Strike the Blood – Tome 1

***

Prologue

Partie 1

Une ville en plein été...

Cet endroit s’appelait l’Île d’Itogami et il s’agissait d’un petit affleurement flottant sur le dessus de l’océan Pacifique. Elle était entièrement artificielle, et avait été construite avec de la fibre de carbone, de la résine, du métal et de magie.

Une lune blanche flottait haut dans le ciel, mais la mer qui enveloppait la ville reflétait une lumière froide.

Il était près de minuit : c’était presque l’heure pour changer de jour.

Les fenêtres en verre des bâtiments avec leurs lumières intérieures éteintes reflétaient l’éclairage des lampadaires, leur faisant énormément ressembler à des miroirs magiques fissurés. La ville animée en face de la gare était une mer éblouissante de néons : restaurants familiaux opérant tard le soir, positionné à côté de karaoké et de dépanneurs. Les rues étaient encore pleines de jeunes en vadrouille.

Alors qu’ils riaient d’une innocente clameur, ils discutaient parfois à propos de stupides rumeurs.

Il s’agissait toujours de sujets dénués de sens, de simples distractions afin de contrer leur ennui. L’une de ses stupides rumeurs concernait une légende urbaine commune : un vampire connu comme étant le Quatrième Primogéniteur se trouvait quelque part dans cette ville.

L’homme avait parlé de ça avec un ton sérieux. Le Quatrième Primogéniteur était, semble-t-il, un être immortel et indestructible. Rejetant ses frères vampiriques, il ne désirait pas la domination, mais seulement le service des douze Vassaux Bestiales (Familiers) qui étaient l’incarnation du désastre, du sang, du carnage et de la destruction. Le vampire aurait été impitoyable et sans cœur, complètement au-delà des doctrines du monde. Selon la légende, il s’agirait d’un monstre qui aurait dévasté de nombreuses villes dans le passé.

Une femme à l’air ennuyé avait alors dit... « Oh ouais ? Quoi d’autre ? »

Il s’agissait du lieu connu comme étant le sanctuaire des démons appelé l’Île d’Itogami. Dans cette ville, les monstres n’étaient pas une rareté.

Et cela comprenait également le plus puissant vampire du monde.

***

Partie 2

Le Quatrième Primogéniteur, le sujet de ces rumeurs, avait continué à marcher sur un trottoir le menant au quartier résidentiel.

Il possédait l’apparence d’un jeune homme portant une capuche de parka blanche au-dessus de sa tête, transportant un sac tenu dans l’une de ses mains.

Il semblait avoir quinze ou seize ans. Il ressemblait à un lycéen ordinaire, ce qu’il était réellement. Ses mèches sur le front avaient une teinte assez légère, comme la fourrure d’un loup, mais même en incluant cela, rien de lui ne ressortait. Peu importe ce que vous regardiez chez lui, il ressemblait à un adolescent tout à fait ordinaire.

Ses pas étaient apathiques, mais ce n’était pas parce qu’il était fatigué. Il avait l’air d’un lycéen obligé de porter le contenu du sac, acheté au dépanneur le plus proche, pendant tout le chemin du retour.

Il y avait d’autres personnes dans les rues à part le garçon.

Il y avait une paire de jeunes femmes portant des yukatas aux couleurs vives.

Ces femmes n’étaient assurément qu’un peu plus âgées que le jeune homme. Elles avaient l’air d’étudiantes, mais elles avaient un charme bien au-delà de celui d’une lycéenne. De temps en temps, il voyait leurs visages de côtés, ainsi que leur épais maquillage dont elles avaient couvert leur visage, mais dans tous les cas, elles étaient toutes les deux assez belles.

Le jeune homme se sépara de la paire. Cependant, peut-être par manque de familiarité avec les sandales en bois qu’elles portaient, le rythme des femmes était lent. La distance entre eux s’était petit à petit rétrécie. Portée par la brise de la nuit, l’odeur du parfum féminin dérivait jusqu’à lui.

Un petit cri se fit entendre devant le jeune homme.

L’une des femmes avait trébuché sur une irrégularité de la rue, avait perdu son équilibre et était tombée au sol. L’ourlet du yukata avait été largement remonté, exposant même les cuisses de la femme alors qu’elle tombait sur ses fesses.

Le jeune homme s’était arrêté sur place et il avait regardé fixement la scène.

Cependant, ce qui attira le regard du jeune homme n’était pas l’ourlet relevé du yukata, mais plutôt l’arrière du cou des deux filles. Il regarda les interstices entre le col, les cheveux surélevés et la peau blanche et nue de leurs nuques.

Même sous les réverbères, il distinguait facilement les pâles vaisseaux sanguins.

Il s’éclaircit un peu la gorge en voyant ça, comme s’il était assailli par une puissante soif. Il avait couvert ses yeux avec sa main droite, peut-être pour cacher ses iris teintés en rouge.

Son corps avait alors dégagé une aura surnaturelle. Les filles haussèrent la voix alors qu’elles riaient, n’ayant pas encore remarqué ce qui arrivait.

« ... ! »

Un instant après, le jeune homme poussa un petit soupir en appuyant sur le bout de son propre nez. Il avait alors recommencé à marcher comme si rien ne s’était produit avant ça.

Un liquide cramoisi coulait depuis le bout des doigts. Une sensation tiède se propageait dans sa cavité buccale. Un saignement de nez.

Son sang possédait une odeur sucrée et métallique.

Alors qu’il essuyait furieusement le sang qui jaillissait de son nez, le jeune homme quitta l’endroit aussi vite que ses pieds pouvaient le faire. Derrière lui, les voix rieuses des femmes continuaient.

La lune de l’été était au-dessus de lui. Une brise de mer tiède et humide avait soufflé à travers la ville.

« ... Laisse-moi tranquille, » le jeune homme marmonna sans que cela vise quelqu’un en particulier. Son saignement de nez ne s’était pas encore arrêté.

***

Partie 3

Une forêt en été...

Tard dans la nuit, des flammes illuminèrent les terres du temple. Le pâle clair de lune illuminait la salle de culte. Un courant d’air froid était présent dans l’air, assez intense pour faire oublier la saison, et il était sûrement dû à la barrière qui entourait le sanctuaire shintoïste.

Même les sons bruyants des insectes pouvaient à peine être entendus maintenant.

La fille s’agenouilla au centre de la salle de culte sans prononcer la moindre parole.

Certaines caractéristiques enfantines étaient restées chez elle, mais la jeune fille avait un très joli visage.

Son corps élancé était délicat, mais il ne donnait pas l’impression d’être fragile. Au contraire, la fille dégageait un sentiment de souple ténacité, comme une lame finement conçue. Peut-être était-ce son sérieux qui l’emportait sur tout : alors que ses lèvres se pressaient l’une contre l’autre, une forte lumière se mit à briller dans les yeux de la jeune fille.

La fille portait l’uniforme d’une école secondaire privée dans la région du Kansai.

La plupart des alma mater savaient qu’il s’agissait d’un lieu pour les traditionalistes shinto, mais peu de monde savaient qu’il s’agissait d’une branche subordonnée de l’Organisation du Roi Lion.

Trois personnes l’avaient précédée dans la salle de prière.

Un paravent de bambou obstruait la vue sur ces trois personnes.

Cependant, la fille avait été informée à l’avance de leur vraie nature. Il s’agissait des Anciens de l’Organisation du Roi Lion, connus sous le nom de « Les Trois Saints ».

Bien que chacun soit un médium ou un magicien du plus haut rang, ils étaient enveloppés d’une aura de tranquillité, comme s’il n’y avait rien de coercitif à leur égard. Ce manque en lui-même était quelque chose d’effrayant.

Inconsciemment, la fille agrippait fermement les revers de son uniforme. Et alors...

« Annoncez votre nom ! » Elle entendit une voix venant de l’autre côté des bambous. Le ton était solennel, mais il n’y avait pas de froideur présente. La voix était plus jeune qu’elle ne l’avait prévu. Il s’agissait de la voix d’une femme qui, en quelque sort, contenait la trace d’un sourire.

« Himeragi. Yukina Himeragi. » Elle avait lentement répondu à la demande. Il y avait un léger frisson dans sa voix indiquant une certaine tension en elle.

Cependant, la femme de l’autre côté de la barrière de bambou qui obstruait la vision n’en avait pas tenu compte et avait continué avec ses questions. « Votre âge ? »

« Dans quatre mois, j’aurai quinze ans, » répondit la jeune fille.

« Je vois... Yukina Himeragi. Avez-vous bien commencé votre formation il y a 7 ans ? C’était proche de votre septième anniversaire... par une nuit froide et neigeuse, vous avez été amenée à l’organisation, toute seule. Vous souvenez-vous de ce jour-là ? »

La femme derrière le rideau de bambou avait soudainement parlé d’un ton très approprié pour un monologue. Un frisson parcouru tout le long de la colonne vertébrale d’Yukina. Elle n’avait sûrement pas examiné cela d’avance, mais elle avait plutôt lu les souvenirs d’Yukina. Elle avait franchi les défenses mentales d’Yukina avec un niveau écrasant d’ESP.

« Non... J’ai seulement de vagues souvenirs de tout cela, » répondit Yukina.

Yukina secoua légèrement la tête. La femme avait sûrement remarqué que ses mots n’étaient pas véridiques.

Cependant, la femme n’en avait rien dit, continuant à la place ses questions. « Vos notes semblent bonnes. Endo vous tient en très haute estime. »

« Merci beaucoup, » répondit la jeune fille.

« Il semblerait que vous ayez travaillé plusieurs fois avec Endo, » continua la femme. « Elle est une Mage Offensive d’une rare excellence. Votre technique de défense mentale partage les mêmes particularités que la sienne. Est-ce qu’Endo vous a enseigné autre chose ? »

« Toutes les techniques pour les rituels, ainsi que les techniques de chaman, les techniques d’illusion, et l’exorcisme, » répondit la jeune fille.

« Et qu’en est-il des techniques de magie ? Cela devrait être le domaine d’expertise d’Endo... »

« J’ai eu une compréhension générale des techniques de la Chine continentale. Mais je n’ai eu que les théories de base des techniques de magie occidentale. »

« La moindre expérience dans des combats contre des démons ? »

« J’ai suivi deux entraînements intensifs à l’école de formation, impliquant des batailles simulées. Mais je n’ai actuellement aucune expérience en combat réel. »

« Qu’en est-il des arts martiaux ? » demanda la femme.

« J’ai quelques compétences quant à eux, » répondit la jeune femme.

« Vraiment ? Je l’espère vraiment. »

Elle sentit un petit rire en provenance de la femme derrière l’écran de bambou.

« ... !? »

À cet instant, Yukina bondit, sentant une explosion de soif de sang jaillir à côté d’elle. Elle avait donné un coup de pied dans le plancher, puis avait fait une roulade vers l’arrière avant de se mettre debout dans le même mouvement.

Cela n’était pas une action issue de sa pensée consciente. Son corps, sentant le danger, avait inconsciemment bougé.

Une lame déchira l’atmosphère, découpant l’espace dans lequel Yukina était assise un instant auparavant.

Si Yukina avait bougé même une fraction de seconde plus lentement, elle aurait sans doute perdu la vie. Il s’agissait d’une attaque tranchante très dangereuse utilisant une véritable lame. Deux grands samouraïs en armures étaient apparus devant elle, semblant se fondre dans l’obscurité même.

Un guerrier sans visage avait saisi une grande lame non raffinée et l’autre, un guerrier à quatre bras, brandissait des arcs à sa gauche et à sa droite.

Ils s’agissaient d’êtres sans forme physique, des shikigamis, produits par des techniques de rituels. Il s’agissait sans doute de l’acte de l’un des Trois Saints présents derrière l’écran de bambou. Mais avant qu’elle ne puisse s’occuper de ça, Yukina était passée à la contre-attaque.

« Distorsion ! » Après avoir incanté un sortilège rapide, elle concentra l’énergie rituelle dans ses paumes, les faisant claquer dans l’armure du dieu de la guerre qui l’attaquait, et ceci affecta directement ses entrailles.

Le samouraï en armure avait alors immédiatement disparu et tout ce qu’il resta de lui fut sa longue lame qu’il tenait avant ça dans ses mains.

Yukina avait alors attrapé la longue épée qui avait été utilisée comme catalyseur pour créer le shikigami puis elle l’avait utilisée pour se défendre contre les attaques du second samouraï, repoussant ainsi les projectiles. Et, au moment où son adversaire avait fini de tirer ses flèches, elle l’avait coupée en deux avec une frappe horizontale de la longue épée. Le deuxième samouraï avait alors disparu sans laisser de traces.

« Que... signifie tout cela ? » Alors qu’elle haletait légèrement, Yukina tourna la longue épée vers le panneau de bambou après avoir demandé ça.

Elle n’était pas encline à faire face à plus de shikigamis. Se sachant inférieure en termes de force physique, Yukina n’avait aucune chance de victoire dans un combat prolongé. Même si ses adversaires étaient les Anciens de l’Organisation du Roi Lion, s’ils avaient l’intention de continuer cette farce, elle devrait directement abattre les lanceurs de sorts. Tel était son jugement...

« Ha ha ha ha ha. Excellent jugement, Yukina Himeragi. Bien joué. » Elle avait entendu le rire chaleureux d’un homme avec une voix grave et gutturale.

Après ça, une voix dont elle ne pouvait pas distinguer l’âge ou le sexe se fit entendre. « Les rituels et les divinations ne sont peut-être pas son fort, mais elle excelle dans la détection spirituelle et la maîtrise de l’épée... Comme le dit le rapport, une Chamane Épéiste tout à fait classique. Je suppose que je dois d’abord dire que vous avez passé... »

« Passé... ? » demanda Yukina.

Alors qu’elle entendait les voix des Anciens au-delà de l’écran de bambou, Yukina fronça les sourcils tout en provoquant un bruit indiquant son agacement.

« Tout à fait. Habituellement, vous devrez suivre un cours de quatre mois pour devenir une Chamane Épéiste. Cependant, les circonstances ont changé. S’il vous plaît, assaillez-vous, Yukina Himeragi. » Ainsi avait déclaré la première femme qui lui avait parlé.

À contrecœur, elle obtempéra face à ses paroles, et Yukina retourna à sa position agenouillée. Elle poussa un soupir et posa la longue épée devant elle.

« Maintenant, passons aux choses sérieuses, » déclara la femme.

« Tout à fait d’accord, » répondit Yukina.

« Bonne réponse. Pour commencer, veuillez regarder ceci, » déclara la femme.

Après avoir dit ces mots, quelque chose était apparu à travers un trou dans le panneau de bambou. Il s’agissait d’un unique papillon.

Battant les ailes sans un bruit, le papillon avait atterri devant Yukina et s’était transformé en une photographie.

La personne affichée était un étudiant portant un uniforme du lycée. Quelqu’un semblait avoir secrètement pris la photo alors qu’il avait une conversation amicale avec un ami. Il affichait une expression sans défense et ouverte.

« Qui est sur la photographie ? » demanda Yukina.

« Il s’appelle Kojou Akatsuki. Est-ce que vous le connaissez ? » demanda la femme.

« Non, » répondit Yukina. Elle hocha fermement la tête. Elle ne l’avait jamais vu de toute sa vie. Ils s’attendaient sûrement à cette réponse depuis le début.

La femme avait continué avec un ton sans aucun sentiment profond. « Qu’est ce que vous pensez de lui ? »

« Hein !? » La question soudaine avait surpris Yukina. « Je ne peux pas donner une réponse précise à partir d’une simple photographie, mais il est probable que ce soit un amateur complet concernant les arts martiaux, ou un simple débutant. Il ne semble pas particulièrement avoir sur lui un fétiche dangereux, et après tout, il ne montre aucun signe d’avoir senti la présence du photographe. »

« Non, je ne dis pas ça, je vous demande ce que vous pensez de lui. En d’autres termes, est-ce qu’il vous plaît ? » demanda la femme.

« E-Excusez-moi ? Que dites-vous... ? » demanda une Yukina surprise.

« Par exemple, s’il a un bon ou un mauvais visage, si vous aimez ou n’aimez pas son apparence, etc. Qu’est-ce que vous en pensez ? » demanda la femme.

« Euh... Me feriez-vous une blague, par hasard ? » Yukina avait demandé ça en retour avec un ton maussade. Elle ne savait pas ce que les Anciens voulaient vraiment, mais elle avait détecté de la mauvaise foi dans leurs questions inappropriées. Elle tendit involontairement sa main vers la longue épée posée sur le sol.

La femme de l’autre côté de l’écran de bambou avait fait un soupir découragé face à la réaction d’Yukina avant de demander. « Eh bien ! Yukina Himeragi, avez-vous entendu parler du Quatrième Primogéniteur ? »

Yukina en eut un peu le souffle coupé face à la question encore plus abrupte qui venait de lui être posée. La plupart des Mages Offensifs du bon côté de la ligne se seraient tus pendant un moment à la simple mention de ce nom.

« Voulez-vous parler de Kaleid Blood ? Le quatrième des Primogéniteurs, dont on dit avoir à son service douze Familiers, les Douze Vassaux Bestiales..., » déclara Yukina.

« C’est correct. Un vampire séparé de tous ses frères vampiriques. Il est seul, distant et le plus puissant d’entre tous..., » la voix calme de la femme retentit dans tout le hall du culte.

Le quatrième Primogéniteur, Kaleid Blood...

Il était impossible pour quiconque, même vaguement lié aux démons, d’ignorer ce nom.

Car après tout, il s’agissait du titre du plus puissant vampire du monde.

Non que ce soit un titre autoproclamé, mais tout le monde avait reconnu qu’il s’agissait d’une vérité. Et dans tous les cas, ses ennemis n’avaient fait aucun argument contraire. C’était ce genre d’être qu’était le Quatrième Primogéniteur.

« Cependant, j’ai entendu dire que le Quatrième Primogéniteur n’existe pas. Que c’est simplement une légende urbaine, » Yukina sentit comme si la femme secouait négativement la tête face à ses paroles.

Les Primogéniteurs étaient des empereurs qui régnaient sur les clans des ténèbres. Ils étaient les plus anciens, possédant la plus vaste énergie magique, les « premiers vampires ». Chacun commandait une armée de milliers ou de dizaines de milliers de leurs frères, construisant des dominions souverains sur trois continents distincts.

« Certes, il n’y a que trois Primogéniteurs reconnus publiquement : Le “Seigneur de Guerre Perdu” qui gouverne l’Europe. Le “Fallgazer” qui domine l’Ouest de l’Asie, le “Fiancé du Chaos” qui dirige l’Amérique du Sud. En comparaison, le Quatrième Primogéniteur ne possède ni clan ni territoire, » déclara la femme.

« Effectivement. Cependant, cela est insuffisant pour réfuter l’existence du Quatrième Primogéniteur, » déclara l’homme à la voix rauque.

À son tour, la voix de l’autre aîné avait suivi les deux autres. « Vous souvenez-vous des explosions qui ont eu lieu à Tokyo au printemps de cette année ? »

« ... Hein !? » s’exclama Yukina.

« Il y a quatre ans, il y a eu l’incident du train à Rome et la disparition d’une ville en Chine. Il y avait également eu une explosion dans le tunnel sous-marin de Manhattan. En outre, un grand feu s’est produit dans la vieille ville de Sydney, » énonça la troisième personne.

« Ne voulez-vous quand même pas dire... que tout cela était les actes du Quatrième Primogéniteur ? » demanda Yukina.

L’expression d’Yukina se contracta. Les incidents auxquels les Anciens se référaient avec tant de désinvolture étaient de vils, de grands incidents terroristes avec d’énormes pertes en vies humaines. Dans chaque cas, le coupable était resté non identifié. Cependant, si ces incidents étaient l’œuvre d’un Primogéniteur, on ne pouvait que dire que c’était de la chance que le dommage n’ait pas été pire que celui-là.

« Avec toutes ces preuves circonstancielles, cela indique l’existence d’un quatrième Primogéniteur, » la première femme parla alors que Yukina pâlissait.

« Ils apparaissent toujours à des tournants dans l’histoire du monde, apportant dans leur sillage des massacres et de grandes destructions dans le monde. Cependant, ce n’est pas la seule préoccupation. L’existence même du Quatrième Primogéniteur perturbe l’ordre et la stabilité de ce monde. Comprenez-vous la raison de tout cela ? » demanda la femme.

« Tout à fait, » Yukina hocha la tête raidement.

Les vampires, une espèce possédant une haute intelligence et des caractéristiques vampiriques, n’étaient en aucun cas en conflit constant avec l’humanité.

Comme beaucoup d’entre eux préféraient vivre dans la société humaine, ils avaient pris soin d’éviter jusqu’à maintenant de devenir un ennemi de toute la race humaine.

De plus, chaque gouvernement national avait signé des traités avec les Primogéniteurs interdisant l’activité vampirique sans discernement, provoquant ce qui semblait être une coexistence pacifique en surface. Cependant, c’était le résultat d’un équilibre extrêmement précaire entre les trois Dominions.

« Dans les décennies qui ont suivi la signature du Traité du Saint-Siège ou encore Traité Sacré par les Primogéniteurs, les Primogéniteurs sont restés dans une impasse trilatérale. Constamment préoccupés par les autres Primogéniteurs, ils n’ont eu aucune force à mettre de côté pour ainsi devenir les ennemis de l’humanité, » énonça Yukina.

« Tout à fait, » répondit l’homme.

« Cependant, si un quatrième Primogéniteur se présentait avec une force égale à la leur, cet équilibre se briserait facilement. Dans le pire des cas, l’humanité serait entraînée dans une guerre à grande échelle, » déclara la femme.

« Savez-vous où se situe le Quatrième Primogéniteur ? » demanda Yukina avec une tension dans sa voix. Pour une raison inconnue, elle avait un mauvais pressentiment à ce sujet.

« Oui. Bien que cela ne soit pas encore confirmé à cent pour cent, il n’y a probablement aucune erreur, » déclara la femme.

« Et où est-il ? » demanda Yukina.

« Dans le district de Tokyo, dans la Cité d’Itogami — Le Gigaflotteur du Sanctuaire des Démons aussi connu sous le nom de District des Démons. »

Les paroles de la femme avaient stupéfait Yukina pendant un moment.

« Le Quatrième Primogéniteur est au Japon... ? » s’exclama Yukina.

« C’est pourquoi nous vous avons appelé ici aujourd’hui, Yukina Himeragi. Au nom des Trois Saints de l’Organisation du Roi Lion, nous vous assignons par la présente à la surveillance du Quatrième Primogéniteur. » Bien que calme, la femme l’avait informée d’un ton qui n’avait laissé aucune place à la dissidence.

« Je dois... surveiller le Quatrième Primogéniteur ? » demanda Yukina.

« Oui. Et, si vous déterminez que la cible de votre observation est un être dangereux, vous devez l’éliminer avec des préjugés extrêmes, » répondit la femme.

« Éliminer... ? » demanda Yukina. Yukina était toute tremblante et à court de mots.

Elle avait peur du Quatrième Primogéniteur. Elle était également anxieuse d’être chargée d’un devoir aussi important. Sa formation n’avait pas été mauvaise, mais à la fin, Yukina était seulement une apprentie. Elle n’était pas assez vaniteuse pour penser sérieusement qu’elle pouvait vaincre un Primogéniteur. En premier lieu, on disait qu’un Primogéniteur possédait la puissance militaire de toute une armée nationale, ils étaient des monstres du premier rang.

Mais, à moins que quelqu’un ne le fasse, une calamité allait frapper, et beaucoup de personnes perdraient la vie.

« Prenez ceci, Yukina Himeragi. »

La femme avait alors présenté quelque chose à travers l’espace sous l’écran en bambou surélevé.

Une flamme avait fait surgir un objet, une lance unique, brillante comme si elle flottait dans l’obscurité. Yukina connaissait bien son nom. « C’est... »

« La Lance d’Assaut Mécanique Purgeur de Démons, Modèle Sept, aussi connu sous le nom de “Schneewalzer”. Son nom est le “Loup des Congères”. »

Quand la femme avait demandé : « Alors, vous devriez la connaître, n’est-ce pas ? » Face à ça, Yukina hocha vaguement la tête.

Les Schneewalzers étaient des armes aux pouvoirs spéciaux développés par l’Organisation du Roi Lion afin de pouvoir affronter les démons. Le fer de lance, conçu avec des techniques de travail raffinées du métal, possédait une silhouette élégante ressemblant à un avion de combat à la fine pointe de la technologie. Vraiment, la lance mécanique était un nom approprié pour elle.

Cependant, puisque l’arme employait une lance ancienne inestimable comme noyau, elle ne pouvait pas être produite en masse, il avait été dit que seulement trois exemplaires existaient dans le monde entier. De toute façon, il était prudent de dire qu’elles étaient la plus puissante des armes secrètes à la disposition de l’Organisation du Roi Lion.

« Donnez-vous une telle arme... à moi ? » Alors qu’elle acceptait la lance qui lui était offerte, Yukina demanda avec une expression d’incrédulité.

Cependant, la femme avait expiré avec le cœur gros. « Contre un Primogéniteur, je préférerais avoir une arme plus puissante à vous accorder, mais il s’agit de la plus puissante des armes que nous pouvons vous fournir dans les circonstances présentes. Prenez-la, s’il vous plaît. »

« Oui, bien sûr, mais..., » alors qu’Yukina parlait, une expression perplexe avait envahi son visage.

La lance n’avait pas été tout ce qui avait été présenté à travers l’espace dans l’écran de bambou. Enveloppé dans du vinyle, il y avait aussi un ensemble d’uniformes scolaires flambant neuf, soigneusement plié et délivré en main propre. Les couleurs de base étaient le blanc et le bleu, avec un chemisier à col marin et une jupe plissée. Cela semblait être un uniforme d’été des filles pour le collège.

« Euh, qu’est-ce que c’est ? » demanda Yukina.

« Un uniforme scolaire. Il vous est fourni et il devrait correspondre à votre taille, » répondit la femme.

« Euh... Ce que je voulais dire c’est plutôt. Pourquoi un uniforme scolaire ? » demanda Yukina.

« Votre cible d’observation est un étudiant dans une école ayant cet uniforme, » répondit la femme.

« Quoi !? » Yukina était un peu confuse, incapable de comprendre ce qu’on lui disait. « ... La cible d’observation... le Quatrième Primogéniteur est un étudiant ? Hein !? »

« Académie Privé Saikai, Section Lycée, première année, classe B, siège numéro un. Tel est le statut social actuel du Quatrième Primogéniteur, Kojou Akatsuki. Donc, comme vous le voyez, nous n’avons personne qui puisse l’approcher pacifiquement, sauf une exception : vous, Yukina Himeragi. »

« Kojou Akatsuki... La personne sur cette photo est le Quatrième Primogéniteur... ? Quoi !? » Les yeux d’Yukina s’élargirent alors qu’elle regardait la photo qui avait été jetée sur le sol.

Elle sentit en quelque sorte les sourires tendus des Trois Saints à travers le paravent de bambou. C’est seulement maintenant qu’Yukina comprenait pourquoi une Chamane Épéiste inexpérimentée comme elle avait été choisie pour une mission aussi importante.

« Modifions nos ordres, Yukina Himeragi. À partir d’aujourd’hui, vous devez faire tous les efforts pour contacter et ensuite l’observer. Les formalités pour votre transfert à l’Académie Saikai ont déjà été prises en charge. Vous pouvez disposer. »

Ne laissant aucune place à une réponse à leurs paroles, les auras des Anciens derrière le panneau de bambou avaient disparu.

Yukina, maintenant la seule personne restant dans le hall de prière, avait même oublié de respirer, continuant simplement à regarder fixement la lance se trouvant dans ses mains.

Le Quatrième Primogéniteur. Transfert. Contact. Observer. Éliminer. Elle se demandait si elle serait impliquée dans une terrible catastrophe. Avec de telles pensées en tête, Yukina laissa échapper un petit soupir, morte d’inquiétudes.

Même si la divination n’était pas son fort, elle ne savait pas que son intuition avait été correcte vis-à-vis de ce qui se déroulerait sous peu...

***

Chapitre 1 : Le Sanctuaire des Démons

Partie 1

De puissants rayons de soleil se déversaient impitoyablement du ciel alors que l’ouest était teinté en rouge.

« Tellement chaud... Je vais prendre feu et après ça, je vais être carbonisé et tomber en cendre... » Cela se passait dans un restaurant familial, dans l’après-midi. Kojou Akatsuki murmura cela alors qu’il était allongé sur la table proche de la fenêtre, complètement épuisée.

Il s’agissait d’un lycéen, portant au complet l’uniforme de son école. Mis à part le parka blanc à capuchon qu’il avait revêtu en plus, il n’y avait rien que vous pouviez dire qui le démarquerait vis-à-vis d’un autre étudiant. En raison de l’expression paresseuse qu’il affichait sur son visage et ses yeux endormis, il donnait l’impression de bouder.

Nous nous trouvions au cours du dernier lundi d’août. Le ciel était clair, sans le moindre nuage à l’horizon. La température extérieure avait déjà dépassé la température interne du corps humain, et même maintenant, à la veille du coucher du soleil, il n’y avait aucune raison qu’elle chutait avant un bon moment. Même avec le climatiseur à plein régime, l’air froid ne semblait pas avoir assez de puissance pour atteindre le siège de Kojou alors qu’il se trouvait à l’intérieur du restaurant.

Alors que des niveaux meurtriers de rayons ultraviolets pénétraient par les fins stores, un Kojou apathique lança un regard interrogateur à travers la table.

« Quelle heure est-il ? » Ce qui s’échappait des lèvres de Kojou était un murmure, comme s’il se parlait à lui-même.

L’un de ses amis, assis à l’autre bout de la table, se mit à rire puis il lui répondit. « Il sera bientôt quatre heures et demie, dans... trois minutes et vingt-deux secondes. »

« ... Zut, déjà ? L’examen de rattrapage de demain est à neuf heures du matin, n’est-ce pas... ? » demanda Kojou.

« Si tu ne fais pas de sieste ce soir, ça te fait encore dix-sept heures et trois minutes. Ça devrait le faire, non ? »

L’autre personne assise à la table avait demandé ça d’une voix insouciante, comme si cela n’était pas son genre de problème. Kojou n’avait pas lâché de réponse. Il dirigea son regard vers la pile de manuels pendant un moment sans expression clairement visible.

« Hé... j’y ai un peu pensé dernièrement, » déclara Kojou.

« Hmm ? »

« La raison pour laquelle je dois faire cette quantité astronomique d’examens de rattrapage, » Kojou murmura sa question comme pour lui-même, et ses deux amis levèrent les yeux vers lui.

Kojou avait reçu l’ordre de passer un total de neuf examens de rattrapage, dont deux pour l’anglais et les mathématiques, et la moitié d’un marathon pour couronner le tout. Certes, il n’y avait pas beaucoup d’âmes qui devaient passer par là le dernier week-end de l’été.

« ... Je veux dire, la gamme de questions posées dans ces examens de rattrapage est bien trop large. Je n’ai même pas encore eu de cours sur ce sujet. Et des leçons supplémentaires sept jours par semaine, c’est quoi ce bordel ? Est-ce que mes professeurs ont une sorte de rancune contre moi !? »

Les deux amis se regardèrent tandis que le jeune homme pleurait amèrement. Ils portaient respectivement un uniforme masculin et féminin de la même école. Ils avaient partagé un bref coup d’œil, comme pour dire, de quoi il parle maintenant ?

« Euh... Oui, ils ont une rancune envers toi, » il s’agissait de l’étudiant qui répondit tout en faisant tournoyer un porte-mine dans l’une de ses mains, avec des écouteurs autour du cou, des cheveux courts et peignés. Il s’appelait Motoki Yaze.

« Jour après jour, tu as tout simplement négligé leurs cours pendant tout ce temps. Bien sûr, ils pensent que tu les ignores... De plus, tu étais également absent sans autorisation pour les tests de l’été, » Asagi Aiba sourit, remuant gracieusement ses ongles pendant qu’elle parlait.

Elle avait une magnifique coiffure et un uniforme décoré jusqu’à la limite des règlements scolaires. Assez mystérieusement, elle n’était quand même pas trop voyante, peut-être parce qu’elle avait bon goût. Dans tous les cas, il s’agissait d’une fille dont l’apparence était remarquable.

Elle serait une beauté incontestée si elle pouvait garder le silence. Cependant, vu qu’elle avait toujours ce petit sourire narquois présent sur son visage, elle n’était pas considérée comme très charmante. Et peut-être, il s’agissait de la raison qui faisait qu’être avec elle était comme être avec un garçon.

« ... Mais c’était indépendant de ma volonté. Il y a certaines circonstances ! Pour commencer, je n’arrête pas de dire à mon professeur que ma condition physique rendait difficile pour moi de passer des tests tôt le matin..., » Kojou avait fait ses excuses avec un ton irrité. Les fines lignes de sang dans ses yeux n’étaient pas en raison de la colère, mais simplement présentes à cause de la privation de sommeil.

« Que veux-tu dire par condition physique ? As-tu le rhume des foins ou une quelconque autre raison, Kojou ? » Demanda Asagi avec curiosité.

Kojou, réalisant qu’il avait fait un lapsus verbal, arrêta ce qu’il disait pour changer ce qu’il disait. « Oh, non. Je suppose que je peux dire que je suis... une personne de la nuit. Il est difficile pour moi de travailler durement tôt le matin. »

« Comment est-ce que cela peut être vu comme un problème de condition physique ? Ce n’est pas comme si tu étais un vampire. »

« O... Ouais, c’est vrai. Haha ! » Kojou sourit d’une manière assez raide alors qu’il faisait une parade verbale.

Les vampires n’étaient pas une vision rare dans cette ville. Le seul fait que vous étiez tout aussi susceptible de tomber sur un patient atteint de rhume des foins avec les mêmes chances que de voir un vampire était le vrai problème pour Kojou.

« Cependant, j’aime bien Natsuki-chan. Elle a très bon goût. Et elle laisse passer la chose d’assiduité insuffisante avec des leçons supplémentaires, n’est-ce pas ? » Asagi avait parlé, puis elle avait siroté son jus, faisant de petits sons alors qu’elle faisait ça.

« Je suppose que oui, » Kojou était d’accord avec ça.

« De plus, j’ai pris pitié pour toi, et je te donne des leçons en plus, » déclara Asagi.

« Ne postule pas pour la sainteté quand tu manges tout ce que tu veux avec le peu d’argent de quelqu’un d’autre, » répliqua Kojou.

Asagi jeta un regard ignoble à Kojou à travers le haut des manuels entassés devant elle. Il n’y avait aucun signe d’où tout cela allait dans son corps mince, mais Asagi était une énorme mangeuse au-delà de toutes les limites du bon sens. Il aurait aimé savoir à l’avance ce qu’elle sous-entendait quand elle lui avait dit. « Je t’aiderais à étudier, alors traite-moi avec gentillesse. »

« Juste pour te le rappeler, tu payes le repas d’Asagi avec l’argent que je t’ai prêté. Kojou, tu ferais mieux de me rembourser, » Motoki avait souligné cela d’une voix calme. Même s’il était le fils d’un possible homme riche, il était vraiment tendu à propos de ce genre de chose.

« J’ai bien compris. Bon sang... Et vous vous appelez des êtres humains à sang chaud ? » demanda Kojou.

« Non, non, et peu importe comment on le voit, il s’agit de celui qui pense pouvoir se soustraire à ses dettes qui est le méchant... et, d’ailleurs, parler de sang chaud face au sang froid, c’est de la discrimination. Mieux vaut te regarder avant de dire ça, » répliqua Asagi.

« Du moins, sur cette île, » dit Motoki avec un rire cynique.

« Quel monde ennuyeux... même si tout le monde s’en fiche, » déclara Kojou.

Dans tous les cas, ils s’en foutent de moi, Kojou pensa à ça tout en poussant un soupir.

« Ahh, regarde l’heure. Eh bien, je m’en vais. J’ai mon travail qui m’attend, » Asagi regarda son téléphone portable, et elle engloutit le fond de son verre de jus d’un coup avant de se lever.

Kojou leva les yeux vers elle avant de lui demander. « Qu’est-ce que c’est cette fois-ci ? Ton temps partiel chez la Corporation de Gestion du mégaflotteur... ? »

« Tout à fait. Maintenance informatique de la division de sécurité. De bonnes choses, » répondit Asagi.

Après avoir agi comme si elle tapait sur un clavier en plein air, Asagi fit un « À plus tard ! » avant de quitter le restaurant. Son ton insouciant ressemblait à celui d’une personne qui se rendait à la caisse de l’épicerie, mais la division de sécurité de la société de gestion n’était pas un endroit où une personne ordinaire pouvait entrer.

« Je pense toujours à ça, mais c’est totalement injuste pour une programmeuse de génie d’avoir cette apparence et cette personnalité. C’est toujours difficile à croire, mais... ouais, ses notes sont bien supérieures à tout le monde depuis qu’elle est une enfant. » Yaze posa son menton sur ses mains alors qu’il regardait Asagi alors qu’elle partait.

Motoki et Asagi se connaissaient depuis qu’ils étaient à l’école primaire. Ils avaient vécu sur cette île pendant plus d’une décennie, ce qui faisait d’eux une génération plus âgée de résidents de la ville d’Itogami que celle de Kojou. Il n’y avait même pas vingt ans que cette ville, construite sur l’île artificielle, avait été achevée.

« Si cela veut dire être aidé pour les tests, alors tout est bon, » Kojou parla sans lever le visage.

Motoki avait observé Kojou puis avait déclaré avec un ton qui était très décontracté. « En fait, je ne m’attendais pas à ce qu’Asagi t’enseigne la moindre chose. Elle déteste faire ça et ceux qui le demandent. »

« Déteste ça ? Pourquoi ? » demanda Kojou.

« Elle déteste les personnes qui pensent qu’elle est intelligente, elle est une bachoteuse, et ainsi de suite. Ça ne ressemble pas à ça, mais elle a eu du mal avec ça en tant qu’enfant, » répondit Motoki.

« Hein... Je ne savais pas ça, » Kojou avait parlé avec un ton brusque tandis qu’un problème de factorisation compliqué le plaçait dans une situation de crise.

Cela faisait quatre ans que Kojou avait déménagé dans la Cité d’Itogami. Cela s’était passé juste avant son entrée au collège. Un peu après ça, il avait fait la connaissance de Motoki et Asagi, et depuis, ils avaient traîné ensemble de temps en temps. Il ne se souvenait pas de ce qui l’avait amené à être ami, mais ses souvenirs indiquaient que c’était Asagi qui lui avait parlé en premier.

« Cependant, elle n’a fait aucune plainte quand je lui ai demandé de m’aider pour les cours. Elle m’a aussi laissé copier la plupart de ses devoirs cette fois-ci, » déclara Kojou.

« Oh ho. C’est assez mystérieux. Je me demande pourquoi tu es un cas spécial, Kojou. As-tu déjà pensé à ça ? » Motoki fit une inclinaison exagérée de son cou, faisant également ce qui semblait être une toux sans équivoque.

Cependant, Kojou avait seulement répondu : « Pas vraiment », et avait secoué négativement la tête. « Mais je suppose que c’est, car je la rembourse de toutes les façons dont elle me l’a demandé. Je lui paye pour son repas de midi, je paye pour ses dépenses journalières, je me charge des corvées de nettoyage... Je suis aussi dans une situation assez difficile en raison de tout ça. »

Motoki fit baisser ses épaules avec résignation, ses yeux disant, ils sont tous les deux sans espoir.

Kojou leva son visage face au comportement bizarre de son ami. « Quelque chose ne va pas ? »

« Non, ce n’est rien. Je suppose que je vais également partir, » déclara Motoki.

« Hein !? » s’exclama Kojou.

« Eh bien, j’ai pu finir de copier les devoirs, et Asagi n’est pas là, alors étudier comme ça n’a pas de sens, » déclara Motoki. « Je n’ai qu’à passer un examen supplémentaire dans un sujet, donc je devrais pouvoir gérer cela avec uniquement ce soir pour étudier. Quoi qu’il en soit, accroche-toi pour tout finir. »

Kojou leva les yeux avec un air distrait alors que son ami mettait ses affaires en ordre et se levait avant de partir après avoir fait un : « À la prochaine ! »

Apparemment, alors que Kojou était en train de dériver dans la tourmente, Motoki avait fini par astucieusement copier ses propres devoirs. D’autre part, Kojou était en grande partie incapable de comprendre ses propres devoirs. Comme cela allait bien au-delà de simples préparatifs pour un examen de rattrapage, c’était naturel, mais la disparité visible et écrasante était suffisante pour déchirer le cœur fragile de Kojou.

« Je n’ai même pas envie d’essayer..., » murmura-t-il.

Alors qu’il avait maintenant été laissé seul dans le restaurant familial, Kojou s’était une fois de plus effondré sur la table.

Il avait alors réalisé qu’il avait vraiment faim. Mais le portefeuille de Kojou n’avait plus de marge pour une autre commande en ce moment. La capacité de la boisson gazeuse à volonté lui permettant de tromper son estomac vide avait finalement atteint ses limites.

L’image populaire était que les vampires pouvaient se débrouiller en buvant du vin ou du jus de tomate, mais en réalité, ils avaient faim et mangeaient de la nourriture solide comme tout le monde. Mais en quelque sorte, il se sentait déçu après avoir fait ça. Dans tous les cas, malgré la somnolence pendant la journée, être capable d’avoir une vie normale était une bénédiction.

Kojou, toujours pâle, regardait vaguement la pile de problèmes à étudier. Soudain, il se souvint de quelque chose qu’il avait entendu pendant les cours. Parmi les diverses formes de vie qui avaient évolué, celles qui avaient la plus grande probabilité de survie étaient les espèces les mieux adaptées à leur environnement et, par conséquent, selon la théorie, les survivants actuels étaient les enfants de ceux qui étaient les mieux adaptés.

La logique de la survie par l’adaptation était connue comme étant la sélection naturelle.

Certains pensaient que c’était trop simple, mais la théorie était largement acceptée.

En d’autres termes, les espèces qui avaient été naturellement éliminées étaient celles qui ne s’étaient pas adaptées à leur environnement.

La même logique pourrait être appliquée aux héros d’autrefois, avec un pouvoir rivalisant avec les dieux dans leurs mains, et des espèces similaires avec des pouvoirs surnaturels qui n’avaient pas survécu.

Ils ne s’étaient pas adaptés à leur environnement.

Kojou Akatsuki avait très bien compris cela.

