Un nouveau jeu dans les profondeurs de la captivité! – Tome 1

***

Prologue : Le regret d’un homme qui n’en avait ressenti aucun

Le regret qui persistait encore chez cet homme lui avait permis de se réincarner depuis son ancien monde jusqu’à un monde différent.

Avant de renaître, il pouvait souhaiter une chose.

La maîtrise des épées, la maîtrise de la magie ou tout autre pouvoir.

Tout cela devait pouvoir ainsi purifier ses sentiments enracinés en lui.

Certains ne recherchaient même pas de capacités spéciales.

Certains demanderaient des vies tranquilles dépourvues de difficultés.

Il était commun pour eux de périr dans de malheureux accident.

D’autres avaient à la place...

« S’il vous plaît, asservissez-moi, » déclara-t-il.

La Déesse qui gouvernait la réincarnation inclina la tête, intriguée par l’homme qui se tenait devant elle.

« Désolée, ne faisiez-vous pas attention à ce que je vous disais ? » demanda Déesse.

« Je n’ai pas manqué le moindre de vos mots. Vous disiez que vous pouviez réaliser l’un de mes souhaits, » répondit-il.

« Oui, exactement. Vous savez, il y a beaucoup de personnes qui n’arrivent pas à comprendre la situation, étant donné que la réincarnation soudaine et irréaliste est…, » déclara la Déesse.

Après un soupir de soulagement, elle sourit à nouveau et demanda. « Alors, que voulez-vous ? »

« S’il vous plaît, asservissez-moi, » déclara-t-il.

« Comme… Vous pouvez demander n’importe quoi ! Pourquoi continuez-vous à dire ça ? » Agacée, la Déesse éleva la voix et pointa un doigt sur lui.

Il était très calme.

Tout en levant son regard qui était posé sur les lèvres de l’homme, elle regarda droit dans ces yeux débordant de confiance.

Elle avait croisé les deux bras et les jambes en admirant son étonnante beauté depuis le sommet de son trône.

Il était clair qu’il croyait fermement en lui-même.

« Vous m’avez demandé si j’avais un souhait. Alors, dépêchez-vous et asservissez-moi maintenant, s’il vous plaît, » déclara-t-il.

« Eh bien, attendez un instant. Il y a des moments où j’aimerais avoir de la compagnie, mais je ne suis jamais allée jusqu’à vouloir un esclave…, » déclara la Déesse.

« Je ne veux pas être l’esclave d’un Dieu tel que vous. Je vous dis de me réincarner en étant lié par des chaînes, mais sans propriétés ni statut social, » dit-il.

« Vous voulez quoi ? Cela ne va-t-il pas trop vers le bondage !? » s’exclama la Déesse.

« Ne vous trompez pas, » répondit-il. « Je veux dire par là que je veux que les autres personnes me regardent de haut. Fortune, statut, autorité... Tout cela serait inutile si je ne peux pas partir de zéro. »

La Déesse était à court de mots et s’était accroupie alors qu’elle était emplie de désespoir. Depuis qu’elle avait commencé son travail, elle avait aidé beaucoup d’individus, mais personne n’avait demandé avant aujourd’hui à être asservi.

Puis, une idée était soudainement apparue dans sa tête.

« Oh, je comprends. Vous voulez commencer comme un esclave et devenir le plus fort avec vos pouvoirs cachés, n’est-ce pas ? Je comprends, je comprends. Maintenant, dis-moi quelle capacité... » commença la Déesse.

« Essayez de me donner quelque chose de spécial et la prochaine fois que nous nous verrons, je vais vous battre à mort, » répondit-il.

« Quoi !? Je veux juste faire la meilleure des choses pour vous en tant que Déesse ! » s’exclama-t-elle.

Ses yeux se remplissaient de larmes, car elle ne savait plus comment faire face à cet homme.

Il avait grogné en raison de l’ennui provoqué par cette réaction.

« Si vous m’aidez de quelque manière que ce soit, mes regrets ne s’évanouiront jamais, » répondit-il. « S’il vous plaît, laissez-moi me réincarner avec mes souvenirs et mon apparence. »

« Euh… !? Eh bien, de toute façon vous garderiez vos souvenirs... Je pourrais copier votre corps et m’assurer qu’il grandit en conséquence, mais…, » commença-t-elle.

« Mais ? Y a-t-il un problème ? » demanda-t-il.

« Eh bien... pour le dire simplement, vous allez mourir, » répondit la Déesse. « Vous allez dans un monde où la magie et les créatures magiques existent. Si vous n’avez aucune capacité, je ne peux m’empêcher de penser que vous voulez tout simplement mourir... »

« C’est bon, » répondit-il. « J’ai eu des regrets malgré le fait que j’étais entouré de richesses. »

La Déesse pencha la tête, intriguée par l’homme qui souriait face à elle.

« Euh... Au fait, que regrettez-vous tant ? » demanda la Déesse. « Vous n’arrêtez pas de dire que vous voulez partir de zéro, mais ne serait-il pas préférable d’avoir un pouvoir utilisable ? »

« Quoi ? Vous êtes une déesse, alors vous devriez le savoir, » déclara-t-il.

« Eh bien, les personnes décrivent les Dieux comme des entités de haut rang... mais disons que nous avons en fait une sorte de rôle de gestion des personnes…, » répondit la Déesse.

« Je ne m’intéresse pas de vos conditions. Mais merci quand même, » répliqua-t-il. « Continuez simplement votre dur labeur. »

Plutôt que de montrer de la sympathie pour la Déesse dépressive, l’homme avait commencé à expliquer.

« Ma vie était trop facile, » annonça-t-il.

La Déesse ne pouvait pas saisir le sens de ses paroles, d’où le fait qu’elle fronça les sourcils et demanda. « Voulez-vous dire que... vous regrettez le fait que vous n’ayez jamais eu de problèmes ? »

Alors qu’elle le regardait avec méfiance, l’homme avait commencé à raconter son histoire… « Voyez-vous, j’étais bon en tout. Une fois que j’avais décidé de faire quelque chose, cela s’est toujours fini comme je le voulais. Au point que je n’ai jamais rien regretté. »

Ces mots sonnaient d’une manière sarcastique, mais son expression était sérieuse.

Alors que l’homme se souvenait de son passé, une ombre lugubre tomba dans ses yeux.

« Mais... avant ma mort, je me suis rendu compte que... je le “regrettais”, » déclara-t-il. « La vérité est que je n’ai rien accompli avec mes seules capacités. L’environnement qui m’entourait me permettait simplement d’être un pas en avant des autres personnes. »

Il baissa les yeux, puis afficha son sourire habituel.

« C’est pourquoi je veux me réincarner dans l’environnement le plus cruel, » déclara-t-il. « Pour savoir jusqu’où je peux aller tout seul... M’écoutez-vous ? »

Alors qu’il effectuait son monologue, la Déesse le regardait fixement avec un regard glacial.

« Oui, bien sûr que je vous écoute. Donc, c’est juste le caprice d’un enfant gâté, » déclara-t-elle. « Franchement, la vantardise des individus est vraiment ennuyeuse. Je m’ennuyais presque autant que d’écouter les histoires de mon supérieur quand il parle des temps anciens. »

« Le monde des dieux est aussi dur que ça, hein ? » demanda-t-il. « Dans ce cas, s’il vous plaît, laissez-moi me réincarner et laissez-moi m’enfoncer dans ce monde avec une difficulté folle. »

« Je le ferais même si vous ne me l’aviez pas demandé, » dit-elle. « Heureusement, j’ai trouvé un monde qui correspond à vos préférences. Alors, veuillez mourir dans un trou ou sur le bord de la route dès que vous y mettrez les pieds. Merci d’avance. »

« Pourriez-vous vous abstenir de souhaiter ma mort ? » demanda-t-il. « Ce n’est pas très sympa. De toute façon, tant que j’ai de l’espoir, tout ira bien. »

Elle soupira par opposition au sourire éblouissant de l’homme.

Après quelques instants, une faible lumière bleue se mit à briller sous ses pieds avant de l’envelopper.

Il avait commencé à disparaître comme s’il avait été aspiré.

La Déesse, qui boudait depuis un moment, se rappela qu’elle avait un devoir à remplir, alors elle s’éclaircit la gorge et lui fit ses adieux avec un tendre sourire. « Alors, je vous souhaite une nouvelle vie sans que vous ayez de nouveaux regrets ! »

Il lui avait simplement retourné un sourire.

Après ça... l’homme qui regrettait de ne pas avoir de regrets avait commencé sa nouvelle vie.

***

Chapitre 1 : Un monde d’esclaves

Partie 1

Il avait l’impression que quelque chose le comprimait. Quand ses yeux s’ouvrirent, il vit qu’il s’était retrouvé dans une petite pièce humide, entourée par une obscurité totale.

Il pensait qu’il avait été transféré avec succès depuis où il était avant ça et qu’il s’était réincarné avec succès.

Ceux présents n’étaient rien d’autre que des enfants.

Il compta qu’il y en avait une dizaine présent dans la pièce. Ils s’étaient tous assis, impuissants sur le sol. Certains frissonnaient alors qu’ils serraient leurs genoux, et d’autres pleuraient en silence.

Ils partageaient tous un trait commun : un collier noir.

Même s’il ignorait son utilité, cela ne semblait pas très prometteur.

« ... Elle a vraiment accordé mon vœu... une telle déesse bienveillante…, » il avait marmonné ça, de sorte que personne ne pouvait l’entendre.

À en juger par le ton aigu de sa voix et de ses membres, il avait estimé son âge à environ huit ans.

Il décida de parler à une jeune fille qui tenait ses genoux avec un visage empli de tristesse. « Salut. Si tu gardes ce visage triste, tu vas faire apparaître des rides. »

Il ignora la raison pour laquelle elle sursauta de surprise, mais maintenant que ses cheveux blonds et sales ne couvraient plus son visage...

« M-Mon Dieu, merci... tu avais arrêté de bouger... alors je pensais que tu étais mort…, » déclara la jeune fille.

Sa voix tremblait, mais elle avait l’air un peu plus détendue. Il semblerait qu’ils parlaient la même langue.

Mais en même temps, il avait soigneusement réfléchi à ses mots.

Avant de se réincarner... ce corps était probablement mort.

Grâce à l’intervention de la déesse, je suis maintenant dedans, pensa-t-il.

Avant de se réincarner, il ne se serait pas senti désolé à propos de cela.

C’était après tout un monde où mourir comme ça était normal, et où les faibles perdaient leur vie sans raison.

Après avoir légèrement touché sa tête, il avait de nouveau fait face à la jeune fille.

« J’ai faim comme si j’allais me coucher sans souper... Mais en mettant ça de côté, est-ce que cela ne serait pas une bonne chose de se présenter ? » demanda-t-il.

« B-Bien sûr. Je suis Lilia, et toi ? » demanda la jeune fille.

« Je…. Mon nom s’écrit comme ça, » dit-il.

Il avait commencé à gribouiller sur le sol afin d’écrire son nom. En regardant les lettres, la fille pencha la tête, perplexe.

« C’est mon nom. D’où je viens, nous nous présentons ainsi à des amis en l’écrivant, » dit-il.

« Oh... j’ai demandé à mon père de m’apprendre à lire et à écrire, mais je n’ai jamais vu ces lettres auparavant, » déclara Lilia.

« Tu as un alphabet différent, hein ? Ce mot se lit “Takumi”, » déclara Takumi.

Il avait remarqué son intérêt, alors il demanda donc une faveur. « Écoute, Lilia, puisque les personnes seront intriguées si je me présente comme ça, peux-tu écrire mon nom ? »

« Oui, je le peux. Hmm… Est-ce que Takumi s’écrit ainsi… ? » demanda Lilia.

Elle l’avait écrit sur le sol avec sa petite main.

Comme prévu, Takumi ne pouvait pas comprendre les caractères.

Il avait essayé de se souvenir de diverses langues de son ancien monde, mais aucune ne ressemblait à cela.

Cependant, satisfait, il sourit amicalement avant de dire. « Je te remercie. Tu sais, je viens d’un endroit magnifique et éloigné. »

« Éloigné... ? Au-delà de la mer ? » demanda-t-elle.

« Oui, dans le genre, » répondit Takumi. « Mais j’ai été capturé dès que je suis arrivé ici, c’est pourquoi je ne sais pas où nous sommes ou comment écrire ou lire ton alphabet. Désolé de te le demander, mais peux-tu me l’apprendre ? »

« Bon... c’est d’accord, mais…, » avant même de finir sa phrase, son expression s’était assombri. « Les esclaves sont tout de suite vendus. Peut-être que c’est mieux si tu ne t’en soucies pas..., » dit-elle tristement, baissant son regard.

Le désespoir était apparu sur son visage comme elle s’était désignée elle-même en tant qu’esclave.

En la voyant agir ainsi, Takumi avait réagi d’une manière calme, ce qui était inapproprié pour un enfant de son âge.

« Peut-être que c’est mieux à la place si je m’en soucie, » déclara Takumi. « Nous ne savons pas qui va nous acheter. Peut-être qu’il va se mettre en colère parce que je ne le sais pas. »

« Peut-être... que tu as raison, mais…, » répondit Lilia.

« Eh bien, nous ne devrions jamais les contrarier, n’est-ce pas ? » demanda Takumi. « Tant que nous avons le temps, apprenons tous ce que nous pouvons. Et aussi, de cette façon, nous allons alléger cette sombre humeur. »

Lilia avait retiré sa main, et Takumi avait commencé à parler aux autres enfants. « Désolé... j’ai quelques questions. »

Il avait brisé le silence en affichant le même sourire. Il y avait dix individus, en s’incluant lui-même et la jeune fille.

Au début, ils avaient tous l’air d’être déprimés tout comme Lilia, mais après avoir un peu parlé, ils étaient tous devenus plus vifs.

Tout le monde avait environ dix ans.

Il y avait des orphelins de guerre, ceux qui avaient été vendus par leur famille affamée, ceux qui avaient été kidnappés par des bandits, ceux qui avaient été abandonnés après que leurs parents s’étaient enfuis à cause d’importantes dettes et ceux qui avaient été attirés par de creuses promesses.

Leurs histoires expliquaient assez bien les conditions réelles de ce monde.

Takumi avait stocké dans son esprit les informations qu’il avait recueillies.

« Maintenant, nous nous connaissons tous. Mais je suis vraiment surpris de penser que Lilia, tu étais une aristocrate, » déclara Takumi.

« Je-je l’étais, mais... nous étions des aristocrates campagnards, » répondit Lilia. « Nous n’étions pas si riches et notre maison était beaucoup plus petite que celle des autres familles aisées. »

Après avoir été interpellée si soudainement, elle agita frénétiquement ses mains.

Le fait d’être vendu était commun, mais il était inhabituel de finir comme esclave depuis une position comme celle-là.

En entendant parler de son ancienne famille, certains enfants n’avaient pas caché leur mépris.

« Tu avais de la terre et une maison, peu importe leur taille, et tu sais lire et écrire, n’est-ce pas ? » demanda l’un des enfants.

« O-Oui, juste un peu. J’ai appris des choses, comme les maths…, » répondit Lilia.

Lilia avait écrit son nom comme Takumi l’avait demandé avant... mais aucun des autres enfants ne pouvait le lire.

Elle avait dit que la maîtrise de la littérature et des mathématiques n’était pas très importante. En premier lieu, ce n’était pas une connaissance nécessaire pour les enfants, qui pensaient que « vivre suffisait ». Les cours étaient réservés aux classes privilégiées, à partir des marchands.

Il était normal d’ignorer comment lire et écrire, ainsi que comment faire des maths, et cela même pour ceux qui n’étaient pas esclaves.

Takumi frappa dans ses mains afin d’attirer l’attention, préservant soigneusement cette précieuse information.

« Très bien, apprenons de Lilia, » déclara Takumi.

« Pourquoi devrais-je apprendre quelque chose si je ne suis qu’un esclave ? » remarqua l’un des enfants agacés.

Il était le chef du groupe. Il s’appelait Killfer.

« À quoi cela sert-il d’apprendre quelque chose d’elle quand les garçons vont travailler jusqu’à la mort et que les filles vont travailler en tant que prostituées ? » Il lança un regard noir à Lilia, qui sursauta en sentant le sang geler dans ses veines.

Mais Takumi avait répondu sans hésitation. « Quand tu sais lire et écrire, tu peux faire d’autres travaux, et si tu connais les mathématiques, tu ne peux pas être trompé quand quelqu’un te paye. Ce n’est pas parce que nous sommes des esclaves que cela n’est pas important de savoir de telles choses, n’est-ce pas ? »

Sa réponse était parfaite et Killfer était devenu silencieux. Les enfants avaient ce genre d’attitude, mais les personnes présentes semblaient intelligentes, car elles semblaient comprendre.

« Nous ne savons pas combien de temps nous resteront ici. Mais il vaut mieux étudier au lieu de se vautrer dans l’apitoiement, » déclara Takumi.

Tandis que Takumi essayait de convaincre les autres, un fort bruit l’interrompit alors que la pièce s’était emplie de lumière.

« Taisez-vous les enfants ! » Les enfants avaient été éblouis, mais ils avaient réussi à reconnaître la silhouette d’un grand homme dès qu’ils furent habitués à la lumière.

Il cracha par terre alors qu’il les regardait, une veine sortant de sa tête.

« J’allais vendre l’elfe, mais si vous faites un tel chahut, oubliez ça, » déclara l’homme. « Au moment où je trouve un acheteur, et c’est déjà foutu. Vous gardez ici est déjà assez pénible pour moi ! Toi, jetez-les dedans ! »

Il renifla, puis pointa du doigt quelqu’un se trouvant à l’extérieur.

Un homme au visage rougi se tenait derrière lui, tenant fermement deux silhouettes.

À l’instant suivants, tous ceux présents dans la cellule pouvaient dire que les deux silhouettes avaient de beaux cheveux. Doré pour la première et d’un noir brillant pour l’autre.

Les enfants avaient deviné que c’étaient des filles, étant donné leurs silhouettes et la longueur de leurs cheveux.

En plus de porter le même collier, elles avaient des chaînes qui leur enserraient les poignets et les chevilles.

Elles semblaient aussi un peu plus vieilles que les autres enfants.

Celle aux cheveux noirs semblait avoir quinze ans, ou peut-être un peu plus, tandis que l’autre qui était aussi un peu plus petite qu’elle l’était, devait avoir treize ans.

 

La plus jeune avait de grandes oreilles et une queue, tandis que l’autre avait de longues oreilles pointues comme des pointes de flèches.

Voyant que les filles les bougeaient légèrement, elles n’étaient pas là pour le spectacle.

Mis à part ces différences, elles étaient également des esclaves.

Elles n’essayèrent pas de se défendre et gémissaient, probablement à cause de la fatigue.

Alors que Takumi analysait ces filles, elles avaient été jetées dans la pièce.

« Dépêche-toi et apporte de la nourriture. Si ces enfants deviennent malades, nous ne gagnerons pas autant d’argent, » cracha l’homme à son subalterne.

Les deux hommes avaient alors jeté du pain comme s’ils nourrissaient des animaux en cages.

Ce n’était pas seulement noir et dur comme du roc étant donné le bruit qu’il faisait en frappant le sol, mais il semblait aussi moisi.

Takumi avait commencé à compter les miches qui étaient au sol.

« Hé, ce n’est pas assez pour tout le monde, » il s’était adressé au dos de l’homme.

« Attends... tu étais presque mort hier, » s’écria l’homme.

« Cela n’a pas d’importance, » répondit Takumi. « La blonde aux oreilles d’animaux semble terriblement faible. Si vous voulez la vendre pour un bon prix, vous devriez nous donner assez de nourriture pour tous. »

Au début, l’homme avait été surpris. Mais bientôt, il ressentit comme si ce gamin se moquait de lui, et renifla. « Oh... je vois. Tu me demandes d’apporter plus pour elles afin que tu puisses l’avoir pour toi, hein ? Les vers comme toi restent fidèles à leur nature. »

« Il vaut mieux survivre comme un ver que de mourir, » répondit Takumi. « Peut-être voulez-vous leur mort ? »

« Es-tu stupide ? » s’écria l’homme. « L’elfe est une chose, mais cette bête peut survivre plusieurs jours sans nourriture. Ils ont de solides corps. Il n’y a donc pas besoin de plus de pains, » puis, riant avec force, l’homme regarda Takumi. « Si elles mangent ou pas n’est pas de tes affaires. »

Un sourire sadique était apparu sur son visage alors qu’il fermait la porte et quittait les lieux.

Se retrouvant une fois de plus dans l’obscurité, le jeune garçon soupira. « Eh bien... ! Maintenant, je suis fâché, mais mangeons d’abord. »

Il se dirigea avec un sourire forcé vers les autres enfants et avait ensuite pris sa part.

Lilia remarqua qu’il s’approchait des filles et elle attrapa immédiatement sa manche. « Non, arrête-toi ! Elles sont dangereuses même quand elles sont affaiblies ! Elles vont te tuer si tu t’approches d’elles ! » Elle le tenait serré avec un visage sérieux.

Dans son ancien monde, les demi-humains n’existaient pas.

Takumi remarqua que tous les enfants avaient peur d’elles et il comprit immédiatement comment les demi-humains étaient traités dans ce monde.

Il lui avait gentiment fait signe de le laisser partir avant de parler aux deux nouvelles filles. « Salut, les nouvelles venues. Cela n’a pas été un bon accueil, mais ici, il y a de la nourriture. » Tout en affichant un sourire amical, il leur avait tendu du pain.

La blonde avait réagi à ses mots. « Puis-je… le prendre ? »

« Eh bien, je n’ai pas faim. Divisez-le en deux et partage-le avec elle, » déclara Takumi.

« À moitié !? Pour de vrai !? Ce sera mon premier repas en cinq jours ! Karin, as-tu entendu ? » s’exclama la blonde.

L’expression épuisée qu’elle avait jusqu’à présent avait disparu et ses yeux dorés avaient commencé à briller comme des étoiles.

L’elfe se plaça entre les deux. « Ne te rapproche pas de Kunon. Retourne dans ton coin comme tout le monde. »

Pendant ce temps, la fille, Kunon, bavait et remuait la queue.

Mais l’autre... Karin lança un regard noir à Takumi. « Kunon, ne lui fais pas confiance. Si nous acceptons, il n’arrêtera pas de répéter que nous lui sommes redevables. »

Elle avait un visage ferme.

