Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d’Einherjar – Tome 11

***

Prologue

Il y a deux ans, Yuuto venait tout juste d’accéder à la fonction de patriarche du clan.

Jour et nuit, il passait ses moments libres à étudier dans un désespoir effréné, utilisant les ressources obtenues grâce à l’utilisation de son smartphone.

Il avait tellement de choses à apprendre, mais l’appareil ne pouvait fonctionner qu’une trentaine de minutes par charge, il n’avait jamais assez de temps.

Cependant, en regardant cette période avec du recul, on se disait que c’était peut-être mieux ainsi.

Il avait été si désespéré, si concentré sur la mémorisation de ce qu’il lisait, et peut-être que les limites strictes de son temps en étaient en partie la raison.

Il y a deux ouvrages auxquels Yuuto se réfère plus que tout autre : pour la théorie politique, Le Prince de Machiavel, et pour la stratégie militaire, L’Art de la guerre de Sun Tzu.

Et puis il y avait un homme dont Yuuto prenait exemple sur le mode de vie, un grand héros de l’histoire de son pays : Oda Nobunaga, le « Roi-Démon » de la période Sengoku.

Nobunaga était un homme qui avait complètement rompu avec les coutumes stagnantes de son époque et avait apporté un grand nombre de changements révolutionnaires, tous fondés sur une base logique.

Consolidation d’un système fiscal complexe et fragmenté.

Des politiques prônant des marchés plus libres et ouverts pour attirer de nouvelles entreprises et stimuler l’économie.

Séparer les militaires des paysans et les traiter comme une caste totalement différente de soldats de carrière.

De lances à long manche faisant plus de trois fois la taille d’un homme, déployées stratégiquement en formations serrées.

Nouvelles applications de l’arme à feu, une nouvelle arme à projectile en plein essor au Japon à l’époque.

Ce ne sont là que quelques exemples, il y en a beaucoup trop pour les énumérer.

Yuuto, lui aussi, devrait apporter des changements radicaux à un Clan du Loup qui était petit et faible afin de le renforcer pour en faire quelque chose de plus grand.

En ce sens, il considérait le parcours et les réalisations de Nobunaga comme le meilleur exemple à suivre.

Ce qui avait été surprenant en approfondissant les recherches, c’est que le Nobunaga de l’histoire était très différent de l’image cruelle et inhumaine propagée dans la culture populaire.

Il est vrai qu’il n’avait montré aucune pitié pour ceux qui l’avaient défié, le cas le plus marquant étant l’incendie des temples et sanctuaires bouddhistes du Mont Hiei.

D’un autre côté, il y avait aussi plusieurs cas où il avait pardonné à ceux qui l’avaient trahi. On raconte qu’il s’était mêlé aux gens du peuple pour faire la fête lors d’un festival, qu’il avait écrit une lettre à la femme d’un de ses subordonnés pour la consoler après une dispute difficile avec son mari, ou qu’il avait fait preuve de compassion et de pitié envers un vieil homme physiquement handicapé. Il avait aussi un côté gentil, empathique et très humain.

Plus Yuuto en apprenait sur lui, plus ces différentes facettes devenaient apparentes, le rendant d’autant plus fascinant en tant que personne.

« Bon sang, j’aimerais bien pouvoir le rencontrer et lui parler, juste une fois. »

Yuuto savait très bien, bien sûr, qu’une telle chose était impossible.

Il avait simplement exprimé ce sentiment à voix haute quand il lui était venu à l’esprit.

À ce moment-là, il n’aurait jamais pu imaginer que, des années plus tard, son souhait serait en fait exaucé.

***

Prologue 2

« Un ordre afin de nous détruire… ? » Étourdie, Linéa ne pouvait que répéter les mots du messager. Elle avait du mal à les comprendre.

C’était une jeune fille de quinze ou seize ans, et bien que son expression soit maintenant sinistre, elle avait toujours un air de beauté douce et délicate. Cela dit, elle était également le commandant en second exceptionnellement talentueux du Clan de l’Acier, la puissante nation qui contrôlait presque toutes les terres de Bifröst à Álfheimr.

Son seigneur régnant, le Réginarque Suoh-Yuuto, avait introduit des inventions et des idées bien au-delà du sens commun de cette époque, et elle était souvent la première à réaliser leur véritable valeur, grâce à son esprit intelligent et adaptable.

Mais même elle avait eu besoin de quelques secondes pour accepter que ce qu’elle avait entendu soit réel.

Voilà à quel point ce scénario était impossible, voire ridicule, pour elle.

« C’est absurde ! Pourquoi y aurait-il une raison pour émettre un tel ordre contre nous !? »

Linéa s’était retrouvée levée de son siège, criant sur le messager.

Le ton dur de sa voix ne convenait pas à la cérémonie de mariage de son seigneur, mais elle avait largement dépassé le stade où elle pouvait faire attention à ce genre de sensibilité.

Le Saint Empire d’Ásgarðr était dirigé par le Þjóðann, dont le titre signifiait « Empereur/Empératrice divin(e) ». Cependant, le Þjóðann ne possédait pas actuellement un grand pouvoir politique réel. La position n’était qu’un vestige de son ancienne influence, ne conservant que son autorité symbolique.

Même ainsi, formellement, le Þjóðann et le gouvernement impérial étaient toujours reconnus comme détenant la souveraineté sur toutes les terres d’Yggdrasil.

En désignant le Clan de l’Acier comme ennemi de l’empire, ils avaient donné à tous les autres clans d’Yggdrasil une justification officielle pour lui faire la guerre.

De même, en tant qu’ennemi de l’empire, le Clan de l’Acier avait été qualifié de « maléfique » et, par extension, avait perdu son statut de gouvernement légitime.

Dans la hiérarchie de l’empire, les patriarches des clans étaient techniquement des seigneurs féodaux gouvernant en tant que mandataires des Þjóðann, et bien que la relation ne soit guère plus que nominale, c’est ainsi que les clans obtenaient l’autorité politique pour gouverner leurs terres.

Rien que d’y penser, Linéa avait mal à la tête.

« Nous avons toujours fourni à l’empire un ample tribut. Il ne devrait pas y avoir de raison pour qu’ils nous fassent ça…, » déclara un homme, son expression déjà sévère s’assombrissant encore plus.

Cet homme grimaçant était Jörgen, l’actuel patriarche du Clan du Loup, et il avait raison.

Comme nous l’avions souligné plus haut, se faire un ennemi de l’empire était extrêmement problématique, tandis que bénéficier de son soutien politique permettait d’utiliser pleinement son autorité symbolique.

C’est pourquoi le Clan de l’Acier, et le Clan du Loup avant lui, n’avait jamais hésité à faire bon usage des profits qu’il tirait de la vente d’objets en verre. Un volume substantiel d’or, d’argent et d’autres trésors avait été donné à l’empire sous forme de généreux paiements de tribut.

