Nozomanu Fushi no Boukensha – Tome 1

***

Prologue

C’est... c’est vraiment mauvais en ce moment.

Il s’agissait de la première pensée qui m’avait traversé l’esprit lorsque le monstre devant moi avait ouvert ses lèvres rouge pourpre, se précipitant vers moi avec la bouche grande ouverte.

Dans une zone particulièrement rurale, ces terres se trouvaient le royaume de Yaaran, et à la périphérie du royaume se trouvaient une petite ville du nom de Maalt. Moi, Rentt Faina, un aventurier de rang Bronze inférieur, m’était retrouvé à chasser des monstres faibles dans le Donjon de la Réflexion de la Lune — qui, si je pouvais ajouter, était proche de la commune de Maalt. Ce jour-là, comme tous les autres, j’avais continué ma chasse incessante aux squelettes et aux gobelins, assemblant le plus de matériaux de faibles niveaux et de minerais magiques que je pouvais.

Après tout, il s’agissait de ma routine quotidienne. Je faisais la même chose quasi tous les jours, retournant en ville le soir et apportant les matériaux rassemblés à la Guilde des Aventuriers pour une humble somme d’argent. Du moins, c’était ce que j’avais l’intention de faire aujourd’hui, comme je l’avais toujours fait auparavant.

Cependant, la perturbation de ma routine bien établie avait été soudaine et abrupte — un changement rapide dans les rouages de ma vie, si vous voulez le savoir.

Je devrais peut-être m’étendre un peu sur le sujet des donjons. Comme j’avais parcouru chaque jour les pièces et les couloirs du Donjon de la Réflexion de la Lune, il y avait peu ou pas de possibilité que je me perds. Ironiquement, il s’agissait de cette familiarité qui avait été ma perte, car j’avais découvert ce qui semblait être un nouveau passage différent le long de mes anciens et familiers itinéraires. Je suppose qu’on pourrait appeler ça de la malchance.

Eh bien, allons de l’avant à propos de ça.

Dans des circonstances normales, j’aurais probablement négligé une telle chose. Après tout, les aventuriers étaient censés être des individus qui s’aventuraient d’où leur nom. Cela étant dit, la définition de « l’aventure » ne se précipitait pas exactement dans des situations sans précautions ou planifications préalables.

Cependant, en réalité, il y avait beaucoup plus d’aventuriers qui avaient simplement foncé la tête la première dans n’importe quelle situation — et aussi honteux que je sois d’être compté parmi eux, j’avais, moi aussi, fait de telles erreurs.

Cela me ferait probablement du bien d’avoir pris plus précaution.

Pour commencer, le Donjon de la Réflexion de la Lune avait été découvert il y a bien longtemps. Trouver de nouvelles salles et de nouveaux passages dans un donjon aussi bien exploré était pratiquement impossible — en d’autres termes, il s’agissait d’une grande découverte. On en déduirait sommairement qu’une sorte de grimoire ou d’arme magique avec une plage de prix farouchement ridicule se trouverait au bout de ce chemin mystérieux. En outre, on pourrait atteindre un certain degré de gloire et de fortune en cartographiant une zone précédemment inexplorée d’un donjon.

Et c’est ainsi que je m’étais aventuré dans ce passage inconnu, avec des pensées de richesses potentielles obscurcissant à la fois mon esprit et mon jugement. Cependant, mon rapide voyage d’exploration ne s’était pas bien terminé. Je m’étais vite retrouvé face à face avec un monstre aux proportions gigantesques dans une grande pièce. Et quand il pleut, il pleut à verse — c’était ce qu’on disait. Le monstre, de toutes les choses possibles, devait être un Dragon.

Vous savez, les Dragons. Des monstres qui se trouvaient au sommet de la hiérarchie des monstres. Normalement, il faudrait être un aventurier de Rang Platine ou Mithril pour avoir une chance contre eux, car ils étaient le monstre parmi les monstres.

Au premier coup d’œil, il semblait un peu différent de la vision habituelle d’un Dragon. Alors que la plupart des Dragons avaient l’air d’un dragon si l’on peut dire, celui-ci était très différent — il ressemblait à un gros serpent, ou peut-être à une grenouille. Cependant, il n’y avait pas de malentendu que le monstre en question était une sorte de Dragon — dans tous les cas, c’était ce que je pensais.

Les aventuriers malheureux qui croisaient la route des Dragons ne s’en sortaient généralement pas vivants pour raconter l’histoire. Comme les dragons n’apparaissent généralement pas très souvent devant les individus, les témoignages oculaires étaient rares, peut-être même un fait historique. En fait, vous pourriez même compter les rencontres existantes et cataloguées avec une main. La légende racontait qu’il n’y avait pas plus de quatre de ces Dragons dans le monde, et on disait que leur force rivalisait même avec celle du Seigneur-Démon. Certains diraient qu’ils n’étaient pas des monstres, mais plutôt des êtres divins, tandis que d’autres diraient qu’ils étaient au-delà de cela.

En d’autres termes, quelqu’un comme moi, qui avais été coincé dans le Rang Bronze pendant des années malgré tous mes efforts, serait vraiment totalement écrasé et vaincu si le Dragon levait son petit doigt.

— Pendant un moment, je m’étais demandé si les Dragons avaient vraiment des doigts.

Avec un Dragon apparaissant devant moi, je n’avais pas d’autre choix que d’être surpris — en premier lieu, je n’avais aucune illusion ou pensée de vouloir ou pouvoir le combattre. C’était précisément la raison pour laquelle j’avais décidé de fuir. Si je ne courais pas, je mourrais sûrement — et mes pieds avaient commencé à bouger, comme il se devait.

Mais après ça — .

Je suppose que le Dragon était vraiment le monstre des monstres, car il avait rapidement remarqué ma tentative et mon intention de m’échapper. Peut-être qu’il n’avait pas pu s’empêcher de le remarquer, tout comme mes pieds n’avaient pas pu s’empêcher de geler sur place. Et ainsi, je m’étais retrouvé incapable de bouger.

Il était peut-être plus juste de dire que mon corps lui-même refusait de bouger. Il n’avait même pas tremblé. Un individu normal se demanderait pourquoi c’était ainsi — s’il s’agissait, disons, d’une personne normale qui n’avait jamais été confrontée à un monstre auparavant.

En raison de mon long mandat d’aventurier, il ne m’avait pas été difficile de comprendre le phénomène qui m’affectait actuellement. Les aventuriers finissaient par apprendre à lire leurs adversaires, quelle que soit leur nature, qu’ils soient humains ou monstres. En résumé, la pression et l’aura libérée par un être de grande force étaient souvent suffisante pour opprimer et intimider les faibles. On disait que c’était comme être écrasé par une masse lourde et invisible.

Du moins, c’est ainsi que les rumeurs s’étaient propagées. Mais c’était exactement ce que j’avais vécu.

Incapable de résister à la pression émanant du Dragon, j’étais incapable de bouger, complètement enraciné sur le sol. En réalisant ma situation, j’avais souhaité du fond du cœur que le Dragon m’épargne. Mais ce ne serait probablement pas le cas. Ça, je le réalisais parfaitement.

À ce moment-là, tout ce que je pouvais faire, c’était de rester debout et de regarder le Dragon s’approcher de moi — tout en priant pour qu’il change d’avis sur le fait de me manger. Cependant, la réalité n’était pas aussi indulgente.

Après qu’il m’eut aperçu, le Dragon avait rapidement ouvert sa bouche, la déplaçant dans ma direction. Bien sûr qu’il allait me manger — comme prévu. Il s’agissait de la conclusion à laquelle j’étais arrivé lorsque j’avais réfléchi, un peu calmement, face à une mort certaine.

En même temps, une petite voix dans ma tête me rappelait à quel point la situation était désastreuse et le fait que je serais bientôt mort. Il n’y avait pas grand-chose que je pouvais faire, cependant — mon corps ne bougeait tout simplement pas.

Cela faisait une dizaine d’années que j’étais devenu un aventurier. J’avais commencé à l’âge de 15 ans. À l’époque, j’avais cru qu’un jour je dépasserais le Rang Platine et deviendrais l’un des rares aventuriers légendaires du Rang Mithril — c’était mon rêve lorsque j’avais commencé.

J’avais donc entrepris des quêtes simples, effectuant mes missions quotidiennes dans les donjons tout en continuant à rêver d’un tel avenir. Quand j’en avais fini avec mes quêtes quotidiennes, je continuais mon entraînement quotidien. Et bien que j’avais fait tout cela, il semblait que tout s’arrêterait ici.

C’était pathétique, malheureux, oui, mais surtout pathétique.

 

 

Avec des sentiments de regret extrême en moi, et un étrange sentiment de libération sachant que ma vie relativement inutile se terminerait ici et maintenant, mon corps avait été englouti dans la bouche du Dragon — et c’était tout.

◆◇◆◇◆

Cependant, ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était la sensation étrange de se réveiller après une période indéterminée. Il semblerait que je me sois réveillé, alors même que j’étais sûr d’avoir été mangé par un Dragon, confirmant ma mort de mes propres yeux. Pourtant, j’étais là, éveillé.

Et puis j’avais remarqué — .

Attends, non, non, ce n’est pas possible.

C’était ce que je pensais en me réveillant, tout en confirmant la situation autour de moi.

Tout cela semblait impossible, en particulier la question de ce qui était arrivé à mon corps. Je ne pouvais pas traiter ce qui se passait, même si, d’abord, un coup d’œil à mes mains était justifié.

C’était alors que la prise de conscience m’avait frappé. Il n’y avait pas de chair sur mes mains — bien qu’il aurait dû y en avoir — et il n’y avait pas de peau non plus. En fait, tout ce qui restait de ce qui était autrefois ma main était une série d’os fins et blancs.

— Et c’était tout ce qu’il y avait.

Cette étrange maladie ne s’était pas arrêtée à mes mains, mais elle avait apparemment affligé chaque centimètre de mon corps. Mes pieds, eux aussi, n’étaient que de l’os — pas de chair ni de peau nulle part. Même chose pour mes cuisses, ainsi que pour mes deux bras.

