Madan no Ou to Vanadis – Tome 1

***

Prologue

La pointe d’une épée longue était pointée dans sa direction.

Celle qui tenait cette épée était une belle fille. Ses impressionnants cheveux argentés atteignaient sa taille. Elle regardait calmement le garçon depuis le haut de son cheval.

« Jette ton arc, » déclara-t-elle.

Le jeune homme avait docilement placé son arc sur le sol.

Il n’avait aucune pensée quant à lui résister. Il avait déjà épuisé son stock de flèches.

D’innombrables cadavres gisaient dans les environs. Des épées et des lances cassées étaient plantées dans le sol comme si elles symbolisaient des poteaux. L’odeur du sang était répandue partout par le vent.

« Je m’appelle Eleanora Viltaria. Et toi ? » La voix rafraîchissante de la fille avait soufflé au loin l’odeur du sang.

Ses yeux étaient dignes. Les iris rouges de la jeune femme étaient à la fois mystérieux et lumineux.

Bien que perplexe, le jeune homme avait alors répondu. « … Tigrevurmud Vorn. »

Après avoir entendu cela, elle rengaina son épée.

Puis elle avait souri au jeune homme avant de l’annoncer à voix haute. « Désormais, tu m’appartiens. »

***

Chapitre 1 : Rencontre avec la Vanadis

Partie 1

« Tigre ! Tigre ! Monsieur ! » La voix d’une fille qu’il avait l’habitude d’entendre atteignit ses oreilles. Il sentit en même temps son corps se faire secouer.

En raison de la lumière éclatante qui brillait à travers la fenêtre, il savait que le matin était venu, cependant, il avait encore sommeil.

« Encore un peu plus… oui, juste un peu plus longtemps, » murmura Tigre.

« Combien de temps est-il “un peu plus longtemps”, puis-je le demander ? » répondit la femme

« Je n’ai pas prévu d’aller chasser aujourd’hui, alors jusqu’à midi, » répondit Tigre.

« Ça suffit ! S’il te plaît, réveille-toi ! » La fille avait rugi alors qu’avant, elle avait parlé bien plus faiblement.

Après ça, il avait été dépouillé de sa couverture, ses épaules avaient été saisies et il avait été violemment réveillé.

Au moment où il ouvrit les yeux, il vit que le visage rouge vif de la fille, bouillante de colère, était à proximité de lui et le fusillait du regard.

Elle avait un visage enfantin, ce qui faisait qu’elle n’avait aucune puissance intimidante en elle-même quand elle était en colère contre lui. Ses cheveux châtains étaient noués en queues jumelles. Son petit corps était vêtu d’un uniforme avec de longues manches noires, une jupe noire qui descendait jusqu’à ses pieds et un tablier blanc qui dégageait une sensation de propreté.

« Ah… bon matin, Titta, » d’une voix lente et somnolente, Tigre appela le nom de la servante.

Voyant qu’il semblait enfin réveillé, Titta lâcha finalement ses épaules.

« Les soldats ont déjà fini leurs préparatifs depuis longtemps et ils vous attendent tous ! » déclara Titta.

Tigre devint alors confus alors qu’il réfléchissait à ce qu’elle venait de dire. Le sang s’était alors immédiatement précipité dans son visage quand il réalisa finalement ce dont elle parlait.

« Oh, merde ! » cria-t-il.

Il sortit à ce moment-là de son lit et Titta lui tendit un ensemble de vêtements pliés avec soins. À côté de ses pieds se trouvait un petit seau rempli d’eau.

« Je te remercie. Comme toujours, tu as préparé tout ça à la perfection, » déclara Tigre.

« C’est parce que je m’attendais à ce que ça arrive. Je vais préparer le petit-déjeuner. Alors, s’il te plaît, lave ton visage et change-toi en attendant, » déclara Titta.

Après que la colère ait disparu de son visage, Titta eut un sourire enjoué et s’inclina, tirant légèrement l’ourlet de sa jupe vers le haut en une révérence, et quitta gracieusement la pièce.

Tigre lava son visage. La sensation froide et rafraîchissante avait gommé la somnolence persistante qui avait été jusqu’à maintenant présente en lui. Il se précipita hors de la pièce en enfilant ses vêtements, les boutonna tout en courant dans le couloir.

« Comme je n’ai pas de temps à perdre… je ne peux toujours pas me relâcher, » déclara Tigre.

Il avait l’intention d’aller directement à la salle à manger, mais il se dirigea vers la petite pièce au bout du couloir.

Il s’agissait d’une pièce assez petite pour que trois adultes ne puissent pas s’asseoir ensemble à la fois. Placé à l’extrémité opposée de l’entrée de la pièce se trouvait un présentoir décoré de façon exquise sur lequel reposait un arc. La corde était tendue et ferme, et il semblait qu’il soit prêt à être utilisé à tout moment. Si l’on devait décrire l’arc en un seul mot, ce serait le mot « noir ». La poignée, la corde de l’arc… l’arc tout entier était d’un noir pur, sans éclat ni brillance. Il ne serait pas incroyable de dire que cet arc avait été taillé et fabriqué à partir des ténèbres.

… La simple vue de cet arc vous faisait avoir un sentiment d’oppression…

Cet arc mystérieux était un héritage familial de la famille Vorn, et il aurait été utilisé par leurs ancêtres chasseurs.

Le père de Tigre avait laissé derrière lui une dernière requête concernant l’arc.

« Utilise cet arc seulement quand tu en auras vraiment besoin. Tu ne dois l’utiliser dans aucune autre circonstance. »

Après s’être souvenu de la volonté de son père, Tigre avait ressenti un sentiment indescriptible vis-à-vis de l’arc, et il décida de ne pas le toucher.

Tigre se redressa, calma sa respiration, plaça son poing fermé contre sa poitrine et le déplaça horizontalement. Puis il s’était incliné en mémoire de ses ancêtres. Après avoir terminé cette action, il quitta tranquillement la pièce et se dirigea vers la salle à manger.

Tigrevurmud Vorn avait eu seize ans cette année. Il était né dans la maison de comte dans le Royaume de Brune et avait succédé à la tête de la famille après la mort de son père à cause d’une maladie. Son nom avait été transmis par ses ancêtres qui avaient obtenu la position de comte. Mais parce que son prénom était difficile à prononcer, et que lui-même le trouvait trop long et gênant à dire, il demandait à ses proches de l’appeler par le diminutif de « Tigre ».

Tigre entra dans la salle à manger et à ce moment-là, il sentit un délicieux arôme planer dans l’air.

Il y avait du jambon avec des œufs frits, du pain de seigle, du lait, de la soupe aux champignons et aux légumes, et tout cela était assez chaud pour qu’une vapeur légère s’en échappe. Le tout était posé sur une simple table à manger. Titta se tenait en attente à côté de la table.

« Juste la soupe fera l’affaire, » déclara Tigre.

« Ça ne va pas ainsi, » répliqua Titta. Quand il s’agissait de nourriture, elle était extrêmement têtue. « Veux-tu que ton estomac gronde devant tout le monde ? Ce serait inesthétique si cela se produisait. »

Titta plaça ses mains sur ses hanches et regarda directement Tigre. Il s’agissait d’un regard intense qui était très différent de celle d’une servante. Et pour dire la vérité, il était bien plus effrayant que quand elle l’avait réveillé juste avant ça. Tigre savait bien qu’il ne pouvait pas gagner face à cet argument, alors il céda facilement.

Après avoir trempé le pain avec du lait, il attrapa l’assiette et engloutit l’œuf frit et finit la soupe en seulement grandes gorgées.

« Merci pour le repas, » dit-il en se levant. Titta s’approcha immédiatement de lui, un peigne et une serviette dans ses mains.

« Il en reste encore un peu sur ta bouche. S’il te plaît, essuie-le correctement, » elle parla comme si elle était un peu fâchée, alors qu’elle essuyait sa bouche avec la serviette. « Tu as aussi des cheveux dans tous les sens, » elle tendit la main qui tenait le peigne et brossa soigneusement les cheveux de Tigre. « Regarde, même ton col est mal placé. » Elle posa le peigne et la serviette sur la table et replaça soigneusement son col. Tigre avait tranquillement accepté tout cela pendant ce temps.

« Tigre, » déclara Titta.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Tigre.

La voix de Titta avait soudainement perdu sa rigueur, devenant plutôt féminine. Elle appela Tigre avec douceur. Parce qu’elle avait un an de moins que lui, il avait toujours pensé à elle comme sa jeune sœur.

« Pourquoi dois-tu partir et aller te battre ? » demanda Titta.

L’expression de Tigre devint un peu troublée face à la question. Il passa sa main dans ses cheveux roux. Il y avait des moments où Titta posait ce genre de questions difficiles, et il se perdait à essayer de trouver une réponse appropriée.

« C’est à cause du projet militaire de Sa Majesté, » répondit Tigre. « Il est naturel que la maison du comte Vorn contribue à l’effort de guerre pour le Royaume de Brune. »

« M-Mais…, » Titta leva les yeux vers Tigre avec des yeux larmoyants, et elle se défendit avec véhémence : « Ce n’était pas facile pour nous de rassembler une centaine de soldats. »

Il y avait beaucoup de types différents de nobles. Parmi eux, la maison de Tigre, sans être « pauvre », pourrait être décrite comme « rustique ». D’autres adjectifs similaires ne seraient pas non plus loin de la vérité. Tel était l’état de la famille de noble de Vorn.

Le territoire dominé par la Maison des Vorn s’appelait l’Alsace, qui était située à la campagne loin des zones centrales du royaume. Non seulement c’était une petite parcelle de terrain, mais elle était aussi dominée par les forêts et les montagnes, et il n’y avait donc pas grand-chose à en tirer. En conséquence, le mode de vie de Tigre était loin de ce que l’on pouvait attendre d’un noble. Il manquait à la fois de luxe et de grandeur. La maison dans laquelle il vivait n’était pas très grande. Le fait que Titta puisse à elle seule gérer toutes les corvées domestiques de la maison en était la preuve.

« En outre, » continua Titta. « J’ai entendu dire que l’ennemi est le Royaume de Zhcted. Si c’est le cas, ne devrais-tu pas rester ici ? Après tout, Zhcted et l’Alsace ne sont séparés que par une montagne. »

« C’est peut-être vrai, mais c’est ici un endroit aussi rural que possible. Même Zhcted ne penserait pas à envahir ici. Cela n’en vaut pas la peine, » répondit Tigre.

Pour Tigre, le fait que l’Alsace ne soit pas transformée en champ de bataille était une bonne chose.

« Q-Qui plus est… ne te prennent-ils pas tous pour un imbécile en raison de tes compétences de tir à l’arc ? » demanda Titta.

« Après tout, il est impossible de réaliser quelque chose d’équivalent à une chanson de geste [1] avec l’arc, » répondit Tigre.

« C’est bon selon moi, même sans chanson de geste ! » Titta insista bruyamment, avant d’enfouir son visage contre la poitrine de Tigre. « Mon seul… souhait est que tu ne te forces pas trop, qu’aucune blessure ne te soit infligée, et que tu me reviennes en bonne santé, s’il te plaît. »

La svelte servante enlaça légèrement Tigre.

« Ne t’inquiète pas trop, » dit-il. « Ne suis-je pas revenu indemne de ma première bataille il y a deux ans ? »

« Cette fois, Monseigneur Urs était…, » la voix de Titta s’était éteinte à mi-chemin. Urs était le défunt père de Tigre.

Afin de calmer le cœur de Titta, Tigre lui caressa légèrement la tête.