Apparemment, Jörgen avait été tout aussi confus que Linéa que cette situation puisse se produire malgré cette loyauté constante.

« Ennemis de l’empire ? Qu’est-ce que cela signifie ? »

« Seigneur Réginarque, qu’avez-vous fait !? »

« Je ne me souviens pas que Sa Majesté ait déjà donné un tel ordre, pas même une fois ! »

Un moment après la remarque de Linéa, plusieurs des autres invités avaient compris la signification de l’ordre d’assujettissement et s’étaient mis à parler brusquement les uns au-dessus des autres.

C’était un monde où la foi dans les dieux et les superstitions populaires avaient encore cours en de nombreux endroits. Les Þjóðann possédaient un grand pouvoir surnaturel sous la forme de leurs runes jumelles, transmises de génération en génération, et il y avait peu de gens chez qui cela n’inspirait pas à la fois révérence et crainte.

« Ne paniquez pas ! » Alors que l’anxiété de la foule rassemblée commençait à se nourrir d’elle-même, un unique cri avait retenti dans la salle du sanctuaire comme un coup de tonnerre.

Instantanément, la foule était devenue si silencieuse qu’on aurait pu entendre une épingle tomber.

« C’est une des choses que j’avais prévu qu’il se produit. Il n’y a aucune raison de paniquer. Nous continuons la cérémonie. »

Le jeune marié s’était adressé à la salle comme si de rien n’était, comme si rien ne s’était passé.

Il n’avait que dix-sept ans, mais ce jeune homme — connu sous le nom de Seigneur Suoh-Yuuto — avait, en deux ans seulement, fait de son minuscule Clan du Loup un État membre de la troisième nation la plus puissante du royaume d’Yggdrasil. Il était une figure héroïque comme on en voit rarement.

Et sa présence dominante, l’air de pouvoir qui semblait l’entourer, était tout aussi extraordinaire.

« C’est bien approprié pour Père, » se dit Linéa en regardant Yuuto avec un respect sincère.

Les invités à cette cérémonie de mariage étaient tous des patriarches de clans, des commandants en second ou des personnes de rang et d’importance similaires de leurs clans respectifs.

Ils avaient tous été stoppés dans leur élan et contraints au silence par une simple remarque de Yuuto. Le Clan de l’Acier avait son lot de personnes charismatiques, mais il était probablement la seule personne capable de réaliser un tel exploit.

Et même face à ce développement effrayant, il était resté complètement calme et imperturbable. C’est comme si la nouvelle ne l’avait pas dérangé le moins du monde.

Il était si fiable, quelqu’un sur qui elle pouvait vraiment compter pour n’importe quoi.

« Je le savais. Il n’y a aucune chance que je puisse envisager d’aimer un autre homme que lui. »

***

Chapitre 1 : Acte 1

Partie 1

« Seigneur Yuuto ! Dame Mitsuki ! Félicitations et meilleurs vœux ! »

« Félicitations ! »

« Vive le Clan de l’Acier ! »

Les citoyens de Gimlé applaudissaient, leurs voix étant une cacophonie qui s’élevait du centre-ville.

C’était le point final de la cérémonie de mariage, une grande parade de rue.

Les deux côtés de l’artère principale étaient pleins à craquer de gens désireux d’apercevoir Yuuto et sa nouvelle femme.

Chevauchant une calèche magnifiquement décorée d’or et d’argent éblouissants, Yuuto et Mitsuki avaient reçu les acclamations et avaient salué en retour.

L’atmosphère était à la fête et à la gaieté, les visages des gens étaient remplis de joie…

« Bon sang, ça devient un vrai bordel…, »

… Mais l’homme du jour se murmurait amèrement à lui-même, même si son visage gardait un sourire heureux.

En ce moment, l’esprit de Yuuto était complètement occupé par des préoccupations concernant l’ordre d’assujettissement émis par le Pjóðann contre le Clan de l’Acier.

« N’as-tu pas dit que c’était quelque chose que tu attendais ? » Mitsuki, sa jeune épouse, le lui avait demandé doucement, tout en maintenant ses propres sourires pour la foule.

« Je bluffais, » répondit Yuuto. « L’anxiété d’un dirigeant se propage à ceux qui sont sous ses ordres. J’ai décidé sur le moment que je ferais comme si ce n’était pas grave. »

Le maintien de la cérémonie et la tenue du défilé dans les délais prévus étaient les résultats de cette décision.

Grâce à l’utilisation des pigeons voyageurs, son clan disposait d’un avantage considérable sur les autres nations en termes de rapidité d’envoi et de réception des informations. De ce fait, il avait pensé que la situation n’était pas assez urgente pour exiger des contre-mesures immédiates de sa part. Cette connaissance avait joué un rôle dans sa décision d’aller jusqu’au bout de son bluff.

« Oh, wôw ! Je n’arrive pas à croire que tu aies pu rester calme et que tu aies pu considérer tout ça en un seul instant, » dit Mitsuki.

« Je devais le faire, » répondit Yuuto. « Le fait d’avoir des choses inattendues comme ça qui vous tombent dessus est quelque chose qui arrive tout le temps sur le champ de bataille. »

Le commandant d’une armée devait être capable de garder son sang-froid en toutes circonstances et de maintenir au moins l’apparence d’un calme imperturbable.

C’était le principe auquel Yuuto se tenait toujours, et ses efforts avaient porté leurs fruits.

« De toute façon, je ne peux pas imaginer que l’ordre d’asservissement soit quelque chose que Rífa ait fait de son plein gré, » déclara Yuuto. « Je dois dire que je ne veux pas non plus l’imaginer, » ajouta-t-il en laissant échapper une pointe d’inquiétude.

« Oui…, » le visage souriant de Mitsuki s’était assombri d’inquiétude pendant une seconde.

De la fin de l’automne dernier jusqu’au printemps dernier, Rífa avait été hébergée par le Clan du Loup à Iárnviðr, mais elle n’avait pas subi d’offenses particulières à son honneur ou quoi que ce soit de ce genre.

En fait, elle avait plutôt apprécié le temps passé là-bas.

Et quand Yuuto s’était retrouvé transporté de force dans le Japon moderne, elle avait prêté ses pouvoirs pour aider à le ramener ici. Il serait certainement étrange qu’elle se donne tout ce mal pour le faire revenir ici, juste pour appeler à la guerre contre lui.

Yuuto poursuivit : « Je dirais qu’il y a de fortes chances que ce soit l’œuvre de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui a émis l’ordre sous le faux nom de Rífa. »

Et si c’était le cas, il avait déjà une bonne idée de qui c’était.