Peu importe le pouvoir que vous possédiez, peu importe la résilience de votre chair, même si vous étiez appelé le plus puissant vampire de la Terre, de tels pouvoirs ne comptaient pour rien dans la société moderne.

Cela ne pouvait même pas l’aider à finir une seule feuille de problèmes couverte par l’examen de rattrapage.

« Je devine que je vais devoir rentrer à la maison... J’espère que Nagisa n’a pas oublié de faire quelque chose à manger, » alors que Kojou marmonna cela à lui-même, il fourra ses manuels et ses feuilles de problème dans son sac d’école, puis il prit dans sa main la facture alors qu’il se levait. Il avait été la payer à la caisse. Son portefeuille, qui le laissait toujours dans un état de consternation, ne contenait maintenant que quelques pièces de monnaie. À ce rythme, il n’aurait même pas d’argent pour payer le petit-déjeuner de demain.

Quel genre d’excuse devrait-il faire pour emprunter de l’argent à sa petite sœur ? ... Alors que Kojou réfléchissait sérieusement à ça, il se dirigea vers la sortie du restaurant. Puis il s’était soudainement arrêté. Ses yeux s’étaient rétrécis face à la lumière éblouissant du coucher du soleil.

Juste en face du restaurant familial, vers l’intersection de la route, une fille toute seule se tenait au milieu de l’éclairage.

Une étudiante en uniforme portait un étui de guitare noir sur son épaule. Elle se tenait sans un mot avec le soleil dans son dos.

La fille continuait à se tenir debout, ne bougeant pas d’un pouce, comme si elle attendait Kojou.

***

Partie 2

L’Île d’Itogami se trouvait être une île artificielle flottant au milieu du Pacifique, à quelque trois cent trente kilomètres au sud de Tokyo. Il s’agissait d’une ville entièrement artificielle, construite à partir d’une série liée de constructions géantes flottantes et interconnectées connues sous le nom de mégaflotteurs.

Sa superficie totale était d’environ cent quatre-vingts kilomètres carrés. La population totale était d’environ cinq cent soixante mille habitants. Du point de vue administratif, elle s’appelait la Ville d’Itogami et faisait partie de la grande métropole de Tokyo, mais en réalité, c’était un district administratif spécial avec une structure politique indépendante.

Grâce à l’influence d’un courant chaud, le climat était doux, avec des températures moyennes supérieures à vingt degrés Celsius mêmes au milieu de l’hiver. Elle était située sous les tropiques : une île d’été éternel.

Cependant, la principale industrie de l’île n’était nullement le tourisme.

En premier lieu, il y avait des inspections rigoureuses de tous ceux qui entraient et sortaient de l’île. Aucun simple touriste ne visiterait un tel lieu.

La ville d’Itogami était une ville universitaire. Des représentants des principales industries japonaises, telles que les produits pharmaceutiques, les machines de précision, la fabrication de matériaux de haute technologie, et ainsi de suite, ainsi que des organismes de recherche d’universités renommées, s’étaient entassés les uns sur les autres sur cette île.

La raison était qu’un champ de recherche n’était autorisé que sur une île artificielle, loin du continent japonais.

« Sanctuaire des démons. »

Il s’agissait de l’autre nom que la ville d’Itogami avait reçu.

Hommes-bêtes, esprits, demi-démons, formes de vie artificielles et vampires..., sur cette île, ces races démoniaques, dont le nombre était réduit au point où ils étaient au bord de l’extinction en raison des effets de la dévastation de l’environnement et de la lutte contre la race humaine, avaient été officiellement reconnues et protégées. Leur constitution physique et leurs pouvoirs spéciaux avaient été analysés et utilisés en science et développement dans plusieurs domaines de l’industrie.

La ville d’Itogami était une ville artificielle construite précisément dans ce but.

La majorité des habitants de l’île étaient soit des démons, soit des chercheurs, soit des personnes ayant des pouvoirs spéciaux reconnus par la ville.

Les démons qui avaient fait l’objet de recherches avaient bien sûr été inclus dans le lot. Les races démoniaques qui coopéraient avec les dirigeants de ce district spécial se voyaient à leur tour accorder des droits résidentiels, les mêmes que les êtres humains, et étaient autorisées à étudier, travailler et vivre leur vie.

La ville d’Itogami était une ville modèle d’existence communautaire entre les races démoniaques et l’humanité...

Ou, peut-être, un laboratoire géant en cage.

« ... Merde, j’aimerais qu’ils fassent au moins quelque chose pour la chaleur, » Kojou avait pesté alors qu’il portait le capuchon de son parka bas sur ses yeux, résistant de toutes ses forces aux rayons du soleil.

Sur cette île chaude et humide, le corps ressentait la chaleur bien plus que le niveau indiqué par le thermomètre. Dans un certain sens, le vent chauffé par la surface de l’océan au milieu de l’été était plus difficile à supporter que les vents chauds du désert. Peu importe que les vampires soient faibles face au soleil... il s’agissait d’un environnement assez dur même pour les humains ordinaires.

La maison de Kojou était à une quinzaine de minutes par monorail du restaurant familial. Cependant, le peu d’argent présent dans le portefeuille de Kojou signifiait qu’il n’avait pas d’autre choix que d’y aller à pied. Baigné par le soleil couchant, et tout en ayant l’impression que sa peau allait brûler jusqu’à devenir croustillante, il s’était déplacé le long du centre commercial au bord de la mer.

Et, en regardant derrière lui d’un mouvement décontracté, il avait grogné sans sembler être amusé. « On me suit... n’est-ce pas ? »

Une fille toute seule marchait à une cinquantaine de mètres derrière Kojou. Il s’agissait de la fille avec l’étui de guitare basse sur son épaule qu’il avait déjà vu quand il avait quitté le restaurant familial.

La fille portait, comme Asagi, l’uniforme d’une fille de l’Académie Saiga. Le fait qu’elle avait un ruban autour du cou au lieu d’une cravate lui avait indiqué qu’elle était là en tant qu’élève du collège.

Il ne pouvait pas vraiment saisir son visage. Alors qu’elle était jolie, elle dégageait une aura comme celle d’un chat errant qui n’avait pas l’habitude d’avoir des gens autour d’elle. Peut-être n’était-elle pas habituée à la jupe courte, car de temps en temps, ses mouvements brusques menaçaient de laisser les autres contempler sans sa protection ce qui se trouvait dessous.

La jeune fille se tenait à une distance constante de Kojou, marchant à un rythme qui correspondait au sien. Quand Kojou s’était arrêté, elle s’était aussi arrêtée, se cachant derrière un arbre au bord de la route. Pourtant, elle ne montrait aucun signe de vouloir venir lui parler.

Il était clair qu’elle le suivait. De plus, elle n’avait apparemment pas voulu que Kojou s’en aperçoive.

« ... C’est peut-être une amie de Nagisa ? » murmura-t-il.

Kojou avait réfléchi aux différentes possibilités et en était arrivé à une conclusion.

Akatsuki Nagisa, la sœur cadette de Kojou d’un an, était également étudiante à l’Académie Saiga. Une élève du collège qu’il n’avait jamais vu avant s’intéressant à lui était plus susceptible d’avoir un lien de cause à effet avec sa petite sœur.

Mais il n’avait aucune idée qui lui aurait permis de savoir pourquoi elle ne lui parlait pas si c’était le cas. Suivre quelqu’un sous ce soleil brûlant ne pourrait pas être une chose amusante à faire.

Non, pour être franc, il y avait en effet une autre raison pour laquelle quelqu’un que Kojou ne connaissait pas pouvait le suivre partout. Mais il ne voulait pas penser à la possibilité.

« Je suppose qu’au moins, je ferais mieux de vérifier…, » murmura-t-il.

Après avoir dit ça, Kojou était entré dans un centre commercial qu’il avait remarqué du coin de l’œil. Sa destination était une salle de jeux vidéo près de l’entrée du centre commercial. Il ne savait pas pourquoi la fille avec l’étui de guitare le suivait, mais Kojou se demandait ce qu’elle ferait s’il entrait dans un magasin.

Et il s’était avéré que la fille avait été clairement déconcertée par la tournure des événements. Elle avait oublié de se cacher et s’était arrêtée juste à l’extérieur du magasin, semblant s’être égarée.

Elle ne voulait pas perdre Kojou, mais si elle allait elle-même dans le magasin, les chances de se retrouver face à face avec lui étaient assez élevées. Et cela, ce n’était pas bon non plus. Elle avait ainsi été prise entre deux intérêts contradictoires.

Non, plus exactement, c’était plus simple que ça, cet endroit étrange et inconnu appelé « arcade » l’avait mise sur ses gardes. C’était à ça que cela ressemblait.

La vue de la jeune fille debout toute seule devant un centre commercial frappé par le coucher du soleil avait donné à Kojou un sentiment vaguement misérable. Alors qu’il l’observait de l’autre côté d’un jeu de grue, Kojou avait été saisi par la culpabilité, comme s’il lui avait causé du tort d’une manière horrible.

« ... »

Poussant un long soupir, Kojou était reparti à contrecœur dans la rue. Ce n’était pas comme s’il pouvait rester caché pour toujours, alors il s’était dit qu’il essaierait plutôt de lui parler.

Mais, malheureusement, il semblait que la fille à l’étui de guitare avait pensé à la même chose de son côté.

À l’instant où Kojou avait essayé de sortir, la jeune fille était entrée dans le magasin avec un regard déterminé, ce qui fit qu’elle le rencontra juste à l’entrée.

Pendant quelques instants, leurs regards s’étaient croisés sans qu’un mot soit prononcé. D’une façon ou d’une autre, il s’agissait de la fille à la guitare qui avait réagi en premier.

« Q... Quatrième Primogéniteur ! » Alors que la jeune fille criait d’une voix nerveuse, elle avait adopté une position avec un centre de gravité plus bas.

De près, elle ressemblait encore à une jolie fille, mais Kojou se sentait encore plus déprimé.

Avec cette simple phrase, il savait très bien pourquoi elle l’avait suivi. Elle cherchait le vampire connu sous le nom de Quatrième Primogéniteur. Elle ne semblait pas être un démon en voulant après la vie d’un Primogéniteur, ou une sorte de chasseur de primes, mais il n’y avait aucun doute qu’elle était une adversaire gênante. Personne de sain d’esprit ne faisait partie d’un groupe qui s’adresserait à Kojou comme « Quatrième Primogéniteur ».

Pendant un moment seulement, Kojou avait réfléchi silencieusement à ce qu’il fallait faire. « Oh ! Mi dispiace ! Auguri ! »

Et soudain, il étendit les deux bras dans un geste exagéré.

Comme Kojou déclarait des mots étrangers dont il se souvenait à peine, la fille de l’étui à guitare l’avait regardé, stupéfaite.

« Hein ? »

« Je suis... un Italien de passage. Je ne connais pas très bien le japonais. Ciao ! Arrivederci ! Grazie ! Grazie ! » Tout en criant de telles choses rapidement, Kojou s’était échappé de la zone. Il avait glissé sur le côté de la fille et avait quitté le magasin. Un moment plus tard...

« Qu... ?! Attendez, Kojou Akatsuki ! » Soudain, reprenant ses esprits, la jeune fille avait crié haut et fort le nom de Kojou.

Ennuyé, Kojou regarda par-dessus son épaule en affichant une grimace. Il avait hérité du titre de vampire le plus puissant du monde trois mois auparavant. Puisqu’il avait travaillé dur pour le cacher, seul un très petit nombre de personnes le savait.

Dans tous les cas, ici dans la ville d’Itogami, une seule personne en dehors de Kojou lui-même aurait dû savoir que Kojou Akatsuki était le Quatrième Primogéniteur.

« Qui êtes-vous ? » Kojou fixa la jeune fille afin de montrer sa méfiance alors qu’il demandait ça.

La jeune fille avait retourné le regard de Kojou avec des yeux sérieux, répondant d’une voix dure et un peu adulte. « Je suis une Chamane Épéiste de l’Organisation du Roi Lion. Par ordre des Trois Saints de l’Organisation du Roi Lion, je suis venue en mission pour veiller sur le Quatrième Primogéniteur. »

Ha, pensa Kojou, en écoutant les paroles de la jeune fille avec un visage intrigué. Il n’avait aucune idée de ce que la fille disait. Organisation du Roi Lion. Chamane Épéiste. Il n’avait jamais entendu parler de ces termes auparavant.

La seule chose qui lui avait été transmise à ce moment-là était que sa prémonition, qu’il s’agissait d’un problème, était vraie.

Alors qu’il était totalement perplexe sur la façon d’y faire face, Kojou avait finalement décidé de faire comme s’il n’avait rien entendu. « Ah... Désolé. Vous vous trompez de personne. Allez essayer ça avec quelqu’un d’autre. »

« Hein ? N’est-ce pas la bonne personne ? Hein... ? » Le regard de la jeune fille errait, l’air confus. Kojou venait d’inventer le scénario du mauvais gars à la volée, mais elle semblait l’avoir gobé.

Peut-être qu’elle avait juste une personnalité exceptionnellement franche.

Kojou avait décidé de saisir cette occasion. Tandis qu’il tournait le dos afin de s’enfuir, la jeune fille l’appelait en toute hâte. « Attendez, s’il vous plaît ! N’ai-je vraiment pas localisé la bonne personne !? »

« Non, vous faites le guet, mais cela n’a rien à voir avec moi. Je suis occupé, alors... ! » Kojou avait lâché une vague réponse bâclée en quittant l’endroit dans l’urgence.

La jeune fille avec l’étui de guitare sur son dos se tenait debout là où elle était, affichant encore une expression stupéfaite et déconcertante. Que son affirmation d’identité erronée ait fait l’affaire ou non, elle semblait avoir renoncé à le suivre. Même ainsi, il n’avait toujours aucune idée de ce qu’elle était vraiment, de sorte que la question restait fondamentalement non résolue, mais c’était toujours mieux que d’être aspiré dans quelque chose de gênant la veille d’un examen de rattrapage.

Arrivé à l’entrée du centre commercial, il avait regardé en arrière une fois de plus pour s’assurer que la fille ne le suivait pas. La scène qui était apparue devant ses yeux l’avait surpris.

Deux garçons qu’il ne connaissait pas se tenaient ensemble devant la fille à l’étui de guitare de tout à l’heure, obstruant son chemin.

Ils avaient l’air d’avoir plus ou moins vingt ans. Ils avaient de longs cheveux teints de façon extravagante et des costumes noirs de style gigolo qui ne leur convenaient pas très bien. Ils semblaient être des hommes frivoles et il était facile à comprendre leurs intentions.

« ... Hé, toi là, bébé. Qu’est-ce qui ne va pas ? La chasse aux mecs n’a pas marché ? »

« Si tu t’ennuies, pourquoi ne pas venir jouer avec nous ? On vient d’être payé, donc on est plein aux as... »

Il avait entendu des bribes de conversation venant des voix d’hommes. Ils semblaient draguer la fille dont il s’était éloigné.

La jeune fille scruta les hommes avec une attitude froide, mais cela ne semblait que rendre l’atmosphère plus tumultueuse. L’un des hommes lui avait alors crié dessus d’une voix rude. Kojou avait vu la fille répondre avec une expression tranchante.

« ... Les gars, un peu vieux pour poser un doigt sur une lycéenne, n’est-ce pas ? »

La couleur s’était estompée du visage de Kojou. Il savait qu’il devrait laisser faire, mais la jeune fille connaissait l’existence du Quatrième Primogéniteur et l’avait suivi partout. Si, par hasard, cela devenait un problème d’application de la loi, il n’y avait aucune garantie que cela ne mènerait pas directement jusqu’à Kojou.

Et Kojou avait une autre raison de s’inquiéter : les bracelets métalliques autour des poignets des deux hommes. Il s’agissait d’Identificateur Démoniaque, avec des biocapteurs, des capteurs magiques, des transmetteurs, etc. à l’intérieur. Ceux qui les portaient n’étaient pas humains. Ils étaient des citoyens spéciaux enregistrés du Sanctuaire des Démons. En d’autres termes, des inhumains. Les « monstres »... c’est comme ça qu’on les appelait parfois.

Ce n’était pas souvent que les démons enregistrés portant un bracelet causaient du tort aux êtres humains. S’il le faisait, les agents du Contre-Démon de la Garde de l’île les auraient poursuivis en force. Par conséquent, la jeune fille n’était pas en danger immédiat.

Le problème était qu’il était possible que le fait qu’il soit le Quatrième Primogéniteur puisse glisser hors des lèvres de la jeune fille.

Si cela se produisait, le nom de Kojou Akatsuki serait sur toutes les lèvres des démons en un rien de temps. Et bien sûr, il y aurait sans doute ceux qui voulaient faire de Kojou un allié, ceux qui voulaient l’utiliser comme cobaye, et peut-être même ceux qui voulaient le tuer pour augmenter leur notoriété. De toute façon, ça annoncerait la fin de la vie paisible de Kojou. Il devait arranger les choses avant que ça n’arrive.

Avec un profond soupir, Kojou avait commencé à courir vers la fille à l’étui à guitare.

L’instant d’après, la jupe de l’uniforme de la fille avait été soulevée.

L’un des hommes, après avoir retourné la jupe de la fille, avait craché une remarque insouciante qui ressemblait à « Eh bien, n’es-tu pas un peu hautaine ? »  Kojou se raidit involontairement, les couleurs pastel à carreaux qui étaient apparues remplissant son champ de vision. Puis...

« Petit Tonnerre ! »

Les beaux sourcils de la jeune fille s’étaient plissés, elle avait chanté un sort, et à l’instant d’après, le corps de l’homme qui avait posé sa main sur sa jupe avait été soufflé avec assez de force pour faire basculer un camion.

***

Partie 3

Probablement une frappe à paume ouverte, pensa-t-il.

Mais quoi qu’il se soit réellement passé, il n’y avait aucune possibilité pour Kojou d’en avoir une compréhension exacte. Ce qu’il avait compris, c’est qu’en un seul coup, les bras de la petite fille avaient envoyé au loin un homme adulte.

Il n’avait senti aucun flux de magie. Il n’avait pas senti les actes des esprits. Parmi les possibilités restantes, une sorte de qi gong ou peut-être art arcanique. Quoi qu’il en soit, il n’y avait aucun doute que la jeune fille possédait de bonnes capacités.

Kojou avait supposé que la jeune fille pourrait être beaucoup plus âgée qu’elle n’en avait l’air, mais il s’était immédiatement corrigé : non, c’est impossible. Il n’y a pas... il ne peut pas..., aucune espèce à longue durée de vie ne porterait de jolies et mignonnes culottes comme ça.

L’homme qui avait été emporté semblait être une sorte d’anthropomorphe, en d’autres termes, un loup-garou ou l’un de ses proches cousins. Bien qu’il ne semble pas si puissant, sa force physique et sa robustesse surpassaient de loin celles d’un être humain. Pourtant, le fait de recevoir un seul coup de la part d’une fille délicate l’avait envoyé se fracasser contre un mur, d’où il ne bougeait pas.

« Cette gamine est une Mage d’Attaque... !? » L’autre homme avait été en état de choc, et avait finalement crié une fois qu’il avait retrouvé ses sens.

Un Mage d’Attaque Neutralisateur de Démon était un terme fourre-tout pour les êtres humains qui possédaient diverses compétences, telles que la sorcellerie et le pouvoir spirituel, pour s’opposer aux êtres démoniaques. Qu’ils soient employés par des armées, des unités de police du S.W.A.T., des sociétés privées de sécurité ou d’autres organisations, ils appartenaient à de nombreux groupes, et les compétences qu’ils utilisaient étaient présentes dans de nombreuses variétés, mais quoi qu’il en soit, il n’y avait aucun doute qu’ils étaient les pires ennemis des êtres démoniaques. Ce n’était pas qu’un petit nombre de Mages d’Attaque qui gagnait leur vie exclusivement en tant que chasseurs de démons, en agissant comme des assassins.

Bien sûr, dans le Sanctuaire des Démons de la Ville d’Itogami, les activités des Mages d’Attaque étaient aussi strictement réglementées que celles des démons. Au moins, on ne se ferait pas attaquer pour avoir parlé à une fille sur le bord de la route.

Mais, l’homme était sûrement perturbé parce que c’était arrivé si soudainement.

Son expression était tordue par la peur et la colère, et sa vraie nature démoniaque s’affirmait. Yeux pourpres. Et... des crocs.

« Un type D... ! » murmura Kojou.

L’expression de la fille était devenue sinistre. Parmi les différents types de vampires, le type D désignait ceux qui revendiquaient le « seigneur de guerre perdu » comme Primogéniteur, qui était issu principalement en Europe. Ils se trouvaient être les vampires qui correspondaient le mieux aux perceptions communes des êtres humains au sujet des vampires.

Qu’est-ce que tu vas faire ? se demandait Kojou, déconcerté.

Si vous aviez des pensées normales, alors vous devriez aller sauver une fille attaquée par un vampire, mais il semblait que cette fille n’était pas une lycéenne ordinaire.

Pour commencer, la jeune fille suivait Kojou partout. Au pire, elle était l’ennemie de Kojou. Les chances qu’une Mage d’Attaque ciblerait Kojou n’étaient certainement pas nulles.

Mais même ainsi, il ne pouvait pas laisser aller cette situation.

Son adversaire n’était pas un démon ordinaire. C’était un vampire. Peu importe à quel point elle était une Mage d’attaque, il ne pensait pas qu’elle pouvait vaincre un vampire toute seule.

Même si cela se déroulait avant le coucher du soleil, les vampires possédaient des pouvoirs physiques qui dépassaient de loin le bon sens et résistaient aussi à la magie. Et ils avaient des capacités de régénération incroyables. De plus, ils avaient un autre atout à jouer, adapté à ceux qu’on appelle les Seigneurs du monde démoniaque.

« ... Shakti ! Sors de là ! » cria l’homme vampire, un instant plus tard, et quelque chose avait jailli de sa jambe gauche.

Cela ressemblait à du sang frais, mais ce n’était pas du tout du sang. C’était du feu noir, scintillant comme le yin et le yang.

De ce feu noir émergea finalement la forme déformée d’un cheval.

Son hennissement aigu avait fait trembler l’air, les flammes qui l’enveloppaient avaient brûlé l’asphalte.

« Vous employez un Vassal Bestial au milieu d’une ville... ! » cria la fille avec une expression de colère.

Le bracelet que l’homme portait à la main gauche, après avoir détecté une magie offensive, avait commencé à émettre une alarme sonore. Une sirène avait retenti, exhortant les personnes du centre commercial à évacuer.

Un Vassal Bestial. Oui, le monstre que l’homme avait convoqué était un familier appelé Vassal Bestial.

L’existence des Vassaux Bestiales était la raison même pour laquelle les Mages d’Attaque craignaient les vampires.

Il y avait de nombreuses races de démons qui égalaient les vampires en force brute, en agilité et en pouvoirs spéciaux innés. Malgré cela, pourquoi craignait-on seulement les vampires en tant que seigneurs du monde démoniaque... ?

La réponse était les Vassaux Bestiales.

Les Vassaux Bestiales possédaient une variété de formes et de capacités. Cependant, même les moins puissants d’entre eux avaient largement surpassé la force de combat d’un hélicoptère d’attaque ou d’un char d’assaut lourd à la fine pointe de la technologie. On disait que les Vassaux Bestiales employés par les « Anciens » étaient capables de souffler des villes entiers.

Naturellement, le Vassal Bestial du jeune homme n’était pas capable de faire ça. Cependant, il ne faisait aucun doute que le cheval fantôme incandescent pourrait faire assez de dégâts en courant simplement pour mettre le feu à tout le centre commercial.

Il s’était retourné et avait lâché une dangereuse bête appelée comme ça contre une fille toute seule.

Il était sûr que l’homme qui se prenait pour un seigneur n’avait jamais utilisé un Vassal Bestial sur un humain à l’extérieur d’un laboratoire. Son expression était saisie par la peur, et la tension du feed-back magique apparemment lourd.

Le Vassal Bestial qu’il avait libéré le laissait dans un état de quasi-folie, fauchant les arbres le long de la rue et faisant fondre les lampadaires en métal. Il s’agissait littéralement d’une masse d’énergie destructrice avec un esprit propre. Il était certain qu’un seul jet de flamme transformerait le corps d’un être humain en cendres en un instant.

Malgré cela, le visage de la jeune fille ne montrait aucun signe de peur.

« Sekkarou... ! »

La fille avait sorti quelque chose de l’étui à guitare qui était encore sur son dos.

Ce n’était pas un instrument de musique, mais une lance en argent avec un éclat glacé.

En un instant, le manche de la lance s’était étiré, et en même temps, la lame principale qui semblait être stockée à l’intérieur s’était épanouie. Des lames latérales s’étendaient vers la gauche et la droite de la lame principale comme les ailes d’un avion de combat à géométrie variable. Son apparence était celle d’une arme raffinée par les temps modernes.

Mais il n’y avait aucun doute que c’était une arme pour effectuer des charges primitives. Il ne pensait pas qu’il pouvait s’opposer au Vassal Bestial qui diffusait d’énormes flammes. En effet, il doutait qu’une fille de si petite taille puisse même frapper avec une telle chose. Cependant, les yeux vifs de la jeune fille fixèrent froidement le Vassal Bestial alors qu’elle avançait près de lui.

Wwwfff. Une expiration silencieuse s’était échappée des lèvres de la fille.

La jeune fille semblait facilement contrôler la belle lance de près de deux mètres de long, la poussant vers le cheval fantomatique flamboyant qui courait comme un fou. Cependant, le cheval fantôme n’avait pas arrêté sa charge.

Le Vassal Bestial d’un vampire était une masse sensible de pouvoir magique si ultradense qu’elle prenait une forme physique. En d’autres termes, il s’agissait de magie pure. Une fois libéré, il n’y avait aucune chance d’arrêter un Vassal Bestial si ce n’était en l’écrasant avec une force magique encore plus puissante.

Pour la fille, le fait d’attaquer serait équivalent à faire face avec sa seule lance à un débordement de lave.

L’homme s’était mis à rire parce qu’il savait déjà tout ça. Ce n’était pas un rire confiant quant à la victoire. C’était un simple rire de soulagement. Il avait simplement peur d’elle. Il avait peur de la fille inconnue qui était une Mage d’Attaque et qui avait mis à terre son ami d’un seul coup...

Mais, en un seul instant, le rire de soulagement de l’homme fut empli par la peur.

« Qu... !? »

Car il avait vu que son Vassal Bestial s’était arrêté, empalé par la lance d’argent.

La jeune fille avait enfoncé sa lance sans dire un mot en un éclair. Le corps géant du cheval fantôme s’était alors déformé, puis il s’était déchiré et il avait disparu sans laisser de trace.

Cela avait été aussi rapide que d’éteindre la flamme d’une bougie. La silhouette du Vassal Bestial avait complètement disparu. Il ne restait plus que l’asphalte brûlé.

« I... Impossible ! Anéantir mon Vassal Bestial en un seul coup !? » s’écria l’homme.

L’homme avait eu un frisson très retardé face à la perte de son familier. Cependant, l’expression de la jeune fille était restée avec une grimace.

Elle avait regardé l’homme avec des yeux remplis de colère, avait posé sa lance puis elle avait chargé la silhouette à terre et paralysé de l’homme. Et, au moment où la lance d’argent était sur le point d’empaler le cœur de l’homme...

« Ola ! »

La pointe de la lance avait soudainement été déviée, changeant de cap.

« Hein !? » Les yeux de la jeune fille, débordants de rage froide, s’étaient écarquillé en raison de la surprise.

C’était Kojou qui se tenait là à côté d’elle.

Kojou avait sauté depuis là ou il se trouvait avant de frapper la lance, la déviant juste à temps. Il avait ainsi arrêté l’attaque de la jeune fille. Il n’avait pas voulu s’impliquer dans un combat entre un vampire et une Mage d’Attaque, mais il ne pouvait pas se contenter de rester en arrière quand une vie allait être prise. Il était certain que le vampire ne voulait pas mourir en étant empalé juste parce qu’il avait fait une tentative de flirt ratée auprès d’une lycéenne.

« Kojou Akatsuki !? Vous avez arrêté Sekkarou à main nue... ! »

La fille Mage d’Attaque avait sauté en arrière en affichant une expression choquée. Tandis qu’elle mettait une certaine distance entre eux, se méfiant de l’apparition soudaine de Kojou, elle avait atterri sur le toit d’un fourgon garé à proximité.

« Hé, toi. Attrape ton ami et casse-toi d’ici, » cria Kojou d’un ton agité à l’homme, toujours au sol et se trouvant derrière lui. « Et apprends déjà ta leçon. Ne drague plus jamais des lycéennes. Et n’utilise pas non plus les Vassaux Bestiales de manière irresponsable ! »

« O... oui.. D-Désolé... Je t’en dois une ! » répondit l’homme.

L’homme hocha la tête, le visage pâle, puis il emporta le corps inconscient de son ami. La fille les avait regardés avec des yeux hostiles.

Kojou avait alors fait un soupir exaspéré. « Vous aussi... Je ne sais pas ce que vous vouliez faire, mais c’est beaucoup trop. Laissez tomber, c’est tout. »

Lorsqu’elle entendit les paroles apparemment fatiguées de Kojou, les épaules de la jeune fille tremblèrent de surprise. Toujours sur ses gardes avec sa lance pointée vers lui, elle avait fait à Kojou un regard maussade.

Puis elle avait parlé sur un ton grincheux. « Pourquoi avez-vous interféré ? »

L’expression de Kojou était devenue encore plus fatiguée. « “Interfèrer”, hein ? Je pense qu’il est normal d’arrêter un combat qui se déroule devant vous. Et d’ailleurs, comment connaissez-vous mon nom ? »

« ... Se transformer en un démon dans un lieu public, et en outre, utiliser un Vassal Bestial dans une zone urbaine sont des violations flagrantes du Traité de la Terre Sainte. Personne ne remettrait en question mes actes même s’ils étaient tués, » déclara la fille.

« Même si vous dites ça, n’est-ce pas vous qui avez frappé la première ? » demanda-t-il.

« Ce n’est pas…, » la jeune fille se tut à mi-chemin comme si elle réfléchissait calmement à la question. Elle semblait se rappeler comment la dispute avec les hommes avait commencé.

Tu saisis maintenant ? pensa Kojou, en fixant la fille d’un regard fort.

« Je ne sais pas qui vous êtes, mais agiter cette chose et essayer de tuer des personnes, car votre culotte a été un peu visible, c’est un peu trop. Ce n’est pas parce que les démons sont concernés que..., » alors qu’il déclarait ça, Kojou s’était rendu compte qu’il avait fait une erreur.

La fille s’était remise mise en position avec la lance d’argent alors qu’elle regardait Kojou avec un visage dégoûté. « Par hasard, l’avez-vous vue ? »

« Ah, euh, c’est…, » les lèvres de Kojou tâtonnaient pour trouver une excuse.

Elle pensait sûrement que c’était un type qui avait abandonné une fille qui se faisait draguer, mais aussi qu’il avait sauvé arbitrairement des démons en train de devenir fou furieux dans une zone urbaine. Et comme c’était en fait le cas, tout ce qu’il pouvait faire était d’essayer de l’expliquer.

« Hé, franchement, ce n’est pas quelque chose sur quoi il faudrait s’énerver. Ce n’est pas comme si j’étais intéressé par les sous-vêtements d’une lycéenne. Et même s’ils étaient plutôt mignons... ce n’est pas comme si le fait de les voir devrait vous faire perdre votre calme. J’ai…, » déclara-t-il.

« ... »

Tandis qu’elle regardait Kojou faire excuse après excuse, la jeune fille avait poussé un profond soupir. Cependant, le regard méprisant qu’elle faisait vers Kojou était resté. Et cet instant, comme si le destin avait choisi de jouer un petit tour, le vent fort caractéristique des îles isolées avait soufflé à travers le centre commercial en bord de mer.

Alors qu’elle se tenait sur le toit du véhicule, la jupe de la jeune fille se souleva par hasard, permettant ainsi de clairement voir ce qui se trouvait.

Les mouvements de Kojou s’étaient alors arrêtés. Son regard avait été aspiré inconsciemment, le laissant incapable du moindre geste.

Un silence oppressant était tombé sur les lieux.

« Pourquoi les regardez-vous à nouveau ? » demanda la jeune fille, en gardant sa lance en position avec ses deux mains.

Sa voix avait finalement permis à Kojou, complètement gelé, de retrouver ses sens.

« Euh, attendez. Vous ne pouvez pas m’en vouloir pour ça. Tout cela est arrivé parce que vous vous tenez dans un endroit comme ça…, » répliqua Kojou.

« ... C’est bon. » La jeune fille avait dit cela d’une voix mesurée, regardant froidement un Kojou agité.

Elle avait arrêté de se tenir dans sa posture défensive, puis elle avait fait rétrécir sa lance allongée jusqu’à la ramené une fois de plus à la taille d’une guitare. Après ça, la fille l’avait replacée à l’intérieur de l’étui à guitare qu’elle avait fait tombée au sol sans bruit.

« Ah, attendez..., » comme elle était en train de partir sans dire un mot, Kojou avait réussi d’une manière ou d’une autre à l’appeler.

« Pervers, » la jeune fille avait jeté un coup d’œil à Kojou, laissant ce mot derrière elle, et cette fois-ci, elle avait tourné le dos à Kojou, s’enfuyant rapidement.

« ... »

Pff. Ayant été laissé seul, Kojou avait placé ses mains dans les poches de son parka et s’était appuyé contre un mur voisin, en expirant avec force.

Il sentait qu’il avait été arbitrairement et sévèrement jugé, mais pour une raison inconnue, il ne se sentait pas en colère contre la fille.

C’était probablement parce que le visage de la jeune fille était rouge comme une betterave juste avant qu’elle ne s’enfuie.

Aussi calme qu’elle prétende être, elle n’est encore qu’une enfant, pensa-t-il.

Ayant détecté le pouvoir magique d’un Vassal Bestial, la Garde de l’île serait sûrement là en un rien de temps. Il s’agissait d’agents anti-démon armés chargés de maintenir l’ordre public sur l’île. Même s’il se sentait un peu coupable, rester ici plus longtemps n’apporterait que des ennuis.

« Hmm... ? »

Ses sourcils s’étaient plissés alors qu’il remarquait tardivement quelque chose qui était tombé dans la rue.

Il s’agissait d’un simple portefeuille, avec une bordure rouge autour d’un fond blanc.

Il avait été divisé en deux parties, l’une pour les billets et l’autre pour la petite monnaie. Le côté billet contenait plusieurs billets de mille yens et un billet de dix mille yens. C’était une somme d’argent suffisante pour rendre Kojou jaloux, mais pas assez pour étourdir les yeux de qui que ce soit.

Le détenteur du portefeuille n’avait qu’une seule carte de crédit et une carte d’étudiant qui y était insérée.

La carte d’étudiant possédait une photo d’une jeune fille au visage souriant maladroitement, et un nom inscrit dessus, Yukina Himeragi.

***

Partie 4

Finalement, le soleil s’était couché et la nuit s’était faite profonde. Et le matin s’approchait petit à petit.

La cloche avait continué à sonner. La cloche qu’il semblait s’entendre de loin dans le passé.

Le quatrième Primogéniteur rêvait.

La lune qui était figée dans le ciel brisé était d’une couleur pourpre. Le ciel était aussi illuminé par la lune. Les flammes au sol enveloppaient le vieux château et elles aussi brillaient aussi d’une couleur pourpre. Une petite ombre se tenait face à ce ciel pourpre.

L’ombre avait des cheveux aussi écarlates que les flammes qui déferlaient en bas de ses épaules et des yeux rouges flamboyants.

La victoire est à toi, l’ombre annonça ça. Des crocs blancs trempés de sang sortaient de ses lèvres.

J’accomplirai ma promesse, l’ombre annonça ça. J’exaucerai ton vœu.

Maintenant, c’est à ton tour, l’ombre déclara ça en le regardant. Ses yeux étaient mouillés. Ses yeux cramoisis et lumineux étaient mouillés de larmes.

C’était un cauchemar qu’il avait déjà vu plusieurs fois.

Kojou Akatsuki avait en plein dans un rêve.

Il avait passé la nuit dans un sommeil superficiel. Et le matin arriva.

La cloche avait continué à sonner à ses oreilles.

La cloche temporelle d’un réveil anachronique.

Avec un soupir d’angoisse, Kojou Akatsuki tâtonna sur sa table de chevet, faisant taire l’horloge.

Et alors qu’il se replaçait confortablement dans son lit, sur le point de retrouver un sommeil paisible...

« Kojou, réveille-toi. C’est le matin. Tu as mis ton réveil parce que tu as un autre examen de rattrapage, n’est-ce pas ? J’ai fait le petit-déjeuner, alors mange-le rapidement ! Et la lessive n’est pas terminée. Ton futon est tout en sueur, alors bouge-toi de là. »

Le babillage rapide avait été ponctué par le vol de son drap, et Kojou, à bout de force, était sorti du lit étroit. Tandis qu’il levait les yeux sans se concentrer, se tenait là la forme familière de sa petite sœur.

C’était une fille expressive aux grands yeux impressionnants.

La façon dont elle coiffait ses cheveux donnait l’impression que ses longs cheveux s’arrêtaient soudainement, ce qui faisait qu’elle semblait avoir une coupe courte si vous ne jetiez qu’un coup d’œil.

Bien que son apparence et son physique lui aient donné une impression un peu enfantine, elle n’était sûrement pas si loin de la moyenne pour une collégienne. Ce matin, elle portait des vêtements décontractés — un pantalon court et un débardeur — avec un tablier orange sur le dessus.

Tout en regardant son frère aîné, qui n’avait pas bougé depuis qu’il était tombé par terre, Nagisa avait mis ses mains sur ses hanches en raison de l’exaspération.

« Réveille-toi, maintenant. Manques-tu toujours de sommeil ? As-tu étudié pour ton test jusqu’à l’aube ? Tu ne devrais pas causer autant d’ennuis à Mademoiselle Minamiya. Ne néglige pas les leçons supplémentaires. Si je vois ton nom affiché de nouveau sur le panneau d’affichage de la salle du personnel, ce serait tellement embarrassant ! Et je t’ai dit que quand tu enlèves ton pantalon d’uniforme tu dois le mettre sur un cintre ! »

Pendant que Kojou écoutait les plaintes incessantes de sa petite sœur, il s’était levé paresseusement.

Il était peut-être partial dans sa pensée, mais Nagisa était une petite sœur capable. Son apparence était tout à fait adorable, et ses notes étaient également bonnes. Elle était douée pour toutes sortes de travaux ménagers.

Mais bien sûr, il y avait des défauts. L’une était qu’elle était un monstre de propreté jusqu’au point de tombée malade, un démon de l’élimination. L’autre était l’avalanche de mots qui sortait tout le temps de sa bouche.

Quoi qu’il en soit, Nagisa parlait beaucoup. Ce n’était pas qu’elle le faisait avec tout le monde, mais contre une famille au cœur indulgent, elle n’avait montré aucune pitié. Il ne sentait pas qu’il pouvait gagner une dispute verbale avec elle, au grand jamais.

La seule grâce salvatrice était due à la personnalité sans ruse de Nagisa, elle avait rarement une mauvaise parole pour parler des autres, mais quand elle était en colère, c’était assez terrifiant. Au collège, lorsqu’Yaze l’avait laissée voir par inadvertance qu’il avait une vidéo porno sur lui en venant jouer, Nagisa lui avait donné assez de coups dans sa rage pour le rendre gynophobe pendant un certain temps.

Tandis que Kojou se souvenait de cela, il regarda distraitement par la fenêtre...

« – Hey, Kojou-kun, tu m’écoutes ?!! » Nagisa s’était mise à crier rapidement.

Kojou se dépêchait de corriger sa posture. « Ouais, désolé. Qu’est-ce que tu as dit ? »

« Bon sang... ! J’ai dit, un étudiant transféré, » répondit-elle

Nagisa avait pincé ses lèvres, peut-être par dépit du fait que son frère aîné n’avait pas entendu son histoire.

« ... Un étudiant transféré ? » demanda-t-il.

Elle avait alors répondu. « Ouais. Notre classe a reçu un étudiant transféré depuis le début des vacances d’été. Une fille. Hier, Mme Sasasaki l’a présentée lorsque je suis allée à l’école pour les activités du club. Elle est venue pour les formalités avant d’être transférée. C’est ce que m’a dit Mme Sasasaki. C’est une fille très mignonne. Je pense que très bientôt, il y aura certainement des rumeurs à son sujet même au lycée. »

« Huhhhh... »

Kojou l’avait ignoré d’un haussement d’épaules. Aussi mignonne qu’elle fût, elle était au collège. Et la camarade de classe de sa petite sœur. C’était totalement en dehors du champ d’intérêt de Kojou. Cependant...

« Hé, Kojou. As-tu fait quelque chose à cette étudiante transférée ? » demanda-t-elle.

« Hein ? Pourquoi demandes-tu ça ? » demanda Kojou avec incrédulité à la question soudaine de Nagisa.

Qu’aurait-il pu faire à une élève transférée avant même qu’elle ne soit transférée ? Cependant, Nagisa semblait mécontente d’une manière ou d’une autre, regardant son frère aîné avec une expression sérieuse...

« Je te demande ça, car elle a posé des questions sur toi. Une fois que je me suis présentée, elle m’a demandé si j’avais un frère aîné. Quel genre de personne tu es, et tout ça, » déclara Nagisa.

« ... Pourquoi ? » demanda-t-il.

« C’est ce que je veux savoir. J’étais sûre qu’elle avait déjà dû te rencontrer quelque part avant..., » répondit Nagisa.

« Non, je ne crois pas avoir de jeunes dans mes connaissances, mais..., » commença Kojou.

Kojou croisa les bras et s’enfonça dans la pensée. Il avait eu une prémonition vaguement désagréable.

« Alors, qu’est-ce que tu lui as dite ? » demanda-t-il.

« J’ai bien expliqué les choses, certaines vraies et d’autres pas, » répondit-elle.

« Quoi ?! » s’écria Kojou.

« Je plaisante, je n’ai dit que la vérité. Comme la ville dans laquelle nous vivions avant de déménager ici, tes notes scolaires, les aliments que tu aimes, les idoles de l’héliogravure que tu aimes, de Yazecchi et Asagi-chan, et puis tes grandes histoires de chagrin d’amour du collège..., » continua Nagisa.

« Pourquoi as-tu dit tout ça à quelqu’un que tu venais de rencontrer ? » demanda Kojou.