« Dans cette bataille, mon unité sera située derrière les forces principales, » déclara Tigre. « C’est un endroit sûr au milieu de la bataille. Et quoi qu’il arrive, je penserai à tout cela. »

Tigre leva la main pour essuyer les larmes se trouvant aux coins des yeux de Titta.

« J’ai compris, » acquiesça-t-elle. Puis elle avait dit. « É-Écoute bien, Tigre. S’il te plaît, ne dors pas sur le champ de bataille. »

« La façon dont tu dis ça donne l’impression que je suis toujours en train de dormir, » répliqua Tigre.

« Mais c’est la vérité, » réfuta Titta. « Les seules fois où tu te réveilles à l’heure, c’est quand tu vas à la chasse, n’est-ce pas ? »

Malgré ses paroles, Tigre savait que Titta l’encourageait de tout son cœur. Tigre la serra de nouveau dans ses bras tandis que Titta détendait son corps et laissait Tigre la tenir contre lui. Il pouvait sentir la chaleur de son corps même à travers ses vêtements, et ses cheveux châtains dégageaient un léger parfum. Bien qu’il aurait aimé rester comme ça un peu plus longtemps, il n’avait pas le temps. Tigre l’avait libérée à contrecœur.

« Titta, je compte sur toi pour garder la maison, » déclara Tigre.

Titta essuya ses larmes avec sa manche et lui déclara en souriant : « S’il te plaît, Tigre, laisse-moi me charger de ça. Et prends également soin de toi. »

Notes

  • 1 chanson de geste : Une chanson de geste est un récit versifié (un long poème) le plus souvent en décasyllabes ou, plus tardivement, en alexandrins, assonancés et regroupés en laisses (strophes présentant la même assonance, de taille variable), relatant des exploits guerriers appartenant au passé.
    Ce type de récit apparaît à l’aube de la littérature française, vers la fin du xie siècle (elles sont chantées entre 1050 et 1150). Les dernières ont été produites au cours du xve siècle. Les chansons de geste sont caractéristiques de la littérature médiévale et prennent la suite des grandes épopées de l’Antiquité. Elles sont rédigées en ancien français et en ancien occitan. Elles diffèrent d’un autre grand genre littéraire médiéval : la poésie lyrique, dont la langue cette fois-ci est uniquement l’occitan.

***

Partie 2

Alors que Tigre sortait de la porte d’entrée tout en plaçant son arc et son carquois sur son dos, il vit que les soldats étaient déjà en train de l’attendre. Un petit vieil homme portant une armure de cuir s’approcha de lui et baissa la tête.

« Jeune maître, tout le monde a été rassemblé ici. Les préparatifs sont également complets, » annonça le vieil homme.

« Bien joué, Bertrand, » déclara Tigre.

Ce vieil homme était l’aide de camp de Tigre. Comparé au jeune Tigre, il avait beaucoup plus d’expérience dans la bataille, et au sein de cette unité il était la seule personne en dehors de Tigre qui était formé à l’équitation.

Pour le reste, ils étaient tous des soldats en armure de cuir avec une épée sur la hanche et une lance dans les mains.

« J’ai certainement rassemblé assez de soldats là. »

Tigre poussa un soupir.

Certains des soldats parmi les plus expérimentés lui avaient alors dit en plaisantant à moitié. « Monseigneur, il n’y a rien à craindre. Bien que nous n’ayons pas combattu dans une guerre pendant trois ans, nous avons passé nos journées à travailler avec la charrue, et en tant que telle nos corps sont devenus solides. »

« Aller contre le commandement de Sa Majesté serait comme désobéir à la vieille patronne, non ? Dans ce cas, nous n’avons d’autre choix que d’obéir. »

« Vos mots sont très appréciés. Pourquoi ne pas simplement emmener votre femme ? Quelques rugissements de fureur de sa part suffiraient à effrayer même mille ou deux mille soldats ennemis, hein ? »

Les soldats avaient ri à gorge déployée.

« Il vaudrait mieux abandonner, jeune maître. La femme de cet homme ne différencie pas entre ami et ennemi ! » Bertrand avait interjeté face à ces plaisanteries, et Tigre termina cette conversation avec un haussement d’épaules.

… Il semblerait que le moral ne serait pas un problème.

Après avoir attendu que leur rire se soit calmé, Tigre les salua. Puis il monta sur le cheval que Bertrand avait amené et leva sa main droite en l’air et donna un ordre. « Notre destination est les plaines de Dinant. En route, nous rejoindrons les forces du Seigneur Mashas [1]. »

Les soldats avaient élevé les drapeaux de guerre aussi haut qu’ils le pouvaient.

Ils avaient avec eux deux drapeaux différents. L’un d’eux avait une base bleue avec une demi-lune blanche et une étoile filante, il s’agissait du drapeau de guerre de la maison Vorn. L’autre était une représentation de Bayarl, le cheval sacré à crinière noire et au corps cramoisi, qui était le symbole du Royaume de Brune.

« Comme tout est prêt, allons-y maintenant ! » déclara Tigre.

***

Le Royaume de Brune partageait sa frontière orientale avec le Royaume de Zhcted. Les deux pays étaient à couteaux tirés depuis plus de vingt ans.

La raison du conflit pour cette occasion était due à l’inondation de la rivière qui avait servi de frontière entre les deux pays et qui avait été causée par des pluies torrentielles.

Premièrement, les victimes du déluge s’étaient empressées de pointer du doigt l’autre pays en disant : « Tout cela, c’est parce que ces personnes là-bas n’ont pas fait leur travail avec la rivière, » ce qui avait servi d’étincelles pour rallumer les braises de la guerre.

Après ça, les deux pays, ayant été sollicités par les victimes, avaient maintenu la position selon laquelle « il y a des problèmes avec leurs solutions de contrôle des inondations », ce qui avait attisé encore plus les flammes de l’hostilité et avait finalement abouti à un conflit à grande échelle.

Si cela n’avait été que cela, Tigre n’aurait pas dû être convoqué sur le champ de bataille.

« Les forces ennemies contiennent environ cinq mille hommes, mais nos propres forces comptent plus de vingt-cinq mille combattants. C’est vraiment une bonne nouvelle que nous avons là, » celui qui parlait avec du sarcasme dans sa voix se tenait à côté de Tigre. Il s’agissait d’un chevalier qui avait déjà passé le milieu de sa vie, Mashas Rodant. Mashas était un ami du père de Tigre, et avait souvent pris soin de Tigre en tant que bienfaiteur.

« Avez-vous entendu la nouvelle ? » demanda Tigre. « Ils disent que c’est ainsi, car Son Altesse Royale le Prince participera au combat pour la première fois. »

« Cela risque d’être vrai. Après tout, Sa Majesté l’adore tellement, » répondit Mashas.

Le corps musclé de Mashas était équipé d’une armure de fer et d’un casque, et il caressait souvent sa moustache. « Le conflit de cette fois-ci est presque comme une querelle entre enfants, ce qui oblige leurs parents à intervenir. Ce n’est pas quelque chose qui changerait radicalement l’avenir du pays. Sur cette base, nous ne sommes que des décorations pour Son Altesse le prince Regnas comme première participation à une bataille. Pour être précis, cela a été fait ainsi pour qu’il puisse acquérir de l’expérience. »

Pour la première bataille de son fils bien-aimé, le roi devait avoir voulu qu’il remporte une glorieuse victoire.

Le roi avait envoyé tous les chevaliers directement sous ses ordres. Les nobles qui vivaient près des plaines de Dinant avaient tous reçu l’appel à la guerre et cela incluait également les nombres mineurs du royaume tels que Tigre et Mashas.

Tout cela avait fait qu’ils avaient ainsi pu rassembler plus de vingt-cinq mille hommes pour une bataille si peu importante. Les troupes commandées par Mashas étaient fortes d’environ trois cents hommes. Dans ce nombre, il y avait une cinquantaine de chevaliers. Bien que le nombre ne soit pas petit, comparé à l’armée entière de vingt-cinq mille hommes, ils n’étaient qu’une goutte dans l’océan, et il en fut de même pour Tigre. C’est pour cette raison que les deux nobles avaient été affectés à l’arrière de la formation.

« La chance favorise ceux qui rassemblent la plus grande armée, il s’agit là des bases de la guerre. Un jour, le Prince Regnas succédera sur le trône. Sa Majesté n’avait donc pas tort de le faire, n’est-ce pas ? » Tigre avait tapoté le vieux chevalier sur l’épaule afin de le consoler.

Ces mots qu’il avait dits étaient uniquement de la rhétorique. S’il ne l’avait pas dit à haute voix, il aurait peut-être perdu la volonté de se battre.

« Nul doute que nous ne sommes que de nobles mineurs. Nous devons seulement attendre docilement à l’arrière. Si tout le monde a le même état d’esprit comme quoi c’est une victoire assurée et fonce la tête la première dans la bataille pour la gloire… cela me fait penser à un truc, Tigre, avez-vous entendu parler des princesses de la guerre ? » Demanda Mashas comme s’il s’était soudainement rappelé quelque chose.

Tigre pencha la tête. « Voulez-vous parler des sept Vanadis de Zhcted ? »

« Oui, c’est bien de celles-là dont je parle. Il semble que les forces ennemies sont menées par l’une des Vanadis. Même si elle n’a que seize ans, elle est invaincue, remportant victoire après victoire. Une excellente épéiste, elle se tient à la pointe de la bataille, abattant tout ce qui est devant elle. Elle est connue et crainte sous le surnom de Meltis, la “Danseuse de l’Épée” et de Silvfrahl, la “Princesse des Vents du Flash d’Argent”. »

Le Royaume de Zhcted était gouverné par un roi et les sept Vanadis.

Elle a le même âge que moi, pensa Tigre.

Tigre avait un sentiment inexplicable à propos de cet ennemi général qu’il n’avait encore jamais rencontré. Même s’ils avaient le même âge, et même si elle était une femme, elle avait beaucoup plus d’expérience de combat et avait accompli de nombreux exploits héroïques, et elle commandait une armée de cinq mille hommes.

Dans le Royaume de Brune, les femmes n’étaient pas autorisées à devenir chevalières, sauf celles qui étaient nées de la noblesse.

Jusqu’à présent, dans cette guerre, Tigre n’avait pas vu une seule femme chevalière. Mais à cause de cela, il se sentait excité à l’idée d’en voir une.

« Quel est son nom à cette Vanadis ? » demanda Tigre.

« Si ma mémoire ne me trompe pas, elle s’appelle Eleanor Viltaria. Les rumeurs disent qu’elle est une véritable beauté. Si l’on plaçait une précieuse pierre précieuse à côté d’elle, elle serait pâle en comparaison de cette femme, » répondit Mashas.

« Est-elle vraiment si belle que ça ? » demanda Tigre.

« C’est génial que tu sois heureux d’entendre parler de beautés, mais souviens-toi d’agir avec modération. Sinon, Titta deviendra jalouse, » la moustache grise de Mashas avait tremblé de rire après avoir dit ça.

« Pourquoi le nom de Titta a-t-il été mentionné ? » demanda Tigre d’un ton maussade. « Elle est seulement comme une sœur… »

« Depuis que vous êtes enfants, les personnes ont toujours dit que vous étiez tous les deux comme un grand frère paresseux et une petite sœur capable…, » répliqua Mashas.

Même s’il avait dit ça, Tigre ne pouvait pas faire une réfutation face à ça.