Après quelques recherches, Yuuto savait maintenant que Rífa ne contrôlait plus le gouvernement du Saint Empire Ásgarðr. Il était entièrement à la merci de quelqu’un d’autre, un certain vieil homme.

Il était le patriarche de l’un des dix grands clans du royaume, le Clan de la Lance, qui protégeait la moitié sud de la région centrale d’Ásgarðr. En plus de cela, il était aussi le Grand Prêtre Impérial, l’un des postes les plus puissants du gouvernement…

Yuuto murmura le nom. « Hárbarth. L’homme qu’on appelle Skilfingr, le gardien d’en haut… »

Comme son autre nom le suggérait, le vieil homme semblait avoir une connaissance approfondie de tout ce qui se passait dans l’empire, qu’il s’agisse des scandales secrets et des faiblesses des nobles de la cour dans la capitale Glaðsheimr, ou des détails complets des incidents survenus dans des régions lointaines.

Savoir tout ce qui se passe à Glaðsheimr est une chose, mais connaître les événements lointains en est une autre. Dans le monde d’Yggdrasil, où l’information mettait beaucoup plus de temps à voyager qu’au 21ème siècle, une telle capacité était une menace claire.

En conquérant et en absorbant le Clan de la Panthère, le Clan de l’Acier était enfin devenu assez grand pour rivaliser avec les deux clans les plus puissants de l’empire. Yuuto pouvait au moins féliciter l’homme d’avoir pris des mesures aussi immédiates pour tenter de le réduire.

Chaque chose en son temps. Je vais conquérir Yggdrasil.

C’était le serment que Yuuto s’était fait à lui-même, mais il semblerait que le chemin vers son but ne soit pas du tout aussi facile.

« Kris ! »

Après la fin du défilé et l’arrivée de Yuuto au palais, il avait immédiatement sauté de la voiture et avait crié le nom de sa subordonnée. Il n’y avait plus la moindre trace de la joie du jeune marié dans son comportement.

« Je suis là, mon seigneur. » La réponse était venue directement de derrière lui.

Yuuto n’avait pas senti la présence de quelqu’un, mais il n’avait pas été surpris. Il se retourna et fit face à la propriétaire de la voix, une jeune fille qui semblait n’avoir que douze ou treize ans.

« As-tu de nouvelles informations ? » demanda Yuuto.

« De la région de Glaðsheimr, je crains que non dans ce court laps de temps. »

« Hm, je suppose que c’est logique. »

« Cependant, il y a une autre question…, » Kristina avait fait une pause. « Est-ce que vous pourriez me prêter votre oreille pour un moment ? »

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? » Yuuto se pencha et permit à Kristina de chuchoter directement dans son oreille.

 

 

« Le patriarche Douglas du Clan du Frêne a eu une réunion avec son subordonné pour discuter s’il était préférable pour lui de rester au service loyal du Clan de l’Acier ou non. »

« … Tu as comme toujours une excellente ouïe, » dit Yuuto, les lèvres retroussées en un sourire.

Kristina avait l’air d’une petite fille innocente et adorable, mais en réalité, elle était un maître dans l’art de dissimuler sa présence et de se cacher aux yeux de tous, et un agent de renseignement expert.

Douglas était, pour le moins, un individu dont les capacités lui avaient permis de réussir à se frayer un chemin jusqu’au rang de patriarche de son clan. Il avait sûrement pris soin d’éviter l’attention et les oreilles indiscrètes lorsqu’il avait sa conversation privée.

Mais cet effort était inutile. Kristina l’écoutait toujours facilement à son insu. C’était ce qui la rendait si utile et fiable en tant que fille jurée de Yuuto.

« Eh bien, » marmonna Yuuto avec indifférence, « vu la situation, je suppose que ce n’est pas étrange qu’au moins l’un d’entre eux agisse comme ça. »

Il était lié aux autres patriarches par le Serment du Calice, un lien qui était censé être plus épais que le sang, un lien qu’il était normalement absolument impardonnable de rompre. Mais l’ordre d’assujettissement du Þjóðann avait le poids de la justice impériale, et offrait une porte de sortie parfaitement valable.

À l’heure actuelle, n’importe lequel de ses enfants jurés pourrait revenir sur ses vœux envers lui, et personne ne pourrait les condamner pour cela. En effet, il serait parfaitement naturel pour certains d’entre eux d’envisager l’option de la trahison comme un moyen d’assurer la survie de son clan.

« On dirait que j’ai eu raison d’être rapide pour faire mon propre coup. Au fait, comment ça se présente ? »

« Cela se passera sans problème, » répondit Kristina.

« Vraiment ? » Les yeux de Yuuto s’étaient légèrement élargis. « Je suis un peu surpris. Vu le type dont on parle, je me doutais qu’il pourrait se rebiffer un peu. »

« Héhé, on dirait qu’il a bien plus peur de faire de vous un ennemi que d’être celui de l’empire, père. »

« Hm. Eh bien, s’il va faire exactement ce que je veux, alors ça me convient parfaitement. Très bien, contacte les patriarches subsidiaires et informe-les que nous allons immédiatement nous réunir dans la salle de conférence. »

« Compris, Père. » Lorsque Kristina confirma la réception de son ordre, elle disparut complètement en un instant, comme si elle avait été effacée.

Yuuto n’était pas mieux qu’un amateur dans les arts martiaux, mais même ainsi, disparaître comme ça était un incroyable exploit de furtivité.

« Je suis tellement content d’en avoir fait ma fille jurée. »

Parfois, l’information était bien plus précieuse que le fer ou le verre.

En l’occurrence, sans savoir au préalable que Douglas hésitait, la trahison éventuelle aurait pu surprendre Yuuto et le laisser désorienté. En le sachant à l’avance, il pouvait prendre des contre-mesures.

Dans L’art de la guerre, l’une des sources de savoir les plus prisées de Yuuto, Sun Tzu déclare également que les espions sont la pierre angulaire d’une armée.

Kristina était certainement cela, et bien plus encore.

« Très bien, on dirait que tout le monde est là, je vais donc rappeler ce conseil à l’ordre, » annonça Yuuto, son regard passant sur les autres personnes assises à la table ronde.

Éclairés par la lueur orange des torches murales, les visages des sept patriarches des clans subsidiaires s’étaient tournés vers lui.

Chacun d’entre eux avait un sens de la dignité et de la présence qui convenait à quelqu’un qui s’était élevé à la position de tenir ensemble et de contrôler un clan.

Yuuto continua. « Je suis désolé de vous réunir si tard dans la nuit comme ça, mais je suis sûr que vous savez tous pourquoi je devais le faire. »

Ils avaient tous acquiescé fermement. Yuuto confirma que tout le monde avait compris avant de continuer.