« Euh, eh bien, car elle est mignonne, » répondit Nagisa.

Nagisa l’avait dit sur un ton qui ne semblait pas indiqué qu’elle s’excusait. C’était la réponse qu’il attendait. Même dans des circonstances normales, Nagisa était tentée de parler à qui de quoi que ce soit, ce qui rendait la protection des secrets presque impossible. Son habitude de dire exactement ce qu’elle voulait dire, et sa difficulté à ne pas le faire était aussi sa personnalité.

« Kojou-kun, une fille qui s’intéresse à toi est une opportunité si rare. Je pensais être aussi utile que possible, » déclara Nagisa.

« Menteuse... tu voulais juste lui parler, n’est-ce pas ? » demanda Kojou.

Kojou avait exhalé son attitude enflammée et d’oubli. À ce moment-là, une pensée inquiétante flotta dans un coin de sa tête, privée de sommeil et fonctionnant lentement. Bien qu’il n’ait pas dit qu’elle était une connaissance, même par erreur, un seul et unique nom lui est venu à l’esprit : celui d’un certain lycéen qui pourrait s’intéresser à Kojou.

« Attends un peu. Quel est le nom de l’étudiante transférée ? » demanda Kojou.

« Son nom de famille est un peu bizarre. Euh... C’est vrai, il y avait un flutter, comme le nom d’une reine, » répondit-elle.

« “Flutter” ? Himeragi, par hasard ? » demanda amèrement Kojou, sa prémonition de mauvais augure s’amplifiant de plus en plus. L’expression de Nagisa s’était éclaircie.

« Ah oui, c’est ça ! Yukina Himeragi-chan, » répondit Nagisa.

« ... Elle est... l’étudiante transférée... ?!! » s’écria Kojou.

« C’est exact. Donc tu la connais vraiment, non ? Hey, hey, hey, comment la connais-tu ? Explique-moi ça ! Hé, Kojou... ! » demanda Nagisa.

Nagisa avait continué à crier quelque chose, mais Kojou n’écoutait pas.

Il ne pensait qu’à la fille utilisant une lance qui l’avait suivi partout et anéantit finalement un Vassal Bestial d’un vampire d’un seul coup.

Elle avait donc été transférée dans la même classe que la petite sœur de Kojou. Mais pourquoi ? Dans quel but ? De telles pensées torturantes avaient fait jaillir une sueur désagréable, trempant tout le corps de Kojou.

Quelque part sur le chemin, la somnolence de Kojou avait complètement disparu.

***

Partie 5

Natsuki Minamiya était un professeur d’anglais de l’Académie Saikai.

Elle prétendait avoir vingt-six ans, mais en fait, elle avait l’air beaucoup plus jeune que cela, assez pour que les termes « belle jeune fille » et « belle enfant » lui conviennent mieux qu’une « belle femme ».

Les courbes de son visage et la forme de son corps étaient toutes les deux du côté des petites choses, presque comme ceux d’une poupée.

D’autre part, peut-être qu’elle avait hérité du sang noble venant de quelque part dans le monde, car elle était étrangement digne et charismatique. Grâce à cela, elle était une enseignante très compétente, qui jouissait également d’une grande estime parmi les élèves.

« Euh... N’as-tu pas chaud, Natsuki ? » demanda Kojou, alors que son uniforme légèrement défait s’était détrempé au milieu de la chaleur oppressante et étouffante. Kojou était le seul étudiant dans la salle de classe pour l’examen de rattrapage. Et bien sûr, ils n’avaient pas permis l’utilisation d’une invention civilisée telle que la climatisation.

Dans ce décor infernal empli des rayons du soleil de midi et d’un vent chaud incessant soufflant par la fenêtre, Kojou traduisait le texte anglais suspect « Researching the Shape of Mythology in Post-Primitive Man » sous la supervision d’un professeur qui avait l’air plus jeune que lui. Il ne s’agissait plus d’un examen, mais plutôt de la discipline ou de la torture.

« Je te l’ai déjà dit. Ne t’adresse pas à ton professeur par son prénom, » répliqua Natsuki.

Il entendit la voix hautaine de Natsuki depuis le centre de l’estrade alors qu’elle était assise sur la luxueuse chaise recouverte de velours, qu’elle avait apportée de quelque part, tout en buvant du thé noir bien chaud.

Elle portait une robe de dentelle massive, noire, d’une seule pièce. À l’exception des volants aux poignets et à l’avant du cou, ses proportions de hanches étaient affichées à l’aide d’un corset lacé. Pour les lolis gothiques, c’était plutôt du haut de gamme, mais cela ne l’avait pas rendu moins étouffant dans cette chaleur. Cependant, alors que Natsuki s’était éventée avec élégance avec un éventail en dentelle noire...

« Ce niveau de chaleur n’est rien comparé au début de l’été, » déclara-t-elle.

« Euh... Il fait chaud où je suis assis, » répondit-il.

Je ne comprends pas, pensa Kojou, en posant son menton sur ses paumes.

C’était le plus grand défaut de ce professeur charismatique, Natsuki Minamiya. Son sens de la mode avait un manque absolu de considération de la météo et du lieu. Le port par Natsuki d’une robe étouffante dans cette chaleur, sur une île artificielle sous les tropiques, était en soi une violence à ses yeux. Ce n’est pas que ça ne lui allait pas bien...

« Et qu’est-ce que tu bois là-bas, toute seule ? » demanda-t-il.

« Ah oui. J’ai essayé d’ajouter une saveur légère à base de bonbons de Ceylan en utilisant des herbes, et aussi, juste la bonne quantité d’eau-de-vie pour faire ressortir le goût du thé noir, » expliqua-t-elle.

« Je ne suis pas sûr que tu devrais agiter l’odeur d’alcool devant un élève qui suit des cours supplémentaires, mais... puis-je y aller maintenant ? » demanda-t-il.

« Comme si je pouvais superviser des tests pendant les vacances d’été sans boire un verre. Je vais vérifier tout ça, alors attend un peu, » répondit-elle.

Alors que l’odeur de l’alcool de l’occident flottait dans l’air, Natsuki ramassa avec ses doigts la feuille de réponses du test supplémentaire, que Kojou avait réussi à finir d’écrire. Elle avait barré plusieurs erreurs avec un stylo rouge.

« Hmph. Eh bien, très bien. Assure-toi de réussir le reste des examens de rattrapage, » déclara-t-elle.

« Bien sûr que oui, » alors que Kojou l’avait dit d’une voix sans enthousiasme, il avait commencé à mettre en ordre ses affaires sur le dessus de la table. Natsuki avait observé cela en silence pendant un moment, en inclinant sa tasse de thé, mais...

« Ah, Akatsuki. Apparemment, un vampire idiot a lâché un Vassal Bestial dans un centre commercial sur l’Île Ouest hier. Sais-tu quelque chose à ce sujet ? » demanda-t-elle.

« Hein ? » s’exclama-t-il.

La question abrupte de son professeur de classe avait provoqué l’arrêt spontané des mouvements de Kojou.

Le centre commercial de l’Ouest. Vassal Bestial. Vampire. Bien sûr qu’il le savait, mais il ne pouvait pas en parler à Natsuki. Après tout, Yukina Himeragi était mêlée à l’incident de la veille.

Si, par hasard, on l’interrogeait comme témoin de l’incident, ce serait très gênant pour Kojou. Après tout, aucun vampire tel que le Quatrième Primogéniteur n’existait ici à la Cité d’Itogami. En d’autres termes, Kojou était un démon non enregistré. Il serait exceptionnellement gênant que sa vraie nature soit exposée à la garde de l’île.

Kojou secoua la tête comme si son cou était un engrenage rouillé. Natsuki a fait un Hmm, en expirant.

« Je vois. Très bien, alors. J’étais inquiète que cela puisse être une certaine Mage d’Attaque qui connaît ta vraie nature et qui t’a rencontré puis qui est entrée en conflit avec un vampire errant tout en te suivant partout. » Elle l’avait dit comme si elle avait tout vu.

Face à la description trop précise de Natsuki, Kojou avait fait un sourire nerveux. « Hahahaha... Il n’y a pas moyen que cela arrive... »

« Sûrement pas. C’est très bien. Fais-moi savoir si tu remarques quelque chose, » déclara Natsuki.

En disant cela, Natsuki s’était retirée de l’affaire étonnamment facilement. Kojou poussa un soupir de soulagement. Bien que son ton arrogant la rendait difficile à comprendre, le fait qu’elle disait qu’elle s’inquiétait pour Kojou était probablement la vérité.

Natsuki Minamiya, professeur d’anglais, portait également le titre de Mage d’Attaque Neutralisateur de Démon.

Les établissements d’enseignement du Sanctuaire des Démons étaient obligés en raison de certains traités d’employer un certain pourcentage d’enseignants titulaires d’une licence d’Agent National des Neutralisateurs de Démon, Natsuki était l’un d’entre eux. De plus, elle était une ancienne combattante. Elle était une mage d’attaque professionnelle très active, servant aussi comme instructeur pour la garde de l’île.

Et elle était l’une des rares personnes qui savaient que Kojou était le Quatrième Primogéniteur. Le fait que Kojou puisse aller à l’école comme une personne ordinaire, malgré le fait qu’il soit le vampire le plus puissant du monde, était dû aux machinations de Natsuki.

C’est pourquoi Kojou ne pouvait pas regarder Natsuki dans les yeux. De temps en temps, Natsuki demandait à Kojou de l’assister dans son travail, mais il ne pouvait qu’accepter cela comme le destin et passer à autre chose.

« Ah, maintenant que j’y pense, il y a quelque chose que je voulais te demander. » Soudain, Kojou se souleva la tête. Natsuki le regarda d’un air lugubre.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda-t-elle.

« L’Organisation du Roi Lion... Connais-tu cela ? » demanda-t-il.

Natsuki avait été silencieuse face à la question de Kojou, une expression claire du mécontentement était devenue apparente.

« Comment connais-tu ce nom ? » demanda-t-elle.

« Euh, ce n’est pas que je le connais, c’est juste arrivé à mes oreilles, » répondit-il.

« Oh ho. Ça me donne vraiment envie de te donner des détails. Cela a été dit devant ces oreilles-là ? » Pendant que Natsuki parlait, elle tirait sur les oreilles de Kojou sans retenue.

« ... Es-tu, euh, en colère à propos de quelque chose ? » demanda Kojou après avoir crié en raison des actes de Natsuki.

« Je suis juste un peu ennuyée d’entendre un nom désagréable. Après tout, c’est la concurrence, » déclara-t-elle.

Kojou expirait grossièrement quand Natsuki l’avait laissé partir. Alors que Kojou pressait sur ses lobes d’oreilles étirés...

« Concurrence... en tant que NND nationales, n’est-ce pas ce que tu veux dire ? » demanda-t-il.

Natsuki avait donné à Kojou un avertissement visuel pendant qu’elle le regardait.

« Ils viendront pour tuer avec sérieux, même contre un Primogéniteur. C’est pour ça qu’ils sont faits, après tout. Veille à ne pas approcher des personnes liées à l’Organisation du Roi Lion, » déclara Natsuki.

« ... fait pour ? » Kojou avait demandé ça avec un regard empli de doute, mais Natsuki avait fait claquer sa langue comme si elle en avait trop dit et n’avait plus dit un mot de plus à ce sujet.

Il semblait qu’à la fin, la réponse de Natsuki était : ne t’approche pas de l’Organisation du Roi Lion.

« Ah, c’est vrai. Natsuki, il y a une réunion du personnel pour le collège aujourd’hui, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

Alors que Natsuki quittait la salle de classe, Kojou l’avait arrêtée avec une autre question. Natsuki avait plissé les sourcils d’un air interrogateur.

« Et quelles affaires as-tu à voir avec le collège, Akatsuki ? » demanda-t-elle.

« Ah, euh. J’avais quelque chose à demander à Mme Sasasaki, la maîtresse de classe de ma petite sœur, » déclara-t-il.

« Misaki ? » demanda Natsuki.

Le visage de Natsuki grimaça d’une manière négative. Maintenant qu’il y avait pensé, elle et l’enseignante du collège Misaki Sasasaki partageaient la même alma mater et, pour une raison quelconque, s’entendaient très mal. Bien sûr, Natsuki avait fait une expression tranchante et négative.

« Comme si je savais quelque chose sur les personnes du collège. Va voir par toi-même, » répondit-elle.

« ... Je le ferai, » Kojou avait répondu en confirmant ce qu’elle lui avait dit de faire.

Il avait instinctivement déterminé que ce n’était pas un sujet dans lequel il voulait être entraîné. Cependant, c’était à peine suffisant pour restaurer l’humeur de Natsuki après avoir été abaissé.

« Au fait, Kojou…, » déclara-t-elle.

« Oui ? » demanda-t-il.

L’éventail en dentelle noire de Natsuki s’était baissé d’un coup. Il ne savait pas qu’elle l’avait fait, mais le front de Kojou avait été frappé avec assez de force pour fracturer le crâne d’une personne normale. Kojou était tombé sur le dos.

« Pourquoi l’appelles-tu Mlle Sasasaki et moi Natsuki !? Je te l’ai dit, ne m’appelle pas Natsuki ! » Alors que sa jupe voltigeait quand elle se tourna sur elle-même, Natsuki avait laissé ces mots derrière elle alors qu’elle quittait violemment les lieux.

« Merde... Le châtiment corporel n’est... pas cool », murmura Kojou, regardant le plafond tout en se tenant le front.

***

Partie 6

L’Académie Saikai était une institution mixte avec un collège et un lycée intégré. La ville d’Itogami possédait une population jeune et nombreuse, et l’école classique à grande échelle en était le reflet.

Mais, destiné à partager le manque critique de terrain comme toute construction sur l’Île d’Itogami, il était difficile de décrire le site de l’école comme étant spacieux. Le gymnase, la piscine, la cafétéria et beaucoup d’autres installations étaient partagés entre les sections du collège et du lycée, et pour cette raison, il y avait un nombre inhabituellement élevé de chances pour les élèves du lycée de voir des élèves du collège sur le terrain de l’école.

D’autre part, il était rare qu’un élève de la section lycée visite la section du collège, quand ce n’était tout simplement pas nécessaire.

Comme Kojou ressentait ainsi un mélange de familiarité et de malaise, il s’était retrouvé devant la salle du personnel de la section du collège, un endroit qu’il n’avait pas visité depuis un certain temps.

Kojou tenait dans sa main le portefeuille blanc qu’il avait ramassé au centre commercial la veille.

C’était celui que Yukina Himeragi avait laissé tomber.

Si l’histoire qu’il avait entendue de Nagisa était vraie, cette fille qui portait une lance avait apparemment été transférée dans la section du collège de l’Académie Saikai. La carte d’étudiant dans le portefeuille confirmait également le témoignage de Nagisa.

Dans ce cas, il serait plus rapide de le rendre à Yukina Himeragi en le remettant à son professeur principal plutôt qu’à la police. C’est pour ça qu’il était venu jusqu’au collège.

« Désolé, Akatsuki. Mme Sasasaki ne semble pas être venue aujourd’hui. » Celui qui l’avait dit était un professeur âgé que Kojou n’avait pas reconnu, mettant soudain son plan à l’arrêt.

« Ah, c’est si..., » commença Kojou.

« Est-ce quelque chose à lui donner ? Pourquoi ne pas me le donner ? » demanda le professeur.

« Oui, c’est bien ça, mais je réessaierai plutôt demain. C’est un peu gênant, » répondit Kojou.

Kojou avait remercié le professeur âgé en sortant de la salle des professeurs. Avec seulement deux jours avant la fin des vacances d’été, Misaki Sasasaki semblait tirer le meilleur parti de ce qui restait de ses vacances.

Cela devient un vrai problème, pensa Kojou.

S’il le pouvait, il voulait mettre le portefeuille entre les mains du propriétaire dès que possible. Sinon, il allait avoir un malentendu avec cette lycéenne au tempérament volcanique, et cela pourrait provoquer un empalement à mort avec sa lance.

Les paroles de Natsuki, « Ne pas s’approcher du Lion de l’Organisation du Roi », l’avaient un peu repoussé. Cependant, faire confiance à un enseignant qui n’était pas de la classe pour rendre un porte-monnaie avec de l’argent semblait plutôt irresponsable, et Kojou n’était pas du tout disposé à le demander.

S’appuyant sur un pilier d’un couloir adjacent, Kojou fixait le campus avec un regard distrait.

Ici, en plein jour, au milieu de l’été, il n’y avait pas beaucoup d’étudiants qui faisaient des activités de club. Malgré cela, il pouvait voir des membres de clubs d’athlétisme s’entraîner en solo ici et là sur le terrain.

Les pom-pom girls pratiquaient une danse à l’ombre du bâtiment de l’école. Sur le court de tennis, les membres de club semblaient avoir des matchs d’entraînement les uns contre les autres. Alors qu’il regardait les frappes et le balancement des jupes des membres féminins, cela lui avait fait se souvenir d’Yukina Himeragi la veille.

Elle avait une puissance de combat tellement bizarre qu’elle avait affronté un démon et l’avait complètement écrasé, et sa lance d’argent avait annihilé un Vassal Bestial d’un vampire en un seul instant. Et l’aspect empourpré de son visage quand elle avait tenu sa jupe au-dessus de sa culotte pastel. C’était une scène d’un tel impact que même s’il pensait oublier, ce n’était pas quelque chose de facile à oublier. Il y avait peut-être des parties suspectes à son sujet, mais c’était vraiment une jolie fille.

Ces jambes étaient aussi très jolies... Kojou avait fait claquer sa langue en pensant à cela.

Au même moment, un léger vertige l’avait assailli, sa gorge était extrêmement desséchée. C’était un signe anormalement mauvais qui survenait maintenant.

« Si elle avait au moins mis un numéro de téléphone ou quelque chose comme ça..., » murmura-t-il.

Pour briser son train de pensée, Kojou détourna précipitamment les yeux du campus et ouvrit le portefeuille qu’il avait pris. Ce n’était pas une marque de luxe, mais c’était un beau portefeuille vis-à-vis duquel il pouvait dire qu’il avait été bien entretenu.

Il avait une odeur légère et agréable.

Le portefeuille lui-même était fait de textiles communs et facilement disponibles, en d’autres termes, cette odeur était sans aucun doute l’odeur persistante de sa propriétaire. Ce n’était pas le parfum fort du parfum, mais un parfum doux, plaisant et agréable. Eh bien, le fait était que ça devait être ce qu’une fille sentait...

À l’instant où il y pensait inconsciemment, tout le corps de Kojou avait été assailli d’une soif étrange.

« Argh... »

Pas bon, pensa Kojou en se couvrant la bouche.

Avec un visage pâle, il avait bloqué ses genoux ensemble alors que ses épaules frissonnaient un peu. Pas maintenant ! pensait-il en se tortillant les lèvres. Des canines tranchantes et effilées avaient alors traversé l’espace entre ses lèvres.

Cependant, ce n’était pas que Kojou était en mauvaise forme physique. Ce qui lui causait de la détresse était une simple réaction physiologique. Cependant, il s’agissait d’une condition abominable et gênante propre aux vampires : l’envie de boire du sang.

... Pas bon, pas bon, pas bon, pas bon...

Kojou voulait désespérément lutter contre le désir de boire le sang humain qui saisissait tout son corps. Il connaissait trop bien l’hallucination cramoisie qui remplissait son champ de vision.

Il y avait encore beaucoup de choses incomprises par le monde en général, mais les espèces connues sous le nom de vampires ne buvaient pas le sang des autres pour satisfaire sa faim. La nourriture et les boissons étaient suffisantes pour lutter contre la faim et la soif.

Il était certain que les vampires pourraient reconstituer leur énergie magique en buvant du sang. Il existait aussi une magie qui utilisait le sang comme catalyseur.

Cependant, il ne s’agissait que de sous-produits.

L’envie d’un vampire de boire du sang était principalement déclenchée par l’excitation sexuelle. En d’autres termes, par la luxure.

Une impatience féroce. Une oppression qui semblait déchirer ton corps. En pensant à quelqu’un, vous aviez l’impression que vous ne pouviez pas rester immobile plus longtemps. Puis, soudain, vous étiez attaqué sans prévenir par ça.

Pour échapper à cette souffrance, beaucoup de vampires dans le passé, incapables de se contrôler, avaient attaqué ceux qui étaient le plus près d’eux, parfois même leurs propres proches.

Mais à l’inverse, on pouvait encore dire qu’il s’agit d’une simple excitation sexuelle.

« Merde... Laisse-moi tranquille, » murmura-t-il.

Kojou avait gémi en ressentant une douleur sourde à l’intérieur de son nez. Le goût du sang métallique s’était répandu dans sa bouche. L’envie de boire ne durerait pas longtemps. Une petite surprise ou peur pourrait suffire à la faire disparaître, une fois qu’il l’avait fait, même lui ne comprendrait pas pourquoi il avait tant souffert.

Dans le cas de Kojou, la solution était un saignement de nez.

En d’autres termes, comme il en était venu à aimer le goût du sang, il n’y avait pas de problème si c’était son propre sang qu’il goûtait. Quand il était excité, son nez saignait... peut-être parce qu’il avait cette prédisposition, Kojou revenait toujours à la raison lorsqu’il était assailli par l’envie de boire du sang.

Alors que Kojou essuyait le sang qui coulait de son nez, il poussa un soupir fastidieux.

C’était bien que cela soit passé sans causer de problèmes à quelqu’un d’autre, mais le problème avec cette prédisposition était qu’il n’avait pas l’air très cool. Un être humain inconscient de sa situation en regardant Kojou tout à l’heure aurait simplement vu un garçon qui avait reniflé l’odeur d’une fille par l’intermédiaire de son portefeuille et qu’il avait soudain eu un jaillissement de sang par le nez. La plupart pensent qu’il était un simple pervers.

La silhouette d’une étudiante portant un uniforme était alors entrée dans le coin de son champ de vision déformée. Kojou était devenu intensément nerveux.

Ici, dans le couloir de la section du collège, il n’y avait pas d’endroit où se cacher, et son saignement de nez ne s’était pas encore arrêté.

L’étudiante qui s’approchait était venue plus près, puis elle s’était arrêtée et s’était tenue derrière Kojou, qui avait toujours les genoux fermés. La fille avait expiré avec calme.

« De penser que vous vous excitez en reniflant l’odeur d’une fille présente sur son portefeuille. Vous êtes vraiment une personne dangereuse. » Celle qui l’avait dit était la voix familière.

« ... Quoi ?! » s’exclama-t-il.

La jeune fille debout derrière Kojou portait un étui de guitare sur son dos au-dessus de son uniforme d’écolière. C’était une lycéenne avec un air d’adulte, mais elle avait regardé Kojou avec des yeux méprisants.

« Yukina... Himeragi ? » En état de choc, Kojou l’avait appelée par son nom. Il se demandait un instant si c’était une hallucination causée par l’envie de boire du sang.

Cependant, Yukina avait demandé de nouveau sur un ton froid, alors que son expression ne changeait jamais : « Oui, qu’est-ce qu’il y a  ? »

Kojou avait fait une expression encore plus soulagée.

Il s’était soudain rendu compte que l’envie de boire du sang avait complètement disparu. C’était peut-être dû à sa grande surprise. Son saignement de nez s’était aussi arrêté. Confirmant que ses dents canines étendues s’étaient réduites à leur longueur normale, Kojou baissa la main dont il s’était couvert la bouche.

« Qu’est-ce que vous faites ici ? » demanda Kojou.

« Je pense que je devrais vous demander ça, Akatsuki-senpai. C’est le campus du collège, n’est-ce pas ? » demanda Yukina.

« Euh… »

Quand la plus jeune fille lui avait fait remarquer calmement ce fait, Kojou n’avait pas vraiment pu faire de réfutation.

Yukina fit un soupir exaspéré et montra du doigt ce que Kojou tenait dans sa main. « Est-ce mon portefeuille ? »

« O-Oui. Je suis venu vous rendre ça. Ils ont dit que Mme Sasasaki était en congé pour la journée, » répondit Kojou.

Après que Yukina lui ait tendu un mouchoir de poche, Kojou avait essuyé son saignement de nez avec ce mouchoir, acquiesçant de la tête en signe de reconnaissance. Yukina s’était tue comme si elle déterminait la vérité ou la fausseté de l’explication de Kojou.

« Est-ce que renifler cette odeur vous a assez excité pour faire saigner votre nez ? » demanda Yukina.

« Ce n’est pas comme si l’odeur du portefeuille m’excitait. C’est juste que je me suis souvenu de vous hier…, » répondit Kojou.

Les paroles de Kojou avaient fait l’expression d’Yukina dans un « Euh ? » Pendant un moment, elle s’était raidie comme si elle était une poupée.

« ... ?! »

Et après ça, elle avait inconsciemment tenu la jupe de son uniforme. Elle s’était mordu la lèvre inférieure alors que son visage était devenu rouge.

Sans doute se souvenait-elle de l’incident qui s’était produit lorsqu’elle avait rencontré Kojou la veille. Elle comprenait qu’elle était elle-même la cause de l’excitation sexuelle que Kojou avait ressentie à l’instant.

« S’il vous plaît, oubliez ce qui s’est passé hier. » Yukina parlait sur un ton qui contenait tout le calme qu’elle pouvait rassembler.

« Même si vous me dites de l’oublier…, » commença Kojou.

« S’il vous plaît, oubliez ça, » demanda Yukina.

« ... »

Tandis que Yukina le regardait fixement, Kojou avait silencieusement baissé les épaules. Il s’était rendu compte que s’il l’énervait trop ici, elle pourrait faire surgir cette lance et se déchaîner comme elle l’avait fait la veille.

« S’il vous plaît, rendez-moi mon portefeuille. N’est-ce pas pour ça que vous êtes venu ici ? » Yukina avait fait sa demande légitime sur un ton doux.

Cependant, Kojou n’avait pas répondu à cette demande. Il souleva le portefeuille plus haut, au-delà de l’endroit où les mains de Yukina pouvaient atteindre.

« J’aimerais d’abord vous poser quelques questions. Qui diable êtes-vous ? Et pourquoi vous me poursuivez ? » demanda Kojou.

« ... Compris. Donc je peux comprendre par là que je vais devoir reprendre mon portefeuille par la force, » déclara Yukina.

Yukina avait fixé Kojou d’un long regard quand elle avait fait sa déclaration. Comme si elle avait dégainé un katana à partir de sa gaine, sa main se dirigeait vers l’étui de guitare sur son dos.

C’est donc ainsi que les choses vont se dérouler, pensa Kojou, se préparant en abaissant son centre de gravité. Comme s’il jouait en défense au basket-ball, il avait adopté une posture qui lui permettait de faire face à n’importe quelle attaque. Les yeux d’Yukina devinrent de plus en plus vigilants.

*Grrrrrrrrr.* … À l’instant d’après, un son résonna à travers le couloir.

Les sourcils de Kojou s’étaient plissés sans un mot.

Quand Kojou s’était rendu compte de ce qu’était ce grondement, une expression un peu maladroite lui était venue à l’esprit. C’était le grondement provenant de l’estomac d’Yukina.

« Himeragi, n’auriez-vous pas faim, par hasard ? » Kojou avait demandé à Yukina alors qu’elle restait figée.

Yukina était silencieuse. C’était sa réponse.

« N’avez-vous pas mangé depuis hier ? Ah, est-ce parce que vous n’aviez pas votre portefeuille ? Himeragi, vivez-vous seule ? » demanda Kojou.

« Qu’est-ce que ça veut dire ?! » Yukina avait essayé de garder sa voix calme, mais bien sûr, elle était sortie un peu agitée.

D’une certaine manière, il avait l’impression que c’était le cas, mais apparemment Yukina était venue vivre ici sur l’Île d’Itogami, en dehors de sa famille. Comme elle venait d’être transférée, elle n’avait pas encore d’amis, et après avoir laissé tomber son portefeuille, elle n’avait pas d’argent. C’était pour cela qu’elle n’avait pas mangé depuis la veille.

Avec un regard quelque peu agité, Kojou inclina la tête et présenta doucement le portefeuille devant Yukina.

Alors même qu’Yukina s’agitait, comme si elle se demandait, qu’est-ce que tu fais ? Son expression indiquant qu’elle était sur ses gardes n’avait jamais faibli.

« Alors, euh, invitez-moi à déjeuner. Le type qui a retrouvé votre portefeuille a le droit de demander ça, n’est-ce pas ? » Kojou parlait d’une voix drainée de tension.

Yukina avait cligné des yeux encore et encore, regardant Kojou comme si elle essayait de découvrir ses véritables intentions.

Comme un chiot plaintif et affamé, son estomac avait une fois de plus fait un grondement.

***

Partie 7

Yukina Himeragi avait commandé une version rétro du Hamburger Classique Teriyaki, des rondelles d’oignon et une combinaison de jus de pamplemousse. Ils étaient à cinq minutes à pied de l’Académie Saikai, dans une grande chaîne de restaurants à hamburgers sur l’Île Sud.

Avec une étiquette raffinée, Yukina, assise droite dans son siège, avait saisi son hamburger teriyaki des deux mains, tout en affichant un regard heureux. Kojou la regardait distraitement.

« Qu’est-ce que vous regardez ? » demanda Yukina avec doute, en remarquant le regard de Kojou.

« Ahh, euh... Je pensais que vous mangiez des hamburgers comme les personnes normales, Himeragi. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? » demanda-t-elle.

Les sourcils d’Yukina s’étaient plissés en un air renfrogné.

Kojou buvait un café glacé qui était chargé quant à la glace et réduit sur la part de café.

« J’avais l’impression que vous n’étiez pas allée dans ce genre d’endroit, comme si vous demandiez où étaient les couteaux et les fourchettes, et tout ça..., » répondit-il.

« Je n’en suis pas tout à fait sûre, mais pourriez-vous vous moquer de moi ? » Yukina avait poussé un soupir, comme si elle était un peu blessée. « Certes, la ville de la Forêt des Grands Dieux n’est pas une ville, mais elle vend au moins des hamburgers. »

« ... Forêt des Grands Dieux ? Est-ce l’école où vous étiez avant ça ? » demanda Kojou.

« Oui. En surface, c’est une école de filles pour les adeptes du shintoïsme, » répondit Yukina.

L’explication d’Yukina était curieusement détournée. Kojou avait fait un bruit de *mm* et avait levé son visage afin de la regarder.

« En surface, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose derrière ? » demanda Kojou.

« C’est un terrain d’entraînement pour l’Organisation du Roi Lion. Savez-vous ce qu’est l’Organisation du Roi Lion  ? » demanda-t-elle.

« Non, je n’en ai pas la moindre idée, » répondit Kojou.

Quand Yukina avait vu Kojou secouer la tête ainsi, elle avait cligné des yeux. « Pourquoi ne le savez-vous pas ? »

« Vous le dites comme si je devais le savoir, mais... c’est la première fois que j’entends ce nom, » répondit Kojou.

Kojou avait parlé avec une expression conflictuelle.

Yukina avait murmuré un « Euh ? » avec un regard perplexe bien visible.

« L’Organisation du Roi Lion est une agence spéciale créée par la Commission nationale de sécurité publique, » répondit-elle.

« Agence spéciale ? Êtes-vous des fonctionnaires ? » demanda Kojou.

Un nom assez extravagant pour une institution gouvernementale, pensait Kojou. Il se demandait si ce nom avait une signification particulière.

« Oui. L’agence procède à la collecte d’informations et au sabotage stratégique pour arrêter le terrorisme magique à grande échelle et les catastrophes. Comme ses racines remontent au Takiguchi Musha, les gardes qui protégeaient le palais intérieur des mauvais esprits et des apparitions pendant la période Heian, c’est une organisation plus ancienne que l’actuel gouvernement du Japon, » expliqua Yukina.

« Je ne sais pas pour les racines, mais... l’essentiel, c’est que c’est comme une force de police ? » demanda Kojou.

Kojou pouvait parfaitement le comprendre en ces termes.

Si les forces de police régulières avaient des escadrons spéciaux pour s’occuper du crime organisé et des organisations terroristes, il n’était pas surprenant qu’il y ait une agence gouvernementale en plus des agents du Contre-Démon qui s’occupait du terrorisme magique et des catastrophes. Cela expliquerait pourquoi Natsuki avait qualifié l’Organisation du Roi Lion de « concurrent ».

Il ne fait aucun doute que l’expression vague « agence spéciale » était présente parce que les démons étaient ses adversaires. Après tout, beaucoup d’individus avec des capacités anti-démons, comme les médiums psychiques et les sorciers, n’aimaient pas traiter directement avec le gouvernement.

« Alors, Himeragi, puisque vous veniez de leur terrain d’entraînement, faites-vous aussi partie de l’Organisation du Roi Lion ? » demanda Kojou.

« Oui. Bien que je le sois en tant qu’apprentie, » ajouta franchement Yukina après un humble hochement de tête.

Bien évidemment, pensa Kojou en hochant la tête une fois de plus. Après tout, elle n’était encore qu’une lycéenne.

Grâce à son explication, il avait en quelque sorte compris la vraie nature de cette lance qu’Yukina portait. Il devait s’agir d’une sorte d’arme anti-démon spéciale développée par l’Organisation du Roi Lion.

« Alors Himeragi, pourquoi me suiviez-vous partout ? Cette agence spéciale s’occupe du terrorisme magique et des catastrophes, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que ça a à voir avec moi ? » demanda Kojou d’un ton brutal.

Les yeux d’Yukina étaient un peu écarquillés en entendant ça. « Hein ? »

« Hier. Vous me suiviez, n’est-ce pas ? » demanda Kojou.

« Ne me dis pas que vous avez remarqué… !? » s’écria Yukina.

« Qu’est-ce que vous pensiez ? Vous pensiez que je ne remarquerais pas ça... ? » demanda Kojou.

C’était vraiment le fait qu’elle ait été découverte qui l’avait surprise. Yukina avait fait un léger bruit de vilain.

« Dans ce cas, Akatsuki... Senpai... Senpai... ? Peut-être que vous ne le savez vraiment pas ? » déclara Yukina.

« Je dois savoir quoi ? » demanda Kojou.

Il avait l’impression qu’il n’allait pas s’habituer à ce qu’Yukina l’appelle Senpai.

« Senpai, votre existence même est traitée de la même façon que la guerre ou le terrorisme, » annonça Yukina.

« Hein ? » s’exclama Kojou.

« Les Primogéniteurs qui gouvernent les Dominions possèdent chacun à peu près la puissance d’une armée nationale. Bien sûr, le quatrième Primogéniteur est traité de la même façon. Si vous causiez des problèmes à l’intérieur des frontières nationales du Japon, Senpai, ce ne serait pas considéré comme un acte criminel, mais comme un acte de guerre. Je pense que c’est la raison pour laquelle c’est l’Organisation du Roi Lion, et non la Section Contre-Démon de l’Administration de la Police, qui agit, » avait expliqué Yukina à Kojou avec un ton empli d’inquiétude.

« Traité de la même façon qu’une armée... Qu’est-ce que... ? Qui a décidé que… ? » demanda Kojou.

Comme on pouvait s’y attendre, Kojou ne pouvait pas cacher son agitation. Il était traité au même titre qu’une guerre ou une attaque terroriste, ou plutôt, son existence même était traitée comme une crise nationale. Même s’il souffrait de son état vampirique, il n’était même plus traité comme une forme de vie, et encore moins comme un être humain.

« Alors vous ne le saviez vraiment pas, Senpai…, » déclara Yukina.

Yukina avait fait un soupir exaspéré. Le regard de pitié qui s’était posé sur le visage de Kujou l’avait mis sur les nerfs. Pour se calmer, Kojou avait mis des pommes de terre frites dans sa propre bouche.

« Je ne sais pas pour les autres Primogéniteurs, mais je ne me souviens pas d’avoir été traité comme ça. Je n’ai rien fait, et de toute façon, je ne dirige aucun empire, » déclara Kojou.

« C’est vrai, » répliqua-t-elle.

Yukina hocha tranquillement la tête. Elle avait fixé Kojou d’un regard froid et antagoniste.

« J’avais déjà prévu de poser des questions à ce sujet. Senpai, qu’avez-vous l’intention de faire ici ? » demanda Yukina.

« Pour faire... Euh, quoi ? » demanda Kojou.

« Hier, j’ai interrogé votre petite sœur à propos de vous, » annonça Yukina.

« Je sais... Je l’ai déjà appris, » répondit Kojou.

Kojou avait involontairement grimacé aux mots d’Yukina. Il se souvenait du fait que Nagisa lui avait déjà dévoilé tous les secrets de son passé. Cependant, l’expression d’Yukina était restée tout à fait sérieuse.

« Cachez-vous le fait que vous êtes un vampire à votre petite sœur ? » demanda Yukina.

« Eh bien, je le suis, mais…, » commença Kojou.

« N’avez-vous pas une sorte d’objectif en infiltrant le sanctuaire des démons et en cachant votre vraie nature, même à votre famille ? Par exemple, gouverner l’Île d’Itogami depuis l’ombre, ou ajouter les démons enregistrés à vitre propre armée et ainsi de suite ? Ou peut-être êtes-vous venu commettre un massacre pour votre propre plaisir... monstre ! » Yukina marmonnait ça d’un ton qui pouvait être pris soit comme ruminant, soit comme fantasmagorique.

Kojou avait gémi d’une voix basse, « Pourquoi est-ce que cela doit être comme ça ? »

« Attendez un peu. Himeragi, n’y a-t-il pas un malentendu ? » demanda-t-il.

« Un malentendu ? » demanda la jeune fille.

« Je n’infiltre rien, j’ai vécu dans cette ville avant de devenir un vampire, » annonça Kojou.

« Avant de devenir un vampire, dites-vous ? » demanda Yukina.

« Ouais. Vérifiez donc les dossiers ou tout ce que vous avez accès avant de dire des conneries. Je n’ai cette condition que depuis le printemps de cette année, » déclara Kojou.

« J’ai déménagé sur cette île quand j’étais au collège donc, c’était il y a presque quatre ans, » expliqua Kojou d’un ton désagréable.

C’était exact. Kojou Akatsuki n’était pas né vampire. Jusqu’à trois mois auparavant, il vivait comme un être humain normal, sans aucun lien de parenté avec les démons. Cependant, au printemps de cette année-là, après un incident, Kojou s’était retrouvé en plein dans un changement de destin. Kojou avait rencontré celle qu’on appelle le quatrième Primogéniteur et avait pris ses pouvoirs ainsi que sa vie.

Cependant, Yukina secoua la tête, comme pour dire, je n’arrive pas à y croire.

« Le quatrième Primogéniteur était un être humain ? Cela ne peut pas être ainsi, » déclara Yukina.

« Hein ? Dis donc ce que vous voulez, mais c’est la vérité, » déclara Kojou.

« Les humains normaux ne peuvent pas se transformer en vampires à mi-chemin de leur vie. Même si l’on est infecté par la consommation de sang de vampire, la personne serait un simple “serviteur du sang” — une imitation de vampire, » déclara Yukina.

« Ouais. C’est ce qu’on dirait, » répondit Kojou.

« Alors pourquoi inventez-vous un mensonge aussi facilement exposé ? » demanda Yukina.

« Bon sang, ce n’est pas comme si je vous mentais, » répliqua Kojou.

Kojou fit un soupir fatigué. Il était mauvais quand il s’agissait d’expliquer des choses à des types trop sérieux comme lui.

Yukina avait adopté le ton d’un tuteur privé s’adressant à un fainéant d’étudiant. « Écoutez, Senpai. Les Primogéniteurs sont les plus anciens et les premiers vampires qui ont reçu la malédiction de l’immortalité des dieux maintenant morts. »

« J’en suis un peu conscient, mais…, » commença Kojou.

« La seule façon pour un humain normal de devenir un Primogéniteur serait de devenir non-mort en utilisant une malédiction secrète des dieux perdus sur soi-même. Êtes-vous en train de dire que vous en êtes capable, Senpai ? » demanda Yukina.

« Euh, non. Je n’ai pas de dieux pour meilleur ami, désolé, » déclara Kojou.

« Alors comment êtes-vous devenu un vampire ? Il n’y a qu’une seule autre façon de devenir Primogéniteur, et c’est…, » commença Yukina.

Après avoir dit cela, Yukina avait soudainement coupé ses mots comme si elle avait réalisé quelque chose. La couleur de son visage devint légèrement pâle. En plus d’être maudit par les dieux, il n’y avait qu’une seule autre méthode par laquelle un être humain pouvait devenir Primogéniteur. Elle se souvenait de ce que c’était.

« Senpai... Vous ne voulez pas dire que vous avez consommé un Primogéniteur et pris son pouvoir en vous ? Mais ce n’est pas…, » commença à demander Yukina.

La douceur qui avait été dans l’expression d’Yukina peu de temps auparavant avait disparu. À sa place, un regard empli de peur était apparu sur son visage.

Si vous ne pouviez pas devenir Primogéniteur vous-même, il n’y avait qu’une seule façon d’obtenir le pouvoir d’un Primogéniteur. C’était de consommer l’existence du Primogéniteur et de prendre le pouvoir, et la malédiction, dans son propre corps.

Cependant, il n’aurait pas dû y avoir moyen pour quelqu’un d’inférieur au pouvoir magique de prendre en soi le pouvoir quasi divin exercé par un Primogéniteur. Poser maladroitement la main sur un Primogéniteur ne ferait qu’entraîner la consommation et l’anéantissement de sa propre existence.

D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un être humain ordinaire : consommer un vampire n’était tout simplement pas possible.

Et pourtant, en fait, Kojou Akatsuki disait qu’il avait obtenu le pouvoir du quatrième Primogéniteur.

« Consumer un Primogéniteur... S’il vous plaît, ne le dis pas comme ça. J’ai l’air d’une bête affamée, » déclara Kojou.

Kojou avait lentement fait reposer son menton sur ses mains pendant qu’il buvait son café glacé. L’expression d’Yukina était restée vive et imprenable.

« Alors, voulez-vous dire que vous avez obtenu le pouvoir d’un Primogéniteur par une autre méthode ? » demanda Yukina.

« Désolé, mais même moi, je ne peux pas expliquer les détails. J’ai cette idiote qui me l’a poussé sur moi, et c’est tout, » répondit Kojou.

« Poussé sur vous... ? » demanda-t-elle.

Yukina avait cligné des yeux alors qu’elle semblait surprise par ce qu’il disait.

« Senpai, n’êtes-vous pas devenu un vampire de votre propre chef ? » demanda Yukina.

« Qui voudrait être comme ça ? » demanda Kojou. Il avait parlé sur un ton décalé.