Quant à mon visage... Eh bien. Les aventuriers n’avaient pas l’habitude de transporter des miroirs transportables. Inutile de dire que je n’en avais pas. Je suppose, en toute connaissance de cause, que j’avais probablement un crâne comme visage. En d’autres termes :

Moi, Rentt Faina, aventurier de Rang Bronze inférieur, j’avais apparemment effectué un Changement de Classe d’« Aventurier » à « Squelette » à un moment donné.

Impossible...

***

Chapitre 1 : Compréhension de la situation et de l’évolution existentielle

Partie 1

Je me trouvais maintenant dans une situation totalement invraisemblable. Ma première pensée fut — que faudrait-il que je fasse maintenant ?

Pour commencer, il serait correct de dire que j’avais été mangé par le Dragon avant ça. Je pense que je devrais être reconnaissant au destin si j’étais en vie, même si j’étais en ce moment sous une forme quelque peu non humaine.

Eh bien, non. Je ne pouvais pas en être sûr — étais-je vraiment vivant en ce moment ? Les squelettes étaient un monstre de type mort-vivant, des créatures qui étaient déjà mortes une fois. En tant que tel, il serait facile pour les évêques et les prêtres de l’Église de les exorciser avec une simple magie de purification. Au contraire, il s’agissait de monstres exceptionnellement faibles.

L’explication derrière la purification des squelettes était simple : étant un tas d’os ambulant, ils étaient des créatures présentes contre la logique divine des dieux. D’autres explications incluaient les plus simples « ils sont morts, et en tant que tels, ils ne peuvent exister sur ce monde ». Pour le dire simplement, c’était vrai. Cette défiance continue des règles divines de vie et de mort était apparemment la raison principale de leur faiblesse face à ladite magie.

Personnellement, je n’avais aucune idée si tout cela contenait une part de vérité, parce qu’en premier lieu je n’étais pas évêque ou prêtre. Cependant, l’argument général en faveur de cette théorie me semblait solide, et pour moi, à ce moment-là, il s’agissait d’un élément d’information d’une importance vitale.

En clair, si je devais développer cette logique, j’étais vraiment très, très, mais vraiment très mort. Plus précisément, j’existais dans le monde comme une pile d’os morts. C’était vraiment une très, très mauvaise chose.

Comme je l’avais mentionné il y a quelque temps, le fait qu’un mort continue d’exister avait apparemment fait étalage d’un viol flagrant de la nature divine. Si je devais simplement retourner en ville et entrer dans une taverne comme si rien ne s’était produit, cela ne se terminerait pas bien. Peu importe à quel point je prétendrais être Rentt Faina, un prêtre bon à rien qui passait tout son temps dans la taverne, du matin au soir, pourrait tester ça et il se débarrassait rapidement de moi avec son bâton. Si cela devait se produire, mon existence serait tout simplement effacée de la surface de ce monde. C’était quelque chose que je voulais absolument éviter.

Tels étaient les faits clairs dans cette situation. Du bon côté, j’étais encore en vie. Même si je devais exister en tant que squelette et que je défiais les lois de la vie et de la mort, en ce qui me concernait, ma conscience était intacte, et j’étais encore très vivant. C’est précisément la raison pour laquelle je ne pouvais pas simplement retourner en ville et me faire tuer en agissant avec imprudence.

Alors, que dois-je faire ? C’était la question du moment.

Je me trouvais en ce moment dans le Donjon de la Réflexion de la Lune, et les aventuriers se rendaient certainement dans ce donjon comme ils l’avaient toujours fait auparavant, tuant allégrement les monstres qu’ils trouveraient sur leur chemin. Même pour un donjon relativement orienté pour les débutants qui était peuplé de monstres plus faibles, les aventuriers plus forts que moi avaient souvent été les visiter jusqu’ici. Si je comparaissais devant de tels individus, je serais certainement tué — pour de bon, cette fois-ci.

Dans tous les cas, que devrais-je faire maintenant ?

Tandis que je continuais à réfléchir à cela, quelques fils de pensée s’étaient reliés dans mon esprit :

On pouvait parfaitement supposer que j’étais maintenant un monstre d’une certaine sorte. Il y avait un certain aspect mystérieux chez les monstres : les monstres plus âgés et plus expérimentés avaient tendance à évoluer vers des versions plus puissantes d’eux-mêmes. Ce phénomène était communément appelé « Évolution Existentielle ».

Bien que je ne sois pas absolument certain d’être en ce moment un monstre, j’avais l’impression d’être une sorte de squelette ambulant quand je me regardais. Si c’était vraiment le cas, ce concept ne s’appliquerait-il pas également à moi ?

— Toute cette histoire d’« Évolution Existentielle » était quelque chose que je connaissais. Après tout, la connaissance des monstres était en quelque sorte une exigence professionnelle pour les aventuriers. Si je me souvenais bien des détails, les squelettes pouvaient apparemment évoluer vers des goules ou mangeurs de chair — du moins, c’était ce dont je me souvenais avoir lu dans un livre traitant des monstres.

Bien que les goules soient également une sorte de monstre mort-vivant, et qu’elles allaient donc aussi à l’encontre des lois divines régissant la vie et la mort, elles avaient au moins une apparence plus humanoïde qu’un squelette. Bien que le corps de la goule soit pourri et desséché, elle avait quand même de la chair. Ainsi, avec une robe et un masque, je pourrais peut-être passer pour un humain — c’étaient mes pensées sur la question.

Si je le faisais, je pourrais me faufiler en ville sans problème et j’aurais enfin l’occasion d’expliquer la nature de cette situation à mes amis et compatriotes. J’étais, bien sûr, très conscient de la nature absurde de mon plan. En vérité, cela n’était pas très bien pensé, bien que ce soit tout ce avec quoi j’avais pu réfléchir à ce moment-là.

J’avais ainsi pris une décision —

Je viserais à déclencher d’une manière ou d’une autre cette Évolution Existentielle. Moi, Rentt Faina, j’évoluerais en goule dans le Donjon de la Réflexion de la Lune.

***

Partie 2

L’Évolution Existentielle du Squelette vers la Goule avait été la première chose dont j’avais dû parler. Bien que j’avais déjà décidé de cette ligne de conduite, je n’étais pas certain de l’étendue de mes capacités de combat. Après tout, je n’étais qu’un aventurier de classe Bronze qui se trouvait proche des échelons inférieurs de la guilde. J’avais cependant mieux réussi que les aventuriers de la classe Fer, qui étaient les plus récents parmi les nouveaux. Si je devais énoncer objectivement mes prouesses au combat, je dirais qu’abattre un ou deux gobelins et squelettes était faisable, et bien à l’intérieur des limites de sécurité que j’avais. Je pourrais au moins faire ça.

Mais dans ce genre de combat, je ne m’en sortirais pas indemne.

S’il y avait plus de deux ennemis en même temps, ce serait peut-être un peu plus difficile, mais je pourrais quand même gagner en agissant différemment. S’il y avait quatre ennemis, je m’enfuirais certainement, mais s’il y en avait cinq, alors je serais foutu. C’est ainsi que les choses se présentaient à ce moment-ci.

Cependant, il ne serait pas correct de me traiter de faible. Mais disons, je n’avais pas grand-chose à dire à ce sujet, car j’avais commencé mon expérience en tant qu’aventurier il y a seulement dix ans. Mais je m’entraînais dur depuis presque 20 ans, bien avant que je sois un aventurier à part entière. En fait, j’aimerais avoir un peu d’empathie venant des autres pour tout ça — car même si je m’étais entraîné depuis si longtemps, je ne pouvais pas faire grand-chose de plus que ce que je pouvais faire en ce moment.

Si l’on me demandait pourquoi j’avais passé autant de temps et d’efforts à m’entraîner, pour n’avoir rien réalisé de spectaculaire, alors la réponse était très simple : Je n’avais pas assez de réserves de mana, d’Esprit ou de pouvoir divin. De plus, je n’avais pas beaucoup des capacités requises pour contrôler adéquatement mes maigres réserves d’énergie magique. On pourrait dire qu’il s’agit d’une question plus que critique pour tout aventurier en herbe.

Pour le dire franchement, j’apprécierais en vérité quelques éloges pour avoir fait tout ce que j’avais fait jusqu’à présent.

Je suppose que je n’avais pas expliqué ce qu’était la magie, le pouvoir de l’Esprit ou le pouvoir divin. Pour commencer, parlons de la nature du mana. La possession de mana est une condition préalable nécessaire pour lancer des sorts magiques — la source d’énergie magique mystérieuse avec laquelle certains individus naissaient rarement. Si l’on pouvait le dire simplement, ceux qui avaient été bénis par le mana à la naissance étaient capables de conjurer les flammes et le vent sans l’utilisation d’objet, de faire couler l’eau librement provenant de nulle part et de persuader la terre elle-même de se déplacer sous leurs pieds. À plus d’un titre, la magie était une compétence très pratique.

Bien que les rapports différaient entre les différentes races d’êtres sensibles qui peuplaient ces terres, un individu sur 50 environ était né avec le mana dans la race humaine. Ce n’était donc pas un si petit nombre que ça.

Cependant, ceux qui avaient assez de mana et de compétence pour devenir de puissants mages étaient au nombre d’un pour mille — telle était la rareté de cette bénédiction. Cependant, tant que l’utilisateur possédait une certaine quantité de mana, des sorts simples comme la vénérable boule de feu Foteia Borivaas, ou bien la flèche de terre Gie Vieros, pouvaient être lancés sans trop de problèmes. Cependant, pour aller au-delà des sorts d’attaque rudimentaires, il fallait la combinaison susmentionnée de mana et de talents, qui n’était disponible qu’à un humain sur mille en moyenne.

Il valait peut-être la peine de mentionner que, même si j’avais des réserves de mana à la naissance, elles étaient pathétiquement basses — à peine une fraction de ce dont on aurait besoin pour devenir un puissant mage. Après tout, j’avais été incapable de lancer des sorts d’attaque de bas niveau malgré mes longues périodes d’entraînement. Mon manque de talent dans ce domaine était douloureusement apparent.

Cependant, je pourrais conjurer de l’eau pour boire et des braises pour allumer des feux de camp. Pour cela, j’étais reconnaissant, même si ces bénédictions étaient faibles. Pourtant, il était extrêmement regrettable que je ne puisse pas utiliser la magie au combat.

Une explication du pouvoir spirituel, ou Esprit serait peut-être nécessaire. Souvent désigné par une pléthore d’autres noms, tels que « Chakra » ou « Prana », le pouvoir spirituel est la force vitale de tous les êtres vivants.