Tout en frottant ses cheveux roux, Tigre avait changé le sujet. « Si la Vanadis est vraiment aussi géniale que les rumeurs le disent, alors nous sommes tombés dans une bataille difficile, n’est-ce pas ? »

« C’est peut-être vrai, mais la différence de force militaire est tout simplement trop importante, » répondit le vieil homme. « Même avec un spécialiste de la guerre à leur tête, ils ne seraient probablement pas en mesure de surmonter cette disparité. »

Peu importe à quel point les Vanadis se battaient, elles ne pourraient pas compenser l’énorme différence de nombre.

Tigre aurait voulu exprimer son accord, mais pour une raison inconnue, il ne pouvait pas le faire. Il avait un sentiment d’inquiétude quant à une menace qui planait sur cette bataille. Dans la zone autour de la nuque, il avait alors ressenti une sensation comme s’il avait été brûlé. Ce n’était pas la première fois qu’il éprouvait ce genre de sentiment. C’était comme à l’époque où, alors qu’il chassait, il avait été entouré de loups à cause de son insouciance, ou lorsqu’il tombait sur des dragons alors qu’il était dans les montagnes.

Ou quand il s’était réveillé le matin et qu’il arborait une érection matinale, et que Titta était venue le réveiller comme elle l’avait toujours fait.

En tout cas, quand il avait ce genre de sentiment, quelque chose de mauvais allait se produire.

« Vous ne semblez pas trop fou de joie, » déclara Mashas.

Il semblerait qu’il avait affiché ses véritables sentiments sur son visage, car Mashas le regardait avec de l’inquiétude clairement visible dans ses yeux.

« Êtes-vous inquiet à propos de quelque chose ? Vous ne semblez pas avoir votre insouciante habituelle, » demanda Mashas.

« Quel moi insouciant ? » demanda Tigre qui n’était pas vraiment content. « N’y a-t-il pas d’autres façons de me décrire, comme imperturbable ? »

Mashas avait souri face à cette demande. « C’est bien, même si vous essayez de le balayer en utilisant un vocabulaire compliqué. Pour ma part, je me souviens comme si c’était hier du jour où vous avez succédé à Urs il y a deux ans. »

« Ai-je… déclaré quelque chose de spécial, ce jour-là ? » demanda Tigre.

Mashas répondit alors. « Quand les représentants des villes et des villages vous ont demandé comment gérer l’Alsace, ne leur avez-vous pas répondu avec un “Eh bien, ça marchera d’une façon ou d’une autre ?” Si ce n’est pas de l’insouciance, qu’est-ce que c’est ? »

Tigre n’avait rien répondu face à ça, il avait seulement baissé les épaules.

Cependant, Mashas ne s’était pas arrêté là. « Quand Urs était encore avec nous, il faisait toujours des éloges comme quoi vous étiez quelqu’un de “calme et inébranlable, mais un peu trop optimiste. Il fait de bons jugements et a un corps fort.” C’était exactement les mots d’un père qui approuve son fils, n’est-ce pas ? »

« Même si vous me dites ça, j’ai confiance quand à ma façon de faire les choses, » après que Mashas eut fini de parler, Tigre répondit à ses remarques.

C’était une vérité qu’aucun problème majeur n’avait eu lieu en Alsace.

Bien que lentement, leurs actifs avaient progressé à un rythme soutenu. Les représentants qui avaient été stupéfaits de sa déclaration désinvolte s’entendaient plutôt bien avec lui après ça.

« À part ces jours où vous allez chasser, êtes-vous capable de vous réveiller tout seul, sans l’aide de Titta ? » demanda Mashas.

« … Eh bien ! À propos de ça…, » commença Tigre.

« J’ai entendu dire par Titta que si vous avez deux ou trois jours de repos, vous attrapez votre arc et votre carquois et partez dans les forêts ou les montagnes pour aller chasser, » déclara Mashas.

Les épaules de Tigre s’affaissèrent dans son silence, il ne pouvait pas réfuter ce fait.

« Faites comme si je n’avais rien dit. C’est très bien que vous remplissez vos fonctions en tant que dirigeant, » continua Mashas. « Et ça, on peut le dire simplement en regardant leurs visages. »

Mashas regarda par-dessus ses épaules dans la direction des soldats qui les accompagnaient.

Leurs esprits combatifs étaient faibles par le simple fait qu’ils avaient été déployés à l’arrière, mais pas une seule personne n’avait exprimé son mécontentement ou sa colère à ce sujet.

« Tigre, notre travail est de ramener ces hommes à la maison en toute sécurité, et non à penser à la façon de gagner cette bataille. Je ne suis pas sûr de ce à quoi vous pensez, mais ne vous en faites pas trop pour tout ça, » déclara Mashas.

« Merci pour votre préoccupation, » Tigre avait exprimé sa gratitude.

C’était comme il l’avait dit : il était inutile de trop y penser. Bien que cela soit frustrant, ils n’avaient été appelés sur le champ de bataille que comme décorations pour le Prince royal. Personne ne s’attendait à ce qu’ils contribuent à la bataille, et Tigre ou Mashas n’attendaient de personne qu’ils fassent usage de leurs forces.

Quelques jours plus tard, Tigre et les autres étaient arrivés à Dinant.

La force principale de vingt mille hommes agissant comme l’avant-garde était alignée au pied de la colline. L’arrière-garde de cinq mille hommes était commandée par le prince Regnas et était en attente au sommet de la colline. Tigre et Mashas faisaient partie de l’arrière-garde.

En partant de ce seul fait, les chances d’avoir à entrer dans la mêlée étaient minuscules.

Notes

  • 1 Mashas : Prononcé « Mah-ss-ha-ss ».

***

Partie 3

C’était juste avant le lever du jour. Sous le ciel sombre, un millier de soldats avançaient en silence.

Ils avaient assombri le métal de leurs épées et de leurs lances avec de la boue afin d’empêcher de créer des reflets, et ils avaient fait mordre à leurs chevaux des morceaux de bois afin de les empêcher à faire sortir le moindre bruit de leur bouche. Ils avaient également enveloppé leurs sabots avec du tissu en coton afin d’empêcher le moindre bruit de sabots. Il s’agissait là de mesure extrême de prudence qu’ils avaient prise. Mais de cette manière, ils avaient pu arriver sur le flanc de la colline, et cela, sans être découvert par l’ennemi. S’ils escaladaient ses douces pentes, ils pourraient alors après tout apercevoir les forces ennemies et plus exactement, l’arrière-garde de l’armée de Brune qui avait placé des sentinelles pour la nuit. Les flammes des feux de camp scintillaient et brûlaient dans la sombre nuit.

« … Reposons-nous un peu avant. Puis, commencez les préparatifs, » déclara la fille aux cheveux d’argent qui se tenait à l’avant-garde de cette troupe. Elle était celle qui dirigeait tous ces chevaliers et en ce moment, elle souriait légèrement. Les soldats avaient alors fait comme elle l’avait ordonné et ils avaient donc commencé à se reposer, puis ils avaient récupéré les morceaux de bois et le tissu qui avaient été placés sur leurs chevaux.

Assez rapidement, les éclaireurs qu’ils avaient envoyés plus tôt étaient revenus faire leur rapport.

Après avoir appris des éclaireurs que les ennemis étaient profondément endormis et qu’ils n’avaient pas remarqué leurs mouvements, la fille se retourna et fit face aux chevaliers. Puis, dégainant la longue épée se trouvant à sa taille, elle la leva haut dans les airs alors qu’un léger vent s’était mis à souffler dans les environs.

« Les ennemis se trouvant devant nous comptent cinq mille hommes, soient cinq fois notre nombre, » déclara-t-elle. « Il s’agit peut-être de l’arrière-garde, mais si c’est là que se trouve leur commandant suprême, alors il serait raisonnable de penser qu’il y a aussi la présence de nombreux soldats d’élite. » Cependant, les yeux cramoisis de la jeune fille étaient remplis d’esprit combatif, et elle continua. « Mais même dans une telle situation, j’irai de l’avant et ainsi, nous remporterons la victoire. Allez-vous me suivre ? »

Les chevaliers levèrent silencieusement les bras, pointant leurs épées et leurs lances vers le ciel.

La fille tourna la tête en direction de l’ennemi, puis elle manœuvra son cheval pour aller vers l’avant, et amena son épée longue vers l’avant en effectuant un arc de cercle.

« Commençons l’assaut ! » déclara-t-elle.

Leurs drapeaux de guerre avaient alors été gonflés par le vent. La silhouette de Zirnitra, un dragon noir, qui était le symbole du Royaume de Zhcted ornait les drapeaux.

L’air s’était mis à devenir des rafales alors qu’ils avançaient. Les chevaliers tenaient des épées, des lances ou des arcs en suivant la jeune fille qui les commandait, galopant sur leurs chevaux jusqu’au sommet de la colline.

En entendant le bruit des sabots frappant le sol, comme si la terre elle-même criait, les soldats en faction avaient finalement remarqué l’assaut ennemi.

« L’ennemi… !! »

Avec une frappe rapide de son épée, la fille avait changé ce qui s’était échappé de la gorge du soldat d’un cri d’avertissement à une fontaine de sang jaillissant de son corps sans vie.

Sur fond de ciel qui s’éclaircissait graduellement, la jeune fille mena une force de mille hommes directement dans le camp ennemi et créa ainsi une destruction aveugle. L’armée de Brune était tombée dans le chaos des plus total. Il y avait même ceux qui avaient jeté leurs armes alors qu’ils fuyaient pour leur vie. Et bien qu’il y avait encore des soldats qui essayaient courageusement de mener une résistance, la différence dans l’élan de leur assaut était trop grande.

Mais par-dessus tout, il y avait la fille vaillante qui dirigeait les forces de Zhcted qui créait une différence implacable. Avec son épée longue, elle se tenait aux premières lignes de la bataille, surpassant en force tout ce qui se présentait devant elle.

Avec un seul assaut, des hordes de soldats ennemis avaient été tuées ou écrasées sous les sabots des chevaux. Mais même ainsi, pas une seule goutte de sang n’avait taché son corps. Chaque fois que son épée longue faisait hurler le vent, les corps qui jonchaient le sol augmentaient.

Ses cheveux argentés se balançant au vent, la jeune fille attaqua le camp ennemi de cette manière avec la horde de chevaliers qui l’avaient suivie.

À ce stade, la victoire et la défaite avaient semblé certaines pour les deux camps.

***

Ses oreilles sonnaient.

Des cris, des râles de mort, des sanglots, des sabots qui claquaient sur le sol et le bruit des armes qui s’entrechoquaient remplissent ses oreilles.

« … Arg ! »

Il se réveilla.

Ce qui s’étendait devant ses yeux était un ciel bleu, si vaste qu’il semblait qu’il allait être aspiré par lui.

Tigre repoussa le poids qui était présent sur son corps et il se leva.

Après que la sonnerie dans ses oreilles eut disparu, il pouvait entendre le bruit du vent et de faibles gémissements, et le bruissement des morceaux de drapeaux de guerre brisés et de l’herbe piétinée. La poussière rampait sur le sol poussé par le vent et l’odeur du sang atteignait son nez.

« Ai-je perdu connaissance… ? » murmura-t-il.

Encore chancelant, il s’était levé sur ses pieds. Ce qui l’avait alors accueilli était la vue de cadavres à perte de vue…, une colline de morts.

L’herbe était tachée de sang, et la terre était couverte avec des centaines ou même des milliers de cadavres éparpillés. Une vague de nausée l’avait alors envahi. Il avait couvert sa bouche avec sa main. Il avait senti une sensation d’humidité, et il avait vu que sa main était teinte en rouge.