Après avoir entendu ses mots, il fronça les sourcils. « Ne sois pas si grincheuse. Je ne pensais pas à quelque chose comme ça. Cette ambiance a juste ruiné mon appétit. »

« Alors, agis-tu toujours amicalement avec nous les demi-humains ? » demanda Karin. « Il est clair que tu mens. Si tu ne veux rien en retour, pourquoi voudrais-tu nous offrir ta nourriture ? » Elle déclara ça avec brusquerie.

Il la regarda pendant un moment... puis haussa les épaules et sourit. « J’abandonne. Oui, je voulais te demander quelque chose en retour. »

Il s’était franchement confessé, alors elle fronça instinctivement les sourcils.

Après cela, il avait jeté le pain devant elle.

« C’est ma façon de m’excuser, » déclara-t-il. « L’eau me suffit. »

« J’ai dit que je n’en veux pas, » déclara Karin.

« D’accord ! Mais dans ce cas, laisse Kunon l’avoir, » déclara Takumi.

« Super ! Je vais tout manger. Merci beaucoup, » s’exclama Kunon.

La blonde se mit à sourire d’une oreille à l’autre, puis elle posa son regard sur son amie avant de déclarer. « Karin... mais si tu n’en manges pas, je ne le ferai pas non plus. »

« Non non. Tout est à toi. Je n’ai pas faim, » répondit Karin.

« Mais je ne veux pas le manger seule... Euhhh ! » s’exclama Kunon.

Après ça, elle avait frappé le sol avec sa queue, ne sachant pas trop quoi faire.

En regardant sa réaction, Takumi devina leur relation et se mit à sourire. « Elle te demande de manger avec toi après que cinq jours se soient écoulés depuis son dernier repas. Alors, regarde ce qu’elle accepte pour toi. La pauvre, et tout cela seulement parce que je t’ai donné du pain. »

« … Tu es vraiment rusé, » déclara Karin.

« Bien sûr que je suis. Après tout, je voulais quelque chose en retour, » répondit Takumi.

« … Tu es le pire. Tu ne peux même pas tenir ta langue, » déclara Karin.

« Je pourrais être le pire, mais qui s’en soucie ? Mange avec elle, car si elle arrête de bouger à cause de toi, ce sera un vrai problème, » déclara Takumi.

« Ces singes m’ont forcé avant ça à manger. Les miettes laissées par Kunon me suffiront. Je suppose que les elfes sont précieux, » balayant ses cheveux en arrière, Karin soupira, agacée.

« Les elfes, hein... Je ne les aurais jamais imaginés avec des cheveux noirs, » répondit Takumi.

Takumi les avait imaginés avec des cheveux blonds ou blancs. Après qu’il eut dit ça, elle lui lança un regard meurtrier.

« Un autre commentaire et je te tue, » cracha Karin.

« Calme-toi ! Désolé si j’ai blessé tes sentiments. Je voulais juste te dire que tes cheveux étaient vraiment magnifiques, » déclara Takumi.

Elle avait fait claquer sa langue en signe d’agacement. Karin avait pris note de ses horribles manières, mais au moins il s’était excusé. Peut-être qu’il n’était pas si mauvais que ça.

« Je serais heureuse de fuir cette horrible situation, je reste ici seulement pour Kunon, » déclara Karin. « Mais ce n’est pas comme si je pouvais quand même me mettre en colère contre des enfants. »

« Ne parle pas comme ça, » déclara Takumi. « Même si auparavant j’ai échoué quant aux négociations, je pense toujours à un moyen de nous entraider. J’espère vraiment que tout le monde peut pour le moment s’entendre. »

« Penses-tu vraiment que nous avons besoin de ton aide ? » demanda Karin.

« Bon... alors, je vais te dire mes véritables intentions, » déclara Takumi.

En disant ça, Takumi rapprocha son visage de celui de Karin, regardant droit dans ses yeux.

Elle retint involontairement son souffle, mais ce n’était pas parce qu’il n’avait pas les yeux d’un enfant normal réduit à l’esclavage ou parce que son regard était complètement dépourvu d’émotions.

Ce n’était pas simplement par peur.

« Mon but est…, » commença-t-il à expliquer.

Après cela, Karin se souvint de la manière de respirer.

Elle fronça les sourcils puis le regarda avec méfiance.

« Comment as-tu…, » commença-t-elle.

« Ouah, tu as compris. Mon Dieu... la magie existe vraiment ici. Mais c’est plus complexe que là où j’étais avant, » Takumi sourit comme s’il s’opposait à ses propres mots.

Puis il continua à parler. « S’il te plaît, nous allons être ensemble pendant un moment. Alors je ne demande pas à être ami, mais au moins nous devrions nous entendre. »

Il avait agité sa main et puis, en les laissant avec ces mots, il retourna dans son coin.

***

Partie 2

Plusieurs jours plus tard, un autre couple de marchands d’esclaves avait acheté les enfants.

Ils avaient mis des chaînes à tout le monde et les avaient fait monter dans une carriole couverte.

La cellule où ils étaient restés jusqu’à maintenant était petite, mais ils avaient essayé de passer du temps en paix.

Lilia leur avait enseigné les mathématiques et comment écrire et lire.

Ils avaient taquiné Killfer en raison de sa diligence et avaient essayé de diviser le peu de nourriture qui leur avait été donnée en parts égales pour que chacun puisse manger...

Mais au moins, ils avaient fait tout cela en souriant.

Quand ils avaient mis le pied dans la carriole, ils avaient pleuré avec des voix étouffées.

Ils savaient que la vie d’un esclave était dure.

Les personnes normales les traitaient comme des objets.

Ils étaient payés que quelques pièces de monnaie et leurs rations alimentaires étaient réduites. Ils allaient devoir travailler sans relâche et quand quelqu’un n’y pourrait plus, ils étaient abandonnés sans aucun remords.

Les enfants dans cette carriole n’avaient pas de futur.

« Aaah... Chaque fois, c’est la même histoire, mais au fond je me sens un peu désolé, » déclara l’un des deux hommes.

« Tiens-toi tranquille et reste sur tes gardes. Cette fois, nous avons une elfe. Nous devons seulement penser à atteindre Listina, » ordonna l’autre.

Au-delà de l’étoffe qui recouvrait le véhicule, le cocher, qui était plus âgé à en juger par sa voix, parlait à un jeune homme.

Ils discutaient de la façon dont ils allaient vendre les enfants à quelqu’un d’autre, probablement un autre marchand d’esclaves.

« Au fait, ils nous ont donné un petit plus, car il y avait plus de marchandises, mais... Ce n’est pas comme si on gagnait beaucoup pour ces marmots, » déclara le jeune.

« Ne jamais refuser de l’argent. Et aussi, même s’ils n’ont que la peau sur les os, monsieur Gaitsu les vendra tous à coup sûr, » dit le vieux.

« Oui... je me souviens de Gaitsu. Quand il a été payé pour une autre vente, la boîte était trop petite pour tout l’argent, » déclara le jeune.

« … Écoute ! Pourquoi ne fais-tu pas ton travail au lieu de dire n’importe quoi ? » demanda le vieux.

« D’accord ! Regarde, cette fois, je me suis assuré de tout préparer. Cette boîte n’a pas de clé, donc seuls un génie ou Gaitsu lui-même pourraient l’ouvrir. Es-tu maintenant content ? » demanda le jeune homme.

Le jeune homme avait montré une boîte à son collaborateur, qui avait fait claquer sa langue sous le clair de lune.

« Cache-le à l’endroit habituel, crétin. Tu as vraiment besoin de te taire, » déclara le vieux.

« Hein !? Pourquoi suis-je grondé ? » demanda le jeune.

« Parce que tu es négligent et fais toujours ce que tu veux, comme tu l’as fait avec la clé, » déclara le vieux.

« Mais de cette façon, il n’y a aucun risque de le perdre, n’est-ce pas ? » demanda le jeune.

Leur conversation détendue était le contraire complet par rapport à la façon dont les choses étaient dans la carriole.

Takumi les avait observés tout en restant calme.

« Tu es vraiment bizarre, » une voix lui parvint d’en bas et il tourna son visage vers elle.

Les silhouettes de Kunon et Karin étaient étendues sur le sol.

« Karin, chaque fois que j’essaie de te parler, tu m’ignores. Quoi !? En sachant qu’ils vont sous peu nous vendre, te sens-tu seule ? » demanda Takumi.

« Je t’ignore parce que tu fais toujours le clown, » répondit Karin.

« Mon Dieu... es-tu consciente que les autres gardent leurs distances à cause de tes manières ? » demanda Takumi.

Ni Lilia, Killfer ni aucun autre enfant n’avait osé les approcher. Même maintenant, Takumi était le seul assez courageux pour être près d’elles.

« Sens-toi libre de m’ouvrir ton cœur et d’avoir une conversation pour tuer du temps quand tu le voudras, » déclara Takumi.

« Si je pouvais t’éventrer et coudre tes lèvres pour que je ne t’entende plus parler avec cette odieuse bouche, alors tu peux compter sur moi, » déclara Karin.

« Je ne veux pas répandre dans cette carriole l’odeur du sang, » répliqua Takumi. « Et en passant, où vas-tu ici trouver l’aiguille et le fil ? Je pense que pour l’instant tu devrais abandonner ton idée. »

« Pff... Quelle honte ! Si je n’avais pas ces chaînes, je pourrais te tuer en un rien de temps, » déclara Karin.

« Quoi !? Takumi est gentil ! Il me donne du pain ! Tu ne peux pas le tuer ! » Kunon avait parlé d’une voix chaleureuse et joyeuse alors qu’elle se tortillait sur place.

Elle semblait avoir un faible pour Takumi, peut-être parce qu’il lui donnait tous les jours de la nourriture.

« Au fait, les elfes sont-ils plus forts que les humains ? » demanda Takumi.

« Pourquoi demandes-tu ça ? » demanda Karin.

« Je pensais que si tu l’étais, te libérer de ses chaînes serait du gâteau pour toi, » déclara Takumi.

« Cela dépend d’un individu à l’autre, » répondit Karin. « Parmi les demi-humains, il y a... les hommes-loups, comme Kunon, qui sont forts et habiles au combat, ou les hommes-dragons qui sont couverts d’écailles blindées. Ce serait facile pour eux. »

« Quoi… ? Kunon est-elle vraiment une louve ? » demanda Takumi. « Je pensais qu’elle était une renarde étant donné la couleur de sa fourrure ! »

« Ooauff! Je ne suis pas un renard ! Je suis une louve, sage et puissante ! » Elle déclara ça tout en gonflant sa poitrine avec fierté, mais Takumi ne prêta aucune attention à sa pose extrêmement bête.

« En gros, tu fais partie des loups sages ? » demanda Takumi. « Je me demande... si tu es forte même parmi ton propre genre, pourquoi tu ne t’es pas déjà débarrassé de tes chaînes? »

« Parce qu’elle l’aurait fait si elle pouvait, » répondit Karin. « Les entraves pour les demi-humains sont faites de métaux spéciaux, et donc les casser n’est pas si facile. Si elle était en pleine forme, alors peut-être qu’elle pourrait le faire, mais... comme la nourriture est à peine suffisante pour nous maintenir en vie, il est normal qu’elle n’ait pas d’énergie. »

« Tout à fait... Grâce à ton pain, Takumi, je me sens un peu mieux, mais j’ai encore faim et je ne peux pas utiliser toute ma force…, » déclara Kunon.

Karin ne déclara plus rien et regarda Kunon baisser les yeux.

« Et quand est-il des elfes ? » demanda Takumi.

« Bien sûr, c’est impossible pour nous, » répondit Karin. « Sans notre équipement, nous sommes encore plus inutiles que les humains. »

« Je vois... mais de quel genre d’objets parles-tu ? » demanda Takumi.

« Tu mets vraiment ton nez partout…, » répondit Karin. « Ne pense pas aux arcs, aux couteaux et aux diverses pierres, que tu pourrais t’imaginer dans ton esprit fétide. La magie est la seule véritable fierté et le point fort des elfes. Je parle donc de baguettes magiques et d’objets magiques. »

Quand elle avait fini de l’expliquer, elle avait établi un contact visuel avec Takumi.

« Juste pour être clair, je ne peux pas utiliser la magie. Alors, n’attends rien de moi, » rajouta Karin.

« Hé ! Ne fais pas comme si tu lisais mon esprit, s’il te plaît, » déclara Takumi.

« Je pensais t’épargner une question inutile, » déclara Karin.

« Tu aurais au moins pu le dire avec une expression appropriée, » déclara Takumi.

Il soupira en observant Karin se battre pour garder la même expression.

« Je déteste faire des choses inutiles, mais parler avec toi n’était pas complètement inutile. Maintenant, je suis certain de l’existence de la magie et j’ai compris que tu mentais, » déclara Takumi.

« Oh vraiment ? Dis-moi alors quand j’ai menti, » elle le railla, mais il ne la regarda même pas.

« Je vois. Tu incites les personnes à établir un contact visuel avec toi, de sorte que tu peux “lire dans leurs pensées”... ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

L’instant d’après, il avait clairement entendu Karin retenir son souffle.

« Ouah, super ! Personne ne l’a compris avanttttt…, » commença Kunon.

« Kunon, sois une gentille fille et arrête de parler, s’il te plaît, » interrompit Karin.

Karin lança un regard noir à Takumi en posant les mains sur la fille-louve qui commença à se tortiller.

« Je ne sais pas de quoi tu parles, » déclara Karin.

« C’est trop tard maintenant. Je l’avais déjà compris dès la première fois que je t’ai donné du pain, » déclara Takumi tout en bâillant.

« Tu pensais “regarde ! Ce gamin affamé nous offre du pain”, » continua Takumi. « Au début, tu t’étais demandé quelles étaient mes intentions, afin que tu puisses les deviner à partir de ma réponse et de mon expression. Pourtant, tu croyais que j’allais te demander quelque chose en retour. »

« C’est parce que je ne crois pas aux humains, » répliqua Karin. « Il était évident que tu voulais quelque chose de nous. »

« Dans une situation comme celle-ci, il est normal de même douter des enfants... Mais tu n’es pas la seule à pouvoir lire dans les pensées des autres, car la magie n’est pas nécessaire pour le faire, » déclara Takumi.

Fermant un œil, il tapota sa tempe avec un doigt.

« Tout comme tu n’as pas arrêté de regarder mes yeux pendant un moment, j’ai également continué à regarder les tiens, » répondit Takumi. « Tu n’as jamais regardé mes expressions ou les mouvements de mes yeux. Pourtant, tu as cru avec fermeté que j’allais demander quelque chose en retour. Par conséquent, je pensais bien que tu avais dû utiliser une autre façon de le trouver. »

Karin était restée silencieuse.

« J’ai remarqué un tas de choses en parlant avec toi... Par exemple, tu essaies de ne pas me parler si je ne te regarde pas dans les yeux. Tout comme maintenant, » continua Takumi.

Elle soupira, résignée. « Qui es-tu ? »

« Je te le dirai correctement si nous en avons l’occasion... mais je dois confirmer quelque chose. Laisse-moi parler à Kunon, » demanda Takumi.

La réticence était présente sur son visage, mais elle avait alors écarté ses mains de la bouche de son amie.

« Fuah ~ Uuuh… j’étais en train d’étouffer…, » déclara Kunon.

« Karin est un désastre, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, Kunon, peux-tu battre les adultes ? » demanda Takumi.

« Eh bien... je n’en suis pas sûre, mais je ne perdrai pas tant que mes jambes peuvent bouger ! » Elle avait répondu en soulevant avec force ses magnifiques jambes.

Takumi avait deviné qu’elle ne mentait pas et qu’elle était assez confiante dans ses propres capacités.

« Karin, qu’en penses-tu ? Vous étiez tous les deux ensemble avant de finir ici, donc personne ne devrait connaître ses compétences mieux que toi, » demanda Takumi.

« … Tant qu’elle peut utiliser ses jambes, elle peut gagner même contre un ennemi armé, et cela même si elle est affaiblie, » répondit Karin. « Les hommes-bêtes sont généralement rapides et fortes, il est donc nécessaire de sceller leurs mouvements pour les garder à distance. Voilà pourquoi elle a aussi des chaînes à ses chevilles. »

En entendant ces paroles, Takumi avait essayé de les examiner. Ils étaient vraiment plus résistants comparés aux entraves en bois ou en acier.

« C’est bien. Nous pouvons alors continuer, » déclara Takumi.

« Qu’est-ce que tu manigances ? » demanda Karin.

« Nous avons déjà eu un contact visuel, alors tu devrais le savoir, non ? » demanda Takumi.

« Je voulais dire... Que veux-tu de notre part ? Je sais que tu as besoin de quelque chose, mais je ne sais pas quoi, » elle avait répondu avec une allure boudeuse. Elle avait l’air contrariée parce que Takumi avait découvert son pouvoir.

« Il y a plusieurs façons de sortir d’ici, » répondit Takumi. « Dans le meilleur des cas... »

Alors qu’il allait commencer à expliquer, la carriole s’était arrêtée quand les chevaux avaient commencé à renâcler.

Presque au même moment... des cris d’hommes en colère résonnaient ainsi que les voix perplexes et effrayées des cochers.

« Non, nous ne pouvons pas tous les repousser ! Sortons de…, » la voix du jeune homme fut interrompue et des taches cramoisies irrégulières apparurent sur le tissu du chariot.

« Serge ! Prenez ça ! Non… ! Ahhhhh ! » Après que ce cri agonisant fut cessé, les rires grossiers des hommes avaient secoué l’air.

Takumi voulait jeter un coup d’œil dehors, mais étant donné le sang qui coulait dans la carriole, deviner ce qui venait de se passer n’était pas une tâche difficile.

Les enfants avaient été surpris, et alors qu’ils s’étaient tus, Takumi s’était tourné vers les deux jeunes filles.

« Eh bien... c’est le pire des cas, » déclara-t-il avec une voix monotone.

***

Partie 3

La brise du soir avait poussé dans la carriole la puanteur du sang. Les rugissements de victoire des hommes pouvaient être entendus à l’extérieur de chariot couvert.

À ce moment-là, les bandits décidèrent de déchirer la bâche de tissu servant de toile protectrice contre les intempéries, puis l’un d’eux fit franchir sa tête pour ainsi pouvoir regarder le contenu du chariot.

« Hehe… Cela fait un moment qu’on ne s’est pas vu, les marmots, » put être entendu. Il s’agissait de la voix d’un homme.

Les enfants se souvenaient parfaitement du visage de l’homme qui venait de leur parler. Un grand homme ayant un sourire vicieux qu’il avait déjà vu précédemment.

La seule différence notable était... que ses vêtements étaient tachés par du sang.

« Les elfes sont bien plus précieux que les esclaves normaux. J’ai gagné de l’argent avec vous, mais cette fois, j’ai eu de la chance de pouvoir en avoir encore plus, » déclara-t-il en riant.

L’homme lécha le sang se trouvant sur la lame de son épée tout en ricanant.

Il s’agissait des marchands d’esclaves qui avaient vendu l’elfe et maintenant, ils étaient venus la reprendre pour la revendre.

Ils n’avaient donc pas attaqué un chariot de manière aléatoire. Ils savaient déjà que les marchandises détenues par ces deux hommes étaient précieuses.

S’ils continuaient à faire des choses comme ça, ils pourraient facilement devenir riches en un rien de temps.

Bien sûr, cela n’était pas quelque chose que l’on pouvait faire trop souvent, mais c’était clairement un bon moyen de gagner de l’argent sur le court terme.

« Patron, que ferons-nous avec ces enfants ? » demanda le deuxième homme en pointant du doigt les enfants humains.

« Eh bien... récupérons uniquement l’elfe, » déclara le chef. « Je n’ai utilisé les autres que pour convaincre ces marchands d’acheter l’elfe. Cela a marché, car il y en avait beaucoup. Mais maintenant, les garder en vie n’est qu’une nuisance. »

Alors que l’homme se moquait des enfants avec ses camarades, il leva son épée sur un enfant malchanceux.

« Tuez-nous et vous pourrez dire au revoir à l’argent de ces deux là, » dès que Takumi avait dit ça, l’homme s’était arrêté net.

La rage et la confusion étaient visibles sur son visage alors qu’il se retournait pour voir qui avait osé lui parler avant de rugir ces quelques mots. « Mioche, qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Exactement ce que je viens de dire, » répondit Takumi. « Avant ça, les cochers que vous avez tués parlaient d’argent. Ils parlaient du fait qu’ils recevraient bientôt le reste de leur paiement. Cependant, ils avaient déjà été payés pour l’elfe, et même bien plus que prévu... et ils l’ont caché dans une boîte. Vous en avez entendu parler aussi, n’est-ce pas ? » La dernière partie fut déclarée après qu’il se soit tourné vers les autres enfants.

Faisant face aux enfants qui pleuraient de désespoir, il les avait vus hocher la tête à plusieurs reprises.

« Si tu me le remets tout de suite, je t’épargnerai, » déclara l’homme.

« C’est bon de voir qu’on se comprend... mais ces deux-là ont dit que la boîte avait un étrange mécanisme, » déclara Takumi. « Vous ne pourrez avoir l’argent que si vous le manipulez correctement. »

Les enfants avaient semblé choqués par ce que venait de dire Takumi.

Les cochers n’avaient pas seulement caché la boîte, mais ils avaient également dit que seules quelques personnes seraient capables de l’ouvrir, et ils n’avaient rien dit à propos de l’activation du mécanisme... Néanmoins, Takumi semblait confiant.

« Néanmoins, je sais comment l’ouvrir, » continua Takumi. « Promettez-moi que vous nous laisserez partir une fois que vous l’aurez. »

« Très bien... intéressant. Alors, jouons…, » déclara l’homme, puis il attrapa Lilia et l’attira vers lui alors qu’il posait son épée sur son cou. « Pendant que tu seras chargé de l’ouvrir, je vais tuer quelqu’un toutes les trois minutes. Où est le plaisir s’il n’y a pas de piquant dans un tel jeu ? »

Il resserra son emprise sur elle, alors qu’elle frissonnait et regardait Takumi pour lui demander de la sauver.

Mais Takumi affichait son sourire chaleureux habituel alors qu’il la regardait. « En effet, c’est plus intéressant ainsi. Ces cochers ont dit tellement de choses à voix haute que trois minutes seront plus que suffisantes. »

« Super ! Eh bien, puisque tu es si confiant, que dirais-tu de bouger ton cul ? » cria l’homme.