Contrairement à la magie, l’Esprit est la racine de toute vie, et en tant que telle était disponible à toute personne vivante. Si on l’utilisait bien, on pourrait renforcer son propre corps, augmenter ses attaques et même obtenir une endurance bien supérieure à celle d’un humain moyen. Cependant, comme la plupart des individus avaient inconsciemment utilisé l’Esprit comme un moyen de rester en vie, peu d’entre eux en venaient à réaliser son véritable potentiel.

D’autre part, même si l’on prenait conscience de son propre Esprit, il fallait beaucoup d’entraînement pour l’utiliser adéquatement, en plus d’exiger un talent naturel pour canaliser sa force vitale.

Dans mon cas, je n’avais pas assez de contrôle sur mes réserves spirituelles pour l’utiliser efficacement, même si j’avais pris conscience de son existence. Mais même ainsi, j’avais réussi à amplifier la force d’une seule attaque de 1,5 fois en une seule journée — personnellement, j’avais considéré cette capacité comme ma carte maîtresse. Bien que l’attaque augmentée ait porté une quantité significative de force, elle serait certainement considérée comme un jeu d’enfant pour un pratiquant réel des arts spirituels.

La dernière, mais non la moindre serait une explication du pouvoir divin, ou Divinité pour faire court. Je suppose qu’on pourrait dire que c’est encore plus rare que la bénédiction du mana, car la plupart des individus n’avaient aucune affinité pour elle. On dit que la Divinité était conférée aux humains par des êtres divins, tels que les dieux ou les fées. Le fait d’avoir une réserve de pouvoir divin en soi-même était en effet considéré comme une chose rare, et la plupart des individus qui en avaient fait le bénis se retrouvaient à travailler pour l’église.

Selon la façon dont on l’utilisait, la Divinité était connue pour permettre l’utilisation de sorts de guérison et de purification qui, à un niveau rudimentaire, pourraient être utilisés pour guérir des maladies ou exorciser les morts-vivants. Les utilisateurs possédant de plus grandes réserves de Divinité étaient même capables de purifier de vastes étendues de terres corrompues.

De plus, en raison de sa nature de capacité accordée par les êtres divins, les quelques chanceux qui avaient du pouvoir divin en eux se trouvaient capables de communiquer avec les fées et les dieux. Dans certains cas, ils atteignent même des positions sociales de premier plan.

Dans ce cas, si nous ne parlions que d’un individu ordinaire, ils n’auraient probablement pas une seule trace de Divinité en eux. Mais moi, pour une raison ou une autre, j’avais un fragment de Divinité en moi. Cela étant dit, un fragment restait un fragment, donc des tâches plus grandes me dépassaient complètement.

Si ma mémoire était bonne, ce fragment de Divinité provenait d’un événement de ma jeunesse, où j’avais décidé, pour une raison inconnue, de réparer une sorte de sanctuaire local délabré. Les esprits qui habitaient ce sanctuaire avaient probablement jugé bon de me bénir, et c’était déjà la fin de l’histoire.

Bien que je sois capable d’utiliser un peu les arts divins depuis lors, tout ce que j’avais réussi à faire était de purifier l’eau sale pour qu’elle soit potable. Je pouvais aussi l’utiliser pour nettoyer une plaie de ses infections. Des choses comme la fermeture instantanée des plaies ou la purification d’une terre corrompue étaient, et restaient encore, malheureusement, au-delà de mes capacités.

Il s’agissait toutefois d’une capacité dans la vie quotidienne très pratique. Je me retrouvais très souvent à remercier cette fée ou cet esprit du fond de mon cœur pour le don qui m’avait été accordé.

Et cela concluait ainsi mon explication sur la raison pour laquelle il m’avait été difficile de continuer à progresser en tant qu’aventurier en ayant ces dons et capacités. Après tout, les réserves de mana et de Divinité en moi étaient tellement petites, et même moi je savais que je n’étais pas exactement fait pour l’aventure.

Il valait peut-être la peine de noter que les personnes ayant la capacité d’utiliser les trois capacités étaient extrêmement rares. En vérité, je ne me souviens pas avoir rencontré quelqu’un d’autre comme moi. Malheureusement, le facteur important n’étant pas le nombre, mais le degré de talent et de puissance que l’on possédait, et de ces deux côtés, on pourrait aussi dire que j’avais été extrêmement malchanceux.

La plupart des personnes qui aspiraient à devenir des aventuriers avaient généralement une forte disposition innée à l’une des trois capacités — environ la moitié des aventuriers étaient dans ce cas là. Quelqu’un comme moi, qui n’avais rien de tout ça et qui continuais malgré tout était une curiosité très rare. En fait, des individus comme moi auraient probablement choisi un emploi normal, ne combattant jamais, et vivraient ainsi toute leur vie dans une paix relative. Moi aussi, j’aurais dû le faire, du moins, c’était ce que je pensais rétrospectivement.

Une chose m’avait empêché de faire ce que j’aurais dû faire : le fait que j’avais un grand rêve.

Dès mon plus jeune âge, je l’avais pourchassé, et j’avais continué à le faire — pour devenir un aventurier de la classe Mithril. Je ne pouvais pas abandonner après tout ce temps.

Mais à la suite de mon grand rêve, j’avais semblé avoir fini sous la forme d’un squelette. Bien qu’il n’y ait pas grand-chose à dire à ce sujet pour l’instant, je n’avais pas l’impression de devoir abandonner.

Indépendamment de mon apparence actuelle, je n’étais apparemment pas complètement mort. Bien que je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle j’étais encore en vie au début, j’avais l’impression d’être encore là, étant donné que mon corps bougeait encore.

On disait que les humains trouveraient un moyen tant qu’ils seraient en vie. On disait aussi qu’ils étaient capables de réaliser de grands exploits précisément parce qu’ils vivaient. C’était avec cette pensée dans mon esprit que j’avais continué à vivre.

En y repensant, être un squelette n’était pas entièrement une mauvaise chose. Bien qu’il s’agissait d’un énorme problème en soi, en plus du fait que je ne savais pas si j’étais vraiment en vie, je pouvais bouger, et donc je n’étais pas entièrement impuissant. Il n’y avait rien de mal à penser que je pourrais continuer à travailler dur à partir de maintenant, même dans ma forme actuelle.

Juste pour être sûr, j’avais effectué avec les capacités que j’avais quand j’étais « vivant » quelques petits essais. Le mana, l’Esprit et la Divinité semblaient tous fonctionnels, m’ayant apparemment suivi dans l’au-delà. Je sentais que j’en avais plus qu’assez pour continuer avec ces avantages.

Dans tous les cas, je pourrais dire que j’avais un certain avantage face à un monstre de type squelette typique de ce niveau, qui n’aurait certainement aucune de ces capacités. Je pourrais probablement me battre avec ça — c’était plus que suffisant.

Il était également intéressant de noter que, bien que mes aspirations à évoluer vers une Goule semblaient alarmantes, je n’avais pas l’intention de manger de la chair humaine. Je le faisais juste pour obtenir une forme plus humaine.

Quoi qu’il en soit, je ne me souvenais pas que les goules avaient besoin de chair humaine pour se nourrir. Si j’étais contraint de le faire par instinct ou pour d’autres raisons, je franchirais ce pont quand j’y serais arrivé.

Peut-être que je le ferais en secret, ou du moins, trouverais-je un moyen de satisfaire ma faim, car pour l’instant, cela ne valait pas la peine d’y penser. Plus important encore, il était vital de vérifier l’étendue de mes forces au combat et de continuer ma tâche d’évoluer vers une goule.

Pour y parvenir, je devais vaincre les habitants — plus précisément, les monstres — du donjon dans lequel je me trouvais actuellement. Justifier mes actions en le faisant était simple. L’Évolution Existentielle n’était déclenchée que par le fait que les monstres acquièrent plus d’expérience et de force avec le temps —, du moins, c’est ainsi que s’était déroulée l’explication typique en la matière.

Le meilleur exemple de ce type de manuel serait, ironiquement, un Dragon. Les dragons, nés juvéniles et ayant mûri au fil des ans pour devenir un dragon ancien, en étaient une bonne illustration. Cependant, les Dragons étaient des monstres avec une grande capacité latente et une grande puissance dès le départ. Comparés aux Dragons, les squelettes étaient simplement restés des squelettes, quel que soit le temps qui s’était écoulé.

Après tout, les monstres morts-vivants étaient bien morts. Même s’ils passaient des milliers d’années sur place, ils existeraient tout simplement. Les récits de monstres morts-vivants devenant plus forts simplement en se tenant debout sur place étaient pratiquement inconnus.

La logique derrière tout cela était simple : les os étaient des os. Un tas d’os morts ne pouvait pas grandir.

Une fois de plus, je m’étais retrouvé perdu, mais pas pour longtemps. Je devais acquérir de l’expérience, donc je devais me battre.

Il avait été dit que les monstres absorbent la force vitale des autres monstres s’ils tombaient au combat. Cela s’était avéré exact, tant pour les humains que pour les monstres. La différence fondamentale des humains était que les humains, quelle que soit la force qu’ils avaient absorbée en provenance des monstres tués, ils restaient humains. Alors qu’il y avait beaucoup de combattants et d’aventuriers forts et expérimentés, ils étaient encore humains à l’intérieur.

Cependant, les monstres différaient des humains dans cet aspect — après avoir obtenu une certaine quantité d’expérience et absorbée de la force, le monstre typique évoluait vers une forme plus puissante à l’aide dudit phénomène de l’Évolution Existentielle. Sur cette base, il semblerait que mon chemin soit déjà tracé pour moi.

Bien sûr, le problème de savoir si oui ou non j’étais vraiment un monstre restait encore. Mais même ainsi, je pourrais le découvrir facilement par le biais d’une série de combats. Je le considérais comme une condition préalable qui devait être réalisée avant l’évolution.

En tant que telle, ma première tâche avait été de localiser et de vaincre un monstre proche de moi en termes de puissance.

Quant aux monstres que même un simple squelette pourrait vaincre... slimes, gobelins et autres squelettes m’étaient venus à l’esprit. Heureusement, ils se trouvaient tous dans ce donjon. Bien que je me trouvais actuellement dans une section inexplorée du Donjon de la Réflexion de la Lune, je me souviens d’avoir vu un certain nombre de monstres sur le chemin.

