de naissance. N’y prête pas trop attention, » déclara Takumi.

Takumi changea bientôt de sujet, laissant Becht incliner sa tête perplexe.

« En tout cas, merci d’avoir aidé. Je viendrai te demander à nouveau si j’en ai l’occasion, » déclara Takumi.

« D’accord. C’était amusant de faire beaucoup de recherches pour ça, même si c’est moi qui l’ai faite, » déclara Becht.

« Je suis content de l’entendre. Tu es mon sauveur quand il s’agit de m’aider avec ces demandes folles, » déclara Takumi.

« Je t’en prie. Si tu me loues comme ça, tu me donneras envie de t’aider à nouveau, » déclara Becht.

Pendant que Becht souriait, Takumi lui rendit un sourire ironique en prenant l’objet dans les mains de son ami et le mit dans sa poche.

« Bien, tu as dit avoir beaucoup de demi-humains, mais combien sont-ils ? » demanda Becht.

« Environ quinze, » répondit Takumi.

« Veux-tu... essayer de les vendre à certaines de mes connaissances ? Je suis bien connu dans la zone, » proposa Becht en contractant son visage, mais Takumi répondit légèrement.

« Nah, ce dragon-homme était le dernier, ne t’inquiète pas, » répondit Takumi.

« Attends... viens-tu de vendre quinze demi-humains ? En une seule journée ? » demanda Becht.

« Oui, c’est ce que j’ai dû faire. Je visais des acheteurs comme Geld et je leur ai expliqué pourquoi ce serait le meilleur choix pour eux, » répliqua Takumi.

Takumi sortit de ses habits une pile de contrats et les déploya devant son ami, qui le regarda avec admiration.

« ... Tu es vraiment incroyable, » déclara Becht.

« Attends ! Ne le savais-tu pas déjà ? Et n’oublie pas qu’après tout, je t’ai vendu, » répondit Takumi.

« Hahaha, eh bien, tu as raison, » répondit Becht.

Les deux hommes se sourirent et Takumi retourna les papiers à sa place.

« D’accord, je ne veux pas te faire perdre plus de ton temps. Plus tard, j’écrirai à Maître Geld. Je vais envoyer ici quelqu’un de Valeria demain, » déclara Takumi.

« Bien sûr, je vais le prévenir et aussi surveiller cette fille. Je vais te dire si quelque chose arrive, » déclara Becht.

« Merci. Le marchand d’esclaves au cœur tendre compte sur toi, » déclara Takumi.

Comme il était prêt à rentrer chez lui, Takumi quitta la boutique en faisant signe à Becht.

Karin attendait dehors sur le siège du cocher du chariot.

« Bienvenue ! Comment était-ce... ? D’accord, c’est une question inutile, » dit-elle alors que le marchand d’esclaves approchait.

« Tout s’est bien déroulé comme tu peux le voir. Comment va Kunon ? » demanda Takumi.

« Elle dort dans le chariot. Je me sentirais mal de la réveiller, alors viens ici à la place, » déclara Karin.

Il avait grimpé sur le chariot et s’était assis près de l’elfe qui, d’un mouvement de reins, avait fait que les chevaux commencent à se déplacer. Le chariot s’était rendu à leur bureau tandis que ses roues cliquetaient sur la route.

« ... Que puis-je dire ? Tu es vraiment incroyable, » déclara Karin.

« Hmm ? Qu’est-ce qui t’arrive ? » demanda Takumi.

« Je voulais juste te dire ça. Je n’avais rien à faire depuis ce matin, » elle continuait à regarder devant elle alors qu’elle parlait. « Te souviens-tu de ce dont nous avons parlé avant... ? Je suis vraiment heureuse de t’aider dans ton travail. Si tu n’étais pas là, j’aurais été achetée par quelques nobles et vivrais mes jours dans son lit jusqu’à ce qu’il en ait assez de moi. Ma vie est vraiment géniale par rapport à ça. »

Les elfes n’étaient pas seulement magnifiques, mais une fois qu’ils avaient atteint l’âge adulte, c’était comme si le temps s’était arrêté pour eux. C’est pourquoi ils avaient été essentiellement traités comme des poupées sexuelles par les nobles ou utilisés comme prostituées de haut rang dans les maisons closes.

Karin détestait tout ce qui ressemblait à des accessoires et vêtements voyants, de sorte que les siens étaient toujours teintés de couleurs unies.

« Tu as aussi sauvé Kunon et n’hésites jamais à aider d’autres demi-humains... Je t’en suis vraiment reconnaissante, » alors qu’elle lui souriait, son visage s’était un peu assombri.

« Eh bien, je pourrais être différente des autres. Habituellement, les elfes ont les cheveux blonds, contrairement à moi. Personne ne voulait m’acheter, et même les humains ont dit que j’étais dégoûtante, » continua-t-elle.

Il y a quelque temps, elle avait un peu parlé d’elle.

Elle avait été chassée de son lieu de naissance à cause de ses cheveux.

Les demi-humains étaient des esclaves dès leur naissance, c’est pourquoi Karin ressentait une profonde sympathie pour eux.

En regardant son comportement, Takumi laissa échapper un soupir. « J’aime tes cheveux noirs. Ils sont si beaux et brillants que parfois j’adorerais les toucher. »

« Tu quoi !? » Elle regarda Takumi avec une expression choquée. C’était assez rare de la voir si agitée et si embarrassée.

« Si tes cheveux sont un fardeau, alors il te faut d’autant plus les accepter. Le fait d’avoir surmonté les difficultés est ce qui t’a amené ici. Voilà pourquoi tu devrais te sentir fière, » déclara Takumi en touchant légèrement la tête de Karin. « Et aussi... même si c’est inhabituel pour une elfe, nos cheveux correspondent. N’es-tu pas heureuse à propos de ça ? »

Elle se détendit en le voyant souriant. « Tu as raison. Je suis différente des autres elfes, mais je ne peux pas être dégoûtante si nous sommes semblables. »

« Cette différence et ta poitrine digne d’éloges sont ce qui fait de toi ce que tu es, » déclara Takumi.

« ... Pourquoi parles-tu maintenant de ma poitrine ? » Ses joues avaient rougi et elle avait dévoilé ses dents alors qu’elle essayait de cacher sa poitrine avec ses bras.

« Parce que dans mon lieu de naissance, les elfes ont la réputation d’être à poitrine plate, » répondit Takumi.

« Oh, alors les aimes-tu petits ? Pose la main sur Kunon et je te tuerai, compris ? » déclara Karin.

« Et si je te dis que je les aime bien dodus ? » demanda Takumi en retour.

« ... Je vais te frapper, » répondit Karin.

« Oh non. Épargne-moi ça, s’il te plaît. Je ne te dirai plus rien, » déclara Takumi.

« Tu parles rarement de tes goûts pour les femmes, alors donne-moi une réponse. Minuscule ou grand, lequel préfères-tu ? » demanda Karin.

Takumi avait commencé ça comme une blague, mais elle s’était avérée plus intéressée que prévu par le sujet et elle avait insisté pour en savoir plus.

Dieu merci, après ça, elle était revenue à son état habituel, et parce qu’elle était de bonne humeur après l’avoir frappé, Takumi avait fini par lui acheter ses différentes demandes sans prononcer un mot. L’huile et la brosse faisaient partie des choses bon marché qu’elle voulait.

Notes

  • 1 Tamahagane : le tamahagane est un type d’acier.

***

Partie 3

Le crépuscule avait peint le ciel en rouge.

Takumi et ses camarades étaient retournés à Valeria afin de signaler la situation.

« Merci..., merci beaucoup ! » étaient les premières paroles que Mirta leur avait dites alors qu’elle s’était inclinée devant Takumi.

« Aucun problème. Après tout, tout s’est bien déroulé, » répondit Takumi.

« Cependant, ce n’était pas une bonne chose. Maintenant, nous devons repenser sur certaines choses, » commenta Karin.

Elle écrivait sans relâche sur un bloc-notes et avait l’air assez agacée.

« Je voulais utiliser l’augmentation du prix du tamahagane pour rendre visite à Geld, mais maintenant je ne peux pas. Je dois aussi trouver d’autres excuses pour tous les autres... Je vais devenir folle, » déclara Karin.

« Si tu fronces tes sourcils comme ça, tu feras apparaître des rides, » répliqua Takumi. « Ce serait un gâchis sur une beauté comme toi. »

« Il a raison ! Tu as un visage si adorable, Karin ! » s’exclama Mirta.

« Oui, oui, merci, Mirta. Kunon, arrête de manger et aide-moi, » déclara Karin.

« Quoi !? Mais je n’aime pas penser à ce genre de choses ! » répliqua Kunon.

Avec ses joues farcies de nourriture, elle avait fait un X avec une paire de brochettes.

Elle ne voulait pas du tout aider.

« Désolée de vous avoir causé des problèmes..., » déclara Mirta.

« Tu n’as pas à t’excuser, » déclara Karin. « Takumi a tout résolu, donc c’est une question entre nous. Tu n’es en rien responsable de la suite. »

« En effet, en effet ! Nous l’avons fait en un éclair ! » s’écria Kunon.

L’elfe et la fille-bête l’avaient rassurée.

Les choses s’étaient bien déroulées grâce à la collaboration de ces deux-là.

Karin avait une connaissance approfondie des demi-humains et pouvait comprendre leur espèce et leur lignage d’un simple coup d’œil. Voilà comment ils avaient été sélectionnés avec précision pour les besoins de l’acheteur.

Kunon était principalement leur garde.

Au début, ils avaient évité d’acheter de nombreux demi-humains, car cela n’était pas sans danger. Maintenant qu’elle pouvait réprimer à elle seule tout un tas d’entre eux. Ils se permettaient donc d’être plus audacieux.

Si nous omettions le temps qu’ils avaient passé pour retourner à Valeria, leur efficacité dans le marchandage avec les clients était grande.

Bien sûr, elles le savaient toutes les deux et regardaient Takumi avec des yeux remplis d’attentes.

« ... Comment puis-je vous récompenser ? » demanda Takumi.

« Takumi... Ce soir, c’est le Festival des récoltes, n’est-ce pas ? J’aimerais acheter quelque chose là-bas... » déclara Karin.

« Je veux vraiment manger de la viande ! » s’exclama Kunon.

« Bien... Utilisez-les comme vous le voulez. En ce qui me concerne, vous pouvez même les donner à quelqu’un d’autre, » déclara Takumi.

Takumi jeta à leurs pieds le sac en cuir qu’il venait de recevoir, et toutes deux se joignirent joyeusement en prononçant « Supppperrrr ! »

Elles ne pouvaient pas travailler toute la journée. De temps en temps, prendre une pause était nécessaire.

Le regard de Mirta allait et venait dans la direction de Takumi.

« Euh... Que vas-tu faire, Takumi ? » demanda Mirta.

« Je n’ai pas de choses urgentes à faire, alors je voulais me détendre un peu, » répondit-il.

« J-Je vois ! Qu’en penses-tu d’aller faire un petit tour ensemble ? » demanda Mirta.

« Cela ne me dérange pas, mais veux-tu également aller voir le festival ? » demanda Takumi.

« Euh... si ça ne te dérange pas, j’aimerais..., » sans baisser les yeux, elle baissa un peu la tête et demanda ça alors que ses joues rougissaient légèrement.

Il savait que quelque chose n’allait pas.

« Oooh... je vois, je vois... » Karin plissa les yeux après avoir saisi la situation. « D’accord, Kunon. Allons-y ! »

« Quoi !? Mais si nous allons tous au festival, pourquoi ne pas les attendre et aller ensemble ? Karin ? Pourquoi me traînes-tu ainsi ? Arrête-toi ! » cria Kunon.

Karin salua les autres tout en traînant son amie au loin avant de sortir de la salle.

Au moment où elles étaient sorties, Takumi laissa échapper un profond soupir.

« Peut-on y aller maintenant ? » demanda Takumi.

« B-Bien sûr. Je suis prête. Merci de venir avec moi, » répondit Mirta. Elle s’inclina à nouveau et quitta la pièce avec lui.

Le soleil s’était déjà couché, et le ciel était maintenant peint avec une couleur bleu violacé vif.

Habituellement, les bruits de la ville basse s’étaient calmés dans la soirée, mais ce jour était un événement qui ne se produisait qu’une fois tous les six mois, de sorte que les habitants ne pouvaient pas contenir leur excitation.

Ce jour était appelé la Fête de la Moisson, mais il avait conservé sa signification originale seulement dans la partie supérieure de la ville. Les autres en avaient simplement profité pour faire la fête.

Les gens pouvaient acheter de la nourriture et des boissons aux stalles des bars de la rue principale, et les artisans pouvaient escroquer des clients saouls.

Takumi et Mirta avaient marché dans les rues bruyantes sans dire un mot.

« Alors, as-tu quelque chose à me dire ? » demanda Takumi.

Elle avait écarquillé ses yeux en raison de la surprise quand il avait rompu le silence.

« Tu peux toujours voir à travers moi, hein..., » répondit Mirta.

« Eh bien, tu demandes habituellement tout à Karin, » répondit Takumi. « Ce n’était donc pas difficile à comprendre. »

Elle était la chef de Valeria, mais elle était aussi jeune, alors Karin l’aidait souvent.

Et donc, le fait de parler à quelqu’un qui avait une large connaissance des gens et qui était également une fille était réconfortant pour elle.

C’est pourquoi demander à Takumi signifiait que c’était une affaire sérieuse

Bien qu’il avait déjà deviné ce dont elle voulait lui parler.

« Je me demande... si je fais correctement mon travail, » demanda Mirta.

« Oui, tu le fais bien. Depuis que tu es devenu notre chef il y a deux ans, tu donnes le meilleur de toi-même, » répondit Takumi.

Son père, l’ancien chef de Valeria, n’était plus là.

Deux ans auparavant, il était parti pour une affaire, mais avait eu un accident et avait disparu.

Ils ne savaient même pas s’il était encore en vie ou pas.

Valeria était alors tombée dans un état de confusion, et ce n’était que grâce à Mirta, qui avait succédé à la position de son père, que Valeria pouvait à nouveau fonctionner correctement.

Mais son influence avait profondément changé les choses.

Gaitsu Ejistan, l’un des meilleurs hommes de l’organisation, avait agi en tant que directeur, même s’il ne l’était que sur le papier, et Jill, qui était autrefois un proche collaborateur de Vatel, l’avait au début aidée.

Mirta faisait de son mieux pour marcher sur les pas de son père.

Elle avait promis de protéger ce qu’il avait construit.

« Mais si nous parlons de tes résultats, alors je devrais changer la réponse, » continua Takumi.

« Arg... Tu es plutôt direct..., » répondit Mirta.

« Nous parlons en toute honnêteté, alors je me dois d’être franc. Tu as copié ce que ton père faisait, mais tu n’atteins pas les mêmes résultats, » déclara Takumi.

C’était vraiment difficile à digérer, mais Mirta devait le comprendre.

Vatel était violent, naïf, honorable, passionné, et grâce à sa nature, il avait réussi à augmenter et à préserver les affaires de Valeria et à maintenir l’ordre dans la ville basse.

Mirta, en raison de sa nature douce, ne pouvait pas imiter son mode de vie.

« ... Je le savais, tu aurais dû prendre les rênes de Valeria, » déclara Mirta.

« Non, c’est mieux ainsi, » répondit Takumi. « Nommer un ancien esclave dont le lieu de naissance est inconnu en tant que chef aurait causé un énorme tumulte, car il y a des vétérans comme Gaitsu qui devrait être plus qualifié. Rien d’excessif n’est arrivé seulement grâce à toi. »

« Je vois... Je me suis proposée comme le nouveau chef parce que Gaitsu est trop obsédé par l’argent, » déclara-t-elle. « J’avais peur que l’organisation s’écarte rapidement de l’idée de mon père. »

Gaitsu avait la capacité de diriger l’entreprise, mais il était trop gourmand. Il aurait utilisé même des moyens douteux afin de gagner des bénéfices.

Et probablement, s’il devenait le chef, rien des idées et des plans de Vatel ne serait resté.

« Ce serait pareil si j’étais à ta place, Mirta, » déclara Takumi. « Les choses changent selon les personnes, et après un certain temps, elles peuvent être complètement différentes. En outre, je ne souhaite pas devenir un chef. »

« Mais tu es plus ou moins attaché à nous, n’est-ce pas ? Est-ce le cas ? » demanda Mirta.

« Je ne vais pas le nier, ne t’inquiète pas. J’aime mon rôle actuel, » répondit Takumi.

« Alors, ça ne te dérange pas ton travail... ? Tu as changé, » déclara Mirta.

Le pays et la religion avaient accepté les esclaves. Pour répondre à la forte demande, le travail de certaines personnes était basé sur l’approvisionnement, et il était vrai que la majorité des marchands d’esclaves n’étaient pas gentils. Ils devaient acheter et vendre d’autres personnes afin de survivre.

Ils étaient appelés « démons » par les personnes du peuple, méprisées par les marchands normaux, méprisés comme de « vils créatures » par les nobles, et considérées comme des « hommes méprisables », même par les clercs, qui auraient dû accepter l’existence des esclaves.

C’est exactement pourquoi Takumi aimait son rôle actuel.

« Tout le monde déteste les marchands d’esclaves, » répondit Takumi. « Habituellement, les personnes prennent leurs distances, mais n’est-ce pas génial de voir leurs visages en plein conflit intérieur quand leur journée est sauvée grâce à ce qu’ils détestent tant ? »

« ... Tu as vraiment une horrible personnalité. C’est presque tordu, » déclara Mirta.

« En effet, mais c’est précisément pour cette raison que je peux comprendre la haine des gens et agir de manière efficace. Voilà comment j’ai créé l’image du marchand d’esclaves au cœur tendre, » déclara Takumi.

« Il aurait mieux valu que je n’entende rien de tout ça..., » déclara-t-elle.

« Je ne veux pas non plus que les personnes le sachent, alors faisons comme si je n’avais jamais rien dit, » déclara Takumi.

Takumi plaça un doigt devant ses lèvres, et Mirta le regarda avec sa triste mine habituelle.

« Tu es vraiment incroyable. Tu prévois toujours un pas en avant... Pour ma part, c’est aussi loin que je peux aller..., » pendant qu’elle parlait, elle semblait de plus en plus déprimée.

Takumi plaça une main sur son menton et réfléchit à ce qu’il devait faire. « Alors, pourquoi ne prends-tu pas ce festival comme ton devoir ? »

« Hein !? Comment mon devoir et le fait de s’amuser dans ce festival pourraient-ils être connectés ? » demanda Mirta.

Takumi lui avait alors pris la main et l’avait entraînée dans la foule.

Voyant les prix modérés d’un étal de marchand, il salua l’homme qui s’y trouvait.

« Salut, marchand ! Je voudrais prendre deux portions, » déclara Takumi.

« Salut Takumi ! Wôw ! N’es-tu pas au cours d’un rendez-vous avec la chef de Valeria !? » s’exclama le marchand.

« Ouais, plus ou moins, » répondit Takumi.

« C-Ce n’est pas ça !! Il m’a juste dit de profiter du festival et m’a traîné jusqu’ici ! Je-je veux dire... euh..., » le visage de Mirta était rouge et elle ne savait pas quoi faire après ça.

En la voyant agir ainsi, le commerçant s’était mis à rire de bon cœur. « Ah, la jeunesse est géniale ! » Il leur avait dit ça tout en leur tendant leurs emballages en papier remplis de nourriture.

En leur sein se trouvait une fine couche de pâte farcie de jambon et de légumes.

« Tenez, ceci est notre piadina [1] spéciale ! Prends-les ! » annonça le marchand.

« Hein !? Mais je n’ai pas..., » déclara-t-elle.

« Oh allez ! Les membres de Valeria m’ont beaucoup aidé à porter tout un fatras de choses. Alors, c’est offert par la maison ! »

« D-D’accord dans ce cas ! Merci beaucoup, » déclara Mirta.

Mirta les accepta alors que l’embarras persistait encore sur son visage.

L’homme avait continué à faire des signes au couple alors qu’ils retournaient sur la route principale.

« Eh bien, n’est-ce pas Mademoiselle Mirta ? » La voix d’une vieille femme leur parvient aux oreilles depuis derrière eux.

« Ah, Docteur Zerna. Comment va votre dos ? » demanda Mirta.

« Bien mieux grâce à votre magie curative. Les médicaments n’ont eu aucun effet sur moi, » répondit Zerna.

« Vos médicaments sont bien plus miraculeux que la magie. Ils fonctionnent parfaitement bien sur les plaies de nos hommes, » répondit Mirta.

« Parce que je mets de l’effort en eux. Si Valeria ne pouvait pas utiliser ses membres à cause de quelques blessures, j’aurais trop peur de sortir de chez moi, » la vieille femme avait ri après avoir dit ça, et Mirta gloussa doucement face à ça.

« Je parie que vos membres boivent et mangent autant qu’ils peuvent le faire. Tenez, j’ai des médicaments pour l’estomac et pour la gueule de bois. Prenez en un petit peu, » déclara Zerna.

« Hein !? Mais... ne devriez-vous pas plutôt les vendre ? » demanda Mirta.

« Les gens ici pensent que je suis une rabat-joie quand il s’agit de fête, donc personne ne les a achetés, » répondit la vieille femme. « Vous allégerez ma charge et me rendriez un service si vous les preniez. »

Elle fouilla dans son cartable en cuir en disant cela et tendit à la fille une petite boîte en osier.

« Je les amènerai chez Valeria plus tard, mais... qu’est-ce que c’est ? » demanda Mirta.

« Ah, ça, c’est... hihi ! Quelque chose que vous devrez utiliser devant ce jeune mec, ce soir, » déclara la vieille femme.

« Devant Takumi... ? » demanda Mirta.

Elle pencha la tête, car elle était devenue perplexe, tandis que Takumi soupirait profondément.

« Zerna, vous devriez donner ça aux prostituées, pas à Mirta, » déclara Takumi.

« Vos yeux font peur ! Ne me regardez pas comme ça ! De toute façon, je suppose que je vais prendre congé avant qu’elle comprenne ce que c’est et se fâche, » déclara-t-elle avant de se mélanger dans la foule.

« Que... devrions-nous faire avec ça ? » demanda Mirta.

« Jetons-le dans un feu de joie. Je veux le voir brûler, » déclara Takumi.

Takumi l’avait un peu poussée et ils avaient ainsi recommencé à marcher.

Après quelques pas, quelqu’un d’autre les avait appelés, et après qu’ils eurent fini de parler, c’était arrivé encore et encore.

« Aaah, zut ! Je voudrais avoir Kunon avec moi maintenant, » déclara Mirta.

« Mirta, vas-tu bien ? » demanda Takumi.

« Oui, ce n’est rien. Je ne m’attendais pas à ce que tant de personnes nous donnent des choses, » répondit Mirta.

Les bras de Takumi avaient été enterrés depuis longtemps sous une tonne de sacs.

« N’est-ce pas une bonne chose ? Ceci est la preuve que tu fais correctement ton travail, » déclara Takumi.

« ... Hein !? » Elle le regarda, surprise, et il lui avait souri en retour.