« En effet, il s’agit de l’ordre impérial de subjugation contre le Clan de l’Acier, qui aurait été émis par le Þjóðann. On ne sait pas pourquoi Sa Majesté a émis une telle déclaration contre nous. Actuellement, j’ai demandé à Kristina d’enquêter sur ce point. »

« Pardonnez-moi, » dit l’un des patriarches. « Pendant la cérémonie de tout à l’heure, n’avez-vous pas dit que cet événement correspondait à vos attentes ? » La voix de l’homme était suspicieuse.

C’était Fundinn, le patriarche du Clan des Chiens de Montagne. Son clan était basé sur les pentes abruptes des montagnes Himinbjörg, et Fundinn ressemblait en effet à l’image stéréotypée de « l’homme des montagnes ». Ses lèvres et son menton étaient cachés sous une barbe rude, ses bras et son torse poilus étaient visibles dans les interstices de ses vêtements… et il avait un regard aussi acéré que celui d’un faucon.

« Si vous avez anticipé cette situation, vous deviez avoir des raisons de le faire. Serait-il possible pour vous de nous le dire ? » avait-il demandé. Ses yeux méfiants s’étaient posés sur Yuuto.

Il y avait assez de pression derrière ce regard pour faire trembler de peur un homme normal, mais Yuuto l’avait encaissé sans sourciller avant de continuer.

« Très bien », avait-il répondu. « Pour être franc, c’est le fait que nous sommes devenus trop grands et trop puissants en si peu de temps. Assez grands pour que le gouvernement impérial commence à craindre d’être remplacé sous peu. »

Cette idée était logique à première vue, mais ce n’était en fait qu’un raisonnement que Yuuto avait échafaudé après coup, pendant le défilé. Il s’était dit qu’après avoir déclaré publiquement que la situation était conforme à ses attentes, il aurait une ou deux questions de ce genre.

Cependant, il ne pensait pas non plus que la logique de cette déclaration soit trop éloignée de la réalité.

Le Þjóðann Rífa était une autre affaire, mais Hárbarth était celui qui contrôlait réellement l’empire en ce moment, et ses motivations pour créer cette situation étaient probablement de cet ordre.

***

Partie 2

« Le clou qui dépasse est enfoncé. C’est comme ça que ça a toujours été. Il n’y a aucun intérêt à débattre du “pourquoi” de cette situation. À la place, je veux discuter des problèmes à court terme que cet ordre d’asservissement va probablement entraîner. »

« … Je comprends, Père, » dit Fundinn en hochant la tête, bien que son visage montrait qu’il n’acceptait pas complètement l’explication de Yuuto.

Le fait qu’il soit encore prêt à se taire et à reculer sur ce point montrait à quel point il était d’accord avec tout le monde pour dire que les autres problèmes étaient plus urgents.

« En raison de l’ordre d’assujettissement, tous les autres clans d’Yggdrasil ont une raison acceptable d’attaquer et d’envahir le Clan de l’Acier. Cela dit, je doute fort qu’un de leurs patriarches nous fasse une faveur en menant seul son clan à travers notre frontière. Ils savent à quel point il y a une différence de force militaire entre nous et chacun d’entre eux. »

À l’heure actuelle, le Clan de l’Acier était bordé à l’ouest par ce qui restait du Clan de la Panthère et du Clan du Sabot, au sud par le Clan de la Foudre, et à l’est par les Clans du Croc et du Nuage.

Cinq clans, mais aucun d’entre eux ne méritait d’être appelé un adversaire redoutable pour le moment.

Cependant…

« Voici ce que je crains le plus, » expliqua Yuuto. « C’est que cet ordre d’asservissement donne à tous les clans environnants la justification parfaite pour se rassembler et former une alliance. Individuellement, chacun d’entre eux ne serait pas une grande menace pour le Clan de l’Acier, mais si plusieurs d’entre eux attaquent en même temps, je dois admettre que nous aurions beaucoup de mal à les affronter. »

Il y avait aussi le fait que l’influence de l’ordre impérial pourrait aider à faciliter l’obtention d’une aide encore plus importante pour les clans environnants de la part de clans qui n’étaient pas limitrophes du Clan de l’Acier.

Le Clan de l’Acier n’avait pas assez de ressources pour affronter tout le monde en même temps.

Toutes les personnes présentes à cette table étaient capables de diriger un clan, de gouverner et de maintenir une nation. Ils avaient compris à quel point la situation était grave. L’air autour de la table était sombre et oppressant.

« Et, » poursuivit Yuuto, « j’imagine que cette alliance est exactement ce qui va se passer. Après tout, les clans qui nous entourent se sentent encore plus menacés que l’empire par notre expansion. Cette situation est l’opportunité parfaite pour eux. »

Dans des circonstances normales, faire marcher cinq clans différents au même rythme serait un exercice futile.

Chaque clan avait ses propres motivations et objectifs, différentes choses qu’ils avaient à perdre ou à gagner dans une campagne de guerre. Essayer de les faire prendre des risques et travailler ensemble ne serait pas une tâche facile.

L’ordre d’assujettissement impérial avait créé un scénario où ils pouvaient exactement faire ça. Tout le monde irait à la guerre ensemble sous la bannière impériale.

En regardant l’histoire, on pouvait voir de nombreux exemples de petites armées ou d’États qui s’étaient regroupés pour affronter une force puissante qui les aurait submergés individuellement.

Il y avait eu le cas de l’ascension de l’État de Qin à la fin de la période des Printemps et Automnes de la Chine, qui avait conduit les six autres petits États à tenter de former une alliance contre Qin pour contenir son expansion.

Ensuite, il y avait eu la période japonaise Sengoku, où la coalition dite de « l’encerclement de Nobunaga » s’était formée entre de multiples seigneurs de guerre se méfiant d’Oda Nobunaga et de la montée en puissance du clan Oda.

En particulier, l’exemple de Sengoku avait beaucoup de points communs avec la situation actuelle. Le shogun de l’époque, Ashikaga Yoshiaki, avait publié un édit sous l’autorité de l’empereur du Japon appelant tous les seigneurs de guerre à s’unir contre Nobunaga. Cet appel avait constitué une puissante force d’union qui avait donné naissance à la coalition anti-Nobunaga.

« Si je dois être franc ici, je pense qu’il y a de bonnes chances qu’une alliance contre nous ait déjà été formée à ce stade. On dit toujours après tout que les plans les plus efficaces sont ceux qui sont élaborés dans le secret. Si l’ordre d’assujettissement est rendu public, cela signifie qu’ils ont tous fini de se préparer. »

Le son de la déglutition nerveuse pouvait être entendu dans toute la salle.

Si la prédiction de Yuuto était correcte, cela signifiait que dans un avenir très proche, leurs ennemis attaqueraient en tandem avec des armées de tous les côtés.