Il y avait de multiples théories sur les raisons pour lesquelles les monstres existaient dans les donjons. Cependant, toutes ces théories semblaient s’accorder sur le fait que les monstres réapparaissaient après un certain temps une fois tué. Le phénomène, communément appelé « respawn », verrait les monstres ressusciter après un certain temps, allant de 30 minutes à quelques jours, voire quelques années. En particulier, les monstres faibles dans les donjons pouvaient réapparaître en moins d’une heure.

Bien que je n’aie pas pu déterminer avec précision combien de temps s’était écoulé depuis que j’avais été mangé par le Dragon, j’étais sûr que le temps nécessaire pour que lesdits monstres réapparaissent avait passé depuis longtemps. Après tout, ma mort ne ressemblait pas à une simple période de cinq à dix minutes. Bien qu’il me semblait idiot de penser que mon horloge biologique aurait un sens, étant donné que j’étais actuellement un tas d’os secs, tout ce que j’avais à faire était d’attendre si mon estimation du temps n’était pas respectée.

En gardant cela à l’esprit, j’étais reparti vers le chemin d’où j’étais arrivé, ayant jugé que c’était le moyen le plus rapide de rencontrer un autre monstre. Soulevant mes pieds osseux, j’avais commencé à marcher, retournant sur le sentier usé avec une série de pas lourds.

Cependant, en essayant de bouger, j’avais découvert que mon corps était douloureusement lourd — j’avais supposé en tant que tel que je ne pouvais pas me battre comme je pouvais le faire de mon vivant. Cependant, le fait que je pouvais bouger avait rempli mon cœur de soulagement.

Bien que je sois actuellement le plus faible dans la hiérarchie globale des monstres, j’étais toujours considérablement plus rapide et plus fort qu’un humain moyen. Je ne pouvais qu’espérer que cela fonctionnerait d’une manière ou d’une autre, mais cela aurait pu être tout simplement un optimisme sans fondement de ma part.

En ce qui concernait mes armes, je m’étais retrouvé encore équipé de mon épée à une main bien usée de ma vie antérieure ainsi que de mon armure, donc il n’y avait pas de problèmes dans la section équipement. Cependant, tous les autres aspects de mon potentiel de combat devraient être testés sur le terrain.

Il ne m’avait pas fallu longtemps pour croiser le chemin d’un autre monstre, ce qui m’avait pris environ cinq minutes après le début de ma quête. Mon adversaire, pour le meilleur ou pour le pire, était comme moi, mais sans armes ou armure — un autre squelette.

***

Partie 3

C’est ainsi que j’avais fait face à mon adversaire dans les passages sombres de la Réflexion de la Lune. Mon adversaire était un squelette, tout comme moi. Une pile pâle d’os, retenus ensemble par le strict minimum de force vitale nécessaire pour qu’ils puissent se déplacer. Il était incapable d’utiliser la magie, ne possédait pas une once d’Esprit, et n’était pas capable de canaliser la Divinité d’aucune sorte. C’était, dans tous les sens du terme, un squelette normal.

Pendant que je mettais en place mon épée, le squelette qui allait se battre contre moi regardait dans ma direction, comme s’il confirmait ma présence.

*Clack clack clack!*

Ses os s’étaient heurtés les uns aux autres, libérant un son épouvantable. Si je n’en savais pas plus, je penserais qu’il se moquait de moi.

Squelettes —

Je les avais combattus de nombreuses fois au cours de ma carrière d’aventurier. Mais maintenant, je m’étais trouvé bien plus conscient de leur existence, peut-être en raison de ma nouvelle perspective.

Une fois qu’une chose vivante était devenue une pile d’os, elle n’existerait plus jamais. Cependant, le squelette devant moi pouvait se déplacer en dépit de cela, comme un défi continu aux lois divines de la vie et de la mort. Plus je le regardais, plus je sentais que son existence en soi était une moquerie de la nature.

Il m’était venu à l’esprit que j’étais probablement perçu de la même façon par d’autres êtres humains. Peu importe la façon dont je voyais les choses, il m’avait semblé impossible de retourner à Maalt tel que je l’étais actuellement.

Une fois de plus, je ne pouvais m’empêcher de soupirer. Bien que je n’avais pas d’organes pour respirer, et encore moins de poumons, je l’avais fait. N’étant devenu rien d’autre que des os, je suppose que c’était évident.

J’avais senti une nouvelle vague de choc m’envahir lors de cette révélation — le fait que j’étais maintenant quelque chose de complètement inhumain avait été enfoncé profondément dans mon esprit. Il n’y avait pas grand-chose que je pouvais faire à ce sujet. C’était comme ça désormais.

Bien que je sentais que j’avais déjà digéré les faits de mon nouvel état de squelette, il semblerait que beaucoup d’autres choses à propos de ce développement me dérangeaient encore. Je me sentais plus hésitant que jamais.

Malgré cela, je n’avais pas d’autre choix que de continuer. Je devais vaincre cet autre squelette devant moi et évoluer à tout prix en Goule ! Avec cela à l’esprit, j’avais mis ma colonne vertébrale en mouvement pour cette tâche en fonçant à pleine vitesse vers ce squelette.

Du moins, c’était ce que j’avais voulu faire. La vitesse à laquelle j’avançais vers l’autre squelette était, faute d’un meilleur mot, douloureusement lente. Je suppose qu’on pourrait le définir comme une sorte de course, ou peut-être un jogging. Cependant, la vitesse à laquelle je me déplaçais laissait beaucoup à désirer — cela ne semblait pas être un rythme adapté au combat.

Dans tous les cas, j’étais plus rapide qu’un habitant banal de Maalt. Mais j’étais toujours décidément plus lent que l’aventurier le plus classique, et même les aventuriers de Fer les moins bien classés.

Il semblerait que mes capacités physiques aient également été affectées par ma mort prématurée. C’était peut-être évident, si on y pensait :

Un squelette n’était rien de plus qu’un tas ambulant d’os. Comme toutes les choses vivantes avaient besoin de muscles pour bouger, c’était un miracle que les squelettes puissent bouger — et c’était un fait qu’ils ne se déplaçaient pas particulièrement bien.

Comme pour prouver mon point de vue, la vitesse du squelette adverse était également très lente. En y repensant, tous les squelettes que j’avais rencontrés jusque-là se déplaçaient de la même façon. On pourrait même dire que leur lenteur en avait fait une proie parfaite pour les aventuriers de classe Bronze comme moi. C’est peut-être grâce à eux que j’avais continué à exister en tant qu’aventurier pendant si longtemps.

Mais même si les squelettes étaient une proie facile pour les aventuriers de la classe Bronze, j’étais aussi un squelette. Ce n’était sûrement pas un combat facile, et je l’avais compris dès le moment où j’avais levé mon épée.

Bien qu’il soit évident que mon jeu d’épée serait beaucoup plus lent qu’il ne l’était dans la vie, ce n’était pas comme si j’avais soudainement oublié comment frapper avec mon arme. Au moins, je me rappelais fermement les bases. C’était en sachant cela que j’en étais arrivé à une conclusion simple : la seule attaque rapide que j’avais dans mon répertoire à ce moment-là était une simple oscillation vers le bas. Pour être sûr, j’avais décidé de tester ma théorie. Les résultats avaient cependant été extrêmement décourageants.

D’une part, il était difficile de soulever mon épée. C’était probablement dû aux changements dans ma musculature, ou à l’absence de celle-ci. Mais même ainsi, j’avais été accueilli avec plus de difficultés, car j’avais fait de mon mieux pour soulever mon arme. Le poids combiné de l’épée, ainsi que la force nécessaire pour inverser la direction dans laquelle elle se déplaçait, était vraiment extrême.

Si mes observations étaient vraies, c’était dû à un manque de muscles. En d’autres termes, toutes les techniques et tous les mouvements que j’avais appris jusqu’à présent ne pouvaient pas être utilisés dans cette situation.

Encore une fois, il m’était venu à l’esprit que c’était un fait évident. Après tout, les techniques que j’avais apprises étaient utilisées et enseignées par des humains. Il n’y aurait pas eu une seule technique ou attaque conçue pour le physique d’un squelette.

Malgré tout, je m’étais efforcé de trouver une solution. Si je m’arrêtais ici et maintenant, je serais sûrement vaincu par l’autre squelette et mourrais, encore une fois. Peut-être, alors, c’était un coup de chance que mon premier adversaire soit un squelette léthargique et simple.

Comme j’étais retrouvé à tester des attaques potentielles à l’épée, l’adversaire avait pris de la vitesse et se précipitait dans ma direction — jusqu’à ce qu’il glisse rapidement. À la suite de sa malheureuse chute, l’os de la jambe droite de mon adversaire s’était apparemment délogé. Le squelette était maintenant assis sur le sol dans une position quelque peu inconfortable, essayant désespérément de récupérer et de rattacher sa jambe détachée.

Je n’avais pas pu m’empêcher de rire de la comédie noire présente dans cette scène. Au moins, je voulais rire, mais les squelettes en général étaient incapables de produire un tel son. Les seuls sons qu’un squelette pouvait faire étaient des bruits de cliquetis, et c’était à peu près tout. Sans grand choix, j’avais décidé d’imiter le son que le squelette adverse avait fait lorsqu’il avait posé les yeux sur moi pour la première fois. Une misérable série de clac était le résultat de ma tentative de rire.

Comme enragé par mon rire osseux, le squelette ennemi avait bloqué son os détaché dans sa cavité, puis s’était levé et s’était précipité vers moi une fois de plus. On aurait dit qu’il allait sérieusement m’attaquer cette fois-ci.

Je ne pouvais pas voir cela comme une bonne chose — ce n’était certainement pas le cas. Bien que les squelettes soient des monstres faibles, ils avaient assez de vitesse et de puissance pour tuer un homme adulte — mais bien sûr, moins que l’aventurier typique. Cela étant dit, même l’aventurier le plus faible de la classe Fer subirait de graves dommages à la suite d’un tel coup.

Tandis que j’étais perdu dans mes pensées, la charge du squelette m’avait frappé droit dessus, et nous étions maintenant tous les deux tombés au sol. Je cherchais nerveusement un moyen de contre-attaquer, convaincu que si je ne faisais rien, l’autre squelette me tuerait sûrement. Mais apparemment, ce n’était pas nécessaire.