« Être un chef est difficile, et seules les autres personnes peuvent voir leur vraie valeur, » déclara Takumi. « Tu as encore un long chemin à parcourir, mais les personnes t’apprécient, et cela fait de toi un bon chef. »

Et enfin, sur le visage de Mirta avait fleuri en un sourire.

« Je vois... Je continuerai à faire ce que je peux pour Valeria, » déclara-t-elle.

« Super ! J’espère que tu trouveras bientôt ton style, sans copier Vatel, » déclara Takumi.

« Arg... je vais faire de mon mieux..., » répliqua Mirta.

Elle avait laissé tomber ses épaules, mais son expression n’était pas négative comme avant. Elle avait l’air maintenant plus détendue.

« Et si nous apportons ces choses à Valeria ? Je commence aussi à avoir faim, » déclara Takumi.

« Ah, alors pourquoi ne mangeons-nous pas ce que nous avons pris avant ? Ils devraient toujours être chauds, » demanda Mirta.

Mirta prit un paquet de papier dans l’un des sacs que Takumi portait.

« Mes mains sont pleines, je ne peux pas tenir ça, » déclara Takumi.

« Je n’y ai pas pensé... que dois-je faire maintenant... ? » elle avait déjà déballé la nourriture et semblait incertaine au sujet du prochain mouvement.

« ... Je parie que tu ne peux pas le manger seul, alors si tu me nourris, je t’aiderai à le finir, » déclara Takumi.

« E-Est-ce qu’on va le partager ? » demanda Mirta.

« Préfères-tu me nourrir jusqu’à notre retour ? Tu vas te fatiguer pendant que nous marcherons, donc la première bouchée est à moi, la seconde à toi, et ainsi de suite, » déclara Takumi.

Ses joues rougirent légèrement alors qu’elle réfléchissait à cette proposition en regardant la piadina... puis, après quelques secondes, elle annonça sa décision. « D-D’accord... Voilà ! »

Elle ferma les yeux et apporta la piadina devant la bouche de Takumi qui s’ouvrit en grand et mordit dedans. L’arôme du jambon lui picotait les narines alors que la saveur de la viande se répandait sur sa langue, en s’accordant parfaitement avec l’arrière-goût persistant des légumes.

« Super, maintenant c’est ton tour... pourquoi fais-tu ce visage ? » demanda Takumi.

Même si elle avait l’air nerveuse jusqu’à quelques instants auparavant, maintenant ses yeux brillaient passionnément.

« Qui sait... j’ai l’impression de devenir intime avec un adorable animal de compagnie...! » s’exclama-t-elle.

« Et je me sens comme un animal de compagnie qui est nourri, » répliqua Takumi.

« Tu es un homme tellement étrange, Takumi, » déclara Mirta. « C’est comme si tu pouvais voir plus loin que n’importe qui et que tu restais de l’autre côté de la ligne... mais je suis contente que nous devenions plus proches l’un de l’autre. »

Avec un sourire radieux clairement visible sur son visage, elle amena la piadina devant sa bouche.

« Voilà, prends une autre bouchée ! » déclara-t-elle.

En la voyant si heureuse, il ne pouvait pas refuser.

Il se résigna à son destin et laissa échapper un profond soupir.

« Comme vous le souhaitez, Chef, » déclara-t-il.

« S-Super ! Merci beaucoup ! » s’exclama la jeune fille.

Elle avait l’air ravie de le voir manger avec brio, et dès qu’il avala, elle présenta à nouveau devant lui la piadina.

À la fin, il l’avait terminée quand ils étaient presque arrivés à Valeria.

Mirta semblait satisfaite du spectacle et était maintenant de bonne humeur.

« Dois-je les laisser au bureau ? » demanda Takumi.

« Uhm... Peut-être que nous pouvons en partager avec des personnes qui sont encore là... attends. N’est-ce pas Jill ? » demanda-t-elle.

Une silhouette se tenait devant la chandelle de la réception.

Il n’avait pas changé du tout au tout au cours de ces sept années.

Il était adossé au mur avec un regard aigre, tandis que de l’autre côté de la pièce se trouvaient Karin, qui avait l’air agacée, et une Kunon qui s’ennuyait.

Jill avait alors remarqué l’arrivée de Takumi et Mirta et avait levé la tête.

« Êtes-vous de retour, mademoiselle ? » demanda Jill.

« O-Oui, je suis... Euh... qu’est-ce que tu fais ici, Jill ? » demanda Mirta.

« Je vous attendais... même si j’en étais fatigué, » répondit Jill.

« Tu aurais pu éviter cette dernière partie, » répliqua Gaitsu.

Debout devant la porte se trouvait un homme dodu portant des vêtements luxueux qui étaient totalement de mauvais goût.

Il était Gaitsu Ejistan, le directeur de Valeria.

« Eh bien, eh bien... Désolé de vous avoir dérangé après avoir apprécié le festival, mais il y a quelque chose de vraiment important dont j’aimerais discuter avec vous, Miss Mirta, » déclara Gaitsu.

« Euh... ça ne me dérange pas vraiment, mais est-ce que ça concerne la direction de Valeria ? » demanda Mirta.

Il avait plissé les yeux face à cette question avant d’annoncer. « Oui... je veux parler de l’avenir de notre organisation. »

Notes

  • 1 Piadina : La piadina (piada ou pida en dialecte romagnol) est une spécialité culinaire italienne composée d’un feuillet à base de farine de froment, de saindoux ou d’huile d’olive, de sel et d’eau, traditionnellement cuit sur un plat en terre cuite (teggia en Romagnol) ou sur une plaque en métal ou en pierre. La feuille de pâte est repliée et peut être farcie avec des ingrédients sucrés ou salés (jambon, fromage, etc.).
    Il s’agit d’un plat typique de la sous-région de Romagne (Italie), anciennement appelé pain des pauvres est actuellement très apprécié des locaux comme des touristes pour les repas comme pour les en-cas accompagné de charcuterie ou de fromage.
    Des petits stands, le long des routes, vendent la piadina seule ou accompagnée d’autres ingrédients.

***

Chapitre 3 : Chef

Partie 1

Alors que le bruit des personnes qui s’amusaient pouvait encore être entendu de l’extérieur, toute la pièce était silencieuse.

Gaitsu avait fait reposer son corps massif sur le canapé et de l’autre côté se trouvaient Mirta et Takumi, avec Karin, Kunon et Jill derrière eux.

« Alors... de quoi voulez-vous parler ? » Il était évident que Mirta était anxieuse alors qu’elle demandait ça.

L’homme jeta un coup d’œil à Takumi et fit claquer sa langue avant de se mettre à parler. « Avant ça... pourquoi cet esclave est-il présent ? »

« Est-ce vraiment important ? Je fais également partie de la direction de Valeria, donc la direction de l’entreprise est aussi mon affaire, » déclara Takumi.

« Tsss... Même ta participation est un signe de notre déclin, » répliqua Gaitsu.

Mirta était dégoûtée par ces paroles. « Je ne suis pas d’accord, Gaitsu. Takumi a grandement contribué à notre entreprise au cours de ces sept dernières années. Mon père a toujours dit que les capacités et l’âge ne sont pas liés. »

« Hmm... Oh, bien. De toute façon, aujourd’hui sera la fin de ce petit con d’esclave impertinent, » répliqua Gaitsu.

« Qu’est-ce que c’était que cette affirmation ? » demanda un Takumi perplexe.

Les lèvres de l’homme massif se tordirent alors dans un sourire effrayant. « Je veux parler du fait de déplacer l’emplacement actuel de Valeria dans la partie supérieure de Listina. »

« La partie supérieure... ? Une grande organisation ne peut y déménager qu’avec l’approbation de l’Institut des Affaires Financières et la procédure sera gérée par la bureaucratie de la zone intermédiaire. De plus, le gouvernement n’autoriserait jamais une organisation illégale comme la nôtre, et cela, peu importe l’influence que nous avons dans la ville basse. »

Les fonctions de Valeria resteraient les mêmes même si elle changeait de lieu, mais le gouvernement ne pouvait pas considérer cela comme une entreprise légale.

Une organisation pouvait commercer légalement dès son enregistrement auprès de la guilde des marchands, qui pouvait être trouvée même dans la ville basse. L’inscription à la guilde des marchands et le paiement des taxes étaient bénéfiques pour les entreprises.

Premièrement, les affaires d’un commerçant légal étaient protégées. Le marchand était donc remboursé en cas d’accident ou de vol, et n’était pas lié par des limitations sur le type de produits ou de services à vendre.

Puisque les gens avaient besoin de faire des profits malgré les taxes fixes, ils devaient suivre un plan et avoir des membres compétents.

Valeria avait moins de membres par rapport à d’autres organisations, mais compte tenu de leur influence dans la ville basse, ils étaient sûrement compétents. Les résultats de Valeria avaient ainsi augmenté principalement grâce aux demandes reçues.

Parfois, leur revenu mensuel avait même dépassé leurs attentes. Mais quitter les bas quartiers était une affaire qui impliquait le gouvernement, et même s’ils répondaient aux conditions requises pour déménager, ils étaient toujours une organisation illégale, donc la proposition de Gaitsu était inutile.

Toutefois, l’homme avait gardé le sourire. « En effet ! C’est pourquoi ma suggestion est de rejoindre une grande entreprise. »

En entendant cela, Mirta se leva férocement. « Impossible ! Nous ne pouvons pas faire ça ! »

« Oh mon Dieu ! Pourquoi est-ce impossible ? Nous gagnerions beaucoup plus d’argent, » déclara-t-il.

« Vous avez travaillé aux côtés de Vatel... alors n’avez-vous toujours pas compris pourquoi mon père a fondé Valeria ? » demanda Mirta.

Vatel Famille voulait mettre de l’ordre dans la ville basse, donc il avait pris l’initiative de gérer une entreprise.

« Cela devrait être un endroit pour les sans-abri ! Un endroit qui les sauve de la famine ! » continua Mirta. « Un endroit qui vaut mieux que la ville basse de Listina ! C’est l’idéal de mon père et c’est ce que Valéria devrait être ! »

Les larmes coulaient depuis ses yeux alors que ses mots étaient emplis de fierté et de colère.

Mais Gaitsu n’était pas affecté par tout ça. « Les idéaux de Vatel sont splendides, mais il n’est plus là. Nous pouvons dire que continuer à faire des choses comme il le voulait est donc désormais impossible. »

« Non ! Car je vais lui succéder..., » répondit Mirta.

« Je voulais vous dire que c’est impossible pour vous de le faire, » répliqua Gaitsu. « Mirta Famille, vous êtes le chef actuel de Valeria, mais vous ne pouvez pas le gérer ou satisfaire ses besoins. Vous ne pouvez même pas faire votre travail correctement. Vous n’êtes que de nom un chef. Le problème qui s’est déroulé aujourd’hui avec ces esclaves est tout simplement une autre preuve de votre ineptie. »

« Si quelque chose devait être dit, alors ce sont vos subordonnés ineptes qui ont foiré ça, » murmura une Karin agacée. C’était assez fort pour être entendu même par Gaitsu, qui tourna son regard vers elle.

« On dirait que c’est vrai que les elfes ne sont bons que comme esclaves sexuels. Je ne vois pas de différence entre eux et des putes bruyantes, » répliqua Gaitsu.

« Quoi ? Qui est la pute, sale cochon. Je suis l’esclave de ce marchand d’esclaves, » déclara Karin.

« Alors, ton travail est de satisfaire ce minable insolent au lit en écartant les cuisses, n’est-ce pas ? Ça doit être dur d’être son jouet sexuel tous les soirs, mais je suppose qu’on ne peut pas y faire grand-chose. Une elfe sale, laide, aux cheveux noirs comme toi ne vaut pas plus que quelques piécettes... »

L’air siffla comme si elle était coupée par quelque chose.

« Essaie encore de l’insulter et ce seront tes dernières paroles, » Kunon avait parcouru la distance en une fraction de seconde et elle avait poussé sur la gorge de l’homme avec son poignard alors qu’elle lui disait ça. Elle n’avait vraiment aucune expression visible sur son visage, mais cela avait fait que tout cela était encore plus effrayant.

Gaitsu avait hésité un moment en voyant la lame brillante, mais avait bientôt affiché une expression menaçante. « Penses-tu que tu es une menace, stupide chienne ? Tu ne peux même pas tuer les humains. »

« Je peux les tuer, mais je ne suis pas autorisé à le faire, » déclara Kunon. « Je ferais ça si Takumi me l’ordonnait, mais maintenant je suis tellement énervée que ma main pourrait glisser. »

« Kunon, ça suffit. Si tu salis cette pièce, nous ne pourrons pas l’utiliser demain, » déclara Takumi.

Après que Kunon eut retiré son poignard, Takumi avait souri à Gaitsu. « Désolé si mes camarades ont interrompu vos paroles. S’il vous plaît, continuez. »

« Pff... Cela arrive quand tu ne peux même pas discipliner tes propres esclaves, » répliqua Gaitsu.

Takumi était sur le point de dire « Regarde donc qui parle », mais il l’avait gardé pour lui et avait repris la discussion.

« Donc, vous avez mentionné le fait de rejoindre une grande entreprise, non ? Laquelle est-ce ? » demanda Takumi.

« Tu n’as pas besoin de le savoir puisque tu vas être foutu dehors, » répliqua Gaitsu.

« Je vois... M’écouteriez-vous avant cela ? » demanda Takumi.

Takumi remarqua que le visage de Gaitsu s’était raidi pendant un instant.

« Si une grande entreprise permet à une organisation de la ville basse comme Valeria de les rejoindre, il y aura à coup sûr des conséquences, » déclara Takumi. « Après tout, les gros poissons mangent les petits poissons. Par exemple... ils pourraient apprendre le savoir-faire de notre commerce d’esclaves, s’ils ne l’effectuent pas déjà en ce moment. »

Takumi avait choisi ces mots avec précision pour voir les réactions de l’homme, et il semblerait que le jeune marchand avait touché un point sensible.

Gaitsu claqua sa langue, peut-être parce qu’il venait de remarquer que l’homme en face de lui avait vue à travers son plan. « Tu es vraiment un gamin effronté et étrange. »

« Ne me félicitez pas autant, » répondit Takumi. « Êtes-vous peut-être intéressé par la méthode de vente du Marchand d’Esclaves au Cœur Tendre ? »

« Je suis un marchand d’esclaves depuis toujours. Je n’ai donc pas besoin d’entendre quoi que ce soit de ta part, » répondit Gaitsu.

« C’est une honte. De toute façon, le fait de relocaliser nos activités est une décision que notre chef, Mirta, devrait prendre et non pas vous, » déclara Takumi. « Sortez d’ici si vous voulez rester le mandataire de notre chef. »

Gaitsu avait desserré son sourire tordu avec confiance. « Tu as raison. Je suis que son mandataire. La décision devrait être prise par notre chef officiel. »

« Je... je ne veux pas quitter la ville basse, » répondit Mirta. « Valeria n’est pas une organisation qui recherche le profit, mais est quelque chose qui aide les personnes dans le besoin. »

Mirta avait clairement exprimé sa dissidence, mais l’homme n’avait pas bougé.

« Pourtant, si nous laissons l’avenir de notre organisation au chef actuel, Valeria elle-même atteindra vraisemblablement sa destruction, » répliqua Gaitsu. « En vue du temps que j’ai travaillé avec Vatel, voir tous ses efforts gaspillés serait terrible pour moi. »

Alors qu’il avait continué à parler, son vrai caractère était apparu.

« C’est pourquoi je propose d’être le nouveau chef de Valeria, » continua-t-il. « Demain à midi, tous nos membres seront rassemblés sur la place centrale de la ville basse et nous commencerons un vote afin de déterminer qui sera le nouveau chef. »

« Êtes-vous en train de dire... que si je gagne, nous resterons, et si vous gagnez, nous devrons partir ? » demanda Mirta.

« Je suis content que vous compreniez si rapidement, » répondit Gaitsu. « Nous devrions laisser chaque membre s’exprimer sur la question. »

Mirta en avait perdu la parole.

S’ils déménageaient et rejoignaient une autre compagnie, ils gagneraient plus d’argent et les membres auraient une vie meilleure. Beaucoup d’entre eux avaient approuvé les idéaux de Vatel, mais il était naturel que d’autres préfèrent se remplir les poches.

« Je pense que nous avons fini de parler. Je vais aller parler à tout le monde à propos du vote de demain. Si vous voulez bien m’excuser..., » déclara Gaitsu.

Le regard de Mirta était dirigé vers le sol pendant que l’homme inclinait son corps vers l’avant afin de se lever sur ses pieds.

« Gaitsu, attendez une minute. Je dois mettre les points sur les i avec vous, » déclara Takumi.

« Je n’ai pas de temps à perdre..., » lui grogna un Gaitsu énervé. Mais alors qu’il était sur le point de se lever, Takumi attrapa la tête de Gaitsu et fracassa son visage sur la table se trouvant à proximité.

Après cela, le jeune marchand s’était assis sur la tête de l’homme, complètement inexpressif.

Les personnes présentes avaient regardé cette scène en étant effrayées.

***

Partie 2

« Je suis tellement désolé ! Je ne voulais pas interrompre la conversation d’avant... mais en mettant de côté comment vous avez traité Mirta, vous avez également insulté mes chères camarades, » déclara Takumi. « Vous avez vraiment des tripes. »

Le cou de Gaitsu commença à craquer sous le poids de Takumi.

« Gaaah... ! Je ne veux pas... mourir comme ça... ! » De la peur et de la douleur étaient mélangées dans la voix étouffée de Gaitsu.

« Ne vous inquiétez pas, vous tuer maintenant serait dénué de sens et je ne veux pas me vanter de la relocalisation de Valeria, » déclara Takumi. « Je veux seulement que vous vous souveniez de ceci : essayez encore d’insulter l’une de mes camarades et je vous arracherais chaque once de graisse de votre corps. »

Les yeux de Takumi, qui semblaient généralement amicaux, étaient maintenant remplis de colère et de confiance.

Confirmant que l’homme sous lui était terrorisé, il se replaça debout.

Dès que le poids sur Gaitsu avait été retiré, il avait couru vers la porte. « Toi... putain d’esclave ! Ne pense pas que les personnes resteront dans une organisation avec une bête née d’un endroit inconnu ! »

« Ça dépendra d’eux, n’oubliez pas ce que vous avez dit il y a quelques minutes, » déclara Takumi.

Avec son visage rougi par la colère, l’homme avait quitté la pièce tout en faisant claquer la porte.

Takumi soupira en laissant tomber son corps sur le canapé, et la pièce redevint silencieuse après ça.

Après un moment, Mirta se mit timidement à parler. « Je suis sûre... que nos membres suivront Gaitsu. »

« ... Je ne le pense pas, » répondit Jill. « Mademoiselle, vous poursuivez les idéaux de votre père avec beaucoup de passion. Je suis sûr que les gens prendront votre parti. »

Mirta secoua négativement la tête face aux paroles de réconfort de Jill. « Il a raison. Si nous adhérons à une organisation plus grande, nous obtiendrons une stabilité financière et nos membres vivront mieux. »

Les mots durs qui sortaient de ses lèvres semblaient reconfirmer ce qu’elle avait déjà entendu.

« Nous pourrions simplement envoyer l’argent à la ville basse. Nous n’avons pas besoin de rester ici, mais... je veux rester... même si c’est égoïste, » continua Mirta.

Les larmes avaient commencé à couler depuis les yeux de Mirta, qui avait encore la tête baissée.

« Je veux... je veux rester ici. Je veux voir comment la ville basse va avec mes yeux et en faire un meilleur endroit comme mon père l’a fait, » continua-t-elle.

La ville basse était une décharge.

Il s’agissait d’un endroit pauvre, rempli de maisons de personnes qui avaient été chassées de la partie centrale et supérieure de la ville. Un endroit où les adultes et les enfants étaient si désespérés de vouloir survivre qu’ils acceptaient même de boire les eaux usées de la ville et de manger ce qui pourrait être trouvé dans les poubelles.

Vatel se jeta dans cet enfer afin de leur faire avoir un sourire en sentant leurs luttes de tous les jours avec son propre corps et en voyant leurs environnements à travers ses propres yeux.

C’est pourquoi Mirta voulait faire de même.

« Alors, continue à t’en tenir à tes idéaux, » déclara Takumi.

Une ambiance sérieuse était apparue entre eux.

Takumi continua à parler avec le même ton plat. « Quelqu’un qui ne peut pas parler d’idéaux ne peut pas les réaliser. Personne ne suivrait quelqu’un comme ça. Un chef ne mérite ce titre que lorsqu’il peut poursuivre ce en quoi il croit. »

Mirta, ne sachant toujours pas quoi faire, avait simplement regardé Takumi. « Mais... je n’ai rien fait pour personne... »

« Il n’est pas nécessaire de faire l’impossible, » répondit-il en accompagnant ses paroles avec un sourire. « Laisse les autres gérer ce que tu ne peux pas faire... mais tu es la seule qui peut suivre les idéaux de ton père. »

Après quelques secondes, il continua à parler. « Continue à te battre pour que les personnes qui te suivent ne perdent pas leur voie. Je vais m’occuper du reste... »

Il avait l’air confiant quant à la suite des événements.

Il s’agissait du visage d’une personne qui avait toujours fait tout ce qu’il pouvait afin d’atteindre ses objectifs.

Le doute qui obscurcissait les yeux de jade de Mirta avait alors disparu.

« Maintenant que notre grand chef a pris une décision, le reste dépend de nous, » déclara-t-il.

« ... Le résultat de demain est incertain, » déclara Jill. « Tout cela est bien trop soudain, et je suppose que Gaitsu a soudoyé certains membres pour être ainsi sûr de sa victoire. » Les sourcils froncés de Jill lui donnaient l’air maussade.

Il n’avait pas montré son inquiétude à Mirta, mais si personne ne faisait quelque chose quant au présent problème, alors une défaite était inévitable.

La date du scrutin était si proche afin d’empêcher Takumi et les autres de pouvoir effectuer la moindre contre-mesure. Le fait de partir avec l’excuse d’aller en parler avec toutes les autres personnes n’était qu’un prétexte afin de vérifier si tout se passait comme prévu.

D’un autre côté, il n’y avait même pas un soupçon d’anxiété présent sur les visages de Karin et Kunon.

« Takumi, aurais-tu déjà trouvé un plan pour résoudre le problème ? » demanda Jill.

« Ne t’inquiète pas, Jill. J’avais déjà tout compris, » déclara Takumi.

« ... Que veux-tu dire par là ? » demanda Jill.

« Exactement ce que je viens de dire, » répondit Takumi. « Le fait de vouloir rejoindre une plus grande organisation, le fait de vouloir vendre Valeria, et le fait d’enrichir nos membres... J’ai déjà tout prévu depuis bien longtemps. »

Karin laissa échapper un petit rire alors que ses épaules se raidissaient. « Cela va enfin commencer. Les dernières années m’ont semblé interminables, et cela même si ma perception du temps n’est pas vraiment bonne. »

« Tu peux également penser qu’elles étaient moins excitantes que prévu, » déclara Kunon. « Ce cochon dégoûtant a corrompu ses sous-fifres avec de l’argent, mais il est assez compétent pour que Vatel le garde de toute façon à ses côtés. Si cela avait été quelqu’un d’autre, cela aurait déjà été fini il y a des années... »

« ... De quoi êtes-vous en train de parler ? » demanda un Jill perplexe.