Yukina avait fixé Kojou d’un regard empli de doute.

« Et qui est cette idiote ? » demanda Yukina.

« Le quatrième Primogéniteur. La précédente, » répondit Yukina.

« La précédente quatrième Primogéniteur... !? » s’écria Yukina.

Yukina avait repris son souffle en état de choc.

« Parlez-vous de la vraie Kaleid Blood !? Dites-vous que vous avez hérité de ses pouvoirs ? Pourquoi le quatrième Primogéniteur vous a-t-il choisi comme successeur ? En premier lieu, comment avez-vous rencontré le quatrième Primogéniteur ? »

« Euh, c’est…, » commença Kojou.

Pendant que Kojou essayait de parler, son visage s’était soudain mis à grimacer, comme s’il était agressé par un mal de tête féroce.

La tasse de café d’où il avait bu était tombée, renversant la glace fondante et le liquide mince qui s’y trouvait.

Sans s’en apercevoir, Kojou avait baissé le visage sur la table, la tête dans ses bras. Il avait laissé sortir ce qui semblait être un halètement angoissé après s’être mordu la langue. Comme une malédiction, les souvenirs perdus de Kojou avaient tourmenté tout son corps.

« S-Senpai !? » Yukina avait parlé d’une voix troublée face à la réaction complètement inattendue de Kojou.

« Désolé, Himeragi…, » murmura-t-il.

Mais Kojou n’avait pas levé le visage. Il avait refréné la douleur féroce présente dans son cœur, comme s’il avait été empalé par un pieu invisible, et avait simplement haleté dans la douleur. La seule chose qui lui vint à l’esprit était une fille seule dont il ne se souvenait plus du visage, souriant au milieu des flammes.

« Je vais devoir en rester là, » Kojou avait parlé sur un ton frêle.

Yukina avait un peu incliné la tête. « Hein ? »

« Je n’en ai aucun souvenir. Quand j’essaie de me forcer, c’est ce que j’obtiens, » déclara Kojou.

« Est-ce que... est-ce le cas ? Je comprends... Dans ce cas, on ne peut rien y faire, » déclara Yukina.

Une expression qui avait semblé soulagée était apparue chez Yukina alors qu’elle regardait Kojou lever enfin son visage. Il semblait qu’elle avait cru sans le moindre doute ce que Kojou avait dit sur le fait de ne pas avoir de mémoire. Elle devait avoir une personnalité fondamentalement étroite.

Kojou était en fait un peu déçu de la réaction trop rapide d’Yukina.

« Me croyez-vous ? » demanda Kojou.

« Oui. Senpai, je crois que je vous comprends assez bien pour savoir que vous ne me mentez pas, » répondit-elle.

Yukina parlait comme si c’était un fait. Une expression conflictuelle s’était emparée de Kojou. Il se demandait si c’était une façon détournée de dire qu’il était un nigaud.

Yukina s’était alors levée et avait essuyé le café renversé sur la table avec une serviette.

Après cela, elle était venue à côté de Kojou et s’était penchée sur lui, tenant un mouchoir.

« Tournez-vous vers moi. Je vais essuyer votre pantalon, » déclara Yukina.

« Euh, ah. C’est bon, je…, » balbutia Kojou.

« Il va être taché. Comprenez-vous ? » demanda Yukina.

Yukina parlait alors qu’elle s’approchait du pantalon de Kojou. Kojou ne pouvait pas respirer ou bouger un muscle. Yukina ne semblait pas en être consciente, mais si quelqu’un qu’ils connaissaient les voyait, ils auraient un gros malentendu dans cette posture, au point que Kojou avait soupçonné qu’elle essayait de déclencher intentionnellement ses pulsions vampiriques.

Yukina se pencha entre les jambes de Kojou, son cou pâle et blanc, sans défense devant lui.

« Senpai, l’Organisation du Roi Lion m’a ordonné de vous surveiller, mais aussi de vous éliminer si je détermine que vous êtes un être dangereux, Senpai…, » annonça Yukina.

« É... Éliminer !? » s’écria Kojou.

Tout le corps de Kojou s’était raidi dans un tout autre contexte aux paroles calmement prononcées par Yukina.

Cependant, Yukina avait parlé d’un ton doux. « Je crois que je comprends pourquoi. Vous manquez d’une certaine conscience de soi, Senpai. Je sens un grand danger en vous. »

« Euh, je pense que vous êtes assez dangereuse vous aussi, Himeragi…, » répondit Kojou.

Comme Kojou l’avait involontairement ajouté dans un murmure, « En plus, vous avez laissé tomber votre portefeuille ».

Yukina l’avait alors fixé du regard. « Quoi qu’il en soit, comme je vous observerai à partir d’aujourd’hui, alors veille à ne rien tenter d’étrange. Après tout, je ne vous fais pas encore totalement confiance, Senpai. »

« Observer... Euh, » murmura-t-il.

Bien, très bien, pensa Kojou baissant d’un air soulagé ses épaules. Certaines parties le mettaient mal à l’aise, mais Yukina ne semblait pas être une mauvaise personne. Il n’avait pas prévu que le fait d’être surveillé aurait de sérieux inconvénients, et s’il avait quelqu’un pour le surveiller, il était un peu content que ce soit une fille et non un homme Mage d’Attaque à l’attitude rigide.

« Oh, c’est vrai, Himeragi. À propos de Nagisa…, » commença Kojou.

Kojou avait soudainement posé sur Yukina un regard inquiet. Avec un sourire espiègle, Yukina hocha la tête.

C’est rare pour elle, c’est un visage jeune et souriant qui correspond à son âge.

« Je comprends. Je garderai secret le fait que vous êtes un vampire vis-à-vis d’elle, Senpai. Alors s’il vous plaît, faites la même chose pour moi, » demanda Yukina.

« Ouais. J’ai juste besoin de vous traiter comme une étudiante normale de transfert, non ? » demanda-t-il.

Kojou haussa les épaules en répondant. Quoi qu’il en soit, même s’il avait dit aux autres qu’une lycéenne comme elle était une observatrice d’une organisation secrète, ce n’était pas comme si quelqu’un le croirait.

« Je vous remercie beaucoup, » en disant ces mots, Yukina s’était placée toute droite devant lui.

Elle avait déjà affiché son regard sérieux habituel sur son visage.

« Alors, Senpai, que comptez-vous faire après ça ? » demanda-t-elle.

« Oh oui... Je voulais aller à la bibliothèque et faire mes devoirs pour les vacances d’été, mais…, » commença-t-il à parler.

Pendant qu’il parlait, Kojou avait une prémonition désagréable.

« Himeragi, vous ne voulez pas venir avec moi, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Oui. Est-ce un problème ? » demanda-t-elle.

« Euh, ce n’est pas un problème, mais... est-ce que c’est, euh, à plein temps ? » demanda-t-il.

« Bien sûr que ça l’est. Après tout, c’est mon devoir de vous surveiller en tout temps, » répondit-elle.

Alors qu’elle parlait sans changement d’expression en particulier, Yukina avait tiré à elle l’étui de guitare contenant sa lance avant de le placer sur son dos puis elle avait commencé à nettoyer la table où ils avaient eu le repas.

***

Partie 8

L’un des quatre gigaflotteurs qui composaient l’Île d’Itogami, l’Île Ouest, était une ville qui ne dormait jamais. Dans ce quartier, où de nombreux restaurants et établissements commerciaux étaient regroupés, de nombreux magasins avaient continué à fonctionner jusqu’à l’aube.

La plupart des démons aimaient la nuit. En plus de cela, de nombreux résidents démoniaques avaient afflué vers cette ville en raison de la richesse des services qui leur étaient destinés. Dans un sens, cette éblouissante exposition nocturne de néon était emblématique de la Cité d’Itogami et de la coexistence pacifique entre les humains et les démons en son sein.

Cependant, peu importe l’intensité de la lumière, elle n’avait pas complètement banni l’obscurité de la ville la nuit.

« ... Voulez-vous venir jouer avec nous ? »

Cela se passait dans un parc, la nuit. Il était vide de tout signe de vie humaine. Alors que des hommes ivres passaient le long de la rue panoramique qui surplombait la mer, ils avaient soudain entendu une voix qui leur demandait de s’arrêter.

Une femme toute seule se tenait sous un réverbère faiblement rougeoyant.

Elle était petite avec de longs cheveux indigo.

Ses yeux étaient d’un bleu plus clair. Elle portait un manteau sur son corps, mais elle ne semblait pas porter quoi que ce soit en dessous. Elle était pieds nus.

« Hé, wôw ? Attires-tu des hommes dans un endroit comme celui-ci ? »

« Pff... n’est-ce pas qu’une autre de ses petites filles ? »

Alors que les visages des deux hommes se rencontraient, ils parlaient librement avec des expressions obscènes. Comme la jeune fille semblait leur faire signe, ils s’étaient rapprochés l’un de l’autre à cause de son apparence étrangement belle.

Elle avait une peau blanche presque transparente et de grands yeux. Son visage était parfaitement symétrique.

D’une manière ou d’une autre, sa présence était peu imposante pour un être vivant. La fille avait l’air d’une fée.

« Dis-tu ça en sachant qu’on est des monstres, petite fille ? »

« Tu ne t’en tireras pas avec quelques cris après avoir attiré notre attention dans un endroit comme celui-ci. Nous sommes de très mauvaise humeur aujourd’hui, surtout envers les petites filles. »

Les hommes parlaient à mesure qu’ils s’approchaient, semblant serrer la fille de la gauche et de la droite. Ils étaient tous deux âgés d’une vingtaine d’années. Ils avaient tous les deux les cheveux bruns et portaient des costumes noirs de style gigolo, avec un air de rugosité flottant autour d’eux.

L’un des hommes avait dénudé ses crocs, révélant sa vraie nature de démon. Il s’agissait d’un vampire de type D. Il était sûrement empli par les impulsions vampiriques à la suite d’une série d’excitation sexuelle.

L’autre individu avait violemment arraché un brassard de son propre bras droit.

Il n’y avait plus rien pour restreindre ses pouvoirs démoniaques. Tandis qu’il retirait et jetait les vêtements de la partie supérieure de son corps, sa musculature s’était gonflée alors qu’une crinière de couleur brune s’élevait au-dessus de sa colonne vertébrale. Il s’agissait de la transformation d’un homme bête.

« Cela peut devenir un peu effrayant pour toi, mais ne le prends pas personnellement. »

« Si tu veux détester quelqu’un alors, déteste la gamine qui s’est battue avec nous hier ! »

Les hommes avaient regardé la fille d’un air emplie de furieux, mais également excité. Cependant, l’expression de la jeune fille n’avait pas changé d’un iota. Elle semblait triste en levant les yeux vers les deux hommes, comme si ses yeux étaient emplis de pitié pour eux. Puis...

« ... Un quartier sans nuit où les démons se pavanent à la vue de tous... Franchement, cette île est une ville maudite et abandonnée, » une voix douce parlait tristement de derrière les deux démons.

Surpris, ils se retournèrent pour faire face à la présence étrange qui s’était manifestée derrière eux sans avertissement.

Un homme vêtu de ce qui semblait être la robe d’un prêtre se tenait debout à l’ombre de l’un des arbres le long de la route.

Il s’agissait d’un étranger blond avec une coupe de cheveux courte de style militaire.

Il avait un monocle en métal installé dans son orbite gauche en tant que cache-œil.

Il devait mesurer plus de cent quatre-vingt-dix centimètres. Son âge était plus ou moins de quarante ans, mais en se basant sur ses épaules larges et puissantes, il ne semblait pas qu’il s’était affaibli avec l’âge.

En plus de son physique imposant, il portait une sorte d’armure métallique sous son vêtement. Il s’agissait d’une sorte de combinaison blindée d’augmentation utilisée par l’infanterie lourde dans l’armée. Cela donnait un sentiment de domination.

La main droite de l’homme tenait une bardiche en métal, une hache de combat possédant une lame géante. Elle devait être assez lourde, mais l’homme le portait facilement d’une seule main.

« Qui diable êtes-vous ? Un Mage d’Attaque ? » demanda le vampire avec une soif de sang dans son ton.

« Si tu regardais bien, alors tu comprendrais. Tout à l’heure, elle nous a invités. Tu n’as pas le droit de te mêler de ça. Alors, reste en dehors de ça et va te faire voir ! » L’homme-bête avait également parlé alors que sa voix enrouée était difficile à comprendre.

L’homme en vêtement de prêtre avait regardé les deux démons sans émotion.

« J’en suis bien conscient. Cependant, ne vous a-t-elle pas demandé de jouer avec nous ? » Pendant qu’il parlait, le prêtre faisait tournoyer la lame de sa hache vers les deux démons.

Et puis il avait jeté le sac qu’il portait dans sa main gauche aux deux démons. Les armes placées à l’intérieur passèrent facilement à travers le long et étroit sac de sport. Il y avait une épée, un katana, un javelot et une hache. La lame de katana nue avait traversé le sac, transperçant le sol. Ce n’étaient pas des répliques, mais de vraies armes.

« Si vous prétendez que vous ne pouvez pas vous battre sans arme, alors choisissez la vôtre. Qu’est-ce qui ne va pas ? Ne me dites pas que vous avez peur, pitoyables démons. »

« Ne nous regarde pas de haut, grand-père... Alors la morveuse est dans le coup avec toi, hein ? » alors que s’exclama l’homme-bête, il ramassa l’épée qui était la plus proche de lui. C’était un démon belligérant par nature. Il grognait alors qu’il dénudait ses crocs, incapable de contenir ses pulsions meurtrières. « Je te tuerai comme tu le veux... ! »

L’homme-bête avait donné un coup de pied du sol, son corps s’accélérant avec une force explosive. Il chargea l’homme debout sans défense de pleins fouets, se déplaçant pour le frapper avec l’épée en utilisant la force brute. Cependant, au milieu de l’attaque de l’épée, la hache de l’homme vêtu d’un vêtement de prêtre l’avait facilement mis de côté. L’expression de l’homme-bête s’était tordue en raison du choc, et il avait refait une attaque. Cependant, le résultat avait été le même.

« Un lycanthrope, n’est-ce pas ? Aussi vite que je m’y attendais. Et pourtant trop simple. »

« Quoi !? »

« En effet, aucune comparaison avec les hommes-bêtes qui servent dans les forces régulières du Dominion. Pathétique... »

La combinaison de renforcement corporelle sous le vêtement de prêtre émettait un son revigorant tel le rugissement d’une bête. Avec sa force augmentée à sa limite absolue, son pas fendit l’asphalte recouvrant la rue et trancha l’air. Sa hache de combat avait semblé clignoter, laissant derrière elle un flou. C’était un coup trop rapide pour qu’un homme-bête réagisse.

« Gaha... ! »

Coupé de l’aisselle jusqu’à la hanche, l’énorme corps de l’homme-bête avait été emporté par le vent. Du sang frais et tiède avait été éclaboussé, remplissant la zone environnante d’une odeur de sang. Le bruit des os brisés et des déchirures de la chair était arrivé après les faits. Un être humain serait sans doute mort sur le coup. Même pour un homme-bête, avec une telle force vitale résiliente, il s’agissait d’une blessure grave, potentiellement mortelle.

« Pourquoi tu... ! » Regardant avec stupéfaction son camarade blessé, le vampire hurla. Il ramassa le javelot qui avait roulé sur le sol et le lança sur l’homme en vêtement.

La force brute du vampire était encore plus grande que celle de l’homme bête. Le javelot qu’il avait lancé avait volé à la vitesse d’une balle et il aurait dû percer la poitrine de l’homme... si ce dernier ne l’avait pas facilement évité un instant avant la fin.

« Merde... Qu’est-ce que tu es !? »

L’homme en vêtement répondit à la question du vampire avec majesté. « Je m’appelle Rudolf Eustache. Un apôtre armé de Lotharingia. »

« Un apôtre armé ? Qu’est-ce qu’un prêtre de l’Église de l’Ouest fait ici ? »

« Je n’ai aucune obligation de répondre. »

Pff. Le vampire fit claquer sa langue. Des flammes noires jaillissaient de sa jambe gauche.

« Tue-le, Shakti ! »

Les flammes avaient pris la forme d’un cheval déformé et il attaqua l’homme. La Bête Vassal brûlait à mille degrés Celsius. L’air brillait de la chaleur, la surface fondante du sol laissait derrière elle une odeur de brûlé.

« Hmm. J’avais entendu dire qu’il y avait un fou qui utilisait un Familier dans les zones urbaines, il semble que ce soit vrai. Notre recherche a donc porté ses fruits. »

Un sourire était apparu sur les lèvres de l’homme comme si c’était ce qu’il attendait.

Et puis l’homme arrêta la charge du Familier flamboyant avec sa propre main gauche.

« Quoi... !? »

Les yeux de l’homme vampire s’étaient écarquillé devant ce spectacle complètement inattendu. Quelque chose semblable à un mur invisible avait émergé devant l’homme. Cela avait arrêté l’attaque de l’esprit incandescent du cheval. La jeune fille, debout à côté de l’Apôtre armé, avait étendu une étrange barrière pour le protéger.

La bête flamboyante ne pouvait pas atteindre l’homme avec la barrière qui la tenait à distance.

Cependant, il semblait que même la barrière défensive de la jeune fille ne possédait pas le pouvoir de repousser complètement le Vassal Bestial.

Pendant que les flammes intenses claquaient contre le mur, l’air même grinçait à cause de la tension. Enfin, comme si elle ne pouvait supporter la tension de l’affrontement, un soupir frêle s’échappa des lèvres de la jeune fille.

« Évidemment, même ce degré de Familier ne peut pas être complètement neutralisé. Cela laisse à désirer. »

« Euh... !? »

Ne connaissant pas la signification des paroles de l’homme, le vampire avait poussé un cri de triomphe. Il ne faisait aucun doute qu’il avait jugé qu’en continuant d’aller de l’avant signifiait la victoire.

Cependant, au fur et à mesure qu’une expression angoissée était venue sur la jeune fille, l’homme en vêtement a semblé avoir perdu tout intérêt en appelant.

« L’expérience de ce soir est terminée, Astarte. »

« Oui, apôtre armé. »

La fille aux cheveux de couleur indigo qu’il appelait Astarte ferma doucement les yeux. Alors qu’elle étendait son manteau, elle annonça d’une voix artificielle et robotique. « Acceptez. Exécutez “Rhododactylos” ».

En même temps que la voix se terminait, quelque chose jaillissait des coutures de son manteau.

C’était un bras transparent avec une faible lueur blanche. C’était un bras géant plus grand que le corps mince de la fille. Ce bras, s’étirant de son abdomen comme s’il le traversait, s’étirait comme un serpent vivant et avait empalé le Vassal Bestial du vampire.

« ... Shakti !? L’enfer !? » s’exclama le vampire lors de l’incroyable démonstration.

La bête flamboyante, avec son torse percé, hurlait dans l’agonie. Pourtant, l’attaque du bras transparent ne s’était pas relâchée. Il avait fauché la bête flamboyante encore et encore, comme s’il la consommait.

« Qu’est-ce que tu as fait... !? »

Incapable de maintenir sa forme physique, la bête flamboyante s’était dissipée, le vampire s’était effondré sur place. Incapable de supporter la vaste perte d’énergie magique, les lèvres de l’homme tremblaient de terreur.

L’homme en vêtement avait expliqué. « Un Vassal Bestial peut être vaincu en le frappant avec un exemplaire plus fort. C’est une chose simple. »

« Pas possible... C’est un Vassal Bestial... !? » s’exclama le vampire en regardant le bras géant qui s’étirait du corps de la jeune fille.

L’homme en vêtement regarda froidement les deux démons tombés.

« Bien que tu ne vaux pas la peine d’être tué, tu périrais avec cette île bien assez tôt. Tu peux au moins remplir le ventre de Rhododactylos. Astarte, accorde-leur la pitié, » déclara-t-il à la jeune fille indigo sans expression.

Réalisant le sens de ces mots, le vampire avait crié. « S-Stop... ! Ne... ! »

La jeune fille regarda l’homme avec ses yeux bleu pâle. Une grande mélancolie habitait dans ses yeux, ses lèvres tremblaient. « ... Acceptez. »

Le bras géant, d’un blanc éclatant, se tortillait comme une bête malicieuse.

Les cris de l’homme avaient résonné.

***

Chapitre 2 : Voici le Chien de Garde

Partie 1

L’Île Sud, qui était le district sud de l’Île d’Itogami, contenait la résidence de Kojou Akatsuki parmi beaucoup d’autres. Il vivait au septième étage d’un immeuble d’appartements de neuf étages. Sur ce gigaflotteur, où la hauteur du bâtiment était sévèrement limitée, il s’agissait d’un bâtiment relativement haut avec une vue imposante.

Bien que ce soit le dernier jour de l’été, le soleil était déjà haut quand Kojou était sorti du lit. À cette heure, il pourrait à peine arriver à temps pour l’examen de rattrapage qu’il devait faire ce jour-là.

Kojou était une personne nocturne au début, mais sa transformation en vampire n’avait fait qu’aggraver cet état d’un cran. Plutôt que d’être plus fort la nuit, c’était simplement que sa tête n’avait pas à fonctionner correctement avant midi. À cause de cela, il avait été en retard à maintes reprises au cours du dernier semestre ; c’est pourquoi il avait été enterré sous des leçons supplémentaires et des examens de rattrapage, piétinant sans pitié ses précieuses vacances d’été.

« Argh..., je suis tellement endormi. » Kojou fit un murmure langoureux, affichant son expression lugubre habituelle.

Il avait des tests de rattrapage pour quatre sujets. Il lui restait encore des devoirs et un demi-marathon. S’il le pouvait, il abandonnerait tout et s’enfuirait complètement de l’île, mais cela signifierait que le dernier semestre commencerait sans lui, et il devrait certainement redoubler l’année. Plus que cela, il était terrifié par les réprimandes que Nagisa allait lui donner.

Mais même ainsi, c’était un peu mieux que la situation désespérée comme cela avait été jusqu’à la veille.

C’était parce que Yukina l’avait aidé à étudier jusqu’à la tombée de la nuit.

D’une manière ou d’une autre, à l’Organisation du Roi Lion, elle avait déjà obtenu un diplôme du Collège et était meilleure que Kojou dans à peu près toutes les matières qu’il suivait. Comme elle avait dit que les choses comme étudiées étaient quelque chose que vous deviez faire pour vous-même, elle avait répondu aux questions les unes après les autres. Il était reconnaissant de la façon dont elle enseignait à partir des bases, contrairement à Asagi, qui était du genre génie.

Kojou se sentait plutôt pathétique d’avoir à se faire enseigner tout cela par une lycéenne plus jeune que lui, mais comme il était dos au mur, il n’avait aucune marge de manœuvre pour s’inquiéter de sa petite fierté.

« Nagisa... est au club, hein ? »

Quand Kojou avait fini de se changer et était sorti dans le salon, il avait vu une seule pièce de cinq cents yens reposant sur une assiette sur le dessus de la table. « Comme je ne t’ai pas fait de petit-déjeuner, va acheter quelque chose ». Kojou l’avait ramassée avec reconnaissance, avait sorti son parka et s’était dirigé vers l’extérieur.

Nagisa était d’ailleurs dans le club de majorette. Chaque année, ces membres étaient très occupées à encourager tous les autres clubs et à s’entraîner pour leur propre tournoi. C’est bien d’avoir une assiette pleine, pensa Kojou avec nostalgie.

« ... Fait chaud. »

Kojou avait pris l’ascenseur, qui n’avait pas bénéficié de la climatisation, jusqu’au rez-de-chaussée et s’était dirigé vers l’entrée principale du complexe d’appartements.

Flottant sur l’océan Pacifique tel qu’elle était, l’Île d’Itogami avait tendance à subir des pluies en tout temps de l’année et elle avait été frappée par un certain nombre de typhons, mais la météo avait été déraisonnablement claire et ensoleillée ces derniers jours. Le déluge incessant de la chaleur du soleil sur la surface artificielle avait rendu les températures considérables. Des effets de mirages étaient apparus de l’asphalte qui couvrait les rues.

Lorsque Kojou remarqua un profil arrière familier flottant parmi les mirages, il avait plissé les yeux.

C’était une fille portant l’uniforme de l’Académie Saikai avec un étui de guitare sur le dos.

« Ah... Senpai. »

Debout devant la porte automatique, Yukina avait remarqué Kojou et s’était lentement retournée. Elle lui avait dit « Bonjour », en saluant avec son ton habituel, trop sérieux. D’après son expression rafraîchie alors qu’elle n’avait pas une seule goutte de sueur sur son visage, elle devait avoir une sorte de barrière déployée autour d’elle, mais cela lui faisait un peu peur de voir quelqu’un de plus éloigné de l’humanité que Kojou, un démon.

« Himeragi, étais-tu là tout le temps ? Pour me surveiller... ? » demanda Kojou avec anxiété, sentant un niveau de ténacité semblable à celui d’une harceleuse.

Yukina regarda Kojou sans aucune expression. « Oui, car après tout, c’est mon devoir de te surveiller. »

« Sérieusement !? » demanda Kojou.

« Je plaisante, » pendant qu’Yukina lui répondit, elle faisait un petit rire.

Kojou se tordit les lèvres en silence. En raison du ton étrangement calme qu’elle avait utilisé, son incapacité à dire à quel point elle était sérieuse lui avait fait sauter quelques battements de cœur.

« J’attendais mes affaires. On m’a dit qu’ils arriveraient à cette heure. »

« ... Tes affaires ? »

Kojou était un peu perplexe devant les paroles inattendues d’Yukina. Yukina hocha légèrement la tête.

« Oui. C’était une mission urgente, donc je n’ai pas eu le temps de me préparer. Jusqu’à hier, on m’avait prêté une chambre d’hôtel, mais comme c’est assez gênant... »

Avant qu’elle ne puisse terminer cette phrase, un petit camion avait roulé sur le trottoir et s’était placé devant l’immeuble. Il s’était garé juste en face de l’entrée où Kojou et Yukina étaient à proximité.

Deux livreurs en uniforme de la compagnie maritime étaient sortis du camion.

Alors qu’ils ramassaient le fret et le portaient, elle avait appelé le jeune livreur d’une voix forte. « Excusez-moi, par ici, s’il vous plaît. »

Yukina montrait du doigt l’ascenseur dans lequel Kojou était monté tout à l’heure.

« Attends un peu. Tu ne peux pas sérieusement dire que tu déménages ici…, » commença Kojou.

« Oui, dans ce complexe d’appartements. Et alors ? »

« Pourquoi !? »

« Je crois que c’est ici que tu vis, Senpai... ? » demanda Yukina avec une expression de doute. Son attitude semblait dire : « Pourquoi me demandes-tu quelque chose d’aussi évident ? » Elle semblait déterminée à observer même sa vie privée.

Kojou avait fait un air renfrogné alors qu’il demandait. « Est-ce que l’Organisation du Roi Lion t’a aussi ordonné de faire ça ? »

« Oui. »

Yukina était montée dans l’ascenseur avec les objets transportés par le camion. Kojou, quelque peu anxieux, l’avait suivie jusqu’à l’intérieur. Comme pour valider les inquiétudes de Kojou, Yukina avait appuyé sans hésitation sur le bouton de l’ascenseur pour le septième étage, se tournant vers les deux livreurs.

« Chambre 7-55, s’il vous plaît. »

« Vraiment ! » Kojou criait spontanément, subissant ainsi le regard des livreurs surpris.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Senpai ? Pourquoi élever la voix dans un espace aussi étroit ? » Yukina avait parlé avec un ton de réprimande.

Kojou avait serré sa tête en raison de son irritation. « 7-55 est juste à côté de chez moi, n’est-ce pas ? Je commence à vraiment le comprendre, mais bon sang, tu vas si loin !? Attends ! As-tu fait déménager Yamada, qui était dans cette chambre, la semaine dernière pour que tu puisses venir ici aujourd’hui !? »

« Ce n’est pas comme si je l’avais intimidé pour qu’il parte. Je l’ai simplement convaincu d’une manière pacifique, et il est parti. »

« Convaincu ? »

« Oui. Je l’ai convaincu qu’il y avait une aura maléfique dans la pièce, que le fantôme de l’homme qui s’était suicidé restait ici. Je lui ai dit comment il mourrait dans un accident malheureux à ce rythme, et je lui ai aussi dit que je connais un médium spirituel très fiable..., » expliqua-t-elle.

« Dans quel monde, n’est-ce pas de l’intimidation !? Es-tu une sorte d’escroc ? »

« Je plaisante. »

Yukina avait fini avec la même expression discrète avec laquelle elle avait commencé, laissant échapper un soupir amusé. Kojou était tout simplement et complètement déconcerté.

« ... Hein ? »

« L’ancien occupant de la chambre 7-55 a déménagé après avoir été correctement payé pour déménager. J’ai entendu dire qu’il avait un endroit plus agréable pour emménager. »

« Vraiment ? »

« Oui. Bien que nous ayons nos défauts, nous sommes après tout une agence gouvernementale. »

Ah oui, ils le sont, pensa Kojou en tapotant sa poitrine. Bien qu’il ne lui avait jamais dit bonjour, il ne dormirait pas profondément si c’était de sa faute si quelqu’un qui vivait à côté de lui avait traversé une période difficile.

Les livreurs de la compagnie maritime fixaient Kojou et Yukina avec des expressions comme s’ils se demandaient de quoi ces deux-là parlaient. Finalement, l’ascenseur avait atteint le septième étage et la porte s’était ouverte.

Les objets qu’ils transportaient n’étaient que trois boîtes en carton ondulé. Après avoir fait signer Yukina pour la livraison, les livreurs avaient fait de modestes et vagues signes de la main et étaient sortis.

« Senpai, pourrais-je te demander d’apporter ces boîtes à l’intérieur ? » demanda Yukina sans hésitation lorsqu’elle ouvrit la serrure extérieure.

« Pourquoi dois-je... ? » grondant dans un murmure, Kojou ramassa l’une des boîtes en carton ondulé. Quel était l’intérêt de la force physique d’un vampire si vous ne pouviez pas l’utiliser à un moment comme celui-ci ?

La chambre 705 d’Yukina avait été construite comme l’appartement 704 d’à côté, où vivaient Kojou et Nagisa, était un appartement de trois chambres à coucher avec un salon, une salle à manger et une cuisine.

C’était un peu étroit pour la vie de famille, mais il y avait une surabondance d’espace pour une personne seule. L’absence de meuble le rendait particulièrement désertique.

« Hé, Himeragi, est-ce tout ce que tu as ? »

« Oui. Ça l’est, mais…, » Yukina avait incliné un peu son cou mince en regardant Kojou. « Je n’avais pas grand-chose pour mes effets personnels quand je vivais dans un dortoir étudiant. Y a-t-il quelque chose de mal à cela ? »

« Il n’y a rien de mal, mais on dirait que tu es à court de meubles. Je ne vois même pas de futon ici. »

« Je peux dormir n’importe où. En plus, j’ai les cartons. »

« S’il te plaît, arrête... arrête, » pendant que Kojou parlait, il s’appuyait contre un mur avec un regard épuisé. Il n’aurait jamais une bonne nuit de sommeil en pensant à une lycéenne qui veillait sur lui, dormant sur du carton dans la chambre d’à côté.

« J’avais l’intention plus tard d’aller acheter des produits de première nécessité, mais..., » murmurant comme si elle cherchait des excuses, Yukina avait jeté un coup d’œil sur le visage de Kojou. En voyant sur le visage d’Yukina qu’il y avait quelque chose qui n’avait pas été dit, Kojou avait levé un sourcil avec un son de *mm*.

« Attends, ne te dis-tu pas que tu ne peux pas prendre le temps d’aller faire des achats parce que tu dois m’observer ? »

« Eh bien, oui. C’est mon devoir, après tout... »

Alors qu’il regardait Yukina hocher de la tête, Kojou avait poussé un soupir exaspéré. Il pensait qu’il était plus facile de masquer avec quelque chose de convaincant après-coup, mais cette idée n’avait pas semblé venir à Yukina.

« Si c’est le cas, je vais faire des achats avec toi et c’est bon, n’est-ce pas, Himeragi ? »

« Ensemble avec... toi, Senpai ? »

« Comme ça, tu n’auras pas à arrêter ta surveillance. »

« C’est vrai, mais ça ne te dérange pas ? »

« J’ai des examens de rattrapage jusqu’à l’après-midi, mais j’irai avec toi après ça. De toute façon, je t’en dois une pour m’être aidé à étudier pour les examens. »

Kojou avait vérifié sa montre pendant qu’il parlait. Il avait perdu pas mal de temps à cause d’événements inattendus. S’il n’arrivait pas enfin à l’école, il serait vraiment en retard pour ses examens de rattrapage.

« Est-ce que c’est vrai ? Dans ce cas, je t’attendrai à l’intérieur de l’école jusqu’à ce que tu aies fini tes examens, Senpai. »

Cela dit, Yukina avait fait un sourire un peu heureux. Puis elle avait repris son étui de guitare et l’avait placé à son dos. C’était l’étui noir qui contenait la lance en argent qu’elle avait appelée « Sekkarou (Snowdrift Wolf) ».

« Hé, as-tu besoin de cette lance pour faire des achats ? » Le visage de Kojou grimaça alors qu’il le lui avait demandé. Si possible, il ne voulait pas apporter quelque chose d’aussi dangereux pour les nécessités quotidiennes, mais...

« Bien sûr. Je suis après tout en service, » tandis qu’Yukina parlait sur un ton calme, Kojou poussa un soupir épuisé.

***

Partie 2

Kojou avait amené Yukina dans un bâtiment voisin qui contenait un centre commercial promettant que dans cet unique établissement, vous pouviez subvenir à tous les besoins de votre ménage. Au moment où ils étaient entrés dans le magasin, les yeux d’Yukina s’étaient agrandis et ils étaient restés comme ça pendant tout le séjour dedans.

Il n’y avait rien d’inhabituel dans ce magasin. L’Île d’Itogami, une ville de recherche loin du continent, avait sa part de magasins peu recommandables vendant des appareils et des médicaments suspects, mais par rapport à cela, ce n’était qu’un magasin général assez complet pour les besoins quotidiens.

Cependant, il semblerait qu’Yukina n’avait jamais été à l’un des endroits connus comme un centre pour la maison et le jardinage. La jeune fille était stupéfaite de voir un magasin de cette envergure pour la première fois de sa vie. Elle regardait les produits qui tapissaient les étagères avec une suspicion clairement visible sur son visage.

« Est-ce une arme ? On dirait une sorte de macis, » demanda-t-elle.

« Non, c’est juste un club de golf. C’est pour un sport, » Kojou avait répondu à la question complètement franche d’Yukina avec un regard perplexe. Il ne savait pas à quel point elle avait posé cette question sérieusement.

« Est-ce que c’est vrai ? Et puis qu’en est-il de cet engin lourd qui ressemble à un lance-flammes... ? » demanda Yukina.

« C’est un nettoyeur à pression. On l’utilise pour laver les voitures, » répondit-il.

« C’est une arme, c’est sûr. Je l’ai vu dans des films, » déclara Yukina.

« Une tronçonneuse, euh ? Eh bien, je suppose que c’est une arme..., » répondit-il.

« Ah, j’ai appris ça à l’Organisation du Roi Lion. Quel magasin effrayant ! Ils vendent même ce genre d’arme, » déclara Yukina.

« N’est-ce pas juste un détergent liquide... ? » demanda Kojou.

« Oui. Mais tu peux l’utiliser pour créer du gaz toxique. En mélangeant un composé acide avec un composé chloré…, » commença-t-elle à expliquer.

« Non ! Tu ne l’utilises pas comme ça, JAMAIS ! » cria Kojou.

Après avoir acheté tout ce dont Yukina avait besoin, Kojou était vraiment épuisé. Les dommages causés par le test de rattrapage du matin et le semi-marathon s’additionnaient à tout ça.

D’autre part, une expression plutôt joyeuse était venue du côté d’Yukina. Il semblait qu’elle aimait beaucoup le magasin d’article ménagé et de jardinage. Elle avait aussi l’air heureuse d’aller faire des achats avec quelqu’un d’autre comme ça.

« Au fait, est-ce que ça te va de payer pour tout ça, Himeragi ? Tu as acheté pas mal de choses ici, » ils avaient quitté le magasin et se rendaient à la gare routière quand Kojou lui avait demandé ça.

Yukina hocha la tête de façon décontractée. « Pas de problème. J’ai reçu une allocation à l’avance pour toutes mes dépenses de ce genre. »

« Ahh, alors c’est ça, » Kojou l’avait accepté sans avoir le moindre doute. Même si elle était apprentie, il aurait été étrange d’envoyer un Mage d’Attaque en territoire inconnu sans au moins ce niveau de soutien.

« Budget pour les dépenses, hein ? De combien parle-t-on ici ? » demanda-t-il.

« Dix millions de yens, » répondit-elle.

« Dix millions... !? » s’exclama Kojou en regardant la réponse calme d’Yukina. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas le genre d’argent que vous alliez donner à un lycéen. En voyant Kojou immobile avec un regard abasourdi, une expression mystérieuse était apparue sur le visage d’Yukina.

« La comptable de l’Organisation du Roi Lion a dit que comme j’allais à l’encontre du quatrième Primogéniteur, je pouvais périr à tout moment, donc je ne devais pas avoir de regrets, donc... c’est à cela que sert le budget qui m’a été attribuée. »

« C’est donc de ma faute !? Tu es riche à cause de moi ? » s’écria-t-il.

Franchement, Kojou voulait crier. Il pouvait comprendre la logique d’un budget pour les dépenses croissant au fur et à mesure que la mission devenait plus dangereuse, mais l’inconvénient de l’arrivée d’Yukina était surtout le sien : l’entraîner dans un combat avec des démons, lui priver de sa vie privée, le menacer avec cette lance folle. Alors pourquoi sa tirelire était-elle plus grande que la sienne ?

Mais, si Kojou criait tous ses problèmes, Yukina le prendrait mal.

« Je suis désolée, Senpai, de te faire porter toutes les affaires, » déclara Yukina.

« Oh, ce n’est vraiment pas un problème. Tu ne peux pas tout porter toute seule, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Oui. T’avoir avec moi m’a vraiment aidée, Senpai, » Yukina avait souri pendant qu’elle parlait.

Kojou haussa sans dire un mot les épaules. À l’intérieur des sacs qui se balançaient des mains de Kojou se trouvaient les nécessités quotidiennes qu’Yukina avait achetées : rideaux de chambre à coucher, tapis de bain, pantoufles de toilette, tasses et brosses à dents, tasses et verres. Kojou pensait que c’était exactement comme ce qu’un couple d’étudiants feraient juste après avoir emménagé ensemble.

Et, alors que Kojou portait les sacs avec Yukina, ils arrivèrent à la plate-forme d’embarquement du monorail...

« — Kojou ? » Il y avait une voix surprise juste devant eux qui retentit à ce moment-là.

« Euh ? »

Kojou avait levé le visage de manière automatique lorsque quelqu’un avait crié son nom. Debout, il y avait une lycéenne séduisante, et même magnifique qui se trouvait là. Son visage était très familier à Kojou.

« Euh, Asagi ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Ta maison n’est pas par là, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Ce n’est pas le cas. Je rentrais du travail... Je pensais apporter chez toi le rapport sur l’histoire du monde que tu m’as demandé, mais..., » commença Asagi.

Bien que Kojou lui parlait comme son habitude, Asagi semblait être sur ses gardes pour une raison ou une autre alors qu’elle répondait. Son regard se déplaçait sur les sacs remplis de cette sensation de vie quotidienne.

Et puis les yeux d’Asagi s’étaient tournés vers Yukina, qui se tenait à côté de Kojou.

« Qui est cette fille ? » demanda Asagi.

« Oh, Himeragi ? C’est une étudiante transférée qui entre au collège en ce moment, » Kojou avait présenté Yukina dans un ton insouciant.

Yukina baissa la tête d’un petit signe de tête. Asagi fixa carrément Yukina.

« Et que fais-tu avec une élève transférée au collège, Kojou ? » demanda Yukina.

« Euh, c’est-à-dire », marmonna Kojou. Après tout, il avait promis de garder secret le fait qu’elle venait d’une agence nationale spéciale et qu’elle était venue surveiller Kojou.

Non pas qu’il pensait qu’Asagi y croirait même s’il le lui disait, mais...

« C’est la camarade de classe de Nagisa, » répondit-il.

La voix de Kojou s’était fait entendre lorsqu’il s’en était finalement souvenu. Asagi plissa avec suspicions ses sourcils.

« Nagisa ? » demanda Asagi.

« Ouais. Apparemment, Nagisa et elle ont appris à se connaître quand elle est venue faire les formalités de transfert, » répondit Kojou.

« ... Alors, Kojou, dis-tu que Nagisa t’a présenté cette fille ? » demanda Asagi.

« Oui, c’est ça, » comme ce n’était pas vraiment faux, Kojou avait habilement répondu ainsi.

Alors qu’Yukina écoutait l’échange entre Kojou et Asagi, une expression lui était venue comme si elle venait de réaliser quelque chose.

« Jolie fille, n’est-elle pas... ? » Asagi se tourna vers Kojou, puis elle lui parla d’une voix douce. Elle avait le sourire habituel sur son visage, mais elle n’avait pas l’air de sourire quand on regardait ses yeux.

« Eh bien, oui, » répondit-il.

 

Kojou avait honnêtement accepté ça sans réflexion particulière. Quand il avait vu le frémissement des joues d’Asagi, il avait modifié ses paroles à la hâte. « ... Euh, Nagisa a aussi dit ça. »

« Hmm. Je vois, » répondit Asagi alors qu’elle s’était éloignée de Kojou, un sourire artificiel sur son visage. De la façon dont elle avait l’air, Kojou ressentait une aura dangereuse à son sujet.

« Ah, Asagi ? » demanda-t-il.

« Eh bien, le train arrive. Je rentre chez moi, » déclara-t-elle.

Comme l’avait dit Asagi, le train arrivait sur le quai de chargement du monorail. Elle avait tourné dans la direction opposée de l’arrêt vers le complexe d’appartements de Kojou et Yukina. Kojou s’était empressé de l’appeler : « N’allais-tu pas me montrer ce rapport sur l’histoire du monde ? »

« Oui. Je le voulais, mais apparemment je l’ai oublié quelque part, » Asagi parlait avec un visage souriant rempli d’une rage silencieuse. Ses yeux transmettaient un message silencieux qu’il devra tout expliquer à l’école demain.