La raison en était simple : l’autre squelette n’avait tout simplement pas tenté d’attaquer. Cela était peut-être dû à une combinaison de facteurs, y compris le fait que l’élan auquel il se déplaçait, et l’angle spécifique que je tenais mon épée, avaient fait en sorte que mon arme s’était fermement ancrée dans son crâne. Un événement vraiment fortuit.

Mais ce n’était pas suffisant — l’ennemi était après tout un monstre mort-vivant. Le squelette ennemi semblait plus irrité par le fait que son champ de vision était maintenant bloqué par une épée qui sortait d’une de ses orbites. Ce fait ne l’avait pas tué, et cela n’avait l’air que de le déranger par le fait que l’épée en question était un instrument métallique pointu dans son crâne.

À en juger par tout ce que j’avais vu jusqu’à présent, il était juste de supposer que les squelettes ne possédaient pas beaucoup d’intelligence ou de logique, même s’ils avaient une forme quelque peu humanoïde. Le squelette qui m’avait attaqué était un bon exemple, car il était complètement confus par les développements actuels et n’arrivait apparemment pas à décider quoi faire.

Profitant de cette chance, j’avais rapidement saisi le manche de ma lame, plaçant ce que je pouvais sur l’arme. J’avais pensé qu’il suffisait de pousser la lame, étant donné qu’elle avait été empalée dans le crâne de l’ennemi.

Cela m’avait cependant rappelé le malheureux fait que j’étais un squelette presque impuissant. Après tout, l’os était un matériau utilisé pour fabriquer des armures, et il était très dur. Le crâne de l’ennemi ne se briserait probablement pas avec le peu de force que j’avais. Même si j’essayais de mettre tout mon corps dans l’attaque, cela ne fonctionnerait pas, car je n’avais pas beaucoup de puissance au départ.

Je m’étais retrouvé complètement perdu.

Je devais canaliser plus de puissance dans la poignée de la lame, peu importe le coût. Si cela continuait, je serais probablement coincé à lutter dans la boue contre ce squelette pour toujours. Il n’était pas du tout souhaitable que ma première bataille dure des centaines d’années.

En tirant mon esprit de sa rêverie sans espoir, il m’était venu à l’esprit que je devrais au moins essayer d’utiliser l’une des capacités que j’avais acquises dans la vie. En fin de compte, je n’étais pas un squelette normal, et je devrais exploiter ce fait au maximum.

J’étais devenu trop préoccupé par le fait que j’étais actuellement un squelette, et j’avais oublié que j’avais vaincu de nombreux squelettes dans ma vie antérieure. En fait, j’étais capable de vaincre les squelettes avec bien plus que la force brute. J’avais aussi le mana, l’Esprit et la Divinité à ma disposition.

Bien que les squelettes normaux n’en soient pas conscients, leurs mouvements étaient également actionnés par la magie. Par conséquent, les squelettes possédaient une capacité de vitesse et de puissance plus élevée que la moyenne, d’où leur classification en tant que monstre. Comme je n’étais plus moi-même un être humain, il m’était venu à l’esprit que je devrais utiliser mes nouvelles capacités en tant que monstre autant que possible.

Parmi les trois capacités dont je disposais, l’Esprit était celui qui convenait le mieux à l’application de la force brute — et, en tant que tel, le plus adapté à ma situation actuelle.

Après avoir finalement arrangé mes pensées, j’avais commencé à me concentrer, entourant mon corps d’énergie spirituelle. Au milieu des considérations que j’avais utilisé pour la dernière fois cette capacité quand j’étais plus qu’un tas d’os, je n’avais aucune idée si cela fonctionnait vraiment. Mais je devais le tester d’une manière ou d’une autre. Si ça ne marchait pas, je devrais compter sur la force simple. Si c’était le cas, d’un autre côté...

J’étais connu dans la vie pour aller de l’avant, même si les choses semblaient sombres. Ça n’avait pas de sens d’abandonner maintenant.

En continuant à me concentrer, j’avais l’impression que mon pari était payant — avec toute ma force, j’avais enfoncé la poignée de l’épée, poussant lentement l’arme à travers l’orbite du squelette et finalement brisant son crâne. Mais la force de l’attaque ne semblait pas s’arrêter là — une série de craquements désagréables se répandit à travers le corps du squelette ennemi, et tout à la fois, tous les os de son corps se brisaient en mille petits morceaux.

Comme une marionnette avec ses cordes coupées, ce qui était le squelette ennemi s’était effondré en une pluie de fragments osseux, éparpillés sur le sol du donjon. Jusqu’à il y a quelques instants, ces os étaient reliés et formaient le corps d’un squelette. Mais avec sa tête écrasée et sa forme compromise, le squelette semblait avoir perdu ses caractéristiques de morts-vivants, retournant une fois de plus dans une pile d’os sans vie.

J’ai gagné. D’une façon ou d’une autre.

Bien que ce fut une démonstration maladroite et complètement honteuse d’une première bataille, tout ce qui comptait, c’était ma victoire.

Bien que je ne sois pas aussi agile ou fort que je l’étais dans la vie, j’avais réussi à utiliser les capacités à ma disposition pour une victoire tendue. Peut-être que je ne l’avais pas fait aussi mal que je le pensais.

Avec cette notion dans ma tête, je m’étais penché en arrière, et mon esprit était en quelque sorte rempli d’un sentiment ambivalent de soulagement et de crainte.

***

Partie 4

Bon. Alors que c’était bien que je puisse vaincre un autre squelette, est-ce que ce serait un véritable pas vers mon évolution ?

En cherchant au milieu des os brisés de mon adversaire, j’avais ramassé ce qui semblait être un cristal magique. Je l’avais placé contre moi, comme si je m’attendais à ce qu’un changement se produise. Malheureusement, rien de tel ne s’était produit — du moins, je l’avais supposé. Soudain, comme pour me prouver que j’avais tort, un flot de lumière s’éleva lentement des restes brisés du squelette, se dirigeant graduellement vers mon corps.

Est-ce encore en vie !?

Alarmé par ce qui arrivait, j’avais rapidement pris une position de combat, mais le flux de lumière ne m’avait pas semblé hostile. Il avait cependant ignoré mes tentatives les plus vaillantes pour l’esquiver et s’était finalement frayé un chemin dans mon corps. En me préparant à une sorte de choc, je m’attendais à ce que la lumière me fasse mal, mais cela n’avait pas été le cas. À la place, je sentais beaucoup de puissance en elle.

Alors que je commençais lentement à absorber la lumière, je sentais l’énergie que j’avais dépensée dans le combat précédent me revenir. Bizarrement, même mes réserves de mana, d’Esprit et de Divinité semblaient augmenter, ne serait-ce que d’une once. Était-ce l’Évolution Existentielle tant vantée que les monstres avaient traversé ?

En décidant de le découvrir, j’avais procédé à une inspection approfondie de mon corps — ce qui n’avait pas été très long à faire. Bien que je me sentais vraiment plus fort, j’étais encore visuellement un tas d’os qui marchait, et pas encore tout à fait la goule que j’espérais devenir. En fait, mon apparence n’avait pas du tout changé.

Alors que l’absence d’un miroir m’empêchait de le vérifier, les parties visibles de mon corps, comme mes bras et mes jambes, étaient encore de l’os blanc pâle. Mon visage ne s’en était probablement pas mieux tiré. Dans ce cas...

Alors, ai-je fait tout cela pour rien !?

Il s’agissait de la première pensée qui m’avait traversé l’esprit à ce moment-là.

En y pensant calmement, j’avais réalisé que l’Évolution Existentielle n’était probablement pas quelque chose qui pouvait se produire du jour au lendemain, et certainement pas avec la défaite d’un seul squelette. C’était aussi la connaissance qui avait été glanée à partir de mes lectures de divers tomes concernant les monstres — de nombreux livres semblaient arriver à la même conclusion.

Par exemple, si ladite évolution se produisait vraiment avec la simple défaite d’un monstre par un autre monstre du même type, ils deviendraient alors instantanément des monstres plus forts et plus virulents. Et donc, si c’était le cas, ils se répandraient comme un feu de forêt et feraient du monde un enfer vivant pour le reste de l’humanité. Bien que les terres soient peuplées de différents types de monstres, y compris ceux qui représentaient des menaces crédibles pour l’humanité, la plupart de ces créatures étaient des monstres qui pouvaient être chassés et éliminés en toute sécurité par de simples aventuriers. C’est ainsi que l’humanité avait réussi à vivre dans une paix relative à l’intérieur des villes et villages établis.

En tant que tels, ces mêmes livres que j’avais lus avaient déduit que peu de monstres pouvaient effectuer l’Évolution Existentielle sur une base régulière. En termes simples, le processus ne s’était pas déroulé facilement ou rapidement. On aurait peut-être besoin de vaincre un grand nombre d’ennemis d’abord, avec certains ayant un degré de force plus élevé, ou de vivre pendant un certain temps avant même qu’elle se produise.

Dans mon cas, je venais de devenir un monstre, et j’avais lutté pour vaincre un autre squelette. L’évolution n’allait pas frapper à ma porte de sitôt — c’était une hypothèse raisonnable. Au contraire, je devrais être reconnaissant d’être devenu un peu plus fort, et cela serait d’autant plus vrai si l’augmentation de la force et la légère augmentation de mes capacités étaient quelque chose de réel.

Bien que je me sois entraîné pendant des jours, des semaines et des mois sans beaucoup de résultats dans la vie, la gratification instantanée de ma bataille précédente était vraiment préférable. Avec la défaite d’un seul ennemi, j’étais devenu un peu plus fort.

En relativisant tout ça, je trouverais donc les batailles plus faciles, plus je me battrais — une déduction raisonnable, selon moi. Bien sûr, il n’y avait aucune garantie que mes batailles aboutiraient à la victoire chaque fois. J’avais aussi eu de la chance pour mon premier combat.

Eh bien, je suppose qu’en fin de compte, c’était à moi d’essayer de vaincre les autres monstres de la région. Je devais au moins essayer.

Avec cette pensée en tête, j’étais reparti dans les couloirs du Donjon de la Réflexion de la Lune une fois de plus.