Takumi avait dirigé son sourire carnassier à un Jill totalement déconcerté avant de répliquer. « Nous savons que Gaitsu visait ce moment depuis deux ans. Il a amélioré son statut de mandataire pour mettre son plan en mouvement puisque maintenant Valeria n’a pas la puissance pour réaliser les idéaux de Mirta. »

Jill déglutit involontairement face à l’expression amusée de Takumi.

Combien d’années le marchand d’esclaves avait-il vu dans le futur ?

Il était impossible de deviner à quoi il pensait en regardant dans ses yeux noirs. Deux ans auparavant, il supposait déjà que les choses auraient pu tourner ainsi, et il ne voyait pas seulement ce jour-là, mais aussi le jour suivant, et le lendemain...

Ainsi, tout se déroulait selon ses attentes.

« Commençons à tout mettre en place en rentrant chez nous, d’accord ? » demanda Takumi.

« T-Takumi ! Qu’est-ce que je devrais faire maintenant... ? » demanda Mirta avec une expression anxieuse.

Face à ça, il avait vaguement répondu. « Va dormir dès maintenant afin d’être en pleine forme pour demain. »

« Euh... Que veux-tu dire par là... ? » demanda Mirta.

« Les personnes jugent les autres sur leur apparence, alors tu dois t’habiller correctement, » répondit Takumi. « Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, surtout compte tenu de qui nous parlons. Mais je m’attends à ce que tu sois si belle que même moi je risquerais de tomber amoureux de toi. »

Après avoir dit ça, Takumi se leva et quitta la pièce, suivi par Kunon et Karin.

En sortant, la brise de la nuit les caressait de son froid contact.

Maintenant que le jour avait atteint sa fin, le festival était pour ainsi dire fini. Seuls les ivrognes erraient toujours à la recherche d’alcool.

La ville basse était vraiment remplie de personnes sans espoir. Même maintenant, un homme ivre dormait sur le bord de la route, et les enfants lui faisaient les poches. Bien sûr, il y avait des personnes qui pensaient aussi tout lui prendre plus tard.

Le fait d’aider cet endroit mal famé n’était qu’un doux rêve.

Takumi savait que la meilleure chose à faire aurait été de laisser tout le monde derrière soi et de ne penser qu’à son propre profit.

Mais cette réponse était trop simple et ennuyeuse.

Les choses n’étaient intéressantes que lorsqu’elles étaient au-dessus d’un certain degré de difficulté.

Karin et Kunon avaient remarqué l’expression sérieuse de Takumi et l’avaient imité.

« Répétons tout ce qui s’est passé avant ça. Karin, fais-moi un rapport détaillé, s’il te plaît, » demanda Takumi.

« Gaitsu a réussi à corrompre nos membres il y a douze jours, » déclara Karin sans la moindre hésitation. « En vérifiant les livres de compte, nous avons confirmé que l’argent était les récompenses pour les différentes missions effectuées par Valeria, et nous avons également découvert que le montant qu’il a volé et celui qu’il a utilisé correspondaient. L’erreur de calcul de ce cochon est qu’il l’a gaspillée. »

« Nous avons encore beaucoup d’argent. Peu importe s’il en a utilisé une partie, » déclara Takumi.

« Tu as toujours voulu dire ça, hein... ? Je suppose que tout le monde s’évanouirait en voyant tes possessions... »

Au cours des sept dernières années, Takumi avait accumulé une très grande richesse.

Parmi ses possessions se trouvaient des bâtiments, des parcelles de terrain dispersées entre Listina et les villages voisins, des armes stockées, des œuvres d’art et bien d’autres biens. S’il devait inclure toutes les pièces d’or qu’il possédait, alors à lui seul, il pourrait rivaliser avec une grande compagnie de la ville basse.

Il s’agissait des fruits de son travail acharné.

« Est-ce que quelqu’un s’est déplacé étrangement ces derniers temps ? » demanda-t-il.

« Veux-tu parler des personnes qui viennent dans la ville basse ? » demanda Karin. « Aujourd’hui, les gardes venant de la partie médiane ont confirmé qu’elles étaient en augmentation. Guk, le vendeur de papier, a dit qu’il a vu Gaitsu à l’entreprise alors qu’il transportait du parchemin. »

« L’information est-elle fiable ? » demanda Takumi.

« L’information provenant des gardes devrait être considérée avec scepticisme, mais Guk semblait très sûr de lui, » répondit Karin. « Nous avons également recueilli des informations auprès de Raxel, Toronto, Michter et bien d’autres. »

Karin avait répondu sans un soupçon d’inquiétude.

Ces personnes étaient... toutes des esclaves que Takumi avait vendus.

Il vendait des esclaves partout : dans la ville basse, dans la partie centrale et dans la partie supérieure de Listina.

Cela allait de ceux qui s’occupaient du traitement de l’eau jusqu’au promeneur des chiens d’un noble.

Il avait vendu n’importe quel type d’esclave.

Tout cela formait un énorme réseau d’informations, et personne ne soupçonnerait quoi que ce soit alors qu’il allait à la rencontre des marchandises qu’il vendait occasionnellement.

Au cours des dernières années, Takumi avait fait de son mieux afin de disperser ses oreilles et ses yeux partout, et cela lui avait permis de connaître presque tout ce qui se passait dans la ville.

En tant que marchand d’esclaves, il pouvait savoir si quelqu’un avait besoin d’un esclave ayant certaines capacités. Il pouvait même savoir comment se débrouillaient les autres entreprises ainsi que la situation des routes commerciales.

Le fait de manipuler l’information pourrait lui faire obtenir presque tout ce qu’il voulait... et plus le réseau grandissait, plus il devenait puissant.

De l’esclave à ses propriétaires, de ses propriétaires à leurs amis, de leurs amis à leurs connaissances...

Personne n’avait remarqué qu’ils dansaient tous dans la paume de sa main.

Il n’avait pas profité de prime abord de la vente des esclaves, mais il l’avait énormément fait du réseau d’information qu’ils avaient formé.

C’était la façon d’agir du Marchand d’Esclaves au Cœur Tendre.

« Quels sont les derniers mouvements de l’entreprise que Gaitsu veut rejoindre ? » demanda Takumi.

« Toujours les mêmes... mais ils deviennent plus voyants, » déclara-t-elle alors que le dégoût tordit l’expression de Karin. « Des paris illégaux sur des esclaves et des monstres... Ça me rend vraiment malade. »

« Je suis d’accord, mais tout le monde essaierait de monopoliser une source d’argent encore assez légale, » répondit Takumi. « Une fois que vous avez goûté quelque chose de bon, vous voudrez continuer à le manger jusqu’à ce que votre estomac éclate. » Takumi avait souri en raison de son amusement tout en parlant. « Si leur avidité grandit et s’approfondit, nous en tirerons profit pleinement. »

« Même les gardes ont remarqué que quelque chose d’étrange se déroule en ce moment, » déclara Karin. « Cependant, Gaitsu était très confiant en nous parlant... Il est évident que désormais, la situation évoluera rapidement. »

« Il veut prendre avec lui les techniques de contrebande de Valeria, » déclara Takumi. « Notre entreprise vient d’un territoire sans foi ni loi, c’est pourquoi nous sommes si efficaces avec des choses illégales. »

Gaitsu le savait et il voulait lui-même vendre Valeria à une plus grande organisation afin de réaliser ses ambitions alors que son dos était protégé.

Le seul obstacle devant lui était Mirta, le souvenir de leur chef précédent, alors il avait organisé ce scrutin afin de se débarrasser d’elle. Il avait corrompu tous les membres de l’organisation, de sorte que le résultat avait déjà été décidé.

Ou peut-être qu’il vaudrait mieux dire que « le résultat aurait dû être décidé ».

« Comment a-t-il réussi à contacter tout le monde ? » demanda-t-il.

« Le jour après qu’ils aient tous été payés, il a répandu l’information à travers les esclaves, » répondit Karin. « L’information est passée d’eux jusqu’à leurs employeurs, et des employeurs aux autres membres. De cette façon, il serait difficile de savoir qui a commencé. »

« Beau mouvement ! » s’exclama Takumi. « Est-ce que quelqu’un a refusé l’offre ? »

« Pas un seul, » répondit Karin. « Nous verrons comment Mirta s’en occupera demain. »

« Ne t’inquiète pas pour ça, j’ai une bonne idée de ce qui va se passer, » avait-il dit en tapotant sur sa tempe.

Takumi avait rencontré beaucoup de personnes différentes dans sa vie précédente.

Ce n’était ni des centaines ni des milliers. Il avait facilement surmonté une douzaine de milliers... et peut-être atteint les centaines de milliers. L’expérience l’avait amené à voir à travers la façade d’une personne et à voir rapidement sa véritable personnalité.

« En outre, qui pensez-vous que les personnes choisiront entre une fille si mignonne et un cochon gras et dégoûtant ? » demanda Takumi aux deux filles.

« Oh, alors peux-tu quand même voir quand les filles sont belles ? » demanda Karin.

« Je suis aussi un humain, tu sais. Kunon, réveille-toi, » déclara Takumi. « Nous avons fini de parler de choses compliquées pour ce soir, alors arrête de dormir en marchant comme une sorte d’arme errante. »

« Zzz... Hein !? J-Je ne dormais pas ! J’écoutais attentivement tout ça ! » déclara Kunon.

Takumi sourit ironiquement et lui tapota la tête pendant qu’elle essuyait la bave de sa bouche.

« Vous aurez beaucoup à faire demain. Je compte sur vous, » déclara Takumi.

« Laisse-moi me charger de ça ! Je ferai de mon mieux jour et nuit ! » s’écria Kunon.

Takumi hocha la tête face à ses mots fiables.

« Réglons tout cela d’un coup, » déclara-t-il.

***

Partie 3

Le lendemain, la place de la rue principale était remplie d’une foule immense qui comprenait tous les membres de Valeria, avec un total de cent douze personnes ainsi que d’autres personnes du bas quartier.

Sur leurs visages, il n’y avait pas la moindre trace de l’humeur joyeuse du festival ou de la fatigue qu’il devrait avoir laissée sur eux.

La ville basse avait assisté à une scène similaire seulement une fois auparavant, et c’était pour les funérailles du fondateur et chef de Valeria, Vatel Famille.

À cette époque, ses camarades et ses subordonnés s’étaient tenus immobiles dans un silence solennel à partir du moment où son cercueil vide avait été descendu dans les eaux de Verna jusqu’à sa disparition au-delà des limites du lac. Comme eux, les habitants de la ville basse avaient silencieusement prié les cieux.

La perte de Vatel avait été un choc pour tout le monde.

Maintenant que l’ambiance était la même que cette autre fois, tout le monde dans la ville basse se demandait avec anxiété si d’autres funérailles allaient avoir lieu.

Certains d’entre eux se tenaient silencieusement avec leur visage coincé dans une expression emplie d’anxiété et de confusion.

Takumi était simplement assis sur un banc de la fontaine, regardant la foule.

« Il est temps... où est notre chef ? » demanda Gaitsu, qui était assis près de lui avec un sourire impatient.

« Une fille a besoin de temps afin de se préparer, » répondit Takumi. « La patience fait partie des vertus d’un homme. »

« Pff, maintenant, penses-tu connaître les femmes ? Tu es vraiment agaçant, » au moment où il avait craché ces mots, la foule avait commencé à remuer.

« Désolée de vous avoir fait attendre, » sa voix si tendre d’habitude semblait froide comme de la glace.

Mirta portait un manteau de fourrure, le préféré de Vatel, sur une robe simple. « M’habiller a pris plus de temps que prévu, » déclara-t-elle.

Cela avait dû être difficile pour elle de le porter, mais elle avait décidé de montrer avec fierté le symbole de Valeria.

Elle se tenait là comme un chef, et non pas comme une fille sans défense.

« Mon Dieu ! Les femmes peuvent-elles autant changer en une nuit ? » demanda Takumi.

« Bien sûr. J’ai fait de mon mieux pour te faire tomber amoureux de moi, Takumi, » répondit Mirta.

« C’est un tel honneur que tu me fais là, » répondit-il. « J’avoue que tu m’as un peu charmé. »

« Juste un petit peu, hein... ? Alors, la prochaine fois, je ferai dans ce cas encore mieux, » répondit Mirta. Dans son sourire, il n’y avait pas trace de doute ou d’inquiétude.

Il hocha la tête face à ces mots, puis se leva. « Nous pouvons maintenant commencer à discuter pour savoir qui sera le prochain chef de Valeria, » annonça doucement Takumi, mais tout le monde l’avait entendu. « Les candidats sont Gaitsu Ejistan, le mandataire de l’actuel chef, et Mirta Famille, l’actuel chef. Voulez-vous dire quelque chose avant le début du scrutin ? »

« Il n’est pas nécessaire de faire quelque chose comme ça, » répondit Gaitsu. « Celui qui se tient au sommet sera suivi sans même avoir besoin de dire la moindre parole. Voilà ce que cela signifie d’être un véritable chef. » Gaitsu riait, sûr de sa victoire.

Le regard de toutes les personnes présentes s’était déplacé afin de voir le visage confiant de Mirta.

« Si vous voulez bien m’excuser. J’aimerais prendre un peu de votre temps, » déclara-t-elle.

Dans les paroles de leur chef se trouvait une certaine humilité, mais ses yeux abritaient une flamme ardente comparable à ceux de son père.

« La ville basse est un endroit difficile, » elle avait affiché à la foule un sourire empli de tendresse. « Un désert de néant... Une vallée où les vents froids privent les personnes de leur chaleur... Et puis, Valeria a fleuri. Une fleur qui colorie et réchauffe sa maison... C’est pourquoi j’aime la signification du nom que mon père a choisi. »

Après quelques secondes, elle continua son discours. « Sourire ensemble dans les moments heureux, réconforter quelqu’un en difficulté, se fâcher quand quelqu’un fait quelque chose de mal... Je veux que notre existence soit comme une famille chaleureuse et colorée face à la froideur de la ville basse. »

Tout le monde savait qu’elle était en train de débiter ses stupides idéaux, mais elle n’avait jamais eu honte de les exprimer.

« En tant que chef de Valeria... je serai toujours avec vous tous, » ses paroles résonnaient bruyamment en raison de sa conviction.

Belle prestation, pensa Takumi.

« ... Maintenant, il est temps de commencer le vote ! » l’avait-elle annoncé bruyamment.

« Choisissez le candidat que vous jugez le plus approprié pour être le prochain chef, » déclara Takumi. « Si vous voulez de Gaitsu, agenouillez-vous et baissez la tête. Si vous voulez Mirta, levez votre bras droit. »

Les membres de Valeria avaient baissé la tête et avaient serré leurs poings, ne sachant pas quoi faire.

Voyant leur doute, Takumi avait de nouveau haussé la voix. « Alors, quel est votre choix ? L’idéaliste stupide et douce... ou l’homme qui vous a payé comme si vous étiez des esclaves !? »

Les spectateurs curieux avaient commencé à murmurer entre eux, tandis que quelqu’un avait perdu son sang-froid. « Bâtard... ! Tu craches des mensonges afin d’éviter... »

Takumi avait poussé un Gaitsu enragé avec un rouleau de parchemin.

Dans celui-ci se trouvaient inscrits les noms de chaque membre de Valeria, et un nombre à côté d’eux. Il y avait une grande disparité entre ces chiffres.

« Il s’agit là du montant que vous avez dépensé pour chacun d’eux, » déclara Takumi. « Un avare comme vous devrait s’en souvenir, non ? »

« D-De quoi parles-tu ? » demanda Gaitsu. « C’est évidemment faux ! »

« Ce choix ne vous appartient pas. Ils doivent choisir par eux-mêmes, » déclara Takumi.

Ignorant l’homme furieux, Takumi regarda la foule.

Ceux qui n’étaient pas du côté de Gaitsu serraient leurs poings alors qu’ils étaient devenus enragés.

Les personnes étaient divisées en ceux qui l’auraient trahi pour de l’argent, qui étaient majoritaires, et les vétérans qui avaient travaillé aux côtés de Vatel et qui adorait leur ancien chef, qui étaient une minorité.

Il s’agissait du fossé entre les nouveaux et les anciens membres.

Ce que Gaitsu avait fait était de décider un prix pour cette appellation.

Exactement comme... s’ils étaient un groupe d’esclaves.

« Dans tous les cas, décidez par vous-mêmes ! » déclara Takumi. « Êtes-vous des esclaves qui attendent d’être achetés ou des gens orgueilleux qui poursuivent un idéal fou !? C’est ce que vous choisissez maintenant ! »

Quelqu’un avait levé son bras droit hors de la foule avec un sac d’argent en cuir à la main.

Quand il était tombé sur le sol après qu’il l’ait lancé, un son aigu avait fait écho dans la place.

Encore et encore, la scène se répétait, et plus de pièces cliquaient autour d’eux.

Mais bientôt, plus de mains imitèrent les autres.

Les lèvres de Takumi se recroquevillèrent en un sourire.

« Qu’il en soit ainsi ! Vous êtes des esclaves crasseux de la ville basse, et ceux qui ont levé le bras sont des gens d’une grande intégrité ! » déclara Takumi. « Rappelez-vous que la fierté ne peut pas être achetée par l’argent ! »

Les membres de Valeria lâchent un rugissement face à ses paroles exagérées. C’était si fort que toute la ville basse semblait trembler, et cela avait peut-être même atteint la partie centrale où se tenait Listina.

« Vous... êtes des idiots ! Êtes-vous vraiment gonflé à bloc par les paroles d’un esclave si dégoûtant !? » Gaitsu était confus et en colère contre ce qui se passait.

Mais pendant qu’il parlait, les spectateurs proches d’eux l’avaient frappé avec des paroles empoisonnées.

« Ferme ton clapet, avare ! Tu ne sais que te plaindre à propos de l’argent ! »

« Tes subalternes sont timbrés ! Ils auraient dû protéger ma boutique, mais ils ont continué à détruire des trucs alors qu’ils étaient en état d’ébriété ! »

« Ouais, va te faire foutre, cochon ! Si tu es si peu fiable, je devrais juste te botter le cul et récupérer mon argent ! »

Au cœur de cette tempête d’insultes, les habitants de la ville basse avaient commencé à jeter des pierres et des ordures sur Gaitsu.

Alors que tout le monde lui tournait le dos et que le désespoir peignait son visage, Gaitsu cria un ordre à ses hommes. « Qu’est-ce que vous attendez !? Tuez-les tous ! Laissez le minable effronté en vie et tuez tous les traîtres ! »

« Oh ! Pensez-vous que vous pouvez le faire ? » Une voix animée lui parvint depuis à côté de lui.

Kunon avait un sourire empli de joie alors qu’elle tenait fermement un poignard dans chaque main.

« Si l’un de vos chiens essaie quelque chose de drôle, je lui arracherai les bras, » déclara Kunon. « Je suis vraiment très rapide, vous savez. Vous ne pourrez même pas dégainer vos armes. Voulez-vous essayer ? »

Son sourire chaleureux n’avait fait que rendre ses paroles plus terrifiantes.

Chaque membre de Valeria connaissait la force du Chien.

Voilà pourquoi les hommes de Gaitsu avaient commencé à frissonner.

La bouche de l’avare s’ouvrit et se ferma en raison de la colère et d’humiliation, tandis que le visage de Takumi était plein de confiance.

« On dirait que vous n’appartenez pas à la ville basse, » déclara Takumi. « Pouvez-vous partir dès maintenant ? »

« Ne... Ne pense pas que c’est la fin ! » cria Gaitsu. « Vous n’avez aucun pouvoir par rapport aux principaux marchands ! Ils vont vous écraser ! »

« Vraiment ? Je suis impatient d’y être, » déclara Takumi.

Le regard de Takumi transperça Gaitsu avec ses iris noirs sans fond. « Retourne à ta porcherie, cochon dégoûtant. »

Le visage de l’homme était rouge de colère, mais comme il était désavantagé, il ne pouvait rien faire d’autre que de partir la queue entre les jambes.

Lui et ses subordonnés s’étaient échappés sous une pluie de pierres, d’ordures et d’insultes, et une fois qu’ils n’étaient plus en vue, la tourmente avait pris fin.

À ce moment-là, Takumi laissa échapper un profond soupir.

« Désolé pour le chahut. Aujourd’hui, Valeria a officiellement choisi son chef ! » déclara Takumi à la population. « Quelle journée glorieuse ! Laissez-moi profiter de l’occasion pour m’excuser et vous demander une faveur ! »

Il avait soulevé du sol un sac en cuir qui était resté tout ce temps à ses pieds puis il l’avait tenu en hauteur.

« Notre chef a dit que la ville basse était comme une famille pour elle, et c’est le devoir d’une famille de célébrer avec ses membres ! » déclara-t-il.

Il avait ensuite mis son autre main dans le sac et en avait extrait son contenu, qui avait été projeté en l’air sans laisser une seule pièce à l’intérieur du sac.

« Utilisons cet argent afin de vous payer de la nourriture et des boissons ! Il est temps de célébrer la nomination de notre nouveau chef ! » déclara Takumi.

Des cris de joie résonnaient dans la place.

Les membres de Valeria avaient imité le geste de Takumi, et les commerçants avaient commencé à apporter du vin et de la nourriture, émus par la scène.

Il semblait qu’un autre festival allait commencer sous peu.

« Aaah... C’est devenu quelque chose, » déclara Karin, s’approchant de Takumi du milieu de la foule.

« Eh bien, c’est mieux comme ça, » répondit Takumi.

« Je suis d’accord avec toi. Cependant, tu as agi de la même manière que Gaitsu, » répliqua Karin.

Cet homme avait acheté de la confiance avec de l’argent, tandis que Takumi avait gagné leur confiance en éparpillant de l’argent.

Il n’y avait pas beaucoup de différence entre les deux hommes. Si l’on devait dire quelque chose, alors cela serait que le jeune marchand d’esclaves corrompait les personnes pour leur bien.

« Eh bien, c’est la différence entre les marchands d’esclaves de première classe et les marchands de troisième zone, » répondit Takumi.

« Dans ton cas, nous devrions ajouter “intrigant” avant le “marchand d’esclaves”, » déclara Karin. « Pauvre Elsa ! Te gérer doit être vraiment une plaie. »

« N’est-ce pas mieux ainsi ? De cette façon, elle peut voir Mirta plus souvent, » répondit Takumi.

« Elle va tomber malade si tu continues comme ça..., » répondit Karin.

Tandis que Karin pensait à son amie et qu’elle affichait une expression pitoyable, Kunon courait vers eux tout en produisant un doux trottinement tout en tenant de la nourriture dans ses mains.

« Regarde Takumi ! Ils m’ont donné beaucoup de nourriture ! » cria Kunon.

« Super pour toi ! Ça doit être bon maintenant que tu as fini de travailler ! » déclara Takumi.

« Ouais ! Sushperrr délishhieux! » répondit-elle avec de la nourriture dans la bouche.

Après quoi, elle avait commencé à se bourrer la bouche avec diverses friandises qu’elle avait obtenues avant. La jolie fille qui se tenait là juste avant ça était introuvable.

« Je vais aussi aller chercher de la nourriture avant qu’ils ne me mettent en prison, » déclara Takumi.