Du sang… ?

Il avait vérifié son visage et toute sa tête, mais il lui était apparu qu’il n’était pas blessé.

« Le sang de quelqu’un d’autre, hein ? » murmura Tigre.

Il semblait que Tigre avait été enterré sous quelques cadavres. Grâce à cela, il avait réussi à échapper aux yeux de l’ennemi.

« Bertrand ! Seigneur Mashas ! »

Il avait appelé les noms de son aide de camp et du vieux chevalier avec qui il était proche, mais il n’y avait pas de réponse. Il avait essayé d’appeler les noms des soldats qui étaient sous ses ordres, mais comme prévu, il n’y avait pas eu de réponse.

« S’ils ont pu partis, alors je suppose qu’ils vont bien. »

Partout où il avait regardé, il n’y avait que des cadavres. Parmi les cadavres se trouvaient des épées éparpillées, des lances brisées et les restes de drapeaux déchirés. La vision était limitée par le brouillard du matin qui réduisait la distance de vue, mais rien ne bougeait dans son champ de vision. Pas d’alliés ni d’ennemis.

La colère et la haine de l’ennemi ne jaillissaient pas en lui. Bien plus que ces choses-là, il avait en lui le poids de la fatigue et de l’épuisement.

Il avait alors soupiré. « C’était une bataille terrible… »

À l’aube, une attaque-surprise avait été lancée contre l’armée de Brune. Dans le chaos qui s’ensuivit, leur avant-garde fut également attaquée, et c’était ainsi que vint la chute de l’armée de vingt-cinq mille hommes.

Hier, avant minuit, notre armée avait confirmé que les forces ennemies étaient directement devant nous. En d’autres termes, Zhcted avait divisé son armée en deux. Un assaut en deux vagues sur l’arrière-garde et l’avant-garde.

Tigre avait alors ressenti des frissons le long de sa colonne vertébrale.

Le plan était simple. Même un enfant aurait pu le trouver.

… Ce qui était redoutable était l’exécution calme de ce plan, contre une forme armée cinq fois plus importante en nombre.

Ils avaient moins de soldats et, en plus, ils divisaient leurs forces. Une petite erreur, et toute leur armée aurait été écrasée. Dans une large mesure, les soldats avaient dû être contre.

… Cependant, c’était un magnifique succès.

L’armée de Brune avait été mise en déroute.

Emporté par la bousculade des alliés en fuite, Tigre avait été incapable de prendre le commandement de ses soldats. Après être tombé de son cheval, il s’était évanoui.

Il semblait que l’unité de Tigre avait été blessée plus par leurs propres alliés que par leurs ennemis.

« Néanmoins… »

Tigre se souvenait… Celle qui se tenait à l’avant des forces ennemies, son épée longue se déplaçant tout le temps, la fille aux cheveux d’argent qui avait abattu les soldats de Brune, les uns après les autres et cela, sans interruption… il ne l’avait aperçue que brièvement.

« Était-ce la Vanadis ? »

La Princesse de la Guerre, la Vanadis, était toujours en première ligne de bataille… c’était ce que Mashas lui avait dit.

Le souvenir inapproprié de sa beauté apparut dans l’esprit de Tigre. Il ébouriffa ses cheveux roux comme s’il y réfléchissait.

***

Heureusement, son arc était tombé près de lui. En le ramassant, il avait tiré sur la corde tout en ressentant une certaine inquiétude.

« … Il a l’air en bon état. »

Il était soulagé. Si l’arc avait été endommagé, alors la corde d’arc se relâcherait, le rendant inutile. Il y avait encore quelques flèches dans son carquois.

Il leva la tête vers le ciel et calcula les directions en fonction de la position du soleil.

« C’est donc par là l’ouest, hein ? »

De ce champ de bataille, aller vers l’ouest le conduirait à Brune, à l’est, vers Zhcted.

Endurant la douleur qui courait dans tout son corps, Tigre marcha lentement vers l’ouest. Puis, remarquant quelque chose qui bougeait dans son champ de vision, il s’arrêta.

Un chevalier solitaire sur un cheval galopait vers lui, l’épée brandie.

Tigre s’était alors placé dans une position avec son arc et une seule flèche encochée dessus.

Le cheval du chevalier piétinait ou sautait sur les cadavres étendus tout autour, se rapprochant à vive allure de Tigre.

Quand la distance entre eux avait été raccourcie à trente alcins (environ trente mètres), le chevalier avait soudainement rugi. « Un survivant de l’armée de Brune ? J’aurais ta tête !! »

Tigre resta silencieux, encochant au maximum une flèche sur son arc. Puis il relâcha la flèche.

C’était un flou.

Au moment où un bruit sourd avait été entendu, on pouvait voir une flèche perçant la gorge du chevalier.

Cela avait été réalisé avec une vitesse et un calme incroyables.

Complètement incapable de répondre face à ça, le corps du chevalier avait souffert de spasmes avant de se pencher sur le côté, et de finalement tomber sur le sol en produisant un bruit sourd.

Ayant perdu son cavalier, le cheval laissa échapper un hennissement aigu. Avant même que Tigre ne puisse marcher vers lui, il avait déjà galopé au loin.

« J’abandonne… les choses ne vont pas du tout dans le bon sens pour moi, » déclara-t-il avant de pousser un soupir.

S’il avait un cheval, il aurait pu facilement s’échapper du champ de bataille.

Recommençant à marcher vers l’ouest, Tigre avait repris son voyage à pied. Mais il n’avait même pas fait dix pas avant de s’arrêter.

« Sont-ils des ennemis ? » se demanda-t-il.

Il pouvait voir à trois cents alcins devant lui un groupe de chevaliers. S’ils le repéraient, alors il serait immédiatement pourchassé.

« … Il y en a sept, » murmura-t-il après avoir regardé le groupe.

Tigre était né avec une paire de bons yeux. Ses yeux avaient été encore entraînés par la chasse, au point que même à trois cents alcins, il pouvait distinguer les traits du visage d’une personne.

Il avait alors déterminé le contenu de son carquois. Il n’y avait plus que quatre flèches.

Bien qu’il avait toujours eu confiance dans son talent avec l’arc, il ne serait probablement pas capable d’abattre deux hommes avec une seule flèche. Si tout le monde le chargeait comme l’avait fait le chevalier un peu plus tôt, il ne pourrait rien faire.

J’espère qu’ils soient mes alliés. En priant cela, Tigre avait observé les chevaliers. Quand il avait vu le visage du premier chevalier, ses yeux s’élargirent sous le choc.

« La Vanadis…, » murmura-t-il.

Lorsque les forces de Zhcted avaient lancé l’attaque-surprise, elle était celle qui avait mené l’attaque du front.

Tigre avait été tellement charmé par elle qu’il avait même oublié de respirer.

Elle était une jeune fille du même âge que lui. Ses cheveux argentés descendaient jusqu’à sa taille, recouvrant son armure, et scintillaient sous les rayons du soleil. Dans ces yeux cramoisis, il y avait de la radiance et de la dignité. Ses bras étaient fins, adaptés à une fille de son âge, mais il semblait inexplicablement adapté à la longue épée qu’elle saisissait dans sa main.

… Le Seigneur Mashas avait déjà dit qu’elle possédait une beauté inégalée par tous sauf quelques autres femmes.

C’était vraiment comme il l’avait dit. Juger cette beauté basée sur la normalité était hors de question. Plus il la regardait, plus il devait être d’accord avec cette affirmation.

Finalement, Tigre avait repris ses esprits. Il secoua la tête, secouant ses pensées oisives, et concentra calmement sa vue sur le groupe de la Vanadis.

Il semblerait que les autres chevaliers étaient son escorte. Comme s’il la protégeait, ils avaient déplacé leurs chevaux vers l’avant.

… S’il arrivait à tuer la Vanadis…

Il n’y avait pas de possibilité d’inverser la défaite écrasante subie par son camp. À l’heure actuelle, les forces de Zhcted devraient poursuivre l’armée de Brune en fuite dans une poursuite à grande échelle.

« … Mais, si je l’abats, la poursuite devrait cesser, » murmura-t-il.

Si Mashas, ​​Bertrand et les autres soldats venus d’Alsace avaient survécu, cela augmenterait considérablement la probabilité qu’ils s’en sortent vivants.

Son esprit combatif s’était alors enflammé en lui. La main qui avait saisi son arc était remplie de force.

« Je dois le faire, » déclara-t-il.

Tigre avait sorti une flèche de son carquois, puis il avait déclaré cela. « O Éris, déesse du vent et de la tempête… »

Le grincement de la corde se tendant de plus en plus avait empli ses tympans.

***

Partie 4

Sur ce continent, la portée maximale de l’arc était de deux cent cinquante alcins (environ deux cent cinquante mètres).

Ce nombre représentait simplement la distance que pouvait parcourir la flèche… une distance calculée. Si l’on voulait infliger des lésions corporelles à la cible, la distance serait bien moindre que cela.

À l’heure actuelle, la Vanadis était encore à une distance d’environ trois cents alcins d’avec Tigre. Mais même ainsi, il avait quand même décoché la flèche.

La flèche avait sifflé dans le vent avant de s’enfoncer profondément dans la tête d’un cheval utilisé par un chevalier se tenant à côté de la Vanadis.

Alors que le cheval s’effondrait sur le sol, Tigre lâchait une seconde flèche. Cette flèche avait percé la zone entre les sourcils d’un autre chevalier.

« Ça va, » murmura-t-il.

Et enfin, avec deux personnes en moins dans son escorte, une possibilité de lui tirer dessus lui était offerte… une trajectoire vers la Vanadis aux cheveux argentés et aux yeux cramoisis pour qu’une de ses flèches puisse l’atteindre.

« La vraie chose commence ici, » murmura Tigre.

Tigre tendit sa main jusqu’à son carquois. Son souffle devint lourd et chaud.

Même dans les profondeurs de la montagne, où la lumière du soleil n’atteignait pas, face aux Dragons de Terre (Slō), qui avaient plus de quarante chets (environ quatre mètres) de longs, il n’avait pas éprouvé autant de nervosité qu’il ressentait maintenant.

… Supposant que les autres chevaliers voulaient la protéger, ils seraient gênés par le cheval et les chevaliers tombés. Le fait de les contourner va prendre du temps.

Bien que ce temps fût plutôt court, en effet, c’était suffisant pour Tigre.

… Dans cette situation, les actions qu’elle pouvait prendre consistaient soit à se coucher sur son cheval soit à descendre du cheval.

Sur sa gauche et sa droite se trouvait son escorte donc elle ne pouvait pas se déplacer dans ces deux directions. Il y avait un chemin dans son dos, mais seulement pour quelques pas, ce n’était pas une voie viable pour une action évasive. Et devant elle se trouvait ses subordonnés à terre et un cheval. Il serait difficile pour elle de les traverser sans un saut en longueur, et les chevaux détestaient faire cela.

Même si cette Vanadis réussissait à le faire entre le début du saut jusqu’à l’atterrissage, il y aurait sûrement un petit intervalle de temps qui serait une occasion parfaite pour Tigre.

À ce moment-là, Tigre, qui avait une fois de plus concentré son regard sur la Vanadis, avait été assailli par un intense froid.

La Vanadis souriait. Elle le regardait fixement et elle semblait excitée.

« Kuh. »

Tigre avait alors serré les dents. Évidemment, elle ne le prenait pas au sérieux. Il avait sorti les deux flèches restantes de son carquois. Il en avait placé une entre ses dents tandis que l’autre avait été bloqué sur son arc.