Leur nombre s’élèverait à des dizaines de milliers…

« C’est une situation désespérée où la vie de chacun est en jeu. Je sais que certains d’entre vous peuvent être réticents à l’idée de partir en guerre contre l’empire. » Yuuto s’était arrêté et avait regardé chacun des patriarches tour à tour, un par un. « Si vous souhaitez rendre mon calice et échanger le vin que vous avez bu contre de l’eau, dites-le ici et maintenant. Je ne considérerai pas cela comme un crime. Je m’assurerai que vous retourniez en toute sécurité auprès de votre peuple. »

« … !! » Les autres avaient tous sursauté à la proposition soudaine de Yuuto, les yeux écarquillés.

L’expression « échanger le vin contre de l’eau » signifiait rejeter le vin sacré qui avait été bu lors de l’échange du serment du calice, et signifiait donc la rupture du lien entre le parent et l’enfant assermentés.

Comme en témoignent toutes leurs discussions jusqu’à présent, Yuuto et le Clan de l’Acier avaient besoin de tous les alliés qu’ils pouvaient avoir. Pourtant, il était en train de dire qu’il n’empêcherait aucun d’entre eux de le quitter. C’était suffisant pour qu’ils se demandent s’il avait toute sa tête.

Cependant, les prochains mots qui sortirent de la bouche de Yuuto leur firent réaliser à quel point c’était une erreur.

« Bien sûr, cela signifie que la prochaine fois que nous nous rencontrerons, ce sera sur le champ de bataille en tant qu’ennemis, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous écraser. »

Les lèvres de Yuuto s’étaient retroussées en un sourire sinistre, et il y avait une lumière intense dans ses yeux. Cette lumière était la preuve que, même si la situation semblait désespérée, il avait clairement l’intention et l’espoir de gagner à la fin.

Et les nombreux accomplissements de Yuuto jusqu’à présent prouvaient clairement qu’il ne bluffait pas.

Les patriarches étaient tous réduits au silence par l’intensité de Yuuto, incapables de parler, jusqu’à ce que l’un d’entre eux éclate soudainement de rire.

« Héhé, haha haha haha ! Aussi audacieux et fougueux que vous l’avez toujours été ! Je n’en attendais pas moins de l’homme à qui j’ai demandé d’épouser mes filles. Je sais que c’est peut-être un peu direct, puisque c’est le jour de votre mariage et tout, mais je dois vous le demander à nouveau. Ne seriez-vous pas prêt à les accepter toutes les deux ? Ça ne me dérange pas si c’est en tant que concubines au lieu d’épouses. »

Cet homme était Botvid, patriarche du Clan de la Griffe.

Il avait dit son texte en riant, comme s’il ne faisait que plaisanter, mais le contenu de sa demande n’avait rien de drôle.

Il disait indirectement qu’il serait prêt à offrir ses deux filles à Yuuto comme otages, pour garantir sa loyauté.

« O-Oh ! Eh bien, si c’est comme ça, alors s’il vous plaît, j’aimerais que vous preniez aussi ma fille ! » s’empressa d’ajouter Fundinn. « Elle n’est pas aussi jolie et raffinée que les filles de la ville, mais c’est une fille en bonne santé avec beaucoup d’endurance. Je suis sûr qu’elle vous donnera des enfants forts. »

« Oh, mon Dieu, alors je pourrais aussi me joindre à vous et vous demander si vous seriez aussi prêt à prendre ma fille ? »

Avec un petit rire, la femme connue sous le nom de Lágastaf avait également pris la parole. Elle était le patriarche du Clan du Blé.

Comme Yuuto était originaire du Japon, lorsqu’il avait entendu le nom de Lágastaf pour la première fois, cela lui avait semblé être un nom masculin, mais la propriétaire de ce nom était une charmante et belle femme d’une vingtaine d’années.

Apparemment, son mari avait été le précédent patriarche du clan, mais il était mort jeune, et ses enfants subordonnés avaient plaidé pour qu’elle lui succède.

Au premier abord, elle avait l’air d’une femme calme et douce, mais bien que sa nation soit petite, elle était le patriarche d’un clan. Il y avait certainement plus en elle.

Le Clan du Blé était une nation très petite et militairement faible, et elle avait réussi à préserver son existence alors que l’équilibre des forces changeait en changeant ses allégeances au fil des ans, du Clan du Rhinocéros au Clan du Sabot, et enfin au Clan du Loup. Elle possédait manifestement un bon instinct pour la diplomatie.

Si une femme comme elle annonçait qu’elle restait aux côtés de Yuuto, ça voulait dire quelque chose.

« J-Je veux que tu me prennes aussi. ! » La patriarche du Clan de la Corne, Linéa, avait ensuite pris la parole, sa voix s’élevant presque comme pour protester contre Lágastaf.

« Malheureusement, je n’ai pas de fille à offrir, mais lorsque le moment sera venu de partir au combat, j’espère que vous pourrez m’honorer en m’envoyant combattre en première ligne. »

« Et j’aimerais dire “prenez aussi ma fille”, mais je pense que vous êtes déjà entouré de plus de belles filles que vous ne savez quoi en faire, Père. »

Le Patriarche du Clan de la Panthère, Skáviðr, au visage toujours aussi sérieux, avait été le suivant. Il avait été rapidement suivi par le Patriarche du Clan du Loup, Jörgen, qui avait terminé son intervention par un clin d’œil et un gloussement.

Ces trois dernières personnes étaient les alliées de Yuuto depuis l’époque où il était le patriarche du Clan du Loup, et elles lui étaient indéfectiblement dévouées.

Il n’y avait aucune raison pour qu’il doute de leur loyauté.

Il ne restait plus qu’une seule personne, le patriarche du Clan du Frêne, Douglas.

Il poussa un soupir presque impressionné et déclara : « Je pensais amener ma femme et mes enfants pour visiter Gimlé et voir ces curiosités. Je me demande si cela vous conviendrait ? »

L’expression de Douglas s’était éclaircie, comme si un poids lui avait été enlevé.

Il avait lutté pour savoir s’il devait se ranger du côté de Yuuto ou de l’empire, mais il semblerait que cette réunion du conseil l’ait aidé à trouver une réponse.

« Eh bien, Père, je suis assez impressionné par le caractère dramatique de votre jeu d’acteur. Pour être honnête, lorsque vous avez prononcé votre première réplique, même moi j’ai un peu frémi, et j’avais entendu parler du plan à l’avance. Ma voix était fermement emprisonnée dans ma gorge ! »

La réunion était terminée, et après s’être séparé de tout le monde et être retourné à son bureau, Yuuto écoutait Botvid le couvrir de flatteries joyeuses.

Le patriarche du Clan de la Griffe était un homme de forte corpulence, un peu ventru, aux cheveux à moitié coupés et au sourire très amical, ce qui le faisait passer pour un homme d’âge mûr et ennuyeux. Mais en réalité, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son clan, Botvid avait la réputation d’être un dirigeant rusé et compétent.