« Euh... Attends un peu. J’ai quelque chose à te dire, » déclara Karin.

Se tournant pour faire face à Karin, Takumi la vit sourire à pleines dents.

« Merci... d’avoir été en colère pour nous contre ce porc, hier, » essayant de cacher son embarras, elle parlait en jouant avec ses cheveux noirs.

« Oui, merci ! Je me sentais aussi très heureuse quand j’ai vu ça ! » déclara Kunon en souriant innocemment, et Takumi avait aussi retroussé ses lèvres.

« Ce fut une action naturelle en tant que votre employeur, » répondit-il.

Il leur tourna le dos et les filles le contournèrent afin de regarder son visage.

« Qu’est-ce que c’est ? Takumi, ne me dis pas que tu es gêné, » déclara Karin.

« Wôw ! C’est encore plus rare que le fait qu’il se fâche ! Laisse-moi-le voir plus longtemps ! » déclara Kunon.

« Je ne suis pas gêné, » répondit Takumi. « Je voudrais plutôt dire, qui était l’elfe rougissante entre nous ? »

« Quoi !? Je ne rougissais pas ! » répliqua Karin. « Je suis plus âgée que toi, alors comment puis-je être gênée en faisant des éloges envers quelqu’un ? »

« Karin, Karin ! Tu ne convaincs personne, tu sais ? » Quand Kunon l’avait souligné, le visage de Karin était de nouveau devenu rouge.

« Allez, nous avons encore quelque chose à faire. Prenons de la nourriture et allons au travail, jeunes demoiselles, » déclara Takumi.

« Grrr... je te jure que je vais te faire pleurer un jour..., » déclara Karin.

« Ah, alors je ferai aussi ça ! J’adorerais faire pleurer Takumi ! » déclara Kunon.

« Kunon, ne prévois pas de me battre, s’il te plaît, » déclara Takumi.

Les trois personnes s’étaient insérées dans la foule et avaient apprécié le festival.

Ils auraient dû prendre cette occasion afin de se reposer, compte tenu de l’épuisement qu’ils allaient subir au cours des prochains jours...

***

Chapitre 4 : Les grandes entreprises

Partie 1

La grande pièce était remplie d’une faible lumière.

Les murs étaient impossibles à voir, mais les quelques objets visibles semblaient assez précieux, y compris le sol.

En son centre se tenait un homme seul.

Son visage était pâle comme celui d’un fantôme, et des gouttes de sueur coulaient de son corps.

Il n’y avait pas trace de son odieuse expression habituelle.

« Grands dieux ! J’avais des attentes quant à toi, Gaitsu, » une voix déçue et masculine était sortie des ténèbres.

Même si Gaitsu ne pouvait pas voir qui lui parlait, il pouvait sentir la présence de plusieurs personnes autour de lui.

« Tu diriges une entreprise illégale dans les bidonvilles, n’est-ce pas ? Malgré l’environnement inférieur, maintenir quelque chose comme ça devrait valoir la peine, » alors que l’ombre prononçait ces mots, un autre soupira.

« C’est pourquoi nous avons accepté que tu nous rejoignes, mais... qui aurait pu s’attendre à ce qu’un enfant t’ait humilié comme ça ? » continua l’homme dans l’ombre.

« Je-Je vous demande pardon... mais j’ai encore des esclaves pour prendre ma revanche ! Je suis un marchand d’esclaves depuis longtemps, donc il n’y a rien à craindre..., » déclara Gaitsu.

« Tu oses dire ça, alors que tu as perdu face à ce gamin, » déclara l’une des ombres.

Gaitsu était resté silencieux après avoir subi cette remarque.

Il s’agissait d’une vérité indéniable, alors il n’avait rien à dire face à ça.

« Les rumeurs à propos du Marchand d’Esclaves au Cœur Tendre nous ont atteints même dans la partie supérieure, » continua l’ombre.

« Il-Il est vrai qu’il fournit toujours la meilleure solution pour n’importe quelle sorte de demande et qu’il est qualifié dans l’art de la conversation... mais il ne devrait pas être nécessaire de lui demander des esclaves qui seront utilisés dans les combats. »

« Nous savons cela. Les esclaves sont des vies jetables. Ce qu’il advient d’eux n’est pas pertinent. »

Les grandes entreprises de la partie supérieure développaient leurs activités et elles commençaient à organiser des paris illégaux.

Les matches n’étaient pas limités aux humains, et parfois des esclaves devaient combattre des demi-humains ou des monstres afin de divertir le public.

Il y avait une seule règle cruelle : tous les combats étaient à mort.

Les principaux spectateurs étaient des nobles ayant toujours trop de temps libre. Même s’ils savaient que c’était illégal et qu’ils pouvaient être arrêtés, les matches avaient ainsi pu diminuer temporairement leur ennui.

Le fait d’acheter des mendiants et des criminels dans des villages lointains et désertiques représentaient une ressource presque illimitée pour eux, et ensuite, grâce aux liens entre les organisations, ils corrompaient des gardes afin de créer une route illégale pour faire fonctionner l’entreprise... Gaitsu savait comment agir dans ces situations, alors il aurait dû être la personne parfaite pour les aider.

Il aurait pu gagner un poste important s’il leur avait fourni les techniques et les esclaves de Valeria.

C’est pourquoi il s’était vendu aux grandes entreprises.

Il avait même tourné le dos aux promesses qu’il avait avec son chef précédent.

Cependant, les choses ne s’étaient pas passées comme prévu.

« Bien plus que le fait de gérer correctement la salle de jeux, il est essentiel pour toi d’avoir un rythme soutenu en nous fournissant de nouveaux esclaves. Et... récemment, tu ne fais pas du bon travail, n’est-ce pas ? » demanda l’une des ombres.

« Nous manquons à la fois d’humains et de demi-humains, » Gaitsu serra les dents de frustration.

Les capacités physiques d’un demi-humain étaient généralement plus importantes que celles de l’humain, il était donc nécessaire de restreindre leurs mouvements avec des menottes spéciales, mais les capturer n’était pas difficile.

Ils avaient tendance à s’abstenir de se battre, compte tenu de leur tempérament calme, et certains n’avaient même pas résisté à leur capture. Le fait de profiter de cela en mettant en place des pièges était donc chose facile.

C’était l’une des raisons pour lesquelles leur prix était maintenant ridiculement bas.

Pourtant, les esclaves humains n’étaient pas toujours disponibles.

Des villages abandonnés remplis d’habitants affamés avaient rapidement vendu tous les enfants, et des organisations d’autres villes avaient commencé à les garder pour eux. Les guides permettant de trouver ces ressources avaient disparu, ainsi que les gardes et les bureaux de douane enclins à être soudoyés.

De plus, les demi-humains avaient lentement pris conscience des types de pièges utilisés pour les attraper, alors ils avaient commencé à se cacher dans des régions reculées inaccessibles aux personnes normales.

Rien ne se passait comme prévu.

Même Gaitsu avait compris que les personnes en face de lui avaient remarqué à quel point la situation était sombre.

« Nous envisagions de permettre à Valeria de nous rejoindre pour ainsi améliorer nos bénéfices. En mettant de côté tes capacités de négociation, on dit que le Marchand d’Esclaves au Cœur Tendre peut répondre à n’importe quelle demande, et c’est exactement ce que nous visons en ce moment, » déclara la voix.

La haine contenue dans Gaitsu était clairement visible dans son expression. Il s’agissait de la haine envers ceux qui se tenaient au-dessus de tout le monde et se moquaient de lui de là-haut.

« Tu es inutile. Si nous ne pouvons pas avoir Valeria comme nous en avions discuté, nous allons nous charger de ça par nous-mêmes, » déclara une autre voix.

« ... Attendez, s’il vous plaît. Si c’est une question d’esclaves, je peux déjà en rassembler assez, » déclara Gaitsu.

Quelqu’un avait éclaté d’un rire méprisant.

« Si tu es ici maintenant, c’est exactement parce que tu ne peux pas faire ça ! Nous ne nous laisserons pas facilement berner par un raté comme toi ! » déclara une autre voix.

Gaitsu avait alors souri à ces mots. « Je comprends ça. Ma naïveté est la raison pour laquelle je ne pouvais pas prédire que le Marchand d’Esclaves au Cœur Tendre verrait à travers mon plan. C’est la raison pour laquelle je suis ici en ce moment. »

Il pensait que la situation actuelle en était le résultat possible.

Il n’avait aucune preuve pour confirmer que Takumi, qui avait maintenant pris sa place dans la hiérarchie de Valeria, était derrière son faible stock d’esclaves.

Pourtant, la position du jeune homme lui avait permis de connaître le réseau d’informations de l’ancien chef mandataire afin qu’il ne soit pas difficile pour lui de le saboter.

Gaitsu s’attendait à ce qu’il agisse d’une manière ou d’une autre après avoir essayé de faire entrer Valeria dans les grandes entreprises.

« Mais tant que je peux régler ça, il n’y a rien à craindre. J’ai juste besoin de préparer mon coup hors de portée du réseau de Valeria, » déclara Gaitsu.

Connaissant les mouvements de Takumi, il pouvait penser à une solution.

« J’ai déjà sécurisé des connexions personnelles fiables et des routes commerciales. Si je les utilise, je peux satisfaire votre demande d’esclaves, » continua Gaitsu.

« Pourquoi ne les as-tu pas déjà utilisées ? » demanda une voix dans l’ombre.

« Parce que c’était dangereux, mais j’ai finalement pu les rendre sûres, » répondit Gaitsu.

Gaitsu avait fait face aux hommes cachés dans l’obscurité avec un sourire filandreux sur son visage.

« En guise d’excuse pour mes erreurs, je vais vous apporter cinq fois plus d’esclaves que d’habitude avant le prochain spectacle, » déclara Gaitsu. « Cela sera possible si vous me laissez utiliser vos passages secrets. »

De l’ombre, il pouvait les entendre marmonner entre eux.

« Je suis devenu proche d’un groupe de nobles, et il m’est arrivé d’entendre qu’il y avait un chemin arrangé pour des gens importants, » expliqua Gaitsu. « Je sais aussi qu’il y en a qui l’utilisent pour le commerce illégal, en dépit de la désapprobation des combats arrangés. »

Les quatre grandes entreprises avaient été reconnues par le pays lui-même et ils avaient toujours géré les affaires commerciales dans la partie supérieure de la ville.

Les nobles utilisaient des routes secrètes en collusion les uns avec les autres afin que des marchandises illégales puissent circuler entre eux.

Ces chemins devaient rester cachés, donc seuls les quatre grandes compagnies et ceux qui les rejoignaient étaient autorisés à les utiliser. De cette façon, elles pourraient garder le profit pour elles-mêmes.

« Lorsque je faisais partie de Valeria, j’ai emprunté l’une des routes passant dans les égouts qui va de la partie haute de la ville au port de Verna, mais comme mes anciens camarades la connaissent aussi, nous devrons utiliser une route terrestre, » déclara Gaitsu, et le murmure avait augmenté pour devenir des voix. Il ne pouvait pas voir leurs visages, mais vu leur ton, il devina qu’ils n’étaient pas vraiment excités à cette idée.

« Quel est l’intérêt de le faire une fois si tu ne peux pas garder un flux régulier de marchandises ? Même si ça marche cette fois-ci, qui sait quand ce marchand d’esclaves pourrait nous déranger à nouveau ? » demanda l’une des ombres.

« Vous n’avez pas à vous inquiéter de ça, » répondit Gaitsu. « Je peux me débarrasser des membres de Valeria... et je ne permettrai à personne de nous barrer la route. Quiconque ose nous opposer sera rapidement traité. »

« Mmmh... ? Alors, écoutons ton plan..., » déclara la voix.

Il avait alors expliqué en détail ce qu’il avait en tête.

Les personnes présentes étaient toutes d’accord avec lui, et ses lèvres se recroquevillèrent en un étrange sourire.

« Merci... je ne trahirai pas vos attentes, » il avait dit cela alors que la cupidité et la vengeance étaient clairement visibles dans ses yeux.

***

Partie 2

La fête pour la victoire de Mirta avait duré jusqu’au lendemain.

Comme les habitants de la ville basse étaient tellement excités, cela avait fait qu’ils avaient célébré ce jour-là comme si s’agissait de la Fête de la Moisson, et bien que ce ne fut pas un festival officiel, tout le monde agissait comme s’il n’y avait aucun souci à se faire. Beaucoup de bagarres, certaines impliquant même les membres de Valeria, avaient éclaté.

Peut-être parce que les marchands étaient eux aussi portés par l’ambiance, ou simplement parce que Valéria payait pour tous ça, les marchands continuaient à apporter de la nourriture et des boissons en toute hâte.

Mais le mot « urgence » ne pouvait même pas commencer à décrire à quel point la situation était chaotique. Takumi attrapait la nourriture avec nonchalance, tandis que Mirta, qui avait l’air d’être avalée par la foule, tituba en essayant de l’atteindre.

« Hé, nouveau chef, excellent travail. N’est-ce pas fatigant ? » déclara Takumi.

« O-Oui... Je suis en effet un peu fatiguée, » répondit Mirta.

Son visage affichait des traces de fatigue, mais le fait de parler avec Takumi avait restauré une partie de sa vitalité, et elle souriait maintenant joyeusement tout en rougissant un peu.

« Je comprends que tout le monde me donne leur bénédiction, mais... même s’il est impoli de le dire, une plus petite fête aurait été..., » déclara-t-elle.

« Ce n’est pas vrai. Nous devions absolument faire les choses de cette façon. Tu as une petite taille par rapport à un homme, alors il était naturel que les amateurs de fête t’aient jeté tant de fois dans les airs, » déclara Takumi.

« Si-Si tu as vu ça, pourquoi ne m’as-tu pas sauvée ? C’était vraiment effrayant ! Ils m’ont lancé bien trop haut dans le ciel ! » cria Mirta.

« Tu as raison, désolé ! La prochaine fois, je t’aiderai, » déclara Takumi.

Elle était en colère, mais il avait décidé de caresser sa tête afin de l’apaiser.

À ce moment-là, quelqu’un nous avait appelés.

« Yaaay! Takumi, Mirtaaa ! Voulez-vous boiiiirre !? » Lilia s’approcha d’eux tout en portant une bouteille à la main, son visage légèrement rouge.

« Hey, Lilia. On dirait que tu t’amuses, hein ? » répliqua Mirta.

« Beaucoupppppp ! Mon bon Takumi, merci de m’avoir fait boiiiirrreee !! » déclara Lilia.

Elle était très bruyante. Habituellement, peu importe combien elle buvait, son visage n’avait jamais changé de couleur. Ainsi, le fait de la voir si rouge signifiant qu’elle avait vraiment beaucoup bu d’alcool.

« Killfer s’amuse et souffre en même temps... n’est-ce pas, monsieur le chaperon ? » demanda Lilia.

« Regardez-moi... Ai-je l’air de m’amuser ? » demanda Killfer.

Une ombre bleue couvrait son visage tandis qu’il se traînait derrière Lilia

« Eh bien, c’est ton problème. Je comprends que tu veuilles garder un œil sur elle, mais à quoi ça sert si tu es fatigué bien avant elle ? » demanda Takumi.

« Que puis-je faire... ? Nous avons vidé les verres de vin les uns après les autres... Sais-tu combien de fois elle m’a mis au défi lors d’un concours de boisson... ? Argg..., » déclara Killfer.

À ce moment-là, il porta ses mains à sa bouche après s’être probablement souvenu de la quantité d’alcool qu’il avait déjà bu. Pendant ce temps, la personne en question riait sans pitié face à ce spectacle.

« Mon vieux, c’est simplement que tu ne tiens pas l’alcool ! » déclara Lilia.

« Err... Lilia, tu as bu beaucoup d’alcool, mais... est-ce que cela va aller ? » demanda Mirta.

« Eheheh~ ! Vous n’avez passss à vous inquiéter ! Ce n’est rien pour moiiiiii ! » répondit Lilia.

Mirta pencha la tête, incertaine quant à la signification de ses paroles.

« Vous avezzzzz fait beaucoup pour la basse villeeee, et nous le savons mieux que n’importttte qui d’autreeeee ! Tout le monde sait queeeee les choses que vous avez dites auparavantttt sur la place étaient vos vééééritables sentiments ! C’est pourquoi nous devrionnnns célébrer votre succès du fond de nos coeuuuurrrrss ! » déclara Lilia.

Afin de confirmer les paroles joyeuses de Lilia, les personnes environnantes avaient commencé à crier en plein délire le nom de Valeria et de son chef.

La déclaration de Mirta avait résonné avec les cœurs des habitants de la ville basse, et ils bénissaient maintenant sa sincérité.

« En outre, Takumiiii a arrangé tout celaaaa ! Ce serait vraiment dommmmage de perdre cette occasionnnn ! » déclara Lilia.

« J’ai seulement dit que nous allions payer pour la nourriture et les boissons, » déclara Takumi.

« Voilà, il remet çaaaa ! Tu es toujours si humble, Takumiii ~ vient iciiii, je vais te montrer maaaa gratitude ! » déclara Lilia.

Une joyeuse Lilia lui offrit alors la bouteille qu’elle tenait.

Voyant cela, Mirta avait essayé de l’arrêter. « Quoi !? Non... Takumi, tu n’as pas le droit de boire, compris ? Elsa va bientôt venir vérifier ce qui se passe, alors nous devrons tout lui expliquer. »

« Hein !? En ce moment, j’ai bien envie de boire un peu avec eux. Ne t’inquiète pas, je ne vais pas me saouler, » répondit Takumi.

« Je ne suis pas inquiète pour ça... De toute façon, tu ne peux pas ! Je ne dis pas que tu ne peux pas boire pour le reste de tes jours, je dis que ce n’est pas le bon moment pour ça ! » déclara Mirta avec force. Elle semblait très obstinée sur le sujet.

Alors que Takumi pensait à quoi faire, Lilia plissa les yeux et chuchota. « Quel spectacle intéressant que vous avons là... ! Le mari soûlard qui se retrouve grondé par son épouse... »

« M-Moi, É-Épouse... ? A-As-tu dit que j’étais l’épouse de Takumi !? » demanda Mirta.

« Ouais ! Tu sais, tu t’entends plutôt bien avec lui, non ? » demanda Lilia.

Plus elle buvait, plus son visage rougissait, plus sa langue se déliait et plus ses mouvements ressemblaient à ceux d’une ivrogne.

« Bon sang Lilia... tu as bien trop bu, » déclara Takumi. « Killfer, qu’attends-tu ? Emmène-la avec toi et laisse-la reposer. »

« Désolé... mais je ne peux pas faire ça. Si je fais ça, elle me fera boire à nouveau en chemin, et je finirais tout simplement par m’évanouir après avoir vomi, » répondit Killfer.

« Monsieur le Chaperone, il te suffit de trouver le courage de refuser... bien que je pense que tu ne refuseras jamais l’invitation de Lilia, » déclara Takumi.

Puisque Killfer n’avait jamais essayé de restreindre le comportement de Lilia, elle était maintenant tel un ouragan.

« Parfaitementttttt ! Célébronssss ensemble votre cérémonie de mariage au lieu de sa victoire ! Portons tous un autre toast !! » cria Lilia.

« Bien sûr que non, ivrogne ! Allez, Mirta, dis-lui quelque chose, » déclara Takumi.

Takumi tourna son regard vers la jeune fille, mais elle murmurait. « Ton épouse... Elle a dit que je suis ta femme... ! » avec son visage aussi rouge que celui de Mirta. On dirait qu’elle n’allait pas faire grand-chose pour aider.

À ce moment-là, les choses étaient devenues encore plus compliquées.

« Quoi !? La patronne de Valeria et ce marchand d’esclaves vont se marier !? Pour de vrai !? »

« Bien joué, marchand d’esclaves au cœur tendre ! »

« Il ne peut pas s’en tirer ainsi ! Les gars, jetons-le en l’air ! Montrons à ce bâtard chanceux la bénédiction de la ville basse ! »

« Bon sang, ouais ! Après tout, il a également aidé Mirta et Valeria ! Les gars, jetons-le dans les airs ! »

Alors que l’absurdité d’une ivrogne se propageait, un autre vacarme se propagea.

Takumi laissa échapper un doux soupir. « Eh bien... Je suis l’organisateur de cette fête, alors on dirait que je mérite ça... »

Il s’était résigné à son destin, et alors que ces hommes robustes allaient l’attraper avec leurs mains rugueuses, une voix couvrit leurs rugissements. « Hé ! Silence ! Fermez là ! Qu’est-ce que c’est ça ? Un autre festival ? Personne ne m’a prévenu à ce sujet ! Je veux des explications ! Marchand d’esclaves, montre-toi ! »

Un groupe de gardes avait forcé le passage à travers la foule. Ils portaient tous des uniformes, et leur chef avait les cheveux rouges attachés dans un chignon.

Haletant lourdement, Elsa apparut devant Takumi.

« Hey, Elsa, » déclara Takumi. « Tu as pris ton temps, mais merci de me sauver d’un vol ! »

« T-Toi... !? Que se passe-t-il donc ici !? » demanda-t-elle. « Je veux entendre de ta bouche qu’est-ce que c’est que ça, comment cela a-t-il pu se produire, et pourquoi c’est ainsi. M’as-tu bien entendu ? »

Il avait souri face à cette rage. « Eh bien, le Festival de la Moisson n’était pas suffisant. »

« ... Quoi !? » s’écria Elsa.

« Ce que je veux dire, c’est qu’une fête comme celle-là n’avait pas pu satisfaire toutes ces personnes énergiques présentes dans la ville basse. Alors j’ai organisé une autre fête pour elles, » expliqua Takumi.

« P-Pas du tout ! La vérité est que Valeria a choisi aujourd’hui son nouveau che... !? » Mirta avait commencé à expliquer la situation, mais Takumi lui avait fermé la bouche en plaçant sa main sur la bouche de Mirta.

« Nous ne pouvons pas déranger la Capitaine de la Garde, alors notre chef va essayer de contrôler cette agitation pour l’honneur de Valeria. Mademoiselle, je devrais venir avec toi pour expliquer différentes choses, » déclara-t-il.

« Si tu pars avec Elsa, je devrais aussi..., » commença Mirta.

« Non, cela ne sera pas nécessaire. Je reviendrai plus tard à Valeria, alors replace la situation sous contrôle en attendant. Nous avons déjà entraîné Elsa dans cette situation, mais nous ne devrions pas déranger également les autres gardes. »

Valeria avait gagné le soutien de la ville basse grâce à ce qui s’était passé avec Gaitsu. Ainsi, le chahut avait fait venir à la fois Elsa et les gardes. Tout cela se déroulait exactement comme Takumi le voulait.

« Ceci est ta première mission officielle en tant que chef : finis ceci avant que je revienne auprès de toi ! Je crois que tu peux le faire, » déclara Takumi.

Il pressa Mirta en la repoussant doucement, puis il fit face au Capitaine des Gardes.

« Je vais tout t’expliquer en détail. Pourrions-nous aller à ton poste de garde ? » demanda Takumi.

« Nous allons avoir une longue conversation ! C’est bon, allons-y ! » Déclara Elsa. Elle l’avait attrapé par le col et l’avait traîné vers leur destination.