Mais ce qui était arrivé à ce moment-là était un spectacle tout bonnement incroyable.

Le cheval sur lequel se trouvait la Vanadis s’était doucement élevé dans les airs, passant loin au-dessus des subordonnés. Cette hauteur était d’environ vingt chet (environ deux mètres).

Pour Tigre, il semblerait presque que le cheval avait développé une paire d’ailes et s’était mis à voler. Ce n’était pas un « saut », c’était bien plus proche du véritable « vol ».

« Que vient-il de se passer… ? » se demanda Tigre.

La peur et l’effroi avaient ébranlé le corps de Tigre. Il pensait presque que ses yeux le trompaient.

Un cheval qui portait un cavalier n’aurait pas dû pouvoir sauter une hauteur de vingt chet sans même prendre le moindre élan.

 

 

Pourtant, la Vanadis l’avait fait, et tout cela avec un calme comme si ce n’était rien pour elle, puis elle avait galopé dans sa direction.

Je ne dois pas avoir peur...! Il s’était réprimandé. Je voyais simplement des choses.

Renfrogné, Tigre lâcha sa troisième flèche.

Surfant sur le vent, la flèche avait voyagé dans les airs jusqu’à sa cible. Et juste au moment où elle était sur le point de frapper au centre de son front, elle fut touchée par un éclair d’argent.

« … Impossible, » s’exclama Tigre alors qu’il écarquillait les yeux et que sa mâchoire s’était relâchée.

Elle avait abattu une flèche qui volait à plus de cent alcins à haute vitesse avec sa seule épée. Les exploits de ce degré provenaient seulement dans les chansons de geste, des légendes des braves et des héros. Ce n’était pas quelque chose que les humains normaux étaient capables de réaliser.

Il avait alors encoché sa dernière flèche.

Il avait une confiance absolue dans son arc. Et c’était d’autant le cas quand l’adversaire se dirigeait vers lui en ligne droite et que la distance de trois cents alcins avait presque été réduite à zéro.

C’est impossible pour moi de la manquer.

Comme avant, il avait dirigé la flèche directement sur son front. Mais de la même manière qu’avant, elle avait été déviée.

Pendant cet intervalle, le cheval, poussé par la Vanadis, ne ralentit pas un instant et s’approche de lui avec la même férocité qu’auparavant. Dans une dizaine de secondes, elle l’atteindrait.

« Est-ce que c’est la fin ? »

Il avait épuisé toutes ses flèches, et il n’avait pas d’autre arme. S’échapper à pied face à un cheval était également impossible.

Saisissant son arc avec force, Tigre se leva et rassembla des forces dans ses jambes. Il ne voulait pas avoir l’air trop laid.

La Vanadis était arrivée devant Tigre, et avait arrêté son cheval.

Les cheveux argentés de la jeune fille n’étaient souillés ni par le sang ni par le sable. Elle avait la peau blanche qui lui rappelait la neige perpétuelle qui s’accumulait sur les montagnes de sa terre natale. Une apparence raffinée, avec un nez bien charpenté et des lèvres humides et envoûtantes qui donnaient l’impression d’une sculpture de haut niveau. Cependant, les yeux cramoisis débordant de vitalité rappelaient qu’elle était une humaine en chair et en os.

Elle avait avancé la pointe de son épée vers Tigre.

« Jette ton arc. »

Il n’avait pas d’autre choix que de faire ce qu’on lui disait. En hochant la tête comme s’il était satisfait, la Vanadis déclara, avec un sourire. « Tu as de bonnes compétences. »

Tigre ne s’était rendu compte qu’après un certain temps qu’elle faisait référence à lui.

— M’a-t-on fait des compliments… même si je suis quelqu’un qui pointait ses flèches sur elle il y a un instant ?

Plus que satisfait, il se sentait déconcerté.

« Je suis Eleonora Viltaria. Et tu es ? » demanda-t-elle.

« Tigrevurmud Vorn. »

« Es-tu un noble ? De quel rang ? » demanda Eleonora.

Dans divers pays, y compris les royaumes de Brune et de Zhcted, ceux qui portaient des noms de famille étaient des nobles. À quelques exceptions près, ceux qui n’étaient pas de la noblesse n’avaient pas de nom de famille.

Tigre lui répondit qu’il était comte, et son sourire s’élargit.

« Très bien, Comte Vorn, » déclara Eleonora.

Tout en rentrant sa longue épée dans le fourreau à sa taille, Eleonora lui dit joyeusement « Désormais, tu m’appartiens en tant que prisonnier de guerre. »

Alors qu’il était abasourdi par ces mots inattendus, ses escortes l’avaient finalement rattrapé.

Ils entourèrent complètement Tigre, pointant leurs épées et leurs lances vers lui, mais quand Eleonora agita la main, ils retirèrent leurs armes d’un air surpris.

« Lim, laisse-le monter derrière toi. C’est mon captif. Ça ne me dérange pas si tu le malmènes un peu, mais ne le blesse pas sérieusement, » déclara Eleonora.

Le chevalier nommé Lim fit un signe de tête en silence. Comme toute la tête du chevalier était couverte d’un casque, Tigre ne pouvait pas voir leur réaction.

« Montez vite. »

En regardant Tigre, Lim avait parlé à voix basse à travers son casque. Tigre comprit rapidement pourquoi il sentait que la voix de Lim à son égard portait un degré de colère.

Lim était la chevalière dont il avait tué le cheval plus tôt.

— Le cheval était-il emprunté aux autres chevaliers ? Même parmi les autres escortes, cette personne devrait être un cran au-dessus d’eux.

« Est-ce que je peux aussi prendre mon arc ? » Tigre demanda, en montrant l’arc qu’il avait jeté par terre tout à l’heure. « C’est important pour moi. »

Il avait souligné son manque d’hostilité en montrant son carquois vide. Lim lui tendit une main.

« Ça me va. Cependant, je vais le garder, » déclara Lim.

Tigre tendit son arc à Lim, et se mit à l’arrière du cheval. Il avait ensuite placé ses mains sur la taille de Lim.

Soudain, le cou de Lim s’était plié vers lui. L’arrière du casque avait frappé avec force Tigre au visage.

« Qu’est-ce que vous faites ? » Tigre protesta, alors que son nez rougissait.

Eleonora rit, ses épaules tremblent.

« Lim, pour l’instant, c’est mon prisonnier. Sois un peu plus douce avec lui, » déclara Eleonora.

« … J’entends et j’obéis. »

Bien que la voix soit manifestement insatisfaite, Lim obéit quand même.

« Si vous osez faire quelque chose de bizarre, je vous jetterai immédiatement du cheval et vous piétinerai à mort, » déclara Lim.

Tigre soupira, en partie à cause de l’énorme colère de Lim à son égard, mais aussi à cause de sa propre incertitude quant à ses perspectives.

Se tournant vers les chevaliers, Eleonora proclamait avec exultation

« Bien que ce fut une bataille ennuyeuse, j’ai pu m’amuser à la fin. — Eh bien, retirons-nous. »

***

La bataille des plaines de Dinant s’était terminée par la victoire unilatérale du royaume de Zhcted.

Zhcted avait subi moins de cent morts, alors que Brune avait eu un compte de plus de cinq mille morts pendant la guerre, les blessés comptants pour plus du double du nombre de morts.

Cependant, les pertes ne s’étaient pas limitées à cela. Brune avait caché quelque chose, un fait qu’il serait difficile de garder secret, quels que soient les efforts déployés.

Il s’agissait de la mort au combat du commandant suprême, l’héritier du trône, le prince Regnas.

***

Chapitre 2 : Leitmeritz

Partie 1

Il faisait un cauchemar.

Nos forces étaient rassemblées sur une petite colline.

C’était l’heure du repas. Les soldats avaient placé un pot aussi profond qu’un tonneau sur un monticule, qui avait été transformé en un poêle. Ils préparaient un ragoût de poisson.

Il y avait une légère crête à l’avant des plaines de Dinant, qui atteignait un plateau dont on ne voyait pas la fin.

Il y avait vingt mille soldats de Brune, partageant un repas avec ses propres troupes. Des milliers de courants de chaleur flottaient vers le haut, et les soldats semblaient emprisonnés dans la vapeur.

Tigre et Mashas parlaient tout en remuant la nourriture dans le pot quand quelques jeunes hommes étaient apparus devant leurs yeux avec le bruit produit par leur armure.

« Alors Vorn, tu es aussi venu, » l’homme qui lui avait parlé avec un ton ouvertement moqueur était Zion Thénardier.

La maison Thénardier portait le titre de duc. Il s’agissait d’une longue et distinguée famille incomparable vis-à-vis de la maison Vorn. Il avait beaucoup d’aristocrates qui détenaient un pouvoir énorme, et le territoire qu’il possédait était vaste. Il était dit que le nombre de soldats mobilisés par leur famille pouvait atteindre les dix milles. Même dans cette guerre, qui avait été organisée à la hâte, ils commandaient une force de quatre mille hommes. Zion était le fils aîné et l’héritier de la maison Thénardier. Il avait actuellement 17 ans. Bien qu’il portait une armure décorée et possédait une splendide épée à sa taille d’une manière qui semblait digne de sa lignée, il affichait toujours une expression comme s’il regardait les autres de haut. Dans son dos se trouvait une troupe de jeunes hommes qui le flattait. Comme Zion, ils étaient des aristocrates nés dans des maisons ayant le rang de marquis ou de duc. Ils portaient des armures scintillantes avec le blason de leur maison respectif. Ils regardaient Tigre avec des grimaces et ne semblaient pas avoir de bonnes intentions.

Tigre ne pouvait pas simplement les ignorer, et se sentait obligé de faire preuve d’un minimum de courtoisie.

« … Je suis ici pour servir en tant que sujet loyal de Sa Majesté, alors je suis venu ici aussi vite que possible, » déclara Tigre.

« Bien qu’il soit admirable de dire cela, je ne suis pas sûr que tu seras d’une grande aide, » répliqua Zion.

Après que Zion ait ainsi ridiculisé Tigre, les rires des autres nobles s’étaient superposés au sien. C’était peut-être parce que leurs âges étaient semblables, mais Sion se moquait souvent de Tigre de cette manière.

« Je te l’ai déjà dit, ta famille de chasseurs n’existe que depuis quatre ou cinq générations. Je peux difficilement te reconnaître comme un noble, » il avait craché ses mots avec arrogance et avait immédiatement essayé de piétiner l’arc de Tigre, qui était placé sur le sol.

Tigre se déplaçait de façon réfléchie, ramassant son arc aussi vite qu’une bête sauvage.

« Uwah ! »

Zion avait trébuché, puis il avait perdu son équilibre et était tombé durement sur le sol, emmenant avec lui l’un de ses acolytes.

« Comment oses-tu faire ça à Maître Zion ! » s’écria l’un des partisans de Zion.

Face aux partisans enragés qui lui criaient dessus, Tigre avait répliqué en retour : « Je protégeais mon arc ! »

« Un arc ? Si c’est un arc, alors à quoi cela sert, espèce de lâche ! »

« C’est exact. Il n’y a rien de mal à casser cette merde. Tu devrais être sur la ligne de front avec une épée ! »

« Je suis sûr que le Dieu de la guerre, Trigraf, ne donnerait jamais ses bénédictions à quelqu’un comme toi ! »

Les autres partisans avaient exprimé leur approbation l’un après l’autre. Tigre avait alors fait grincer des dents dans la colère.

Dans le Royaume de Brune, leurs couplets étaient tout à fait acceptables.