Yuuto haussa les épaules et laissa échapper un rire amer. « Nous sommes désespérés ici, bien sûr que je vais mettre tout ce que j’ai dans ce rôle. Si je reste assis et que je laisse les gens faire semblant d’être de mon côté, et qu’au moment où les jeux sont faits, ils finissent par se retourner contre moi, il n’y a rien que je puisse faire. »

***

Partie 3

Il ne s’agissait pas seulement de Douglas. Il était assez facile pour Yuuto d’imaginer que plusieurs des autres patriarches puissent aussi avoir eu du mal à décider quel côté choisir.

Le lien puissant entre le parent et l’enfant juré existait précisément pour empêcher ce genre de choses, mais l’ordre impérial d’assujettissement avait tout renversé, renvoyant pratiquement les choses là où elles étaient avant que Yuuto ne prête le serment du Calice avec eux.

C’est pourquoi Yuuto avait envoyé un contact à Botvid avant la réunion du conseil, et ils avaient accepté de monter ce spectacle. C’était en partie pour dissuader les autres patriarches d’envisager une défection, et en partie pour jauger leur position.

« Trop vrai. Pourtant, je ne m’attendais pas à ce que les choses se passent si exactement comme prévu. Je vois que vous êtes un sacré magouilleur, Père. »

« Hé, ce n’est pas comme si j’avais trouvé l’idée tout seul. J’ai simplement imité un événement historique connu sous le nom de Conseil Oyama. Dans tous les cas, je te suis reconnaissant que tu travailles avec moi, Botvid. C’est grâce à toi que les choses se sont déroulées si facilement. »

« Le “Conseil Oyama”, dites-vous. C’est un nom qui ne m’est pas familier. Pensez-vous pouvoir m’en parler ? »

« Donc, dans le pays d’où je viens, il y a longtemps, il y a eu cette énorme bataille entre les armées de l’Est et de l’Ouest à un endroit appelé Sekigahara. Le chef de l’armée de l’Est était Tokugawa Ieyasu, mais les loyautés étaient compliquées à l’époque, et beaucoup de ses futurs généraux hésitaient encore à s’engager à ses côtés. Il s’adressa à un puissant général nommé Fukushima Masanori et il réussit ainsi à le convaincre. L’astuce consistait à utiliser Fukushima de manière stratégique. Il convoqua un conseil de guerre à Oyama, et fit en sorte que Fukushima “décide” publiquement qu’il s’engageait aux côtés de Tokugawa. Dès que cela se produisit, presque tous les autres généraux commencèrent à s’engager à ses côtés, comme une avalanche. »

« Oho …, » Botvid s’était penché plus près de Yuuto, l’écoutant attentivement avec intérêt.

« Ce n’est pas tout, » poursuivit Yuuto. « Pour atteindre le champ de bataille de Sekigahara, Tokugawa Ieyasu devait traverser une région du pays appelée Tōkaidō. L’un des seigneurs de guerre qui gardaient la région, Yamauchi Kazutoyo, lui déclara : “Hé, vous pouvez vous reposer dans mon château”. L’histoire raconte qu’ensuite, les autres seigneurs locaux de la région de Tōkaidō avaient tous fait de même. »

« Je vois, je vois. » Botvid hocha la tête en signe de compréhension.

Il avait toujours été un homme spécialisé dans la ruse et la finesse, c’est ainsi qu’il avait accédé au pouvoir en tant que patriarche. Il semblait avoir compris l’essentiel du principe en jeu juste en entendant ces deux exemples.

Le cœur humain est faible. Il est effrayant de s’engager seul dans une décision difficile et tentant d’attendre que quelqu’un de plus fort ou de plus accompli prenne une décision et de croire ensuite qu’il a eu raison.

Il est également difficile d’être la seule personne dans la pièce à exprimer son opposition. Et puis il y a le fort sentiment de pression lorsque les autres commencent à s’engager dans un choix, la peur d’être exclu si l’on ne s’empresse pas de les rejoindre.

Tokugawa Ieyasu avait fait un usage intelligent de cette psychologie, en convainquant indirectement les généraux de rejoindre son camp.

« Pourtant, je ne m’attendais pas à ce que vous me choisissiez, parmi tous les autres, pour vous aider. Les membres du Clan du Loup me considèrent après tout comme un serpent venimeux. » Botvid gloussa et affaissa ses épaules.

Avant que Yuuto n’arrive à Yggdrasil, Botvid avait trahi une alliance avec le Clan du Loup. Il avait profité du fait que, immédiatement après avoir pris le pouvoir de son prédécesseur, le précédent Serment du Calice entre les clans était invalide, et il avait attaqué avant qu’il n’y ait une chance de réagir. Il s’était emparé à l’époque d’une grande partie du territoire du Clan du Loup.

Depuis lors, les membres du Clan du Loup le considéraient avec méfiance et mépris.

« C’est exactement pour ça que je t’ai choisi. Sans vouloir te vexer, tu as la réputation d’être un bâtard sournois, alors si quelqu’un comme toi est le premier à s’engager à mes côtés, les autres vont commencer à considérer que rester dans le Clan de l’Acier est un choix intelligent. N’es-tu pas d’accord ? »

« Hmm. C’est vrai. Cependant, vous me révéliez également une faiblesse dans votre position, et j’aurais pu me retourner et l’utiliser contre vous. N’avez-vous pas considéré cela ? »

Le fait de demander à Botvid de coopérer, c’était aussi admettre que l’aide était nécessaire, lui montrer que la situation était vraiment grave pour le Clan de l’Acier.

Mal joué, il y avait suffisamment de chances pour qu’un homme rusé comme Botvid puisse y voir un signe et échapper à sa subordination au Clan de l’Acier.

En fait, Félicia avait été très désapprobatrice à l’idée d’utiliser l’aide de Botvid.

Cependant, Yuuto avançait quand même, convaincu que c’était le meilleur moyen.

La raison de cette condamnation était…

« Avoue-le, tu as vraiment une haute opinion de moi, n’est-ce pas ? »

Yuuto avait dit cela avec un sourire large et confiant, en montrant ses dents.

Pendant un bref instant, Botvid était resté bouche bée, regardant Yuuto et clignant des yeux d’une manière perplexe.

« Ne me dites pas que c’est la seule raison pour laquelle vous m’avez fait confiance ? » demanda Botvid, avec une expression beaucoup plus dubitative.

« N’ai-je pas le droit d’en faire ma raison ? » répondit Yuuto.

« Non, ce n’est pas ça… Quand même, ce genre d’évaluation peut changer selon les circonstances… »

« J’ai cependant dit très haut. J’en étais sûr après ce qui s’était passé lors de la bataille de la rivière Körmt. »

À l’époque, Yuuto avait été renvoyé de force dans le Japon moderne par la magie seiðr de Sigyn. Le Clan du Loup était alors dans une situation encore plus désespérée que celle du Clan de l’Acier en ce moment.