« Ah, Elsa. Désolé de te demander ça, mais pourrais-tu attendre une minute ? » demanda Takumi.

« ... Pour quelle raison ? Essaye donc de fuir et je t’assomme direct, » déclara Elsa.

« Je ne vais pas fuir, mais si tu me laisses quelques minutes, j’aimerais bien prendre un peu de nourriture, » déclara Takumi.

« J’en ai déjà là où nous allons ! Alors, arrête avec des idioties et dépêche-toi ! » déclara Elsa.

Même si elle avait refusé sa demande, le capitaine des gardes avait démontré son côté tendre.

***

Partie 3

Quand le nouveau festival avait pris fin, nous étions déjà tard le soir. Un long moment s’était écoulé depuis que Takumi avait été traîné de force par Elsa jusqu’à une pièce spartiate.

Seuls un bureau, deux chaises et quelques lampes étaient présents dans cette pièce.

Takumi avait continué à bouger, faisant craquer sa chaise, tandis qu’Elsa, qui était assise devant lui, avait les bras croisés. Ses sourcils se tordaient en raison de sa colère.

« ... Takumi, pourquoi as-tu commencé ce soulèvement ? Dis-le-moi avec sincérité, » demanda Elsa.

« Elsa, je l’ai dit plusieurs fois. Il s’agit juste d’une fête avec tous les habitants de la ville basse. Je pense aussi que nous étions un peu trop bruyants, mais n’ai-je pas demandé pardon pour ça ? » demanda Takumi.

« Oh, tu penses que c’est juste un “petit peu” ça !? Idiot ! » cria Elsa.

Ses cheveux attachés se balançaient alors qu’elle faisait claquer son poing sur le bureau.

« Nous pouvions entendre vos cris même depuis ce poste de garde, et pour t’atteindre, en raison de tout ce tumulte, j’ai dû me frayer un chemin à travers une foule d’ivrognes ! » cria Elsa. « Sais-tu au moins comment tout ça a été dur pour moi !? Aucun d’eux ne m’écoutait et je ne comprenais pas un mot de ce qu’ils disaient ! »

« Oh, je vois, » répondit Takumi. « Je ne savais rien à ce sujet, mais je suis toujours le coupable, donc ça n’a pas d’importance. »

« Ne regrettes-tu pas tes actes ? N’as-tu aucun remords ? Vraiment !? » s’écria Elsa.

« Eh bien, la ville basse a toujours été bruyante. Si tu es exagérément inquiète, tu vas ruiner ta peau, » déclara Takumi.

« Hmm... ? Tu es si attentionné, toi, le marchand d’esclaves au cœur tendre, mais je suis un garde et également une chevalière. Comprends-tu que me traiter comme une femme m’insulte ? » demanda-t-elle.

« C’est absurde ! Je n’essaierais jamais d’insulter la fille de la famille Fairstadt, » répliqua Takumi.

« Alors quel était le sens de tes mots ? » demanda Elsa.

« Tu es drôle quand tu es en colère, alors je pensais te taquiner un peu plus, » déclara Takumi.

« C’est donc ça ! Tu voulais m’insulter ! » cria Elsa.

Alors que son visage rougissait de colère, elle continuait de frapper le bureau encore et encore.

C’était exactement la réaction amusante qu’il voulait voir, mais elle ne semblait pas en être consciente.

« Hier, tu m’as même dit que tu n’avais pas le temps ou l’intention de causer des ennuis ! Est-ce que tu t’en souviens !? » cria Elsa.

« J’ai juste dit “Aujourd’hui”, non ? Ce qui signifie qu’aujourd’hui, qui est le jour après le Festival des Moissons, je pourrais tout à fait causer toutes sortes de problèmes, » déclara Takumi.

« Ne fais pas ça ! Voilà pourquoi les personnes comme toi sont... ! » s’écria Elsa.

« Oh, franchement, calme-toi, Capitaine des Gardes, » déclara Takumi. « Je ne t’ai pas laissé me traîner ici seulement pour te taquiner. »

« Pff... D’accord, c’est bon. Ce n’est pas la première fois que tu fais quelque chose comme ça, et ce ne sera pas la dernière, » déclara Elsa. « Si tu l’as vraiment fait en tant que fête, il n’y a pas besoin de creuser plus loin dans la question. »

« Wôw, aujourd’hui, tu es vraiment super franche. Soyons plus amicaux l’un avec l’autre, d’accord ? » demanda Takumi.

« Écoute, peux-tu comprendre que je ne veux pas être ton amie... ? » La colère du chevalier avait disparu, la laissant plaider pour ça d’une voix larmoyante.

L’agitation du festival et son travail quotidien avaient dû considérablement l’épuiser pour qu’elle agisse ainsi.

« Je fais de mon mieux en tant que chevalière, mais les personnes sont envieuses puisque je suis une femme, » avoua Elsa. « J’ai essayé de garder un œil sur Mirta parce que j’étais inquiète et j’ai fini par accepter le rôle de capitaine des gardes de la ville basse que personne ne voulait, et maintenant je suis là, en train de parler avec l’avatar même de l’exaspération... »

« Oui, dans ce cas, puis-je maintenant rentrer à la maison ? C’est trop long pour moi, » déclara Takumi.

« Si tu continues, je vais te frapper, » déclara Elsa.

« Et tu ne l’as pas encore fait. Je suis profondément ému par ta gentillesse, » déclara Takumi.

« Tu es toujours comme ça. Je ne peux pas simplement demander à mes subordonnés de s’occuper de toi, alors je dois moi-même prendre cette responsabilité... le dernier gars qui a essayé, a démissionné et est retourné chez lui, » déclara Elsa.

« Eh bien, Listina est une grande cité. C’est normal que quelqu’un de la campagne soit débordé, » répliqua Takumi.

« Je parie que tu as fait quelque chose, n’est-ce pas !? » demanda Elsa. « Eh bien, il était bien trop amical et il a tenté de me toucher. En outre, il m’a regardé d’une manière étrange, donc je suis plus à l’aise maintenant qu’il a quitté ce poste. »

« C’est génial. Si un garde causait un scandale, même ta dignité aurait pu être entachée, » déclara Takumi. « Tu as eu de la chance qu’il soit parti avant qu’il ne puisse essayer de poser ses sales mains sur toi. »

Takumi avait commencé à siffler sans vergogne, et Elsa avait serré son poing alors qu’elle essayait de retenir sa colère. À la fin, elle poussa un profond soupir, comme si elle avait décidé d’abandonner la lutte.

« Alors ? Chaque fois que tu me laisses t’attraper, il se passe toujours quelque chose de mal. Qu’est-ce qu’il y a eu cette fois-ci ? » demanda Elsa.

« Bonne idée, ça me fait gagner du temps, » répondit Takumi. « Je ne voulais pas que les habitants nous voient parler en public, alors je t’ai laissé m’arrêter, même si tu penses que ce n’était pas nécessaire. »

« Alors, crache le morceau. Je vais t’écouter, » déclara Elsa.

« Eh bien... tu devrais déjà avoir entendu parler de l’affaire qui nous intéresse, » déclara Takumi.

Elle le regarda d’un air perplexe.

« Récemment, des paris illégaux se répandent dans la ville basse, » annonça Takumi.

« ... Comment as-tu appris leur existence ? » demanda Elsa.

« Veux-tu vraiment savoir cela maintenant ? » demanda en retour Takumi.

« Eh bien ! Non, mais le fait de réaliser ça me fait mal..., » son visage se raidit, puis elle soupira encore plus profondément qu’avant.

« Désolée, Takumi, mais je ne te dirai rien à ce sujet. Même si je cherche des informations, je n’en échangerai aucune pour de l’argent, » déclara Elsa.

« Bien sûr, je ne peux pas acheter de l’information du capitaine des gardes avec de l’argent. Alors... tu n’en as pas, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

Takumi avait faiblement souri alors qu’il remarquait sa réaction.

« Les rumeurs les concernant se répandent, » déclara Takumi. « Tu sais qu’ils sont hébergés dans la ville basse et que les clients moyens sont des nobles avec beaucoup de temps libre, mais tu ne sais pas qui est derrière tout ça, donc tu n’as aucun indice... ai-je raison ? »

Elsa répliqua. « ... Pour être plus précise, les gardes déployés dans la ville basse n’ont pas la capacité pour continuer à enquêter par eux-mêmes, alors ils ont abandonné... En tant que chevalier, je me demande où sont allées leur fierté et leur dignité. »

« Tes pensées découlent des enseignements de ta famille, » répondit Takumi. « Une personne ordinaire ne penserait pas à s’opposer au mal et risquer sa vie ainsi que sa famille et son rang. »

Elsa faisait partie de la famille Fairstadt, l’une des trois grandes familles de Listina. Ils avaient une longue et honorable tradition et s’occupent des affaires judiciaires et royales depuis des générations.

Ils avaient un sens aigu de la justice et étaient comme l’incarnation de l’équité, il était donc normal que les gardes soient un peu intimidés par l’un de ses membres.

« ... J’ai lu des rapports sur le jeu illégal. Le fait de profiter des esclaves se battant à mort n’est pas humain, » son poing avait commencé à trembler alors qu’elle imaginait ça.

Takumi lui sourit. « Hé, Elsa, ils ne devraient pas s’en tirer après ça, ne le crois-tu pas ? » demanda Takumi.

« Bien sûr ! En tant que fière chevalière de Richtert, je ne peux pas autoriser de tels actes inhumains ! » s’écria Elsa.

« Tu n’es pas seule, tes subordonnés pensent la même chose. Ils doivent toujours faire face à la racaille, mais ils ne sont pas enivrés par leur pouvoir comme les gardes de la partie supérieure, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Exactement ! » répondit Elsa. « Ils peuvent réprimer les fauteurs de troubles en cas de besoin et ils ne manquent jamais une journée de formation ! »

« Alors pouvons-nous localiser et écraser ces criminels ? » demanda Takumi.

« Oui, nous devrions punir ces malfaiteurs ! Attends, quoi !? » s’écria Elsa.

Takumi affichait un sourire à pleines dents tout en regardant la bouche béante d’Elsa.

« Viens avec moi. Je vais te donner les détails une fois arrivés à Valeria, » déclara Takumi.

« Hein !? Non... es-tu sérieux là !? » s’écria Elsa.

« Bien sûr, » répondit Takumi. « Ces gars ont même causé du tort à notre chef, alors j’ai pensé à tracer une ligne claire entre nous et eux. »

« A-Attends une minute ! » s’écria Elsa. « Sais-tu vraiment qui nous allons devoir affronter ? S’il y a quelqu’un d’important, les nobles ne resteront pas silencieux. »

« Où as-tu mis la fierté du chevalier dont tu parlais il y a quelques minutes ? » demanda Takumi.

« C-C’est toujours là, je n’hésite pas ! » répondit Elsa. « Je veux les arrêter de mes propres mains, si je peux, mais... Je n’ai pas assez d’informations. Les nobles et le clergé sont privilégiés dans la ville basse. Ils ne peuvent être visités que par quelques personnes et seulement dans des lieux privés, donc même si nous commençons une enquête publique, ils détruiront toutes les preuves dès qu’ils remarqueront qu’il se passe quelque chose. »

Fronçant les sourcils, elle laissa échapper un autre soupir. Elsa vivait dans la ville basse, alors elle savait très bien comment ça fonctionnait.

En regardant la fille découragée, Takumi ouvrit sa bouche blasphématoire. « Les paris illégaux sont mis en place par Amberg, l’une des quatre grandes entreprises, et ses organisations affiliées. Ils utilisent plusieurs endroits, comme les bâtiments de l’entreprise ou les résidences secondaires offertes par les investisseurs. Le prochain événement aura lieu dans le sous-sol de l’une des maisons du marquis de Kelbeg dans deux semaines. »

« ... Hein !? » Incapable de traiter toutes ces informations, elle ne pouvait que répondre d’une voix stupide.

« Eh oui, Elsa, tu es la bienvenue là-bas. Je peux même te dire la taille des forces privées qui y seront déployées, » continua Takumi. « Si tu veux vraiment les capturer et tu n’es pas comme ces lâches de la ville basse, alors nous pouvons le faire. »

Il avait souri avec confiance.

« Et alors, ta réponse ? » demanda Takumi. « N’agite pas simplement ta justice devant moi. Cette chance apportera beaucoup de mérites aux gardes. Je te laisse choisir si tu veux prendre cette opportunité. »

Il avait admiré son visage abasourdi pendant quelques instants, puis avait recommencé à parler. « Oh, et ne me demande pas comment je sais tout ça, s’il te plaît. »

***

Partie 4

Après avoir quitté le poste de garde, Takumi avait été escorté jusqu’à Valeria avec l’un des chariots des gardes. Bien entendu, Elsa était avec lui.

Une fois arrivée et assise sur le canapé du salon, elle s’était mise à parler sur un ton pétillant. « Soyons clairs, je ne suis pas là pour faire de la garde d’enfants ou un autre truc qui pourrait surgir dans ton esprit. J’accepterai simplement les informations que vous, habitants de la ville basse de Listina, m’offrez. »

« Comment dire cela... tu as l’air d’être en conflit d’intérêts, » déclara Mirta.

« Mirta, tu es bien trop honnête par rapport à quelqu’un que je connais qui ne coopère jamais... alors, s’il te plaît, surveille tes arrières, » déclara Elsa.

« Hahaha... désolée, mais c’est dur de l’arrêter toute seule, » riait Mirta.

« Puisque tu es le chef ici, ne peux-tu pas contrôler cette situation correctement ? Sinon, mon mal de ventre ne passera jamais, » répliqua Elsa.

Puis, regardant Mirta soupirer amèrement, Elsa avait recommencé à soupirer.

« ... Quoi qu’il en soit, parlons des paris illégaux. Takumi, Amberg est-il vraiment derrière tout ça ? Je veux en être sûre, » demanda Elsa.

« Oui, et toutes les autres grandes entreprises sont complices. Je peux même dire que puisqu’aucune d’elles ne peut le montrer publiquement, elles font semblant d’être ignorantes, » déclara Takumi.

Entendant que de nombreuses personnalités importantes prenaient part à des actes illicites, Elsa avait inconsciemment saisi sa tête.

« Rien que d’y penser me fait mal à la tête... Alors, qu’est-ce qu’on est censés faire ? Honnêtement, je ne soutiendrai aucun acte illégal, » déclara Elsa.

« Je ne veux pas non plus que tu fasses ça. Te laisser entrer par effraction à l’endroit prévu au début de la fête et arrêter toutes les personnes présentes sont plus qu’il n’en faut, » répondit Takumi.

Alors qu’il disait ça, elle semblait de plus en plus douter.

« Je sais que tu n’es pas le genre de gars qui détruirait une entreprise illégale mue uniquement par un sens de la justice. Qu’est-ce que tu complotes ? » demanda Elsa.

« Je ne nie pas que je prépare quelque chose, mais ce n’est pas le moment d’en parler. Faisons semblant que je veux juste continuer à punir Gaitsu Ejistan. Nous devons empêcher les esclaves d’y être amenés, c’est pourquoi je veux que tu penses au reste, » déclara Takumi.

« Empêcher les esclaves d’être amenés là-dedans... ? » demanda Elsa.

« Oui, mais ce ne sera pas une conversation facile pour toi, » déclara Takumi. « Généralement, l’achat d’un esclave ordinaire est un gaspillage d’argent, car ils ne savent pas comment faire leur travail correctement, mais si tu les utilises pour des jeux illégaux, tu as la chance de récupérer ce que tu as dépensé pour eux, et même bien plus. »

« Donc les laisser s’entretuer est un moyen de gagner de l’argent et de se débarrasser de quelque chose d’inutile... ? C’est dégoûtant, même pour une racaille de bas étage, » Elsa avait craché ses mots sans cacher ses émotions.

« Gaitsu... nous a trahis. D’autant plus qu’il a profité du fait que Vatel, qui a tant fait pour la ville basse, a disparu, » déclara Takumi.

Quand l’ancien mandataire avait le contrôle de Valeria, il avait fait beaucoup de choses impardonnables.

Il n’avait pas seulement fait passer l’argent avant la morale, mais il avait même utilisé sans honte l’autorité que Vatel avait construite. Il avait utilisé son pouvoir à maintes reprises et avait profité de quelque chose que les gardes auraient dû faire par devoir.

Takumi avait quand même reconnu ses capacités.

« C’est un égoïste et un avare... mais il est intelligent. Si l’on met de côté l’idéologie de Vatel, l’affiliation à Amberg aurait été une bonne chose pour Valeria, » déclara Takumi.

Même s’ils avaient beaucoup d’influence dans la ville basse, ils avaient pris du retard par rapport aux organisations de la partie moyenne et supérieure.

C’est pourquoi l’affiliation avec Amberg aurait permis à Valeria de devenir une organisation autorisée. Valeria aurait connu une croissance constante et aurait élargi ses activités.

« Pourtant, il est lent. Pour arriver au sommet à partir d’une organisation en pleine croissance, cela prendrait de nombreuses années et il aurait besoin d’agir un nombre incalculable de fois. Si on abandonne la ville basse comme ça et qu’on la laisse dégénérer... le gouvernement décidera de la détruire entièrement et d’éradiquer tous ses habitants, » déclara Takumi.

La ville basse était remplie de criminels et d’orphelins. Les mendiants et les bons à rien étaient aussi très nombreux.

Cela ne signifiait pas qu’ils étaient tous de mauvaises personnes, c’est pourquoi Vatel avait décidé de leur accorder un meilleur endroit où vivre et avait essayé de changer la ville basse pour le meilleur et pour le pire.

Pour y parvenir, le plan de Takumi devait être un succès.

Le marchand d’esclaves au cœur tendre avait de nouveau affronté Elsa. « Pour être honnête, on ne peut pas faire ça tout seul. Nous avons besoin de personnes qui peuvent bloquer les armées privées des grandes compagnies. C’est pourquoi j’ai besoin de l’aide de tes gardes. »

Il s’inclina énormément devant elle. « Cette fois, nous ne nous écartons pas de la volonté de Mirta Famille. Il ne s’agit pas de la ville basse ou de Listina... Nous voulons agir au nom du Saint Royaume de Richtert, et je le jure au nom de notre déesse Filia. » Ses paroles étaient fermes.

Quelques instants plus tard, Elsa avait saisi la situation et elle poussa un profond soupir. « ... qu’il en soit ainsi. Moi, Elsa Fairstadt, en tant que capitaine des gardes qui protège la ville basse de Listina, je fais le vœu d’entreprendre cette mission. »

L’expression raide sur le visage de Takumi s’était effondrée en un sourire.

« Au lieu d’être si insouciant, pourquoi ne te comportes-tu pas toujours comme ça ? Si c’était le cas, alors peut-être que j’écouterais tes demandes n’importe quand, » me déclara une Elsa exaspérée.

« Je ne peux pas faire ça. Si j’affichais une expression sérieuse comme toi tout le temps, je m’étoufferais à mort, » répondit Takumi.

« Ça ne me dérangerait pas. Il est... assez tard maintenant. Envoie-moi ton elfe pour les détails, » déclara Elsa.

« Bien sûr. J’ai une autre demande, si c’est possible... Je veux parler de ça avec ton grand frère. Quand les choses se seront arrangées, peux-tu bien nous trouver un lieu de rencontre ? » lui demanda Takumi.

« ... Veux-tu parler avec mon Frère, Lux ? Il se creuse les méninges sur certains sujets, et cela devrait être plus important que tout le reste…, » me répondit Elsa.

« Je comprends qu’il faut beaucoup de travail pour s’occuper des affaires judiciaires. Dis-moi juste quand il est libre, pour que je puisse ajuster mon emploi du temps en conséquence, » répondit Takumi.

« Je ne peux pas le garantir, mais... d’accord. Si tu peux aller jusqu’à parler avec les gardes de la partie supérieure, je suppose que nous devrons vraiment nous déplacer et nous coordonner. Je lui rapporterai ce que tu as dit, » répondit Elsa.

Après une pause, Elsa s’était levée et avait commencé à quitter la pièce.

« Je n’ai pas eu l’occasion de te dire quelque chose, » Elsa avait fait face à Mirta et lui avait souri tendrement. « Félicitations, Mirta Famille, le nouveau chef de Valeria. Tu es trop gentille, mais je crois que la ville basse a besoin de ta gentillesse. Je suis vraiment heureuse que ce soit devenu officiel. »

« Merci beaucoup ! » Elle avait souri à son amie, qui avait ensuite quitté la pièce.

Le silence était descendu sur les deux individus qui étaient restés là.

« Désolé de ne pas t’avoir laissé parler, » déclara Takumi d’une voix grave, et Mirta agita les mains.

« Ne t’inquiète pas de ça ! Ce n’est pas comme si j’avais déjà beaucoup parlé avant de devenir le chef... De plus, j’ai compris que tu fais cela pour la ville basse puisque tu as même incliné la tête devant quelqu’un, » me répondit-elle.

Son tendre sourire l’avait fait se détendre un peu.

« Je te laisserai t’occuper de ce genre de choses à partir de maintenant, alors tu n’as pas à avoir l’air triste, » déclara Takumi.

« Je ne le suis pas ! Le chef de Valeria ne peut pas être triste ! » répliqua Mirta.

« Même le capitaine des Gardes t’a reconnue. Pourquoi ne pas répandre une rumeur et la mettre en colère ? » demanda Takumi.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, alors ne le faisons pas, d’accord... ? » demanda Mirta.

Tout en échangeant de telles remarques légères, Takumi s’était levé.

« Laisse-moi m’en occuper, chef, » déclara Takumi.

« Oui. Je protégerai Valeria jusqu’à ton retour, » répondit Mirta.

Elle acquiesça d’un signe de tête et il se dirigea vers la porte.

 

☆☆☆

 

Alors qu’il marchait dans les rues presque désertes, il parlait dans la direction de la noirceur de la nuit.

« Kunon, viens ici, il faut qu’on parle. »

« Yeeep ! » De l’obscurité, quelqu’un avait répondu d’un ton joyeux. Puis une petite femme-chien était apparue de l’ombre.

Comme elle s’approchait à vive allure, elle avait suivi son rythme et il avait recommencé à parler.

« De combien de temps avons-nous besoin avant que les demi-humains que j’ai achetés soient prêts ? »

« Jusqu’à ce qu’ils soient ajustés ? » demanda Kunon.

« Oui. Ils sont déjà sous notre contrôle, alors je suis obligé de te laisser t’en charger, » déclara Takumi.

« Je pense qu’une semaine suffira. Les demi-humains hésitent à attaquer les personnes, donc ils ont besoin d’un peu de temps pour s’habituer aux combats, mais il n’y aura pas de problèmes tant que l’unité de redressement fera son travail, » elle avait répondu avec froideur, comme la fois où elle avait attaqué Gaitsu, mais son attitude n’avait pas vraiment changé.

« Alors, donne-leur le temps nécessaire pour le finir. Si un problème survient, laisse Karin s’en occuper, » déclara Takumi.

« Eeeh ?! Vas-tu encore me faire attendre !? » Découragée, elle gonfla ses joues et il les pressa du bout des doigts.

« Non, cette fois, j’ai un travail super dur pour toi, » répondit Takumi.

« Super dur ?! Mais, est-ce quelque chose de vraiment -super-dur !? » Ses yeux brillaient face à ces mots.