« L’arc est l’arme d’un lâche qui n’a pas le courage d’exposer son corps devant une lame mise à nue. »

Un tel train de pensées était profondément enraciné dans l’Armée de Brune, qui utilisait peu d’archers. Non seulement les réalisations des archers n’avaient pas été prises en compte, mais en général, les archers étaient également considérés avec dédain.

« Les archers sont tous des chasseurs enrôlés, des fermiers qui ne possèdent pas de terres, des gens qui ont commis un crime grave en tant que guerriers — ou ceux qui ne sont pas doués avec l’épée ou la lance, afin de remplir les rangs. »

En raison d’un tel statu quo, ceux qui utilisaient des arcs, même en tant que soldats professionnels, étaient considérés comme des criminels et des échecs inutiles qui étaient méprisés.

Bien que l’ancêtre de Tigre ait reçu un territoire de chasse et le titre de comte pour ses distingués services militaires, Mashas lui avait dit : « S’il n’avait pas été un chasseur, il aurait probablement été promu à un rang encore plus élevé. »

« Calmez-vous, les gars. » Avec un peu d’aide, Zion avait réussi à se lever et à mettre un terme aux actions de ses partisans. Même s’ils étaient réticents, ils avaient cessé de blâmer Tigre.

Zion avait joué la comédie en se débarrassant de la poussière sur son armure. Il avait croisé les bras et s’était moqué de Tigre.

« Si tu restes à l’arc, n’est-ce pas parce que tu ne sais pas manier une épée ou une lance ? Ne penses-tu pas que si tu te diriges sur les champs de bataille avec un arc, ce serait à peine suffisant pour prétendre être un soldat ? »

Tigre était resté silencieux. C’était vrai qu’il était faible quand il s’agissait de manier une épée ou la lance. S’il s’y opposait, Zion lui demandait de prendre une épée ou une lance et de démontrer ses compétences, pour ainsi pouvoir se moquer de lui. Cela s’était déjà produit une fois auparavant.

Zion n’avait pas cessé de se moquer de lui depuis cette époque.

« Pour commencer, tu es un comte du Royaume de Brune, mais tu ne peux pas utiliser une épée ou une lance pour te rendre sur les champs de bataille et le tout sans porter d’armure. N’as-tu pas honte ? Les gars, regardez son apparence misérable. Il a un plastron de cuir, des gants en cuir et même des pantalons en cuir. Tout son équipement est en cuir. Tout au plus, son manteau est décent, mais si c’est la seule partie présentable, alors je suis vraiment triste de la situation financière de son territoire. »

« Seigneur Zion, » Mashas, qui était resté silencieux jusque-là, s’était mis à parler d’une voix maussade. « Vos paroles ont été perspicaces. Cependant, puisque vous avez dit tant de choses à la fois, vous devez sûrement avoir soif. »

Il avait continué en pointant du doigt vers une certaine direction. « Il y a du vin de Rayon qui est distribué là-bas. Pourquoi ne pas essayer d’en boire un peu, afin d’étancher votre soif ? »

Sur un ton poli et humble, l’attitude de Mashas avait fait pression sur l’autre groupe.

La dignité de ce vieux chevalier, qui venait d’avoir 55 ans, était intimidante pour Zion.

Zion grogna et recula involontairement lorsqu’il se rendit compte qu’il avait oublié ses manières. Il avait ensuite reniflé et s’était retourné. « Hé, allons-y. »

Tigre regarda Zion et les autres s’éloigner, et remercia Mashas après avoir vérifié l’état de son arc. « Merci. Tu m’as sauvé. »

« Ce n’est rien. C’est moi qui devrais m’excuser. Il aurait mieux valu que j’intervienne plus tôt, mais je n’ai pas trouvé l’occasion de faire irruption, » répondit Mashas.

Du point de vue de Zion, Mashas était un noble de faible rang qui n’était pas bien différent de Tigre. S’il n’arrivait pas au bon moment, il reniflait simplement en riant, rejetant toute argumentation.

Tout en se replaçant pour remuer la casserole, Mashas avait regardé dans la zone au hasard.

Qu’ils soient soldats ou nobles, tous se concentraient sur leurs pots, ou prenaient soin de leurs armes tout en se divertissant avec des bavardages. Pas une seule personne n’avait regardé dans leur direction, et cette indifférence avait atteint un état contre nature.

Ils avaient tous peur de Zion, alors ils évitaient d’avoir des contacts avec Tigre.

« Je comprends maintenant que manier l’épée et la lance n’est pas une preuve de courage, » Mashas avait parlé ironiquement.

Tigre voulait lui dire quelque chose, mais il avait fermé sa bouche à la fin. Non loin de là, les voix à peine audibles des nobles réunis atteignirent ses oreilles.

« Au fait, avez-vous entendu parler de ce que le duc Ganelon a fait ? »

« Vous parlez d’augmenter les impôts, en utilisant les préparatifs de guerre comme excuse ? »

« C’est exact. S’il y a une jeune fille dans une maison qui ne paie pas d’impôts, elle sera emmenée. S’il n’y en a pas, la maison sera mise en feu. »

« C’est vraiment enviable. J’aimerais aussi avoir l’autorisation de placer une taxe temporaire. »

 

☆☆☆

L’aristocrate n’avait pas l’air rancunier. Il ne faisait que grogner dans son insatisfaction.

Le duc Ganelon était l’un des nobles les plus influents du Royaume de Brune, au même titre que Thénardier. Il y avait aussi beaucoup d’aristocrates puissants parmi ses parents. Son pouvoir, aussi, était quelque chose que même le roi ne pouvait ignorer.

Lorsqu’il s’agissait de territoire, les nobles de Brune étaient autorisés à gouverner des parcelles de terre, mais pour certains privilèges, comme l’établissement des taxes, la permission du roi était nécessaire.

Non seulement le duc Ganelon était allé à l’encontre de cette règle et avait imposé des impôts sans consulter le roi, mais il avait également fait ces choses inhumaines sur son territoire. Pourtant, le roi le tolérait encore.

« Pour de telles histoires, le duc Thénardier n’est pas inférieur. Il a ordonné à son peuple d’arrêter de boire tant que la guerre durera. Ils ont dû remettre tout leur alcool tel un serment aux dieux. »

« Je vois. Mais il n’est pas difficile de se cacher ou de fabriquer de l’alcool. Qu’arrive-t-il à ceux qui sont reconnus coupables d’avoir violé l’interdiction ? »

« L’histoire sur l’enlèvement des filles de la famille est semblable à la méthode de Ganelon, mais comme avertissement, j’ai entendu dire que les épées sont données au mari et à la femme ou au père et au fils, et qu’on les oblige à s’entretuer avec eux. Il semble qu’ils parient même sur qui gagnera. »

 

Tigre avait serré le poing après avoir entendu ces conversations.

Mashas avait placé une main ridée sur le genou de Tigre alors qu’il était sur le point de se lever. « Calme-toi. »

« Comment puis-je rester calme ? » demanda Tigre.

« Même si c’est dur de ma part de dire ça, rien ne changerait, même si tu disais quelque chose, » déclara Mashas.

Il avait raison. Tigre s’était de nouveau assis, mais sa rage bouillonnait encore à l’intérieur de lui.

Il avait désespérément rectifié ses dents et avait tenu sa langue afin de se retenir d’agir par impulsion.

Il était en colère parce que Ganelon et Thénardier ne considéraient pas les individus au sein de leur domination comme des humains. Ils n’avaient pas hésité dans leur cruauté. Il était en colère contre les hommes qui parlaient à la légère de sujets aussi cruels et ceux qui ignoraient de telles choses sans aucun scrupule. Finalement, il était en colère contre sa propre impuissance, car il savait qu’il ne pouvait rien faire.

« L’histoire… est-elle vraie ? » demanda Tigre.

« Bien qu’il s’agisse d’une rumeur, il y en a eu beaucoup d’autres semblables à celle-ci. Pourtant, les personnes en question ne l’ont pas nié. Tu viens rarement dans la capitale, donc ce n’est pas étonnant que tu ne le saches pas, » répondit Mashas.

Peut-être qu’on ne pouvait vraiment rien y faire.

Tigre quittait à peine son territoire, la terre d’Alsace.

Il n’avait aucun désir de s’élever dans le monde et d’obtenir la gloire ou la richesse, et n’avait aucune ambition. C’est pourquoi il ne s’intéressait pas à son statut de noble.

De plus, dans son esprit, il n’avait aucune intention de traiter avec Zion, qui était l’un des fils des nobles.

« Sa Majesté, tolère-t-elle encore un tel comportement… ? » demanda-t-il avec crainte.

Il ne voulait pas le croire.

« Certainement, Sa Majesté ne leur a rien dit pour le moment, » répondit Mashas.

Le corps trapu de Mashas tremblait alors qu’il secouait la tête d’un air grincheux.

Il avait alors continué. « Je crois que Sa Majesté a ses propres affaires à régler. Un jour, si Sa Majesté ne peut plus les contrôler, au moins le Prince Regnas devrait… »

Les yeux de Mashas s’accrochaient à ce mince espoir. Soudain, il leva les yeux et fixa Tigre. Distrait, Tigre vit le doigt de Mashas s’approcher de lui, visant sa bouche, et la bloquer.

« Fue... ? »

C’était trop abrupt. Aucun mot ne pouvait sortir de la bouche de Tigre.

De plus, la main qui bloquait sa bouche était un peu froide et avait un goût indescriptible de fer.

***

Partie 2

Au moment où il s’était réveillé, un sombre plafond était apparu dans le champ de vision de Tigre.

« Vous vous êtes enfin réveillé, » murmura une voix féminine.

Tigre entendit alors une voix qui manquait d’intonation. Immédiatement après cela, il avait senti quelque chose étant retiré de sa bouche.

Ce qui était resté de sa bouche était une épée.

La propriétaire de cette épée était une femme aux cheveux dorés, qu’il n’avait jamais vue auparavant.

« … Par où dois-je commencer ? » demanda Tigre.

« Au fait, c’est la première fois que je réveille une personne de cette façon, » elle avait répondu avec un regard et des paroles glaciales.

Tigre était devenu perplexe, et il avait donc essayé de la saluer pour l’instant. « … Bon matin. »

« Il est déjà koku (deux heures) aujourd’hui. »

Tigre s’était assis sur son lit et il regarda la femme en se grattant la tête.

Elle portait une jupe et une chemise à manches courtes. Elle avait de longs gants, qui atteignaient ses coudes, et des bottes jusqu’aux genoux. À sa taille, il y avait son épée gainée. Il était possible qu’elle soit plus grande que Tigre, et elle semblait avoir deux ou trois ans de plus que lui.

C’était une femme d’une beauté incomparable. Cependant, ses rares expressions lui avaient donné un regard dur, lui laissant une impression insociable.

Il y avait trois caractéristiques particulièrement accrocheuses :

Ses longs cheveux dorés, attachés sur le côté gauche de sa tête.

Ses yeux d’azur, qui étaient aussi froids que du marbre.

Et bien qu’elle soit grande et bien équilibrée, elle possédait des seins amples qui ne correspondaient pas à sa silhouette élancée.

Tigre regarda par inadvertance les deux renflements sous ses vêtements. La femme montra alors son épée et elle lui lança une remarque désobligeante. « Si vous ne vous réveillez pas correctement, je vous embrocherai. »

« … Je suis désolé, » rougissant, Tigre s’était excusé correctement.

Il regarda dans la pièce. Elle était petite, ne contenant que le lit sur lequel il dormait. La lumière du soleil brillait à travers la fenêtre, éclairant la pièce. Le sol de pierre était nu, et la seule porte menait au couloir. Son arc était appuyé contre le mur.