« Bien sûr, mais j’ai besoin des clefs afin de pouvoir ouvrir la trappe où ils ont caché la boîte, » déclara Takumi. « Et aussi, j’aimerais que vous enleviez ces chaînes, sinon je pourrais trébucher, comme je vais devoir chercher dans l’obscurité. »

L’homme fit claquer sa langue, et alors qu’il farfouillait dans les poches du cadavre, Takumi se tourna vers Karin et la regarda droit dans les yeux.

Elle savait ce qu’ils devaient faire, mais quand même, son visage était vraiment très proche.

Karin fit transmettre silencieusement le message à Kunon, puis le bandit jeta un trousseau de clefs à Takumi.

« Dépêche-toi, ou tes amis mourront, » déclara l’homme.

« Bien. Je ne vois rien, et trouver la bonne clef n’est pas une sinécure, » répondit Takumi.

Takumi avait montré à l’homme une clef accrochée dans le trousseau de clefs et l’avait secoué. « Avec ça, je peux ouvrir la trappe. Ça va prendre un instant pour ouvrir la boîte. Pouvons-nous oublier la règle des trois minutes ? »

« Pff... dépêche-toi, » répliqua l’homme, attendant que Takumi lui donne l’argent.

L’enfant tourna nonchalamment le dos et s’accroupit. Alors qu’il souriait, il fit tourner la clef dans la serrure. Un *Clack*, avait annoncé l’ouverture des menottes.

L’homme était raide et son sourire avait immédiatement disparu de son visage.

Il se sentait paralysé, incapable de saisir ce qui venait de se produire.

« Quoi… ? » Alors qu’il murmurait ces mots, il baissa les yeux.

Il avait alors vu son bras sur le sol. L’épée était toujours dans la main.

« Qu’est-ce... à l’instant…, » il ne pouvait pas dire un autre mot que ça.

Après avoir senti sa cage thoracique s’enfoncer en lui en produisant un important bruit d’os brisés, l’homme fut expulsé hors du chariot.

« Pff, je ne suis pas aussi forte quand je ne peux utiliser que mes mains…, » déclara Kunon avec une expression de déception clairement visible. Sa fourrure dorée s’agitant dut à l’excitation.

Mais à ce moment-là, personne ne s’était vraiment soucié de ses paroles.

Ceux qui assistaient à la scène ne pouvaient pas saisir ce qui s’était produit en cette fraction de seconde. Lilia elle-même, la plus proche des bandits, était trop choquée pour réagir.

La seule chose qui était claire pour tout le monde était... que Kunon était une femme-bête, une demi-humaine puissante dans les compétences martiales. Même si le sang de l’homme l’éclaboussait, elle gardait le même sourire radieux qu’elle avait quand Takumi lui donnait du pain.

« Ils... l’ont libérée ! » L’un des hommes près du chariot avait crié, terrifié.

Sa voix avait figé les bavardages de ses camarades, qui s’étaient tournés pour voir cette horrible scène.

Puis, ne se souciant nullement de ce qui était arrivé à leur chef, les bandits avaient commencé à fuir à pleine vitesse, se dispersant comme s’ils avaient vu un monstre.

Pourtant, la fille continuait à les regarder comme un loup regardant un agneau juste avant de le déchiqueter.

Puis, tout en continuant à observer, elle déclara. « Oh, jouons-nous au chat et à la souris ? Je l’ai déjà joué plusieurs fois ! Les gens m’ont félicité... quand j’ai attrapé et tué toutes les petites souris. »

« ... Stupide chien ! Qui a dit que tu pouvais les tuer !? » Au moment où elle allait bondir, Takumi l’avait attrapée par la peau du cou, puis, alors qu’il resserrait sa prise sur elle, elle s’était raidie et avait arrêté de bouger.

« Outch ! Qu’est-ce que tu fais !? » s’exclama Kunon.

« Il n’est pas nécessaire de les tuer, » déclara Takumi.

« Oh laisse-moi ! C’est ennuyeux si je ne les tue pas ! Ne puis-je pas aller m’amuser avec eux ? » s’exclama Kunon.

Elle ne comprenait pas la raison pour laquelle il l’avait arrêtée.

Une personne normale se serait demandé si elle avait une case en moins... mais il y avait quelqu’un qui pouvait comprendre ce genre de logique.

« C’est vrai, c’est ennuyeux. Alors, amusons-nous, » déclara Takumi.

« Super ! Tu me laisses donc aller les tuer ? » demanda Kunon.

« Non, arrête-toi ! Tuer du monde n’est pas une bonne chose, » répondit Takumi.

Kunon ne pouvait pas comprendre ses paroles et elle pencha la tête tout en le regardant.

Takumi affichait le même sourire tordu qu’elle avait. « Ne les tue pas sans raison, laisse-les vivre. Ne tue pas non plus leur chef. Cela serait beaucoup plus amusant de le voir mourir très lentement. »

Takumi, sur sa même longueur d’onde, avait proposé quelque chose d’encore plus atroce avant de la relâcher.

Kunon était restée gelée, immobile alors qu’elle l’observait toujours.

La laissant seule, Takumi avait commencé à libérer de leurs chaînes les enfants.

Karin fut la dernière, et quand elle fut finalement libre, elle étendit ses membres endolories.

Après ça, elle s’était tournée vers Takumi, et lui avait adressé la parole. « Comment as-tu pu obtenir la bonne clef dès le premier essai ? »

Le trousseau de clefs avait quatorze clefs présentes, dix pour les enfants et quatre pour Karin et Kunon.

Et donc, trouver la bonne clef dans l’obscurité en si peu de temps n’était pas une tâche aisée.

Mais Takumi avait répondu avec son visage de poker habituel. « Puisque les marchands avaient les clefs de nos chaînes, mais pas les vôtres, ils auraient dû les avoir quand ils vous ont acheté. »

Alors qu’il avait dit ça, il lui avait montré le trousseau de clefs.

Un simple fil avait tenu l’ensemble des clefs.

« Dans ce cas, vos clefs auraient dû être les dernières, » rajouta-t-il. « En outre, puisque vos entraves sont faites dans des matériaux différents, leurs clefs auraient dû être également différentes. »

Puisque les humains ne pouvaient pas voir dans l’obscurité, ils devaient affûter leurs sens pour se déplacer dans certaines circonstances.

Une fois qu’il avait compris la position des clefs, les toucher un à un n’avait été qu’une question de quelques secondes.

« De plus, pour lier Kunon, ils avaient besoin de chaînes plus dures, donc je n’avais qu’à comparer la dernière paire de clefs de l’ensemble, » continua-t-il. « Même si je me trompais, j’aurais pu à nouveau essayer, même s’il me semblait que ce mec ne voulait pas continuer à jouer bien longtemps. De toute façon, il était vraiment improbable pour lui de voir ce que je faisais. »

Takumi lui avait souri alors qu’il commençait à faire tourner le trousseau de clefs autour de son doigt.

« D’autres questions ? » demanda-t-il.

En le voyant si confiant, elle haussa les épaules et arbora un sourire ironique avant de lui répondre. « Non. Je te pardonne aussi d’avoir utilisé Kunon, mais seulement parce que nous sommes en sécurité maintenant. »

« Il faut bien remercier ce type, car grâce à lui, nous sommes libres. Maintenant, il est temps pour le prochain mouvement, » déclara Takumi.

Takumi s’était approché des enfants qui étaient regroupés. « Hé, est-ce que l’un d’entre vous est blessé ? »

« Takumi ! Merci ! Je te remercie… ! » Lilia était venue en courant et l’avait étreint, pleurant à chaudes larmes.

Elle devait avoir été la plus effrayée par tous ces événements, puisqu’elle avait été menacée d’être celle qui serait tuée en première.

Les autres enfants avaient également parlé après ça pour le remercier.

Les cochers étaient morts et les bandits avaient tous fui.

Plus personne ne les retenait. Ils étaient enfin libres...

Du moins, c’est ce qu’ils pensaient.

« Allez, on ne peut pas rester ici. Alors, partons tous ensemble, » déclara Takumi.

« Partir… ? Où ? Et aussi, maintenant que nous sommes libres, est-il vraiment nécessaire que nous restions tous ensemble ? » répliqua Killfer tout en jetant un coup d’œil à Kunon et Karin.

Takumi avait deviné que leur présence n’était pas vraiment appréciée par les autres.

« Bien sûr, nous devrions aller là où les marchands nous amenaient en tant qu’esclaves. Les chevaux vont bien, alors nous devrions atteindre notre destination sans plus de problèmes, » répondit un Takumi souriant.

Les enfants n’avaient pas compris sa déclaration

Pourquoi devaient-ils redevenir des esclaves, et cette fois de leur propre volonté ?

« Non... Oublie ça ! Pourquoi diable devrais-je redevenir un esclave ? » Dès que Killfer avait exprimé ses pensées, d’autres enfants montrèrent qu’ils étaient d’accord avec lui.

Takumi s’attendait à cela, alors il avait commencé à expliquer. « Il est exact que nous sommes maintenant libres de faire ce que nous voulons, mais où devrions-nous aller ? Nous pourrions être capturés à nouveau, mourir de faim, ou devoir vivre une vie de larcin. »

« Mais pourquoi devrions-nous aller à la rencontre du patron des cochers ? » demanda Killfer.

« Parce que maintenant, ils nous doivent quelque chose. Et je veux négocier avec eux pour que vous puissiez vivre en sécurité pour toujours, » déclara Takumi.

Takumi avait déjà pensé à tout cela, alors il avait souri avec confiance. « Il faut redevenir esclave pour ne plus en devenir un dans le futur... mais nous devons tous rester ensemble pour que cela se produise. »

Bien sûr... les enfants avaient penché la tête alors qu’ils étaient en pleine confusion. Après ça, ils avaient finalement compris ce qu’il sous-entendait par là.

S’ils décidaient de fuir, rien n’aurait changé pour eux. Leur vie serait restée un enfer.

Aussi bien les bandits que les marchands d’esclaves les pourchasseraient jusqu’au bout du monde afin de pouvoir se venger.

Mais tous les enfants n’étaient pas mûrs pour abandonner la liberté qu’ils venaient de gagner, même s’ils avaient compris que c’était le bon choix.

« … je suis partante, » déclara Lilia alors qu’elle se tenait debout près de Takumi.

Les autres enfants la regardaient.

« Lilia, plaisantes-tu !? Il n’est nullement nécessaire de faire ce qu’il demande ! Nous sommes maintenant libres ! » s’exclama Killfer.

Elle secoua négativement la tête face à son objection. « Takumi a raison. Nous pourrions nous faire capturer à nouveau et si cela n’arrive pas aujourd’hui, cela pourrait arriver demain, après-demain ou encore après... » Elle répondit, et Killfer baissa la tête en serrant les dents.

Ils auraient à vivre avec la peur au ventre par rapport au fait d’être pourchassés. Leur vie ne serait pas si différente d’avant.

« Eh aussi, Takumi m’a sauvé, » continua Lilia. « Il a réussi à surmonter une situation impossible, c’est pourquoi... je crois en lui. »

Killfer fit claquer sa langue après l’avoir vue sourire et se tourna pour faire face à l’enfant près d’elle

Killfer se mit alors à parler à Takumi, résigné. « Euh, peux-tu vraiment faire ça ? »

« Je suis “sûr” que je peux le faire. Je sais que te demander quelque chose comme ça est dingue, mais je tiendrai ma promesse, » répondit Takumi.

Killfer soupira et baissa la tête devant le sourire odieux et condescendant de Takumi.

« Que devrions-nous faire ? » demanda Killfer.

Face à cette question, Takumi répondit. « J’aimerais te dire de tout me laisser faire, mais certains enfants n’ont toujours pas compris ce que nous devons faire, alors je veux que toi et Lilia leur expliquiez tout et que vous les convainquiez de ça. Si quelqu’un refuse, les choses vont se compliquer. »

« Leur expliquer… ? Lilia est sûrement bonne pour ça, mais je ne sais pas comment le faire, » déclara Killfer.

« Je suis sûr que tu peux le faire à cause de ce que tu es, » répondit Takumi. « Laisse Lilia expliquer la situation, tu n’interviendras que lors que cela devient vraiment nécessaire. »

Il avait l’air d’être en plein conflit, mais il avait décidé d’aller avec Lilia. Quand Takumi vit qu’ils étaient prêts à partir, il s’était retourné après avoir senti quelqu’un se trouvant derrière lui.

« Takumi... j’ai une faveur à te demander, » les cheveux blonds de Kunon étaient éblouissants sous le clair de lune. Son visage était figé dans une expression froide. « Les personnes me disaient toujours de tuer, et c’est tout ce que j’ai toujours fait... Je ne lâcherai pas une vie aussi amusante. »

Ses yeux morts et dorés étaient sans émotion.

« C’est pourquoi “les laisser en vie” était... intéressant, » continua Kunon. « Si tu peux penser à quelque chose comme ça, je suppose que tu penseras à beaucoup de choses encore plus intéressantes. »

Son expression s’était adoucie et était revenue à la normale.

« Alors... je vais commencer par te laisser en vie, » déclara-t-elle à la fin.

Un sourire innocent s’épanouissait sur ses lèvres et Takumi lui rendit son sourire.

« C’est sympa. N’hésite pas à me tuer quand tu seras fatiguée de moi, » déclara Takumi.

« Arg... te tuer serait certainement difficile, mais ça pourrait également être amusant…, » répliqua Kunon.

 

« Est-ce vraiment amusant d’écraser une mouche ? Dans tous les cas, garde les yeux ouverts, » répondit Takumi. « Je vais te montrer plein de bons moments, mais tu dois travailler pour moi en retour. »

« Laisse-moi me charger de ça ! J’obéirai à tous tes ordres comme un bon toutou ! » après avoir donné sa réponse, elle était revenue dans le chariot tout en remuant la queue.

« Maintenant que ton amie a fait son choix, que vas-tu faire ? » demanda Takumi à Karin.

« ... Si Kunon reste, je le ferai également, » déclara Karin. « Tu es vraiment intéressant... et il y a d’autres choses que j’aimerais voir. »

Elle pointa du doigt sa tête.

« Je vais te le demander à nouveau. Qui es-tu ? » demanda Karin.

« Eh bien, je ne peux pas dire que je suis une personne normale, » répondit Takumi.

« N’es-tu pas normal... ? C’est dur à croire, » déclara Karin.

« Je ferai de mon mieux pour te le faire croire, » répondit Takumi. « Nous avons beaucoup à discuter et avoir quelqu’un qui peut me comprendre tout de suite peut être utile. »

Comme il n’avait pas assez d’informations sur ce monde, qui sait quelles conséquences il aurait à subir s’il disait qu’il était une personne réincarnée.

Karin pouvait lire dans son esprit grâce à sa capacité. Cela voulait dire qu’au fil du temps, elle pouvait tout découvrir, et qu’il n’avait pas besoin de lui dire directement.

« Remettons à plus tard cette petite conversation. Récupérons les cadavres et allons-nous-en, » déclara Takumi.

« Je suis d’accord, mais... pourquoi devrions-nous les amener avec nous ? » demanda Karin.

Karin avait maintenant l’habitude de voir ces cadavres, mais elle ne comprenait pas pourquoi ils en avaient besoin.

« Avant ça, j’ai dit que personne ne devait manquer. Bien sûr, ils ne sont pas exclus, » déclara Takumi.

Après avoir fermé les yeux des cochers et les avoir repositionnés avec dignité, il les avait traînés dans le chariot.

Ni les enfants ni Kunon et Karin, les cochers ou les bandits qui avaient attaqué le chariot devraient être portés disparus s’ils voulaient que les négociations se déroulent sans encombre.

« Comme c’est assez complexe à expliquer, ce sera plus rapide pour toi de le lire directement en moi, » déclara Takumi.

« Non, lire dans ton esprit est fatigant, » répondit Karin. « Quand je l’ai fait pour savoir ce que nous devions faire plus tôt, j’ai vu tellement de pensées que j’avais envie de vomir. »

« Oh, c’est pour ça que tu as fait ce visage, » répondit Takumi. « Mais à partir de maintenant, je vais souvent te faire lire dans mes pensées, alors il faut s’y habituer. » Il avait dit ça en se regardant dans les yeux. Takumi s’était placé face à elle... et comme c’était un peu trop près, Karin se mit à férocement rougir.

« Je-je ne m’intéresse pas à un enfant... mais j’ai lu qu’il y a un adulte en toi... c’est complexe…, » balbutia Karin, gênée.

« Merci pour la réaction ô combien mignonne ! J’ai aimé ça, » déclara Takumi.

« ... Je te frapperai si tu le dis encore, » s’exclama Karin.

« Eh bien, tu peux quand tu veux lire la réponse que tu cherches, mais ne le fais pas si cela te fait te sentir plus mal, » déclara Takumi. « Il vaut mieux respirer un grand coup, et te reposer. »

« Oui, je vais passer mon tour pour l’instant... Que veux-tu faire quand nous y serons ? » demanda Karin.

« Je veux montrer aux adultes qu’ils ont fait une erreur, » répondit Takumi avec son éternel sourire.

***

Partie 4

Une petite présentation de la ville de Listina, la capitale.

Le Château de Richtert était visible par-dessus les toits de Listina, et la structure de la ville était divisée entre les parties supérieure, centrale et inférieure.

La forteresse et la ville étaient entourées de hautes murailles.

Un immense lac était situé au sud de la capitale, une chaîne de montagnes s’étendait au nord, et des plaines s’étendaient à perte de vue de l’est à l’ouest.

On aurait dit que mère Nature avait béni la ville avec tous ses éléments.

La chaîne de montagnes Meld n’avait pas seulement bloqué les vents froids de l’hiver, mais elle avait également servi de barrière naturelle contre les envahisseurs potentiels.

Le lac de Verne était célèbre en raison d’une certaine caractéristique.

Il s’agissait d’un lac saumâtre. Une partie de son eau provenait directement de la mer, ce qui avait souillé l’eau du lac. 

Grâce à cette particularité, les navires pouvaient sans problèmes accéder au lac directement depuis la mer.

Afin de gagner du temps en évitant les difficultés liées au transport terrestre, la ville s’était particulièrement développée dans le domaine du commerce maritime et ceci comprenait également les canaux.

En outre, les plaines Eltern étaient dépourvues de nids de poule et d’autres obstacles du genre, de sorte que même les royaumes voisins les utilisaient comme routes commerciales.

Puisque Listina avait une situation géographique idéale et qu’elle était célèbre en tant que métropole commerciale, une grande variété de marchands ambulants la visitait afin de développer leur commerce. Mais avant de les laisser entrer dans la ville, leur marchandise devait être examinée au préalable.

C’est pourquoi chacune des portes de la ville était protégée par des gardes stationnés pas très loin de leurs casernes.

Ils devaient garder en tout temps les yeux ouverts afin de s’assurer que personne ne contrevenait à la loi.

L’un d’eux était à moitié endormi et laissa échapper un large bâillement en regardant le soleil se lever. « Aaah... c’est enfin le matin. Si seulement les autres se dépêchaient et prenaient le relais, nous pourrions tout de suite rentrer chez nous. »

« Je suis d’accord, mais si tu étais à leur place, ferais-tu ça à ton réveil ? » demanda le deuxième garde.

« Eh bien... non, j’aurais d’abord droit à un gros petit-déjeuner, » répondit le premier garde.

« C’est pareil pour eux. Je comprends que tu aies sommeil, mais sois patient, » répondit le deuxième.

« Oui, m’sieur. Essaye donc de me tenir éveillé en me parlant de quelque chose d’intéressant, car nous allons devoir tuer le temps, » déclara le premier garde.

« Je suppose que je ne peux pas faire autrement... dans ce cas, parlons du “chariot fantôme”, » commença le deuxième.

« Veux-tu parler du chariot qui a été repéré au milieu de la nuit alors qu’il était conduit par un cadavre ? » demanda le premier garde.

« ... Laisse-moi au moins commencer l’histoire, » soupira le deuxième garde.

« Un gars m’a parlé du “vaisseau fantôme” quand je surveillais au port, » dit le premier.

« Je vois. C’était probablement que vous deux n’aviez rien à faire et qu’il a entamé une conversation comme tu l’as fait à l’instant, » déclara le deuxième.

Comme les deux hommes se divertissaient avec ce bavardage futile, ils se mirent tous deux à sourire.

Ils étaient tellement fatigués qu’ils auraient pu s’endormir en mâchant de la nourriture ou en buvant du vin.

La seule façon de revenir à leurs sens aurait été d’avoir une véritable peur.

Au moment où ils entendirent les hennissements d’un cheval au loin, ils regardèrent dans cette direction.

« Je suppose que nous avons du travail à faire. N’avons-nous pas de la chance de pouvoir maintenant examiner un chariot ? » demanda le premier.

« Tu peux le dire ainsi, mais nous devons travailler pour vivre, n’est-ce pas ? » demanda le deuxième alors qu’ils affichaient tous deux des sourires ironiques.

Voyant le chariot se rapprocher de la porte, ils se regardèrent.

« N’est-ce pas un peu bizarre ? » demanda le premier garde.

« On dirait un chariot utilisé pour transporter des marchandises, mais je ne vois pas le tissu habituel... Non, attends, je peux le voir flotter dans le vent ! » s’exclama la deuxième. « Peut-être qu’il a été attaqué par des bandits. »

« Dans ce cas, pourquoi viendrait-il ici de cette manière ? » demanda le premier.

Le soleil projetait l’ombre du chariot dans la direction de la ville, alors ils ne pouvaient qu’attendre qu’il se rapproche pour mieux voir ce que c’était.

« Quoi qu’il en soit, qu’est-ce que c’était que le chariot fantôme ? » demanda le premier garde.

« On raconte qu’un chariot qui transportait des enfants esclaves a été attaqué par des bandits qui ont tué chacun d’entre eux. Après ça, en raison de leur ressentiment, ils sont devenus des fantômes et maintenant leurs cadavres parcourent cette terre, » raconta le deuxième garde.

« Oh mon dieu... Si mes yeux ne me trompent pas, le cocher de ce chariot ressemble à un enfant…, » déclara le premier garde.

Plus le chariot était proche, et plus le cocher était petit par rapport à un adulte.

« ... Sache juste que si c’est la vraie affaire, je ne resterais pas ici. »

« Ne t’inquiète pas. Si c’est vraiment le cas, au diable le travail et nous courons de toutes nos forces, » déclara le deuxième garde.

Ils retinrent nerveusement leur souffle en attendant l’arrivée du chariot... et finalement il commença à ralentir, jusqu’à ce qu’il s’arrête près d’eux.

Le cocher était vraiment un enfant, et il affichait un sourire alors qu’il leur faisait signe avant de parler. « Bonjour ! Le fait d’être de service ce matin est vraiment admirable ! »

En entendant ses salutations amicales, les gardes se sentirent soulagés.