Elle aimait les tâches difficiles, car plus elles étaient difficiles, plus elles devenaient intéressantes.

« C’est quelque chose que toi seule peux faire. J’ai de grandes attentes à cet égard, » déclara Takumi.

« D’accord ! Alors, laisse-moi faire ! » Elle avait répondu avec un sourire innocent. « Aaah, j’ai hâte d’y être ! »

C’était si innocent que cela dissimulait parfaitement ce qui était caché derrière lui.

« Alors, je vais finir ce que j’ai à faire ! » déclara Kunon.

Les oreilles de nouveau droites, elle retourna dans l’obscurité avec des pas légers, passant devant Karin qui s’approchait d’eux à un rythme décontracter.

Puis, l’elfe avait commencé à marcher aux côtés de Takumi.

« De quoi s’agissait-il ? Elle avait l’air très heureuse en ce moment... lui as-tu donné à manger ? » demanda Karin.

« Non, elle a maintenant deux travaux à faire et l’un d’entre eux concerne les combats, » répondit Takumi.

« Je vois... eh bien, ces derniers temps, elle est toujours pleine d’énergie, même pour l’un de ses congénères. Au moins, elle aime vraiment son travail, » déclara Karin.

« La laisser jouer de temps en temps, c’est mon devoir. Comment vont les choses de ton côté ? » demanda Takumi.

« Tout se déroule sans heurts. Ils cherchent désespérément des esclaves dans des villes voisines et même des régions éloignées, mais même s’ils ne trouvent rien, ils n’arrêtent pas leur chasse, » répondit Karin.

« Je parie que Gaitsu ne peut pas faire ça. Et pour le reste ? » demanda Takumi.

« C’est toi qui as élaboré ce plan, alors as-tu vraiment besoin d’entendre ça ? » demanda Karin en retour.

« Tu sais à quel point il est important d’entendre ces rapports, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

« ... Oui, c’est vrai. Je disais ça comme ça, » répondit Karin.

Elle bouda légèrement, puis s’éclaircit la gorge et retrouva son calme.

« Beaucoup d’habitants de la campagne ont été vendus comme esclaves, mais nous les avons déjà tous collectés. D’autres organisations prennent des mesures pour ne pas s’impliquer avec nous. Les guides de Meld ont accepté l’argent et ont quitté les lieux, tandis que les gardes et les corruptions au sein des douanes ont pris fin, » répondit Karin.

« Super. Comment vivent les demis-humains dans les montagnes ? » demanda Takumi.

« Aigle et Lewin ont dit que personne n’a été capturé. Il y a eu quelques bagarres, mais les demi-hommes sont particulièrement bons pour ce genre de situations. Certains ont été blessés, mais rien de plus. Ils ont dû désactiver les pièges et ils ont soutenu les autres depuis l’ombre, » répondit Karin.

« Parle-moi de leur soutien logistique. Ils n’ont jamais raté la cible, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

Karin avait alors poussé un doux soupir.

« Nous ne l’avons pas autorisé pour cette expédition, mais... il semble qu’Aigle ait utilisé l’arc long dont il est si fier. Il semble qu’il ait soufflé la partie supérieure ou inférieure du corps de plusieurs criminels, » répondit Karin.

« C’est une honte. J’avais pourtant dit que cette arme arracherait les membres de quelqu’un en les touchant avec l’une de ses flèches, » déclara Takumi.

« Bon sang... et j’ai même clairement dit de ne pas attirer l’attention. Il semble qu’il ait récupéré toutes les flèches, mais si Gaitsu voit ces cadavres, il pourrait savoir qui a fait ça, » déclara Karin.

« Il n’est pas stupide, je parie qu’il a déjà deviné que je suis derrière tout ça. Ou plutôt, c’est encore mieux s’il y croit, » Takumi répondit de bonne humeur à Karin, qui s’inquiétait de sa mauvaise gestion.

« Dis à Kunon de parler à Aigle et dis-lui de le frapper un peu. Peut-être que le démon peut donner un peu de bon sens à ce cerveau d’oiseau, » déclara Takumi.

« Si ça ne te dérange pas, ça ne me dérange pas. Au fait, son travail est différent de nous, n’est-ce pas ? » demanda Karin.

« Oui, bien sûr. C’est à toi de décider. Je vais permettre à tout le monde d’y aller ce jour-là, de sorte que tu es libre de montrer tes capacités, » répondit Takumi.

« Hmm... J’achèterai plus de l’huile que tu m’as achetée et je réparerai ma brosse. Le manque d’action m’ennuyait, » répondit Karin.

Takumi avait souri amèrement à sa remarque vivante et ajusta son expression.

« Cela dépendra de la pierre angulaire de notre plan, » déclara Karin.

« Tu as raison. Maintenant, en ce qui concerne la partie la plus importante…, » commença Takumi.

« Gaitsu a pris contact avec les villes de la côte et a arrangé quelques grands navires. Il a déplacé les esclaves qu’il a en eux, et il attend maintenant le grand jour, mais…, » commença Karin.

« Quoi ? Il y a un problème ? » demanda Takumi.

Elle secoua la tête et soupira profondément d’une expression ennuyée. « Je me demandais juste ce qui se passe dans ta tête. Normalement, les choses ne se dérouleraient pas aussi bien, et tu savais que tout cela allait se produire il y a deux ans. »

« J’ai tout fait pour en finir avec cette situation. Je n’avais qu’à préarranger les choses et à agir en conséquence. C’est simple, n’est-ce pas ? »

« Tu es le seul à penser que c’est simple. Je ne peux vraiment pas te suivre, » elle affichait une expression d’insatisfaction pendant qu’il souriait amèrement à sa remarque.

« Tu es toi-même tout à fait étonnante, puisque tu peux organiser et rapporter cette quantité d’informations. C’est pour ça que je te laisse les choses importantes, » déclara Takumi.

« ... Dirais-tu que même si je n’avais pas mon pouvoir... ? » Demanda Karin.

Elle regardait son visage avec ses yeux dorés et diaboliques qui pouvaient jeter un coup d’œil dans l’esprit des gens. Elle pouvait comprendre quand quelqu’un mentait, mais elle devait aussi percevoir même ce qu’elle ne voulait pas. C’est pour ça qu’elle ne pouvait croire en personne.

Takumi lui caressa alors la tête.

« A -Arrête ! Qu’est-ce qui te prend !? » s’écria-t-elle.

« Ne repousse pas les limites de ton pouvoir. Tes yeux sont un fardeau pour ton corps, alors ne les utilise pas comme si ce n’était rien, » déclara Takumi.

« Je les avais utilisés parce que c’était important pour moi, » répondit Karin.

« Tu sais déjà que je ne dirai pas de mensonges insignifiants. Tu serais importante pour moi comme tu l’es même sans ton pouvoir, et même dans un tel cas, je te confierais quand même ce travail. Vas-y, essaie de voir par toi-même si je dis la vérité, » déclara Takumi.

Un sourire se répandit sur son visage alors que leurs regards se rencontraient.

Pendant un bref instant, la couleur de ses yeux avait semblé plus intense... puis elle avait laissé échapper un léger rire.

« Comment le dire... tu n’es pas dans mes cordes, » répondit-elle.

« Je suis content que tu sois satisfaite maintenant. Si possible, j’aimerais voir ton visage souriant plus souvent, » déclara Takumi.

« C’est impossible. J’ai cherché pendant une seconde et j’ai déjà mal à la tête, » répondit Karin.

Tandis qu’elle endurait les conséquences de ses actes, une expression brillante avait écrasé son air renfrogné.

« Bon sang, comment peux-tu être aussi stupide, la mademoiselle autoproclamée, » déclara Takumi.

« Ferme ta grande gueule ou je vais continuer à t’appeler le morveux, » répliqua Karin.

« Je ne nierai pas la vérité et ça ne me dérangerait pas non plus qu’on m’appelle ainsi. Pourtant, nous allons avoir un travail important. N’utilise pas ton pouvoir sans réfléchir. Tu ne peux pas risquer maintenant un épuisement, » tandis que sa main caressait doucement la tête de Karin, ses lèvres se recourbèrent en un sourire.

« Il est temps... de laisser tout le monde se joindre à la fête, » murmura-t-il, et les deux silhouettes disparurent finalement dans l’obscurité de la nuit.

***

Chapitre 5 : Marchand d’esclaves et marchand d’esclaves

Partie 1

Deux semaines, ce n’était pas très long comme attente.

Elsa avait demandé la collaboration des gardes de la partie supérieure, et grâce aux informations détaillées fournies par Karin, ils avaient pu planifier une attaque parfaite pour arrêter l’organisation Amberg pour avoir accueilli des paris illégaux.

Puis, un soir, Takumi avait quitté Listina.

Il avait utilisé un passage secret qui s’étendait sous terre pour sortir de la ville : l’ancien canal de drainage de la ville basse.

Autrefois, l’eau recueillie du lac de Verna l’avait traversé, et c’était la raison pour laquelle il avait été conçu beaucoup plus large et plus robuste que le canal typique. Même un chariot pouvait s’y tenir, et il était pavé avec les mêmes pierres qui reliaient les routes de Listina, de sorte qu’il n’était pas douloureux pour les sabots des chevaux.

Aujourd’hui, puisque la ville s’acharnait à faire couler l’eau dans un nouveau canal de drainage, l’ancien canal avait été abandonné et utilisé pour faire du transport de marchandises en secret, puisqu’il ne restait plus d’eau.

« Pff... ils sont en retard ! » se plaignit Kunon, qui s’était assise sur un rocher tout en agitant ses jambes sous le clair de lune.

« Un peu de patience. Ils n’ont pas emprunté l’itinéraire de Valeria, et c’est le seul accès au sentier souterrain, » répondit Takumi.

Au cours des deux dernières semaines, Takumi avait enquêté. Il s’assurait qu’il n’y avait pas d’autres chemins, portes secrètes ou tunnels qui mènent à l’extérieur.

« Elsa a déjà commencé l’opération, donc ils devraient bientôt venir, » Takumi regarda dans l’obscurité éclairée par la lumière des étoiles alors qu’il lui disait ça.

Puis, les oreilles de Kunon se soulevèrent et elle se leva, et il l’imita tranquillement.

Un chariot recouvert d’un tissu s’approchait d’eux depuis l’ombre. Après quelques instants, il avait commencé à ralentir et ses chevaux avaient henni.

Le cocher était un gros homme. Voyant qui l’attendait, ses lèvres se transformèrent en un sourire malicieux. « Quelle surprise, Monsieur Takumi ! Qu’est-ce qui vous amène ici à cette heure ? »

« Bien entendu, je suis venu vous déranger. Désolé, mais vous devez nous laisser votre chariot et partir, » répondit Takumi.

« Hehe... Vous aviez l’air d’un bandit, mais ils sont après tout nombreux, » déclara l’homme.

L’homme avait regardé les deux personnes qui bloquaient son chemin. Mais il n’y avait personne d’autre qu’eux. Les gardes travaillaient dans la ville basse, et les membres de Valeria avaient d’autres tâches à faire ailleurs.

« La qualité avant la quantité. Kunon seule suffit pour s’emparer d’une personne comme vous. Au fait... vous n’avez pas vraiment le temps pour de petites discussions, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

« Oui, en effet. Je dois m’occuper d’une affaire importante, » répondit l’autre.

Takumi avait alors ri avec force.

« Gaitsu, vous n’avez pas un seul esclave avec vous en ce moment, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

Le sourire de l’homme avait disparu. D’autre part, le jeune marchand d’esclaves, s’attendant à sa réaction, avait largement souri avant d’enfoncer le couteau dans la plaie. « Notre existence même est une douleur pour vous, alors vous voulez vous débarrasser de nous pour satisfaire pleinement votre rancune. »

Il avait jeté un coup d’œil au tissu du chariot.

Takumi avait alors continué à parler. « Peut-être que vous cachez une bande de mercenaires pour nous tuer. Ou peut-être que vos sponsors vous ont abandonné comme un chien ? »

« Quel gosse imaginatif tu es ! » répliqua Gaitsu.

« Je n’imagine rien du tout. Je vous connais assez bien, » Takumi avait commencé à tapoter sur sa tempe tout en parlant. « Un lâche comme vous ne monterait jamais seul dans un chariot, car vous savez que vous pourriez être attaqué par quelqu’un. Vous devez vous assurer de votre sécurité, et le fait de payer des mercenaires pour vous protéger ferait parfaitement l’affaire. »

Son doigt s’était arrêté avant de se diriger vers le cocher.

« À l’instant, je viens d’expliquer votre pauvre raisonnement. Au moins, je n’ai pas peur d’être entouré de bandits, espèce de lâche. » Takumi s’était moqué de lui.

Puis, Gaitsu avait écarquillé les yeux et avait crié. « Tuez-les ! Découpez-moi ces salauds ! »

Le tissu qui recouvrait le chariot s’était mis à flotter au vent et le clair de lune avait révélé ce qui se cachait en dessous.

Kunon s’était précipitée vers Takumi, l’avait pris dans ses bras et avait sauté.

L’instant d’après, un énorme pilier de feu s’était élevé de cet endroit et avait traversé la nuit avec un grondement d’orage qui avait continué à résonner dans la nuit alors que ses flammes étaient alimentées par de l’oxygène.

Il s’agissait d’un spectacle rare, mais quelque chose comme ça était tout à fait possible dans ce monde. Il s’agissait de la magie.

« Tu connaissais mes intentions, hein ? Je le savais déjà, » tandis que les flammes brûlaient vers le ciel, un sourire s’était répandu sur le visage de Gaitsu. « Je savais que tu m’aurais directement approché, alors je me suis préparé pour te tuer ! »

Des ombres émergeaient de l’intérieur du chariot.

Ils étaient tous des humanoïdes, mais il est clair qu’aucun d’entre eux n’était humain. Il s’agissait de demi-humains, et au moins une vingtaine d’individus.

« Cette chienne est une vraie plaie. Les humains normaux ne peuvent même pas l’égratigner, et les demi-humains sont trop mous pour blesser les autres... C’est pourquoi je ne les ai entraînés à fond que pour cet instant, » déclara Gaitsu.

Leurs yeux brillaient de folie, comme s’ils étaient une bande de « bêtes affamées ».

« Je vois... mais ils ont l’air hâtifs. Vous les avez drogués et vous avez réécrit leur nature avec force, hein ? » demanda Takumi.

« J’avais accès à beaucoup de drogues depuis que je fais partie des grandes compagnies. De toute façon, les demi-humains sont juste une bande de bêtes sans cervelle. N’est-il pas mieux de les utiliser comme ça ? » Avec un sourire méprisant, Gaitsu les regardait avec dédain.

En voyant ça, le visage de Takumi s’était déformé. « ... Bon sang, ça me ressemble tellement. Comme c’est vexant. »

Il manipulait les demi-humains avec de la drogue et amenait avec lui plusieurs utilisateurs de magie qui se cachaient encore dans le chariot.

« Il veut vraiment nous tuer s’il a amené des magiciens, n’est-ce pas, Kunon ? » demanda Takumi.

« Uuh... Je ne comprends pas vraiment la magie parce que personne ne se bat habituellement contre les magiciens…, » elle lâcha Takumi tout en regardant le chariot.

Seuls les nobles ou les personnes qui leur étaient proches pouvaient apprendre la magie.

La famille Richtert était particulièrement connue pour sa puissante magie, et comme ils ne voulaient pas que leurs recherches soient diffusées à l’extérieur, ils ne l’enseignaient qu’à leurs descendants.

Le fait d’étudier avec tant d’assiduité avait amené les différentes familles nobles à développer une technologie unique et à acquérir suffisamment de connaissances pour manifester le véritable pouvoir de la magie.

Les utilisateurs de la magie de Richtert étaient une classe privilégiée, et l’un d’entre eux pouvait détruire une armée entière en étant tout seul. C’est pourquoi tout le monde hésitait à aller à leur encontre.

Pourtant, les nobles n’étaient autorisés à utiliser la magie que lorsque cela était strictement nécessaire.

Le pilier de feu qui avait été jeté du chariot était plus faible que celui d’un lanceur de sort de Richtert, de sorte qu’ils avaient probablement été embauchés d’un autre pays.

« Qu’est-ce que tu vas faire ? Si c’est trop dur, on peut courir, » déclara Takumi.

« Oh non ! Ce serait super ennuyeux, » répondit Kunon. Pour Kunon, même les utilisateurs de magie n’étaient pas une menace. « C’est une chance rare, je devrais en profiter au maximum ! »

Incapable de garder un visage stoïque, elle souriait et se secouait tout en dégainant ses deux poignards. Les lames étaient noir de jais et courbées comme les griffes d’un loup, et longues d’une cinquantaine de centimètres.

Tandis qu’elle tenait ses falcatas, Kunon avait souri avec innocence. « Alors... Montrez-moi ce que vous savez faire. »

Le sourire de Kunon était terrifiant, mais les demi-humains l’avaient ignoré et l’avaient attaqué de tous les côtés.

Leurs capacités physiques étaient de loin supérieures à celles de l’homme et les effets des drogues les amplifiaient encore plus, leur donnant une vitesse qui dépassait même la moyenne des demi-humains.

Les crocs d’un homme-loup, les bras robustes d’un ogre, les griffes d’un homme-dragon et d’un homme-oiseau se rapprochaient tous de son petit corps pour le déchirer.

Pourtant, elle était restée immobile.

« Ce n’est pas bon, il faut réfléchir avant d’attaquer…, » déclara-t-elle.

Elle avait fait tourner ses poignards en douceur, et avec cela, les quatre attaquants étaient tombés sur le sol comme une bande de marionnettes dont les fils avaient été coupés. Elle avait ensuite cherché le contact visuel avec les autres tout en souriant joyeusement.

« Tuer un ennemi est difficile, alors vous feriez mieux de penser à ce que vous faites. À quel point il est fort, où faut-il viser, vaut-il mieux le frapper d’un seul coup ou mieux le feindre... Si vous essayez de n’utiliser que la force brute, l’ennemi n’aura même pas peur de vous, » déclara-t-elle. Elle affichait son expression habituelle tout en faisant tourner ses armes.

« Il y a un abîme entre quelqu’un qui pense et quelqu’un qui ne pense pas. Et aussi, quand vous croyez que quelqu’un est “invincible”, l’abîme s’approfondit vis-à-vis de lui, » déclara-t-elle.

Aucun des demi-humains tombés n’affichait des blessures mortelles sur leur corps.

Elle les avait simplement neutralisés en utilisant ses techniques martiales. Elle avait fait que les hommes-loups, qui avaient une olfaction aiguisée, sentent le poison qui recouvrait ses lames dès qu’elle les avait dégainées. Elle visait les points faibles des ogres avec ses poings pour endommager leurs organes internes et contourner leurs corps robustes. Elle avait attaqué les hommes-dragons, qui avaient des écailles solides qui les protégeaient, avec assez de puissance pour leur faire du mal. Elle avait frappé les tempes des hommes-oiseaux avec le plat de ses lames pour troubler leur sens de l’équilibre et les laisser s’écraser sur le sol, rendant leurs griffes inutiles.

Une fois que vous connaissez les caractéristiques de l’ennemi, il était facile de trouver sa faiblesse.

Kunon y pensait à ce moment précis. Chaque fois qu’elle parlait ou mangeait quelque chose, une partie d’elle analysait comment frapper ses adversaires.

« Ne vous inquiétez pas, je ne vous tuerai pas. Je suis un chien de chasse, donc mon devoir est de chasser et de saisir ma proie, » déclara Kunon.

La preuve de ses paroles était à ses pieds. Aucun de ces types n’était mort. Elle s’était juste assurée qu’ils soient impuissants. Cette réalité était bien plus terrifiante que de penser qu’ils avaient tous été massacrés.

Elle avait ensuite porté son regard sur les utilisateurs de magie qui chantaient un sort, et quand un autre pilier de feu était sur le point de s’élever de dessous ses pieds, elle avait piétiné le sol de toutes ses forces. Le sol s’était brisé sous l’effet d’une forte secousse, produisant des fissures, et les flammes s’étaient dispersées en un instant.

« C’est tout ce que... ? La magie n’est pas si amusante... » Elle avait fait la moue, profondément déçue.

Normalement, cette magie aurait brûlé n’importe quel humain en quelques secondes, mais elle l’avait neutralisé avec une force pure et simple.

Elle ne ressemblait pas seulement à un monstre...

« Comme c’est ennuyeux. Finissons-en avec ça, » déclara-t-elle.

C’était un monstre.

Les autres demi-humains l’avaient contourné dans la panique et avaient visé Takumi.

« Bien joué ! Vous avez utilisé votre cerveau, hein ? Mais ce n’est pas bon, » déclara-t-elle.

Elle avait anticipé leurs actions et avait ainsi commencé à les assommer. Profitant de ces quelques instants, les mages avaient commencé à chanter un sort destiné à Takumi, mais le Chien avait lancé ses lames noires vers leur cou.

« Viser uniquement Takumi n’est pas juste ! Je comprends que vous ayez peur, mais essayer de m’échapper ne vous aidera pas ! » déclara-t-elle.

Après que ses lames aient atteint leurs cibles, elle avait tiré les fils attachés à ses armes vers l’arrière avec un gémissement d’insatisfaction.

Les mages ne l’écoutaient plus. Leurs compagnons les regardaient en s’attendant à leur mort, mais leur tête n’avait pas été détachée de leur corps, et leur trachée n’était pas coupée.

Ils essayaient de parler, mais aucun son n’a échappé à leurs lèvres.

« Vous pensiez que j’allais vous tuer ? Je viens juste de couper vos cordes vocales, » déclara-t-elle alors que son expression s’était légèrement assombrie.

Faire quelque chose comme ça tout en se battant était presque impossible. Si la lame s’était enfoncée plus profondément d’un pouce, ils seraient morts. Pourtant, elle avait perfectionné ses capacités au point de faire croire à ses ennemis qu’elle était imbattable.

« Votre carrière de mage est terminée... mais je suis sûre que mon maître trouvera un lieu de travail même pour des muets comme vous, » déclara-t-elle.

Sous le voile d’innocence de sa voix, ils pouvaient percevoir sa folie.

Il ne s’agissait pas de tuer ou non. Pour commencer, ce n’était même pas une bataille. Elle était l’incarnation du massacre.

« Voyons voir... Un, deux, trois... chaque demi-humain s’est évanoui, donc ceux qui sont dans le chariot sont les seuls qui restent, n’est-ce pas ? » se demanda-t-elle à voix haute.

En tournant son corps, elle leur avait affiché un sourire éclatant et inapproprié.

« Vous n’avez aucune chance, mais... voulez-vous quand même essayer ? » demanda Kunon.

Elle avait écrasé leur volonté. Il n’y avait pas de place pour le choix. Ils s’étaient donc tous rendus. Il ne s’agissait pas seulement de protéger leur vie, mais aussi de maintenir un peu leur santé mentale.

Ils avaient alors levé les mains en descendant du chariot et ils marchèrent lentement vers Takumi et le Chien.

« Beau travail, Kunon. Tu as parfaitement géré ça, » déclara Takumi.

« Ce n’est pas sympa du tout. Tu as dit que c’était dur, mais à la place, c’est trop facile. Je suis maintenant toute triste, » déclara Kunon.