« Franchement ! Alors même avec des soldats crient pour obtenir votre mort, et même si vous êtes prisonnier… comment pouvez-vous dormir si bien ? » demanda la femme.

« C’est l’une de mes compétences spéciales, » déclara Tigre.

« Je vous suggère de vous retenir un peu. Vous manquez d’énergie, » déclara la femme.

La colère était mélangée à sa voix froide. Tigre la regarda avec embarras.

« Suis-je vraiment si mauvais ? » demanda Tigre.

« Dans la mesure où je dois contenir mon intention meurtrière à votre encontre, » déclara la femme.

La femme s’était retournée en répondant à Tigre, poussant la porte ouverte entre-temps.

« Lady Eleanora vous a appelé. Suivez-moi, s’il vous plaît, » déclara la femme.

Tigre enfila ses chaussures en cuir et il l’avait rapidement suivie.

« Enchanté de vous rencontrer. Je suis…, » commença Tigre.

« Ce n’est pas notre première rencontre, Comte Tigrevurmud Vorn, » elle répondit sans se retourner, sa voix le rejetant clairement.

« Je m’appelle Limalisha. Il n’est pas nécessaire que vous vous en souveniez, » déclara Limalisha.

☆☆☆

Leitmeritz était une principauté sous la domination d’Eleanora et se trouvait dans le royaume de Zhcted.

Les troupes d’Eleanora étaient arrivées à la capitale la veille, dix jours après leur départ de Dinant. Après avoir remercié les soldats, Eleanora avait laissé les hommes à son adjudant, Limalisha, et était partie pour la capitale du roi avec plusieurs hommes. Il était nécessaire de rapporter sa victoire au roi.

Lors du retour dans la capitale publique, Tigre avait demandé plusieurs fois aux gardes, et à chaque fois la réponse a été la même.

« Nous n’avons pas besoin de répondre à un prisonnier de notre Lady Vanadis. »

Même s’il demandait à rencontrer Eleanora, il ne leur serait pas possible de l’accepter. Et quoi qu’il en soit, il n’y avait aucun moyen pour lui de rencontrer Eleanora lorsqu’elle était partie pour la capitale du royaume pour rencontrer le roi.

Sans autre option, Tigre était resté obéissant et silencieux.

« … Je vais suivre le courant, » Tigre avait pris cette décision et avait regardé le ciel jusqu’à tard dans la nuit. Pendant la journée, il s’assoupissait sur le cheval.

☆☆☆

Tigre suivit Limalisha dans le passage.

« Qu’est-ce que vous regardez avec tant d’impatience ? » Limalisha le regarda avec étonnement, Tigre avait l’air d’un enfant.

« Je pensais juste que c’est un bâtiment splendide, » répondit Tigre.

« Vous êtes un comte. Un noble, » répliqua froidement Limalisha.

« Je suis un noble pauvre. Cela ne sert à rien de comparer mon petit manoir à celui-ci », répondit Tigre sans un soupçon de honte. Il continua à regarder autour de lui, admirant le plafond et le sol.

Jusqu’à présent, Tigre n’avait jamais quitté le Royaume de Brune. Actuellement, il était dans un palais provincial. Les mosaïques qui décoraient le sol étaient une nouveauté pour lui.

Le côté faisant face à la cour était baigné dans une colonne de lumière douce du soleil. Dans cette zone spacieuse, les soldats s’entraînaient dur. C’était vibrant.

« C’est une bonne ambiance, » déclara Tigre.

« C’est parce que c’est le palais officiel de Lady Eleanora, » répondit Limalisha, comme si c’était naturel.

Les soldats patrouillaient dans les couloirs, et ce qu’il supposait être des servantes et des chambellans se promenaient, probablement dans l’exercice de leurs fonctions.

Tigre pensait à la jeune fille qui ressemblait à sa sœur cadette, gardant son manoir en son absence.

Titta doit s’inquiéter.

Quand il l’avait vue partir, il ne s’attendait pas à ce qu’une telle chose se produise.

Bertrand, et tous les autres aussi, j’espère que vous êtes tous revenus sains et saufs.

Il était impatient. Il souhaitait retourner en Alsace le plus rapidement possible. Cependant, tenter de s’évader en tant que prisonnier pouvait être puni de mort, de sorte qu’il ne pouvait que garder le silence.

Ils avaient finalement quitté le palais.

Ils marchèrent un moment avant que Limalisha n’arrête ses pieds.

« … Nous sommes arrivés, » déclara Limalisha.

Il avait été amené à un terrain d’entraînement près du rempart.

Eleanora se tenait avec trois soldats armés parmi la quarante présente dans les lieux. Elle était vêtue de bleu avec sa longue épée dans son fourreau d’argent à la taille.

« Si vous faites des mouvements étranges… non, faites-le, s’il vous plaît. Cela nous épargnerait pas mal de temps et d’efforts, » déclara Limalisha en laissant entendre le son de son épée s’échapper de sa gaine à sa taille.

Bien qu’il y ait eu une hostilité évidente, Tigre l’avait tout simplement ignorée.

On ne peut rien y faire. Je suis prisonnier maintenant. Nous étions ennemis il y a dix jours.

« Hm. Tu es venu, » Eleanora remarqua Tigre et s’approcha de lui avec joie. Elle sourit d’abord à Tigre, puis à Limalisha. « Tu as travaillé dur. Pourtant, il t’a fallu du temps pour venir ici. »

« Je m’excuse. Il ne s’est pas réveillé si facilement, » répondit Limalisha.

« Ne t’es-tu pas réveillé ? » demanda Eleanora.

Eleanora avait l’air dubitative, n’entendant l’histoire de son réveil que lorsqu’il avait une épée dans la bouche. Ses épaules tremblent lorsqu’elle retient son rire.

« Même en tant que captif, tu as pu dormir si profondément, » déclara Eleanora.

« Il est simplement problématique, » déclara Limalisha.

Eleanora arrêta de rire et se tourna vers Tigre.

« Tigrevurmud Vorn, c’est un nom assez long pour une personne de Brune. Est-ce qu’il a une origine ? » demanda Eleanora.

« C’est un nom ancestral qu’on m’a donné. Si vous avez des difficultés, vous pouvez m’appeler Tigre, » Tigre avait cité la phrase à laquelle il était habitué. Il se sentait bizarre d’être appelé comte Tigrevurmud Vorn.

Le visage d’Eleanora s’était soudainement illuminé. Sa dignité en tant que Vanadis que les soldats savaient avait disparu ; elle tenait plutôt l’expression appropriée d’une fille de son âge.

« Dans ce cas, Ellen va bien aussi. Je préférerais que tu utilises ce nom, » déclara Eleanora.

Tigre la dévisageait involontairement. Elle s’était entretenue intimement avec une personne qui était censée être son prisonnier. En d’autres termes, elle était trop familière.

« Lady Eleanora ! »

Bien que Limalisha lui ait fait des reproches, elle ne montrait aucun signe de peur.

« C’est mon prisonnier. C’est très bien, Lim, » déclara Eleanora.

« Lim ? » en entendant le surnom, Tigre regarda Limalisha avec surprise.

« Je vais te dire, c’est l’une de mes escortes dont tu as abattu le cheval, et c’est elle qui t’a emmené ici depuis Dinant, » déclara Eleanora.

Certainement, son physique correspondait.

Bien qu’il ne soit pas certain de la façon dont il devait réagir, il l’avait quand même remerciée honnêtement.

« Même s’il est étrange de ma part de dire cela, merci de m’avoir amené ici en toute sécurité, » déclara Tigre.

Tigre avait entendu des histoires de prisonniers qui avaient été humiliés et agressés ou tués par la torture lors de leur acheminement. Certains étaient morts sans un seul repas. Cependant, sur le chemin du retour de Dinant, Tigre n’avait jamais été maltraité. On lui avait même donné une nourriture convenable. Même si c’était peut-être parce qu’il était le prisonnier d’Ellen, Limalisha — c’est-à-dire Lim — avait été celle qui s’était bien occupée de lui.

Lim n’avait pas répondu à Tigre. Elle avait fait ce qu’elle devait faire. Elle cachait sa colère alors qu’elle était remerciée par Tigre en l’ignorant et en faisant face à Ellen.

« Lady Eleanora, il y a encore du travail à faire aujourd’hui. Vous devriez finir vos petites courses le plus tôt possible, » déclara Lim.

« Je sais, je sais. » Ellen sourit amèrement et agita la main. Elle fit face à Tigre et sourit délibérément. « Je voudrais d’abord clarifier les choses, Tigre… non, Seigneur Vorn. Conformément au traité entre nos deux pays, tu seras traité comme un prisonnier de guerre. Si dans cinquante jours, la rançon exigée n’a pas été remise par le Royaume de Brune — c’est-à-dire si une rançon ne m’a pas été payée — tu deviendras formellement mien selon l’accord. Ce qui lie ce contrat est le nom et l’honneur du dieu Radegast. Est-ce acceptable ? »

Bien qu’il ne convenait guère, Tigre hocha la tête à contrecœur.

Il s’agissait d’un contrat entre tous les pays sur le traitement des prisonniers de guerre. Cela avait été fait pour éviter les abus, l’humiliation et le meurtre. C’était une règle qui permettait aux négociations entre les pays d’avancer efficacement.

« Eh bien, vous pourriez cependant être un peu inquiet pour la rançon. »

Tigre entendit le nombre venir de la bouche d’Ellen et se tint ancré à cet endroit avec sa bouche grande ouverte.

C’est un chiffre proche du triple des recettes fiscales annuelles totales de l’Alsace.

Il s’était senti étourdi par l’impact.

« … Est-il possible de réduire le montant ? » demanda Tigre.

« Non, » une réponse plate vint.

Elle n’a aucune raison de le faire.

Dans de nombreux cas, le but de la capture d’un prisonnier ennemi était de récupérer une rançon. Il était peu probable qu’elle le diminuerait si facilement.

« Tu vivras ici dans le palais. Inutile de dire que toute tentative d’évasion sera passible de la peine de mort, » déclara Ellen.

Il était comme un poisson mourant dans l’eau. Tigre cherchait désespérément dans sa mémoire les économies réalisées sur son territoire.

Cela représentait environ un an de recettes fiscales, donc c’était à peine suffisant.

***

Partie 3

Si je pouvais parler à Titta ou Bertrand, ou peut-être Sire Mashas, qui est plus connu, ils seraient peut-être en mesure de réunir l’argent.

Les préparatifs de la rançon étaient, tout simplement, sans espoir.

Il ressentit une douleur entre les yeux en pensant à son sombre avenir. Il avait failli s’évanouir, mais avant que cela n’arrive, Tigre avait réussi à reprendre des forces dans ses jambes. Soutenant son corps et ses membres avec toute la force qu’il pouvait rassembler, il regarda Ellen.

Je dois retourner en Alsace.

Je suis né et j’y ai grandi. C’est une terre importante que j’ai héritée de mon père.

Je m’inquiète aussi pour la sécurité des soldats. Je suis certain que mon peuple est inquiet.

Et par-dessus tout, j’ai promis à Titta que je reviendrais.

Je veux répondre à leurs souhaits.

« Alors… qu’est-ce que tu as à m’appeler dans un endroit comme ça ? » Tigre avait parlé avec des mots impudents et un ton presque insultant. Les yeux pourpres d’Ellen dansaient joyeusement tandis qu’elle le regardait avec admiration.