L’armée du Clan de la Foudre avait encerclé Gimlé, et celle du Clan de la Panthère avait encerclé Fólkvangr. Il semblerait que le Clan du Loup était sur le point d’être anéanti.

Même si Yuuto parvenait à retourner à Yggdrasil, il était trop tard pour changer quoi que ce soit… C’était la façon logique de voir les choses. Et, en fait, les autres clans subsidiaires du Clan du Loup à l’époque s’étaient retenus de les aider, restant neutres jusqu’à ce que Yuuto écrase finalement l’armée du Clan de la Panthère à la bataille de la rivière Körmt.

Cependant, dès que Botvid avait entendu que Yuuto était revenu, il avait engagé ses troupes en renfort sans hésiter.

Un homme aussi froid et calculateur ne ferait pas un pari aussi risqué s’il ne voyait aucune chance de gagner. En d’autres termes, il avait sa propre conviction soutenant son choix.

Il avait cru que même dans une situation aussi désespérément désavantageuse, Yuuto mènerait le Clan du Loup à la victoire.

« En y repensant maintenant, tu m’as également envoyé tes jumelles à un stade assez précoce. Normalement, c’est fou de penser que tu aurais renoncé à avoir deux personnes aussi talentueuses à tes côtés. »

Kristina servait d’yeux et d’oreilles à Yuuto, et son utilité allait de soi. Albertina était également bien plus que l’innocente idiote d’enfant qu’elle semblait être.

Elle était amicale, sociable et globalement adorable, et les habitants d’Iárnviðr et de Gimlé l’adoraient.

Botvid aurait pu faire d’Albertina, populaire et charmante, un futur patriarche, le visage public du clan, et faire en sorte que sa sœur Kristina, froide et pondérée, la soutienne en tant que commandant en second grâce à son intelligence et à son esprit de décision.

Faites cela, et l’avenir du Clan de la Griffe serait assuré à coup sûr.

Il était impossible que Botvid ne se soit pas rendu compte que ses filles avaient ce qu’il fallait pour être les futurs chefs du clan.

Et pourtant, il les avait quand même envoyées à Yuuto.

« En tant que patriarche, j’ai eu la chance d’observer un bon nombre de personnes, » dit Yuuto. « Et je pense avoir remarqué quelque chose d’essentiel à leur sujet. Les gens peuvent mentir avec leurs mots, mais pas avec leurs actions. »

En d’autres termes, que Botvid aime ou n’aime pas Yuuto, ses actions avaient montré qu’il était prêt à prendre un risque personnel non négligeable afin de favoriser et d’améliorer sa relation avec Yuuto.

Machiavel, auteur du Prince, avait également écrit : « Ce sont les anciens ennemis qui s’efforcent de servir le prince avec la plus grande loyauté. Le prince a constaté qu’il tirait plus de loyauté et d’utilité des hommes dont il se méfiait au début que de ceux qui étaient des amis de confiance depuis le début. Ils seront obligés de servir le prince avec loyauté, car ils savent qu’il leur faut annuler par leurs actes la mauvaise impression que le prince s’était faite d’eux. »

C’est pourquoi Yuuto avait deviné que Botvid accepterait sa suggestion de travailler ensemble, qu’il y verrait une opportunité.

« Heh heh heh, je vois maintenant. Kris m’a dit ça à propos de vous, Père. Elle a dit que vous n’êtes pas attaché par vos émotions et que vous pouvez voir les choses d’un point de vue plus large. Elle avait vraiment raison, vous êtes très perspicace ! »

Botvid tapa son genou d’une main et rit à haute voix.

« Cela veut-il dire que j’avais raison ? » demanda Yuuto.

« C’est le cas. Je suis sûr que Kris vous en a déjà parlé, mais du plus profond de mon cœur, vous êtes la seule personne dont je ne veux pas être ennemi. Vous me faites plus peur que l’empire ou les Þjóðann ne le feraient jamais. Peut-être que cet incident a rendu ces autres patriarches plus conscients de la peur que vous inspirez. » Botvid ricana pour lui-même, d’un rire méchant, mais aussi plein d’un réel plaisir.

Yuuto avait compris le sens de ce qu’il disait.

Le patriarche du Clan du Frêne Douglas, ainsi que toute autre personne présente à la réunion du conseil qui aurait remis en question leur loyauté, aurait entendu les mots de Yuuto et aurait eu peur qu’il parle en pensant à eux, paranoïaque qu’il ait vu clair en eux.

Cela leur ferait craindre de penser à le trahir.

C’est également un autre refrain que l’on retrouve dans les propos de Machiavel :

« Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. Les hommes ont moins de scrupules à offenser celui qui est aimé que celui qui est craint, car l’amour se préserve par le lien de l’obligation qui, à cause de la bassesse des hommes, est rompu à chaque occasion pour leur avantage, mais la crainte vous préserve par une peur du châtiment qui ne manquera jamais d’arriver. »

Ce n’était pas exactement le meilleur exemple de la « crise qui rapproche les gens », mais l’ordre d’assujettissement contre le Clan de l’Acier avait provoqué une perturbation interne qui, au final, avait conduit à un lien de loyauté encore plus fort entre Yuuto et ses subordonnés.

***

Partie 4

Peu de temps après la fin de la réunion confidentielle de Yuuto avec Botvid. Sous la faible lueur d’une torche, Yuuto montait seul les escaliers sombres et lugubres de la tour.

Il avait demandé à Félicia de l’attendre dehors.

C’était la Tour Nari. Nichée dans un coin reculé de l’enceinte du palais de Gimlé, c’était une tour de prison réservée spécialement aux personnes de haut statut.

L’endroit était complètement silencieux, et les pas de Yuuto semblaient presque anormalement forts dans ce silence.

Pour l’instant, il n’y avait qu’un seul prisonnier détenu ici.

« Eh bien. Voilà un visage que je n’ai pas vu depuis longtemps. »

Lorsque Yuuto était arrivé au dernier étage, l’homme dans la cellule l’avait salué d’une voix joyeuse.

Un masque noir de jais cachait la moitié supérieure du visage de l’homme, ce qui conférait à son apparence un caractère distinctif et douteux.

Il s’appelait Hveðrungr, et il était l’ancien patriarche du Clan de la Panthère. Mais pour Yuuto, il était bien plus que cela…

« Et moi qui pensais que tu m’avais oublié depuis longtemps. »

« Ouais, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, Grand Frère. J’avais prévu de venir te rendre visite une fois que les choses se seraient un peu calmées, mais ça a fini par prendre pas mal de temps. »

… Il avait également été le grand frère de Yuuto, et les deux individus étaient liés depuis longtemps par un lien fatal.