« Je pensais que les mages t’auraient donné du fil à retordre, mais tu es vraiment forte. Tu devrais t’en réjouir, » répliqua Takumi.

« Je ne le suis pas, espèce de menteur ! Je n’écouterai plus un mot de ce que tu diras à partir de maintenant ! » cria Kunon.

« Je vois. Alors, je peux supposer que tu ne voudrais pas manger un morceau après notre retour à la maison, » déclara Takumi.

« Désolée, je retire ce que j’ai dit, » s’excusa-t-elle.

Un sourire amer s’était formé sur son visage pendant qu’elle baissait ses oreilles et sa queue, et l’instant d’après, Takumi avait commencé à lui caresser la tête.

Le voir traiter ce monstre implacable comme ça le faisait passer pour un démon aux yeux des mages.

« Écoute, Kunon, quelqu’un de Valeria devrait venir ici dans un moment, donc j’ai besoin que tu gardes un œil sur ces gars, » déclara Takumi.

« Oui monsieur ! Mais vas-tu quelque part ? » elle inclina sa tête alors qu’elle demandait ça, perplexe, et il soupira profondément.

« Je vais aller pourchasser ce porc dégoûtant qui s’est enfui dès que tu as commencé à assommer ces messieurs. Ce gros lard ne fait les bons coups que dans ce genre de situations, » répondit Takumi.

« Alors, laisse-moi venir…, » supplias Kunon.

« Tu n’en as pas besoin. Attends ici, d’accord ? » demanda Takumi.

Il agita légèrement la main et se dirigea dans la même direction que Gaitsu avait prise.

Sa silhouette avait disparu dans la nuit.

***

Partie 2

Takumi avait dit qu’il allait poursuivre Gaitsu, mais même s’il était irrité, son rythme était resté lent.

Il était en train de suivre les empreintes de pas, piétinant et cassant les feuilles et les branches alors qu’il entrait dans la forêt.

Au bout de cette piste se trouvait un espace dégagé, où Gaitsu était actuellement en train de haleter lourdement tout en se penchant sur ses genoux.

« Alors, ne peux-tu pas courir plus loin ? » demanda Takumi.

« Ha !? » Gaitsu avait alors émis un son aigu pendant qu’il se retournait pour faire face à son poursuivant.

Son expression était déformée par la peur.

« S’il te plaît... Je te donnerai tout mon argent ! Je te donnerai tout ce que j’ai, mais épargne ma vie... ! », avait supplié Gaitsu.

« Aaah, je ne t’entends pas ! Ne me supplie pas pour ta vie avec ces paroles bon marché, » le regard de Takumi était tranchant. Il était de mauvaise humeur. « Je ne gagnerai rien à te tuer... Alors tu me donneras des informations, sinon je ne te pardonnerai pas pour les esclaves que tu as laissé mourir. »

Pour soutenir Amberg, Gaitsu avait dû sacrifier de nombreux esclaves dans ces jeux illégaux. Il l’avait fait non seulement dans des batailles grossières, mais aussi dans d’autres façons inutiles et improductives. C’était selon lui impardonnable.

Tandis que Takumi semblait le poignarder avec son regard, l’homme tremblait de peur, mais au fil du temps, la haine avait rempli son regard.

« Tu es un bâtard... tu l’as toujours été depuis ton enfance. Tu es si fier et arrogant. Quoi qu’il arrive, tu marches sur les autres et les regardes de haut..., » répliqua Gaitsu.

« C’est ce que les personnes supérieures doivent faire. Si tu n’as pas d’orgueil, tu ne peux pas t’élever au-dessus des autres, et si tu n’es pas arrogant, alors tu ne peux pas trouver des individus de ton niveau... Je le sais mieux que quiconque, » déclara Takumi. Le jeune homme se souvenait de son ancien monde.

Des personnes, des équipes, des organisations, des entreprises, des pays... il avait parlé en se tenant au-dessus de tous.

Mais Gaitsu ne pouvait pas saisir le véritable sens de ces mots.

Il ne pouvait que comprendre que Takumi était né une marche au-dessus de lui, avec un meilleur statut social et de meilleures capacités. Pourtant, il ne pouvait pas l’accepter aussi facilement.

« Alors... Si je peux te tuer, même moi, je prouverai ma valeur ! » Dès que Gaitsu avait crié cela, la forêt silencieuse était devenue bruyante.

Un très grand nombre de demi-hommes étaient apparus et ils étaient plus nombreux que ceux qui étaient sur le chariot avant ça.

« Je croyais que tu me sous-estimais en n’amenant que ces quelques hommes avec toi, mais maintenant je comprends... Tu pourrais réussir à me tuer avec autant d’individus, » déclara Takumi.

« Je pensais que des lanceurs de sorts de différents pays seraient capables de s’emparer du Chien... Mais puisque tu m’as suivi, ça n’a plus d’importance, » déclara Gaitsu.

Gaitsu s’était de nouveau levé et aucune trace de peur ne pouvait être vue sur son visage.

« Quelqu’un qui manipule les autres en les regardant de haut... tu es vraiment effrayant. Tu as peut-être moi, les grandes entreprises et peut-être même tout le pays entre tes mains..., » ses lèvres s’étaient serrées et elles avaient pris la forme d’un sourire carnassier. « Mais en fin de compte, tu es un humain comme tout le monde. Peu importe le nombre d’esclaves que tu possèdes, et la force de ces derniers, ils ne sont pas présents avec toi. »

Les intentions meurtrières qui les entouraient devenaient de plus en plus importantes.

« Je vais t’éclater la tête et t’arracher le cœur..., ton heure est venue, » déclara Gaitsu.

Gaitsu l’avait percé d’un regard assoiffé de sang, puis il avait levé la main.

Au moment où il l’aurait abaissé, le jeune homme devant lui serait mort. Son corps se ferait transformer en pulpe de viande et en os écrasés.

Pourtant, même dans cette situation désespérée, Takumi n’avait pas perdu son sang-froid.

« Tu es supérieur parce que tu peux prédire la suite, hein... ? Je te vois comme une menace, et comme tous ceux que j’ai vus comme ça, je te détruirai... C’est cela la signification d’être supérieur, » déclara Takumi.

« Haha... c’est comme ça que tu mendies pour ta vie ? Quelle arrogance ! » s’écria Gaitsu.

« Supplier pour ma vie ? Arrête de cracher des bêtises, » un sourire débordant de confiance en soi s’était formé sur le visage de Takumi alors qu’il répondait ça.

« Ouais, tu supplies pour ta vie... tout comme la racaille que tu es, sale bâtard, » Gaitsu avait légèrement hoché la tête. « Ils vont te trancher la gorge. »

Alors qu’il commençait à baisser la main, un bruit de tonnerre lui avait percé l’oreille. Tous ceux qui l’avaient entendu s’étaient figés alors qu’ils étaient en état de choc.

« Tu es bon, mais... tu as raté quelque chose dès le début, » déclara Takumi.

L’odeur de la poudre à canon était en suspension dans l’air.

« Croyais-tu vraiment que quelqu’un peut se charger de moi ? » demanda Takumi.

Gaitsu avait commencé à trembler légèrement et avait regardé la main de Takumi.

« Qu’est-ce que... c’est... ? » demanda Gaitsu.

« Franchement, cochon, tu ne reconnais pas une arme quand tu en vois une ? » demanda Takumi.

Les armes à feu étaient bien connues dans ce monde. C’est pourquoi Gaitsu s’était raidi dès qu’il avait entendu ce bang. Mais ce que Takumi tenait dans sa main était encore inconnu dans ce monde-là.

« Il s’agit d’un pistolet à roue, communément appelé revolver, mais je doute fortement que tu puisses comprendre ce que c’est, » déclara Takumi.

La magie étant plus efficace à longue portée, les fusils étaient reconnus comme de simples jouets de chasse pour les nobles.

« Un... Un pistolet qui n’a pas besoin d’un silex et qui peut être porté aussi facilement..., » déclara Gaitsu.

« C’est tout simplement devant toi. Cependant, je ne peux pas expliquer comment l’amorce et les cartouches sont fabriquées parce que cela pourrait causer beaucoup de problèmes, » déclara Takumi.

Dans un monde où la connaissance des armes à feu ne surpassait pas les mousquets, l’existence des armes de poing aurait pu déclencher une révolution. N’importe qui en aurait transporté un, et n’importe qui l’aurait utilisé.

Après cela, les fusils de tireur d’élite, les fusils d’assaut, les mitrailleuses, les lance-grenades auraient été les prochains... Ils avaient tous été développés dans l’ancien monde de Takumi en raison de l’absence de magie, et leur puissance de feu pourrait rivaliser avec celle de la magie.

Ils auraient créé des conflits, et le sang de beaucoup de personnes aurait souillé la terre. Takumi ne voulait pas transformer ce monde déjà cruel en un monde encore plus sanglant. Mais exactement parce qu’il vivait dans un monde sans pitié, il devait se protéger le mieux possible.

« Les humains sont faibles... mais je me demande si c’est pareil quand ils tiennent une arme, » déclara Takumi.

Gaitsu avait paniqué pendant un instant, mais avait ensuite retrouvé son calme. « Qu’est-ce que tu as dit ? C’est juste un petit pistolet ! Comme si tu serais capable de survivre face à autant de personnes ! »

« Si tu le penses, vas-y. Vous n’êtes pas assez pour me tuer maintenant, » un sourire moqueur apparut sur ses lèvres alors qu’il disait ça.

C’était le sourire diabolique et cruel de quelqu’un qui se tenait au-dessus de tout le monde.

« Allez, lâche, voyons si tu peux faire ça, » déclara Takumi.

L’expression de Gaitsu s’était raidie, mais à la fin, il avait baissé le bras.

Les demi-hommes, qui lui étaient fidèles grâce à la drogue, s’étaient précipités vers leur cible, mais au moment où ils avaient sauté en l’air pour l’attaquer, une force invisible les avait projetés au sol.

L’odeur du sang avait alors rempli l’air, et Gaitsu avait regardé l’arme de son adversaire pour voir qu’il ne les pointait pas avec l’arme et qu’aucune fumée ne sortait du canon de l’arme.

« Alors, qui est le prochain ? Si personne n’avance, je viendrai me charger de votre chef, » dit Takumi alors qu’il commençait à marcher vers sa proie.

D’autres demi-hommes avaient réagi à ces mots et avaient commencé leur assaut, mais c’était comme si un mur invisible les empêchait de s’approcher trop près de lui, et après avoir laissé des traces de sang derrière eux, ils étaient tous tombés à ses pieds.

« Tu es bon, mais tu es aussi un lâche incroyable. Dès que tu as vu une arme à feu, tu as eu si peur que tu n’as pas pu faire le bon geste. Permets-moi d’être clair... Je n’ai jamais dit que c’est la seule arme ou que c’est le seul type d’arme que j’ai créé, et je n’ai jamais dit que je suis le seul à en avoir une, » déclara Takumi.

Des trous de balle avaient transpercé les corps de ceux qui étaient allongés sur le sol, mais aucune de ces blessures n’avait été fatale.

« Ce n’est pas... ! Je n’ai pas entendu d’autres coups de feu ! » déclara Gaitsu.

« Cela signifie simplement qu’ils étaient trop éloignés pour être entendus. Ne m’oblige pas à dire des choses évidentes, » déclara Takumi.

« C’est impossible ! Comment peut-on viser les demi-hommes à une telle distance alors même que nous sommes dans une forêt ? » s’écria Gaitsu.

Un autre agresseur était tombé devant l’homme déconcerté.

« En fait, c’est tout à fait possible. Voilà la différence entre toi et moi, » déclara Takumi.

Le jeune homme s’était rapproché tout en maintenant son sourire.

« Tu sais, les nains ne sont pas les seuls demi-hommes utiles. Les loups-garous peuvent voir dans l’obscurité, les hommes-oiseaux peuvent lire les courants du vent, les hommes-dragons peuvent mesurer la température avec leur corps... et même les elfes peuvent être plus que des jouets. Chacun d’entre eux a ses propres traits particuliers, et tu devrais les utiliser correctement pour voir des résultats remarquables. Mais tu ne fais que les gaspiller et fuir la réalité, qualifiant tout cela d’impossible, » déclara Takumi.

Gaitsu n’avait même plus la chance de s’enfuir maintenant.

L’armée invisible de Takumi lui aurait fait sauter la tête si leur chef leur en avait donné l’ordre. Il comprenait la différence de force, de tactique et de capacités entre eux. Tout cela avait été fait par un humain impuissant. Car il était quelqu’un qui laissait ses subordonnés être sa force. Il était un individu qui, au-dessus des autres, possédait une aura écrasante.

La crainte que Gaitsu ressentait en ce moment lui rappelait la bataille unilatérale avec Kunon. Comme il ne supportait plus cette pression, quelque chose à l’intérieur de lui s’était brisé.

« Tu penses qu’un marchand d’esclaves est simplement un marchand d’esclaves..., » Takumi se tenait maintenant devant Gaitsu, qui avait perdu la volonté de courir alors qu’il lui disait ça.

Un sourire rampant sur son visage alors qu’il décidait où viser.

« Mais un vrai marchand d’esclaves est quelqu’un qui peut utiliser ses marchandises, » déclara Takumi.

Le canon avait émis un son mécanique alors que la roue tournait.

 

 

« Maintenant, tu as encore de la valeur, » un sourire diabolique avait remplacé le sourire de Takumi. « Je t’écraserai comme un esclave chaque fois que j’en aurai l’occasion. »

Un autre son de tonnerre avait retenti dans les bois.

***

Partie 3

Pendant que Takumi s’était emparé de Gaitsu, les gardes avaient fait une descente dans la salle de jeu et avaient arrêté tous les participants. Le spectacle était une preuve flagrante de la corruption de la ville.

Les choses devaient faire l’objet d’une enquête plus approfondie, de sorte que le jeune homme avait visité un certain endroit.

« Bonjour, marchand d’esclaves au cœur tendre. Désolé de vous avoir fait venir ici, » Lux Fairstadt, ministre de la Justice du Saint-Royaume de Richtert, qui n’avait même pas trente ans, avait souri avec douceur au marchand.

Il était assis de l’autre côté du bureau, habillé de beaux vêtements cérémonials.

« Bonjour. Non, ne t’inquiète pas de ça. C’est moi qui devrais m’excuser de te déranger pendant que tu es occupé, » déclara Takumi.

Elsa, qui était assise près de Takumi, l’avait frappé à la tête. « Comment oses-tu parler avec autant de désinvolture à une autorité de ce royaume ? »

« Ça ne me dérange pas, Elsa. Cela aurait été un problème si nous étions en public, mais il n’y a aucune raison d’être formel dans cette situation, » déclara Lux.

Il parlait sans changer d’expression, mais Takumi pouvait entrevoir son vrai caractère.

Il avait alors continué. « Alors, passons aux choses sérieuses... Elsa, peux-tu expliquer à nouveau comment l’opération pour arrêter les paris illégaux a été menée ? »

La fille s’était levée en affichant un visage raide.

« Après avoir demandé la coopération des gardes de la partie supérieure il y a quelques jours, nous nous sommes coordonnés avec eux pour faire une descente dans le sous-sol de la maison du marquis de Kelbeg, où nous avons attrapé les participants des paris illégaux en flagrant délit. »

Elle s’était ensuite tue en affichant une expression aigre.

« Qu’y a-t-il, Elsa ? Continue, s’il te plaît, » déclara Lux.

« Hm... D’accord, très bien ! Nous avons enquêté sur l’endroit et avons trouvé les dossiers d’Amberg dans un bâtiment adjacent..., » déclara Elsa.

Elle avait pris une grande respiration, en essayant de garder son sang-froid.

« Mais il n’y avait aucune information concernant les paris illégaux, » déclara Elsa.

Lux avait poussé un soupir exagéré. « Je vois... Les membres d’Amberg nient tout, tout comme les autres nobles. Il n’y a aucune trace de demi-hommes ou d’esclaves qui auraient dû être utilisés dans les combats, et les registres et les livres de comptes sont propres. »

« J’ai honte de moi, Frère Lux. Je ne m’attendais pas à ce résultat après avoir demandé ton aide..., » déclara Elsa.

« Je voudrais dire que cela ne me dérange pas, mais... nous avons agressé l’une des quatre grandes compagnies et arrêté un certain nombre de nobles influents. Si cette loi est mal interprétée, le superviseur de l’opération, c’est-à-dire moi, et l’auteur de la proposition originale, c’est-à-dire toi, ainsi que tout le régiment de gardes, tous devront en assumer la responsabilité…, » déclara Lux.

La fille avait foncé les sourcils et avait poussé un profond soupir.

Une humeur sombre avait rempli la pièce, mais cela n’avait pas affecté Takumi, qui avait remarqué quelque chose.

« Non, attendez. Vous n’allez pas me demander de vous couvrir, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

« Hahahahahaha... Personnellement, j’adorerais que tu le fasses, » déclara Lux.

L’homme avait commencé à révéler sa vraie nature.

« E-Euh... Lux... ? » demanda Elsa.

« ... Elsa, j’aimerais parler en privé avec ce marchand d’esclaves, alors pourrais-tu attendre dehors un moment ? Si tu restes ici, nous ne pourrons peut-être pas parler librement, » déclara Lux.

Elle l’avait observé avec un regard perplexe avant de s’incliner et de quitter la pièce.

Les deux, maintenant seuls, se faisaient face avec des sourires différents.

L’un d’eux avait essayé de contrôler sa rage, tandis que l’autre profitait de la situation en se délectant de ça.

Lux avait atteint sa limite en premier. « Je suppose que je devrais commencer par un “beau boulot, sale gosse de merde”. »

« Alors, laisse-moi te répondre avec un “chapeau à toi, crétin”, » répliqua Takumi.

Leurs regards intenses s’étaient affrontés.

« Takumi, c’est ça ? Alors, est-ce que cela s’est passé comme prévu ? » demanda Lux.

« Eh bien, à peu près à tous les niveaux, » répondit Takumi.

« Wôw... Ça m’énerve que tu me sortes ça, mais ça n’a pas l’air d’un mensonge, » déclara Lux.

L’homme s’était appuyé sur le dossier de sa chaise qui grinçait avec force. Le comportement digne qu’il avait montré plus tôt n’était plus du tout visible.

« Je vais te demander ça, Lux. Qu’est-ce que tu sais ? » demanda Takumi.

« Eh bien... Je sais par exemple que tu as parlé à Amberg de l’opération, » répondit Lux.

Des flammes de rage étaient en train brûlé dans les yeux du ministre.

« Franchement, ne sois pas comme ça. Il était préférable qu’ils suspendent leur spectacle dès qu’ils en ont entendu parler, » déclara Takumi.

La compagnie savait tout, mais elle avait décidé de quand même laisser les gardes les arrêter, afin qu’ils puissent augmenter le prix d’entrée par la suite.

« Personne n’a essayé de fuir, et ils pouvaient simplement cacher ou détruire les preuves. De cette façon, nous avons arrêté les auteurs d’une fausse accusation et nous avons perdu notre crédibilité, » déclara Lux.

Le régiment de gardes créé par Lux avait pour tâche de s’assurer de la sécurité de la ville et maintenir l’ordre.

Ils avaient gagné la confiance des autres en arrêtant les criminels, et l’autorité de la famille Fairstadt s’en était trouvée renforcée.

Pourtant, cet incident allait ternir leur réputation.

« Si ce désordre n’est pas résolu, les gardes pourraient ne plus pouvoir faire leur travail. C’est pourquoi Amberg a effacé toutes les preuves et t’a laissé faire une descente chez eux, » déclara Takumi.

Si cela était considéré comme une arrestation erronée, même les nobles qui n’avaient pas participé n’auraient pas ignoré les gardes.

Dans le pire des cas, le régiment de gardes aurait pu être dissous.

En outre, si la partie supérieure devenait une zone de non-droit, à quel point la ville basse deviendrait-elle invivable ?

« Putain de merde... Fonder le régiment des gardes dans la ville pour tenir ces voyous à distance a été une énorme difficulté pour moi... Ils agissent comme si la loi ne s’appliquait pas à eux..., » déclara Lux.

« Ton sens de la justice est admirable, mais tu les as sous-estimés, donc c’est entièrement de ta faute. Dès qu’ils ont compris qu’ils pouvaient profiter de la situation, ils ont mis en place un piège, » déclara Takumi.

« Je ne les ai pas sous-estimés. Je ne m’attendais pas à ce qu’un marchand illégal des bidonvilles gâche tout, » répliqua Lux.

Le sourire du ministre avait disparu de son visage alors qu’il tentait de retrouver son sang-froid.

« J’irai droit au but, Takumi. Je sais que tu es en possession des preuves, alors peux-tu me les remettre ? » demanda Lux.

« Tu sais, je suis un marchand. Tu dois me donner quelque chose en échange, » déclara Takumi.

« Si tu as vraiment tout planifié, je doute que tu en aies après l’argent. Comme je suis assez désespéré en ce moment, je vais essayer d’accéder à ta demande... dans une certaine mesure, » déclara Lux.

Lux n’avait pas pu s’empêcher de grincer des dents, et Takumi avait souri en le regardant.

« Premièrement, je veux que chaque possession d’Amberg, c’est-à-dire les bâtiments, la fortune, les terres, les certificats de droits miniers et ainsi de suite, devienne celle de Valeria, » déclara Takumi.

« ... Puis-je voir les preuves avant ? Si je ne les ai pas, je serai destitué et je perdrai mon autorité, » déclara Lux.

« Bien sûr. Mais comme je n’ai pas pu en trouver beaucoup moi-même, je ne les ai pas avec moi en ce moment, mais je t’ai apporté ceci, » déclara Takumi.

Il avait sorti un tas de papier de la poche de sa veste et l’avait placé devant Lux.

L’homme s’était immédiatement mis à les lire, et son expression s’était adoucie.

« Ils contiennent les dates et les lieux de chaque jeu organisé jusqu’à présent, ainsi que les gains, les noms des participants et la technique de blanchiment d’argent utilisée... Si tu les compares avec les dossiers d’Amberg, tu pourrais trouver beaucoup d’informations, » déclara Takumi.

« ... Puis-je faire confiance à ce qui est écrit ici ? » demanda Lux.

« Bien sûr. C’est le livre de comptes du type qui fournissait des esclaves à Amberg. Il est si obsédé par l’argent, qu’il écrit toujours tout dans son journal et dans un livre de comptes, » déclara Takumi.

Gaitsu avait l’habitude d’écrire en détail les gains de la journée.

Il avait commencé à le faire depuis qu’il avait rejoint Valeria, et il avait continué à le faire tout en travaillant pour cette nouvelle entreprise. Takumi était au courant, alors il l’avait laissé préparer ces précieuses données avant de les saisir.

« Comme il s’agit de documents personnels, Amberg n’a pas pu les falsifier, » déclara Takumi.

« Je vois... on peut les laisser se blâmer l’un l’autre. Puisqu’ils étaient si frénétiques pour détruire les preuves, nous pouvons peut-être trouver de véritables indices avec ceci. Même si ce n’est pas le cas, nous avons toujours le registre des participants, de sorte qu’un noble pourrait faire une erreur et renverser la situation, » déclara Lux.

Maintenant que Lux avait ce dont il avait besoin, il avait à nouveau affronté Takumi.