« Hein ? Hé, Asagi ! » cria Kojou.

« Bye-bye ! »

Les portes du train s’étaient fermées juste devant les yeux de Kojou. Pour une raison inconnue, Asagi avait ignoré Kojou, et avait seulement salué aimablement Yukina, avant de partir.

« Qu’est-ce qu’elle a ? » Kojou inclinait la tête en murmurant.

Yukina affichait une expression comme si elle se sentait responsable. « Je suis désolée, Senpai. C’est peut-être ma faute s’il y a un malentendu... »

« Malentendu ? » demanda Kojou.

Kojou avait jeté un regard mystifié sur Yukina, qui était déprimée pour une raison inconnue. Finalement, il avait compris la situation.

« Euh, impossible. Il n’y a pas de malentendu. C’est juste une amie, tu comprends, » déclara Kojou.

« Juste... des amis, n’est-ce pas ? » Yukina avait demandé si c’est ce que Kojou pensait vraiment. Kojou acquiesça sans hésitation.

« Eh bien, on se connaît depuis longtemps. C’est comme si on était les meilleurs potes, » répondit Kojou.

« Senpai…, » pour une raison quelconque, Yukina regardait Kojou avec un regard grincheux face à sa réponse indifférente.

« Quoi ? » demanda Kojou.

« Non, ce n’est rien, » ses paroles étaient accompagnées d’une profonde expiration.

***

Partie 3

En fin de compte, nous étions presque le soir quand Kojou et Yukina étaient revenus dans leur immeuble d’habitation.

Les rayons du soleil étaient aussi forts que d’habitude, mais la brise commençait à peine à apporter peu de la fraîcheur nocturne.

« ... Euh, Kojou-kun et toi n’êtes de retour que maintenant ? Il est tard, n’est-ce pas ? »

Alors que Kojou et Yukina s’avançaient rapidement devant l’entrée du complexe d’appartements, comme s’ils fuyaient le soleil couchant, la voix de quelqu’un était là pour les saluer. La porte de l’ascenseur étant encore ouverte, et une élève du collège, en uniforme, avaient déplacé sa main pour qu’ils se dépêchent de venir.

« Nagisa, hein. C’est quoi ces sacs ? » demanda Kojou à sa sœur.

En entrant dans l’ascenseur, Kojou avait plissé les sourcils dans l’apparence de sa petite sœur. La main droite de Nagisa tenait un sac de sport rempli de son équipement pour les activités du club. Et sa main gauche tenait un sac à provisions rempli d’une grande quantité d’ingrédients de cuisine.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? C’est pour la fête de bienvenue de notre élève transférée, » en regardant un Kojou surpris, Nagisa parlait avec un étonnement apparent.

« Fête de bienvenue ? » demanda-t-il.

« C’est exact. Ce que je veux dire par là, c’est qu’elle vient juste d’emménager ici, donc elle ne peut pas préparer le dîner pour aujourd’hui, n’est-ce pas ? » demanda Nagisa afin de confirmer la situation.

« Eh bien, tu as raison, » répondit Kojou en hochant la tête, alors qu’il se souvenait que la chambre d’Yukina manquait d’ustensiles de cuisine et même de vaisselle de base.

Puis un regard empli de suspicion était apparu sur son visage. « Attends, Nagisa, savais-tu qu’Himeragi emménageait à côté... ? »

« Bien sûr. Elle est venue dire bonjour ce matin, mais tu dormais à ce moment-là. » Nagisa parlait sur un ton qui semblait lui reprocher d’avoir dormi tard. Elle était plus réservée avec la quantité de mots qui sortait de sa bouche que d’habitude, et était sans doute prudente devant Yukina.

« Est-ce vrai ? » Kojou demanda Yukina d’une voix basse.

« Oui, » répondit Yukina en hochant la tête.

« Euh... Mais est-ce que c’est correct d’avoir une fête de bienvenue ? » demanda Yukina après ça.

« Tout à fait ! J’ai déjà acheté de la viande pour ça de toute façon. Kojou et moi ne pouvons pas tout manger seuls. » Nagisa avait affiché une expression chaleureuse et affable lorsqu’elle parlait.

C’est sûr qu’elle dirait ça, pensa Kojou avec un sourire en coin.

En raison du divorce de leurs parents quatre ans auparavant, la famille Akatsuki était actuellement une famille de trois personnes. De plus, leur mère, qui travaillait comme chef de la recherche pour une société basée dans la ville, serait encore absente de la maison pendant une ou deux semaines comme chaque fois en raison de son travail.

Comme ses enfants pouvaient aller la rencontrer à n’importe quel moment, elle ne se sentait pas si seule, mais Kojou et Nagisa vivaient ensemble comme frère et sœur. Et dans une telle situation, même si ce n’était pas quelque chose d’énorme, ils ne pouvaient pas manger les 1,5 kg de bœuf coupé spécial que Nagisa tenait dans ses bras.

« Merci beaucoup. Si vous êtes d’accord avec ça, alors cela me va, » Yukina avait dit ça après un petit moment de réflexion. Elle se disait probablement que c’était tout simplement une autre partie de son devoir de surveiller Kojou. En entendant ces mots, Nagisa avait fait un sourire heureux.

« Je suis si heureuse. Viens nous voir quand tu auras rangé tes affaires, » déclara Nagisa. « Ah, est-ce bon pour toi si c’est seulement un chaudron de ragoût ? J’espère qu’il n’y a que des choses que tu peux manger là-dedans, Yukina. C’est un luxe d’avoir l’air conditionné à plein régime et de manger ce genre de choses au milieu de l’été. Lequel préfères-tu, la sauce miso ou la sauce soja ? Yukina, y a-t-il quelque chose que tu ne peux pas manger, ou peux-tu tout manger ? C’est vraiment un luxe de manger du ragoût au milieu de l’été avec la climatisation. Pour le bouillon, j’utilise de la bonite, du varech, des os de poulet et des pommes de terre, mais aujourd’hui, j’ai aussi préparé du crabe, alors je devrais peut-être utiliser de la sauce soja. La chair du crabe d’Okhotsk. Aujourd’hui, c’est la bonne saison... »

« Laisse tomber, Nagisa. Himeragi est en état de choc. » Kojou avait légèrement tapoté la tête de sa petite sœur pour calmer sa bouche motrice. Nagisa avait fait un, « Ohh, » et avait regardé Kojou avec des yeux larmoyants.

Yukina avait eu l’impression d’être complètement dépassée, mais quand même : « Euh, et si je t’aidais avec la préparation du repas ? Si c’est juste pour préparer un ragoût, alors... »

« Non, non, non, aujourd’hui tu es notre invitée, Yukina. Tu dois être fatigué d’avoir parcouru un long chemin. Hé, Kojou, tu devrais un peu divertir Yukina. Veux-tu bien le faire ? » demanda Nagisa.

« Ne dis pas quelque chose que tu viens d’inventer comme si tu l’avais prévu. Je vais dans ma chambre pour finir mes devoirs, » répliqua Kojou.

Kojou poussa un petit soupir en regardant le soleil couchant. Avant qu’il ne s’en rende compte, les vacances d’été qui lui restaient étaient devenues trop brèves. Il ne pouvait pas cacher son sentiment qu’il était peut-être déjà trop tard.

« Si c’est le cas, et si je t’aidais à faire tes devoirs, Senpai ? » Yukina avait parlé alors qu’elle déposait les objets qu’elle avait achetés dans l’entrée de l’appartement 705.

Son offre inattendue avait ébranlé Kojou. Il était vraiment reconnaissant pour la suggestion, mais il y avait trop de problèmes avec le camarade de classe de sa petite sœur qui l’aidait à étudier, du moins en ce qui concernait sa dignité en tant que frère aîné.

Mais Nagisa ne se souciait pas du conflit intérieur de Kojou. « Désolée, Yukina-chan. Prends bien soin de Kojou-kun. Ce n’est pas un frère aîné très intelligent. »

Alors qu’elle faisait un autre monologue, elle avait ramené Yukina avec elle dans son propre propre appartement. Kojou avait suivi les filles avec un visage maussade. Dignité en tant que grand frère ? Ça n’existe pas. Il était reconnaissant du fait qu’Yukina n’ait pas agi comme si l’invitation insistante de Nagisa la dérangeait.

En entrant dans sa propre résidence, Nagisa s’était immédiatement jetée sur un tablier et avait commencé à préparer les ingrédients.

Après qu’elle l’ait fait, Kojou avait conduit Yukina dans sa propre chambre.

Comme Nagisa était un monstre de propreté et qu’elle avait toujours rangé sans demander chaque fois qu’elle voyait une ouverture, Kojou pouvait lui montrer sa chambre sans aucune gêne.

Mais même ainsi, la pièce était ennuyeuse en raison du faible nombre de choses qui s’y trouvait. Ce n’était pas tout à fait au niveau de la chambre d’Yukina, mais à part le lit, un bureau et une étagère à moitié vide avec de vieux magazines enfoncés dedans, il n’y avait rien d’autre.

« C’est... Senpai, es-tu un joueur de basket ? » demanda Yukina après avoir remarqué une photo placée sur cette étagère, apparemment un peu surprise.

La photo était du temps de Kojou dans le Club de Basket du collège. Il s’était débarrassé de tout son équipement de basket lorsqu’il avait quitté le club, mais c’était la seule chose qui n’avait pas jetée.

« Himeragi, sais-tu ce qu’est le basket même si tu as dit qu’un club de golf était un type de masse ? » Kojou avait parlé sur un ton plaisant.

Les lèvres d’Yukina s’étaient tordues dans une moue. « Un champion régional est un record impressionnant. »

« C’était il y a longtemps, » répondit-il.

« Est-ce que l’obtention du pouvoir du quatrième Primogéniteur explique pourquoi tu as renoncé au basket, Senpai ? » Yukina avait déclaré ses mots alors qu’elle le regardait avec une expression sérieuse.

Kojou avait secoué la tête comme si le problème était ennuyeux. C’était un peu étrange qu’une année entière se soit écoulée depuis lors, pensa-t-il.

« Mon état n’a rien à voir avec ça. J’ai arrêté le basket avant, » répondit-il.

Ouais, ce n’est pas comme si je pouvais rivaliser avec ce corps, pensa Kojou, en riant à ses propres frais.

Il avait la capacité de sauter avec une force monstrueuse et l’agilité pour attraper une balle. L’utilisation du pouvoir démoniaque était l’antithèse de l’esprit sportif. En ce qui concerne la tricherie, les scandales de dopage n’étaient rien comparativement à ça.

Mais Kojou avait arrêté le basket il y a plus d’un an, avant qu’il ne devienne un vampire.

« Alors, pourquoi l’as-tu fait ? » demanda-t-elle.

« Vraiment, ce n’est pas une histoire si rare. Je n’avais pas compris que l’activité du club n’est pas quelque chose que tu peux faire par toi-même, » déclara-t-il. « Le fait est que j’étais isolé dans l’équipe. »

« Hein ? » s’exclama Yukina.

En regardant du côté, Yukina semblait surprise lorsque Kojou en parlait comme s’il s’agissait de quelqu’un d’autre. Kojou avait exécuté un flop langoureux sur le lit, faisant un sourire tendu en levant les yeux vers le plafond.

« À l’époque, je pensais qu’on gagnerait si je jouais assez bien. Et jusqu’à mi-chemin, c’était comme ça. Nous étions ce que les personnes appellent une équipe d’un seul homme. Parce que j’étais un bon joueur, je me suis laissé emporté, » continua-t-il.

Comme si ça allait marcher comme ça, pensa Kojou en riant.

Le déclencheur avait été le tournoi final du collège. Kojou avait été blessé lors des qualifications de district. Il avait reçu une faute sévère venant l’équipe adverse et avait été forcé de quitter le terrain à mi-chemin contre son gré. Heureusement, ils avaient une grosse avance. La blessure que Kojou avait subie et qui avait causé une faute n’était pas si grave. S’ils avaient gagné, il aurait pu jouer au prochain tour.

Mais dès que Kojou avait quitté le terrain, le moral de l’équipe s’était effondré.

Ils avaient laissé l’équipe adverse revenir au score et même construire une énorme avance, et ils avaient gagné ainsi.

Du début jusqu’à la fin, Kojou ne pouvait que regarder le processus depuis le banc, stupéfait, incapable de faire quoi que ce soit.

« Mais bien plus que ça, j’ai été choqué par le calme avec lequel les autres joueurs avaient accepté la défaite, » Kojou avait fait un haussement d’épaules alors qu’il parlait. « C’est là que j’ai finalement réalisé que j’étais celui qui leur avait retiré leur volonté. Ils se sont dit que même s’ils n’essayaient pas fort, quelqu’un d’autre les ferait gagné à leur place. Je leur avais fait croire que je m’en sortirais toujours, même si la vérité était que je ne pouvais rien faire par moi-même. Et ce n’est pas en comprenant ça que je peux faire quelque chose de plus maintenant. »

C’est pourquoi Kojou avait quitté l’équipe en invoquant la nécessité de se remettre de sa blessure. Certains de ses coéquipiers étaient restés, mais Kojou n’avait pas continué à jouer au basketball avec eux, car Kojou pensait que tant qu’il serait à leurs côtés, ils ne changeraient jamais. En tout cas, Kojou avait lui-même perdu tout désir de continuer.

« Je ne pense pas... que tout était de ta faute, Senpai. » Yukina, après avoir écouté silencieusement son histoire, avait parlé sur un ton trop sérieux.

Après qu’Yukina l’ait dit, Kojou lui avait fait ce qui ressemblait à un sourire taquin.

« Oui, c’est très bien. Après tout, j’ai perdu ma motivation. Mais…, » Puis Kojou avait dénudé ses canines. La couleur de ses yeux était passée au rouge pendant quelques instants. « Quand le statut de quatrième Primogéniteur ridicule m’a été imposé, j’y ai un peu réfléchi. Si j’utilisais ces pouvoirs, je serais probablement capable de résoudre une partie des problèmes du monde d’aujourd’hui. Au moins, je pourrais tuer des criminels diaboliques et éliminer des politiciens corrompus... Des trucs comme ça, » déclara Kojou.

« Senpai. C’est…, » commença-t-elle.

« Je sais. Ce n’est pas bon, » répondit-il en lui coupant la parole. « Juste parce qu’un gars comme moi met la main sur un peu plus de pouvoir, on ne sait pas si le gars suivant ne fera pas quelque chose d’encore pire, donc ce n’est pas la bonne chose à faire. Si je fais quelque chose comme ça, il y aura probablement une réaction qui viendra de quelque part. »

Yukina avait expiré dans ce qui semblait être un soulagement. Et, comme si soudain elle réalisait quelque chose, elle avait haussé les sourcils.

« Senpai, c’est pour ça que tu caches le fait que tu es un vampire et que tu vis comme un être humain ordinaire ? » demanda-t-elle.

Eh bien, cela aussi, pensait Kojou en faisant un vague signe de tête.

« De toute façon, je n’ai pas besoin des pouvoirs d’un vampire, et je ne veux rien avoir à faire avec eux si je peux l’éviter. Je ne suis pas fait pour être un héros. En plus, pour être honnêtes, ces pouvoirs fous qu’on m’a donnés me dépassent. Je n’ai pas l’espoir que je puisse les utiliser correctement, » déclara Kojou.

« Je vois... »

Ce n’est pas que je ne comprends pas ce que tu ressens, pensa Yukina en regardant Kojou avec des yeux sobres. Puis...

« Mais, Senpai... N’est-ce pas une excuse pour ne rien faire ? » demanda Yukina.

« Eh ? Euh... Est-ce ce que tu penses ? » demanda-t-il.

Une expression était apparue sur Kojou comme s’il était blessé. « Je voulais dire quelque chose de profond, mais, ah… »

« Hehe, je suppose que tu l’as fait. J’ai vraiment une meilleure opinion de toi maintenant, » déclara Yukina.

« O-Okay. »

« C’est bon. »

Yukina avait fait un petit rire.

« Maintenant, il y a quelque chose que tu dois faire, alors on commence, Senpai. Arrêtons de mémoriser les réponses pour l’instant. Après tout, si tu peux comprendre les formules de base, tout ira bien, » déclara Yukina.

Alors qu’Yukina ouvrait l’un des manuels scolaires de Kojou, elle parlait sur le ton d’un tuteur privé plus âgé que lui. Avec un « argh », le visage de Kojou avait grimacé, mais pour une raison inconnue, Yukina semblait quelque peu amusée.

***

Partie 4

Le souper que Nagisa avait préparé aurait dû être suffisant avec des portions légères pour sept ou huit personnes, mais les trois étudiants présentaient une énorme faim alors qu’ils dévoraient le tout. Ils avaient même réussi à terminer le dernier bouillon de gruau de riz.

« Ah, on a bien mangé. Je ne peux plus bouger, » déclara Nagisa.

Nagisa, vêtue d’une mince camisole, était tombée sur le canapé du salon. Quand Yukina avait essayé de nettoyer après ça, Nagisa avait dit : « C’est bon » et elle l’avait forcée à retourner dans sa propre chambre ; quand la cuisine avait été impeccable, elle semblait avoir épuisé toutes ses forces.

« Hé, Nagisa. Ne t’endors pas dans un endroit comme ça. Tu vas attraper froid, » tandis que sa petite sœur tenait joyeusement son ventre avec ses mains, Kojou regardait avec une expression incrédule pendant qu’il parlait franchement.

Nagisa lui avait répondu d’un air agacé. « Encore un petit peu plus, je suis fatiguée de l’entraînement du club d’aujourd’hui, Kojou, d’accord ? »

Après ça, Nagisa lui avait parlé quand elle avait vu son frère se déplacer vers l’entrée. « Où vas-tu ? »

« Au dépanneur. Je vais aller me chercher quelque chose à boire pour rester éveillé, » répondit Kojou en mettant son parka sur sa tenue de maison.

Nagisa, avec toujours le visage tourné vers le bas, avait levé son visage comme s’il lui avait fallu beaucoup d’efforts.

« Ahh ! Alors, achète-moi de la glace tant que tu y es. La même que la dernière fois, » lui demanda Nagisa.

« Peux-tu encore manger ? Tu vas grossir au niveau de ton ventre si tu continues, » répondit Kojou.

« Oh, tais-toi. Je déteste quand tu dis ça, Kojou. » Les joues de Nagisa s’étaient gonflées quand elle s’y était opposée.

« Ouais, ouais, » répondit-il.

Comme Kojou le pensait, elle était en colère parce qu’elle savait qu’il avait raison, il avait fini d’attacher ses lacets et avait ouvert la porte d’entrée. Yukina se tenait tout simplement devant lui.

« Senpai, où crois-tu aller dans un moment pareil ? » demanda Yukina.

« Wôw ! » Kojou avait involontairement crié devant ce qui se trouvait devant lui.

Les yeux d’Yukina s’étaient rétrécis alors qu’elle était sur ses gardes et qu’elle fixait Kojou avec un regard glacial.

« H-Himeragi !? » s’écria Kojou.

« Oui. Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Yukina alors qu’elle inclinait un peu la tête.

Quand il vit ça, Kojou s’était senti un peu soulagé.

Les cheveux d’Yukina étaient encore humides, avec des gouttelettes d’eau s’égouttant des pointes. De plus, la seule chose qu’elle avait jetée sur le haut de son corps nu, c’était sa blouse, qui semblait indiquer qu’elle était sans défense. Elle n’avait pas d’étui à guitare sur le dos. Il se demandait si elle avait attendu à l’extérieur de la résidence, surveillant sa sortie pendant tout ce temps, mais apparemment cela n’avait pas été le cas.

Elle était probablement en train de prendre un bain quand elle avait senti Kojou partir. Nul doute qu’elle s’était empressée de partir. Ce genre de dévouement stupide et aveugle à son travail était exactement ce que l’Yukina, trop sérieuse, ferait.

« Tu n’as quand même pas l’intention de venir avec moi alors que tu es habillée comme ça ? » demanda Kojou en sentant un léger mal de tête.

« C’est mon devoir de te surveiller, » répondit Yukina avec son ton impassible habituel, mais même elle avait fait preuve d’un peu de timidité et d’anxiété.

Les circonstances étant ce qu’elles étaient, et probablement, elle ne portait même pas de culotte sous sa jupe.

Kojou secoua la tête avec consternation. « Hé, c’est bon. Va... sèche tes cheveux et tout ce que tu veux. J’attendrai ici jusqu’à ce que tu aies fini. »

« Vraiment ? » demanda Yukina alors qu’elle clignait des yeux, semblant un peu surprise.

Le visage de Kojou continuait à grimace avant de répliquer « Comme si je décidais d’emmener un lycéen qui ressemble à ça !? Je vais me faire arrêter ! »

« Je suppose que tu as raison. S’il te plaît, entre et attends un peu, » déclara Yukina.

« Non, ce n’est pas grave. Je vais attendre ici. Ce n’est pas comme si j’allais m’enfuir, » répondit Kojou.

Kojou cachait la tristesse sur son visage pendant qu’il parlait. De toute façon, être seul avec une fille sortant du bain, c’était mal. Le niveau de difficulté était trop élevé pour Kojou.

Yukina l’avait laissé avec un « Eh bien, alors », semblant s’enfuir alors qu’elle retournait dans sa propre chambre.

Kojou avait regardé le ciel depuis le couloir de l’appartement. Il avait innocemment compté les étoiles. Après tout, il avait le sentiment qu’il serait agressé par des impulsions vampiriques s’il voyait Yukina changer de vêtements.

Finalement, la porte de la chambre d’Yukina s’était ouverte une fois de plus, et Yukina était sortie, entièrement habillée cette fois-ci. Elle avait en effet cet étui de guitare sur son dos.

Peut-être qu’elle n’a pas de vêtements à part les uniformes scolaires, pensa soudain Kojou. Je vais bientôt devoir l’emmener faire du shopping. Tout en ayant cette pensée entièrement naturelle, Kojou s’était rendu compte de quelque chose et il avait poussé un soupir.

Il avait l’impression d’avoir ramené un petit animal de compagnie à la maison.

« Alors, où allons-nous, Senpai ? » demanda Yukina, ignorante du conflit intérieur de Kojou.

Kojou était monté dans l’ascenseur en répondant : « Dépanneur. Ne me dis pas que tu ne sais pas ce qu’est un dépanneur ? »

« Oui, je sais ce que c’est, mais je n’en ai jamais vu un au milieu de la nuit comme ça. »

Yukina avait parlé avec un certain entrain dans sa voix, comme si elle contenait des attentes sans aucun malaise. Elle avait l’expression d’une fille qui cachait une farce à ses parents. N’attends pas grand-chose d’un dépanneur, pensait Kojou avec un sourire tendu.

« Désolé pour tout à l’heure. Tu dois être épuisée, » déclara Kojou.

« Hein ? »

« À l’heure du souper, Nagisa était vraiment excitée, » déclara Kojou.

« Non, c’était amusant. Le ragoût était aussi délicieux, » répondit Yukina.

Yukina avait souri avec ce qui ressemblait à un petit rougissement. Je suis content alors, pensa Kojou en souriant.

« Nous avions l’habitude de cuisiner à tour de rôle, mais Nagisa s’est améliorée dernièrement, alors…, » déclara Kojou.

« C’est bien d’être un frère et une sœur. Je n’ai pas de famille, alors j’admire ça, » Yukina l’avait déclaré sur un ton décontracté.

« N’as-tu pas de famille ? » demanda Kojou.

Kojou avait regardé le côté du visage d’Yukina avec surprise.

« Non, » répondit Yukina, secouant la tête sans montrer aucun sentiment réel.

« Tout le monde à la Forêt des Grands Dieux est orphelin. L’organisation rassemble des enfants à potentiel de tout le pays et les élève pour devenir des Mages d’Attaque Anti-Démon, » répondit-elle.

« C’est si... ? » L’histoire personnelle d’Yukina présentait un poids inattendu, et cela avait laissé Kojou à court de mots. « Alors tu as été élevée dès le début pour être une Mage d’Attaque... ? »

« Oui. Euh ! Mais ce n’est pas comme je me sentais seule parce que je n’avais pas de famille. Tout le personnel de la Forêt des Grands Dieux est très aimable et la formation Chamane Épéiste ne me dérangeait pas non plus. »

Yukina s’était amendée à la hâte. Il n’avait pas l’impression qu’Yukina mentait. Kojou avait accepté ses paroles. Il pensait qu’Yukina n’aurait de toute façon pas pu apprendre les arts martiaux à un niveau assez élevé pour dominer complètement les démons si elle avait détesté l’entraînement. Mais —

« Qu’est-ce qu’une Chamane Épéiste ? » demanda Kojou. Kojou avait incliné la tête face au terme inconnu.

« Un Mage d’Attaque au service de la Forêt des Grands Dieux. Je pense que c’est censé signifier une jeune fille de sanctuaire formée à l’art de l’épée, » Yukina avait parlé avec un regard incertain. Apparemment, elle ne l’avait pas vraiment compris elle-même.

« Jeune fille du sanctuaire... Himeragi, ça veut dire que tu peux prier et dire la bonne aventure ? » demanda-t-il.

« Je peux faire les actes, mais ce n’est pas vraiment ma spécialité…, » répondit-elle.

« Hmm »

Je vois, pensa Kojou, en l’acceptant d’une manière ou d’une autre. Maintenant qu’elle l’avait mentionné, Yukina semblait très comme il faut, mais avait l’air de quelqu’un qui trouvait les formalités rigides difficiles.

D’une façon ou d’une autre, vous pourriez l’appeler animaliste, ou plutôt, le type de mouvement basé sur l’instinct et l’intuition. C’était peut-être au départ ces qualités qui lui avaient permis d’être Chamane Épéiste.

« Senpai... Ne penserais-tu pas à quelque chose de grossier, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle.

Elle avait déconcerté Kojou avec l’instant parfait choisi pour sa question, comme si elle avait regardé à travers son esprit.

« Euh, non, pas du tout, » répondit-il.

« Je suis un médium plutôt habile, tu vois. Il est inutile de me mentir, » répondit-elle.

« Eh... !? Tu es vraiment comme un animal…, » répondit Kojou.

« Donc tu pensais à quelque chose comme ça…, » déclara Yukina.

Au cours de cette conversation, les deux individus étaient arrivés au dépanneur qui était leur destination.

L’Île Sud, le principal gigaflotteur résidentiel principal où se trouvait le complexe d’appartements de Kojou et Yukina, n’avait pas beaucoup de personnes qui se promenaient la nuit. Malgré tout, les choses étaient assez animées à l’approche de la gare.

Il y avait de restauration rapide et des cafés et même les cafés manga ainsi que des centres de jeux.

« Ah… »

Quand ils étaient passés devant le centre de jeu, Yukina s’était soudainement arrêtée. Cela avait attiré un regard par-dessus son épaule de la part de Kojou. Il n’y avait aucune chance qu’elle ne savait pas ce qu’était un centre de jeu, pour l’amour de Dieu, mais...

« Ah, désolée. Ce n’est rien, » déclara Yukina.

« Y a-t-il quelque chose à propos du jeu de grue ? » demanda Kojou en réalisant qu’Yukina avait fixé son regard sur une armoire à l’avant du magasin.

Yukina avait un peu incliné la tête. « C’est donc un... jeu de grue. Il y a un Nekoma-tan dedans... »

« Nekoma-tan ? Cette mascotte en peluche ? » demanda Kojou.

« Oui. Euh... C’était très populaire dans mon ancienne école, » répondit-elle.

Yukina avait fait un petit signe de tête. C’était un chat-mascotte à deux têtes agitant une patte comme un chat qui faisait un signe.

Il comportait une queue divisée en deux, ce qui expliquait probablement le nom. Yukina avait essayé de parler comme si ce n’était rien de spécial pour elle, mais elle avait regardé la mascotte dans la vitrine avec des yeux brillants et scintillants.

« Eh bien, on peut le choper si c’est juste ça, » déclara Kojou.

Un sourire légèrement tendu était apparu sur Kojou alors qu’il sortait une pièce de cinq cents yens. Yukina leva les yeux vers Kojou avec une expression surprise.

« Qu’est-ce que tu veux dire par “chopper” ? Tu ne veux quand même pas dire…, » demanda Yukina.

« Non, non. Je ne veux pas dire ça dans le sens de voler. Ce dont je parle, c’est vis-à-vis de ce à quoi sert la machine, » répondit-il.

Après avoir dit ça, Kojou avait inséré la pièce dans la machine de jeu. Comme Kojou utilisait des boutons de commande pour faire bouger le bras de la grue, Yukina avait également compris l’idée générale. Elle avait observé les mouvements du bras avec un regard beaucoup plus sérieux que lorsqu’elle avait combattu ces démons.

Puisqu’il avait été avec Nagisa quand elle avait fait beaucoup de demandes en l’air, la maîtrise de Kojou avec les jeux de la grue était assez décente. Avec précision, il avait placé le bras là où il pouvait facilement l’attraper, avait ciblé la peluche et avait abaissé la grue.

Yukina retenait son souffle en regardant le but inaltérable du bras qui s’agrippait à la mascotte, la tirant vers le haut et la portant jusqu’à la boîte de dépôt. Finalement, la mascotte-chat en peluche était tombée dans la boîte. À ce moment-là...

« … Vous deux, là. Vous êtes des étudiants de l’Académie Saikai, n’est-ce pas ? Que faites-vous ici à cette heure ? »

Quand Kojou et Yukina avaient entendu la voix calme qui venait de derrière eux, ils s’étaient figés comme s’il avait été zappé par l’électricité.

Merde. Kojou avait retenu son souffle en voyant la silhouette reflétée par le verre de la machine de jeu.

Natsuki Minamiya se tenait là. Il n’avait pas besoin de bien voir son visage ; personne d’autre sur l’île de l’été éternel n’était assez fou pour porter quelque chose d’aussi étouffant qu’une robe à volants. Le parasol qu’elle tenait levé n’était pas à sa place la nuit, mais il semblait qu’elle était en train de faire les rondes pour donner aux élèves des conseils appropriés.

« Vous, le garçon. Je crois que je vous ai déjà vu. Tirez votre capuche vers le bas et tournez-vous vers moi, » Natsuki parlait sur un ton qui semblait amusé. Elle semblait avoir l’intention de coincer Kojou petit à petit, comme si elle étranglait son cou avec de la dentelle de soie.

Quand il avait jeté un coup d’œil à Yukina, elle était paralysée tout en affichant un regard pâle. Ayant été élevée pour tenir pour acquis le fait d’être une étudiante d’honneur, cette situation la frappait probablement assez durement.

C’est mauvais, pensa Kojou avec une sueur froide.

Il était déjà près de minuit. Même si c’était une machine de jeu à l’avant du magasin, nous jouions dans un centre de jeu n’était pas une excuse. C’était totalement contraire au règlement de l’école. Et il avait une lycéenne avec lui.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Si vous vous entêtez, j’ai des moyens de vous faire obéir…, » déclara Natsuki.

C’était arrivé juste après que Natsuki ait parlé sur un ton comme si elle jouait avec sa proie.

*Boom.* Une faible vibration avait secoué toute l’île artificielle. Un instant plus tard, le bruit d’une explosion se fit entendre partout.

« Qu’est-ce que... !? » Natsuki, également une Mage d’Attaque, s’était retourné en réaction à cet étrange événement.

Les bruits d’explosions continuaient à rugir sans fin. Aucun simple accident ou phénomène naturel ne pouvait expliquer cela.

Quelqu’un se livrait à une destruction délibérée. Cela avait également été transmis par la vague féroce d’énergie magique que même les gens normaux étaient capables de ressentir. Au moment où l’attention de Natsuki avait été entièrement attirée par cela...

« Himeragi, cours ! » Kojou avait instantanément saisi la main d’Yukina et s’était mis à courir.

« Eh, ah... C’est vrai ! » Comprenant l’intention de Kojou, Yukina avait également tenu serrée la main de son côté.

« Ah, attendez, vous deux…, » cria Natsuki.

Natsuki leur criait quelque chose dans leur dos, mais Yukina et Kojou possédaient des capacités athlétiques incomparables vis-à-vis de celles d’une personne normale. Kojou avait senti un flash provenant d’Yukina alors qu’elle détruisait la barrière que Natsuki avait instantanément tendue devant eux. Natsuki, complètement prise au dépourvu, n’avait plus aucun moyen de les suivre.

Nous l’avons fait, pensa Kojou avec soulagement. Mais à ce moment-là...

« Je m’en souviendrai, Kojou Akatsuki ! » Les mots de Natsuki, comme ceux d’un méchant récurrent, avaient résonné tout au long de la nuit.

Cependant, sa voix avait disparu au fur et à mesure que les sons intermittents d’énormes explosions continuaient à se faire entendre.

L’expression de Kojou s’était tordue alors qu’il courait. Ce n’était pas que les paroles de Natsuki qui le dérangeait. C’était qu’il s’était rendu compte de la vraie nature des étranges explosions qui se produisaient à l’intérieur de la ville.

Il s’agissait d’une masse de pouvoir magique sensible, d’une puissance magique écrasante et sauvage. Une incarnation de la destruction.

Et un être trop proche de l’existence actuelle de Kojou Akatsuki.

Un Vassal Bestial d’un vampire.

***

Partie 5

« Senpai... Ces explosions..., » déclara Yukina.

Après avoir continué à courir jusqu’aux bords du gigaflotteur, Yukina s’était finalement arrêtée. Sa respiration était en grande partie régulière, mais ses joues étaient légèrement rouges, peut-être parce qu’elle avait réalisé qu’elle tenait encore la main de Kojou.

Mais elle n’avait pas retiré sa main. D’après sa posture, elle semblait craindre que Kojou se retire de son emprise.

« Ouais. C’est bien un Vassal Bestial. De plus, avec cette énergie magique... Le maître est probablement là-haut, » Kojou parlait alors que son visage continuait à faire une grimace. L’instant d’après, une énorme explosion avait éclaté une fois de plus.

Dans le ciel au-dessus du gigaflotteur, une boule de feu de plusieurs mètres de diamètre était apparue ; une rafale soudaine les avait frappés un instant plus tard. C’était comme une tempête nocturne qui les avait touchées quand les vagues blanches s’étaient écrasées contre le sol artificiel, le faisant grincer et trembler.

Baignés dans des flammes explosives, ils avaient vu un oiseau noir de jais s’élever dans les airs.

Kojou ne l’avait vu qu’un instant, mais cela suffisait pour savoir avec certitude : c’était bien une bête invoquée née d’une énergie magique dense. Le Vassal Bestial d’un vampire.

Ce n’était pas un petit comme celui contre qui Yukina s’était battue quelques jours auparavant. Basé sur le fait qu’il avait assez de pouvoir destructeur pour secouer toute l’île, c’était sans aucun doute le familier de quelqu’un de la Vieille Garde, avec un nom que même les sages et les nobles n’oseraient pas prononcer.

Il avait mis en situation de combat, et maintenant, il commettait un carnage. Un vampire combattait quelqu’un.

Le district des entrepôts d’Île Est était devenu un champ de bataille. Bien qu’il s’agisse d’une zone industrielle en grande partie non habitée, même à cette distance, Kojou pourrait voir des dommages équivalents à ceux d’un grand incendie industriel.

Cependant, même avec tant de dégâts, les combats s’étaient poursuivis.

Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose — quel que soit l’ancien vampire se battait là, — son opposant avait aussi une capacité de combat égale à celui de l’Ancien lui-même.

Donc en ce moment, quelqu’un quelque part dans la ville où vivaient Kojou et Yukina traquait un puissant vampire aîné.

C’était donc une grosse affaire.

« Je suis désolée, Senpai. On se sépare ici. S’il te plaît, rentre chez toi. » Yukina avait lâché sa main pendant qu’elle parlait avant de se préparer à partir.

Kojou la regarda, stupéfait. « Himeragi ? »

« Je vais aller enquêter sur ce qui se passe. Une fois que j’aurai confirmé que tout va bien, je reviendrai immédiatement, » répondit Yukina.

« Bon, Himeragi. Si tu vas jeter un coup d’œil, j’irai..., » Kojou avait appelé Yukina à la hâte.

Yukina regarda Kojou avec un regard exaspéré. « Et que feras-tu si tu es mêlé à ça, Senpai ? S’il te plaît, tu dois avoir un peu de considération pour la position que tu occupes. »

« P-Position ? » demanda Kojou.

« Oui. Je veux dire ta position en tant que quatrième Primogéniteur, par rapport au vampire qui se bat, Senpai, » répondit-elle.

« Euh, euh... ? »

« Que penses-tu qu’il se passerait si tu posais maladroitement une main de chaque côté pour tenter de les arrêter ? Si le quatrième Primogéniteur s’attaque à un vampire d’une autre lignée, c’est un très gros problème. La même chose s’appliquerait si tu prenais son parti, » répliqua Yukina.

Sous le regard perçant d’Yukina, Kojou avait bafouillé et s’était rabattu. « Le problème, c’est tout ça... Eh bien, qu’est-ce que je dois faire dans ce cas... !? »

« Tu n’as pas besoin de faire quoi que ce soit. Rentre chez toi, tu es sur le chemin. Je suis ici pour que tu ne fasses rien de dangereux comme ça, Senpai, » répondit Yukina.

« Attends, ce n’est pas une raison pour te forcer à partir, Himeragi. Alors, observe-moi pour que je ne m’implique pas ! » Cette fois, Kojou avait regardé Yukina pendant qu’il parlait.

Cependant, Yukina secoua la tête sans hésitation. « Si tu voulais vraiment être coopératif, je le ferais, mais... c’est impossible, n’est-ce pas ? Après tout, les gens que tu connais pourraient être entraînés dans ce combat, Senpai... »

Comme Yukina l’avait calmement fait remarquer, Kojou s’était tu.

Même si le champ de bataille actuel était à l’extérieur des zones urbaines, il n’y avait aucune garantie que les civils ne seraient pas pris au piège, compte tenu de l’ampleur de la bataille. Et il y avait beaucoup de gens que Kojou connaissait sur l’île. S’il pouvait au moins garantir leur sécurité, Kojou serait soulagé, mais — .

« Je vais aller confirmer ce qui se passe. C’est lié à ma tâche, » déclara Yukina.

Tandis qu’il regardait Yukina interrompre définitivement ses propos, Kojou avait involontairement élevé la voix.

« Pourquoi faut-il que tu ailles si loin, Himeragi !? Le maintien de la loi et de l’ordre dans le Sanctuaire des Démons n’est-il pas le travail de la police et de la Garde de l’île !? » demanda Kojou.

« À moins qu’ils n’aient un Mage d’Attaque Anti-Démon d’une force non négligeable, ils ne peuvent pas entrer sur un champ de bataille avec un Vassal Bestial en liberté. Cependant, parce que j’ai ce..., » répondit Yukina.

Pendant qu’Yukina parlait, elle tirait son arme de l’étui de guitare sur son dos. La lame de la lance d’argent s’était déployée.

« C’est l’équipement qui m’a été accordé pour combattre les Primogéniteurs. Un Vassal Bestial de ce niveau n’est pas à la hauteur de Sekkarou, » déclara Yukina.

« Himeragi..., » commença Kojou.

« Par conséquent, s’il te plaît, sois aux côtés de Nagisa-san, Senpai, » déclara Yukina.

Au fur et à mesure qu’une expression encore plus préoccupante tombait sur Kojou, Yukina lui montrait un sourire doux.

Ce visage fugace et souriant avait donné à Kojou une pause.

« Eh ? »

« Le Traité de Terre Sainte spécifie le droit à l’autodéfense. Si c’est pour protéger ta famille ou d’autres personnes qui vivent sous ta protection, même si tu utilises tes pouvoirs, il n’y a aucun problème, Senpai ».

Poussant à travers l’ouverture faite par l’hésitation de Kojou, Yukina s’était lancée dans un sprint.

Nul doute qu’elle avait choisi son moment dès le début. Alors qu’il descendait de la falaise de l’île artificielle, un monorail de fret passait sous ses pieds. Yukina avait atterri en toute sécurité au sommet du train en mouvement. Le monorail automatisé se dirigeait vers l’Île Est, où se déroulait le combat.

« Himeragi... ! »

Kojou, laissé seul au sommet de la falaise du district sud, avait fixé avec violence du regard la clôture devant ses yeux.

Les combats dans le district des entrepôts se poursuivent encore aujourd’hui. Le Vassal Bestial flottant au milieu des flammes flamboyantes avait été percé par une attaque de quelqu’un, laissant échapper un hurlement hurlant.

Après ça, il n’était resté plus qu’une énorme explosion.

***

Partie 6

Un incendie de grande ampleur avait éclaté dans tout le quartier des entrepôts.

Les lampadaires s’étaient éteints, et le quartier était actuellement lumineux à cause de toutes ses flammes incandescentes. L’équipement automatisé de lutte contre l’incendie était actif, mais l’incendie n’affichait aucun signe de vouloir s’étendre.

Heureusement, il n’y avait aucun signe de personnes dans le district. Dès le départ, il s’agissait d’un secteur peu peuplé et les personnes qui administraient le district des entrepôts semblaient avoir été évacuées depuis longtemps.

Les explosions avaient dû couper l’alimentation électrique à ce moment-là, car le monorail s’était arrêté au moment où il était arrivé sur l’Île Est.

Yukina avait alors sauté du toit du train maintenant immobile et s’était dirigée vers l’endroit où le Vassal Bestial faisait rage.

Le Vassal Bestial qui combattait était un oiseau fantôme, noir de jais, ressemblant à un corbeau géant.

Son envergure dépassait facilement les dix mètres. De temps en temps, son énorme corps, comme s’il était fait d’obscurité solidifiée brillait comme de l’ambre fondu, puis il éclatait en une boule de feu qui avait engendré des explosions féroces tout autour de lui. Tout son corps était enveloppé d’une vague de vent. Apparemment, ce Vassal Bestial était l’incarnation même de l’explosion.

Celui qui contrôlait le Vassal Bestial était un grand vampire portant un costume d’affaires coûteux. Il se tenait sur le toit d’un bâtiment.

Il avait l’air d’avoir plus ou moins trente ans, mais en regardant son incroyable énergie magique, il y avait peu de doute qu’il avait vécu plusieurs fois cette durée. Sa présence écrasante et intense était digne du surnom d’Ancien.

Il aurait pu être un gestionnaire de l’une des sociétés de la Cité d’Itogami, un mercenaire ou même un officier militaire dépêché par un Dominion. Quoi qu’il arrive, c’était un gros gibier.