« Eh bien, c’est notre devoir, » déclara le premier garde. « Mais... cette carriole n’est pas le tienne, n’est-ce pas ? »

« Non, ce n’est pas le cas, » répondit l’enfant. « Nous avons été attaqués par des bandits sur le chemin menant ici, donc j’ai pensé à rapporter ceci à son légitime propriétaire. »

Les gardes semblaient perplexes.

Le cocher actuel portait un collier noir... un collier d’esclave.

Ils avaient commencé à se demander pourquoi il n’avait pas fui, puisque les bandits auraient été capables de tuer les marchands.

Le raisonnement de l’enfant était une idiotie.

« ... Je dois vérifier le chariot, » déclara le deuxième garde.

« N’hésitez pas à le faire, » répondit le jeune. « Mais s’il vous plaît, ne réveillez personne. Ils sont tous fatigués. »

Tout en surveillant l’enfant, l’un des gardes avait regardé à l’intérieur du chariot. Il y avait neuf enfants, une fille-bête, une elfe... et deux hommes. Tout le monde était allongé sur le sol.

« Oh, il y a des adultes. J’aimerais parler à…, » commença le garde.

Quand il avait essayé de réveiller l’un d’entre eux, il remarqua que le corps de l’homme était bien trop froid.

Sa tête ensanglantée roula d’une façon désordonnée, et elle arrêta pile comme si elle voulait regarder le garde.

L’enfant à l’extérieur, agissant toujours en tant que cocher, n’avait jamais cessé de sourire.

« Oups, j’ai oublié de vous dire que certains d’entre eux sont morts, » s’exclama l’enfant. « Je voulais les ramener à leurs familles avant qu’ils ne pourrissent, alors... pouvez-vous m’aider à entrer en contact avec le propriétaire de ce chariot, s’il vous plaît ? »

Les misérables cris des deux gardes retentirent à l’extérieur des murs de la ville.

***

Partie 5

Il semblerait que les gardes ne voulaient pas s’impliquer avec le propriétaire du chariot, qui était à la tête d’une organisation de marchands d’esclaves appelée Valeria.

Certains de ses membres étaient apparus dès que les gardes avaient contacté leur organisation, mais ils ne ressemblaient pas à des gens amicaux.

Bien plus que des marchands, ils ressemblaient plus à des voyous. 

Après qu’ils eurent vérifié les cadavres de leurs anciens camarades, ils avaient ouvertement montré leur hostilité et leur soif de sang envers Takumi.

Eh bien, penser que Takumi avait induit une rébellion et tué les cochers était normal dans cette situation, puisqu’aucun d’entre eux n’avait été témoin de la scène.

Pourtant... personne n’avait posé un doigt sur les enfants. « Notre patron veut parler avec toi, » était leur seule explication.

Les esclaves avaient été escortés à l’un des salons de Valeria.

Kunon et Karin, ainsi que Lilia, Killfer et les autres étaient tous inquiets quant à la situation.

« Désolé de t’avoir fait venir ici, » devant Takumi, un homme s’était assis sur le canapé avec une de ses jambes croisées sur l’autre, et ses pieds posés sur la table basse.

Oui, peut-être qu’« homme » lui convenait mieux que « marchand ».

Les voyous l’avaient appelé patron, et Takumi avait estimé qu’il était autour de l’âge où il était mort dans son ancien monde. Peut-être même un peu plus âgé, donc juste au-dessus de sa trentaine.

À en juger par les cicatrices sur son visage et ses bras, il avait probablement un corps solide et bien musclé.

« Je suis Vatel Famille, le dirigeant de cette organisation. Avant de commencer à me dire ce qui s’est passé, fais comme chez toi, » déclara-t-il.

Takumi avait suivi ses mots et s’était assis sur le canapé.

« Les gardes m’ont déjà expliqué ce qui s’est passé. Depuis le début, cette situation était louche, compte tenu de l’elfe à bas prix, mais je veux écouter votre version avant d’en tirer mes propres conclusions, » déclara-t-il.

Mais les yeux s’opposaient à ses paroles, car ils s’étaient emplis d’une soif de sang.

« Pourtant, je ne comprends pas pourquoi tu voulais venir ici, » continua-t-il « Je peux comprendre que tu nous retournes nos anciens camarades, mais je ne vois pas pourquoi tu as aussi amené cette elfe. »

L’homme avait analysé la situation tout en allumant un cigare.

« Je veux que tu expliques tout ce qui s’est passé. Essaye de cacher quelque chose ou de me mentir et aucun d’entre vous ne sortira vivant d’ici, » finit-il par dire.

Son regard était ferme alors qu’il examinait Takumi.

L’enfant avait fait de même.

S’il avait été un voyou moyen, il aurait été facile de le tromper et de retourner la situation. En outre, si une bataille avait éclaté, Kunon serait présente pour se battre.

Mais Vatel était prêt pour ce genre de scénario, puisqu’il savait déjà ce qui s’était passé.

La collecte d’informations était plus facile lorsque vous aviez le dessus.

Mettre de la pression sur quelqu’un pourrait leur faire commettre des fautes, ce qui rend encore plus facile cette récupération de données.

Takumi avait commencé à parler en pensant que l’homme n’était pas un imbécile. « Le fait de fuir aurait été inutile pour nous, puisque nous n’avons nulle part où aller. Nous sommes ici pour vous demander une faveur. »

« Vous foutez-vous de moi ? Vous, des esclaves, voulez nous demander une faveur ? » s’écria Vatel. « Vendre des personnes nous fait apparaître comme des individus de merde, mais penses-tu que nous allons vous torcher le cul, à des marmots comme vous ? »

« Vous savez, nous ne serions pas en mesure de conclure un marché si vous n’étiez pas des marchands d’esclaves si merdiques, » répliqua-t-il.

Les yeux de Vatel se mirent à s’illuminer de rage en entendant cette réponse, tandis que les voyous dans le couloir se fâchaient devant une scène aussi scandaleuse.

« Putain de gamin, comment oses-tu parler au chef Vatel comme ça ? » déclara un homme massif avec une voix forte et en colère.

« Tais-toi, Gaitsu. Je sais que tu détestes traiter avec des esclaves arrogants, mais laissons-le faire, » après que Vatel eut grondé son sous-fifre, son regard était revenu sur Takumi. « Désolé pour ça, mais en mettant de côté le chagrin pour nos camarades perdus, nous ne sommes pas des gens qui aimons être insultés ainsi par des gamins. »

« Je vois. Je ne pensais pas que vous pourriez être dérangé par quelqu’un comme moi, » répliqua Takumi.

Takumi était imperturbable pendant que les voyous le regardaient.

Vatel poussa un profond soupir. « Eh bien. Je reconnais ton courage, mais surveille tes paroles. Maintenant, revenons à notre conversation… »

Ses yeux brillaient derrière un nuage de fumée pourpre.

« Avant de conclure un marché, tu devrais t’assurer d’avoir les biens appropriés avec toi. Qu’est-ce que vous avez, des esclaves sans le sou ? » demanda-t-il.

« Eh bien, je n’ai que mon corps et les loques qui le recouvrent, mais nous pouvons aussi échanger des choses intangibles, n’est-ce pas ? » demanda Takumi en tapotant sa tempe avec un doigt. « J’ai les informations qui vous seraient utiles. »

Vatel était devenu silencieux, perdu dans ses pensées.

« Continue. Nous pourrions avoir un commerce équitable compte tenu de la valeur de ces informations, » déclara Vatel.

« Mais chef Vatel ! Crois-tu vraiment ce gamin ? Il va juste essayer de sauver sa propre peau ! » Gaitsu avait encore soulevé une objection quant à la décision de son chef.

« Gaitsu, je t’ai dit de fermer ta gueule, » dit l’homme qui regardait fixement son subordonné.

Le corps musclé de Gaitsu avait commencé à frissonner.

« Je veux savoir ce qu’il a à offrir, » continua Vatel. « Si tu ne comprends pas cela et que tu oses interrompre à nouveau notre conversation, je jure que je te fermerai la bouche pour toujours. »

Gaitsu bougea ses lèvres, mais aucun son ne sortit d’elles.

Submergé par la pression du regard de son patron, il quitta la pièce tout en se mordant les lèvres.

Takumi était resté indifférent et avait recommencé à parler sans changer de ton. « N’avez-vous pas été d’accord trop facilement ? Votre homme pourrait avoir raison. »

« Si tu étais si stupide, je t’aurais déjà enterré dans un champ jusqu’à la tête. Ou bien, tu serais déjà mort de faim sur le bord de la route, » alors qu’il exhalait un autre nuage de fumée violette, son expression semblait un peu s’adoucir. « Continuons. Que penses-tu, qu’as-tu vécu, qu’as-tu vu... dis-moi tout et montre-moi des preuves, pour que je puisse avoir une image claire de tout cela. »

Takumi s’attendait à ce qu’il dise ça.

Vatel pensait que le commerce allait lui profiter, alors il n’avait pas montré le moindre soupçon de honte en faisant un marché avec un esclave ordinaire.

Après avoir inspiré de l’air, Takumi avait commencé à parler. « D’abord, je veux expliquer pourquoi il n’y a pas d’esclaves manquants. Nous étions enfin libres, donc c’est bizarre que nous soyons tous ici en ce moment, mais c’est exactement la raison pour laquelle nous avons de la place pour la négociation. Si vous n’aviez pas arrêté de penser à ça, vous nous auriez au moins écoutés. »

Il avait dit tout cela d’une voix monotone.

« En regardant la boîte que vos anciens camarades avaient avec eux, j’ai pu confirmer qu’il y avait quelqu’un qui utilisait son cerveau ici. C’est pourquoi j’ai préféré venir ici, plutôt que de fuir à la recherche d’un endroit sûr. »

Cette boîte n’avait pas de clé ni de trou de serrure, il était donc impossible de l’ouvrir pour une personne normale.

« Comme elle ne peut être ouverte que par quelques personnes, la façon de l’ouvrir doit être complexe, » continua-t-il. « Mais à en juger par sa dimension et sa forme, il est impossible de cacher un véritable mécanisme en son sein. En outre, ce n’est même pas nécessaire, car il ne doit pas rester longtemps ainsi. Donc... en vérité, n’importe qui peut l’ouvrir. »

Une boîte sans clé et sans serrure était intéressante.

En supposant que « cela ne pouvait être ouvert que par quelques personnes », Takumi pensait que ceux qui appartenaient à cette organisation pouvaient le faire.

Peut-être que seule la magie pouvait l’ouvrir, pensa l’enfant, mais si c’était le cas, l’un des cochers l'aurait clairement dit.

Pourtant, aucun d’eux n’avait mentionné quoi que ce soit à cet égard.

« Les cadavres de vos anciens camarades sont la preuve de notre innocence, » continua-t-il. « Si nous les avions tués, leurs corps n’auraient pas subi ces blessures. La frappe d’un enfant n’irait pas si profondément et avec ces angles. Et aussi, si une bête les attaquait, ils seraient beaucoup plus déchiquetés. »

Takumi expliquait calmement la situation.

Les voyous avaient commencé à avoir peur de lui.

Comment avait-il deviné ?

« J’ai déjà dit que nous pouvons faire un marché parce que vous êtes des marchands d’esclaves, n’est-ce pas ? C’est parce que votre façon de résoudre les problèmes est basée directement sur la force brute, donc la seule chose que je peux vous offrir en tant qu’enfant est l’information, » continua-t-il.

Tout le monde était en train de ressentir de la peur alors que l’enfant continuait avec son explication.

« Maintenant, il est le temps de passer à la partie amusante. Je connais le plan, la physionomie et les traits spécifiques des bandits qui nous ont attaqués, et nous avons aussi l’un des bras de leur chef... Je peux aussi dire que ces idiots ont déjà attaqué d’autres carrioles de la même manière. Ils sont venus pour ramener l’elfe et voler tout objet de valeur. »

Puis, l’enfant avait retroussé ses lèvres dans un sourire effrayant.

« Alors... je suis là pour vous offrir de l’argent et votre vengeance, » annonça-t-il.

La pièce s’était remplie de silence.

Après un moment, le rire de Vatel le traversa. « Bien, tu as bien fait ! Faisons un marché ! »

Pour la première fois, Vatel avait fait face à Takumi avec une expression amicale.

« En tant que Vatel Famille, responsable de Valeria, je promets de prendre soin de vous tous. Dites-nous ce dont nous avons besoin de savoir à propos de ces bâtards, » déclara Vatel.

Il avait gardé le sourire même si ses yeux étaient teintés d’une soif de sang.

« Si je peux les tuer de mes propres mains, je te donnerai ce que tu veux, » déclara Vatel.

Les voyous affichaient des sourires fous tandis que leurs cœurs flamboyaient en raison des douces flammes de la vengeance présentes en eux.

 

Takumi sourit en retour et répondit. « Ils sont toujours dans la ville. Je vous suggère donc de vous dépêcher d’agir. »

« Pourquoi dis-tu ça ? » demanda Vatel.

« J’aurais dû le mentionner avant, » Takumi avait croisé les jambes avec arrogance.

Il s’agissait d’un comportement totalement inadapté à un esclave.

« Courir aurait été vraiment stupide. De plus, grâce à la femme-bête, nous avons maintenant un bras qui appartient à l’un d’entre eux, alors ils nous chassent en ce moment, » déclara Takumi.

Même s’il était juste un enfant, il avait recueilli une énorme quantité d’informations.

« Ils ne penseront pas que tous ceux du chariot sont arrivés ici. Pendant qu’ils nous cherchent, nous resterons ici, et vous serez libre de faire ce que vous voulez, » déclara Takumi.

« Venir ici en sachant qu’ils essaieraient de vous traquer est un geste astucieux, » répondit Vatel. « Mettre la main sur une femme-bête, qui est aussi l’un des loups belligérants et qui a la capacité de gérer une telle bataille est... pas mal. »

« La vie de ces bandits est une grande affaire pour vous, et vous n’êtes pas le genre d’individu qui laisserait passer entre vos doigts une telle occasion en or. Est-ce que j’ai raison ? » demanda Takumi.

« Alors, tu voulais échanger ça depuis le début ? Tu es intelligent, gamin. Pourquoi n’essaies-tu pas de devenir un marchand d’esclaves ? » demanda Vatel.

Le rire de l’homme semblait guttural. Son ton était ironique, mais son expression et ses louanges semblaient sincères.

« Eh bien... dans ce cas, laissez-moi être l’un des vôtres, » déclara-t-il.

Vatel écarquilla ses yeux en raison de la surprise.

« Est-ce que tu... veux travailler pour moi ? » demanda Vatel.

« Exactement. Après tout, j’ai déjà des biens, » Takumi avait dit ça en montrant les enfants derrière lui. « Je vais les vendre et vous apporterais dix fois leur prix. »

Les voyous étaient troublés par cela, et même Vatel affichait une expression agacée.

« Écoute... même moi, je pense que je suis méchant, » répondit Vatel. « Je n’hésite pas quand je dois tuer quelqu’un, et vendre des bestioles ou des humains ne me dérange pas du tout. Mais je défends la logique et la raison. Seul un bâtard jetterait quelqu’un parce que ça ne leur sert plus à rien, tu ne le penses pas ? »

Les enfants qui avaient goûté l’espoir de la liberté et le désespoir de l’esclavage étaient un parfait exemple.

Mais Takumi était resté calme alors que Vatel le regardait.

« Je veux les vendre pour leur propre bien, » répondit Takumi.

« Ce ne sont que de belles paroles, » répondit Vatel. « Tous les esclaves meurent de la même manière. Les hommes meurent en travaillant eux-mêmes jusqu’aux os, et les femmes sont obligées de se prostituer et de mourir de maladies. »

« C’est pourquoi je devrais tout simplement les vendre là où ça ne peut pas arriver, » répondit Takumi. « S’ils sont compétents, les acheter devient pratique, et s’ils sont si bons qu’ils ne peuvent pas être remplacés, ils peuvent avoir une vie normale... non ? »

« Penses-tu vraiment que tu peux réaliser quelque chose comme ça dans ce monde de merde ? » demanda Vatel.

« Bien sûr que je le peux. Rien n’est impossible pour moi, » répondit Takumi.

C’était inconcevable.

Pourtant, quelqu’un voulait essayer l’impossible.

« Je pourrais même... changer l’image elle-même des esclaves, » rajouta Takumi.

À cet instant-là, Takumi avait fait un sourire adapté à quelqu’un de son âge.

Vatel avait souri par réflexe.

« Tu... es vraiment un enfant étrange, » déclara Vatel.

« Vatel, veux-tu vraiment accepter sa demande ? » demanda l’un des hommes présents.

« Pourquoi pas, Jill, » répondit Vatel. « Je veux dire, regarde jusqu’où il est allé pour tout cela. S’il nous apporte du profit, c’est donc fantastique pour nous. »

« … Je vois. Que dois-je dire à Gaitsu ? » demanda Jill.

« Dites-lui que j’ai un peu de travail pour lui. Quand on parle d’argent, il est sans pareil, » répondit Vatel.

Jill, l’homme de peu de mots, s’inclina respectueusement avant de quitter la pièce.

Alors qu’il sortait, un petit visage encadré de beaux cheveux blond-platine et décoré de deux grands yeux couleur jade apparue de la porte.

« Papa, as-tu fini ton travail ? » demanda la jeune fille.

« Oui ma chérie. Mirta, pourrais-tu amener ces enfants dans la chambre d’amis ? Nous déjeunerons plus tard, » déclara Vatel.

« D’accord papa. Cuisinons bien ! » Mirta sourit innocemment tandis que Vatel lui caressait la tête.

Elle avait piqué l’intérêt de Takumi, alors il avait essayé de demander. « Est-elle aussi une esclave ? »

« Essaie de répéter ça et je te tuerai, » répondit Vatel. « Mirta est mon adorable et innocente fille. Elle m’aide avec le travail. »

Sa présence accablante avait été remplacée par les regards d’un père fou et aimant qui avait caressé son petit bébé.

Takumi voulait lui dire qu’elle ne devrait pas l’aider, mais il s’arrêta et continua à observer la scène, étonné.

Mirta pencha la tête. « Papa, est-il aussi un esclave ? »

« Non, il n’est plus un esclave, » répondit Vatel. « À partir de maintenant, il est notre nouveau camarade. »

« Camarade... ? Est-ce qu’il travaillera avec nous ? » demanda Mirta. « Est-ce ainsi même s’il est encore qu’un enfant ? »

En examinant Takumi, elle inclina de nouveau la tête.

« C’est bien le cas. Il compte aussi sur toi, alors aidez-le s’il en a besoin, » déclara Vatel.

« Il ne ressemble pas à un enfant…, » déclara Mirta.

« Pfuahahah! C’est vrai, il ne l’est pas vraiment ! » Dès que Mirta avait exprimé sa pensée, Vatel avait éclaté de rire. « Tu es maintenant membre de Valeria. Fais ce que tu veux avec les esclaves que tu as amenés ici. J’adorerais mettre la main sur l’elfe et la fille-bête, mais je te les laisserai quand même. Considérez-les comme tes premiers investissements. »

« Merci, je ne vais pas les gaspiller. Je ne vendrais jamais sans elles, puisque personne ne pourrait prendre au sérieux un enfant, » répondit Takumi.

« Eh bien ! Tant que tu es intelligent, il n’y aura pas de problème. N’hésite pas à faire ce que tu veux, » déclara Vatel.

Alors que Vatel souriait, il s’approcha de la sortie, mais s’arrêta devant et retourna son visage vers Takumi.

« Demain, parlons en détail du travail... mais en y réfléchissant, tu ne m’as toujours pas dit ton nom, » déclara Vatel.

« Je m'appelle Takumi. J’espère que nous pourrons nous entendre, » répondit Takumi. Il avait répondu avec sa confiance habituelle.

***

Chapitre 2 : Le marchand d'esclaves au cœur tendre

Partie 1

Sept années s’étaient écoulées.

Cela pouvait sembler très long, mais les choses n’avaient pas vraiment changé.

Au moins, les conditions de Listina étaient restées les mêmes.

Grâce à l’énorme quantité d’eau propre fournie par le lac de Verne, il n’y avait pas eu de périodes de sécheresse, et les voies de navigation étaient devenues le principal moyen de transport de la capitale, car elles s’étaient entrelacées dans les rues.

C’était la raison pour laquelle les marchands et les voyageurs, qui n’admiraient pas seulement l’apparence majestueuse de la ville, avaient commencé à l’appeler la « Capitale de l’Eau ».

Cependant, ils se référaient aux parties supérieure et centrale de la ville.

L’eau cristalline qui avait été tirée du lac avait coulé de la partie supérieure de la ville, jusqu’à la zone sud-est, la plus pauvre, où l’eau était devenue des eaux usées avant de retourner dans le lac.

Bien sûr, la totalité des égouts n’était pas souterraine, de sorte que la zone avait été remplie par une terrible puanteur, aggravée par l’humidité élevée.

Les personnes qui l’avaient appelée ainsi l’avaient simplement fait parce qu’elles ne tenaient pas compte de la ville basse, mais il y avait aussi des gens qui se moquaient de ça.

Mais les résidents n’étaient pas dérangés par ça.

Dans la partie haute de la ville, les riches se régalaient quand ils le voulaient.

Au milieu, les habitants vivaient une vie normale basée sur le travail.

Et dans la partie inférieure, les individus devaient faire face à la famine.

Personne ne s’en souciait.

Ce fut l’occurrence quotidienne de la ville, et rien n’avait changé au cours de ces années.

« Il est... temps de commencer à travailler, » faisant craquer ses épaules, Takumi, qui était un marchand d’esclaves, prit une profonde bouffée d’air dans le ville basse, il était devenu si habitué à ça.

Même si la situation de la ville ne s’était pas vraiment améliorée durant ces années, Takumi était devenu un beau garçon.

Sa constitution physique n’était pas quelque chose de remarquable, mais depuis qu’il était devenu assez grand, ses anciennes caractéristiques enfantines n’étaient plus visibles.

« Comme tu peux le voir, les humains grandissent assez vite. »

« Wooow... Il se penche habituellement, mais en le voyant maintenant, Takumi est assez grand ! »

Une petite fille avec les mêmes cheveux blonds, les mêmes grandes oreilles et la queue qu’il y a sept ans auparavant, se tenait près d’une superbe fille aux cheveux noirs dont les mots étaient aussi tranchants que ses oreilles.

Elles étaient des esclaves comme lui dans le passé, mais maintenant elles étaient ses collègues.