« Maintenant, personne ne me coupera la tête pour ce prétendu fiasco, mais... plus tôt tu as dit “d’abord”, donc tu en veux plus, n’est-ce pas ? » demanda Lux.

Takumi avait affiché un sourire en dents aiguisé face au visage aigri de l’homme.

« Je veux que Valeria devienne une grande entreprise à la place d’Amberg, » déclara Takumi.

Le ministre de la Justice était pétrifié face à cette nouvelle.

« Comprends-tu à quel point ta demande est impossible ? » demanda Lux.

« Bien sûr. C’est exactement pour ça que je te le demande, » répondit Takumi.

« Non, c’est impossible même pour moi. Je ne peux pas laisser une organisation illégale de la ville basse participer à la politique nationale en tant que grande entreprise sans raison valable. »

« Mais tu en as une, » déclara Takumi.

« Qu’est-ce que c’est ? Plus rien ne peut me surprendre, » demanda Lux.

Il s’était tenu la tête, essayant de supprimer un mal de tête pendant que Takumi avait continué à parler.

« Si les choses s’étaient déroulées comme prévu, tu aurais trouvé les esclaves utilisés pour ces jeux, mais Amberg ne pouvait pas les laisser dans Listina, puisqu’ils pouvaient être utilisés comme preuve... alors ils ont été transportés dans un autre endroit, » expliqua Takumi.

Gaitsu avait rassemblé beaucoup d’esclaves, mais après une série d’émeutes, ils avaient réussi à s’échapper.

« Nous nous occupons d’eux temporairement, mais... ils vous considèrent comme des êtres malfaisants, vous, de la ville haute, » déclara Takumi.

« Les êtres malfaisants ? Je ne pense pas qu’on leur ait fait quoi que ce soit, » déclara Lux.

« Malheureusement, s’ils sont mal gérés, ils feront plus de mal qu’une bombe en plein milieu de la ville haute, » déclara Takumi.

Takumi avait semblé vraiment apprécier la situation qui avait été créée là.

« Ce type n’a pas pu rassembler beaucoup d’esclaves que grâce à une lutte acharnée avec d’autres marchands, et quand il a finalement eu une quantité considérable de marchandises, les autres organisations ont cessé de traiter avec lui et il s’est retrouvé dans une situation difficile, » déclara Takumi.

Il avait levé l’index.

« Maintenant... D’où penses-tu qu’ils viennent ? » demanda Takumi.

Lux n’avait pas pu s’empêcher de froncer les sourcils. Il avait une supposition, mais il ne voulait pas le dire.

« Ne me dites rien..., » commença Lux.

« Ils ont tous été capturés dans des pays différents, » annonça Takumi.

Si cette information avait été rendue publique, ça aurait été un gros scandale affectant le gouvernement dans son ensemble et même le roi.

« Il ne se souciait pas du tout d’Amberg... voulait-il juste déclencher une guerre pour gagner plus d’argent ? » demanda Lux.

« Quand une guerre commence, l’argent circule facilement. Les marchands pensent comme ça, tu sais ? » déclara Takumi.

« Merde ! Pourquoi est-ce que je peux imaginer ça si facilement ? » demanda Lux.

Lux était devenu pâle, mais il n’arrêtait pas de parler.

« Mais je comprends ta demande. Pour le dire plus franchement, tu veux les ramener chez eux en secret, n’est-ce pas ? » demanda Lux.

« Précisément. J’ai l’habitude de faire ce genre d’affaires louches, donc je ne te demanderai pas ton aide, » déclara Takumi. « Que ce soit en traversant les montagnes ou en les faisant passer en contrebande sur un bateau, ils pourront rentrer chez eux en toute sécurité et en toute discrétion. »

Takumi avait croisé les bras et avait souri.

« Quoi qu’il en soit, si tu ne peux pas remplir mes conditions, tu devras faire face à une guerre. J’attends une réponse positive, Sire Fairstadt, » déclara Takumi.

« Comme si j’avais le choix... Je comprends pourquoi Elsa a cette expression aigre chaque fois qu’on parle de toi, » déclara Lux. Puis il avait poussé un profond soupir et il avait haussé les épaules.

« Nous punirons Amberg pour leurs péchés, et, selon notre accord, tu obtiendras leurs propriétés et Valeria deviendra l’une des plus grandes compagnies, » déclara Lux. « Le public ne saura pas que tu as contribué au maintien de la paix de Richtert ni que tu as contribué à nos relations diplomatiques, mais tes réalisations ne seront pas ignorées par la famille royale... Quel beau synopsis ! »

Lux avait frappé des mains sans sourire.

« Alors, pourquoi fais-tu tout ça ? Tu as réussi cette fois, mais... si tu essayes de faire quelque chose de bizarre dans cette ville, je jure sur le nom de Fairstadt que je vais mettre tout mon cœur et mon âme à te couler, » déclara Lux.

Il s’agissait des paroles de quelqu’un qui, malgré son nom de famille, avait gagné sa place grâce à ses propres capacités. La tactique de Takumi avait fonctionné justement parce que personne ne s’attendait à ce qu’il agisse ainsi, mais cela ne fonctionnerait pas une deuxième fois.

Lux avait compris que le marchand d’esclaves devant lui était une menace. Une fois que Valeria sera officiellement une grande entreprise, le ministre de la Justice allait devoir surveiller chacun de leurs mouvements.

C’était exactement pour cela que le jeune homme avait souri.

« Disons... Je veux que la ville basse devienne plus colorée et plus confortable, » déclara Takumi.

L’homme avait écarquillé les yeux. « C’est assez poétique pour quelqu’un qui fait les choses de cette façon. »

« C’est ce que mon aimable leader souhaite. Pour changer la situation actuelle de la ville basse, nous devons devenir plus forts. »

« Si c’est le souhait de ton chef... qu’est-ce que tu vises toi ? » demanda Lux.

« Je veux seulement voir jusqu’où mes capacités peuvent m’amener, » Takumi n’avait pas changé le ton de sa voix alors qu’il avait souri avec confiance.

Comme si c’était quelque chose de spécial qui venait d’être dit, Lux lui avait souri en réponse. « Incroyable... Je n’arrive pas à croire que quelqu’un ait dit les mêmes mots de Vatel... »

« Attends, le connaissais-tu ? » demanda Takumi.

« Oui, plutôt bien. C’était... un ami cher de mon père, » déclara Lux.

L’homme avait fermé les yeux alors qu’il s’était remémoré de vieux souvenirs.

« Eh bien, regarder ce que tu feras à partir de maintenant sera intéressant. Personne n’a rien fait depuis longtemps, et les nobles sont tous pourris jusqu’à la moelle, de sorte que nous ne pouvons pas vraiment distinguer les bons des mauvais. Un changement d’air ne sera pas si mauvais, » déclara Lux.

« OK, et qu’est-ce que tu en penses vraiment ? » demanda Takumi.

« Franchement, traiter avec toi est fatigant au possible, alors j’espère que nous pouvons tous les deux profiter de bonnes relations, » répondit Lux.

Le jeune homme avait affiché un sourire ironique face à ces mots.

« Je vais commencer à ramener ces esclaves chez eux tout de suite. Assure-toi de bien faire les choses, » déclara Takumi.

« Je peux faire les choses assez bien sans que tu t’inquiètes pour eux. Je ne peux pas laisser le nom de ma famille être sali, et je ne veux pas non plus que Richtert devienne une zone de guerre, » déclara Lux.

Lux avait pris un stylo et avait commencé à écrire sur une feuille de papier.

« Tiens, voici ta promesse écrite. Soyons en bons termes, marchand d’esclaves au cœur tendre, » déclara Lux.

Takumi l’avait accepté et avait souri à Lux. « Ouais, j’espère qu’on pourra s’entendre. »

***

Partie 4

Deux semaines s’étaient écoulées depuis la rencontre avec Lux.

Pendant ce court laps de temps, Listina avait beaucoup changé.

En raison du scandale des jeux illégaux, trois nobles célèbres avaient été jugés, et comme ils n’avaient pas d’alibi, ils avaient été arrêtés et tous les participants avaient été punis avec eux.

Le ministre de la Justice avait mis en lumière les dossiers d’Amberg et les techniques de blanchiment d’argent.

Valeria avait été choisie comme remplaçant, et après avoir reçu toutes les propriétés d’Amberg, la famille royale de Richtert l’avait promu à son nouveau poste.

Ce fait avait causé une grande agitation.

Beaucoup de personnes étaient sceptiques lorsqu’ils avaient entendu dire que Valeria était une entreprise illégale de la ville basse et certains avaient même protesté, mais apparemment ils avaient joué un rôle important dans l’opération, donc il n’y avait pas d’autre choix que de reconnaître la décision de la famille royale, et les choses s’étaient vite calmées.

Après cela, beaucoup de personnes avaient commencé à appeler Valeria « la compagnie miraculeuse de la ville basse ». Les citoyens avaient finalement commencé à voir les choses sous un bon jour.

... Ou plutôt, les choses ressemblaient à cela, mais si l’on jetait un coup d’œil dans les coulisses, il s’était passé beaucoup de choses.

« L’influence de la famille royale est tout simplement absurde, » déclara Takumi gaiement, en marchant avec Kunon et Karin.

L’elfe, au contraire, avait l’air fatigué.

« Je n’arrive pas à croire que tu aies menacé la famille Fairstadt et aussi la famille royale de Richtert..., » déclara Karin.

« Je ne les ai pas menacés. Je leur ai juste apporté des informations, » répondit Takumi.

Gaitsu avait kidnappé des citoyens de l’ancien empire au-delà des montagnes, des pays insulaires et des nations alliées au-delà de la mer, et des cités-États alliées où les héros s’étaient rassemblés.

La traite des esclaves était illégale dans tous les pays, sauf dans l’ancien empire, de sorte que les relations diplomatiques avec le dirigeant derrière ce scandale — ce qui signifie Richtert — auraient été rompues, et il était possible qu’une guerre ait éclaté.

Takumi avait rapidement renvoyé ces esclaves chez eux, et la honte qui aurait dû entacher la réputation de la Sainte Capitale avait été balayée sous le tapis.

Grâce à cela, la famille royale voulait que Valeria remplace Amberg.

Bien sûr, les nobles et les autres compagnies n’auraient pas accepté cela.

« Ce que je disais, c’est que j’ai seulement ajouté un “s’il vous plaît” et ils ont accepté, tu sais ? » déclara Takumi.

« C’est ce que signifie “menaçant”, Takumi... Lux avait écrit “donnez-moi une chance” sur tout son visage, et il semblait si malade de la situation que j’avais presque pitié de lui, » répondit Karin.

« Il a réagi exactement comme sa sœur. C’est pour ça qu’ils sont si amusants, » déclara Takumi.

« Pendant que tu apprécies ces réactions, je m’inquiète de leurs maux d’estomac..., » répondit Karin.

En pensant que Lux aurait pu rompre leur contrat, Takumi l’avait informé qu’il gardait les traces de l’endroit où se trouvait chaque esclave. Si quelque chose devait arriver, tout aurait été exposé à la face du monde.

« C’est incroyable qu’une entreprise de la ville basse puisse remplacer une grande entreprise, qu’elle ait pu arrêter tous les nobles pourris d’un coup, et qu’elle ait pu mener par le bout du nez la famille royale et les autres entreprises influentes..., » avait commenté l’elfe tout en regardant les mêmes taudis crasseux qu’elle s’était habituée à voir.

Takumi avait prévu de rendre Valeria influente en un seul coup, mais il pensait qu’il n’était pas nécessaire de déplacer leur siège social.

Ce n’était pas seulement ce que Mirta voulait, mais il aurait été plus facile pour eux de surveiller la zone, et cela aurait accéléré le processus de collecte d’informations, qui aurait fait l’objet de discussions publiques par la suite.

Valeria voulait se connecter avec les habitants et leur faire sentir que quelque chose changeait vraiment.

« Quoi qu’il en soit, être un noble dans les couches supérieures ne me dérangerait pas, mais je préfère rester ici, » déclara Takumi.

« Je sais, c’est vrai ? Il y a trop peu de stands de nourriture et de magasins à l’intérieur de cette zone ! C’est choquant ! » s’écria Kunon.

Kunon avait toujours l’air de s’ennuyer quand les personnes parlaient de la ville basse, mais son commentaire était vivant, car elle tenait dans ses mains la grande quantité de nourriture qu’elle avait achetée en cours de route.

« Kunon, maintenant que tu as ta nourriture, c’est l’heure de ton rapport, » déclara Takumi.

« Okaaay ~ ! Tout d’abord, la réhabilitation des demi-hommes que nous avons saisis lors de la dernière bataille est terminée ! Ceux qui ont encore la volonté de se battre sont entraînés à faire partie de l’équipe de suppression pendant que nos membres les observent et les assistent, et ceux qui ne veulent plus se battre peuvent devenir tes esclaves ! » Elle n’arrêtait pas de parler en mangeant.

Takumi avait commencé à assembler une unité composée uniquement de demi-hommes au cas où il aurait besoin d’une force militaire personnelle.

Grâce à ce dont il se souvenait de son ancien monde, il avait produit des armes de son époque et avait formé une force armée qui n’était pas plus faible ou moins disciplinée que celles qu’il voyait à l’époque. Cela utilisait une division des demi-hommes selon leur race afin de tirer pleinement parti de leurs capacités naturelles.

Quand Kunon n’avait pas à être leur tutrice, elle était responsable de leur formation.

« Les gars que nous avons déjà eus ne sont pas un problème, mais les nouveaux ne connaissent rien aux armes légères. Les elfes mis à part, les autres races n’utilisent pas vraiment d’outils, tu sais ~ ? » déclara Kunon.

« Les elfes détestent les armes à feu et ce genre de choses, mais je m’y suis déjà habituée, » déclara Karin en touchant le fusil de tireur d’élite qui était sur son dos.

« C’est revêtu de bois, mais l’odeur du métal est terrible..., » continua-t-elle.

« Mais Karin, n’aimes-tu pas ça ? Tu avais l’air si heureuse quand Takumi te l’a donné, et tu as même dormi en l’enlaçant à chaque daaah ! Rends-moi ma nourriture ! » s’écria Kunon.

« Non, c’est ta punition pour avoir dit des bêtises... Et aussi, j’ai dormi avec l’arme pour m’habituer à l’odeur ! » s’exclama l’elfe boudeuse en mangeant les fruits qu’elle avait volés à la louve. S’habituer à cette odeur avait été difficile pour elle.

« Au fait, comment ça se passe pour Amberg ? » demanda Karin.

« Tu veux dire ce qu’était Amberg, n’est-ce pas, Karin ? Nous gérons tout maintenant, » déclara Kunon.

Comme leur personnel et leurs dirigeants avaient été arrêtés, l’entreprise avait été pour ainsi dire démantelée, et pour éviter un désastre dans la politique nationale, Lux et la famille royale avaient ordonné à Valeria de prendre immédiatement le relais. Bien sûr, Takumi s’en était déjà occupé.

« Celui qui a le rapport attend à Valeria, » déclara Takumi.

« ... Pour être honnête, je ne suis pas contente d’entendre ça, » déclara Karin.

« Je suis sûr que tu penses à beaucoup de choses, mais c’est toujours notre collègue. Je ne te dirai pas de t’entendre avec lui, mais essaye au moins de ne pas chercher la bagarre, d’accord ? » demanda Takumi.

Takumi lui avait caressé la tête alors qu’elle affichait une expression aigre.

Quand ils étaient finalement arrivés au siège de Valeria, ils avaient échangé une brève salutation avec l’homme derrière le bureau d’accueil et s’étaient dirigés directement vers le bureau central.

« Bienvenue, Takumi, » déclara Mirta.

Mirta attendait là, et...

« Oh, Monsieur Takumi. Déjà revenu ? » Un homme maigre sur la trentaine les avait salués.

« Qui c’est lui ? »

Interrogé à l’unisson par les deux demi-humaines, il s’était levé en étant énervé.

« C’est impoli ! Lady Kunon, Lady Karin, m’avez-vous oublié ? » demanda l’homme.

« Comment oublier quelqu’un que je ne connais pas ? » demanda Karin.

« Attends, on se connaît ? » demanda Kunon.

En les voyant pencher la tête, Takumi avait décidé de le présenter officiellement. « Les filles, c’est Gaitsu. »

« ... Quoi ? Non, Gaitsu ressemble plus à un gros porc, » déclara Karin.

L’homme maigre ne pouvait s’empêcher de sourire amèrement à la remarque de l’elfe.

« Vous voyez... Le travail n’arrêtait pas de s’accumuler et j’ai fini par perdre du poids... Qui sait ce que Monsieur Takumi me ferait si je ne remplissais pas mes devoirs... !! Non... ! Aaahhhh ! » S’écria Gaitsu.

« Ne flippe pas comme ça. Ne devrais-tu pas faire un rapport là ? Est-ce que les choses vont bien ? » demanda Takumi.

« A-Absolument ! Tout se passe exactement comme vous le souhaitez ! » déclara Gaitsu.

Son problème de poids et son comportement semblaient s’être arrangés, et même s’il avait l’air effrayé, il était déterminé.

« Je vais maintenant... faire un rapport en détail de la gestion de l’Amberg, » déclara Gaitsu.

Après tout ce chaos, Takumi voulait que Gaitsu devienne le manager d’Amberg.

C’était difficile de traiter avec lui, mais il était vraiment compétent dans son travail.

Même s’il n’avait pas beaucoup de personnel à Valeria, il avait réussi à faire croître l’entreprise tout en traitant secrètement avec Amberg, en étendant son réseau à d’autres pays et en rassemblant de plus en plus de clients.

Il avait tellement optimisé ses quelques ressources qu’il avait pu obtenir des résultats étonnants, et cela avait démontré ses capacités.

« L’entreprise fonctionne bien, mais étant donné le changement complet de la méthode de gestion et des objectifs de l’entreprise, les anciens clients d’Amberg auront besoin de temps pour s’habituer à ce changement... Néanmoins, une fois que les choses sont réglées, je crois que Valeria pourra étendre ses activités, » déclara Gaitsu.

« Combien de temps faut-il, à ton avis ? » demanda Takumi.

« Deux mois... non, puisque nous sommes partenaires, nous pouvons le faire en un seul. J’ai déjà rédigé un plan pour notre nouvelle entreprise et notre développement commercial, si vous voulez le voir..., » répondit Gaitsu.

Karin avait une expression complexe en voyant l’homme se comporter comme ça.

« Je n’arrive pas à croire qu’il est ce Gaitsu... et toi, Mirta ? » demanda Karin.

« Hahahahah... J’ai ressenti la même chose pendant que nous parlions avant…, » répondit Mirta.

« Eh bien, j’ai changé ! Je vais maintenant travailler jusqu’à l’os en tant que sous-fifre de Monsieur Takumi ! Parce que si je ne le fais pas, la prochaine fois... ma vie... Aaaaahhhh ! » s’écria Gaitsu.

« Gaitsu, tu commences à être une plaie là, alors ça suffit. Les choses vont bien, Lux n’aura pas à se plaindre. Maintenant, pars, » déclara Takumi.

« Oui... S’il se passe quelque chose, envoyez un messager ! Je répondrai à toutes vos demandes ! » s’exclama Gaitsu.

L’arrogance qu’il avait avant avait disparu, et après s’être incliné à plusieurs reprises devant Takumi, il avait quitté la pièce.

« Lui as-tu lavé le cerveau ou quoi ? » demanda Mirta.

« Puisqu’il était si ambitieux, j’ai dû être un peu dur avec lui. Je l’ai annihilé psychologiquement et, quand il est revenu à la raison, il était comme ça, » répondit Takumi.

« Hahahah... Je ne veux pas savoir ce que tu as fait en particulier, mais s’il te plaît, ne fais jamais cela aux membres de Valeria..., » demanda Mirta.

« Franchement, voyons ça positivement. S’il n’y a pas de problèmes, je n’agis pas, mais quand quelque chose arrive, je peux faire ce que je veux tant que mon chef ne peut pas le voir, n’est-ce pas ainsi ? » demanda Takumi.

« Non, tu ne peux pas ! Peu importe si je te vois ou non, ne fais pas ça ! » s’écria Mirta.

Mirta s’était étirée sur la pointe des pieds et avait frappé Takumi sur la tête exactement comme une mère qui grondait son enfant. C’était une bonne chose qu’elle ne se retenait plus.

« Quoi qu’il en soit, nous avons à peu près tout ce dont nous avons besoin pour l’instant. Nous avons les fonds nécessaires pour agir et le pouvoir d’influencer la nation, de sorte que Valeria sera reconnue par tout le monde... La prochaine étape consiste à renforcer la fondation de Valeria, » déclara Takumi.

« Renforcer les fondations... ? Allons-nous construire quelque chose ? » demanda Mirta, et Takumi hocha la tête.

« Je parle de notre image et de notre pouvoir individuel. Tu es devenu le chef d’une grande entreprise, et c’est bien, mais je suis un ancien esclave comme Karin et Kunon, deux demi-humaines, et je n’ai pas de nom de famille. Il est évident que les gens penseraient que nous sommes louches, » répondit Takumi.

Valeria allait attirer beaucoup d’attention maintenant, et si certains de ses travailleurs avaient des origines obscures, cela aurait nui à l’image de l’entreprise.

« Mais, n’as-tu pas dit que tu aimais qui tu es ? » demanda Mirta.

« Ouais, j’aime l’idée d’être un ancien esclave, » répondit Takumi.

« Je ne comprends pas comment tu peux aimer ça…, » déclara Mirta.

« Il faut toutes sortes de choses pour faire un monde. Quoi qu’il en soit, nous devons augmenter notre pouvoir individuel, » répondit Takumi.

En entendant sa réponse, Mirta amena sa main jusqu’à son menton.

« Euh... En y pensant, si tu avais un nom de famille, tu pourrais accepter un titre noble, n’est-ce pas ? Dans ce cas, tu pourrais utiliser un exploit militaire pour gagner le titre de chevalier, acheter une terre et régner sur une petite région... alors, si les éminents ecclésiastiques de Richtert commencent à te considérer comme un noble digne, ils pourraient t’accorder le droit de parler librement…, » déclara Mirta.

« Wôw... Tu es bien informée, Mirta, » répondit Takumi.

« Pas vraiment ! Papa était bien mieux informé que moi ! Il avait de bonnes relations avec la famille Fairstadt, alors j’ai appris les bonnes manières et quelques petites choses quand j’étais enfant, » répondit Mirta.

Elle avait agité les mains pendant que Takumi commençait à penser à ses paroles.

« Pourquoi pas ? Faisons tout ça, » déclara Takumi.

« Hein ? Que veux-tu dire par... ? » demanda Mirta.

« Je veux dire ce que tu as dit. Gagner le titre de chevalier, acheter des terres, être reconnu par les ecclésiastiques... Faisons tout ce qu’il faut, » déclara Takumi.

Il avait plissé ses lèvres en un sourire confiant.

« Ce sera ennuyeux si nous n’essayons pas l’impossible, ne crois-tu pas ? » demanda Takumi.

***

Illustrations

 

***

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2 commentaires




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    La première partie avec la déesse est surréaliste mais la suite est intriguante.




  2. 0



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    Tres sympa, vivement la suite !

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