Cependant, malgré le fait que le vampire lançait sans cesse des attaques aussi redoutables, il n’y avait aucun indice indiquant que le combat était sur le point de s’arrêter. Au contraire, des signes d’impatience et de tension étaient clairement visibles sur le visage de l’homme.

C’était un Ancien, mais il était submergé.

« C’est…, » la voix déconcertée d’Yukina avait surgi lorsqu’elle avait remarqué un éclair déchirant le ciel.

Il s’agissait d’un bras géant, translucide, brillant avec les couleurs de l’arc-en-ciel.

Ce n’était pas de la chair et du sang. C’était une masse d’énergie magique donnant sa forme physique, tout comme un Vassal Bestial. Cependant, elle avait une aura qui différait de tous les Vassaux Bestiales qu’Yukina connaissait.

Ce bras, long de plusieurs mètres, était entré en contact avec l’oiseau fantôme noir de jais en plein vol.

Et l’instant d’après, l’oiseau fantôme produisit un hurlement empli d’angoisse.

L’une des ailes noires de l’oiseau fantôme avait été arrachée de sa place, envoyant du sang frais, incandescent et brûlant.

Et, l’énorme corps de l’oiseau fantôme ayant ainsi perdu son équilibre, et le bras aux couleurs de l’arc-en-ciel l’avait alors déchiqueté comme s’il s’agissait d’un festin.

Alors qu’il était incapable de maintenir sa forme physique, l’oiseau fantôme était tombé au sol comme une simple masse d’énergie magique. Cependant, le bras de couleur arc-en-ciel n’avait pas arrêté ses attaques. Comme un charognard, il avait violenté le cadavre du Vassal Bestial.

« Est-ce... en train de manger l’énergie magique !? »

Yukina avait frissonné face à ce spectacle bizarre. La consommation de l’énergie magique d’un Vassal Bestial vaincu — pour autant qu’Yukina le sache —, personne n’avait jamais entendu parler de l’existence d’un tel Vassal Bestial.

Et, quand Yukina avait vu le maître qui contrôlait la Bête Vassal, elle avait été encore plus perturbée.

Le maître du bras aux couleurs de l’arc-en-ciel était une fille encore plus petite qu’Yukina. C’était une fille aux cheveux indigo portant un manteau recouvrant sa chair nue. Elle avait un visage artificiellement beau. Et ses yeux bleu pâle étaient sans émotion.

« N’est-elle pas une vampire !? Ce n’est pas possible... Comment un homoncule peut-il contrôler un Vassal Bestial !? » s’exclama Yukina.

Tandis qu’Yukina se tenait debout en étant choquée, il y avait un bruit sourd et lourd de quelque chose qui tombait derrière elle.

Se retournant en raison de la surprise, Yukina avait vu le grand vampire, qui s’était effondré sur le sol et qui était gravement blessé.

L’entaille profonde de son aisselle s’étendait jusqu’à son cœur.

Un être humain serait mort sur le coup. Il en était de même pour le vampire moyen. Le fait d’être encore en vie témoignait de la robustesse d’un aîné.

Cependant, là où il aurait normalement commencé à se régénérer instantanément, son corps n’avait montré aucun changement. Ce n’était certainement pas seulement parce qu’il était faible à cause de la perte de son Vassal Bestial. Il avait subi les dommages d’une attaque qui utilisait une magie extrêmement puissante.

Le seul type d’être humain capable d’une telle attaque était une Magie d’Attaque Contre-Démon — et même alors, seulement ceux ayant la plus haute capacité offensive, connus sous le nom d’Exorcistes, mais ce n’était tout simplement pas possible.

Un exorciste était, en d’autres termes, un saint homme du plus haut rang. Ces hommes avaient le statut de prêtres et d’évêques. Il n’y avait aucune chance qu’un tel homme s’engage volontairement dans un duel dans une zone urbaine. Il n’y avait aucune possibilité d’excuser une telle chose.

« — Hmm. Un témoin. Inattendu. »

Entendant une voix basse et masculine, Yukina avait haleté et elle avait levé son visage.

Debout avec des flammes flamboyantes dans le dos se trouvait un homme de plus de cent quatre-vingt-dix centimètres de haut. La lame de la bardiche qu’il tenait dans sa main droite et les vêtements qu’il portait par-dessus sa combinaison blindée d’augmentation étaient maculés de sang frais. C’était certainement les éclaboussures du sang du vampire.

« S’il vous plaît, mettez fin à ce combat, » Yukina avait averti l’homme en vêtement d’un regard éblouissant.

Pendant qu’elle le faisait, l’homme avait regardé Yukina avec mépris. « Jeune, n’est-ce pas ? Une Mage d’Attaque de cette nation, oui... et, semble-t-il, pas une alliée du démon. »

Il parlait calmement, l’évaluant.

Sentant la soif de sang exsuder du corps de l’homme, Yukina avait abaissé son centre de gravité.

« Les atrocités envers les démons incapables sont interdites par la Loi sur les Mesures Spéciales contre la Magie Offensive. »

« Et ai-je des raisons d’obéir aux lois adoptées par les apostats qui fréquentent les démons ? » demanda l’homme.

Alors que l’homme avait facilement rejeté ses paroles, il avait soulevé son énorme hache de bataille.

« Arg, Sekkarou — ! »

Avec sa lance à la main, Yukina avait sprinté. Elle avait couru afin de se placer sous la hache de combat après qu’elle se soit dirigée vers le vampire blessé, bloquant à peine l’attaque.

« Mon Dieu... ! » L’homme dont la hache de guerre avait été renvoyée murmura ça avec un plaisir bien apparent.

Sautant en arrière avec une agilité inimaginable compte tenu de son énorme physique, l’homme s’était replacé vis-à-vis d’Yukina.

« Est-ce que cette lance est une Schneewalzer !? L’arme secrète inscrite au DOE de l’Organisation du Roi Lion ! J’ai de la chance d’en voir une entre tous les endroits ! »

Un sourire enchanté était apparu sur les lèvres de l’homme. Une lumière rouge s’était alors mise à pulser en provenance du monocle en forme de cache-œil qu’il portait. Il semblait projeter l’information directement dans le champ de vision de l’homme.

« Très bien, une Chamane Épéiste de l’Organisation du Roi Lion est un digne adversaire. Jeune femme, moi, Rudolf Eustache, apôtre arméothargien, je demande un duel. Sauvez la vie de ce démon si vous le pouvez ! » déclara Rudolf.

« Un apôtre arméothargien !? Qu’est-ce qu’un exorciste de l’Église européenne fait à chasser les démons ici ? » demanda Yukina.

« Je n’ai aucune obligation de vous répondre ! » répondit-il.

L’énorme corps de l’homme s’était séparé du sol alors qu’il avait violemment accéléré vers elle. La hache de guerre avait basculé vers le bas, attaquant Yukina avec la force d’une guillotine. La force tranchante, assistée par son armure augmentée, était suffisante pour déchirer avec aisance un véhicule blindé. Cependant, Yukina avait parfaitement anticipé la frappe, et avait esquivé ça de la largeur d’un cheveu.

Puis elle avait contre-attaqué. Yukina qui tournait sur elle même avait maintenant frappé avec sa lance vers le bras droit d’Eustache juste après la fin de son attaque.

Eustache, incapable de se soustraire à l’attaque, l’avait bloquée avec son bras gauche protégé par son armure au lieu d’esquiver.

L’affrontement entre l’arme enchantée et l’armure avait produit des étincelles pâles.

« Hnng ! »

Comme les plaques d’armure du bras gauche de l’homme avaient été écrasées, Yukina en avait profité pour mettre de l’espace entre eux. Avec un homme aussi grand et résilient comme lui en tant que son adversaire, elle était clairement désavantagée au combat rapproché. Elle avait jugé qu’elle devait l’abattre avec des tactiques de frappe et fuite.

« Le poignet de mon armure sacrée détruite en un seul coup !? Je n’en attendais pas moins d’un Schneewalzer... Un enchantement vraiment fascinant. Splendide ! » Tout en regardant son armure de son bras gauche détruit, Eustache avait léché ses lèvres en montrant sa satisfaction. Son monocle s’allumait et s’éteignait sans cesse.

En sentant l’aura sinistre émanant d’Eustache, l’expression d’Yukina s’était plissée davantage.

Je dois le vaincre ici et maintenant, elle s’était résolue à le faire. Son intuition de Chamane Épéiste lui avait dit que si elle laissait faire cet Apôtre Armé, il apporterait une grande calamité sur cette terre.

« – Ô lumière purifiante, ô divin loup de la neige, par ta volonté divine d’acier, abat les démons devant moi ! »

« Hnn... C’est... »

Alors qu’Yukina chantait sa prière solennelle, l’énergie rituelle affinée dans son corps amplifiait la Schneewalzer. Le visage d’Eustache s’était tordu face à la puissante poussée d’énergie rituelle émise par la lance.

L’instant d’après, Yukina avait lancé une attaque féroce contre Eustache.

« Nuo... ! »

L’apôtre armé avait bloqué le faisceau de lumière qui venait de la lance d’argent avec sa hache de combat. Un regard choqué l’avait surpris alors qu’il voyait la force de l’impact transmis à son bras. Son armure augmentée, capable de repousser facilement les attaques d’un homme bête, avait été repoussée de plusieurs mètres, incapable de résister à l’attaque de la jeune fille. Des étincelles s’échappaient de toutes les articulations à cause de la tension intense.

En outre, les attaques d’Yukina n’avaient pas pris fin avec cela. Elle avait continué avec une série d’attaques à bout portant comme une tempête, mettant complètement Eustache sur la défensive. Ce fait avait choqué l’apôtre armé.

La vérité était qu’en vitesse brute, une Yukina très humaine était très loin derrière un homme bête ou un vampire. Cependant, sa vision spirituelle lui permettant de voir un instant dans le futur, Yukina avait fini par se déplacer plus vite que quiconque. Combinée avec diverses feintes et un haut niveau de compétence en armes en plus de cela, Yukina possédait une vitesse d’attaque qui était au-delà de ce qu’un homme équipé d’une armure blindée d’augmentation pourrait éluder. Seule une formation continue dès le plus jeune âge l’avait rendu possible. C’était une compétence surhumaine que seuls les Chamane Épéistes pouvaient utiliser.

« Hmm, quelle puissance... et quelle vitesse ! C’est donc ça, une Chamane Épéiste de l’Organisation du Roi Lion ! »

Eustache était exalté face à ça. Il était incapable de résister face aux attaques de Sekkarou, et la bardiche avait fait un bruit de craquement alors qu’elle s’était brisée.

À ce moment-là, les attaques d’Yukina s’étaient brièvement arrêtées. Elle avait hésité à attaquer directement un Eustache humain pendant un seul instant. Eustache n’avait pas laissé échapper l’ouverture momentanée.

 

« Très bien, j’ai vu le rituel secret de l’Organisation du Roi Lion, Astarte, tue-là ! »

L’Apôtre Armé avait sauté en arrière avec toute la puissance de son armure augmentée. À sa place, la jeune fille aux cheveux indigo, vêtue d’une cape, avait sauté devant Yukina.

« Accepte. Exécute “Rhododactylos”. »

Le bras géant était apparu, surgissant du manteau de la jeune fille. Il avait agressé Yukina tout en émettant une lueur aux couleurs de l’arc-en-ciel. Yukina avait contre-attaqué avec Sekkarou. L’énergie magique géante et l’énergie rituelle étaient entrées en collision, provoquant le remplissage de l’air par un anneau d’onde emplissant les oreilles.

« Argh... ! »

« Aa... ! »

Yukina avait gagné de peu l’affrontement. La lance d’argent avait repoussé lentement le Vassal Bestial appelé « Rhododactylos ». La fille appelée Astarte avait semblé frêle, comme angoissée. C’était peut-être en raison du contrecoup des dommages subis par le Vassal Bestial. Puis...

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa- ! »

La jeune fille avait crié. Un deuxième bras avait émergé, semblant s’arracher du dos mince de la jeune fille.

Yukina était sûre qu’il ne s’agissait pas de deux Vassaux Bestiales, mais plutôt d’un seul Vassal Bestial avec une paire de bras. Cependant, le nouveau bras avait attaqué Yukina par le haut comme s’il s’agissait d’une créature complètement séparée.

« Oh n — »

L’expression d’Yukina s’était figée.

La pointe de lance de Sekkarou empalait toujours le bras droit du Vassal Bestial. Si Yukina lâchait prise un seul instant, le bras droit blessé écraserait la lance et Yukina en même temps.

Et, dans cette situation, Yukina ne pouvait pas échapper à l’attaque du bras gauche !

Il n’y avait aucune chance qu’un corps humain fragile puisse résister à une attaque qui avait même vaincu un Vassal Bestial d’un aîné. Si Yukina attendait, elle périrait certainement.

Excellente Chamane Épéiste qu’elle était, Yukina avait compris en un seul instant comment cela allait se terminer.

Elle n’avait même pas eu le temps de se résigner à sa mort.

Dans ce dernier moment, tout ce qui lui avait traversé l’esprit était la silhouette d’un garçon familier. Un garçon qu’elle n’avait rencontré que quelques jours auparavant, toujours avec ce regard vague et apathique sur son visage.

Il serait probablement triste si elle mourait.

C’est pourquoi je ne veux pas mourir, pensa Yukina. Yukina avait été très surprise d’y penser. Et puis...

« Himeragiiiiiiiiiii- ! »

Elle avait entendu la voix du garçon venant de juste à côté d’elle.

La voix de Kojou Akatsuki, le quatrième Primogéniteur.

***

Partie 7

« Raaaaaaaaaaagh ! »

Kojou avait frappé le Vassal Bestial ayant la forme d’un bras géant avec un simple poing serré.

Ce n’était pas qu’il avait une pensée spéciale ou profonde en faisant ça. Il avait juste pensé que même contre une masse matérialisée d’énergie magique comme un Vassal Bestial, le frapper avec un poing plein d’énergie magique ferait probablement quelque chose.

L’effet avait été plus important qu’il ne l’avait prévu.

Le bras gauche du Vassal Bestial ayant une lueur aux couleurs de l’arc-en-ciel avait été envoyé vers l’arrière comme si un camion à benne s’y était écrasé. Et, alors que la jeune fille qui était le maître du Vassal Bestial tombait sur le sol, entraînée par la puissance de l’impact, le bras droit attaquant Yukina s’était volatilisé.

« Quoi... »

Alors qu’elle fixait cette scène absurde, les yeux d’Yukina s’étaient écarquillés alors qu’elle était en état de choc.

Elle semblait déconcertée par l’attaque brutale de Kojou, bien trop grossière et ridicule pour appeler cela un combat. Kojou pouvait comprendre ce qu’elle ressentait. Cependant, Kojou ne connaissait aucune magie. Même s’il s’appelait le quatrième Primogéniteur et tout le reste, il ne savait pas comment utiliser la moindre capacité vampirique spéciale. Il n’avait pas d’autres moyens d’attaquer.

« Senpai, qu’est-ce que tu crois faire là !? Dans un endroit comme ça... !? » demanda-t-elle.

« C’est ma réplique, Himeragi ! Espèce d’idiote ! » s’écria Kojou.

« Moi, idiote !? » demanda Yukina.

« N’as-tu pas dit que tu ne faisais que vérifier la situation ? Alors pourquoi te bats-tu ? » demanda Kojou.

« C’est... »

« Arg » avait été la seule protestation qui était sortie de la bouche d’Yukina. Ce n’était pas que Kojou comprenait les détails, mais il pouvait au moins imaginer qu’il se passait beaucoup de choses.

Kojou ne pouvait pas voler dans le ciel. Il ne pouvait pas non plus utiliser la magie de la téléportation et ainsi de suite. Le fait de courir à pleine vitesse sur l’ensemble des seize kilomètres à travers le pont qui reliait les deux gigaflotteurs avait été aussi difficile qu’il s’y attendait.

Et, quand Kojou l’avait finalement rattrapée, le Vassal Bestial qui combattant à pleine puissance au départ avait déjà été vaincu, alors qu’Yukina était au milieu d’un combat avec l’homme mystérieux dans des vêtements de prêtre.

« Alors... de toute façon, qui sont ces personnes ? » demanda Kojou.

« Je ne sais pas. Cet homme semble être un apôtre arméothargien, mais…, » répondit Yukina en regardant fixement l’homme maintenant sans arme dans ses vêtements de prêtre. Kojou avait été franc quant à sa confusion.

« Lotharingia ? Qu’est-ce qu’il fait en venant d’Europe pour faire des problèmes ici ? » demanda Kojou.

« Senpai, fais attention, s’il te plaît. Ils sont toujours…, » commença Yukina.

La jeune fille au manteau s’était levée plus vite qu’Yukina n’avait pu terminer son avertissement. Le Vassal Bestial aux couleurs de l’arc-en-ciel était resté matérialisé derrière son dos. Les dommages causés par le coup de poing de Kojou n’avaient apparemment pas affecté le noyau du Vassal Bestial.

« Tout à l’heure, cette énergie magique... Vous n’êtes pas un vampire ordinaire, n’est-ce pas ? Égale aux nobles, ou au-delà... alors, peut-être que les rumeurs du quatrième Primogéniteur sont vraies ? » L’apôtre armé avait parlé tout en se débarrassant de sa hache de combat maintenant détruite.

La jeune fille aux cheveux indigo se tenait devant l’apôtre armé comme pour le protéger.

Kojou ne pouvait pas lire la soif de sang dans les yeux sans expression de la jeune fille. Cependant, les mots formés par ses lèvres étaient calmes. « Redémarrage, prêt. Réexécution de “Rhododactylos” — »

Obéissant aux paroles de la jeune fille, le bras géant s’était étendu vers le haut, arqué comme un serpent.

« Stop ! Je ne suis pas venu ici pour me battre…, » cria Kojou.

« Attends, Astarte. Ce n’est pas encore le moment de combattre un Primogéniteur ! » déclara Eustache.

Kojou et l’apôtre armé criaient simultanément.

Les yeux de la jeune fille avaient vacillé, comme désorientés. Cependant, le Vassal Bestial, ayant déjà reçu un ordre de son maître, ne s’était pas arrêté.

La griffe crochue aux couleurs de l’arc-en-ciel scintillant était descendue, visant Kojou comme un oiseau de proie.

« Recule, Senpai ! » Avec sa Lance en main, Yukina avait sauté comme pour repousser Kojou.

Cependant, comme si elle anticipait les mouvements d’Yukina, l’autre bras était sorti des pieds de la fille. Comme s’il serpentait le long du sol, le bras droit était arrivé en volant dans une attaque-surprise, avant même qu’une Yukina trop lente puisse réagir.

« Himeragi ! »

Kojou avait instantanément repoussé Yukina. Yukina n’avait aucun moyen d’éviter d’être balayée par l’impact sur son dos sans défense. Ayant perdu sa cible, le bras droit avait attaqué Kojou par le bas, tandis que le bras gauche l’attaquait par le haut.

« S-Senpai !? Qu’est-ce que tu as fait ? » cria Yukina.

Yukina avait arrêté l’impulsion qui l’avait affecté en faisant une roulade puis elle avait retrouvé son équilibre. Cependant, elle était arrivée trop tard pour soutenir Kojou.

« Arg... ! »

Kojou ne pouvait que contre-attaquer avec le poing contre le bras droit. Donc, il ne pourrait pas résister à l’attaque aérienne, et du sang allait jaillir de son corps.

C’était ce que pensait Yukina, mais cet instant, Kojou avait crié d’une voix si grave qu’elle semblait provenir d’une personne complètement différente.

« Attends... Neeeeeeee ! »

Sa voix semblait s’adresser non pas à ses ennemis, mais à lui-même.

Les yeux de Kojou étaient teints en rouge. Les crocs dépassaient de sa bouche fermée.

Et ce qui avait jailli du bras blessé de Kojou n’était pas du sang.

Ce qui était apparu, déchirant apparemment la peau, était un éclat pâle qui éblouissait ceux qui le regardaient. Son foyer s’était rétréci en un faisceau concentré de lumière incandescente. Cela avait soufflé vers l’arrière le Vassal Bestial aux couleurs de l’arc-en-ciel en produisant une onde de choc incroyablement puissante.

« Hnn, pas bon... Astarte ! » L’apôtre armé avait dirigé son cri vers la jeune fille homoncule.

Cependant, ses paroles avaient été supplantées par le son produit par l’onde de choc.

Ce qui avait été émis par le bras de Kojou était une masse dense d’énergie magique sous forme solide. En d’autres termes, l’un des êtres appelés un Vassal Bestial. Cependant, il n’était même pas dans le même domaine que les Vassaux Bestiales dont les gens connaissaient l’existence.

C’était un orage éclair qui détruisait tout sur son passage.

La foudre géante et incontrôlée avait fauché les bâtiments en surface ; les ondes de choc ainsi créées étaient devenues des tempêtes de vents violents. Kojou était entièrement enveloppé par la lumière alors que des éclairs se dispersaient indistinctement tout autour de lui.

C’était comme si un vaste nuage de tempête était soudainement apparu au niveau du sol.

Toute l’Île d’Itogami avait tremblé comme si elle était bombardée. La mer environnante s’était déchaînée comme un tsunami.

Finalement, l’énorme orage et la tempête de vent avaient disparu comme si rien ne s’était produit.

Il ne restait plus que le quartier des entrepôts et la zone de destruction en éventail présente devant lui.

Yukina était en sécurité, bien que de peu, protégée par le quartier de Sekkarou. Et il en était de même pour l’homme faisant partie des Anciens, au bord de la mort, instantanément couvert par Yukina.

« Alors c’est... Senpai... le Vassal Bestial du quatrième Primogéniteur…, » devant les vestiges de cette destruction trop massive, Yukina murmura d’une voix frémissante.

Il n’y avait aucun signe de l’apôtre armé ou de la jeune fille homoncule.

La surface du gigaflotteur avait été complètement arrachée, laissant la partie souterraine construite en dessous exposer. Il semblait qu’ils s’étaient enfuis vers là-bas.

Face à ce qui ressemblait à « ground zero », Kojou, ayant vu sa force épuisée, était devenu mou et s’était effondré. La manche gauche de son parka avait été détruite, mais son propre corps était indemne. Il s’était arrêté comme une lumière qui avait brûlé.

Tandis qu’Yukina soupirait, elle avait fait le tour de son environnement une fois de plus.

Les dégâts dans le quartier des entrepôts étaient assez importants, mais ils l’étaient aussi dans d’autres quartiers.

Il serait difficile de trouver un seul navire amarré dans le port qui avait échappé aux dommages ; la voie du monorail s’était également effondrée. À la suite de la foudre, il y avait eu des pannes de courant partout sur l’île ; elle ne pouvait pas imaginer le nombre de pertes de données industrielles qui en avait résulté.

Alors qu’Yukina remettait sa lance d’argent sous sa forme de rangement, elle s’était dirigée vers le Kojou effondré. Kojou dormait avec un regard apaisé présent sur son visage, comme s’il venait de finir d’évacuer tout le stress qu’il gardait.

« ... Bonté divine. Qu’est-ce que je vais faire de toi ? » En regardant le visage endormi de Kojou, Yukina avait lâché un léger soupir.

***

Chapitre 3 : Elle pleure

Partie 1

Le lendemain, la mystérieuse explosion qui s’était produite dans la Ville d’Itogami avait été couverte dans les médias.

Les journaux avaient placé à la une des photographies du quartier des entrepôts démoli, les chaînes de télévision et les sites de vidéo avaient organisé des entrevues avec les survivants en continu.

La soixantaine de bâtiments endommagés étaient tous des entrepôts appartenant à un grand conglomérat alimentaire. Environ vingt mille ménages avaient perdu l’électricité, dont la moitié n’avait pas de date prévue pour la restauration, mais cela pouvait commencer à partir de ce matin-là. La voie de monorail reliant l’Île Est à l’Île Sud avait été détruite, les dommages directs étaient estimés à 7 milliards de yens. Si l’on incluait les dommages indirects, le chiffre était passé à cinquante milliards de yens. La seule grâce salvatrice avait été l’absence totale de décès.

« Wôw, effrayant. Et la cause reste inconnue, disaient-ils, » portant un tablier sur son uniforme scolaire, Nagisa avait parlé de façon décontractée pendant qu’elle nettoyait après le petit déjeuner.

« Ça pourrait être un incendie d’entrepôt déclenché par la foudre, tu sais ? » buvant du café afin de se réveiller, Kojou avait répondu avec une certaine nervosité dans sa voix. Son visage semblait indiquer qu’il était fatigué parce qu’il n’avait pas dormi la nuit précédente.

En s’échappant de la scène de l’incident avec Yukina, en donnant un tuyau anonyme à la police et en transportant le vampire au bord de la mort à l’hôpital, la nuit s’était transformée en aube à un moment donné.

« Personne ne croira que c’était un coup de foudre. Tout le monde dit des choses, comme s’il s’agissait d’un attentat terroriste ou d’un accident causé par une cargaison de carburant de fusée, mais je soupçonne qu’il s’agissait d’une attaque de météore. Tu sais, comme le cratère de Tunguska ? M. Sudo a dit qu’un gros incident qui s’est produit en Russie il y a longtemps ressemblait beaucoup à cela, » déclara Nagisa.

« Météorite, hein... C’est la bonne version, je suppose…, » Kojou avait regardé au loin tout en se murmurant ça à lui-même.

D’après ce qu’il avait vu aux nouvelles, le fait que la dévastation généralisée d’hier soir soit l’œuvre de Kojou n’avait pas été dévoilé. L’ampleur des dégâts était telle que personne ne pouvait croire que l’incident avait été causé par un seul vampire.

Cependant, il ne pouvait pas être optimiste que cela continue.

Il y avait sûrement eu beaucoup de témoins qui avaient vu le Vassal Bestial courir à toute allure juste avant l’incident. Il ne serait pas surprenant que quelqu’un en déduise l’existence de Kojou. Il était également possible que Yukina révèle tout avant que quelqu’un puisse le faire, il n’avait pas envie de dormir avec cela à l’esprit.

50 milliards de yens de dégâts. Impossible de me rattraper, pensa Kojou.

D’ailleurs, la personne nommée Sudo dont Nagisa avait parlé était un acteur et une personnalité de la radio locale de la ville d’Itogami. Ça n’avait pas vraiment d’importance.

« J’ai une réunion du Club des pom-pom girls, alors j’y vais, » Nagisa avait parlé alors qu’elle sortait de la pièce en courant.

Kojou avait répondu d’une manière vague. « À plus tard. »

« Ferme la porte après moi, d’accord ? Et ne sois pas en retard, Kojou. Nettoie la tasse et range-le quand tu auras fini de boire ton café. Assure-toi que les lumières sont éteintes avant de sortir... Ah, c’est vrai, j’ai mis de nouveaux mouchoirs dans le couloir…, » déclara Nagisa.

« Va-t’en ! » déclara Kojou.

« Ouaiiiisss ! » cria Nagisa.

Après s’être assuré que Nagisa, bruyante jusqu’au bout, était partie, Kojou avait poussé un lourd soupir.

Nous étions le 1er septembre. Son premier jour d’école depuis la fin des vacances d’été.

Comme l’Académie Saikai avait deux semestres, il n’y avait pas de cérémonie spéciale de rentrée. Après une longue séance en classe, les cours normaux devraient commencer. Même s’il avait l’impression de ne pas avoir eu de répit, ses devoirs étaient loin d’être terminés, et l’incident d’hier soir ne pouvait que s’y ajouter. Il voulait juste sécher les cours et partir en voyage loin, très loin de là.

Mais au moment où Kojou commençait à y penser afin de se distraire, le carillon de l’entrée s’était soudainement fait entendre. Sur le moniteur de l’interphone, Yukina, en uniforme scolaire, avec l’étui de guitare sur le dos était présente.

« Himeragi... ? Qu’est-ce que tu fais ici à un moment pareil ? » demanda Kojou, soupçonnant que c’était un mauvais présage.

« Je suis venue pour toi. Nous serons en retard si nous n’y allons pas maintenant, Senpai, » répondit Yukina sur son ton serein habituel.

« Pour moi... ? Quoi, tu veux aller à l’école avec moi ? » demanda Kojou.

« Ça ne me dérange pas si cela ne te convient pas que nous y allions ensemble, alors je vais te regarder à couvert si c’est ce que tu préfères, » répondit Yukina.

« Donc je serais surveillé de toute façon, hein... ? D’accord, attends-moi une seconde, » répondit Kojou.

Kojou avait ensuite coupé l’interphone et s’était dirigé vers l’entrée avec son sac d’école habituel.

Quand il avait ouvert la porte et était sorti, Yukina se tenait dans le couloir, baissant la tête avec une politesse appropriée.

« Bonjour, Senpai, » déclara Yukina.

« Ouais, » répondit juste Kojou.

Même si, comme Kojou, elle avait probablement à peine dormi, il ne pouvait voir le moindre signe de fatigue à cause de son apparence parfaitement mise en place par Yukina. Sans doute, son physique bien entraîné était au travail, ça, ou bien c’était la jeunesse à l’état pur. Cependant, même elle ne pouvait pas cacher son expression emplie d’une certaine fatigue.

« Tu as été un peu excessif hier soir, le sais-tu ? » Se taisant jusqu’à ce qu’ils soient montés dans l’ascenseur, Yukina avait parlé avec une colère apparente incluse dans son ton.

Arg, se dit Kojou, en détournant les yeux. Apparemment, le véritable objectif de Yukina en étant venu le chercher ce matin était de le lui faire des reproches sur le chemin de l’école.

« On dit que le total des dommages est de cinquante milliards de yens, » déclara Yukina.

« Arg. »

« Comme tu es un vampire immortel, Senpai, tu pourrais être en mesure de rembourser cela dans environ cinq siècles. Il te faudrait quand même rembourser cent millions chaque année. Après tout, les intérêts s’additionnent, » déclara Yukina.

« ... Par hasard, as-tu déjà fait un rapport sur la nuit dernière à tes supérieurs de l’Organisation du Roi Lion ? » demanda Kojou.

« Je dois vraiment leur en faire rapport, mais j’hésite un peu, » répondit Yukina.

« Hésite ? » demanda Kojou.

Kojou avait été surpris d’entendre ce mot venant des lèvres de la jeune fille bien trop sérieuse à son goût.

Yukina avait baissé le visage alors qu’elle semblait dans un conflit intérieur. « Oui. Après tout, je partage la responsabilité de l’incident d’hier soir, je pense que ce n’était absolument pas ta seule faute, Senpai... et après tout, tu m’as sauvée... Hum, merci beaucoup pour ça. »

Elle avait transmis la dernière phrase d’une voix si faible qu’on aurait dite qu’elle disparaîtrait.

« Je... Je vois. Eh bien... quand on y pense, c’était de la légitime défense. Je n’avais pas d’autre choix que de prendre des mesures pour me protéger, alors, c’est de l’autodéfense, n’est-ce pas ? » Kojou avait involontairement mis une grande fermeté dans les paroles qu’il avait prononcées.

Yukina avait fait un signe de déception en secouant la tête en le regardant. « Cependant, il n’y a aucune preuve de cela. »

« Une preuve ? » demanda Kojou.

« Oui. Bien sûr, j’en témoignerai, mais pour ce qui est de savoir si l’on croirait à ça…, » répondit Yukina. « En premier lieu, la police et l’Organisation du Roi Lion sont en mauvais termes. Ma présence sur la scène pourrait faire plus mal qu’elle n’aide. »

« Si c’est, ah, alors... ? » demanda Kojou.

Après avoir reconfirmé la situation difficile dans laquelle il se trouvait, Kojou s’était senti déprimé. Il ne savait pas exactement où se trouvaient les lignes de faille, mais les ministères au sein du gouvernement responsable de toutes les questions de contre-mesures démoniaques avaient apparemment mené diverses guerres de territoire. Quand il y pensait, Yukina n’était encore qu’une lycéenne de toute façon, il pouvait comprendre son témoignage qui n’avait pas beaucoup de poids. Bien sûr, il était peu probable qu’ils puissent faire témoigner l’homme de la « Vieille Garde » au bord de la mort pour lequel Kojou s’était engagé dans une défense légitime.

L’atmosphère étouffante planait sur eux alors qu’ils continuaient à marcher, montant finalement à bord du monorail qui se dirigeait vers l’académie.

Le quartier des entrepôts dévasté était très visible depuis la fenêtre du train. Il y avait aussi la vue nette de la séparation à mi-chemin le long du pont reliant les gigaflotteurs.

Le chaos plus grand que d’habitude à l’intérieur du monorail était sans aucun doute dû à l’enchevêtrement des itinéraires de voyage. Ceci, aussi, avait été causé par l’incident de la nuit dernière. Comme il était en partie responsable, Kojou n’avait pas le droit de se plaindre. Alors qu’ils se pressaient à bord du train serré, Yukina, elle aussi, avait fait une tête plutôt maussade.

« L’essentiel, c’est que tu en as trop fait, Senpai. Certes, c’était une situation dangereuse, mais c’était clairement une défense excessive. Tu n’avais sûrement pas besoin d’aller aussi loin. »

« Ce n’est pas comme si je l’avais fait parce que je voulais, tu sais, » marmonnait sombrement Kojou comme s’il boudait.

Peut-être en prenant cela comme une excuse désespérée, Yukina avait levé les sourcils et avait regardé Kojou.

« Alors pourquoi as-tu ordonné à ton Vassal Bestial de s’engager dans une telle destruction excessive ? » demanda Yukina.

« Je ne lui ai rien ordonné du tout. De toute façon, ce n’est pas comme si ce truc était vraiment mon Vassal Bestial, » répondit Kojou.

« Pourquoi me racontes-tu un mensonge si évident ? » demanda Yukina. Yukina avait ensuite soupiré, faisant une expression comme si elle avait affaire à un enfant égaré.

Elle avait alors expliqué. « Le quatrième Primogéniteur, “Kaleid Blood”, possède douze puissants Vassaux Bestiales, chacun rivalisant avec les monstres des mythes et des légendes. Ne me dis surtout pas que ce n’était pas le cas, étant donné les dommages qui se sont réellement produits, non ? »

« Non, ce n’est pas comme si j’essayais de le nier ou quelque chose comme ça, » répondit Kojou.

La voix de Kojou avait été déchirée par son actuel ressentiment.

« C’est simplement qu’ils n’écoutent pas du tout mes ordres. Maintenant, si j’avais pu utiliser ces choses comme je le voulais, c’est une histoire totalement différente, » déclara Kojou.

« Qu’entends-tu par là ? » demanda Yukina.

Elle avait dû sentir que les mots de Kojou n’étaient pas simplement inventés au hasard. Consciente de la gravité de la situation, l’expression de Yukina était devenue très sobre.

Kojou donnait l’impression que ce n’était pas facile pour lui d’en parler. « Ils ne me considèrent pas comme leur maître. Oui, j’ai hérité de douze Vassaux Bestiales d’Avlora, mais ils ne l’acceptent pas et en font qu’à leur tête. »

« Avlora... c’est-à-dire le précédent quatrième Primogéniteur dont tu as parlé plus tôt, Senpai ? » demanda Yukina.

Yukina avait levé les yeux vers Kojou pour confirmer. Kojou avait fait un signe de tête affirmatif.

« C’est pourquoi je ne peux pas les contrôler. D’habitude, je les garde sous contrôle d’une manière ou d’une autre, mais quand j’ai été attaqué par d’autres de ces créatures, c’est un peu trop et l’un d’eux est automatiquement sorti après que j’ai été blessé, » déclara Kojou.

« Et vont-ils... devenir fous comme la nuit dernière ? » demanda Yukina.

« Eh bien, peut-être. Je pense que ce n’est que parce que j’ai été blessé qu’ils sont sortis. Ce n’est pas comme si j’avais tenté le coup de ma propre volonté, » déclara Kojou.

« C’est une question de bon sens. Ne le teste pas, s’il te plaît, » Yukina avait parlé avec ce qui semblait être une colère maussade. « Mais, si ce que tu me dis en ce moment est la vérité, tu es en effet un être plus dangereux que je ne le pensais, Senpai. Si tu ne parviens pas, d’une manière ou d’une autre, à contrôler correctement tes familiers... »

Tandis que Yukina murmurait, elle s’était enfoncée profondément dans ses pensées.

Kojou l’avait regardé silencieusement pendant un certain temps.

Sans réfléchir, il avait dit ce qu’il pensait vraiment. « Himeragi, tu es un peu bizarre. »

« Hein ? ... Vraiment ? » demanda Yukina.

Les yeux de Yukina s’étaient écarquillés comme si elle avait été complètement prise au dépourvu.

Elle avait alors demandé. « Bien que je ne veuille pas entendre cela de ta bouche, Senpai, qu’est-ce qui est étrange chez moi ? »

« Je veux dire... ce n’est pas ce à quoi la plupart des personnes penseraient si elles m’entendaient parler tout à l’heure. Elles ne penseraient pas plus loin qu’un vampire qui ne peut pas contrôler son Vassal Bestial est dangereux, mieux vaut rester loin de lui, ou peut-être le détruire plus tôt que plus tard ! Des trucs comme ça que je me suis dits. » Kojou avait parlé avec un sourire mélangé à de la douleur.

Yukina avait posé une main sur sa propre poitrine comme si elle y réfléchissait. « Est-ce que c’est le cas ? Maintenant que tu en parles, je me sens aussi comme ça, mais... Je veux dire, c’est toi, Senpai. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda Kojou.

« Il n’y a pas de sens profond derrière ce que je dis. C’est juste que je ne pense pas que tu es un si mauvais vampire. Un peu négligé, parfois obscène, mais c’est tout, » répondit Yukina.

Les yeux de Yukina s’étaient plissés alors qu’elle en parlait, comme si elle rejouait ses souvenirs depuis le moment où ils s’étaient rencontrés. Elle ne parlait pas sur un ton de plaisanterie. Apparemment, c’était vraiment ce qu’elle pensait de lui.

Comme toute réfutation ne ferait que créer plus d’ennuis, Kojou s’était tordu les lèvres sans un mot.

Le monorail était finalement arrivé devant l’académie, et des étudiants portant les mêmes uniformes que Kojou et Yukina étaient descendus du train. Yukina avait sorti sa carte de train.

« Mais, si tu as hérité du pouvoir du quatrième Primogéniteur, Senpai, pourquoi ne peux-tu pas contrôler les Bêtes Vassales, je me le demande ? » demanda Yukina.

« C’est probablement parce que je suis un vierge en ce qui concerne le fait de boire du sang, » répondit Kojou.

Yukina avait incliné la tête et avait regardé Kojou. « Boire du sang... vierge ? Qu’entends-tu par vierge ? »

Est-ce qu’elle vient de me demander ça sérieusement ? pensa Kojou, regardant attentivement Yukina. Cependant, Yukina avait simplement cligné des yeux d’un regard mystifié. Kojou s’était souvenu qu’elle avait été élevée dans une école de filles quelque part, et en plus, elle avait été formée comme Chamane Épéiste de l’aube jusqu’au crépuscule.

« En d’autres termes, je n’ai aucune expérience. Je n’ai jamais bu le sang d’une autre personne, » expliqua Kojou, en choisissant les mots les moins offensants qu’il pouvait trouver.

En fait, le fait qu’à côté de ses Vassaux Bestiales, Kojou ne pouvait pas utiliser un seul pouvoir vampirique propre était sans aucun doute lié à cela. Cela ne l’avait pas particulièrement dérangé jusqu’à présent.

« Ah, alors c’est ce que tu voulais dire par vierge... eh ? Tu ne l’as jamais fait ? » demanda Yukina, apparemment surprise. L’aveu de Kojou selon lequel il n’avait jamais bu de sang était apparemment difficile pour elle de le connecter à son image du vampire Primogéniteur.

« Pas d’expérience, Senpai... ? Est-ce que c’est si... ? » demanda Yukina.

« Franchement, cela ne peut pas être si étrange. Je veux dire, j’étais un être humain normal jusqu’à récemment, » répondit Kojou.

« Eh bien... c’est peut-être ainsi... mais…, » balbutia Yukina.

Bien que perplexe, Yukina avait semblé vaguement satisfaite pour une raison quelconque. Pour sa part, l’expression de Kojou s’était tordue de déplaisir.

« Quoi qu’il en soit, pourrais-tu arrêter de dire que je n’ai pas d’expérience et que je ne l’ai pas fait avec tant de force dans un endroit comme celui-ci ? » demanda Kojou.

« Eh, pourquoi ? Tu as toi-même dit ces choses, Senpai…, » répondit Yukina.

« Euh, eh bien, c’est parce que, euh…, » balbutia Kojou.

Alors qu’il avait des pensées angoissées sur la façon dont il devrait expliquer cela, Kojou avait déplacé son visage près de l’oreille de Yukina. Et un instant plus tard...

« Salut, Kojou. » Un impact soudain avait touché Kojou depuis l’arrière. Un bras très familier s’était enroulé autour du cou de Kojou alors qu’une voix tout aussi familière lui parlait.

« Ne dis pas des mots suggestifs à une fille dès le matin comme ça, mec, » continua la voix.

« Y-Yaze ? » demanda Kojou.

La voix qui avait parlé sur ce ton joyeux et énergique dès le matin appartenait à un étudiant de sexe masculin avec des cheveux courts et des écouteurs placé autour du cou. Il semblait utiliser le même monorail.

Yaze avait traversé le tourniquet, toujours aux prises avec les épaules de Kojou.

« Heya... Attends, ce n’est pas Nagisa-chan. C’est qui ça ? On avait une fille comme ça au collège ? » demanda Yaze.

Remarquant Yukina marchant à côté d’eux, il avait regardé le visage de Kojou dans ce qui semblait être de la surprise.

Kojou avait simplement repoussé la question d’Yaze. « Étudiante de transfert. Elle est dans la classe de Nagisa. »

« Ohh, je vois, je vois... Alors, Kojou, pourquoi vas-tu à l’école avec la petite transférée ici ? » demanda Yaze.

« Je l’ai croisée sur le chemin parce qu’elle vit près de chez nous. C’est normal de parler un peu, bon sang, » répondit Kojou tout en gardant son sang-froid. Ce n’était pas comme s’il mentait. Il l’avait peut-être rencontrée en quittant l’entrée de son appartement, mais c’était techniquement quand même sur le chemin de l’école.

« Je m’appelle Yukina Himeragi. Et êtes-vous Yaze Motoki  ? » demanda-t-elle.

Yukina avait parlé tout en baissant la tête en signe de parfaite courtoisie. Yaze avait soudain fait une expression très agréable.

« Oh, qu’est-ce que c’est ? Alors, il a parlé de moi ? » demanda Yaze.