***

Partie 5

Comme prévu, mon hypothèse était correcte — j’avais progressé en devenant un peu plus fort avec chaque adversaire vaincu. Après cette première bataille, j’avais rencontré et rapidement vaincu un certain nombre d’autres squelettes. Chaque fois, cette étrange lumière s’élevait de leur corps et se frayait un chemin à l’intérieur du mien.

Avec chaque lumière absorbée, je me sentais plus fort et plus rapide. Ce n’était pas seulement une sorte d’illusion mentale, mes mouvements étaient devenus nettement plus rapides et plus puissants. Même mes attaques utilisant le pouvoir spirituel avaient vu leur force offensive augmentée. Alors que j’avais lutté pour enfoncer ma lame dans le crâne de l’ennemi lors de ma première rencontre, je pouvais maintenant envoyer les os de mon adversaire voler si j’y mettais toute ma force, les écrasant dans le processus.

Le temps était peut-être venu pour moi de passer à des proies plus grosses, comme les slimes. J’étais certainement devenu assez fort pour avoir de telles pensées.

Bien que les slimes soient quelque peu faibles, tout comme les squelettes de base, les qualités à ne pas sous-estimer étaient leurs formes indéterminées et leurs corps en forme de gélatine. En raison de ces caractéristiques, les attaques physiques n’allaient pas très bien fonctionner sur eux, donc la façon la plus facile de vaincre des slimes était de les attaquer avec des sorts d’une sorte ou d’une autre.

Cependant, cela étant dit, il était inexact de dire que les slimes étaient invulnérables à tout sauf à la magie, et il était encore très possible de les vaincre par des attaques physiques.

Il y avait deux façons de procéder : on pouvait écraser le noyau du slime, qui était un organe cristallin à l’intérieur du slime. Si cet objet était détruit, le slime se dissoudrait et mourrait, ne laissant que des cristaux magiques dans son sillage. Mais c’était beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Le noyau d’un slime n’était pas stationnaire, car il se déplaçait souvent à l’intérieur de son corps fluide. Certains degrés de technique et de finesse étaient nécessaires pour l’endommager avec une épée ou une lance. De telles compétences étaient communément trouvées chez les aventuriers ayant dépassé le niveau de la classe Bronze-intermédiaire. Sur cette note, j’étais un aventurier de classe Bronze-inférieure, donc je ne pouvais évidemment rien faire de la sorte.

L’autre méthode était quelque peu désordonnée, car on pouvait simplement disperser les parties gélatineuses du slime avec des frappes de force amoindries, atteignant finalement le noyau avant que le slime ne puisse se régénérer, le détruisant ainsi. Comme il s’agissait d’une méthode extrêmement simple, même moi j’étais capable de l’exécuter. Elle allait toutefois exiger un certain temps d’exécution.

La nature gélatineuse d’un slime signifiait qu’il pouvait se réformer même s’il était dispersé, en commençant par les plus gros morceaux. Pour éviter que cela ne se produise, il fallait soit un coup relativement puissant, soit une série de coups rapides. Dans mon cas, j’avais choisi une seule et puissante attaque renforcée par le pouvoir spirituel. C’était tout ce que j’avais fait.

En gros, je n’avais pu chasser qu’un seul slime par jour dans ma vie antérieure. J’étais incroyablement faible.

Après tout, j’étais un aventurier de classe Bronze-inférieure. Pour empirer les choses, j’avais souvent voyagé seul, au lieu de me joindre à un groupe.

Les slimes étaient de simples monstres qui pouvaient être facilement vaincus même si le seul membre du groupe avait une faible capacité pour la magie. Il n’était pas nécessaire d’être un grand mage pour tuer des slimes, car une seule boule de feu ou une flèche de terre ferait l’affaire. En fait, peu d’aventuriers avaient choisi d’utiliser la méthode inefficace et fastidieuse que j’étais maintenant forcé d’utiliser.

En échange, j’avais pu chasser des monstres de niveau inférieur, comme les squelettes ou les gobelins, en nombre relativement important. Il en était résulté des revenus respectables pour un aventurier de classe Bronze-inférieure comme moi, bien que dans ma forme actuelle, je puisse même vaincre ma némésis, le slime, pour l’argent proverbial qu’il représentait.

Ayant enfin pris l’habitude de mon corps squelettique, j’avais pu donner des coups d’une force considérable, même sans utiliser le pouvoir spirituel. Ce serait sûrement suffisant pour disperser le corps gélatineux d’un slime.

Il était temps de mettre en pratique mes nouvelles compétences. J’étais parti pour une zone de la Réflexion de la Lune qui était bien connue pour être habitée par mon ennemi juré. Bien que j’en avais déjà vaincu un sur mon chemin dans les territoires inexplorés du donjon, un certain temps significatif s’était écoulé pour qu’une repop se produise, selon mes hypothèses. Bien sûr, il était tout à fait possible qu’un autre aventurier se soit rendu au slime avant moi.

Après avoir exploré les donjons pendant de si longues périodes, on finissait par développer un sens biologique du temps à l’intérieur de ses murs, ce qui était pratique pour suivre le temps depuis chaque mort occasionnée. Dans les donjons très peuplés, l’odeur du sang et du métal remplissait souvent l’air, en plus des vibrations causées par les combats que l’on pouvait sentir dans le sol et les murs. Dans mon cas, j’avais passé la majeure partie de mon temps à explorer ce donjon en particulier, et en tant que tel, j’avais une relativement bonne compréhension de son écosystème. Grâce à cela, j’avais même pu déterminer quelles zones du labyrinthe connaîtraient une forte circulation d’aventuriers à des moments précis de la journée.

En tant que tel, j’avais déterminé qu’il n’y avait aucun aventurier connu pour fréquenter ce donjon en ce moment. Ce n’était après tout pas le seul donjon proche de la ville de Maalt. Il y en avait un autre, plus grand et plus proche, apparemment appelé le Donjon de la Nouvelle Lune.

De nombreuses parties de ce donjon étaient restées inexplorées, avec de multiples zones et étages partiellement cartographiés. En conséquence, la plupart des aventuriers de Maalt s’étaient dirigés vers la Nouvelle Lune. Ceux qui avaient plutôt choisi de fréquenter le Reflet de la Lune étaient soit des aventuriers têtus, soit des aventuriers solitaires qui ne trouvaient pas de groupe pour explorer les profondeurs de la Nouvelle Lune.

Pour le dire franchement, je faisais partie de ce dernier groupe. Bien que j’avais à l’origine voulu explorer le Donjon de la Nouvelle Lune, il était peuplé d’un grand nombre de monstres, y compris ceux qui attaquaient les aventuriers en restant en meute. Un aventurier de classe inférieure qui errait dans ce donjon ne vaudrait pas mieux qu’une condamnation à mort. À moins d’avoir été invité à la dernière minute pour remplir une place dans le groupe de quelqu’un d’autre, j’avais préféré chasser dans le Donjon de la Réflexion de la Lune.

En y repensant, c’était une vie relativement solitaire que j’avais menée jusque là.

Il y avait beaucoup de raisons pour lesquelles je m’aventurais seul, mais la raison principale était simple : aucun autre aventurier ne voulait faire de groupe avec moi. Après tout, j’étais resté coincé dans la classe Bronze-inférieure pendant une dizaine d’années. Même les aventuriers les moins doués s’élèveraient au niveau de la classe Bronze-intermédiaire ou de la classe Bronze-supérieure au cours de cette longue période.

— Ce n’était évidemment pas le cas pour moi.

Mais même ainsi, je n’étais pas complètement isolé, j’étais parfois invité à me joindre à d’autres groupes. Cependant, comme je voulais devenir un aventurier de classe Mithril avec ma propre capacité, la nature de mon rêve m’avait empêché de me joindre assez souvent aux groupes d’autres aventuriers. De plus, ma longue stagnation dans les rangs des aventuriers m’avait apparemment valu le nom de « Le Classé Bronze depuis des Milliers d’Années », et par conséquent, même les invitations occasionnelles à des groupes s’étaient finalement taries.

C’était une triste histoire, alors laissons cela pour l’instant. Plus important encore, je devais chasser un slime en solo.

J’avais continué d’aller de l’avant, et j’avais rapidement été accueilli par la vue d’un monstre en gelée presque transparente qui se déplaçait lentement.

— C’était indubitablement un slime.

En dégainant mon épée, je me glissai lentement sur ma némésis, le même genre de slime que j’avais chassé ces dix dernières années.

***

Partie 6

Il ne m’avait pas fallu longtemps pour remarquer que ce slime était légèrement différent de ses pairs. Son corps était clair et transparent —, il était évident qu’il était réapparu il n’y a pas si longtemps.

Un slime transparent comme celui-ci était très rare. Il valait peut-être la peine de mentionner que les teintes de slimes étaient souvent devenues floues après avoir vécu un certain temps, principalement à cause de la consommation d’autres monstres ou d’un petit animal malchanceux. Piégée dans le corps gélatineux du slime, sa proie commençait lentement à se dissoudre, ce qui entraînait une vision désagréable. Il n’était pas rare de voir des os et des restes à moitié digérés de monstres suspendus dans le corps d’un slime. Les nouveaux aventuriers qui n’étaient pas encore habitués à la vue des viscères s’étaient souvent retrouvés en train de vomir.

Alors que la vue de souris mortes et d’autres trucs semblables, c’était quelque peu tolérable, les slimes absorbaient parfois les restes de monstres humanoïdes comme les gobelins, ou même, dans certains cas, les cadavres à moitié digérés d’aventuriers qui étaient morts en explorant le donjon. La plupart des aventuriers perdraient leur envie d’exploration après un tel spectacle, s’il n’avait pas l’estomac pour. Bien sûr, ceux qui continuaient d’être si facilement dégoûtés ne seraient pas restés longtemps chez les aventuriers. Même ceux qui avaient poussé plus loin sur le chemin des aventuriers avaient continué à trouver des cadavres à moitié digérés dégoûtants.

Dans mon cas, je me sentais très peu affecté, ayant continué comme aventurier pendant une dizaine d’années. La sagesse commune avait déclaré que les aventuriers avaient besoin de se surpasser pendant leur première année d’aventure.