Leur apparence n’avait pas du tout changé en sept ans.

Karin ressemblait exactement à la même que la première fois où Takumi l’avait vue, à commencer par ses cheveux noirs et soyeux, sa poitrine généreuse et ses minces mains.

Elle était désormais en pleine forme.

Kunon avait également gardé la même apparence de petite fille qu’elle avait il y a sept ans. Elle n’avait pas grandi d’un pouce, et sa féminité ne s’était pas du tout développée.

« Vous, les filles, ne changez jamais. Je devrais être celui qui est surpris, » répliqua Takumi.

« Eh bien, je suis une elfe, » répondit Karin.

« Et moi, je suis une fille-bête, » répondit Kunon.

Karin avait répondu d’un ton sans émotion, tandis que Kunon était de bonne humeur.

Chaque type de demi-humain avait des caractéristiques particulières. La longévité et la croissance étaient assez communes entre eux.

Une fois que les elfes atteignaient l’âge adulte, c’est comme si le temps s’arrêtait pour eux et que leur corps ne se détériorait plus jamais après ça.

De l’autre côté, les hommes-bêtes vieillissaient, mais ils se développaient bien plus lentement que les humains.

À cause de ces différences, il n’était pas étrange que Takumi ait l’air plus vieux qu’elles, mais c’était assez bizarre pour lui.

« Merci de me le rappeler. Maintenant, allons au travail. Karin, quels sont nos plans pour aujourd’hui ? » demanda Takumi.

« Aucun problème. Nous devons aller à Valeria. Mais nous devrions passer par le magasin “Corundrum” et récupérer ce que nous avons demandé à Becht, » répondit Karin. « Après cela, nous demanderons à Lang le rapport habituel sur le traitement de l’eau, et nous discuterons de la demande de ce cordonnier, Pass, concernant le nouvel apprenti... si je ne me trompe pas. En ce qui concerne la Fête de la Moisson de ce soir, tout le monde participera, donc il n’y aura pas de problème. »

Après que Karin avait résumé leur horaire, Takumi hocha la tête.

« Ce serait mieux si Becht et Lang avaient déjà fini leur travail. Pendant que j’y suis, je vais demander à Pass de nous parler de la nourriture... mais allons-y d’abord, » déclara Takumi.

« Superrrrr ! J’adorerais avoir de la viande ! » cria Kunon.

« Kunon... la viande comme première chose mangée le matin est un peu rude pour moi…, » déclara Karin.

« Hein !? Je ne peux donc pas en avoir… !? » demanda Kunon.

Bien que Karin avait essayé d’objecter face à la suggestion de son amie, le fait de la voir abaisser sa queue et ses oreilles fit soupirer l’elfe.

« Takumi, allons manger de la viande, » déclara finalement Karin.

« Tu cèdes bien trop facilement quand c’est elle, mais tout va bien pour moi, » répliqua Takumi.

« C’est réglé ! Beaucoup de viande pour le petit-déjeuner ! » Kunon sautait de joie alors que ses oreilles restaient droites et ses yeux brillaient.

Les filles avaient rejoint l’organisation Valeria tout comme Takumi, et les trois avaient développé une sorte d’amitié pendant les sept années qu’ils avaient passées ensemble.

« Tôt le matin... le bar devrait être vide. Nous pourrions avoir une chance de parler avec elle, » déclara Takumi.

« ... Le petit-déjeuner n’était qu’une excuse, n’est-ce pas ? » demanda Karin.

« Bien sûr que c’est le cas, » répondit Takumi. « Le temps, c’est de l’argent. Les choses inutiles devraient être supprimées. »

Karin le regarda, déçue, mais il ne s’en soucia pas et commença à marcher tout en fredonnant.

On pouvait parfaitement dire qu’il n’y avait pas beaucoup de restaurants dans la ville basse.

Les plus pauvres avaient souvent besoin de sauter le repas du matin. Le repas du midi était le repas principal de la journée, et généralement, le repas du soir était accompagné de beaucoup d’alcool.

Voilà pourquoi il y avait à peine quelques endroits qui offraient la possibilité d’obtenir un petit-déjeuner. La ville basse était remplie de bars, donc c’était vraiment difficile de trouver un endroit approprié pour manger.

Mais si c’était son propre bar, c’était différent.

Ignorant le panneau « fermé » suspendu à la porte, Takumi était rentré dans le bâtiment.

Lorsque la clochette de la portée avait retenti, on pouvait entendre les bruits de pas de quelqu’un qui arrivait rapidement depuis l’arrière de l’échoppe.

« Nous sommes fermés pour aujourd’hui ! Oh, salut Takumi. » Une fille était apparue portant un ruban entourant ses cheveux blond terne.

« Salut, Lilia. Peux-tu me faire un petit-déjeuner ? » demanda Takumi.

« Encore ? Là, je suis occupée. Je dois encore nettoyer des trucs pour le quart de nuit, » répondit Lilia.

Même si elle avait l’air agacée, elle leur fit signe de prendre place au comptoir.

« C’est juste que tu es si bonne cuisinière que je pense à toi chaque fois que j’ai faim, » répondit Takumi.

« Oh merci. Je serais également heureuse si tu pouvais mettre ça sur papier, » répliqua Lilia.

La frustration sur son visage avait été remplacée par un joli sourire.

« On dirait que tu n’es pas seule. Notre habitué est aussi là, » déclara Takumi.

Lilia rigola en regardant l’homme assis de l’autre côté du comptoir, qui toussait violemment.

Il portait des lunettes et son expression était sévère. Son visage avait une apparence un peu différente en portant ses lunettes, mais il avait quand même conservé ses caractéristiques.

« Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai dû passer toute la nuit à travailler sur un manuscrit. Le seul endroit où je peux manger quelque chose à cette heure est ici, » répondit l’homme.

Son regard et son ton avaient radicalement changé, mais son expression habituelle n’avait pas changé d’un iota.

« Ah, alors si un autre bar comme celui-ci s’ouvre, tu ne viendrais plus ici ? » demanda Lilia.

« ... Eh bien, tu es une bonne cuisinière, alors je choisirais encore celui-là, » répondit l’homme.

« Comme tu peux être honnête, Killfer, » répondit Lilia. « Tu parles comme un adulte, mais pense comme un enfant. »

« Je suis juste plus formel qu’avant puisque je dois parler avec mes supérieurs, » répondit Killfer.

Il fourra dans sa bouche la délicieuse viande qu’il avait dans son assiette.

« Allez, prenez vos places. Puis-je vous faire quelque chose rapidement ? » demanda Lilia.

« Pour Karin et moi, cela ne me dérange pas, mais Kunon veut…, » commença Takumi.

« Lilia, je veux de la viande ! Cela ne me dérange pas ce que c’est, il faut juste que ce soit de la viande ! » s’écria Kunon.

« D’accord. J’avais mis de côté des herbes aromatisées spécialement pour toi, » répondit Lilia.

Puis, souriant face à la fille-bête qui remuait sa queue, elle entra dans la cuisine.

Après avoir attendu un moment en silence, Takumi avait essayé de parler à Killfer. « Dites-moi, Killfer, ça va ? »

« Tu devrais pouvoir le comprendre par toi-même, » répondit Killfer.

« Oui, mais je perdrais alors ma réplique d’approche. Et aussi, il est préférable de moi-même te le demander plutôt que de l’entendre dire par un tiers, » déclara Takumi.

« La réponse est évidente. Je suis comme tous les enfants vendus par le “marchand d’esclaves au cœur tendre”, » répondit Killfer.

Sans changer le ton de sa voix, ses lèvres se recroquevillèrent en un sourire.

Il y avait un marchand d’esclaves au cœur tendre dans la ville basse de Listina.

On disait qu’il vendait des personnes à ceux qui avaient besoin de main-d’œuvre, et cela, quel que soit ce dont ils avaient besoin et que ses esclaves étaient nettement meilleurs que ceux de la moyenne, mais aussi bon marché.

Il aurait dû être détesté pour ça.

À la place, les acheteurs et les esclaves lui étaient reconnaissants. Voilà comment les personnes avaient trouvé ce surnom.

Le marchand d’esclaves au cœur tendre n’était autre que Takumi, l’un des membres de Valeria.

« En parlant de cela, un de tes clients m’a demandé s’il serait nécessaire de payer une sorte de supplément, étant donné que l’article était bon marché, » déclara Killfer.

« Je suis content que ce soit une bonne affaire. Quand tu le verras la prochaine fois, dis-lui qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter de ça, » répondit Takumi.

« Il ne m’écoute pas, peu importe, ce que je dis, » répondit Killfer. « Et aussi, si je lui disais ça, il passerait ses nuits sans sommeil à penser à comment gagner assez d’argent pour survivre. »

Takumi éclata d’un rire méprisant.

« L’as-tu connu quand nous étions plus jeunes ? Je parie que tu peux deviner la raison si tu fais le calcul, » déclara Takumi.

« Bien sûr que je le sais. Puisque tu vends des esclaves à bon marché, la seule autre chose que tu peux vendre pour gagner assez d’argent est... » Killfer avait pris une autre bouchée alors qu’il parlait. « L’information. Les esclaves sont ton réseau d’informations, alors tu viens à connaître leurs anciens propriétaires et vendeurs, et tu gagnes de l’argent grâce à des rumeurs... ai-je raison ? »

« Eh bien, ce n’est pas tout, » répondit Takumi. « En vendant un esclave qui connaît le sujet dont l’acheteur a besoin, je gagne beaucoup de confiance, ce qui facilite les affaires. »

« Et aussi bien les personnes qui signent le contrat de protection des esclaves que les esclaves te sont reconnaissants et viennent à te faire confiance, alors ils sont prêts à t’aider, » répliqua Killfer.

« Hé ! Ne parle pas en mal de ma réputation, » déclara Takumi. « Outre la protection des esclaves, il est écrit dans ce contrat que si l’acheteur n’est pas satisfait de l’achat, il peut demander un remboursement complet. »

Le contrat avait été rédigé afin de protéger les avantages des deux parties.

« L’esclave doit être traité comme un être humain » était inscrit dessus.

En outre, il y était déclaré que l’esclave devait être payé pour son travail et que tout acte de harcèlement ou de discrimination à leur encontre était interdit. En cas de violation de l’un des points susmentionnés, une sanction allait être appliquée.

Si l’esclave s’avérait incompatible pour une raison quelconque, l’acheteur pourrait demander un remboursement complet en échange du retour de l’esclave.

« Si le client peut facilement obtenir ce dont il a besoin, l’esclave peut tout de suite mieux vivre, et c’est ainsi que je peux du même coup recueillir des informations, » déclara Takumi. « De cette façon, tout le monde y gagne quelque chose. »

Killfer s’était arrêté de manger pendant un instant. « Ce que je n’ai jamais compris, c’est comment tu as trouvé cette réponse. Ne viens-tu pas de supposer que les personnes ont besoin de meilleurs esclaves ? »

Takumi avait toujours veillé à ce que les capacités et le caractère des esclaves soient toujours parfaitement compatibles avec les exigences du client, pour toujours atteindre la perfection.

« Le fait est... que je ne peux pas comprendre ta façon de penser, » continua Killfer. « Je ne pouvais pas il y a sept ans, et je ne peux pas même maintenant. »

« La réponse est simple, » Takumi avait pointé du doigt ses propres yeux. « Il semble que j’ai un œil pour les personnes. »

« ... J’ai toujours détesté la manière dont tu évites les questions, » répliqua Killfer.

« Je n’évite rien. C’est juste une question d’expérience, » répondit Takumi.

« Parles-tu de ton lieu de naissance... ? J’ai lu depuis d’innombrables livres, mais je n’ai toujours pas vu d’écrits avec les symboles que tu utilises, » déclara Killfer.

« C’est pourquoi mon lieu de naissance est vraiment loin d’ici. Ceci ne me dérange pas que cela soit ainsi, » répondit Takumi.

Killfer avait fait claquer sa langue et avait détourné son regard. Pendant ce temps, Lilia était revenue avec le repas.

« OK, Killfer, arrête de déranger Takumi parce que tu as été privé de sommeil, » déclara Lilia.

« Pourquoi me grondes-tu ? » demanda Killfer.

« Parce que tu parles comme un ivrogne pleurnichant sur n’importe quel sujet. Et aussi, nous devrions juste lui être reconnaissants, » répondit Lilia.

Elle avait souri en touchant son cou.

Le collier qui les liait était introuvable.

« C’est seulement grâce à l’honnêteté de Takumi que nous avons pu montrer nos capacités, » continua Lilia. « Avec l’argent que nous avons gagné, nous nous sommes débarrassés de nos chaînes et avons pu faire ce que nous voulions vraiment. Je crois que cette seule raison est plus que suffisante pour te gronder. »

Chaque esclave vendu par Takumi pourrait se débarrasser de leur condition après avoir remboursé complètement leur propriétaire.

De cette façon, chacun d’entre eux pourrait poursuivre après ça ses rêves.

Lilia voulait être cuisinière et devint ainsi tenancière d’un bar.

Killfer avait une énorme soif de connaissances, alors il décida de devenir scribe.

Quelqu’un était devenu forgeron, quelqu’un qui était musicien d’orchestre, quelqu’un qui était armurier, quelqu’un qui était décorateur, quelqu’un qui était l’élève d’un colporteur, quelqu’un était marin et quelqu’un était garde... tout le monde réalisait ses propres aspirations.

Si Takumi ne les avait pas sauvés, l’esclavage aurait été leur seul choix.

« Non, tu es là seulement grâce à tes efforts, » répondit Takumi. « Si vous aviez été des esclaves sans ambition, vous seriez resté comme ça. Je suis juste venu pour vous donner un petit coup de pouce. »

« Regarde, il est aussi très humble, » déclara Lilia. « Pourquoi n’apprends-tu rien de lui, Killfer ? »

« Tch... Ce n’étaient que des pensées que j’exprimais, » répliqua Killfer.

Il appuya ses coudes sur la table et se tourna dans l’autre sens tandis que Lilia pouffait de rire.

En la voyant rire sincèrement, Takumi s’était détendu.

« Assez parlé du passé. Mangez ça avant que la nourriture ne soit froide, » clôturant la question, Lilia avait placé des assiettes sur le comptoir.

Un panier avec du pain frais, une assiette remplie d’une soupe de tomate et de haricots mungos, et une autre contenant des pâtes aux crevettes avec des crevettes pêchées au large du lac Verne, et quelques verres remplis d’eau. Puisque Listina était situé près d’un lac saumâtre et de la mer, la cuisine locale était assez centrée sur les fruits de mer.

« Et ça, c’est pour toi, Kunon, » déclara Lilia en plaçant l’assiette massive qui cliquetait devant elle.

De la Viande, de la viande et encore plus de viande.

Sous cette montagne de viande était enterré un lit de salade et de légumes.

Cela n’avait pas l’air facile à digérer.

« Viande… !! À l’attaque ! » Kunon avait commencé à se régaler de cette incroyable quantité de nourriture.

Afin de compenser leur force et leur consommation d’énergie lorsque leurs compétences étaient utilisées, les hommes-bêtes devaient manger beaucoup de nourriture.

Une petite fille comme Kunon qui mangeait autant était surprenante, mais les autres s’y étaient déjà habitués.

« J’ai... perdu mon appétit, » déclara Karin.

« Je connais cette sensation, mais mange pendant que tu peux le faire. Et prends ce que tu veux de mon assiette, » répondit Takumi.

Karin avait accepté les pâtes de Lilia avec une expression dégoûtée sur son visage.

Les elfes mangeaient très peu de viande et avaient tendance à être végétariens, peut-être parce qu’ils vivent en pleine nature.

Karin était aussi une petite mangeuse, et le fait de voir toute cette viande avait certainement fait remonter le contenu de son estomac.

Tout en amenant une miche de pain jusqu’à sa bouche, Takumi tourna à nouveau son visage vers Lilia et Killfer.

« Quelque chose d’intéressant est-il arrivé ces derniers temps ? » demanda-t-il.

« Cette question est trop vague... La seule chose qui vient à l’esprit est qu’il y a plus de copies du Texte Sacré autour de nous, » déclara Killfer.

Le Texte Sacré était le document que Richtert, la famille royale, avait suivi. Richtert était une famille très religieuse vivant dans la capitale. Ils adoraient la Déesse Filia, et croyaient que la magie était une bénédiction, alors ils la vénéraient.

Leurs croyances étaient basées sur les commandements présents dans ce texte.

Ce n’était pas des enseignements qui étaient gravés dans le marbre. En fait, ils avaient même déclaré que les suivre n’était même pas une obligation.

Mais le fait de posséder des esclaves n’était pas interdit selon ces principes.

Le Texte plaçait les esclaves sur le même rang social que les blasphémateurs et les criminels.

Il y était même dicté qu’il fallait utiliser les criminels de guerre et les criminels pour gagner plus de main-d’œuvre. De sorte que ses croyants avaient tendance à utiliser un grand nombre d’esclaves.

Certaines lois concernant les esclaves avaient été ratifiées, car un esclave improductif était un gaspillage. Les tués au hasard étaient interdits, et les salaires pour leur travail étaient établis en détail.

Pourtant, ces lois étaient juste pour le spectacle.

C’était évident même pour un marchand d’esclaves comme Takumi, c’était pourquoi il n’avait pas conclu la moindre vente sans son contrat.

« Bon sang... Les nobles et les clercs aiment vraiment gaspiller du papier…, » remarqua ironiquement Takumi.

« Ne dis pas ça. Grâce aux décorations sur le Saint Texte et aux idiots qui s’y méprennent, les scribes et les enlumineurs ont du travail. En vérité, j’aimerais le lire, » déclara Killfer.

Killfer avait repris son souffle avant de continuer. « Eh bien ! Ce n’est pas comme si quelque chose allait changer si je le lisais. Presque tous considèrent les esclaves comme des objets, et les demi-humains comme des bêtes... » Il avait souligné cela avec cynisme.

« … Killfer, » Lilia le frappa du coude et il ferma la bouche tout de suite après ça.

« Ne t’inquiète pas, c’est normal qu’ils nous voient comme ça. Nous avons perdu contre les humains, et accepter d’être dompté par eux n’est qu’une décision stupide prise par ces demi-humains vaincus, » observa Karin avec un ton plat, alors qu’elle inclinait son verre sans changer d’expression.

Un demi-humain était considéré comme un esclave dès le moment où il était mis au monde.

Dans le passé, les humains et les demi-humains s’étaient battus les uns contre les autres lors de nombreuses guerres.

Le fait de penser que les demi-humains auraient gagné grâce à leur force physique écrasante était naturel, mais les humains l’avaient emporté grâce à l’utilisation de la magie et de la tactique.

En outre, les conflits internes entre différentes factions de demi-humains avaient contribué à ce résultat.

Lorsque les deux parties avaient accepté l’accord de paix, il avait été décidé que les vaincus devaient continuer à servir les vainqueurs en tant qu’esclaves.

Cela comprenait les hommes-bêtes, les elfes, les nains, les hommes-dragons, les hommes-oiseaux, hommes aquatiques.

Tout comme les animaux, les demi-humains étaient divisés en six espèces, et quand un humain mettait la main sur eux, ils devenaient des esclaves.

Il va sans dire qu’ils n’avaient aucun droit et qu’ils n’étaient non plus pas payés, tout comme les esclaves humains.

Penser qu’ils devaient supporter un tel traitement depuis leur naissance était scandaleux.

Les nains étaient une exception. Compte tenu de leurs prouesses technologiques, il leur avait été offert de devenir des ingénieurs en échange de l’annulation de leur statut d’esclave.

Les hommes-bêtes étaient utilisés pour les travaux forcés ou pour accomplir les tâches les plus dangereuses, sinon ils étaient utilisés comme pions sacrificiels dans l’avant-garde de l’armée.

Les colliers et les chaînes qui liaient les demi-humains étaient imprégnés de magie, de sorte qu’ils ne pouvaient pas se rebeller contre leur maître.

C’est pourquoi... les demi-humains faisaient généralement face à un destin bien plus sombre que celui des esclaves humains.

« Eh bien ! Grâce au marchand d’esclaves au cœur tendre, au moins nous avons les droits de l’homme, » déclara Karin.

« S’il te plaît, ne peux-tu pas être sérieuse ? Dis-leur au moins que je te traite bien, » déclara Takumi.

« Tu sais, tu me forces à te suivre jour et nuit. J’ai aussi une énorme charge de travail, alors peux-tu éviter de penser que je suis contente de ça ? » répliqua Karin. Elle avait continué à incliner son verre afin de boire, mais cette fois, elle avait une expression acerbe.

Takumi ne vendait pas seulement des esclaves, mais il passait souvent voir comment ils allaient. Après sept années de travail, le nombre d’esclaves qu’il vendait était assez élevé, alors le suivi de tous les esclaves prenait beaucoup de temps.

Karin devait le faire pratiquement toute seule, donc dire qu’elle était exploitée n’était pas une exagération.

Lilia avait frappé ses mains.

« Pourquoi ne demandes-tu pas à Takumi d’acheter quelque chose pour toi ? » demanda Lilia. « Tu es une beauté. Alors pourquoi ne demandes-tu pas des vêtements ou des accessoires ? »

« Hein !? Je n’en ai pas besoin, » répliqua Karin. « Ah ! Mais j’avais besoin d’huile et d’une brosse métallique. Et j’ai aussi besoin de chiffons pour quand je nettoie. Oh, et un peu de coton, puisque récemment je devais souvent en utiliser et que j’en ai plus. »

« ... Karin, je ne dirai pas que c’est mal de vouloir ce genre de choses, mais là, tu as de plus en plus l’air d’une femme au foyer, » Lilia se força à sourire face à la faible ambition de Karin, mais se souvint soudainement de quelque chose. « Au fait, les membres de Valeria semblaient très occupés devant le bureau. Est-ce vraiment correct que vous restiez ici tous les trois ? »

« Avaient-ils l’air occupés ? Eh bien ! Ce matin, quelques chariots sont rentrés avec des esclaves, mais il ne devrait pas y avoir grand-chose de spécial, » répondit Karin.

Après tout, il n’était pas difficile d’obtenir des esclaves dans ce monde.

Si un marchand décidait de voyager vers un endroit pauvre abandonné par les dieux, il aurait pu facilement échanger avec la population locale de la nourriture ou de l’argent contre leurs enfants.

Les sans-abri étaient asservis s’ils étaient capturés, tout comme les personnes qui ne pouvaient pas rembourser leurs dettes. On pouvait aussi acheter les auteurs de crimes mineurs.

Il y avait d’innombrables façons d’obtenir des esclaves.