« Non, il y avait des informations sur vous dans le dossier d’Akatsuki-senpai, » répondit Yukina.

« Ah ? Un dossier ? » demanda Yaze.

En regardant le point d’interrogation présente dans l’expression de Yaze, Yukina avait apparemment réalisé son erreur. Son expression vide s’était légèrement plissée lorsqu’elle avait secoué la tête.

« Non, ce n’est rien du tout. Je plaisante, je plaisante, » déclara Yukina.

« À d’accord. Enchanté de te rencontrer, » Yaze avait fait un visage amical et avait souri tout en lui faisant un pouce vers le haut.

« Alors, tu es musicienne ? Quel genre de musique fais-tu ? » demanda Yaze.

« Musicien... Ah oui. En fait, je ne connais pas très bien la musique, » répondit Yukina.

« Hein ? Ah, je veux dire, c’est une guitare sur ton dos, non ? Peut-être une basse ? » demanda Yaze.

« Ah... oui. Vous avez raison, » répondit Yukina.

Se souvenant qu’elle avait un « étui à guitare » sur le dos, Yukina avait essayé en toute hâte de l’oublier.

Et, lorsque Yaze avait froncé les sourcils de façon suspecte, elle avait détourné les yeux de façon maladroite.

« Je suis désolée, Senpai. Je dois maintenant y aller, » déclara-t-elle.

« D’accord. À plus tard, Himeragi, » répondit Kojou.

Kojou avait fait signe de la main alors que Yukina s’était enfuie ainsi vers le campus du collège.

Yaze l’avait regardée silencieusement, l’observant pendant un moment comme ça.

« Hé, Kojou. Cette fille, elle est plutôt mystérieuse, n’est-ce pas ? » demanda Yaze.

« Non, elle vient d’être transférée, elle est juste un peu embrouillée sur un tas de choses, » répondit Kojou.

« Est-ce que c’est si... Hmm. Si cela ne devient pas un problème, alors c’est génial », murmura Yaze d’un ton étrangement sérieux.

Kojou avait regardé son ami avec un regard empli de doutes en réponse. « Des problèmes ? »

« Ouais. Assure-toi de bien faire les choses, Kojou, pour ton bien et pour ne pas gâcher ma vie scolaire paisible et vivante. Je veux dire, tu es un peu mon précieux ami d’enfance et tout ça, » déclara Yaze.

Qu’est-ce qu’il raconte ? pensa Kojou, déplaçant son regard vers Yaze avec une perplexité.

Yaze avait regardé le campus du lycée, la salle de classe de Kojou et Yaze au deuxième étage. Asagi, assise à la fenêtre, agitait la main, les voyant arriver à l’école.

***

Partie 2

Nous nous trouvions dans la salle de classe, juste avant le début des cours.

« Bonjour, Kojou. Tu as vraiment l’air tellement décontracté dès la première heure du matin. Eh bien, c’est toujours le cas, » tandis que Kojou était assis à sa place, Asagi, assise juste devant, lui avait parlé.

Comme d’habitude, elle était habillée d’une manière magnifique avec une coiffure assortie, mais aujourd’hui, sa vivacité habituelle lui avait servi à dissimuler une ombre, comme si une aura d’ennui pendait sur elle d’une manière ou d’une autre.

Kojou avait fait un signe de la main avec la même expression apathique. « Mince, merci. Hé, tu as toi aussi l’air fatiguée. »

« Je le suis. À cause de ça, mon maquillage est vraiment mauvais... As-tu vu l’explosion d’hier aux infos, n’est-ce pas ? » Asagi avait parlé en regardant les imperfections sous ses yeux avec un miroir à main.

*Déglutition*. Kojou était quelque peu suspicieux lorsqu’il avait répondu. « O-Oui. Un petit peu. »

« Juste après ça, un gros bonnet de la Corporation de Gestion du Megaflotteur a pleuré au téléphone. Leur ordinateur central pour les mesures de lutte contre les catastrophes a été détruit, et ils ont dû mettre en place un système de remplacement à partir de zéro. C’est ce qui se produit lorsque vous achetez votre matériel au plus bas soumissionnaire. Il n’était pas du tout bien en harmonie dans le système, et son filtrage des entrées/sorties est comme une passoire. »

« Je ne suis pas vraiment, mais... ça ressemble à un grand désordre... Désolé, » déclara Kojou.

Alors Kojou avait ignoré à juste titre le technoblabla d’Asagi, il avait été torturé par un sentiment de culpabilité. C’était à la pensée que même des personnes aussi proches de lui avaient été touchées par l’incident d’hier.

Asagi avait effectué sur Kojou d’un regard empli de doute alors qu’il s’enfonçait dans le silence.

« Pourquoi t’excuses-tu ? » demanda Asagi.

« Euh... sans raison. Bref Asagi, tu as ainsi aidé toutes les personnes sur l’île, non ? » demanda Kojou.

« Mais ce n’est pas si énorme que ça, » Asagi avait rapidement parlé, semblant rougir un peu. Puis son rictus habituel orgueilleux était apparu.

« Mais tu devrais quand même peut-être me remercier. Il y a un restaurant à Porte de la Clef de Voûte qui a un buffet de gâteaux…, » déclara Asagi en s’imaginant déjà ce qu’elle pourrait y manger.

« Oui, un jour ou l’autre, c’est d’accord. J’y penserai quand j’aurai réglé mes devoirs des vacances d’été, » répondit Kojou.

Kojou avait essayé de tout écrire. La Porte de la Clef de Voûte était la section où les quatre gigaflotteurs étaient reliés — le bâtiment géant littéralement au centre de l’île Itogami. C’était l’endroit le plus à la mode de l’île, débordant de marques haut de gamme et de magasins spécialisés. Et ce restaurant était juste là. C’est cher, sans aucun doute.

« Des devoirs, hein ? » Tandis qu’Asagi avait posé son menton sur ses mains, elle marmonnait d’un ton indifférent, apparemment exprès. Pour une raison inconnue, elle avait jeté des coups d’œil de côté à Kojou par intermittence. « Au fait, Kojou, j’ai un truc que je dois te demander... Que s’est-il passé après ça ? »

« Après ça ? » demanda Kojou.

« Tu sais, hier, la fille avec qui tu étais à la gare. Le camarade de classe de Nagisa-chan, n’est-ce pas ce que tu as dit ? » demanda Asagi.

Alors qu’il ne répondait pas, elle avait continué. « De toute façon, cela n’a pas d’importance pour moi. »

« Oh ça, » déclara-t-il.

Quelque chose comme ça s’est aussi passé, n’est-ce pas ? se souvient Kojou. Grâce à l’intensité de la perturbation qui avait suivi, il avait eu l’impression que c’était déjà quelque chose dans un passé lointain.

« Oh, on est rentré chez nous, c’est tout, » répondit Kojou.

« C’est... et après ? » demanda Asagi.

« Rien que ça, je l’aidais juste à porter les affaires qu’elle avait achetées, » déclara Kojou.

« Qu’est-ce que c’est ? Hmm... Je vois, » l’expression d’Asagi semblait s’être illuminée lorsqu’elle avait soulevé son visage.

Juste à ce moment-là, dans un coin de la classe, il y avait une petite agitation ponctuée par des « oohs ». Plusieurs garçons s’étaient rassemblés dans le coin autour d’un seul téléphone cellulaire surélevé.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Kojou.

Kojou avait regardé ses camarades de classe excités comme s’il avait repéré quelque chose de désagréable dans les toilettes d’une gare.

Asagi avait appelé Rin Tsukishima, une de ses amies qui passait avec désinvolture. « Hé, Rin. Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi les gars s’excitent-ils autant ? »

« Ah, ça ? On dirait qu’une fille a été transférée au collège, » répondit Rin.

Rin Tsukishima était la représentante de la classe. C’était une étudiante dont la taille et le style la faisaient paraître très adulte.

Elle n’était pas vraiment bonne en ce qui concerne de longues interactions sociales et était une fille de peu de mots, mais il y avait étonnamment beaucoup de garçons qui lui courait après. Parmi les garçons de première année du lycée, elle était numéro un dans le classement « La fille qu’on voudrait qu’elle nous marche dessus » par une marge plutôt écrasante. Elle avait apparemment été plutôt choquée d’apprendre ce résultat.

« Une collégienne transférée... ? » Le visage de Kojou avait un peu grimacé en faisant un murmure.

« Bon sang, » murmura Rin, regardant les garçons avec exaspération.

« Apparemment, la rumeur dit qu’elle est extrêmement mignonne, alors ils ont ordonné aux juniors de leurs clubs de leur envoyer des photos, » déclara Rin.

Tandis que le front d’Asagi se plissait, elle plaça son visage près de Kojou. « Hé ! Cette étudiante transférée, est-ce celle de la classe de Nagisa-chan ? »

« Oui, probablement. » Kojou avait acquiescé d’un signe de tête avec une expression douloureuse. C’était à coup sûr Yukina.

Rin avait regardé l’échange entre Kojou et Asagi avec un léger amusement. « Ne vas-tu pas aller voir, Akatsuki ? »

« Non, pas intéressé, » répondit-il.

Après que Kojou ait lancé sa réponse, Rin lui avait dit : « Je vois », hochant la tête avec une apparente satisfaction. « C’est normal. Après tout, tu as déjà Asagi, Akatsuki. »

« Hein ? » Kojou avait levé les yeux en raison de la surprise. Il avait rencontré les yeux très proches d’Asagi, et les deux s’étaient détournés en même temps.

Asagi, même avec ses joues rougissantes, avait maintenu son attitude cool en levant les yeux vers Rin.

« Tu recommences, Rin... Kojou et moi ne sommes pas ainsi. Nous sommes juste des amis du collège. N’est-ce pas ? » demanda Asagi.

« Tout à fait. Asagi traîne beaucoup avec Yaze et moi. C’est tout simplement naturel, » répondit Kojou.

Kojou, lui aussi, l’avait fait passer pour la vérité. Pour une raison inconnue, Rin avait affiché un visage déçu en les écoutant.

« Donc, en fin de compte, aucun progrès cet été non plus ? Même si Yaze semble s’en sortir bien avec une petite amie plus âgée ? » demanda Rin.

« C’est parce que Yaze et sa petite amie sont tous les deux bizarres. » Kojou l’avait affirmé avec nonchalance comme s’il n’était pas commode d’être comparé à l’un ou l’autre.

Certes, malgré les apparences, c’était un fait que Yaze avait une petite amie. Dès qu’il avait obtenu son diplôme du collège en avril, il était tombé amoureux dès le premier regard d’une séniore de troisième année. Après un certain nombre d’approches passionnées tout droit sorties d’une comédie romantique, ils étaient finalement devenus un couple juste avant les vacances d’été.

Rin était d’accord, regardant Kojou avec une expression significative.

« Certes, je pense aussi qu’elle est un peu excentrique, mais, Akatsuki-kun, je ne pense pas que je veuille t’entendre appeler quelqu’un d’étrange. J’ai l’impression que tu as aussi des secrets très intéressants, » déclara Rin.

« Je ne sais pas de quoi tu parles, Tsukishima, » répliqua Kojou.

« Hehe — hehe. » Pendant que Rin regardait Kojou feindre l’ignorance, semblant bouder, elle avait plissé les yeux et avait ri.

Son grand-père était un célèbre spécialiste de l’écologie du monde des démons. Peut-être à cause de cela, Rin était très instruite sur les caractéristiques des différents démons, et parfois, elle agissait comme si elle avait réalisé que Kojou n’était pas un être humain normal.

Cependant, Rin ne considérait pas Kojou avec inimitié, elle semblait de toute façon peu encline à faire des histoires spéciales. On aurait dit qu’elle observait Kojou simplement parce qu’elle le trouvait intéressant. Ici, dans la Cité d’Itogami, où il y avait beaucoup plus de démons, etc. que de résidents étrangers, ce n’était pas grand-chose.

L’Académie Saikai avait après tout un certain nombre d’élèves démoniaques, ils n’étaient pas regardés d’une manière spéciale, assez pour qu’une belle fille qui est transférée au collège attire beaucoup plus d’attentions qu’eux.

Cela dit, même Rin serait sûrement surprise de savoir que Kojou était en fait le quatrième Primogéniteur.

« Oh oui, Kojou. J’ai apporté le rapport sur l’histoire du monde que j’ai mentionné hier... Veux-tu le regarder ? » Asagi, dont l’humeur s’était légèrement améliorée à un moment donné, avait parlé alors qu’elle sortait une pile de papier de son sac.

Kojou avait hoché la tête en un clin d’œil. « Ouais. Bien sûr. »

« Alors ! Buffet de gâteaux à Porte de la Clef de Voûte ! » déclara Asagi.

« Argh... d’accord…, » répondit Kojou.

Il venait d’avoir son cœur brisé, mais Kojou avait quand même hoché la tête. C’était une question de priorités, il s’inquiétait plus de la façon dont il allait faire ses devoirs se trouvant devant lui que de l’état de son portefeuille.

« Bien, bien, » répondit Asagi, en hochant la tête avec un visage souriant tout en remettant le papier à Kojou.

« Ah ? Je me demande ce qu’il y a avec Natsuki-chan ? » À ce moment, Rin avait murmuré.

Il était trop tôt pour la séance d’accueil, mais l’enseignante de la classe, vêtue d’une robe noire et étouffante, était entrée dans la salle de classe avec une expression de déplaisir.

« Kojou Akatsuki, êtes-vous là ? »

Sa charismatique maîtresse de classe, assez petite pour ressembler à une petite fille, avait appelé Kojou à l’entrée de la classe avec l’aura d’une divinité féroce. Kojou avait un mauvais pressentiment à ce sujet alors qu’il faisait des signes de la main.

« ... Quoi de neuf ? » demanda Kojou.

« Venez à la salle d’orientation des élèves à midi. J’ai besoin de vous parler, » Natsuki avait fait une déclaration glaciale.

D’ailleurs, sa tenue de ce jour-là était une robe et des chaussettes en mini-jupe de style loli gothique avec des bordures noir et blanc. C’était complètement étouffant comme d’habitude, mais ça avait l’air sympa et cool comparé à la plupart des vêtements qu’elle portait habituellement.

La froideur et la soif de sang de la menace implicite de Natsuki avaient fait frissonner Kojou.

« Hein ? N’aviez-vous pas dit que j’avais jusqu’au premier cours du dernier jour de la semaine pour rendre ce devoir d’anglais... ? » demanda Kojou.

« Et aussi, amenez cet élève du collège avec vous, » continua Natsuki.

« Himeragi... ? Pourquoi ? » demanda Kojou.

La voix de Kojou avait involontairement augmenté en volume.

Les murmures parmi les étudiants s’étaient propagés au fur et à mesure que le nom de l’étudiante transférée, qui avait fait l’objet de nombreuses rumeurs, émergeait de ses lèvres.

« Comprendriez-vous si je disais que cela a rapport à l’incident d’hier soir ? » demanda Natsuki.

« Euh, ah... Aucune idée de ce dont vous parlez..., » répondit Kojou.

« Ne faites pas l’imbécile avec moi. Je vais vous parler en détail de ce que vous faisiez tous les deux après avoir quitté le centre de jeu tard dans la nuit, » déclara Natsuki.

Natsuki avait laissé ce monologue derrière elle avant de partir sans attendre la réponse de Kojou. Après cela, Kojou avait transpiré à grosses gouttes tandis que des étincelles remplies de rages venant des étudiants masculins se déversaient sur lui. Et puis...

« Akatsuki... De quoi parlait-elle tout à l’heure ? Pourrais-tu nous expliquer en détail ? » Rin se tenait à côté de Kojou assise, le regardant alors qu’elle lui demandait ça. Elle était si calme normalement, mais dans des moments comme celui-ci, elle était impressionnante d’intimidation.

« T-Tsukishima... Euh, Asagi ? » Kojou avait spontanément appelé à l’aide. Cependant, Asagi, qui aurait dû être assise à ce moment-là, avait disparu à un moment donné.

« Si tu veux voir Asagi, elle est là-bas, » déclara Rin.

Rin avait pointé du doigt vers l’arrière de la classe avec un visage sérieux.

Pour une raison inconnue, Asagi se tenait juste à côté de la poubelle, déchirant le tas de papier dans ses mains encore et encore.

Geh ! Tandis que les feuilles se transformaient en lambeaux, Kojou avait retenu son souffle lorsqu’il s’était rendu compte de ce qu’était la pile de papier.

« A-Attends. Ce ne serait pas le rapport sur l’histoire du monde que je t’ai demandé, n’est-ce pas... ? » demanda Kojou.

Tandis que Kojou se hâtait de se lever, Asagi le regardait, les yeux à moitié fermés et remplis d’une rage silencieuse. Sans dire un mot...

« Pfff ! »

... elle avait fait un dur rejet, jetant le papier complètement déchiqueté dans la poubelle.

***

Partie 3

Dès que l’heure de la pause déjeuner avait commencé, Kojou avait quitté la salle de classe et avait rejoint Yukina dans le couloir devant la salle du personnel.

À la fin des cours du matin, Kojou était assez fatigué pour être capable de s’effondrer, mais Yukina avait aussi semblé considérablement affaiblie, au point qu’elle avait oublié d’apporter son étui de guitare. Ayant vu l’excitation de ses camarades de classe, Kojou avait pu largement imaginer ce qui s’était passé, mais le fait d’être au centre de l’attention de l’école semblait avoir été une épreuve pour elle.

Comme Yukina n’avait pas de téléphone cellulaire, Kojou avait dû passer par Nagisa pour l’appeler. Grâce à cela, Nagisa les avait interrogés avec insistance sur ceci et cela, ajoutant une raison de plus qui les avait amenés à cet état d’épuisement.

D’une manière ou d’une autre, Kojou et Yukina étaient finalement arrivés ensemble à la salle d’orientation des étudiants.

Quand Kojou et Yukina avaient frappé et étaient entrés, Natsuki était déjà assise sur le canapé, les attendant.

« Alors vous êtes venu, Akatsuki, » Natsuki avait parlé alors qu’elle s’était inclinée avec les jambes croisées comme si elle était une sorte de princesse. Huh. Et, alors qu’elle remarquait que Yukina se tenait derrière Kojou, les coins de ses lèvres s’étaient plissés vers le haut.

« Donc vous êtes l’élève transférée dans la classe de Misaki, » déclara Natsuki.

« Oui... Himeragi, au collège, troisième année, » alors qu’elle était restée sans voix pendant un instant en voyant la beauté de Natsuki, qui ressemblait à une poupée, elle répondit d’un ton trop sérieux.

Natsuki, avec son comportement rempli de charisme, avait semblé satisfaite quand elle avait regardé Yukina.

« Bienvenue à l’Académie Saikai. C’est un plaisir de vous avoir, surtout si vous ne causez pas d’ennuis inutiles, » déclara Natsuki.

« O-Oui, » répondit Yukina.

La réponse hésitante de Yukina était probablement due au fait qu’elle se souvenait des graves problèmes qui s’étaient produits la veille. Le quartier des entrepôts avait été détruit, 50 milliards de yens de dégâts. Ce n’était pas le niveau de problème pour lequel votre professeur vous aurait appelé ainsi. Et donc...

« Maintenant, tous les deux. Vous êtes au courant des incendies qui ont eu lieu hier sur l’Île Est, n’est-ce pas ? » demanda Natsuki.

« Eh bien, euh, oui, bien sûr, » répondit Kojou.

Kojou avait hoché la tête avec un sentiment de malaise alors que la question de Natsuki allait droit au but. Les sueurs froides qui humidifiaient son dos rendaient sa chemise d’uniforme inconfortablement accrochée.

« En fait, un vampire a été arrêté près de la scène de crime. Il a été grièvement blessé et était sur le point de mourir, mais quelqu’un a apparemment donné un tuyau anonyme aux pompiers. Cette information n’a pas encore été rendue publique. Est-ce que ça vous dit quelque chose ? » demanda Natsuki.

Alors qu’il ressentait des frissons, Kojou secoua fortement la tête. À côté de lui, Yukina était comme une statue, pétrifiée.

« Cet aîné était un dirigeant d’une société commerciale à la surface, mais la police semble soupçonner depuis longtemps qu’il fait partie de la direction d’un réseau de contrebande, » déclara Natsuki. « Il semblerait qu’hier, il se trouvait dans le quartier des entrepôts à un endroit où il avait fait beaucoup d’affaires dans le passé. Les sous-fifres disent apparemment qu’ils ne savent rien sur l’autre partie pour cette affaire. »

« ... D’accord, » répondit Kojou.

Kojou regardait en ce moment Natsuki avec une expression indiquant qu’il était sur ses gardes. Il était assez intéressé par cette information, mais il ne savait pourquoi Natsuki disait cela à Yukina et à lui.

« Peu de temps avant l’explosion, des témoins ont vu un Vassal Bestial se déchaîner dans la zone, » déclara Natsuki. « En d’autres termes, l’homme presque mort qui a été trouvé avait combattu quelqu’un, un ennemi qui pouvait pousser un vampire de la “Vieille Garde” à un état comateux. Je crois qu’il est extrêmement probable que cette personne a été impliquée dans l’explosion... Je me demande qui c'est ? »

« Qu-Qui sait ? » demanda Kojou.

Tandis que Kojou avait penché la tête d’un air interrogateur, apparemment exprès, il se rappelait d’« Eustache », l’apôtre arméothargien, et l’homoncule qu’il avait avec lui. Qui ils étaient, pourquoi ils se battaient et ce qu’ils désiraient restaient des mystères pour Kojou et Yukina ?

Semblant trouver leurs deux réactions intéressantes à regarder, Natsuki avait continué sur un ton brutal. « En effet... En fait, hier, ce n’était pas la première fois qu’un vampire a été trouvé sur cette île au bord de la mort. »

« Eh... ? » demanda Kojou.

« Au cours des deux derniers mois, la police a constaté qu’au moins six incidents similaires se sont produits. C’est la septième fois, mais, bien sûr, c’est la première fois qu’un aîné est impliqué, » alors que Natsuki avait dit tout cela, elle avait jeté une épaisse pile de dossiers sur la table.

Il ne voulait pas savoir comment elle avait obtenu tout cela, mais ils semblaient être des copies de dossiers d’enquête de la police. Il y avait une photo dentelée ci-jointe, une image agrandie tirée d’une caméra de surveillance de la ville.

« Attends... ! Natsuki, qu’est-ce que c’est ? » demanda Kojou.

L’expression de Kojou s’était durcie lorsqu’il avait regardé les hommes représentés sur la photo. La charismatique enseignante de la classe de Kojou, regardant d’un air mécontent d’avoir été appeler par son prénom.

« Voici la liste des démons agressés à ce jour. Ceux qui sont exposés ici sont des victimes du sixième incident. Ils ont été trouvés il y a deux jours, mais... les connaissez-vous, Kojou Akatsuki ? » demanda Natsuki.

« Non, je ne les connais pas... mais…, » balbutia Kojou.

Les lèvres de Kojou se tordaient désagréablement. Quand il avait fait un rapide regard à Yukina à côté de lui, le visage de Yukina était pâle alors qu’elle serrait les poings sans un mot.

Les hommes représentés sur la photo étaient le duo d’homme-bête et de vampire. Les hommes que Yukina avait rejetés alors qu’ils avaient tenté de flirter avec elle le jour où elle et lui s’étaient rencontrés pour la première fois. À un moment donné, après avoir fui Kojou et Yukina, quelqu’un les avait agressés et infligés des blessures presque fatales.

Si cela était en quelque sorte lié au combat dans le district des entrepôts la nuit précédente, il y avait de très fortes chances qu’Eustache soit celui qui les avait agressés tous les deux. Quoi qu’il en soit, Kojou et Yukina s’étaient impliqués plus profondément dans cet incident sans jamais s’en rendre compte.

« Alors, qu’est-il arrivé à toutes ces personnes ? » demanda Kojou.

« Ils ont été hospitalisés. Ils ne sont pas en danger de mort, mais aucun n’a encore repris connaissance. Je ne sais pas ce que je pourrais faire à un chien avec une force vitale puissante et une chauve-souris non vieillissante, » déclara Natsuki.

Natsuki avait reposé élégamment son menton sur ses mains alors qu’elle fixait Kojou d’un regard tranchant.

« C’est pourquoi je vous ai appelés tous les deux ici, » déclara Natsuki.

« Hein ? »

« Je ne sais pas dans quel but, mais celui qui a chassé des démons sans discernement reste en liberté. En d’autres termes, Kojou Akatsuki, il est possible que vous aussi soyez agressé, » déclara Natsuki.

« A-ah... Je vois. Supposons que oui, » répondit Kojou.

Ayant peu conscience de son statut de vampire, il ne s’en était pas rendu compte jusqu’à ce que Natsuki le dise, mais elle avait raison.

Eustache savait déjà que Kojou était le quatrième Primogéniteur. Si son objectif était vraiment de chasser les démons sans discernement, Kojou pourrait bien être sa prochaine cible.

En fait, quand Eustache avait rencontré Kojou, il l’avait dit.

Qu’il n’était pas encore temps de combattre un Primogéniteur — .

« Les démons travaillant dans des sociétés et leurs familles ont apparemment déjà été avertis de se méfier de la chasse aux démons. Je suis sûr que vous ne connaissez personne d’aussi haut placé, alors je vous préviens. Vous devriez me remercier, » déclara Natsuki à Kojou.

« Uh-huh. Eh bien, merci, » répondit-il.

« Alors pour cette raison, ne jouez plus la nuit comme vous l’avez fait hier. Au moins jusqu’à ce que cette question soit résolue, » déclara Natsuki.

« D…, » commença Kojou.

Le ton de Natsuki avait été si nonchalant que Kojou avait presque involontairement répondu, « D’accord », et était sur le point de hocher la tête. Cependant, juste avant de le faire, il avait remarqué le regard plein de reproches de Yukina et s’était rendu compte qu’il avait été pris en flagrant délit.

« Euh, ah, qu’est-ce que vous voulez dire, jouer la nuit ? » demanda Kojou.

« ... Hmph, très bien. Quoi qu’il en soit, vous avez été averti, » déclara Natsuki.

Natsuki avait parlé comme si elle s’ennuyait de tout cela, puis elle les avait renvoyés d’un geste de la main.

Kojou et Yukina avaient fait ce qu’elle avait indiqué, se levant et quittant ensemble la salle d’orientation des étudiants.

« Ah, c’est vrai. Attendez un moment, vous l’étudiante transférée, » à ce moment-là, Natsuki avait soudainement appelé Yukina.

Hein ? Yukina s’était retournée et elle avait regardé Natsuki en étant apparemment sur ses gardes.

Natsuki avait retiré quelque chose de la poche de sa robe noire et l’avait balancé à Yukina.

C’était une petite poupée-mascotte, assez petite pour tenir dans la paume de la main de Yukina. Elle l’avait attrapée par réflexe, en prononçant involontairement le nom de la poupée. « ... Nekoma-tan... »

*Gloups !* en regardant comment Yukina s’était couvert la bouche, Natsuki avait fait un large sourire.

« Vous aviez oublié ça. C’est le vôtre, n’est-ce pas ? » demanda Natsuki.

Yukina n’avait rien dit en réponse à la question de Natsuki. Une expression perplexe s’était emparée de Kojou alors qu’il regardait Natsuki et Yukina se fixer l’une et l’autre, avec la présence d’une tension suspendue dans l’air pour une raison insondable.

Finalement, Yukina avait fait un signe de tête poli et avait quitté la pièce.

Puis, regardant Yukina partir jusqu’à la toute fin, Natsuki avait semblé très satisfaite d’elle-même pour une raison inconnue.

***

Partie 4

« Donc Mme Minamiya savait, » Yukina avait parlé alors qu’elle marchait le long d’un angle du passage, comme pour se cacher des regards indiscrets.

La façon étrangement heureuse dont elle regardait la poupée qu’elle avait reçue de Natsuki lui donnait vraiment l’air d’une lycéenne ordinaire.

« Je suppose que oui... On a vraiment dérapé en laissant la poupée comme ça, » Kojou avait répondu avec une expression sérieuse.

Il avait eu l’intention de faire une fuite réussie la veille au soir, mais Natsuki semblait en effet savoir que c’était lui dès le début. Maintenant, elle a quelque chose d’autre sur moi, pensa-t-il, se sentant quelque peu déprimée.

Yukina avait fait un soupir quelque peu exaspéré en regardant Kojou. « Non. Pas ça. À propos de l’adversaire que nous avons combattu la nuit dernière. »

« Hein ? Ce vieil homme, Eustache, ou un nom dans le genre ? » demanda Kojou.

« Oui. Et aussi cette fille homoncule... Apparemment, la police savait déjà qu’ils se livraient à la chasse aux démons, » Kojou avait hoché la tête en se souvenant de la photo que Natsuki possédait.

Si les démons agressés avaient été filmés, ce ne serait pas une surprise si la même caméra de surveillance avait filmé Eustache et la fille. Donc, la police était sans doute au courant.

« Cependant, il semble qu’ils ne connaissent pas encore leur identité, » déclara Yukina.

« Identités ? » demanda Kojou.

« Le fait que l’auteur des crimes soit un apôtre arméothargien, » répondit Yukina.

« Je vois... Elle a dit que les gars qui ont été attaqués sont toujours inconscients…, » déclara Kojou.

« Oui. Il semblerait que nous soyons les seuls à les avoir combattus directement et a être sortis indemne, » déclara Yukina calmement.

À ce moment-là, Eustache avait facilement révélé son nom et son titre parce qu’il était confiant dans la certitude qu’il allait vaincre Yukina à ce moment-là. Lorsque l’on considérait la capacité de combat de la jeune fille Astarte, on ne pouvait pas dire qu’il s’agissait d’un excès de confiance. Cependant, Kojou s’était inséré dans la situation et, par conséquent, Yukina avait été saine et sauve. Pour eux deux, il s’agissait sans aucun doute d’une grave erreur de calcul.

« Pourquoi ne pas l’avoir dit à Natsuki plus tôt ? Au-delà des apparences, elle est titulaire d’une carte C. Elle a sa licence de Mage d’Attaque Anti-Démon. De plus, elle semble bien connaître la police, » demanda Kojou.

« Senpai... es-tu sérieux ? » demanda Yukina.

« Hein ? » s’exclama Kojou.

Yukina l’avait regardé les yeux à moitié fermés, faisant que Kojou avait reculé. Elle semblait en colère pour une raison inconnue.

« J’ai aussi une carte C, de plus pourquoi une personne de l’Organisation du Roi Lion doit-elle aller pleurer auprès de la police ? » demanda Yukina.

« Euh, ce n’est pas vraiment en raison du “pourquoi”, mais…, » commença à répondre Kojou.

En y repensant, Natsuki a dit que l’Organisation du Roi Lion et les flics ne s’entendent pas, se souvient Kojou. Cela explique peut-être la tension étrange dans l’air entre Yukina et Natsuki.

Yukina avait poussé un profond soupir. « Une simple affaire de tueur en série est un travail pour la police, mais comme il ne s’agit de rien de moins que quelqu’un de l’Église orthodoxe lothargienne, un apôtre armé, il s’agit donc d’un crime de sorcellerie international. C’est dans notre juridiction. »

« O-Oh. Ce n’est donc pas seulement une question de territoire, » déclara Kojou.

« Bien sûr que non. Et aussi, Senpai, as-tu oublié ? » demanda Yukina.

« Hein ? Oublié quoi ? » demanda Kojou.

« Sur la façon d’obtenir que ce que tu as fait soit reconnu comme une défense légitime, » répondit Yukina.

« Ah... Et sur le fait qu’il n’y a pas de preuve. Euh. Et tu as dit que ton témoignage ne suffira pas, Himeragi... Ah ! » C’était alors que Kojou avait finalement compris ce que Yukina avait en tête. « Himeragi, tu ne peux pas dire... »

« Oui. Cet opposant est l’auteur de la chasse aux démons et il a même vaincu un vampire de la “Vieille Garde”. N’importe qui reconnaîtrait le danger qu’il pose, donc si tu veux prouver qu’il t’a attaqué, je pense qu’on peut faire quelque chose quant à ton propre crime, Senpai. Après tout, tu es techniquement un Primogéniteur, » répondit Yukina.

« L’essentiel, c’est que si nous pouvons attraper l’apôtre armé et sa fille, tout ira bien... ? » demanda Kojou.

Oh, mon Dieu, Kojou avait poussé un soupir. Donc capturer Eustache annulerait son propre crime. L’inverse était également vrai : Jusqu’à ce qu’ils soient capturés, il ne pouvait pas demander l’aide de la police.

Si Kojou avait expliqué à la police ce qui s’était passé hier soir, il y avait de fortes chances qu’il soit détenu sur place, et qu’il ne puisse plus se déplacer librement. Cela révélerait aussi à Nagisa le fait qu’il était un vampire.

« Quoi qu’il en soit, la police n’est pas équipée pour s’occuper de cet apôtre arméothargien. Je crois que cela ne ferait qu’augmenter le nombre de victimes, » déclara Yukina.

Yukina, qui détenait la carte maîtresse appelée « Sekkaro », l’avait clairement fait véhiculer, sans aucune exaltation. Son ton signifiait qu’il s’agissait simplement de son analyse calme des faits en tant que Mage d’Attaque Anti-Démon.

Fatigué de tout cela, Kojou avait regardé dans ses yeux. « Si on ne trouve pas le vieux et la fille avant les flics, on ne peut rien faire, hein ? »

« Je ne crois pas que ce soit impossible. Nous sommes les seuls à savoir que le coupable est un apôtre arméothargien. Et étant donné leur apparence distinctive, les endroits où il peut se cacher sont limités, » répondit Yukina.

« Eh bien, tu as raison à ce sujet... de l’imaginer marcher dans la ville en étant habillé comme ça, » Commença Kojou, mais à ce moment-là, il s’était rendu compte de quelque chose.

C’était un homme d’âge moyen, mesurant près de deux mètres de haut, avec une fille à moitié nue. C’était presque un crime en soi. On pouvait se faire arrêter à tout moment comme ça.

« En fait, en pensant de cette façon, j’ai reçu des données ce matin, » déclara Yukina.

« Des données ? » demanda Kojou.

« Une liste des installations de l’Église de l’Europe de l’Ouest sur cette île, » répondit Yukina.

Pendant que Yukina parlait, elle avait sorti un bloc-notes de sa poche. C’était un bloc-notes fantaisie avec Nekoma-tan dessiné dessus. Cependant, il y avait une liste lugubre de noms d’églises et d’adresses de rues.

« Il n’y a qu’une seule église lothargienne orthodoxe. Il existe également sept établissements appartenant à d’autres sectes. Nul doute qu’il se cache dans l’un d’eux avec son associé, » déclara Yukina.

« ... Je me le demande, » marmonnait Kojou.

Yukina avait cligné des yeux en affichant sa surprise. Elle n’aurait jamais imaginé qu’il la contredise.

« Y a-t-il une erreur ? » demanda Yukina.

« Non, ce n’est pas cela, mais je me demande simplement si nous devrions nous y prendre d’une manière si simple, » déclara Kojou.

« Hmm ? » Les lèvres de Yukina se plissèrent dans ce qui ressemblait à une petite moue.

Le visage de Kojou avait quant à lui grimacé. « Ce que je veux dire, c’est que même si la police ne sait pas qu’ils sont lothargiens, je pense qu’elle sait au moins à quoi ressemblent ces deux-là. Cela inclut le vieil homme qui porte ce vêtement. »

« Je vois... Tu as peut-être raison..., » répondit Yukina.

« Si c’est le cas, la police n’aurait-elle pas déjà enquêté sur l’Église d’Europe occidentale ? »

« Ah..., » Yukina avait légèrement inhalé en entendant ça. Elle avait secoué la tête, semblant légèrement confuse. « Mais si c’est le cas, où sont-ils maintenant ? »

« Ouais... Hmm, peut-être une succursale étrangère ? » demanda Kojou.

Comme il essayait de penser à l’endroit où Eustache pouvait marcher en plein jour sans que personne ne se méfie, il avait dit la première chose à laquelle il pouvait penser.

« Quoi ? » s’exclama Yukina.

« Ce que j’entends par là, c’est que ce n’est pas parce qu’il est un apôtre armé qu’il ne peut pas être ailleurs qu’à l’église. Tout d’abord, nous ne savons pas si le vieil homme est un véritable apôtre armé. Il aurait pu prétendre en être un. »

« Je vois..., » une expression perplexe était apparue sur Yukina alors qu’elle concédait poliment ce point.

Peu importe sa grande capacité de combat, elle était encore une apprentie mage inexpérimentée. Dotée d’une personnalité aussi franche au départ, elle aurait pu être particulièrement vulnérable à la diffusion malicieuse de fausses informations.

« Cela dit, je ne pense pas qu’il puisse vraiment se cacher avec une telle apparence. Je pense qu’il doit avoir une sorte de piège. L’endroit le plus facile pour qu’un Lothargien puisse éviter les soupçons est au milieu des autres Lothargiens, par exemple, un endroit comme une ambassade des Lothargiens... Il n’y en a probablement pas en ville, » expliqua Kojou.

« Donc, une succursale dont le siège social se trouve à Lotharingia... ou autre ? » demanda Yukina.

« C’est bien ça. C’est ce que je veux dire, » Kojou avait hoché la tête. Il avait l’impression que cela avait du sens, mais l’idée n’avait pas la moindre preuve à l’appui. Si quelqu’un le lui avait demandé, il n’était pas assez confiant pour dire qu’il était absolument sûr.

Mais Yukina avait une expression sérieuse lorsqu’elle pensait à quelque chose. « Senpai... Je suis impressionnée. »

« Hein ? » s’exclama Kojou.

« Je suis assez surprise. Je n’aurais jamais pensé que même toi serais capable d’une pensée logique comme celle-ci, Senpai, » elle avait levé les yeux vers Kojou avec des étincelles dans les yeux alors qu’elle disait ça.

Sans réfléchir, Kojou avait détourné son visage de ce regard radieux. « Est-ce que c’est si... Je n’ai pas l’impression que cela soit un compliment, mais... »

« Cependant, s’il s’agit d’une succursale à l’intérieur de la ville d’Itogami dont le siège social se trouve ailleurs, comment devrions-nous enquêter, je me le demande ? » Yukina avait parlé en reprenant immédiatement une expression sérieuse.

« Ouais, ça m’a rendu perplexe, aussi... La Corporation de Gestion du Mégaflotteur devrait avoir des données sur toutes ces entités commerciales, mais ils ne les donneront pas à n’importe qui, après tout…, » déclara Yukina.

« Attends un peu, » avait murmuré Kojou en se souvenant de quelque chose. « La Corporation de Gestion du Mégaflotteur, hein ? »

Dans les pensées de Kojou, le visage d’une camarade de classe très bien connue avait émergé.

***

Partie 5

Nous nous trouvions maintenant justes avant la fin de la pause déjeuner. Kojou, avec une respiration difficile, était alors retourné en classe, se précipitant jusqu’au siège d’Asagi.

Depuis l’incident de ce matin-là, Asagi était clairement de mauvaise humeur pour une raison inconnue, mais en voyant que Kojou semblait sérieux pour une fois, elle avait levé le visage à contrecœur. Apparemment, ils étaient au moins en bons termes. Et puis...

« ... Des sociétés lothargiennes ? Pourquoi veux-tu le savoir ? » Quand Asagi avait fini d’écouter Kojou exposer l’essentiel, elle avait demandé d’un ton empli de doute.

« Euh, c’est... Ce n’est pas grand-chose, mais…, » Kojou avait balbutié un peu n’importe quoi, car il ne pouvait pas dire : je suis à la recherche d’un gars qui chasse les démons sans discernement. Asagi avait fusillé du regard un Kojou.

« Ce n’est pas... quelque chose que la fille Himeragi t’a demandé de faire, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle avec une certaine colère en elle.

« Qu’est-ce que c’est ? Non, ce serait ridicule. Non, non, » répondit Kojou.

« ... »

« Ce n’est vraiment pas ça ! Je fais des recherches personnelles sur Lotharingia pour les devoirs des vacances d’été, » répondit Kojou.

« Ah ? Des recherches personnelles ? » demanda Asagi.

Existe-t-il une telle chose ? Asagi se demandait ça, en penchant la tête, mais c’était un fait que Kojou avait manqué beaucoup de cours, et donc il avait reçu une énorme pile de devoirs supplémentaires que les autres n’avaient pas du faire. Comme si elle avait renoncé à appuyer davantage sur le point, Asagi avait attrapé son téléphone et elle l’avait mis en marche en poussant un soupir.

« Je suppose que je dois le faire. D’accord, je vais vérifier, » déclara Asagi.

« Oh, merci beaucoup, Asagi, » répondit Kojou.

« Tu vas devoir montrer ta gratitude. Des sociétés lothargiennes, hein ? ... Il n’y en a pas. Pas sur l’île. » En tapotant sur le clavier comme un pianiste de première classe, Asagi avait facilement extrait les informations confidentielles. Sa réponse avait déconcerté Kojou.

« Aucune ? Pas même une seule ? » demanda Kojou.

« Il y a un tas d’entreprises qui font affaire avec des sociétés lothargiennes dans le cadre d’accords de sous-traitance, mais tous les travailleurs sont japonais. En premier lieu, il n’y a aucune raison pour que les sociétés européennes aient des succursales sur l’Île d’Itogami. Il y a aussi des sanctuaires de démons là-bas. Comme la valeur du yen est élevée ces derniers temps, la plupart des personnes ne se seraient-elles pas retirées ici ? » déclara Asagi.

« ... retiré ? » demanda Kojou.

Une lumière s’était illuminée dans l’esprit de Kojou. Eustache était sûrement dans un tel lieu, car il n’avait pas besoin d’une société qui fut active. Le contraire était sans aucun doute d’autant mieux.

« Je vois... Asagi, peux-tu examiner ceux qui ont quitté l’île, mais avoir seulement ceux qui ont encore d’anciens bureaux non utilisés ? » demanda Kojou.

« Hmm, j’ai l’impression que si c’est dans les cinq ans dans le passé, il devrait toujours y avoir des dossiers sur ça, mais..., » déclara Asagi.

Asagi avait utilisé une fois de plus son clavier. Cette fois, il y avait eu une courte attente. C’était apparemment le temps qu’il fallait pour extraire les données. Finalement, l’écran avait changé et c’était des données détaillées qui le remplissent maintenant.