En retirant mon esprit de mes pensées sur le sujet, j’avais de nouveau pris conscience de la clarté relative du slime se trouvant devant moi. Bien que je sois actuellement un squelette, et que je pouvais être plus effrayant pour l’homme de la rue dans certaines situations (au moins, plus qu’un slime au milieu de la digestion de son repas), mes émotions étaient encore très humaines.

Je ne voulais pas qu’on pense que j’avais pris du plaisir à détruire un corps entouré de slime. Mais ce slime particulier était clair, et très transparent. Le liquide d’un slime fraîchement engendré comme celui-ci valait la peine d’être récupéré. Si quelqu’un devait recueillir ses fluides avec une sorte de récipient, il pourrait être vendu à la Guilde des Aventuriers ou à un alchimiste en tant qu’ingrédient rare et précieux. Même les liquides d’un slime impur pouvaient être bouillis et mélangés avec divers ingrédients médicinaux pour créer des potions curatives de base, de sorte que ce n’était pas un mauvais ingrédient. Cependant, les fluides d’un slime pur et propre avaient beaucoup plus d’utilisations. Et ainsi, cela pouvait être vendu pour des sommes beaucoup plus importantes.

Bien que je sois maintenant un squelette, la ceinture à outils que j’avais dans la vie était toujours attachée à ma taille. Dans cette ceinture à outils se trouvait un conteneur que j’avais préparé spécifiquement pour cette situation, et j’avais rapidement décidé que c’était le plan d’action que je prendrais après avoir vaincu le slime.

Lentement, et avec des mouvements très suspects, j’avais commencé à m’approcher du slime. Pendant que je le faisais, le slime, comme s’il me remarquait, frissonnait intensément, tirant sur moi ce qui semblait être un globe d’eau.

Anticipant son attaque, j’avais esquivé proprement sur le côté. Le globe d’eau que j’avais esquivé avait rapidement touché le sol, puis il commença instantanément à dissoudre le sol. Il n’avait pas fallu longtemps pour qu’une petite traînée de fumée s’élève de la malheureuse zone impactée.

C’était l’une des attaques classiques du slime — la Projection Acide. Comme son nom l’indiquait, le slime produisait une substance acide à l’intérieur de son corps et l’éjectait comme une forme d’attaque de projectile à courte distance. Tout ce qui était assez malheureux pour être touché par ladite attaque se dissoudrait alors.

Il s’agissait d’une attaque simple, à base d’acide, et selon l’endroit où la victime avait été frappée, elle ne causerait pas trop de dommages. Cependant, s’il en avait une qui nous touchait dans les yeux, la malheureuse victime ne s’en sortirait pas indemne. Au minimum, il fallait s’efforcer de protéger son visage lors d’une telle rencontre.

Bien que je ne perdrais pas ma vision en raison d’une simple attaque à l’acide au visage dans ma forme actuelle, la structure osseuse de mon crâne se dissoudrait très probablement, auquel cas je mourrai simplement. Donc, perdre la vue n’était pas le problème ici. Il m’était venu à l’esprit que je devais éviter toutes les attaques des slimes, juste pour être en sécurité.

Il était intéressant de noter que si l’attaque du slime était très dangereuse, le slime lui-même était très lent. Un slime normal comme celui-ci n’était pas connu pour se déplacer rapidement. De plus, ses mouvements étaient facilement prévisibles, tout ce que j’avais à faire était d’être suffisamment prudent. Tant que l’on était attentif à la menace toujours présente du projectile d’acide avec des mouvements rapides, les slimes n’étaient en aucun cas des monstres redoutables.

Le principal problème auquel les aventuriers avaient dû faire face lorsqu’ils avaient tenté de vaincre un slime était celui lié à leurs propres compétences et capacités.

En raison de mon état actuel de squelette et des énergies absorbées des autres squelettes que j’avais vaincus, j’étais plus fort que jamais. Dans tous les cas, j’étais maintenant capable d’effectuer des mouvements proches de ma vitesse initiale de quand j’étais en vie. Je ne perdrais probablement pas à cause d’un slime selon moi.

Au fur et à mesure que j’avançais, le slime se déplaçait pour tirer encore un autre projectile d’acide dans ma direction. Cependant, cette fois j’étais préparé, tenant mon épée et augmentant ma vitesse avec mes capacités spirituelles. Chargeant vers le slime, je l’avais attaqué avec mon épée en un éclair, frappant son corps et me retirant rapidement avant qu’il puisse finir de projeter son acide.

Bien que j’avais senti quelque chose se trancher quand j’avais effectué mon coup, il n’était pas possible que j’aie instantanément vaincu le slime. Avec cette pensée en tête, je m’étais rapidement remis en position d’attaque, me préparant une fois de plus à recevoir un autre coup.

Mais cette fois, le slime avait fait quelque chose d’inattendu. Au lieu de donner suite à une attaque, il s’était simplement arrêté, tremblant sur place. Tout à coup, il s’était complètement arrêté de bouger, avant de se dissoudre rapidement en une flaque sans vie.

C’était un phénomène communément observé lorsque les slimes se retrouvaient morts — la force vitale soutenant leur corps gélatineux ayant disparu, ils retournaient à un état liquide, s’étalant mollement sur le sol du donjon. En termes simples, le slime que j’avais frappé avec mon arme était tout simplement mort.

Je n’avais pas pu m’empêcher d’être choqué par cette soudaine tournure des événements. C’était incompréhensible. Après tout, je n’avais jamais été capable de vaincre un slime en un seul coup quand j’étais encore un aventurier de classe Bronze-inférieure. Malgré tout, la vérité devant mes yeux était indéniable.

En raison de la nature de mon attaque désespérée, je n’avais pas été en mesure de le confirmer, mais peut-être que mon arme avait touché le noyau du slime par un coup de chance. Je serais alors en mesure de justifier pleinement ce qui venait d’arriver.

Au contraire, je devrais être tout à fait prêt à ne pas être aussi chanceux lorsque je rencontre mon deuxième slime. La prudence, dans ce cas, était une grande vertu.

Plus important encore, il y avait la question de la gelée du slime — l’ingrédient alchimique que je voulais récolter. Si les liquides d’un slime touchaient le sol, elle ne serait plus utilisable comme ingrédient propre, de sorte qu’il faudrait la préparer avec un contenant à portée de main au moment opportun.

Bien sûr, si l’on essayait de faire cela à un slime vivant, le conteneur rebondit simplement sur sa membrane. Heureusement, cette membrane avait été dissoute à la mort du slime, et cela ressemblait beaucoup à enfoncer ses bras dans un seau de gelée.

Récupérant un flacon de récipient de ma ceinture d’outils, j’avais enfoncé l’ouverture dans le corps du slime mourant, le remplissant entièrement. Bien que les slimes aient projeté de forts fluides acides dans la vie, comme la Projection Acide, il n’était étrangement pas acide lors de leur mort. En fait, les aventuriers qui avaient l’habitude de coller leurs mains dans des slimes morts avaient constaté que leurs mains finissaient souvent propres et rajeunies. Sur cette note, je mentionnerais que les fluides corporels d’un slime étaient souvent utilisés dans les cosmétiques féminins. En fait, le liquide visqueux propre était souvent utilisé à cette fin, car il avait apparemment des propriétés médicinales en raison de sa composition unique.

Bien qu’un ingrédient aussi rare puisse être facilement utilisé pour créer des niveaux plus élevés de potions de guérison, la plupart d’entre eux avaient fini par être utilisés pour les cosmétiques. Il m’était venu à l’esprit que la quête féminine de la beauté était une aventure apparemment infinie.

Était-il vraiment nécessaire de créer des cosmétiques à partir de restes de monstres... ?

Eh bien, je suppose qu’il y avait une certaine justification à cela — on disait que les ingrédients à base de monstres avaient des effets significatifs sur les humains. Leurs impacts allaient de l’immortalité, à la résurrection des morts, ou même à la jeunesse d’un vieil homme... C’était peut-être une progression naturelle dans l’ordre des choses.

Terminant mon monologue interne, je m’étais tourné vers le contenant, qui avait été rempli par le cadavre en dégonflage rapide du slime. En le remplissant jusqu’au bord, je l’avais glissé lentement hors du slime mourant, en prenant soin de ne pas renverser le précieux liquide.

Bien. Cela se vendra sûrement pour une bonne quantité d’or.

En effet, c’était une somme important qui vaut peut-être même quelques jours de travail.

Comme je l’avais mentionné, les slimes clairs valaient leur poids en or — presque littéralement. Pour rencontrer un tel slime, il faudrait attendre environ une heure pour qu’elle réapparaisse, en plus de ne pas contaminer le slime lors du combat en raison des sorts de feu ou de terre. En fait, il n’y avait pas de moyen facile de recueillir du fluide non contaminé avec de la magie, c’est pourquoi il fallait vaincre le slime avec la force brute.

Pour ces raisons, il avait été dit qu’il s’agissait d’un ingrédient qui n’avait été recueilli que par des aventuriers qui avaient à la fois de l’endurance et de la force. En fait, les aventuriers qui pourraient vaincre les slimes en un seul coup pourraient espérer des récompenses encore plus grandes. Cependant, pour quelqu’un comme moi, cela prendrait probablement tout simplement une demi-journée pour le réaliser.

Cela dit, je n’avais aucun moyen de vendre cet ingrédient, et encore moins d’utiliser les fonds pour payer une auberge ou un logement. De ce point de vue, mes efforts semblaient quelque peu inutiles.

En laissant ces pensées de côté, j’avais une fois de plus mis mon esprit à l’évolution — je devais devenir une goule à tout prix.

Si je pouvais évoluer, je pourrais marcher en ville, et même vendre l’ingrédient rare que je venais de collectionner.

Quant à l’hébergement... Eh bien, bien que je n’étais pas sûr de l’opinion des propriétaires potentiels, les propriétés locatives ne devraient pas être si difficiles à trouver.

J’avais aussi besoin de parler avec quelqu’un au sujet de ma présente situation, quelqu’un qui ne s’enfuirait pas simplement en apprenant que j’étais devenu une sorte de monstre. Cependant, à cet égard, j’avais justement la personne parfaite en tête.

Au fur et à mesure que je pensais à cette personne et à la façon dont je l’avais rencontrée, j’avais décidé de quitter ma position actuel et de chercher ma prochaine cible.