Bien sûr, la plus grande dépense pour leur entretien était la nourriture, donc les commerçants étaient obligés d’acheter seulement un nombre d’esclaves que la nourriture qu’il avait leur permettait de maintenir en vie.

Ce jour-là, dix enfants devaient arriver à Valeria.

Un petit nombre comme celui-là n’aurait pas dû déranger beaucoup de membres de l’organisation, alors qu’est-ce qui avait pu se produire ?

« En tout cas... Lilia, l’addition. Nous devons partir, » déclara Takumi.

« Bien sûr. Puisque vous êtes venu ici en dehors des heures de travail, laissez-moi un bon pourboire, » déclara Lilia.

« D’accord. En fin de compte, nous avons eu un bon repas tout en pouvant bavarder pendant ce temps, » déclara Takumi tout en souriant.

Il sortit de sa poche de poitrine quelques pièces d’argent et les laissa sur le comptoir. Il était clair qu’il y avait bien trop de pièces pour un simple pourboire.

« Voilà, c’est une récompense pour ton travail acharné... bois quelque chose à ma santé avec ces quelques pièces, » déclara Takumi.

« Ah, Monsieur Takumi, vous êtes toujours si généreux ! Killfer, vas-tu me rejoindre ? » déclara Lilia.

« ... Lilia, ne dois-tu pas nettoyer la boutique ? Et tu devras également travailler pour le festival de ce soir…, » demanda Killfer.

« Je peux le faire après avoir pris un verre ! » répliqua Lilia. « Je dois travailler jusqu’à minuit, alors où est le problème si je veux profiter maintenant de ma récompense ? »

« ... Très bien, je suis d’accord, mais je ne vais pas participer à un autre de tes concours de beuverie. Tout le monde a pitié des hommes qui perdent contre toi, » répondit Killfer.

« C’est pourquoi vaincre une fille travaillant dans un bar n’est pas une tâche facile ~, » elle se mit après ça à rigoler.

Takumi était content de pouvoir voir les deux personnes parler si gaiement. Il s’approcha de la porte. « À la prochaine. Killfer, fais-moi savoir quand quelque chose d’intéressant arrive. »

« Eh bien, si tu restes encore un peu plus longtemps, tu m’entendras parler. Faire face à Lilia est impossible pour moi seul, » répliqua Killfer.

« Je suis désolé, mais tu seras sa seule victime aujourd’hui. Je te regarderai de loin, » déclara Takumi.

« … Traître. Allez, va-t’en à ton travail, » Killfer avait grogné face à lui.

Takumi haussa les épaules en entendant un joyeux toast venant de derrière lui, puis il sortit du bar avec Kunon et Karin à ses côtés.

« Il est temps de se rendre au travail. Nous avons des choses à organiser pour ce soir…, » déclara Takumi.

« Oui, tu devrais y aller, marchand d’esclaves au cœur tendre, » alors que Takumi se dirigeait vers Valeria, une voix lui parvint de côté.

Il y avait là une fille aux cheveux roux attachée en un chignon désordonné.

Ses mots semblaient innocents et purs comme les vêtements blancs comme neige qu’elle portait.

Tous les gardes avaient reçu cet uniforme, mais contrairement à d’autres, le manteau rouge qu’elle portait était la preuve de son rang de capitaine.

Elle avait l’air d’une femme mûre, étant donné sa posture droite et son expression sérieuse, mais sur son visage, il restait quelques traits enfantins. Elle devait être dans la vingtaine.

« Bonjour, Elsa. Patrouiller dans cette zone par vous-même est honorable, Madame la Capitaine de la Garde, » répliqua Takumi avec ironie.

« Hahaha... Ton repas était-il bon, marchand d’esclaves ? » demanda Elsa. Elle croisa les bras et essaya de garder son calme, même si son expression la trahissait.

« On dirait que tu es de mauvaise humeur aujourd’hui. Tu es encore jeune, Capitaine, » répliqua Takumi. « Si tu affiches ce genre d’expression, tu finiras par avoir plein de rides comme une mémé. »

« Takumi, sais-tu pourquoi je suis comme ça ? » demanda Elsa. « Ne penses-tu pas que c’est parce que tu causes à nouveau des problèmes ? Sais-tu que je peux aussi me fâcher ? »

« D’accord, d’accord, je suis désolé ! Garde ton épée dans le fourreau ! » s’exclama Takumi. « Un garde doit protéger les personnes, et non pas les tuer dans un accès de colère ! »

Voyant que la main de la jeune fille atteignait la garde de son épée alors qu’elle poussait un sourire, Takumi leva les mains et les déplaça horizontalement devant son cou.

Les gardes maintenaient l’ordre public et faisaient en sorte que les citoyens puissent vivre en toute sécurité.

Leur capitaine devait patrouiller la ville basse parce que ses résidents, contrairement aux autres, pouvaient devenir dangereux. Ils pourraient organiser des émeutes, agir illégalement, et s’ils déclenchaient une quelconque action violente, les gardes devaient la réprimer.

Dès qu’Elsa avait reçu son rang de chevalerie, elle avait été placée à la tête des gardes de la ville basse.

Voilà pourquoi il était étrange qu’elle soit là.

« Elsa, ne devrais-tu pas donner des ordres aux gardes de la caserne pour patrouiller la ville pour le festival de ce soir ? » demanda Takumi. « Patrouiller par toi-même est génial, mais dois-tu vraiment être là maintenant ? »

« Vous, membres de Valeria, avez dit que vous alliez aider, n’est-ce pas ? » demanda Elsa. « Pourtant... personne n’est venu, alors je suis allée voir ce qui s’était passé. »

Elle soupira profondément, montrant sa fatigue.

« Quand je suis arrivée, j’ai vu que beaucoup de personnes étaient vraiment occupées, » continua-t-elle. « Mirta s’est excusée en étant au bord des larmes... J’étais donc sur le point de le faire à sa place. »

« Je vois... Je suis désolé que les choses ne se passent pas comme prévu, » répondit Takumi. « J’ai aussi entendu que beaucoup de gens étaient occupés, et j’allais vérifier par moi-même ce qui se passait. »

« Dépêche-toi, alors, » répliqua Elsa. « Avant que je n’arrive, Mirta a envoyé presque tous les membres à la caserne, donc en ce moment elle pleure probablement en raison de sa nervosité. »

« Notre chef est gentille, mais elle est une vraie pleureuse, » répondit Takumi.

L’Expression d’Elsa avait semblé adoucir pendant un moment. « De toute façon, dépêche-toi et aide-la. Si tu la fais pleurer, je te punirai de mes propres mains. »

« Oui, oui, c’est sûr. Il est bon de voir que la Capitaine vient souvent voir son amie d’enfance, mais essaye de ne pas trop négliger ton travail, » répliqua Takumi.

« Je-je ne... pas ! Je ne veux pas que tu me causes d’autres problèmes ! » cria Elsa.

« Oula, tu ne devrais pas nier que tu souhaitais voir comment allait ton amie, » dit Takumi.

« … Ah, d’accord, » elle avait répondu tout en bougeant ses mains, et comme elle remarqua ce qu’elle avait dit et fait, elle avait alors baisé la tête avec ses joues qui rougissaient.

« Bon sang... je comprends que tu sois inquiète, mais n’agis pas de façon impulsive, » déclara Takumi.

« Comment puis-je l’aider ? » demanda Elsa. « Je la vois toujours comme une jeune sœur, et c’est normal de s’inquiéter pour elle, surtout quand je considère là où elle vit. »

Elsa était née dans la partie supérieure de Listina et faisait partie de la famille Fairstadt, l’une des trois familles les plus connues de toute la ville.

Grâce à la réputation de sa famille et à son caractère, elle était devenue la capitaine de la garde de la ville basse, mais Mirta était l’une des principales raisons qui avaient amené Elsa à prendre cette décision.

Takumi ne savait pas grand-chose de leur relation, mais il avait entendu dire qu’elles avaient grandi ensemble comme des sœurs. Voilà pourquoi Elsa ne pouvait pas s’empêcher de s’inquiéter pour Mirta.

« Aussi... maintenant, il y a ce problème avec Vatel. Je veux être à ses côtés quand cela arrivera, » déclara Elsa.

« Ne t’inquiète pas. Nous gardons aussi cela à l’esprit lorsque nous agirons, » déclara Takumi.

« Tu es effrayant... mais je te fais confiance à propos de ça, » répondit Elsa. « La chose est que ton nouveau chef est célèbre parce qu’elle a abandonné ce genre de travail et a augmenté ses frais sans avertissement, de sorte que les personnes du marché se plaignent. J’aimerais que les choses se stabilisent rapidement. »

« Je pense que ce serait mieux si tu racontais ça à Mirta, pas à moi... Bref, je suis sûre que les choses vont bientôt se terminer, » répondit Takumi. « Mais tu n’as pas à t’inquiéter pour tout ça. » Takumi sourit, et Elsa pencha la tête en affichant clairement son doute.

« De toute façon, je compte sur toi pour le festival de ce soir, alors essaye de ne pas trahir mes attentes, » répondit Elsa.

« Nous n’avons pas le temps pour ça, » déclara Takumi. « Même si ce soir est un jour heureux, nous n’avons ni le temps ni l’intention de te causer des ennuis. »

« … Vraiment ? Devrais-je faire confiance en tes paroles ? » demanda Elsa. « Ne me causeras-tu pas de stress aujourd’hui ? Dernièrement, les gardes ne cessent de dire : “Eh bien ! Si les marchands d’esclaves de Valeria causent des problèmes, alors laissons ça à notre Capitaine”, le savais-tu ? »

« Eh bien, n’est-il pas préférable de laisser les supérieurs gérer les choses ? » demanda Takumi.

« Ne comprends-tu que pour moi, tu n’es qu’un casse-pieds ? » demanda Elsa.

Elle le pointa avec son index et, après un profond soupir, elle se dirigea vers la caserne.

Elle doit avoir été épuisée par tous ces événements, pensa Takumi.

« Super, maintenant que nous avons pleinement motivé Elsa, il est temps d’aller travailler, » déclara Takumi. « Je compte sur vous, les filles. »

« Je vais tout donner pour la nourriture que j’ai mangée ! » répondit Kunon d’un ton animé.

« Alors dans mon cas, je vais juste essayer, puisque je n’ai pas beaucoup mangé, » Karin avait fait une blague avec une expression stoïque

Et ainsi, la fille-bête, l’elfe et le marchand d’esclaves au cœur tendre avaient commencé à se diriger vers leur destination.

***

Partie 2

Nous ne pouvions pas dire que l’ordre public de la ville basse était vraiment bien géré.

Il y avait quelques rudes travailleurs avec des dispositions à être entêté qui aidaient à maintenir la paix dans leurs rues, mais la ville basse était pauvre et remplie de parias et de gens de ce genre.

Les bagarres étaient monnaie courante ainsi que toutes sortes de crimes. En outre, les enfants remplissaient les rues en guise de mendiants et essayaient de gagner leur vie en faisant du pickpocket.

Le bureau de Valeria était situé au cœur de la ville basse.

Les commerçants géraient le réseau de renseignements de la ville basse, et Valeria était renommée essentiellement comme étant une entreprise s’occupant de tous les métiers.

Pour être plus précise, Valeria s’occupait de tout ce qui était présent dans la ville basse.

Ils s’occupaient des combats en tant qu’intermédiaires, dirigeaient les patrouilles de gardes, aidaient pour la contrebande et les objets rares. Depuis la corruption du gouvernement jusqu’à la résolution de petits problèmes — leurs actions avaient influencé pas mal de choses.

On disait que tout le monde leur demandait de l’aide.

Tout cela était grâce à Vatel Famille, l’ancienne chef de Valeria.

Comme les commerçants détestaient faire du commerce dans la ville basse en raison du danger, l’organisation de Vatel avait commencé à en tenir compte. Il avait donc non seulement géré les voyous avec une poigne de fer, mais avait également eu le tact de créer de nouveaux secteurs d’activité en écrasant lentement ses rivaux.

Grâce à cela, les habitants de la ville basse avaient commencé à dire : « Valeria existe pour nous », parfois avec haine, parfois avec gratitude. L’existence de Valeria est vraiment très importante.

Finalement, Takumi et les deux filles avaient atteint leur destination.

Les choses étaient en effet plus occupées que d’habitude, exactement comme l’avait dit Lilia.

« Aaah ! Takumi ! Je te cherchais ! » Une voix avait pu être entendue près de lui alors qu’il s’approchait de la réception.

Des cheveux blond-platine éblouissants encadraient deux yeux de jaspe scintillants.

Bien que son visage puisse encore être considéré comme enfantin, elle avait considérablement grandi au cours de ces sept années.

« Salut, Mirta. Pourquoi tout ce chahut ? » demanda Takumi.

« Ah, il y a beaucoup à faire ! » s’exclama Mirta. « Je ne sais pas quoi faire après ça... »

En regardant son visage qui était crispé à cause de la nervosité, il laissa échapper un léger soupir.

« OK, nous sommes dans une mauvaise situation, mais arrête de faire ce visage, » déclara Takumi. « Calme-toi. Si tu commences à pleurer, tout le monde sera trop inquiet pour toi, alors ils ne pourront plus rien faire d’autre. »

« Uuuh... Tu as raison, je dérange tout le monde…, » Mirta avait l’air découragée, alors Takumi caressait avec douceur sa tête.

« Qu’est-il arrivé ? » demanda Takumi. « Quelques esclaves peuvent-ils vraiment causer tant de problèmes ? »

« Ehm... peut-être que ce serait plus rapide si tu vas dans la chambre d’hébergement et que tu le vois par toi-même, » répondit Mirta.

La chambre d’hébergement était une cellule souterraine où les esclaves étaient amenés à leur arrivée.

La pièce était remplie des choses essentielles pour vivre, et Takumi leur avait toujours offert de la nourriture pour les aider à redevenir en bonne santé.

Nous pouvions dire qu’ils avaient été traités beaucoup mieux que les esclaves ordinaires, mais nous ne pouvions garder qu’une vingtaine de personnes là-dedans, et beaucoup de voix pouvaient être entendues depuis l’extérieur.

Takumi pencha la tête, intrigué par les paroles de la jeune femme, et il s’approcha de la porte.

En entrant dans la pièce, tout devint clair.

Il y avait beaucoup trop de personnes présentes à l’intérieur de la chambre d’hébergement.

« … Mirta. Seules dix personnes ne devraient-elles pas venir aujourd’hui ? » demanda Takumi.

« … Exact. Cela aurait dû être ainsi puisque tu l’avais dit avant de partir, » répondit Mirta.

« Alors pourquoi y a-t-il maintenant quelque chose comme trente personnes ici ? » demanda Takumi.

« E-Eh bien... il y a six humains... Et vingt-cinq demi-humains, » répondit Mirta.

« Vingt-cinq ? D’où viennent-ils ? » demanda Takumi.

« Euuuhh… Je suis désolée ! Je suis vraiment désolée ! » Mirta avait continué à baisser la tête avec des yeux larmoyants.

« Il semble que leur vendeur n’avait pas assez d’humains, alors il nous a donné des demi-humains afin de s’excuser…, » déclara Mirta.

« Et tu as donc accepté ces vingt-cinq demi-humains, n’est-ce pas ? Bon sang, comme tu peux être terriblement naïve ! Maintenant, je dois aller gronder Calc et Rosso, » déclara Takumi.

Compte tenu de leur nombre, il était normal de penser que c’était une affaire rentable, mais les demi-humains n’étaient pas facilement vendables.

Ils étaient beaucoup plus nombreux que les humains puisqu’ils étaient considérés comme des esclaves dès leur naissance.

De plus, étant donné leurs capacités physiques élevées, ils n’étaient généralement pas acceptés pour les travaux de précision.

Ils ne pouvaient faire que des activités manuelles, donc la gamme de demandes pour eux est assez réduites.

Seuls les elfes, qui étaient assez difficiles à trouver, avaient une forte demande les concernant.

« J’ai envoyé Jill à la recherche de leur vendeur, et les autres ont dû aider pour le festival de ce soir, alors nous n’avons pas assez de monde pour nous aider ici…, » expliqua Mirta.

« C’est inutile. Ce type en ramènerait deux, peut-être trois, mais pas plus. Et après tout, les invendus ont un coût de maintenance, » déclara Takumi.

Même si la capacité de Valeria n’était pas dépassée, nourrir vingt-cinq demi-humains leur coûterait beaucoup.

« Q-Que devons-nous faire... Nous ne pouvons pas les abandonner, mais nous ne pouvons pas non plus les laisser rester ici trop longtemps..., » demanda Mirta.

« Allez, je trouverai quelque chose ! Alors, ne pleure pas ! » Voyant Mirta au bord des larmes, Takumi la réconforta. « Karin, combien peuvent partir et combien devraient rester ? »

« ... Cinq d’entre eux sont sur le point de mourir, deux devraient être prêts à partir, et les autres sont encore trop peu qualifiés, » elle répondit avec une expression guindée alors qu’elle les regardait, et Takumi hocha la tête.

« Je vois, c’est assez. Laissez ces cinq ici et je vais essayer de vendre les autres, » déclara Takumi.

« Vendre les autres... ? Tu sais que nous parlons de vingt demi-humains, » déclara Mirta. « En pensant à la pire des situations, il nous resterait encore au moins quinze personnes, ce qui drainera nos derniers revenus en un rien de temps. »

« Nous en vendrons quinze aujourd’hui. Allons les chercher, » déclara-t-il. Takumi s’approcha de la cellule avant de s’accroupir devant. « Salut, désolé si c’est un peu à l’étroit. Habituellement, il y a plus de place, mais vous êtes bien plus nombreux que prévu. »

Il leur avait parlé avec un sourire amical, mais comme prévu, leur réaction avait été réduite.

Qui réagirait bien face aux personnes qui essaient de vous vendre ?

Toujours, parmi eux, une fille avec des cornes pointues et une queue de lézard avait commencé à parler. Elle était probablement une femme-dragon. « Je-je suis désolée, mais... Elle a l’air de ne pas aller du tout bien... »

À côté d’elle, une fille ailée avec des joues rouges était étendue sur le sol tout en haletant bruyamment.

« Je vois. Elle est tombée malade à cause de la malnutrition. Ne t’inquiète pas, je vais plus tard lui apporter des médicaments, » répondit Takumi.

« Allez-vous... lui donner des médicaments ? » demanda la fille-dragon.

Takumi sourit à la fille choquée. « Bien sûr. Cela peut sembler méchant, mais vous êtes tous de précieux biens. Nous, les marchands d’esclaves, devrions essayer de faire que vous soyez en bonne santé. »

« M-merci... beaucoup... Euh…, » balbutia-t-elle.

« Je m’appelle Takumi, un marchand d’esclaves. Quel est ton nom ? » demanda Takumi.

« J-Je suis Corona. Je-je vais bien travailler, alors pourriez-vous faire quelque chose pour elle... ? » demanda Corona.

« Ne t’inquiète pas. Je ne vais pas la vendre tout de suite ni me débarrasser d’elle, » répondit Takumi.

Voyant que Corona était soulagée, Takumi continuait de parler avec les autres.

Cette fois, c’était un homme-bête avec de grandes oreilles.

« Et toi ? Tu as l’air plutôt pâle, » déclara Takumi.

« … Tais-toi. Je meurs de faim. Alors, ne me parle pas, » répondit l’homme-bête.

« Ouch, tu es de mauvaise humeur, n’est-ce pas ? Je vais te laisser manger autant que tu le voudras, » déclara Takumi.

« … Veux-tu me faire manger quelque chose ? » demanda l’homme-bête.

« Cela dépend de ton travail. Au fait, les repas ici sont super bons, » répondit Takumi. « Certains travaillent seulement pour manger ce que notre cuisinier fait. »

« … Ne vas-tu pas nous faire travailler pour après nous faire manger n’importe quoi ? » demanda-t-il.

« Ce n’est pas vrai du tout, » répondit Takumi. « Si tu es plus convivial avec les clients, ils seront plus heureux et plus détendus. Par exemple, si tu es gentil et demandes de la nourriture quand tu as faim, ils t’écouteront et te fourniront un repas. »

« … Vraiment ? » demanda-t-il.

« J’ai vendu un esclave qui voulait toujours de la nourriture et qui utilisait tout son argent pour ça, » déclara Takumi. « Maintenant, il travaille sur un navire marchand, et il voyage tout autour du monde en mangeant beaucoup de choses délicieuses. Il m’a envoyé une lettre, tu sais ? »

Il sourit avec fierté à une autre fille avec des oreilles de chien.

« Et toi ? Quel est ton nom ? » demanda Takumi.

« … Recy, » répondit-elle.

« Wôw, Recy ? C’est si facile à prononcer que les clients n’arrêteront pas de t’appeler, » déclara Takumi.

« Puis-je... aussi travailler comme les autres ? » demanda Recy.

« Bien sûr. Les gens qui vont dans les bars sont des nigauds, » répondit Takumi. « Si une personne si mignonne comme toi leur sourit, ils se sentiront heureux. Est-ce que tu le savais ? »

Après avoir entendu les paroles de Takumi, ses lèvres se recroquevillèrent en un petit sourire.

« Et toi, jeune oiselet ? Ne sois pas si réservé, » déclara Takumi.

« ... Je suis juste un esclave. Vous êtes libre de faire ce que vous voulez avec moi, » le jeune homme-oiseau résigné avait appuyé son dos sur le mur alors qu’il répondait ça.

« Et qu’en est-il ? Il y a d’innombrables tâches qui peuvent être faites. Je pensais que tu espérais quelque chose, » déclara Takumi.

« Espérer… ? Je l’ai perdu au moment où j’ai perdu le vol, » déclara-t-il.

Comme pour se moquer de lui, il déplaça les ailes sur son dos.

L’une d’elles avait une forme non naturelle. Elle avait probablement été cassée il y a des années, et elle n’avait pas été soignée correctement.

« Quelles belles ailes ! Pouvais-tu voler avant ? » demanda Takumi.

« Oui, je pouvais. J’aime regarder les choses depuis le ciel, » répondit-il.

Alors qu’il avait parlé avec chagrin, il baissa la tête et s’était comme effondré.

« Tu aimais donc voler ? » demanda Takumi.

« … Beaucoup. Les oiseaux-hommes vivent près du ciel. Ils ne peuvent pas le détester, » répondit-il.

« Alors, est-ce que tu l’aimes aussi de la terre ? Sa couleur est différente là-bas, non ? » demanda Takumi.

« Oui... Disons que regarder le ciel me réconforte puisque je peux presque le toucher, » répondit-il.