« Bien sûr, ce n’est pas tout ce pour quoi je t’ai appelé ici. » Ellen montra du doigt un arc d’entraînement placé le long du mur. « Tire une flèche d’ici et touche cette cible là-bas. »

« C’est ça ? »

Tigre avait estimé qu’elle était énormément contre nature de lui demander ça.

La cible était à trois cents alsins (environ trois cents mètres) de distance. Même pour ceux qui savaient tirer à l’arc, cette distance semblerait être une mauvaise blague. Tirer une flèche aussi loin était déjà un défi en soi ; frapper la cible rendrait cet acte tout simplement impossible.

Mais pour Tigre, cette distance n’était pas un problème.

Bien qu’il ne sache pas ce qu’elle planifiait, il décida de le faire rapidement.

L’un des soldats lui apporta un arc et quatre flèches. L’homme avait des traits délicats et de beaux cheveux noirs brillants qui descendaient jusqu’aux épaules.

Après que Tigre ait reçu de lui l’arc et la flèche, ses sourcils s’étaient légèrement plissés.

« Quel terrible arc… ! » murmura Tigre.

Le matériau n’était guère adapté à un arc, et l’état de la poignée était également médiocre. Le cordage, aussi, était mal fait. Il y avait aussi un certain gauchissement. Leur intention était claire.

Ellen le regardait de loin et, comme un enfant, elle était remplie d’attentes.

N’est-elle pas impliquée ? se demandait Tigre. Si c’est le cas, il est peu probable qu’il s’agisse d’un arc standard pour l’Armée Zhcted.

Il n’était pas sûr qu’elle était au courant. Une pensée désagréable lui traversa l’esprit. En y repensant, les arcs à Brune n’étaient pas non plus géniaux.

Cela ne peut pas être une question de capacité du fabricant… en premier lieu, il n’y a pas de profession d’artisan d’arc.

L’arc de Tigre avait été fabriqué par son père quand il était petit. Les matériaux avaient été choisis en fonction des connaissances et de la technologie d’autres pays, comme Zhcted.

La précision de sa flèche n’était pas seulement due à la compétence de Tigre, mais aussi à la qualité de l’outil.

Tout en faisant semblant de vérifier l’état de l’arc, il jeta un coup d’œil périphérique au soldat qui lui avait passé l’arc, et l’avait vu lui et plusieurs autres soldats souriants.

En colère, un murmure s’échappe de la bouche de Tigre. « Un si petit tour. »

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Lim.

Lim se tenait à proximité, le regardant d’un air douteux. Apparemment, elle n’avait pas entendu ses paroles. Pourtant, se plaindre de la qualité de l’arc en tant que prisonnier de guerre était un problème.

« Je veux confirmer quelque chose », dit Tigre. « Il n’est pas nécessaire que je touche la cible avec les quatre flèches ; une seule suffit, n’est-ce pas ? »

« C’est une remarque plutôt timide pour une personne qui a tué mon cheval avec une seule flèche, » déclara Lim.

Bien qu’elle pensait que Tigre était sarcastique, elle était restée sans expression. Il n’y avait aucun signe de malice. Il semblait qu’elle n’avait pas encore remarqué que l’arc était inférieur.

« Si votre condition physique est mauvaise, je peux dire à Lady Eleanora de faire ça un autre jour, » déclara Lim.

« Non, je vais le faire, » répondit Tigre d’un ton fort. Il plaça l’arc dans sa main. « Cependant, permettez-moi de ne frapper la cible qu’avec une seule flèche. Je ne suis pas aussi confiant avec un arc inconnu. »

Lim s’inclina en assentiment et se dirigea vers Ellen. Après quelques mots, Ellen le regarda sans insatisfaction, comme si elle disait : « S’il te plaît, commence ».

Tigre avait encoché la première flèche et l’avait relâchée.

Elle était tombée avant d’atteindre la cible, tombant au sol à moins de deux cents mètres de distance. Des rires et des ricanements avaient été entendus parmi les soldats.

Il ne s’y était pas opposé et avait relâché la flèche suivante.

Le son de la flèche retentit pendant qu’elle volait en arc de cercle. Elle avait frappé le mur du château, loin de la cible.

Les soldats avaient à nouveau ri bruyamment. Certains secouaient les épaules, d’autres le regardaient avec pitié ou mépris. Beaucoup d’yeux perçaient Tigre.

« Faites-vous ça sérieusement ? » Lim déclara cela d’une manière irritée. Elle regarda Ellen.

Ellen semblait troublée alors qu’elle regardait Tigre, comme une élève qui avait été grondée par un enseignant, bien qu’elle essayait de résoudre correctement le problème.

« Je vais le faire », répondit Tigre et mit la troisième flèche.

« Hé, allez-vous continuer ? Êtes-vous vraiment prêt à continuer à vous donner en spectacle ? »

« Vous aimeriez peut-être un remplaçant. Même si vous pouvez atteindre la cible, vous ne pouvez même pas tirer droit. »

« Lady Vanadis, avez-vous vraiment fait d’un homme comme lui votre prisonnier ? »

« C’est un spectacle splendide. Je me demande si quelque chose de nouveau sera montré demain ? »

Bien que les soldats aient délibérément dit du mal de lui, Tigre n’avait pas été dérangé par ça. Il était habitué à de tels abus. Il avait été harcelé de manière bien pire que cela plusieurs fois auparavant.

Tigre prit une profonde respiration, et leva les yeux vers le ciel pour un changement de rythme, bougeant son cou.

C’est à ce moment-là qu’il vit une ombre noire.

Qu’est-ce que c’est ?

Son cou s’arrêta de bouger et il regarda de plus près.

En un instant, il comprit l’identité de l’ombre. Des frissons avaient couru le long de la colonne vertébrale de Tigre alors qu’il criait sur Ellen :

« Baissez-vous ! »

Une arbalest… !

L’arbalest était un arc mécanique. Contrairement à celui que Tigre utilisait, sa corde d’arc était tirée par un treuil et tirée avec une gâchette. Bien qu’il soit difficile à entretenir et sujet à l’échec, c’était une arme puissante qui pouvait tirer un carreau jusqu’à 350 alsins (environ 350 mètres) de distance, et avec assez de force pour qu’il puisse percer les boucliers et l’armure et sortir de l’autre côté.

L’ombre noire sur le rempart en tenait une.

Un carreau épais s’était détaché de l’arbalest, accélérant dans les airs en ligne droite en direction d’Ellen. Elle n’avait pas eu le temps de l’éviter.

Cependant, Ellen n’avait pas paniqué et elle n’avait pas bougé de sa place.

« Arifal ! »

Murmurant ces mots comme un sort, l’épée à sa taille fit apparaître une étincelle, coupant l’atmosphère et dispersant des particules d’argent.

En un instant, l’air avait rapidement gonflé, comme sous l’effet d’une explosion. Une tempête faisait rage autour d’elle.

Ses longs cheveux blanc argenté dansaient avec le vent. Le carreau, entrelacé dans la tempête intense, avait été projeté loin de sa trajectoire.

Il avait traversé l’espace vide loin d’elle et était tombé sans force sur le sol.

Que s’est-il passé ?

Tigre regarda Ellen en ressentant de la surprise.

Ce n’était pas une coïncidence, c’était impossible.

Tout en apprenant l’arc, Tigre avait appris à connaître l’arbalest. Il connaissait la puissance des carreaux épais. Un vent ne pourrait pas l’éjecter de sa trajectoire.

« Capturez cet homme ! »

Lim cria. Tous les soldats avaient tenu un arc, mais, loin de frapper l’ombre, ils ne pouvaient même pas atteindre le rempart.

Les gens avec une épée ou une lance coururent jusqu’au rempart.

Le soldat qui gardait le mur, en réponse à l’agitation, avait commencé à poursuivre l’ombre.

« Ça n’a rien à voir avec moi. » Tigre marmonnait à lui-même. Bien qu’il ait crié par réflexe, il n’était pas le subordonné d’Ellen ni un homme de cette ville.

Tout en pensant que, tout à coup, Tigre se souvient de sa première rencontre avec Ellen.

« Tu es doué, » elle avait souri comme elle l’avait dit.

Titta, Bertrand et ses hommes, mon défunt père, quand ai-je été félicité pour mon talent à l’arc ?

« Dois-je le capturer vivant ? »

Encochant la flèche, Tigre demanda Lim dans un ton plat.

« Est-ce que c’est vraiment une situation où vous pouvez dire ça… ? » demanda Lim.

Saisissant l’épée avec sa main jusqu’à ce que la main devienne blanche, Lim fixa l’ombre du rempart en chagrin. Elle voulait diriger les soldats, mais ne pouvait pas quitter le côté d’Ellen.

L’ombre traversa rapidement le mur. Une fois qu’il aurait atteint la tour, il pourrait s’échapper rapidement à l’extérieur.

« Je comprends. Je vais frapper son pied, » Tigre avait dit ces mots alors qu’il tirait fortement son arc jusqu’à la limite.

Après avoir tiré les deux flèches précédentes, il avait parfaitement compris son état.

À cette distance, je ne raterai pas.

Lim le regarda avec de nombreux doutes à l’esprit.

Puis son regard s’était transformé en un regard de surprise.

Puis la corde de l’arc trembla.

La flèche résonna d’un bourdonnement aigu alors qu’elle traçait un grand arc de cercle, perçant la jambe de l’ombre.

L’ombre tomba sur le rempart et fut rattrapée par les soldats qui l’avaient finalement rattrapée.

« Qu’est-ce que c’était ? »

L’un des soldats sur le rempart regarda Tigre en bas. Aucun autre mot ne sortirait.

Les autres soldats, eux aussi, regardaient Tigre avec étonnement.

« Impossible. Il a tiré plus de trois cents alsins (environ trois cents mètres) de cette position sur le rempart… »

« Non, si vous pensez à la hauteur de la tour, cela pourrait être encore plus grand. Pas possible »

« Je n’arrive pas à y croire… Est-ce une compétence humaine, ou bien tous les habitants de Brune peuvent-ils faire ça ? »

Bien que les voix aient montré de l’étonnement et du choc, il y avait clairement aussi de l’admiration en eux.

Il y avait ceux qui étaient enracinés à l’endroit, d’autres regardaient vers le ciel, et certains se couvraient le front de leur main et récitaient les noms des dieux.

La malice dans la zone d’entraînement n’existait plus.

« Il a fait quelque chose comme ça… avec un arc si terrible… »

Les soldats qui passaient devant Tigre l’arc étaient pâles de peur.

« Tu m’as eu. »

Tigre haussa les épaules. Bien qu’il n’avait plus d’émotions dans sa poitrine, il était perplexe. Il remarqua qu’il était baigné par tous ces regards à la fois.

La quatrième flèche restait dans sa main. Bien que Lim l’ait déjà vu auparavant, elle n’avait pas l’air différente des autres soldats. Quand ses yeux avaient rencontré les siens, il avait compris que son corps était tendu.

Il regarda Ellen.

« Je te le demande maintenant. Et le quatrième coup ? » demanda Tigre.

« C’est assez avec ça. Je préfère ne pas perdre ça, » répondit Ellen.

Les cheveux d’Ellen d’argent bougeaient doucement en secouant la tête.

« Tu as bien fait, » Ellen sourit à Tigre avec sincérité, son épée encore gainée à la taille. Un vent soufflait de quelque part, chatouillant les cheveux de Tigre.

Tout à l’heure…

Tigre plaça sa main dans ses cheveux involontairement. Il pensait qu’Ellen avait en quelque sorte utilisé son épée longue pour produire le vent.

***

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