***

Partie 7

C’était après avoir vaincu le cinquième slime ce jour-là que j’avais commencé à prendre conscience des changements dans mon corps. Bien que j’avais cherché et combattu beaucoup d’autres monstres depuis lors, il semblerait que ma rencontre initiale avec lui, et la défaite subséquente du slime n’était pas après tout un hasard. Tous les slimes que j’avais rencontrés après le premier avaient péri à peu près de la même façon.

Ma force dépassait rapidement le point où il était vivant après avoir encaissé une première attaque.

Quand j’étais un aventurier de classe Bronze-inférieure, je ne ressentais aucun sentiment de progrès, peu importe l’entraînement que je faisais. En fait, je ne semblais pas du tout progresser. Mais maintenant, j’étais là, devenant plus fort dans la mort. Je n’étais pas tout à fait sûr si je devais me sentir heureux ou triste à l’égard de ce développement, bien qu’il soit grandement préférable de stagner à l’infini.

Bien que je ne savais pas où je plafonnerais encore une fois si je continuais de progresser à ce rythme, j’avais sorti ces pensées de mon esprit. À la place, j’avais décidé de faire ce que je pouvais à ce moment-là — je continuais à me battre sans fin.

Après avoir combattu et vaincu dix autres monstres, j’avais ressenti un sentiment étrange au fond de moi — un sentiment presque inconnu que je n’avais pas ressenti jusque-là. Ce n’était pas du tout un sentiment désagréable. En fait, j’avais plutôt l’impression que quelque chose jaillissait des profondeurs de mon être.

Cependant, étant plus prudent que jamais, j’avais fait de mon mieux pour endurer et résister. En fin de compte, mes efforts s’étaient avérés vains.

Un son lent et crépitant remplissait tout mon corps. Puis le son était devenu progressivement plus fort au fur et à mesure que mon corps était englouti dans un flux de lumière chaude.

Que se passe-t-il... !?

Il s’agissait de la seule pensée que mon esprit avait pu traiter avant qu’une autre chose inexplicable ne se produise devant mes yeux — de la chair desséchée et ratatinée avait commencé à apparaître autour des os blancs de mon corps. Comme pour cacher la dure blancheur de mes os, la chair continuait à ramper, avant d’entourer mes os.

C’était tout à fait ça — je pouvais le sentir. Mes souhaits avaient été exaucés — .

C’était l’Évolution Existentielle.

C’était ce qui se passait à ce moment-là.

J’avais continué mon monologue intérieur pendant que le phénomène se poursuivait, s’étendant lentement au reste de mon corps. La chair brune, sèche à tel point que j’avais commencé à douter de l’existence d’humidité dans ses veines, avait commencé à progresser et à s’enrouler autour de mes bras, de mes jambes et de tout ce qu’elle pouvait trouver.

Bien que j’avais été un tas d’os jusqu’à présent, j’avais finalement été béni avec de la chair... !

Un peu après ça, le phénomène s’était arrêté. Juste pour être sûr, j’avais décidé d’inspecter mon nouveau manque de surfaces osseuses.

Comme on pouvait s’y attendre, la chair était fermement attachée à mes membres — des membres qui avaient été jusqu’à présent des bâtonnets d’os d’un blanc éclatant.

Cependant, la chair en question était bien loin de ce à quoi je ressemblais quand j’étais humain. Au début, cela ressemblait à des feuilles extrêmement sèches et minces de brun tendues sur ce qui était autrefois de l’os blanc. De plus, ma nouvelle chair n’avait pas du tout fait un travail très minutieux pour cacher mes os — des fragments de blanc égaient apparus à travers la canopée de brun.

Je me sentais comme une pile d’os sur lesquels de la viande était collée un peu au bonheur la chance. Si je sortais du donjon sous cette forme, les loups, les chiens et autres me trouveraient sûrement comme une délicieuse collation. Peut-être que je serais mangé.

Alors que mon corps se retrouvait ainsi, mon absence de miroir, une fois de plus, m’avait fait supposer que mon visage était identique. Cependant, j’étais familier avec un monstre qui ressemblait à cela. Des morceaux de viande séchée qui s’accrochent aux os — ce n’était nul autre qu’une goule.

J’étais maintenant indubitablement une goule, la cible initiale de mes objectifs d’évolution.

Si ma mémoire était bonne, les goules ressemblaient à des humains avec leur peau enlevée : avec de la chair déchirée encore attachée à l’os, et avec des morceaux de cette dernière montrant leurs muscles. Ils avaient aussi l’air très... secs.

En d’autres termes, j’étais absolument dégoûtant — mais bien sûr, il n’y avait pas moyen qu’un cadavre desséché ait l’air attirant. J’étais un monstre mort-vivant. Il était également évident que personne n’aurait envie d’une telle forme, et encore moins d’aspirer à lui ressembler d’une manière ou d’une autre. Cependant, pour moi, c’était un énorme pas en avant, ne serait-ce que parce qu’il y avait maintenant de la chair sur mes os.

Ayant fait l’expérience de l’Évolution Existentielle, j’étais maintenant conscient du fait que je pouvais continuer à gravir la hiérarchie proverbiale des monstres si je continuais à travailler dur. C’était un fait qui valait la peine d’être célébré.

Les monstres morts-vivants, en particulier, semblaient de plus en plus humains à mesure qu’ils montaient sur l’échelle. Par exemple, si je devenais un vampire, ce qui était une existence encore plus élevée que les goules, je deviendrais fondamentalement indiscernable d’un humain — auquel cas je pourrais me déplacer dans les rues de Maalt sans aucun problème.

Dans ma forme actuelle, le mieux que je pouvais probablement faire était de me faufiler en ville — je ne pourrais toujours pas marcher sans prendre d’importantes précautions. Cependant, je connaissais bien les gardes de Maalt. Si j’arrivais à bien jouer mes cartes, je pourrais entrer et sortir à ma guise.

Mais bien sûr. Bien qu’il s’agissait principalement de viande sèche, j’avais actuellement un corps, et en tant que telle il y avait une chose importante que je voulais essayer.

« ... VAAAH... VAAAAAAH... »

J’avais vaillamment essayé de canaliser l’air dans ma gorge pour voir si je pouvais parler. Il semblerait que la production d’une sorte de son, au moins, était possible.

« IL... HEEH... VVO... HEH... VO. OOD... MOV... NINV... GGGUH... HEH... VVO... »

 

 

...

Non. Ça ne suffirait pas.

Bien que je me sois trouvé capable de parler, cela n’était pas du tout fluide — ou très cohérent, d’ailleurs. Je suppose qu’il fallait s’entraîner.

D’autre part, je préférais de loin cet état par rapport à celui d’un squelette qui ne pouvait pas parler et ne pouvait faire que des bruits de cliquetis. Avec cela, je pourrais parvenir à une compréhension mutuelle avec n’importe quel être humain qui serait entré dans le donjon... C’est du moins ce que j’espérais.

Bien sûr, la condition préalable étant que la personne à qui je parlais ne resterait pas terrifiée par rapport à moi.

Alors que je continuais à réfléchir à diverses possibilités, un bruit aigu de métal entrant en collision interrompit mes pensées. On aurait dit que quelqu’un était engagé dans un combat avec des monstres à une distance considérable, car il s’agissait clairement du son d’une épée frappant une surface dure.

Comme la plupart des monstres que j’avais vaincus jusqu’à présent, cet étage ne comportait rien d’autre que des monstres faibles, et encore moins ceux qui produiraient un son métallique. De ce seul fait, on pourrait en déduire que le son irrégulier venait d’un aventurier — il n’y avait pas d’autre possibilité.

Ce son... Un être humain vivant était ici ! Mon cœur avait bondi face à cette pensée.

Jusqu’à présent, je n’avais vécu qu’un peu plus d’une journée dans ce donjon. Cependant, j’avais combattu des monstres tout au long de la nuit. C’était logique si on y pensait.

Jusqu’à présent, j’étais toujours entré dans les donjons pendant la journée, retournant à Maalt le soir pour y chercher de la nourriture. Mais avant de m’en rendre compte, j’étais devenu un squelette, et je ne voyais aucune lueur d’espoir dans mon avenir. En tant que tel, j’avais continué à tuer des monstres à l’intérieur du donjon — il était peut-être naturel que la présence d’autres humains me manque.

Je voulais parler à quelqu’un, et cela, peu importe qui cela serait. Si un aventurier était présent alors qu’il en soit ainsi.

Cependant, je m’étais vite remis de mon excitation. En raison de mon apparence, tenter de parler à un humain serait une entreprise un peu difficile.

Bien que je ne sois plus un tas ambulant d’os, une goule était encore une goule... une goule. Si je devais approcher un aventurier avec ce corps de cadavre desséché, il serait clairement sur ses gardes, préparant promptement son épée pour le combat. Une conversation serait la dernière chose qui le préoccuperait.

Bien que le résultat de la rencontre pourrait être un peu différent si j’étais une espèce de monstre sensible et intelligent, j’étais actuellement une goule. Mes perspectives étaient sombres à cet égard. J’avais donc choisi de m’éloigner de la source du son, afin de ne pas entrer en contact avec l’aventurier en question.

Cependant, la curiosité avait pris le dessus — serais-je vraiment capable d’ignorer et de m’éloigner d’un être humain alors qu’ils étaient si près de moi ?

— Non. Je n’avais pas pu résister.

Tel était le degré de mon isolement et de ma solitude — je voulais voir une personne, quoi qu’il arrive.

Et c’est ainsi que j’avais fait mon choix, me faufilant jusqu’à la source du son tout en restant silencieux de mon côté. Si j’étais découvert, je m’échapperais tout simplement.

Je pensais que jeter un coup d’œil depuis l’ombre serait probablement acceptable. Je cachais alors ma présence du mieux possible, avançant aussi doucement que possible.

Comme les sons devenaient de plus en plus forts, mon cœur suivait le même rythme. Un peu plus...

Je n’étais plus très loin d’un autre être humain. Lentement mais sûrement, j’arrivai à destination, les bruits du combat continuant de se faire entendre devant moi.

Tout en restant prudent en remontant le couloir, j’avais jeté un coup d’œil dans le coude du couloir, regardant ce qui s’y trouvait. Il y avait là, comme je m’y attendais, un autre aventurier, l’épée dégainée et engagée dans un combat contre un monstre.

***

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