« Je vois... alors, continue à regarder et à aimer. Que ce soit ce qui te motive, » répondit Takumi tout en faisant à nouveau un sourire.

« Continue à travailler et économise assez d’argent pour réparer ton aile. Supporter tout, et après ça, tu pourras remonter dans le ciel, » déclara Takumi.

Le garçon avait lentement levé la tête.

« Réparer mon aile... ? Cela ne m’avait pas traversé l’esprit avant aujourd’hui, » déclara l’homme-oiseau.

« C’est normal que tu te sentes mal maintenant, mais tu dois juste réaliser ton rêve, » dit Takumi, « Penses-y toutes les secondes pendant que tu travailleras. »

« Je... ne sais pas si ça va m’aider ou non, » répondit le jeune homme oiseau.

Takumi hocha la tête d’un air satisfait.

L’un après l’autre, il avait parlé avec chaque demi-humain.

L’ambiance était devenue plus détendue, peut-être grâce à la conversation au début entre Takumi et Corona, et elle avait continué à s’améliorer grâce à l’attitude décontractée du marchand d’esclaves.

« Laissez ceux qui ne peuvent pas bouger ici. J’ai déjà décidé qui choisir, mais avant cela, Kunon, peux-tu apporter assez de nourriture pour tous ? » demanda Takumi.

« Bien sûr ! Laisse-moi me charger de ça ! » Elle répondit joyeusement, puis sortit de la pièce.

Mirta semblait toujours anxieuse.

« Takumi... es-tu sûr que je peux te laisser t’occuper de ça ? » demanda-t-elle après quelques secondes de réflexion.

« Eh bien ! N’est-ce pas ça que tu espérais ? Alors, je devrais juste faire face à tout ça, » répondit Takumi.

« M-Mais... je suis terriblement désolée d’être si impuissante…, » déclara Mirta.

« S’excuser trop est une mauvaise habitude, et un chef ne devrait pas faire cela parce que sa position ne lui permet pas de faire ça, » répliqua Takumi. « Occupe-toi des choses ici jusqu’à ce que je revienne. »

Après avoir caressé la tête de Mirta tout en souriant, elle avait finalement montré un tendre sourire.

« D’accord... je compte sur toi, » répondit Mirta.

« Laisse-moi ça, Chef Bébé LaLa ! » répliqua-t-il afin de la taquiner.

Le visage de Mirta était devenu rouge en raison de son embarras, et Takumi avait quitté la pièce en riant après avoir vu sa réaction.

Normalement, vendre une quinzaine de demi-humains en une journée était presque impossible, mais Takumi n’avait pas passé sept ans en tant que marchand d’esclaves en ne faisant rien.

Il trouverait quelqu’un ayant besoin d’un esclave capable, puis une créerait une chance commode pour l’acheteur, et si quelque chose se passait, il s’occuperait de tout par lui-même.

Car après tout, il était le marchand d’esclaves au cœur tendre.

***

Partie 3

La Rue des Travailleurs était la limite qui séparait la partie centrale de Listina de sa partie inférieure.

Comme cette dernière avait des problèmes de criminalité et que les personnes ne voulaient pas entrer dans cette zone dangereuse, cette rue avait été créée. C’était aussi la dernière zone de sécurité de la partie médiane, du moins c’était ce qui était dit.

Étant donné le mauvais tempérament des artisans, les querelles et les bagarres étaient chose banale et les gardes en patrouille devaient ramener l’ordre, mais le cambriolage et le vol frappaient exactement quand ils avaient autre chose à faire. Cela aurait été plus sûr si les artisans n’étaient pas si têtus et fougueux.

« Ne crachez pas cette connerie ! » Et ce jour-là aussi, la voix en colère de quelqu’un avait presque fait trembler les murs de l’atelier.

Takumi s’attendait à cette réaction, alors il couvrit immédiatement ses oreilles. « Je ne crache rien, Maître Geld. Je demandais si vous étiez intéressé par certains esclaves, comme je le fais toujours. »

Malgré la rage du nain, son ton restait le même. Le visage sous ses moustaches était rouge comme si des flammes étaient sur le point d’éclater.

« Et j’ai entendu votre question, mais pourquoi avez-vous amené ici un putain d’homme-dragon ? » Il avait rugi contre le marchand d’esclaves et avait poussé son doigt sur Corona, qui essayait de se cacher derrière Takumi.

Sa voix était si perçante que la jeune fille devint pâle et essaya de faire de son mieux pour disparaître de sa vue, tandis que des larmes coulaient de ses yeux.

Les nains détestaient les autres demi-humains et les regardaient froidement. C’était une sorte de règle inexprimée de ne jamais partager le lieu de travail avec une autre espèce.

Parmi les demi-humains, certaines races avaient des sentiments de supériorité.

« Comprenez-vous que même les seigneurs me demandent des fusils !? Seul un crétin penserait à mettre un tel travail entre les mains d’une autre race ! Je ne vous laisserai pas gâcher mon affaire ! » Il avait frappé son poing sur la table si furieusement que quelqu’un aurait pu penser que Takumi était sur le point de devenir la prochaine cible de sa colère.

Même si les nains étaient de grands artisans, ils étaient extrêmement fiers, et faire des négociations avec eux pouvait être extrêmement difficile.

Honnêtement, aucun homme n’essaierait de vendre des demi-humains à un nain.

Pressant sur sa tempe, Takumi continua à parler. « Mais Maître Geld, n’est-il pas vrai que vous avez besoin d’aide ? »

« C’est sacrément vrai ! C’est pourquoi je vous ai demandé, et là, vous essayiez de me vendre un demi-humain ! J’aurais dû demander à un autre marchand d’esclaves. Peut-être que lui, il aurait essayé de me vendre un humain ! » rugit le nain.

« Vous savez, ça ne me dérange pas de vous en vendre un, » déclara Takumi.

« … Quoi !? » s’exclama le nain.

Takumi mit soudainement fin à la conversation et le nain le fixa, stupéfait.

« Même les nobles vous demandent vos compétences, alors vous devez remplir chaque commission en temps et en heure, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

« C’est vrai ! Mais…, » balbutia le nain.

« Mais si vous n’achetez pas un esclave qui a déjà de l’expérience, vous ne finirez pas à temps, est-ce que vous vous en rendez compte ? » demanda Takumi. « Cela signifie que votre boutique deviendra “la boutique qui ne peut même pas faire les demandes des nobles”. »

Geld était à court de mots, mais Takumi continuait à parler.

« Vous devez fabriquer des fusils pour les nobles qui vont à la chasse, et vous avez beaucoup de travail... mais vous n’avez pas quelqu’un qui surveille la fournaise, n’est-ce pas ? » demanda Takumi.

« ... Si je mettais un enfant devant ça, il s’écroulerait d’un coup de chaleur. Il ne le supporterait pas longtemps, » déclara le nain.

« Je vois. Alors, avez-vous besoin de quelqu’un qui peut l’endurer ? » demanda Takumi.

« C’est bien ça. Tout le monde travaillerait, donc je n’ai donc pas besoin de demi-humain, » répondit le nain.

« Mais même celui qui était habitué à la chaleur s’est effondré, donc même un nouvel esclave connaîtrait le même sort, » répliqua Takumi. « Avez-vous l’intention de dépenser autant d’argent ? »

Regardant l’hésitation du nain, Takumi sourit et mit sa main sur la tête de Corona.

« Cette femme-dragon a le sang d’un dragon de feu qui coule dans ses veines. Votre fournaise ne gagnera pas contre elle, » annonça Takumi.

« Celui qui est responsable du maintien de la flamme doit connaître la température dans le four. Un demi-humain ne peut pas faire ça, » répliqua le nain.

Takumi avait remarqué qu’il se contredisait en pensant que c’était impossible.

« Corona, quelle est la température là-bas ? » demanda Takumi.

« Je-je suis désolée... Je ne peux pas le savoir seulement en le regardant, » répondit Corona.

« Vous voyiez !? J’avais raison, elle est inutile ! » s’exclama le nain.

« M-Mais peut-être, si je touche la flamme, je pourrais le savoir ! » rajouta Corona.

« Qu’est-ce que... qu’est-ce que vous venez de dire ? » demanda le nain. « Savez-vous que le métal fond à cette température ? Si vous mettez vos mains là-dedans... ! Arrêtez, idiote ! Arrêtez-vous là ! »

Elle avait ignoré ses protestations en se rapprochant de la fournaise, puis avait fourré sa queue dans le four et avait supporté la chaleur sans le moindre effort.

Elle avait l’air parfaitement en santé.

« Je pense que... c’est un peu trop froid pour faire fondre le métal, » répliqua la dragonne.

Les ouvriers proches commencèrent à chuchoter et le nain fronça les sourcils.

Elle avait raison.

Takumi avait essayé d’adoucir le ton de la conversation alors que Corona revenait à ses côtés. Sa queue était indemne.

« Écoutez-moi... Maître Geld, » déclara Takumi. « C’est bien grâce à vos capacités si votre magasin a autant prospéré. Si vous effectuez ce travail, votre nom s’étendra encore plus loin. Mais si vous échouez... votre réputation sera tachée. »

Pendant un instant, la fermeté dans les yeux du nain vacilla.

« Les armes à feu sont de simples jouets pour les nobles, étant donné la suprématie de la magie, » continua Takumi. « Si le Roi commence à compter sur la magie pour tout et que vous perdez la chance de vendre vos armes, même en tant qu’outils de chasse... que pensez-vous qu’il arrivera à ce magasin ? »

Geld avait déjà perdu son esprit combatif, alors les mots de Takumi avaient réglé la question.

« Débarrassez-vous de votre entêtement et prenez cette chance, ou continuez à vous accrocher à vos idéaux qui pourraient vous faire tout perdre, » continua Takumi. « C’est à vous de choisir. »

« …Aaaah! Bon, d’accord ! Mais vous ne m’entendrez pas dire que vous avez gagné ! » Rugit le nain. Puis, se grattant farouchement la tête, le nain se tourna vers Corona. « Hé, fille-dragon ! Il y a beaucoup à faire à part regarder la fournaise, alors mieux vaut t’y préparer ! »

« D-D’accord ! Je peux également porter des choses si nécessaire ! » répondit Corona.

« Je ne t’achèterais pas si tu ne peux même pas porter une boîte de tamahagane [1], moucheron ! » déclara le nain.

« Je ferai de mon mieux pour en porter trois ! » s’exclama Corona.

« Idiote ! Tu casserais ta colonne vertébrale si tu essayes cela ! Les esclaves de Takumi ne sont pas du tout supérieurs ! » s’écria le nain.

Les autres ouvriers éclatèrent de rire en l’entendant.

« Bon sang, on perd beaucoup trop de temps ! Viens avec moi. Il y a beaucoup de travail à faire ! » déclara le nain.

Revenant à son attitude sérieuse habituelle, le nain marcha vers la partie intérieure de son magasin.

« … Nous avons réussi. Je vais prochainement passer voir comment tu vas, alors s’il te fait du mal ou si ça ne marche pas, dis-le tout de suite, d’accord ? » demanda Takumi.

« D’accord… merci beaucoup, » répondit Corona.

« Tu n’as aucune raison de me remercier, » répliqua Takumi. « Je suis un marchand d’esclaves, donc c’est normal de vendre des esclaves comme toi, rien de plus. »

« Je pense... qu’il n’y a personne comme vous, » répondit Corona.

« Un marchand d’esclaves au cœur tendre est plus que suffisant, sinon je devrais vivre dans le froid, » déclara Takumi.

Voyant Corona incliner la tête, il lui fit un sourire ironique et la poussa un peu. « Vas-y, vas-y avant que Maître Geld recommence à crier. »

« D-D’accord ! Merci encore ! » déclara Corona.

Après avoir baissé la tête, elle se précipita dans la même direction que son nouveau maître.

« Excellent travail, marchand d’esclaves au cœur tendre, » une voix lui parvint à l’instant où il laissa échapper un soupir de soulagement.

C’était Becht, l’un des enfants qui avait été un esclave avec Takumi sept ans auparavant

Le fait d’avoir travaillé comme forgeron avait forgé son corps au point qu’il ne ressemblait plus à un enfant.

« Je savais que tu allais amener l’esclave parfait, mais... qui aurait attendu que cela soit une fille-dragon ? Tout le monde était inquiet, » continua Becht.

« Autant pour moi ! Quelque chose d’inattendu est arrivé et maintenant j’ai beaucoup de demi-humains, » déclara Takumi.

« Vendre un demi-humain à un nain est assez troublant... il est encore plus têtu que les autres de son espèce, » dit Becht.

« Tout est grâce à Lilia et aux autres, je n’ai rien fait, » répondit Takumi.

Takumi savait dès le début que Geld avait besoin de quelqu’un pour l’aider, même si le nain ne demandait pas d’assistant.

Quelques jours auparavant, Takumi avait entendu Lilia parler de la situation difficile dans laquelle se trouvait Geld après l’effondrement du travailleur qui regardait le fourneau.

Et aussi, grâce au fournisseur de tamahagane et aux membres de Valeria, Takumi avait rassemblé beaucoup d’informations.

C’est pourquoi il avait amené un esclave résistant à la chaleur tel que Corona.

Un marchand d’esclaves devait savoir ce dont le client a besoin... c’était ça son truc.

« Ce que je voulais dire par là, c’est que tu écoutes n’importe quoi, même des rumeurs les plus insignifiantes, et que tu les mets à profit. Tu as même eu l’idée de vendre un demi-humain à un nain, » dit Becht en lui remettant une boîte enveloppée dans du tissu.

« Dans tous les cas... ce mécanisme était vraiment difficile à créer. Penser à un moyen de remplacer le silex et de l’appliquer était vraiment quelque chose de complexe, » déclara Becht.

« Eh bien, les gens qui ne pensent pas aux fusils sont plutôt rares, » répondit Takumi.

Sur le mur de la boutique d’armes à feu accroché le signe « Corundrum ».

Corundrum produisait ce qui dans l’ancien monde de Takumi s’appellerait des mousquets, des armes trop périmées pour être utilisées à l’époque moderne.

« La magie est utilisée pour les attaques à longue distance, c’est pourquoi les personnes ont commencé à augmenter leurs capacités physiques et à envoyer aux premières lignes des demi-humains comme des troupes sacrificielles, » déclara Takumi. « L’invention des armes à feu n’était pas révolutionnaire, compte tenu de leur consommation de munitions et de leur faible utilité par rapport à la magie. »

Dans ce monde, les armes étaient reconnues comme de simples jouets.

Compte tenu des dépenses globales nécessaires pour les utiliser, ils étaient des jouets pour les nobles ennuyés qui avaient trop d’argent sur leurs mains.

À la place, les armes avaient été considérées comme des décorations ou des objets d’art industriel présent sur le marché.

Et aussi, les nobles qui en possédaient avaient également de la magie.

Même si la maîtrise de la magie était difficile à atteindre, la magie était générée par le corps et se régénérait constamment jusqu’à la mort de l’individu.

Étant donné que c’était pratique, le temps passé à fabriquer des armes était complètement inutile.

Pourtant, il y avait beaucoup d’artisans excentriques dans les rues des travailleurs de la ville basse qui travaillaient avec du fer, comme la boutique de Geld.

« Bon sang... Voir les nobles utiliser des choses dont ils n’ont pas vraiment besoin est ridicule, » déclara Becht.

« Ne sois pas comme ça, Becht, » répondit Takumi. « En ont-ils vraiment besoin ? »

« Oui, seulement pour jouer avec eux. Tirer sur une personne n’est pas une tâche facile, donc ils sont un jouet parfait pour les nobles qui se sont fatigués de la magie, » répondit Becht.

« Exactement... et aussi, ils doivent calculer l’influence du vent sur la trajectoire de la balle avant de tirer avec un mousquet, donc ils ne peuvent même pas tirer tout de suite, » répondit Takumi.

« Qu’est-ce que c’est ? Un Mousquet ? » demanda Becht.

« Les fusils sont appelés ainsi dans mon lieu de naissance. N’y prête pas trop attention, » déclara Takumi.

Takumi changea bientôt de sujet, laissant Becht incliner sa tête perplexe.

« En tout cas, merci d’avoir aidé. Je viendrai te demander à nouveau si j’en ai l’occasion, » déclara Takumi.

« D’accord. C’était amusant de faire beaucoup de recherches pour ça, même si c’est moi qui l’ai faite, » déclara Becht.

« Je suis content de l’entendre. Tu es mon sauveur quand il s’agit de m’aider avec ces demandes folles, » déclara Takumi.

« Je t’en prie. Si tu me loues comme ça, tu me donneras envie de t’aider à nouveau, » déclara Becht.

Pendant que Becht souriait, Takumi lui rendit un sourire ironique en prenant l’objet dans les mains de son ami et le mit dans sa poche.

« Bien, tu as dit avoir beaucoup de demi-humains, mais combien sont-ils ? » demanda Becht.

« Environ quinze, » répondit Takumi.

« Veux-tu... essayer de les vendre à certaines de mes connaissances ? Je suis bien connu dans la zone, » proposa Becht en contractant son visage, mais Takumi répondit légèrement.

« Nah, ce dragon-homme était le dernier, ne t’inquiète pas, » répondit Takumi.

« Attends... viens-tu de vendre quinze demi-humains ? En une seule journée ? » demanda Becht.

« Oui, c’est ce que j’ai dû faire. Je visais des acheteurs comme Geld et je leur ai expliqué pourquoi ce serait le meilleur choix pour eux, » répliqua Takumi.

Takumi sortit de ses habits une pile de contrats et les déploya devant son ami, qui le regarda avec admiration.

« ... Tu es vraiment incroyable, » déclara Becht.

« Attends ! Ne le savais-tu pas déjà ? Et n’oublie pas qu’après tout, je t’ai vendu, » répondit Takumi.

« Hahaha, eh bien, tu as raison, » répondit Becht.

Les deux hommes se sourirent et Takumi retourna les papiers à sa place.

« D’accord, je ne veux pas te faire perdre plus de ton temps. Plus tard, j’écrirai à Maître Geld. Je vais envoyer ici quelqu’un de Valeria demain, » déclara Takumi.

« Bien sûr, je vais le prévenir et aussi surveiller cette fille. Je vais te dire si quelque chose arrive, » déclara Becht.

« Merci. Le marchand d’esclaves au cœur tendre compte sur toi, » déclara Takumi.

Comme il était prêt à rentrer chez lui, Takumi quitta la boutique en faisant signe à Becht.

Karin attendait dehors sur le siège du cocher du chariot.

« Bienvenue ! Comment était-ce… ? D’accord, c’est une question inutile, » dit-elle alors que le marchand d’esclaves approchait.

« Tout s’est bien déroulé comme tu peux le voir. Comment va Kunon ? » demanda Takumi.

« Elle dort dans le chariot. Je me sentirais mal de la réveiller, alors viens ici à la place, » déclara Karin.

Il avait grimpé sur le chariot et s’était assis près de l’elfe qui, d’un mouvement de reins, avait fait que les chevaux commencent à se déplacer. Le chariot s’était rendu à leur bureau tandis que ses roues cliquetaient sur la route.

« ... Que puis-je dire ? Tu es vraiment incroyable, » déclara Karin.

« Hmm ? Qu’est-ce qui t’arrive ? » demanda Takumi.

« Je voulais juste te dire ça. Je n’avais rien à faire depuis ce matin, » elle continuait à regarder devant elle alors qu’elle parlait. « Te souviens-tu de ce dont nous avons parlé avant... ? Je suis vraiment heureuse de t’aider dans ton travail. Si tu n’étais pas là, j’aurais été achetée par quelques nobles et vivrais mes jours dans son lit jusqu’à ce qu’il en ait assez de moi. Ma vie est vraiment géniale par rapport à ça. »

Les elfes n’étaient pas seulement magnifiques, mais une fois qu’ils avaient atteint l’âge adulte, c’était comme si le temps s’était arrêté pour eux. C’est pourquoi ils avaient été essentiellement traités comme des poupées sexuelles par les nobles ou utilisés comme prostituées de haut rang dans les maisons closes.

Karin détestait tout ce qui ressemblait à des accessoires et vêtements voyants, de sorte que les siens étaient toujours teintés de couleurs unies.

« Tu as aussi sauvé Kunon et n’hésites jamais à aider d’autres demi-humains... Je t’en suis vraiment reconnaissante, » alors qu’elle lui souriait, son visage s’était un peu assombri.

« Eh bien, je pourrais être différente des autres. Habituellement, les elfes ont les cheveux blonds, contrairement à moi. Personne ne voulait m’acheter, et même les humains ont dit que j’étais dégoûtante, » continua-t-elle.

Il y a quelque temps, elle avait un peu parlé d’elle.

Elle avait été chassée de son lieu de naissance à cause de ses cheveux.

Les demi-humains étaient des esclaves dès leur naissance, c’est pourquoi Karin ressentait une profonde sympathie pour eux.

En regardant son comportement, Takumi laissa échapper un soupir. « J’aime tes cheveux noirs. Ils sont si beaux et brillants que parfois j’adorerais les toucher. »

« Tu quoi !? » Elle regarda Takumi avec une expression choquée. C’était assez rare de la voir si agitée et si embarrassée.

« Si tes cheveux sont un fardeau, alors il te faut d’autant plus les accepter. Le fait d’avoir surmonté les difficultés est ce qui t’a amené ici. Voilà pourquoi tu devrais te sentir fière, » déclara Takumi en touchant légèrement la tête de Karin. « Et aussi... même si c’est inhabituel pour une elfe, nos cheveux correspondent. N’es-tu pas heureuse à propos de ça ? »

Elle se détendit en le voyant souriant. « Tu as raison. Je suis différente des autres elfes, mais je ne peux pas être dégoûtante si nous sommes semblables. »

« Cette différence et ta poitrine digne d’éloges sont ce qui fait de toi ce que tu es, » déclara Takumi.

« … Pourquoi parles-tu maintenant de ma poitrine ? » Ses joues avaient rougi et elle avait dévoilé ses dents alors qu’elle essayait de cacher sa poitrine avec ses bras.

« Parce que dans mon lieu de naissance, les elfes ont la réputation d’être à poitrine plate, » répondit Takumi.

« Oh, alors les aimes-tu petits ? Pose la main sur Kunon et je te tuerai, compris ? » déclara Karin.

« Et si je te dis que je les aime bien dodus ? » demanda Takumi en retour.

« … Je vais te frapper, » répondit Karin.

« Oh non. Épargne-moi ça, s’il te plaît. Je ne te dirai plus rien, » déclara Takumi.

