Strike the Blood – Tome 16
Table des matières
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Prologue
L’océan rugissait.
Des vagues paresseuses venaient lécher le rivage baigné par la lune, doucement et sans relâche.
Sous un ciel bleu marine qui faisait écho à la mer infinie, un adolescent vêtu d’une parka trempée était allongé. Le ciel parsemé d’étoiles occupait tout son champ de vision. Le clair de lune argenté illuminait la plage de sable blanc.
Le vent humide portait le parfum d’une soirée d’été. Les embruns qui recouvraient sa joue lui rappelaient le sang frais.
Comme s’il était séduit par sa chaleur, il reprit lentement vie. Des fragments de corail broyé glissaient entre ses doigts crispés.
Le garçon arborait un visage que l’on pouvait voir partout.
Il avait environ seize ou dix-sept ans, avec des cheveux clairs et fins rappelant la fourrure d’un loup sous-alimenté. Malgré cela, il n’avait aucun trait distinctif. C’était juste un élève parmi d’autres, comme on en trouve partout.
Bien qu’il se fût réveillé, le garçon resta là, allongé au bord des vagues, incapable de se redresser.
Ses vêtements trempés et la brise nocturne avaient privé son corps de chaleur, le laissant affaibli. Ses membres étaient engourdis, comme si sa chair et son sang appartenaient à quelqu’un d’autre. Il ne sentait rien d’autre que le sable contre sa peau. La sensation était étrangement brute et vive.
Poussé par la force d’une vague, le garçon se retrouva sur le dos. Il secoua mollement les gouttes d’eau de son visage.
Un instant plus tard, il entendit ce qui ressemblait à des pas sur le sable. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il aperçut une silhouette humaine élancée : celle d’une jeune fille vêtue d’un manteau assez long.
Elle avait des traits raffinés, semblables à ceux d’une poupée, et ses grands yeux ressortaient particulièrement. De l’ouverture de la longue guimpe qu’elle portait, semblable à celle d’une religieuse, dépassaient des cheveux aussi blancs que la neige.
Elle s’arrêta près du garçon et le regarda sans dire un mot. Son regard était froid.
« Je t’ai enfin trouvé, Kojou Akatsuki. »
La jeune fille parlait avec une pointe de reproche dans la voix. Son attitude était agressive, mais grâce au ton doux et serein de sa voix, l’impression qu’elle donnait n’était pas aussi acerbe que ne le laissaient penser ses mots.
Le garçon la regarda avec perplexité. « Kojou… Akatsuki ? »
« Tu ne te souviens pas ? » demanda la jeune fille en haussant les sourcils, visiblement exaspérée. « C’est ton propre nom, non ? Tu es Kojou Akatsuki, le Quatrième Primogéniteur. »
« Je suis… le quatrième… Primogéniteur ? » C’était un titre qui sonnait sinistre, un titre sur lequel le garçon ne pouvait s’empêcher de jeter un regard méfiant.
« Oui. » La jeune fille poussa un soupir et laissa tomber ses épaules. « Tu es le quatrième des vampires originels qui ne devraient pas exister. Tu es immortel et immuable. Tu n’as pas de frères de sang, l’ordre ne fait pas partie de tes désirs et tu es servi par douze vassaux bestiaux qui sont la destruction incarnée. Tu bois le sang des gens, tu les massacres et tu les détruis ainsi. Tu es un monstre froid et sans cœur, égaré loin de toutes les doctrines du monde. Voilà ce que tu es, Kojou Akatsuki. »
« Alors, je suis un vampire primogéniteur, hein… ? »
Toujours allongé sur le sable, le garçon fixait ses propres paumes. C’était une réaction étonnamment calme. Étrangement, il ne ressentait aucune détresse à l’idée d’être le vampire le plus puissant du monde.
« Tu t’en souviens maintenant ? » Le ton de la jeune fille aux cheveux blancs restait aussi froid que jamais.
Il sourit : « On me dit que je suis l’un de ces Primogéniteurs, ça ne me dit rien, mais je me souviens au moins de mon propre nom. »
« Très bien », dit la jeune fille en hochant la tête.
Le garçon nommé Kojou Akatsuki se redressa alors et la fixa du regard. « Alors, où suis-je ? Qu’est-ce que je fais dans un endroit comme celui-ci… ? »
« C’est l’île d’Onrai. »
« L’île d’Onrai ? »
« Une île isolée flottant au milieu de l’océan, à environ trois cent trente kilomètres au sud de Tokyo. C’est le seul et unique sanctuaire des démons du Japon, un district autonome spécial chargé de gérer les démons tels que toi. »
« Gérer ? Tu veux dire isoler, non ? » répliqua Kojou avec sarcasme.
Si le but était simplement de gérer les démons, il n’aurait guère été nécessaire de se donner tant de mal pour construire un district autonome en pleine mer, loin du continent. Il avait le sentiment que l’existence de l’île visait clairement à enfermer les démons et à les isoler de la société humaine.
Les yeux impassibles de la jeune fille croisèrent le regard provocateur de Kojou.
Sans crier gare, elle tendit sa main droite qu’elle avait jusque-là cachée dans son manteau.
Elle tenait dans cette main une longue épée vermillon incandescente. La lame dentelée ondulait tel un tourbillon de flammes. Elle en plaça la pointe contre le cou de Kojou.
« Qui es-tu ? » demanda-t-il, conscient du poids de la lame qui effleurait sa peau.
« Je m’appelle Shizuri Kasugaya Castiella », répondit-elle avec la plus grande gravité.
« Je suis ton observatrice. »
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