« Nous y voilà. Il n’y en a qu’un seul : le laboratoire pharmaceutique Sfelde. Le siège social se trouve à Lotharingia. Il s’agissait principalement de la recherche de nouveaux médicaments expérimentaux utilisés pour l’homoncule. Il y a deux ans, le laboratoire a été fermé, et c’est comme si l’immeuble a été saisi par les créanciers, mais qu’il est toujours inoccupé. »

« C’est ça, Asagi ! Où est-il ? » demanda Kojou.

Kojou s’était penché pour jeter un coup d’œil à l’écran du téléphone. Asagi avait un peu rougi devant l’innocence de Kojou qui s’approchait si près qu’ils pouvaient pratiquement se toucher.

« Euh, l’Île Nord, deuxième niveau, section B. C’est un quartier contenant uniquement des laboratoires d’entreprise, » répondit Asagi.

« J’ai compris. Merci, » pendant que Kojou parlait, il avait tourné le dos à Asagi tout à coup comme s’il allait partir.

« Attends un peu, Kojou. Où penses-tu aller ? » demanda Asagi.

« Quelque chose vient d’arriver. Je dois m’en aller ! » annonça Kojou.

« Euh !? Qu’est-ce que tu racontes ? Et les cours de l’après-midi ? » demanda Asagi.

« Trouve-moi une bonne excuse. S’il te plaît ! » Kojou avait fait une pose comme une demande de plaidoirie en penchant son buste, puis il laissa derrière lui que ces mots, car il avait vraiment quitté la salle de classe cette fois-ci.

En réalisant que Yukina attendait Kojou dans le couloir, Asagi avait donné un coup de pied dans la chaise de Kojou qui se trouvait devant elle.

« H-Hey vous deux... ! Qu’est-ce que c’est que ça !? Je vais vraiment te tuer ! Espèce d’abruti ! » cria Asagi.

Alors qu’Asagi criait en direction du couloir, ses camarades de classe craintifs s’étaient dépêchés de détourner les yeux. Alors c’est ainsi, le visage de Yaze semblait dire ça, après avoir tout regardé du début à la fin.

Et, sans que personne s’en aperçoive, Rin Tsukishima, la représentante de classe, avait poussé un doux soupir.

***

Partie 6

Sur l’Île Nord

Le district de Recherche et Developpement de l’Île Nord possédaient des laboratoires d’entreprise alignés les uns après les autres. Le site du laboratoire abandonné était resté là dans un coin du quartier futuriste qui avait une allure très artificielle, mais qui était très approprié sur cette île artificielle.

Il s’agissait en grande partie d’un bâtiment de quatre étages en forme de boîte.

Il n’avait pas de fenêtres, peut-être afin de protéger les secrets commerciaux. Pour cette raison, on n’avait pas vraiment l’impression que l’endroit avait été fermé. C’était un environnement idéal pour une cachette pour un criminel.

« Est-ce donc le laboratoire de l’entreprise pharmaceutique ? » en regardant depuis derrière l’ombre d’un arbre au bord de la route, Yukina avait demandé ça avec une expression indiquant qu’elle était sur ses gardes.

« Probablement, » avait répondu Kojou avec un signe de tête incertain. « La société mère s’est retirée, et le laboratoire était apparemment proche. Mais comme on dit que l’endroit a été saisi, je pense que les installations qui s’y trouvent sont encore intactes. Et cela inclut celui pour l’ajustement pour homoncule. »

« Une installation d’ajustement pour homoncule... C’est exactement ce dont ils ont besoin, n’est-ce pas ? » murmura Yukina en affichant une expression sérieuse.

Un homoncule était un titre donné à une forme de vie artificielle construite par la biotechnologie.

Bien qu’ils aient été conçus artificiellement jusqu’au niveau génétique, il y avait des différences fondamentales entre eux et les chimères.

La difficulté technologique était plus grande, mais le niveau de liberté dans la conception était également plus grand.

Les premières méthodes de production des homoncules auraient été établies au XVIe siècle. La recherche s’était longtemps poursuivie entre les mains d’une grande variété de personnes, soit pour produire une main-d’œuvre bon marché, soit pour développer un partenaire pour l’humanité.

Cependant, en fin de compte, l’utilisation généralisée de l’homoncule n’avait jamais eu lieu.

Il y avait deux raisons assez importantes que les personnes avaient citées pour cela.

Le premier était le problème éthique.

Il y avait une opposition profonde centrée sur les institutions religieuses contre la création de la vie, considérant que des comportements tels que les humains s’immisçaient dans le royaume du divin. En outre, un débat féroce avait fait rage sur la question de savoir si les homoncules devraient bénéficier des droits de l’homme, et le débat n’avait pas encore été réglé à ce jour.

Et l’autre raison était une simple question de coût de construction.

Les méthodes de production des homoncules coûtaient trop cher pour les utiliser pour le travail ou les envoyer sur les champs de bataille en tant que soldats. La technologie du clonage, etc., l’utilisation des êtres humains authentiques, était nettement moins chère.

Pour cette raison, la production d’homoncule était aujourd’hui rarement entreprise, et le nombre de scientifiques qui s’y consacraient avait considérablement diminué.

Cependant, même aujourd’hui, il y avait une exception : un domaine qui incorporait la recherche sur les homoncules. C’était l’utilisation de la technologie de l’homoncule dans le développement de produits pharmaceutiques. Les homoncules, dont la construction génétique pouvait être modifiée artificiellement, étaient optimaux pour les essais cliniques et la recherche sur les réponses immunitaires, et ainsi de suite. Les critiques s’étaient émoussées jusqu’à un certain point parce que c’était pour la juste cause de l’avancement de la médecine. Pour cette raison, la plupart des grandes entreprises pharmaceutiques avaient leurs propres installations pour la construction et la recherche d’homoncule.

Le laboratoire pharmaceutique Sfelde avait apparemment déjà été l’une de ces installations de recherche médicale.

« Nous ne pourrons jamais dire ce qu’il y a à l’intérieur de là, n’est-ce pas ? » Pendant que Yukina parlait, elle avait abaissé l’étui de guitare de son dos. Elle avait doucement retiré la lance d’argent, déployant les lames de la pointe de la lance.

« Je vais aller voir. Attends-moi ici, Senpai, » déclara Yukina.

« Hein ? Attends, Himeragi. N’as-tu pas l’intention d’y aller seule ? » demanda Kojou.

« Oui. C’est exactement ce que j’ai l’intention de faire, » Yukina avait répondu en levant les yeux vers Kojou.

« Pourquoi !? » demanda Kojou.

Oh mon Dieu. Alors que les yeux de Kojou s’élargissaient de surprise, Yukina avait poussé un grand soupir et secoua la tête.

« Et que feras-tu si tu viens avec moi, Senpai ? Tu ne ferais que me gêner, alors reste ici, » déclara Yukina.

« Euh, dans le chemin... ? Et si tu tombes à l’intérieur sur le vieil homme et la fille ? Vas-tu les combattre seule, Himeragi ? » demanda Kojou.

« B-Bien sûr. Et que ferais-tu si tu venais avec moi, Senpai ? » demanda Yukina.

« Arrête de parler comme si je pensais faire quelque chose de sale. Bon sang. » s’écria Kojou.

Kojou avait parlé avec un ton de déplaisir. Cependant, contrairement à Yukina, qui avait beaucoup d’entraînement en tant que Mage d’Attaque Anti-Démon, Kojou n’était qu’un amateur qui avait obtenu des pouvoirs de vampire. Même s’il s’appelait le quatrième Primogéniteur, il n’était même pas capable de contrôler un seul Vassal Bestial comme il le voulait. Compte tenu de cela, il ne pouvait s’empêcher d’être vu comme « sur le chemin ».

« Et que pourrais-tu faire en tant que vampire, Senpai ? Tu ne peux pas utiliser de Vassal Bestial, tu ne peux pas voler dans le ciel, tu ne peux même pas te transformer en brouillard ou autre, » répliqua Yukina.

« Seuls quelques vampires ont des pouvoirs spéciaux comme ça. Ce n’est pas comme si je ne pouvais rien faire, » déclara Kojou.

« Certes, ta force brute est considérable, mais tu ne peux pas l’utiliser en combat réel avec les mouvements d’un amateur. De plus, tu manques de prudence et de présence d’esprit, » continua à lâcher Yukina.

« U... gh... »

« Si tu le comprends vraiment, alors s’il te plaît, comporte-toi bien. Ne fais rien d’irréfléchi, » Yukina parlait d’un ton comme si elle le réprimandait.

Ce qu’elle avait dit était assez dur, mais elle n’était en aucun cas délibérément malveillante. Pour elle, elle ne faisait que souligner l’évidence pour que Kojou ne se mette pas en danger.

« Mais je m’inquiéterai pour toi, Himeragi ! » Kojou avait parlé d’un ton brutal et nerveux.

Ces mots avaient ouvert en grand les yeux de Yukina. Ses joues avaient un peu rougi.

« Qu’est-ce que tu dis... !? C’est moi qui m’inquiète pour toi, Senpai ! Si ton Vassal Bestial se déchaîne comme la nuit dernière au milieu de la ville, combien de dégâts penses-tu qu’il y aurait ? » demanda Yukina.

« Tu as raison, mais ce n’est pas juste que tout tombe sur tes épaules, Himeragi ! Je n’aime pas du tout ça. D’abord, ce n’est pas comme si je n’avais rien à voir avec tout ça, » déclara Kojou.

Kojou avait regardé Yukina avec un regard sérieux. Cette vigueur avait impressionné Yukina et cela l’avait rendue silencieuse pendant un moment.

« Je... Je comprends. Je pense que tu as raison, Senpai, » déclara Yukina.

Ahem. Avec un petit éclaircissement de sa gorge, Yukina avait fait une expression sérieuse.

« Eh bien, oui, » déclara Kojou en hochant la tête.

« Tant qu’il est possible que tu sois poursuivi en tant que vampire, tu as certainement quelque chose à voir avec cela, Senpai, » déclara Yukina.

« Attends, penses-tu que c’est le but que j’ai ? » demanda Kojou.

« En premier lieu, ma mission première est de veiller sur toi, je ne devrais vraiment pas te quitter des yeux, Senpai. Agissons ensemble autant que possible. Cependant, si nous rencontrons l’Apôtre Armé…, » déclara Yukina.

« D’accord. Je vais tout de suite courir vers un terrain plus sûr. Je ne veux pas te gêner, Himeragi, » compléta Kojou.

« Bien. S’il te plaît, fais-le, » répondit Yukina.

Après avoir soupiré ces mots, Yukina s’était tenue devant lui en levant les yeux vers Kojou. Après un peu d’hésitation, elle avait parlé d’une voix si faible qu’elle était à peine audible. « Euh, Senpai... »

« Hmm ? »

« Je te remercie énormément, » déclara Yukina.

« Hein ? Pourquoi fais-tu ça ? » demanda Kojou avec un visage empli de doutes. Cependant, Yukina sourit doucement et secoua la tête.

« Non. Ce n’est rien du tout. Allons-y, » déclara Yukina.

Whoosh. Déplaçant d’un coup sa lance comme si elle coupait tous les doutes avec elle, elle s’était dirigée vers le bâtiment.

***

Partie 7

Cela allait de soi, mais le bâtiment du laboratoire était fermé à clé. Bien sûr, c’était le cas pour les portes vitrées de l’entrée principale, mais l’entrée de service était aussi bloquée avec un cadenas et des chaînes.

Le cadenas bon marché était rouge avec de la rouille, indiquant qu’il n’avait pas été utilisé depuis longtemps.

« N’est-ce pas l’endroit où le vieux et la fille se cachent... ? » Kojou avait parlé sur un ton découragé.

D’après ce qu’ils pouvaient voir, c’était la seule façon d’entrer dans le bâtiment. Ce n’était pas non plus le genre de bâtiment auquel on pouvait accéder par le toit ou par le sous-sol. Même la fille homoncule n’aurait pas pu entrer par les évents, sans parler d’Eustache, avec son énorme carrure.

Cela signifierait que l’hypothèse de Kojou et Yukina selon laquelle ils avaient utilisé le laboratoire comme cachette était fausse. Cependant, Yukina avait fait un sourire satisfait.

« Non, Senpai. Nous avions raison, » déclara-t-elle.

La lance d’argent avait soudainement touché la porte de service.

*Chingg !* à cet instant, avec un son métallique aigu, Kojou avait l’impression que le verre se brisait sous ses yeux. La chaîne et le cadenas qui auraient dû verrouiller l’entrée de service avaient disparu, la porte s’était lentement ouverte.

« Himeragi ? Qu’est-ce que... ? » demanda Kojou.

« Un sort d’illusion de niveau novice. Senpai..., tomber face à une magie aussi simple fait de toi un échec en tant que Primogéniteur, » déclara Yukina.

Yukina avait fait un soupir exaspéré. Kojou était resté silencieux. Son cœur murmura comme s’il l’excusait, ce n’est pas comme si je voulais une note de passage pour ça !

L’intérieur du bâtiment était sombre. Cependant, Yukina semblait sereine lorsqu’elle marchait à l’intérieur.

Elle semblait avoir une meilleure vision nocturne que le vampire Kojou. Peut-être que cela aussi, c’était le pouvoir spécial du Chamane Épéiste que Yukina avait appelé la vue spirituelle.

Certes, avec autant de pouvoir à la disposition de Yukina, Kojou pouvait comprendre pourquoi elle sentait qu’il était sur son chemin.

Cependant, cela avait rendu Kojou vaguement nerveux. C’était la vérité que Kojou était un vampire sans talent, mais il pensait que même ainsi, Yukina était tout simplement trop parfaite.

Il ne pensait pas que l’ampleur de la puissance offensive et des connaissances de Yukina était quelque chose qu’une fille de quatorze à quinze ans pouvait acquérir par n’importe quelle méthode saine d’esprit.

« ... »

Tandis que Kojou marchait, réfléchissant distraitement à ce sujet, Yukina s’était soudainement arrêtée. Kojou avait foncé par inadvertance contre Yukina, lui faisant lâcher un soupir silencieux.

« Qu’est-ce qu’il y a, Himeragi ? » demanda Kojou.

« Senpai... C’est..., » Yukina avait désigné du doigt la scène qui s’était répandue sous leurs yeux.

C’était une pièce avec un plafond haut, comme la chapelle d’une église.

Au lieu de vitraux, les murs étaient revêtus de cuves cylindriques.

Chacun d’eux mesurait environ un mètre de diamètre. Ils mesuraient probablement un peu moins de deux mètres de haut. Au total, vingt exemplaires étaient disposés de gauche à droite à intervalles réguliers.

Les cuves étaient remplies d’une solution visqueuse de couleur ambre.

La lumière émise par les panneaux illuminés faisait faiblement briller le liquide, mais la vue était loin de ce que l’on pourrait appeler belle.

C’était une simple salle de laboratoire. Des cuves abandonnées pour l’ajustement de l’homoncule. Mais...

« Est-ce... un homoncule... ? C’est... ? » s’exclama Kojou en levant les yeux vers les cuves. Sa voix tremblait légèrement de colère.

Des formes de vie bizarres de la taille d’un chiot étaient suspendues dans la solution de couleur ambre. Certains, on pouvait le deviner, étaient comme des bêtes démoniaques, d’autres, comme de belles fées. Quoi qu’il en soit, il s’agissait de formes de vie qui n’existaient pas dans la nature.

« Senpai... ? »

Yukina avait été surprise de voir Kojou faire preuve d’une si grande et féroce colère. Yukina voulait lui demander la raison de cette colère, mais elle lui avait plutôt tourné le dos. Elle avait posé sa lance d’argent et avait abaissé sa posture.

Elle avait remarqué la présence de quelqu’un qui émergeait de l’ombre d’une cuve.

C’était une petite fille aux cheveux indigo. Elle avait des yeux splendides, d’un bleu pâle, mais elle regardait sans expression la lance que Yukina pointait vers elle. C’était la fille homoncule appelée Astarte.

« C’est…, » s’exclama Yukina.

Remarquant la présence d’Astarte, Kojou se retourna aussi. Gasp ! Cependant, Yukina avait étendu sa paume gauche devant les yeux de Kojou.

« Ne regarde pas, Senpai ! » déclara Yukina.

« Hein ? Euh, mais…, » balbutia Kojou.

« Ne regarde pas. Ne tourne pas ta tête par là, s’il te plaît ! » demanda Yukina.

« Himeragi ? Qu’est-ce que tu es… ? » commença Kojou.

« Euh ! » Kojou s’exclama d’une voix basse en regardant l’allure d’Astarte au travers des interstices entre les doigts de Yukina.

La première chose sur laquelle son regard était tombé, c’était la peau si blanche qu’elle en était presque transparente.

Des gouttes transparentes étaient tombées aux pieds d’Astarte. La fille homoncule semblait sortir tout juste d’une cuve, son adaptation était terminée.

La seule chose qu’elle avait sur son corps était un tissu fin, comme une blouse chirurgicale. Ce tissu était tout aussi trempé, s’accrochant à sa chair nue. Elle était bien entendue nue.

« Senpai..., » tandis que Kojou continuait à fixer Astarte, Yukina le regardait dans les yeux, parlant à voix basse. L’expression de Kojou s’était raidie en secouant la tête.

« Non, tu te trompes... ! Je ne le suis pas, Himeragi ! » s’écria Kojou.

« Je me trompe à propos de quoi ? Bonté divine... Tu es vraiment pervers, » déclara Yukina.

En laissant échapper un seul soupir difforme, Yukina semblait en colère alors qu’elle regardait de l’autre côté.

Cependant, Kojou n’avait pas détourné son regard de la vue de la chair d’Astarte, facilement visible à travers le tissu. Car sous sa chair blanche et transparente, une ombre aux couleurs de l’arc-en-ciel scintillait.

Soudain, Astarte avait tranquillement ouvert la bouche. « ... Avertissement. Veuillez immédiatement quitter cet endroit. »

« Hein ? » s’exclama Kojou.

 

 

Les mots quelque peu inattendus de la jeune fille avaient fait revenir Kojou à la raison. Entre-temps, Yukina avait modifié la façon dont elle avait placé sa lance, passant à une posture à partir de laquelle elle pouvait attaquer de manière préventive sans avertissement.

Cependant, Astarte avait continué à parler, semblant toujours complètement sans défense. « Cette île va bientôt couler. Avant que cela ne se produise, veuillez fuir le plus loin possible... »

« L’île... couler !? Bon sang, ça veut dire... !? » stupéfait, Kojou s’exclama en sentant un frisson couler le long de sa colonne vertébrale. Peut-être que la voix robotique avec une faible inflexion avait rendu les mots d’Astarte plus dignes de confiance. Un homoncule comme elle n’avait aucune raison de mentir à Kojou ou Yukina.

« Cette île se trouve être une terre transitoire flottante où les lignes de dragon traversent la mer du sud. Sans son noyau, il s’effondrera tout simplement..., » continua à dire Astarte.

« Hein ? » Yukina avait laissé échapper une voix étonnée par les mots récités par l’homoncule.

Kojou ne pouvait pas suivre, mais le dialogue avec Astarte comprenait apparemment des informations qui semblaient choquer Yukina.

Puis, derrière Astarte, une énorme ombre était lentement apparue.

C’était un homme énorme portant un vêtement solennel sur sa combinaison blindée d’amélioration. L’apôtre arméothargien Rudolf Eustache.

Tandis qu’il regardait froidement la fille homoncule, elle se retourna, semblant effrayée.

« — En effet. Nous désirons le trésor le plus précieux et immuable qu’est le noyau. Et c’est grâce à vous, Chamane Épéiste de l’Organisation du Roi Lion, que nous avons le pouvoir de réaliser notre aspiration de longue date. »

Il avait tourné la lame de sa bardiche vers la Yukina qui tenait sa lance pendant qu’il parlait.

Les mots mordants de l’Apôtre armé avaient apporté un regard de confusion sur Yukina.

Cependant, ce n’était pas elle qui avait répondu à Eustache, mais Kojou. « J’ai gagné le pouvoir... vous avez dit... ? L’avez-vous mis dans le corps de cette fille ? »

« Senpai ? »

La colère étouffée dans la voix de Kojou avait clairement déconcerté Yukina.

Kojou avait marché devant Yukina, regardant Eustache avec des yeux remplis de colère. L’apôtre arméothargien fixa indifféremment Kojou.

« Alors vous avez remarqué. Je devrais dire, comme on peut s’attendre du quatrième Primogéniteur. Cependant, même vous n’êtes plus une menace pour nous. Nous sommes invincibles, » déclara Eustache.

« Ne jouez pas avec moi ! » Le grondement de tonnerre de Kojou avait secoué l’air dans le laboratoire anciennement calme. « Vieil homme, pourquoi, avez-vous mis un Vassal Bestial dans cette fille ? »

« Euh... !? » s’exclama Yukina.

En écoutant la voix en colère de Kojou, Yukina avait regardé le corps mince d’Astarte avec une surprise apparente. Puis elle avait regardé les formes de vie bizarres dans les cuves de culture à gauche et à droite d’Astarte.

Ils ressemblaient à des bêtes démoniaques et des fées, des formes de vie déformées qui ne devraient pas exister dans ce monde. Mais une forme de vie artificielle pourrait-elle devenir l’hôte d’un Vassal Bestial — ?

« C’est exactement ce que vous dites. » Eustache avait exprimé sa fierté par ses paroles. « Le seul sang qui coule dans ses veines est celui des vampires qui font des vassaux de ces bêtes. Grâce à l’implantation d’un Vassal Bestial avant qu’il n’éclose, j’ai réussi à créer un homoncule qui est l’hôte d’un Vassal Bestial — bien qu’Astarte soit mon seul succès. »

« La ferme !! » Kojou avait interrompu les paroles de l’évêque. « Ne me dites pas que vous ne savez pas pourquoi aucun démon autre que les vampires ne peut utiliser les Vassaux Bestiales !! Vous le saviez parfaitement et vous l’avez quand même fait... ? »

« Bien sûr que si. Quand un Vassal Bestial se matérialise, elle consomme la force vitale de son hôte à un rythme incroyable. Pensez-vous vraiment que seuls les vampires ayant une force vitale “négative” infinie peuvent les apprivoiser ? » demanda le prêtre.

« Alors cette fille…, » commença à parler Yukina.

« Aucun doute, tant que Rhodaktylos réside en elle, sa durée de vie restante ne sera pas longue. Elle pourrait tenir encore deux semaines ou un peu plus. Et cela a été grandement allongé par la consommation des démons que nous avons vaincus... Cependant, c’est suffisant pour atteindre notre objectif, » Eustache avait parlé sur un ton qui n’avait pas un seul soupçon d’angoisse ou de culpabilité.

Kojou était tellement en colère qu’il n’arrivait pas à trouver les mots.

Yukina avait ouvert la bouche à sa place. Elle avait saisi sa lance comme si elle était secouée par l’image. « Consommer les... démons... ? Vous ne voulez pas dire que vous attaquiez des démons sur cette île pour... »

« Oui. Tout d’abord, leur énergie magique a servi d’appât vivant pour le Vassal Bestial. Et la deuxième raison, pour compléter la technique infusée dans Astarte... Chamane Épéiste de l’Organisation du Roi Lion, la bataille avec vous et la lance que vous tenez ont fourni des données splendides et précieuses à cette fin, » déclara Eustache.

Les épaules de Yukina tremblaient alors qu’il s’adressait à elle par son titre.

« Pour ça... vous avez élevé cette fille dans ce seul but !? C’est comme si vous l’utilisiez comme un outil ! » s’écria Yukina.

Eustache avait regardé Yukina manifester sa colère avec ce qui semblait être un amusement.

« Pourquoi êtes-vous indignée, Chamane Épéiste ? L’Organisation du Roi Lion ne vous a-t-il pas élevé pour que vous soyez également un outil ? » demanda Eustache.

« ... C’est... ! » commença à répondre Yukina.

« Acheter les enfants non désirés, leur inculquer uniquement des compétences pour s’opposer aux démons, et les envoyé au combat comme un outil jetable — c’est la voie de l’Organisation du Roi Lion, n’est-ce pas ? Chamane Épéiste, pour obtenir des techniques de contre-détonique avec une telle maîtrise, vous avez dû sacrifier quelque chose, n’est-ce pas ? » demanda Eustache.

Alors qu’Eustache lui avait fait remarquer cela calmement, tout le corps de Yukina s’était figé. Elle s’était mordu la lèvre inférieure sans dire mot alors que ses joues perdent leur couleur, devenant pâles.

« La ferme, vieil homme... » murmura Kojou comme pour protéger Yukina. Cependant, l’expression d’Eustache n’avait pas varié.

« J’utilise comme outil ce que j’ai créé pour être un outil, on prend ceux qui sont nés avec la bénédiction de Dieu et on les dégrade en outils. Je me demande à qui appartient le péché ? » demanda Eustache.

« Je vous ai dit de la fermer, sale prêtre pourri ! » cria Kojou.

Pendant que Kojou rugissait, tout son corps était enveloppé d’éclairs pâles. Des éclairs éblouissants émanaient du poing droit de Kojou. Kojou aurait dû apparaître comme un lycéen moyen, mais grâce à l’énergie magique dense qu’il dégageait, son Vassal Bestial s’était partiellement matérialisé, utilisant sa propre chair comme médium.

« Senpai... !? » Yukina avait fait une faible exclamation, comme si elle était complètement submergée par la densité de l’énergie magique qu’il dégageait.

Le visage d’Eustache, en équilibre sur sa hache de combat, s’était un peu étonné.

« Mon Dieu. Ainsi, l’énergie magique d’un Vassal Bestial répond à la colère de son hôte... C’est donc le pouvoir du quatrième Primogéniteur. Très bien Astarte ! Accordez-leur la pitié ! » déclara Eustache.

« Ordre accepté. » Obéissant aux ordres de son maître et créateur, la fille homoncule s’était mise au travers du chemin de Kojou.

De son petit corps, un Vassal Bestial géant et brumeux avait émergé.

C’était un géant translucide, scintillant des couleurs de l’arc-en-ciel. Ce n’était plus seulement des bras, mais un corps presque complet qui émergeait. C’était un géant de quatre à cinq mètres de haut. C’était un golem sans visage avec une épaisse armure de chair sur tout le corps.

Le Vassal Bestial humanoïde avait pris la fille qui était son hôte en elle pendant qu’elle hurlait.

« Ne fais pas ce qu’il dit ! » Kojou s’était déplacé pour frapper le golem avec son poing infusé d’éclairs.

Même s’il ne s’agissait que d’une petite frappe, cette attaque éclair avait la puissance d’un Vassal Bestial du Quatrième Primogéniteur. Certes, il pourrait surpasser celui d’un Vassal Bestial d’un vampire ordinaire. Cependant — .

« Senpai, non ! » Au moment où Yukina avait vu la scène, elle avait spontanément crié.

L’instant d’après, c’était Kojou, enveloppé de lumière, qui était envoyé en vol plané.

« Gu... aaa !! »

Tandis que Kojou poussait un grand cri, son corps volait en arrière comme un morceau de tissu en lambeaux.

Au moment où Kojou semblait avoir frappé le Vassal Bestial d’Astarte, une importante explosion avait éclaté, le faisant reculer de près de dix mètres.

Tout le corps du Kojou tombé était enveloppé d’une vapeur blanche qui avait en elle la puanteur de la chair brûlée.

C’était comme s’il avait été frappé par la foudre, comme si l’énergie magique du corps de Kojou s’était retournée contre lui.

« Senpai !! »

Yukina avait déplacé sa lance et avait chargé vers Astarte, apparemment pour protéger Kojou.

De concert avec l’énergie rituelle de Yukina, la pointe de lance argentée était enveloppée d’un éclat blanc pâle.

C’était la lumière sainte et purificatrice qui pouvait détruire même le Vassal Bestial d’un Primogéniteur. Aucune capacité que les démons possédaient ne pouvait résister à ce coup. Cela n’aurait pas dû pouvoir être bloqué. Cependant...

« Mon arme... a été arrêtée !? » Yukina s’exclama en réponse à l’étrange résistance qu’elle ressentait à travers la lance.

La lame de sa lance s’était arrêtée un tout petit peu avant de toucher le Vassal Bestial qui enveloppait Astarte. La lance, capable de pénétrer n’importe quelle chair démoniaque, avait été stoppée net.

Dans leur bataille précédente, Yukina avait ressenti une résistance similaire, mais maintenant elle en comprenait parfaitement la raison.

La surface du Vassal Bestial d’Astarte, « Rhododactylos », était entourée de la même lumière blanche que sa lance. En effet, par le même rayonnement sacré et purifiant.

« Résonance... !? Ce pouvoir est... ! » s’exclama Yukina.

« Vous avez raison, Chamane Épéiste. L’effet de l’Oscillation Divine — le pouvoir de neutraliser l’énergie magique et de déchirer n’importe quelle chair, mise en œuvre avec succès uniquement par l’Organisation du Roi Lion, son atout pour le combat anti-démon. En utilisant vos données de combat comme référence, j’ai finalement pu compléter les miennes, » déclara Eustache.

Eustache avait fait un sourire satisfait.

Sévèrement secouée, Yukina avait à peine réussi à continuer à repousser les contre-attaques d’Astarte.

Eustache avait dit qu’il s’était engagé dans des combats répétés avec des démons pour perfectionner sa technique incomplète.

C’était l’« Effet de l’Oscillation Divine », le pouvoir de neutraliser complètement toute attaque par l’énergie magique, le rituel secret déclaré comme étant la technique ultime de combat contre-démon, qu’il avait cherché.

Et puis ils avaient rencontré Yukina.

« Et ainsi, une Chamane Épéiste est venue sur l’île avec un Sekkaro, l’arme secrète de l’Organisation du Roi Lion, la seule mise en œuvre réussie au monde de “l’Effet de l’Oscillation Divine”. »

« Pas possible... C’est de ma faute si…, » balbutia Yukina.

Yukina, ayant perdu sa volonté de se battre, était submergée par Astarte.

Même incomplet, le EOD d’Astarte utilisait une technologie très similaire, en combinant les données obtenues de la lance, il était finalement devenu assez complet pour faire rebondir l’énergie magique de Kojou Akatsuki, le quatrième Primogéniteur. Les actions de Yukina les avaient donc aidés à l’achever.

Eustache avait obtenu le pouvoir qu’il désirait. Kojou avait été blessé et était au sol. Tout ça parce que Yukina était venue sur l’Île d’Itogami.

Alors qu’une expression creuse était arrivée sur Yukina, Eustache avait placé sa hache de combat devant elle.

« ... ! »

Yukina, avec sa concentration mentale perturbée, avait remarqué l’attaque de l’apôtre armé bien trop tard. Au moment où elle avait réagi, la lame massive de la hache de combat était déjà sous ses yeux.

Percevant qu’il ne lui était pas possible d’éviter ou de bloquer l’attaque, Yukina s’était instantanément résignée. Un impact avait secoué Yukina, et tout son corps avait été trempé par du sang tiède.

Cependant, cela n’avait pas fait mal comme elle s’y attendait.

À la place de ça, Yukina avait senti la chaleur l’envelopper partout, ainsi qu’une légère lourdeur.

« Koff... ! » Kojou avait légèrement toussé dans l’oreille de Yukina. Il y avait beaucoup de sang frais qui coulait de ses lèvres.

Déjà lourdement blessé dans la bataille contre Astarte, Kojou avait repoussé Yukina pour la protéger, encaissant l’attaque d’Eustache à sa place.

« S... Senpai... !? »

La voix de Yukina était tremblante. Elle avait soutenu Kojou alors qu’il s’effondrait.

Le corps de Kojou était exceptionnellement léger. De son bras, qui semblait enlacer désespérément Yukina, son torse déchiqueté avait glissé vers le bas.

Un seul coup de hache venant du haut avait brisé les côtes et la colonne vertébrale de Kojou, transformant le torse de Kojou en une scène abominable avec de petits morceaux de viande qui se détachait de là. Les os brisés étaient tombés sur le sol sous forme de fragments ensanglantés.

Avec un son sec et déchirant, ses vaisseaux sanguins et ses muscles endommagés s’étaient également déchirés en raison de la puissance de l’attaque.

Le sang frais et jaillissant de partout avait formé une mare de sang aux pieds de Yukina.

Le dernier morceau de peau reliant la tête de Kojou à son torse, incapable de supporter le poids du corps, s’était déchiré avec un son comme une fine déchirure de papier. Tout ce qui restait entre les mains de Yukina était la tête coupée de Kojou, avec ses yeux ouverts et vacants.

Le corps de Kojou s’était écrasé sur le sol. Sa colonne vertébrale, ses poumons, son cœur, tout s’était brisé et déchiré en morceaux méconnaissables en raison de la technique utilisée par l’Apôtre.

Les vampires étaient des êtres immortels et extrêmement solides. Cependant, un seul coup de l’Apôtre armé avait détruit son cœur, la source de ce pouvoir, son sang, le fondement de son énergie magique, et maintenant tout cela s’était simplement déversé en vain sur le sol...

« Senpai... Pourquoi... Oh non... non... Aaaaaaaaaaah... ! » cria Yukina.

La lance était tombée des mains de Yukina. Elle tenait désespérément Kojou, maintenant réduit à sa tête, avec ses deux bras. Cependant, Kojou n’avait bien sûr pas répondu.

Eustache avait regardé cette scène avec une expression neutre, abaissant sa hache de combat.

Il ne fait aucun doute qu’il avait jugé que Yukina n’avait plus la force de continuer le combat. Ayant maintenant perfectionné sa technique, Eustache n’avait plus aucune raison de combattre Yukina.

« Allons-y, Astarte... Allons reprendre notre trésor le plus précieux, » déclara Eustache.

« Acceptez, » murmura Astarte avec une expression neutre, enveloppée par le Vassal Bestial humanoïde.

Les bras géants du Vassal Bestial libérèrent une lumière pâle, détruisant le mur extérieur du laboratoire en produisant une explosion. Yukina avait tourné son dos pour protéger la tête coupée de Kojou de la poussière et des débris dansant dans le vent violent, penché sur lui comme la Vierge Marie.

Pendant un seul et dernier instant, le golem sans visage qui servait l’apôtre armé était resté accroupi, regardant Yukina.

Semblant triste d’une manière ou d’une autre, son regard semblait communiquer désespérément, fuyez rapidement de là.

***

Chapitre 4 : Le Bras Droit du Saint

Partie 1

Ce jour-là, après l’école. Asagi Aiba était arrivée à son emploi à temps partiel, toujours en uniforme scolaire.

Douze niveaux sous la Porte de la Clef de Voûte. La section chargée de la sécurité pour la Corporation Publique de Gestion du Gigaflotteur.

Comme on pourrait appeler ça le noyau de l’Île d’Itogami, la sécurité était extrêmement stricte dans cette zone, mais Asagi passait facilement à travers chaque porte avec un seul passage de sa carte d’identité la désignant comme l’administrateur du système qui avait préparée juste pour elle.

Bien que normalement, une telle carte n’était émise à personne à l’exception du maire, la vérité était que si Asagi était sérieuse, elle pouvait facilement désactiver une sécurité de cette ampleur. Sachant cela très bien, le directeur de la société publique lui avait donné la carte en tant que cas spécial. Ce privilège spécial était la reconnaissance du génie supérieur d’Asagi en tant que programmeur.

« Salut, mademoiselle. Tu as l’air mécontente. Ta magnifique beauté sera gaspillée si tu continues ainsi. » Alors qu’Asagi s’asseyait et se connectait à son terminal, son assistant IA lui avait parlé d’une manière trop familière.

L’intelligence artificielle qu’Asagi avait surnommée Mogwai était l’avatar de cinq supercalculateurs détenant à leur portée toutes les fonctions de la ville présente sur l’Île d’Itogami. Bien que sa capacité opérationnelle soit sans aucun doute comparable à celle des ordinateurs les plus puissants du monde, on disait qu’il était difficile à manipuler en raison de ses... bizarreries. Mais pour une raison mystérieuse, Asagi l’aimait bien.

« Oh, la ferme. Arrête avec la flatterie ennuyeuse et l’état d’esprit serviable, d’accord ? » s’exclama Asagi.

« Hehehehe. Des soucis d’amour, je présume ? Il semble que les affaires du cœur des programmeurs de génie soient différentes de celles des simples mortels, » déclara Mogwai.

« Oh, tais-toi ou je télécharge un virus, » s’écria Asagi.

Asagi avait commencé son travail en se chamaillant avec l’IA.

Le travail qu’elle avait accepté pour aujourd’hui était de faire de la remise en ordre après l’explosion dans le quartier des entrepôts la nuit précédente. Des centaines de sujets détaillés, comme la gestion de l’entretien des éléments détruits du réseau électrique et des réseaux d’aqueduc et d’égouts, le réaménagement des horaires de service des installations de transport, le calcul des estimations de la restauration, etc.

C’était un travail qui prendrait un groupe de douzaines d’excellents programmeurs pour un semestre, mais Asagi et Mogwai qui faisait équipe aurait besoin d’environ trois jours.

Avec les compétences d’Asagi, elle aurait pu choisir n’importe quel nombre d’emplois plus importants, mais Asagi aimait plutôt avoir un emploi à temps partiel où elle pouvait utiliser l’un des meilleurs supercalculateurs du monde comme jouet.

Son seul regret était qu’en prenant ce travail, elle n’avait pas de temps libre pour aider Kojou à faire ses devoirs. Elle y pensait, se sentant un peu nostalgique, que c’était un peu dommage d’avoir déchiré et jeté ce rapport sur l’histoire du monde...

Mais de toute façon, c’était la faute de Kojou qui lui avait causé du tort. De plus, l’idiot avait séché l’école si tôt dans le trimestre et n’était jamais revenu.

Elle n’avait même pas besoin de le confirmer. L’étudiant transféré Himeragi était à coup sûr avec lui.

Ce qui avait surpris Asagi, c’était de voir l’importance de la douleur qui était présente en elle face à cette idée.

Une chose désagréable était une chose désagréable, mais elle ne pensait pas que Kojou, entre toute autre personne, avait les ressources nécessaires pour sauter une classe pour aller jouer avec une fille plus jeune. Il devait y avoir des circonstances en jeu.

Ce qui avait mis Asagi de mauvaise humeur, c’était que Kojou ne lui avait pas raconté ces circonstances, essayant plutôt de couvrir les choses avec un mensonge maladroit. Elle avait vaguement réalisé que Kojou essayait juste d’être attentif à ses sentiments, mais elle n’aimait vraiment pas ça.

Il y avait une autre chose qu’elle n’aimait pas : cette fille, Yukina Himeragi.

Asagi n’avait aucune preuve à l’appui de son intuition, mais Kojou avait probablement une faiblesse pour son type.

Elle se comportait avec une détermination qui n’était pas du tout féminine et parlait avec franchise. Sans doute l’aura athlétique qu’elle dégageait avait séduit Kojou, qui avait joué au basket jour et nuit alors qu’il était au collège.

En plus de cela, même si elles étaient du même sexe, Asagi trouvait que Yukina était très belle. Bien que Kojou ne semblait pas du tout prêter attention au sexe opposé, se pourrait-il qu’il puisse tomber amoureux d’un adversaire de ce niveau ?

« Non pas que je pense que je perde en quoi que ce soit dans les points pour le style..., » perdue dans son travail, elle ne semblait même pas se rendre compte qu’elle avait parlé à haute voix. Les oreilles précises de l’IA l’avaient capté.

« Eh bien ! Dans ce monde, il y a des vauriens qui agissent selon toutes sortes de choses, » répondit l’IA.

« Ne réponds pas quand je parle toute seule, » déclara Asagi.

« J’ai juste une conversation avec ma partenaire, » répondit l’IA.

« Ce n’est pas tes affaires. Et quand est-ce que je suis devenue ta partenaire ? » demanda Asagi.

« N’est-ce pas parce que tu n’es pas honnête avec toi-même ? » demanda l’IA.

« Tu n’as pas besoin de me dire quelque chose d’aussi évident. Mais... ! » s’écria Asagi.

Les mains d’Asagi avaient involontairement cessé de taper sur le clavier alors qu’elle plissait ses sourcils dans l’ennui.

Cela s’était passé juste au moment où une vibration sourde et un impact avaient secoué la pièce dans laquelle se trouvait Asagi.

Asagi avait émis un bref jappement. L’Île d’Itogami, flottant sur l’océan Pacifique, n’avait jamais eu de tremblements de terre. C’était le premier tremblement qu’Asagi avait ressenti depuis qu’elle avait immigré sur l’île.

« Mogwai, qu’est-ce que c’était à l’instant ? » demanda Asagi.

« ... Eh bien, c’est inattendu. Des intrus, » L’IA avait parlé avec quelque chose comme de l’admiration.

Asagi avait plissé ses sourcils de surprise. « Des intrus ? »

« Oui. Ils sont en plein combat avec les forces de sécurité de ce bâtiment. La vibration de tout à l’heure provenait d’un pilier de soutien qui a probablement été brisé pendant le combat, » annonça l’IA.

« Brisé... Tu plaisantes, n’est-ce pas ? » murmura Asagi alors que son visage changeait de couleur.

Ce n’était pas un bâtiment ordinaire. C’était la section de l’infrastructure souterraine du Gigaflotteur. Ses principaux piliers de soutien, conçus pour supporter des dizaines de milliers de tonnes, n’avaient pas été aussi facilement détruits, même avec des explosifs.

« Ce n’est pas seulement le pilier du soutien. Il y a aussi beaucoup de dommages aux étages supérieurs. Je crois qu’on est toujours en sécurité ici pour l’instant, mais il n’est peut-être plus possible de fuir d’ici. La cage d’ascenseur a également été détruite, » annonça l’IA.

« Veux-tu dire que je suis enfermée ici ? » demanda Asagi.

« Les escaliers d’urgence sont toujours intacts, mais je ne recommande pas de les utiliser pour l’instant. Non, sauf si tu veux rencontrer les intrus en personne. Les forces de sécurité ont déjà été mises en déroute, » annonça l’IA.

« En déroute ? » demanda Asagi, abasourdie. Même en temps de paix, la Porte de la Clef de Voûte était occupée par près de cent cinquante agents de sécurité. Et avaient-ils été battus ?

« Qui sont ces intrus ? Un groupe terroriste ? Ou bien sommes-nous attaqués par une armée du Dominion ? » demanda Asagi.

« Euh, non. Ni l’un ni l’autre..., » L’IA avait répondu à Asagi, qui s’attendait à une sorte d’incursion militaire démoniaque, avec un ton étrangement humain.

Une explosion féroce avait encore une fois secoué la pièce.

« ... Il n’y a que deux intrus. L’un est un simple humain, l’autre, un homoncule, » annonça l’IA.

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