« Tu parles rarement de tes goûts pour les femmes, alors donne-moi une réponse. Minuscule ou grand, lequel préfères-tu ? » demanda Karin.

Takumi avait commencé ça comme une blague, mais elle s’était avérée plus intéressée que prévu par le sujet et elle avait insisté pour en savoir plus.

Dieu merci, après ça, elle était revenue à son état habituel, et parce qu’elle était de bonne humeur après l’avoir frappé, Takumi avait fini par lui acheter ses différentes demandes sans prononcer un mot. L’huile et la brosse faisaient partie des choses bon marché qu’elle voulait.

Notes

  • 1 Tamahagane : le tamahagane est un type d’acier.

***

Partie 3

Le crépuscule avait peint le ciel en rouge.

Takumi et ses camarades étaient retournés à Valeria afin de signaler la situation.

« Merci..., merci beaucoup ! » étaient les premières paroles que Mirta leur avait dites alors qu’elle s’était inclinée devant Takumi.

« Aucun problème. Après tout, tout s’est bien déroulé, » répondit Takumi.

« Cependant, ce n’était pas une bonne chose. Maintenant, nous devons repenser sur certaines choses, » commenta Karin.

Elle écrivait sans relâche sur un bloc-notes et avait l’air assez agacée.

« Je voulais utiliser l’augmentation du prix du tamahagane pour rendre visite à Geld, mais maintenant je ne peux pas. Je dois aussi trouver d’autres excuses pour tous les autres... Je vais devenir folle, » déclara Karin.

« Si tu fronces tes sourcils comme ça, tu feras apparaître des rides, » répliqua Takumi. « Ce serait un gâchis sur une beauté comme toi. »

« Il a raison ! Tu as un visage si adorable, Karin ! » s’exclama Mirta.

« Oui, oui, merci, Mirta. Kunon, arrête de manger et aide-moi, » déclara Karin.

« Quoi !? Mais je n’aime pas penser à ce genre de choses ! » répliqua Kunon.

Avec ses joues farcies de nourriture, elle avait fait un X avec une paire de brochettes.

Elle ne voulait pas du tout aider.

« Désolée de vous avoir causé des problèmes…, » déclara Mirta.

« Tu n’as pas à t’excuser, » déclara Karin. « Takumi a tout résolu, donc c’est une question entre nous. Tu n’es en rien responsable de la suite. »

« En effet, en effet ! Nous l’avons fait en un éclair ! » s’écria Kunon.

L’elfe et la fille-bête l’avaient rassurée.

Les choses s’étaient bien déroulées grâce à la collaboration de ces deux-là.

Karin avait une connaissance approfondie des demi-humains et pouvait comprendre leur espèce et leur lignage d’un simple coup d’œil. Voilà comment ils avaient été sélectionnés avec précision pour les besoins de l’acheteur.

Kunon était principalement leur garde.

Au début, ils avaient évité d’acheter de nombreux demi-humains, car cela n’était pas sans danger. Maintenant qu’elle pouvait réprimer à elle seule tout un tas d’entre eux. Ils se permettaient donc d’être plus audacieux.

Si nous omettions le temps qu’ils avaient passé pour retourner à Valeria, leur efficacité dans le marchandage avec les clients était grande.

Bien sûr, elles le savaient toutes les deux et regardaient Takumi avec des yeux remplis d’attentes.

« … Comment puis-je vous récompenser ? » demanda Takumi.

« Takumi… Ce soir, c’est le Festival des récoltes, n’est-ce pas ? J’aimerais acheter quelque chose là-bas... » déclara Karin.

« Je veux vraiment manger de la viande ! » s’exclama Kunon.

« Bien... Utilisez-les comme vous le voulez. En ce qui me concerne, vous pouvez même les donner à quelqu’un d’autre, » déclara Takumi.

Takumi jeta à leurs pieds le sac en cuir qu’il venait de recevoir, et toutes deux se joignirent joyeusement en prononçant « Supppperrrr ! »

Elles ne pouvaient pas travailler toute la journée. De temps en temps, prendre une pause était nécessaire.

Le regard de Mirta allait et venait dans la direction de Takumi.

« Euh... Que vas-tu faire, Takumi ? » demanda Mirta.

« Je n’ai pas de choses urgentes à faire, alors je voulais me détendre un peu, » répondit-il.

« J-Je vois ! Qu’en penses-tu d’aller faire un petit tour ensemble ? » demanda Mirta.

« Cela ne me dérange pas, mais veux-tu également aller voir le festival ? » demanda Takumi.

« Euh... si ça ne te dérange pas, j’aimerais…, » sans baisser les yeux, elle baissa un peu la tête et demanda ça alors que ses joues rougissaient légèrement.

Il savait que quelque chose n’allait pas.

« Oooh... je vois, je vois... » Karin plissa les yeux après avoir saisi la situation. « D’accord, Kunon. Allons-y ! »

« Quoi !? Mais si nous allons tous au festival, pourquoi ne pas les attendre et aller ensemble ? Karin ? Pourquoi me traînes-tu ainsi ? Arrête-toi ! » cria Kunon.

Karin salua les autres tout en traînant son amie au loin avant de sortir de la salle.

Au moment où elles étaient sorties, Takumi laissa échapper un profond soupir.

« Peut-on y aller maintenant ? » demanda Takumi.

« B-Bien sûr. Je suis prête. Merci de venir avec moi, » répondit Mirta. Elle s’inclina à nouveau et quitta la pièce avec lui.

Le soleil s’était déjà couché, et le ciel était maintenant peint avec une couleur bleu violacé vif.

Habituellement, les bruits de la ville basse s’étaient calmés dans la soirée, mais ce jour était un événement qui ne se produisait qu’une fois tous les six mois, de sorte que les habitants ne pouvaient pas contenir leur excitation.

Ce jour était appelé la Fête de la Moisson, mais il avait conservé sa signification originale seulement dans la partie supérieure de la ville. Les autres en avaient simplement profité pour faire la fête.

Les gens pouvaient acheter de la nourriture et des boissons aux stalles des bars de la rue principale, et les artisans pouvaient escroquer des clients saouls.

Takumi et Mirta avaient marché dans les rues bruyantes sans dire un mot.

« Alors, as-tu quelque chose à me dire ? » demanda Takumi.

Elle avait écarquillé ses yeux en raison de la surprise quand il avait rompu le silence.

« Tu peux toujours voir à travers moi, hein…, » répondit Mirta.

« Eh bien, tu demandes habituellement tout à Karin, » répondit Takumi. « Ce n’était donc pas difficile à comprendre. »

Elle était la chef de Valeria, mais elle était aussi jeune, alors Karin l’aidait souvent.

Et donc, le fait de parler à quelqu’un qui avait une large connaissance des gens et qui était également une fille était réconfortant pour elle.

C’est pourquoi demander à Takumi signifiait que c’était une affaire sérieuse

Bien qu’il avait déjà deviné ce dont elle voulait lui parler.

« Je me demande... si je fais correctement mon travail, » demanda Mirta.

« Oui, tu le fais bien. Depuis que tu es devenu notre chef il y a deux ans, tu donnes le meilleur de toi-même, » répondit Takumi.

Son père, l’ancien chef de Valeria, n’était plus là.

Deux ans auparavant, il était parti pour une affaire, mais avait eu un accident et avait disparu.

Ils ne savaient même pas s’il était encore en vie ou pas.

Valeria était alors tombée dans un état de confusion, et ce n’était que grâce à Mirta, qui avait succédé à la position de son père, que Valeria pouvait à nouveau fonctionner correctement.

Mais son influence avait profondément changé les choses.

Gaitsu Ejistan, l’un des meilleurs hommes de l’organisation, avait agi en tant que directeur, même s’il ne l’était que sur le papier, et Jill, qui était autrefois un proche collaborateur de Vatel, l’avait au début aidée.

Mirta faisait de son mieux pour marcher sur les pas de son père.

Elle avait promis de protéger ce qu’il avait construit.

« Mais si nous parlons de tes résultats, alors je devrais changer la réponse, » continua Takumi.

« Arg... Tu es plutôt direct…, » répondit Mirta.

« Nous parlons en toute honnêteté, alors je me dois d’être franc. Tu as copié ce que ton père faisait, mais tu n’atteins pas les mêmes résultats, » déclara Takumi.

C’était vraiment difficile à digérer, mais Mirta devait le comprendre.

Vatel était violent, naïf, honorable, passionné, et grâce à sa nature, il avait réussi à augmenter et à préserver les affaires de Valeria et à maintenir l’ordre dans la ville basse.

Mirta, en raison de sa nature douce, ne pouvait pas imiter son mode de vie.

« ... Je le savais, tu aurais dû prendre les rênes de Valeria, » déclara Mirta.

« Non, c’est mieux ainsi, » répondit Takumi. « Nommer un ancien esclave dont le lieu de naissance est inconnu en tant que chef aurait causé un énorme tumulte, car il y a des vétérans comme Gaitsu qui devrait être plus qualifié. Rien d’excessif n’est arrivé seulement grâce à toi. »

« Je vois... Je me suis proposée comme le nouveau chef parce que Gaitsu est trop obsédé par l’argent, » déclara-t-elle. « J’avais peur que l’organisation s’écarte rapidement de l’idée de mon père. »

Gaitsu avait la capacité de diriger l’entreprise, mais il était trop gourmand. Il aurait utilisé même des moyens douteux afin de gagner des bénéfices.

Et probablement, s’il devenait le chef, rien des idées et des plans de Vatel ne serait resté.

« Ce serait pareil si j’étais à ta place, Mirta, » déclara Takumi. « Les choses changent selon les personnes, et après un certain temps, elles peuvent être complètement différentes. En outre, je ne souhaite pas devenir un chef. »

« Mais tu es plus ou moins attaché à nous, n’est-ce pas ? Est-ce le cas ? » demanda Mirta.

« Je ne vais pas le nier, ne t’inquiète pas. J’aime mon rôle actuel, » répondit Takumi.

« Alors, ça ne te dérange pas ton travail... ? Tu as changé, » déclara Mirta.

Le pays et la religion avaient accepté les esclaves. Pour répondre à la forte demande, le travail de certaines personnes était basé sur l’approvisionnement, et il était vrai que la majorité des marchands d’esclaves n’étaient pas gentils. Ils devaient acheter et vendre d’autres personnes afin de survivre.

Ils étaient appelés « démons » par les personnes du peuple, méprisées par les marchands normaux, méprisés comme de « vils créatures » par les nobles, et considérées comme des « hommes méprisables », même par les clercs, qui auraient dû accepter l’existence des esclaves.

C’est exactement pourquoi Takumi aimait son rôle actuel.

« Tout le monde déteste les marchands d’esclaves, » répondit Takumi. « Habituellement, les personnes prennent leurs distances, mais n’est-ce pas génial de voir leurs visages en plein conflit intérieur quand leur journée est sauvée grâce à ce qu’ils détestent tant ? »

« ... Tu as vraiment une horrible personnalité. C’est presque tordu, » déclara Mirta.

« En effet, mais c’est précisément pour cette raison que je peux comprendre la haine des gens et agir de manière efficace. Voilà comment j’ai créé l’image du marchand d’esclaves au cœur tendre, » déclara Takumi.

« Il aurait mieux valu que je n’entende rien de tout ça…, » déclara-t-elle.

« Je ne veux pas non plus que les personnes le sachent, alors faisons comme si je n’avais jamais rien dit, » déclara Takumi.

Takumi plaça un doigt devant ses lèvres, et Mirta le regarda avec sa triste mine habituelle.

« Tu es vraiment incroyable. Tu prévois toujours un pas en avant... Pour ma part, c’est aussi loin que je peux aller…, » pendant qu’elle parlait, elle semblait de plus en plus déprimée.

Takumi plaça une main sur son menton et réfléchit à ce qu’il devait faire. « Alors, pourquoi ne prends-tu pas ce festival comme ton devoir ? »

« Hein !? Comment mon devoir et le fait de s’amuser dans ce festival pourraient-ils être connectés ? » demanda Mirta.

Takumi lui avait alors pris la main et l’avait entraînée dans la foule.

Voyant les prix modérés d’un étal de marchand, il salua l’homme qui s’y trouvait.

« Salut, marchand ! Je voudrais prendre deux portions, » déclara Takumi.

« Salut Takumi ! Wôw ! N’es-tu pas au cours d’un rendez-vous avec la chef de Valeria !? » s’exclama le marchand.

« Ouais, plus ou moins, » répondit Takumi.

« C-Ce n’est pas ça !! Il m’a juste dit de profiter du festival et m’a traîné jusqu’ici ! Je-je veux dire... euh…, » le visage de Mirta était rouge et elle ne savait pas quoi faire après ça.

En la voyant agir ainsi, le commerçant s’était mis à rire de bon cœur. « Ah, la jeunesse est géniale ! » Il leur avait dit ça tout en leur tendant leurs emballages en papier remplis de nourriture.

En leur sein se trouvait une fine couche de pâte farcie de jambon et de légumes.

« Tenez, ceci est notre piadina [1] spéciale ! Prends-les ! » annonça le marchand.

« Hein !? Mais je n’ai pas…, » déclara-t-elle.

« Oh allez ! Les membres de Valeria m’ont beaucoup aidé à porter tout un fatras de choses. Alors, c’est offert par la maison ! »

« D-D’accord dans ce cas ! Merci beaucoup, » déclara Mirta.

Mirta les accepta alors que l’embarras persistait encore sur son visage.

L’homme avait continué à faire des signes au couple alors qu’ils retournaient sur la route principale.

« Eh bien, n’est-ce pas Mademoiselle Mirta ? » La voix d’une vieille femme leur parvient aux oreilles depuis derrière eux.

« Ah, Docteur Zerna. Comment va votre dos ? » demanda Mirta.

« Bien mieux grâce à votre magie curative. Les médicaments n’ont eu aucun effet sur moi, » répondit Zerna.

« Vos médicaments sont bien plus miraculeux que la magie. Ils fonctionnent parfaitement bien sur les plaies de nos hommes, » répondit Mirta.

« Parce que je mets de l’effort en eux. Si Valeria ne pouvait pas utiliser ses membres à cause de quelques blessures, j’aurais trop peur de sortir de chez moi, » la vieille femme avait ri après avoir dit ça, et Mirta gloussa doucement face à ça.

« Je parie que vos membres boivent et mangent autant qu’ils peuvent le faire. Tenez, j’ai des médicaments pour l’estomac et pour la gueule de bois. Prenez en un petit peu, » déclara Zerna.

« Hein !? Mais... ne devriez-vous pas plutôt les vendre ? » demanda Mirta.

« Les gens ici pensent que je suis une rabat-joie quand il s’agit de fête, donc personne ne les a achetés, » répondit la vieille femme. « Vous allégerez ma charge et me rendriez un service si vous les preniez. »

Elle fouilla dans son cartable en cuir en disant cela et tendit à la fille une petite boîte en osier.

« Je les amènerai chez Valeria plus tard, mais... qu’est-ce que c’est ? » demanda Mirta.

« Ah, ça, c’est... hihi ! Quelque chose que vous devrez utiliser devant ce jeune mec, ce soir, » déclara la vieille femme.

« Devant Takumi... ? » demanda Mirta.

Elle pencha la tête, car elle était devenue perplexe, tandis que Takumi soupirait profondément.

« Zerna, vous devriez donner ça aux prostituées, pas à Mirta, » déclara Takumi.

« Vos yeux font peur ! Ne me regardez pas comme ça ! De toute façon, je suppose que je vais prendre congé avant qu’elle comprenne ce que c’est et se fâche, » déclara-t-elle avant de se mélanger dans la foule.

« Que... devrions-nous faire avec ça ? » demanda Mirta.

« Jetons-le dans un feu de joie. Je veux le voir brûler, » déclara Takumi.

Takumi l’avait un peu poussée et ils avaient ainsi recommencé à marcher.

Après quelques pas, quelqu’un d’autre les avait appelés, et après qu’ils eurent fini de parler, c’était arrivé encore et encore.

« Aaah, zut ! Je voudrais avoir Kunon avec moi maintenant, » déclara Mirta.

« Mirta, vas-tu bien ? » demanda Takumi.

« Oui, ce n’est rien. Je ne m’attendais pas à ce que tant de personnes nous donnent des choses, » répondit Mirta.

Les bras de Takumi avaient été enterrés depuis longtemps sous une tonne de sacs.

« N’est-ce pas une bonne chose ? Ceci est la preuve que tu fais correctement ton travail, » déclara Takumi.

« … Hein !? » Elle le regarda, surprise, et il lui avait souri en retour.

« Être un chef est difficile, et seules les autres personnes peuvent voir leur vraie valeur, » déclara Takumi. « Tu as encore un long chemin à parcourir, mais les personnes t’apprécient, et cela fait de toi un bon chef. »

Et enfin, sur le visage de Mirta avait fleuri en un sourire.

« Je vois... Je continuerai à faire ce que je peux pour Valeria, » déclara-t-elle.

« Super ! J’espère que tu trouveras bientôt ton style, sans copier Vatel, » déclara Takumi.

« Arg... je vais faire de mon mieux…, » répliqua Mirta.

Elle avait laissé tomber ses épaules, mais son expression n’était pas négative comme avant. Elle avait l’air maintenant plus détendue.

« Et si nous apportons ces choses à Valeria ? Je commence aussi à avoir faim, » déclara Takumi.

« Ah, alors pourquoi ne mangeons-nous pas ce que nous avons pris avant ? Ils devraient toujours être chauds, » demanda Mirta.

Mirta prit un paquet de papier dans l’un des sacs que Takumi portait.

« Mes mains sont pleines, je ne peux pas tenir ça, » déclara Takumi.

« Je n’y ai pas pensé... que dois-je faire maintenant... ? » elle avait déjà déballé la nourriture et semblait incertaine au sujet du prochain mouvement.

« ... Je parie que tu ne peux pas le manger seul, alors si tu me nourris, je t’aiderai à le finir, » déclara Takumi.

« E-Est-ce qu’on va le partager ? » demanda Mirta.

« Préfères-tu me nourrir jusqu’à notre retour ? Tu vas te fatiguer pendant que nous marcherons, donc la première bouchée est à moi, la seconde à toi, et ainsi de suite, » déclara Takumi.

Ses joues rougirent légèrement alors qu’elle réfléchissait à cette proposition en regardant la piadina... puis, après quelques secondes, elle annonça sa décision. « D-D’accord… Voilà ! »

Elle ferma les yeux et apporta la piadina devant la bouche de Takumi qui s’ouvrit en grand et mordit dedans. L’arôme du jambon lui picotait les narines alors que la saveur de la viande se répandait sur sa langue, en s’accordant parfaitement avec l’arrière-goût persistant des légumes.

« Super, maintenant c’est ton tour... pourquoi fais-tu ce visage ? » demanda Takumi.

Même si elle avait l’air nerveuse jusqu’à quelques instants auparavant, maintenant ses yeux brillaient passionnément.

« Qui sait... j’ai l’impression de devenir intime avec un adorable animal de compagnie...! » s’exclama-t-elle.

« Et je me sens comme un animal de compagnie qui est nourri, » répliqua Takumi.

« Tu es un homme tellement étrange, Takumi, » déclara Mirta. « C’est comme si tu pouvais voir plus loin que n’importe qui et que tu restais de l’autre côté de la ligne... mais je suis contente que nous devenions plus proches l’un de l’autre. »

Avec un sourire radieux clairement visible sur son visage, elle amena la piadina devant sa bouche.

« Voilà, prends une autre bouchée ! » déclara-t-elle.

En la voyant si heureuse, il ne pouvait pas refuser.

Il se résigna à son destin et laissa échapper un profond soupir.

« Comme vous le souhaitez, Chef, » déclara-t-il.

« S-Super ! Merci beaucoup ! » s’exclama la jeune fille.

Elle avait l’air ravie de le voir manger avec brio, et dès qu’il avala, elle présenta à nouveau devant lui la piadina.

À la fin, il l’avait terminée quand ils étaient presque arrivés à Valeria.

Mirta semblait satisfaite du spectacle et était maintenant de bonne humeur.

« Dois-je les laisser au bureau ? » demanda Takumi.

« Uhm… Peut-être que nous pouvons en partager avec des personnes qui sont encore là... attends. N’est-ce pas Jill ? » demanda-t-elle.

Une silhouette se tenait devant la chandelle de la réception.

Il n’avait pas changé du tout au tout au cours de ces sept années.

Il était adossé au mur avec un regard aigre, tandis que de l’autre côté de la pièce se trouvaient Karin, qui avait l’air agacée, et une Kunon qui s’ennuyait.

Jill avait alors remarqué l’arrivée de Takumi et Mirta et avait levé la tête.

« Êtes-vous de retour, mademoiselle ? » demanda Jill.

« O-Oui, je suis... Euh... qu’est-ce que tu fais ici, Jill ? » demanda Mirta.

« Je vous attendais… même si j’en étais fatigué, » répondit Jill.

« Tu aurais pu éviter cette dernière partie, » répliqua Gaitsu.

Debout devant la porte se trouvait un homme dodu portant des vêtements luxueux qui étaient totalement de mauvais goût.

Il était Gaitsu Ejistan, le directeur de Valeria.

« Eh bien, eh bien... Désolé de vous avoir dérangé après avoir apprécié le festival, mais il y a quelque chose de vraiment important dont j’aimerais discuter avec vous, Miss Mirta, » déclara Gaitsu.

« Euh... ça ne me dérange pas vraiment, mais est-ce que ça concerne la direction de Valeria ? » demanda Mirta.

Il avait plissé les yeux face à cette question avant d’annoncer. « Oui... je veux parler de l’avenir de notre organisation. »

Notes

  • 1 Piadina : La piadina (piada ou pida en dialecte romagnol) est une spécialité culinaire italienne composée d’un feuillet à base de farine de froment, de saindoux ou d’huile d’olive, de sel et d’eau, traditionnellement cuit sur un plat en terre cuite (teggia en Romagnol) ou sur une plaque en métal ou en pierre. La feuille de pâte est repliée et peut être farcie avec des ingrédients sucrés ou salés (jambon, fromage, etc.).
    Il s’agit d’un plat typique de la sous-région de Romagne (Italie), anciennement appelé pain des pauvres est actuellement très apprécié des locaux comme des touristes pour les repas comme pour les en-cas accompagné de charcuterie ou de fromage.
    Des petits stands, le long des routes, vendent la piadina seule ou accompagnée d’autres ingrédients.

***

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Un commentaire




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    La première partie avec la déesse est surréaliste mais la suite est intriguante.

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