Lorsque Yuuto l’avait rencontré pour la première fois, il s’appelait Loptr, et faisait partie du Clan du Loup. À cette époque, Yuuto venait tout juste d’arriver à Yggdrasil, incapable de parler la langue ou de subvenir à ses besoins. Alors que les autres habitants se moquaient de Yuuto en lui donnant le nom de « Sköll » — qui signifie « Dévoreur de bénédictions » — Loptr avait été différent. Avec sa jeune sœur biologique Félicia, Loptr s’était occupé de Yuuto, avait cru en lui et l’avait encouragé… Cependant, lorsqu’il avait perdu la position de patriarche au profit de Yuuto, Loptr avait perdu la raison dans une crise de jalousie et avait essayé de le tuer, puis avait fui le clan lorsque cette tentative avait échoué.

« En parlant de s’installer, j’ai appris que tu avais épousé ton amie d’enfance. Je suppose que je devrais dire “Félicitations”. »

« Oui, merci. »

« Et pourtant, j’ai entendu dire que tu as aussi pris Félicia dans ton lit ? »

La voix de Hveðrungr était glaciale, et il fixait Yuuto avec des yeux bridés.

Il avait dû l’apprendre directement de Félicia.

« C’est vrai, » répondit Yuuto sans ménagement. « Je suis désolé. Je sais que tu as dit que tu ne me pardonnerais jamais d’avoir d’autres relations si je me mettais avec elle. »

« Et n’ai-je pas dit que si tu faisais ça, je te tuerais ? »

« C’était si je la “faisais pleurer”, tu te souviens ? Jusqu’à présent, je ne l’ai pas fait. »

Bien sûr, Yuuto avait fait pleurer Félicia plusieurs fois, mais il avait décidé de ne pas en parler.

Hveðrungr semblait quelque peu insatisfait de la réponse de Yuuto. « Hmph. Tu as une bonne mémoire. Eh bien, elle semblerait elle-même satisfaite de l’arrangement, alors je suppose que je vais laisser tomber. De plus, même si je voulais te punir, je ne suis pas en mesure de le faire. »

Il avait tapé de la main contre les épais barreaux de bois qui séparaient l’espace entre eux deux.

En tant qu’Einherjar, il était fort, mais briser les barreaux de cette cellule à mains nues serait encore presque impossible sans la force monstrueuse que possède Steinþórr du Clan de la Foudre.

Dans cet état, il ne serait même pas capable de s’approcher de Yuuto, et encore moins de le tuer.

« Allons de l’avant, » dit Hveðrungr. « Dis-moi, qu’est-ce qui t’a finalement amené ici après tout ce temps ? »

Yuuto acquiesça. « Je voulais discuter de certaines choses avec toi », commença-t-il en s’asseyant sur le sol.

« Allez, maintenant, tu fais vraiment ça ? Un noble patriarche, assis de lui-même sur le sol nu et sale ? » demanda Hveðrungr d’un ton exaspéré.

« Hé, si on doit avoir une longue discussion, je ne vais pas m’épuiser à le faire debout. » Un sourire malicieux apparut sur le visage de Yuuto alors qu’il répondait.

Parler comme ça, se lancer des piques, c’était aussi quelque chose qu’ils avaient l’habitude de faire il y a deux ans.

Yuuto avait ressenti un peu de réconfort nostalgique. Cela lui faisait aussi un peu mal au cœur.

« Tu vas me demander pourquoi j’ai essayé de te tuer. Ai-je raison ? » demanda Hveðrungr, en essayant d’aller droit au but.

Cependant, Yuuto secoua sa tête.

« Non. Je n’en ai pas besoin, plus maintenant. Tu as passé toute ta vie à vouloir devenir patriarche, tu as tout risqué pour ça, pour que le petit frère dont tu t’occupais vienne te l’arracher sous le nez. Bien sûr que tu veux me tuer. » Yuuto laissa échapper un petit rire d’autodérision et affaissa ses épaules.

« Eh bien, tu es devenu plus philosophe à propos de ce genre de choses, n’est-ce pas ? »

« Je suis patriarche depuis deux ans, et j’ai vu tellement de gens courir après le pouvoir et l’autorité, s’y accrochant comme s’ils étaient possédés. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’apprendre à regarder les choses de façon moins personnelle. »

« C’est un peu insultant d’être mis dans le même sac que ces gens, mais je suppose que je ne peux pas discuter, n’est-ce pas ? » dit Hveðrungr en gloussant.

L’autorité, la promesse de pouvoir sur les autres, semble avoir un effet pervers sur les gens, comme si elle invoquait un démon dans leur cœur. Tuer pour obtenir ce pouvoir, même parmi ses proches en chair et en os, n’était pas vraiment un événement rare.

Yuuto n’allait pas demander « Pourquoi ? » à ce stade. Dans ce sens, il n’était plus un enfant.

« C’est du passé, ça n’a pas d’importance. En fait, je suis beaucoup plus en colère contre toi pour avoir brûlé des terres sur ton propre territoire du Clan de la Panthère. »

« Ah, oui, ça. » Hveðrungr avait hoché la tête, comme s’il était également prêt à répondre à cette question.

Sa voix ne trahissait aucune émotion, comme si le sujet le laissait totalement indifférent.

En d’autres termes, bien qu’il ait brûlé les terres sur lesquelles il régnait et infligé d’incroyables souffrances aux sujets qu’il était tenu de défendre, il ne ressentait pas la moindre culpabilité pour ce qu’il avait fait.

« Tu ne regrettes pas du tout d’avoir fait ça, n’est-ce pas ? » demanda Yuuto, cherchant une confirmation.

« Vas-tu m’attaquer pour cela comme Félicia l’a fait ? Me traiter d’“atroce et d’inhumain” ? Me demander : “As-tu seulement une conscience humaine ?”, peut-être ? » Le ton de Hveðrungr était mélodramatique, et il lança à Yuuto un regard significatif en attendant une réponse.

Yuuto avait eu le sentiment qu’il était testé ici.

Il avait secoué la tête une fois de plus.

« Non, je n’ai pas l’intention de te condamner pour ça. En tant que stratégie de guerre, c’était extrêmement efficace. Le nettoyage et les séquelles ont été un enfer, et cela a porté un coup sérieux au Clan de l’Acier, tant sur le plan financier que sur celui de l’approvisionnement en nourriture. »

Lorsque Yuuto avait formulé ses plans de guerre initiaux, il avait pensé qu’après avoir subjugué le Clan de la Panthère à l’ouest, il pourrait faire demi-tour et vaincre également le Clan de la Foudre, s’occupant ainsi des deux plus grandes menaces pour son clan. Il avait prévu d’être rétabli et prêt à commencer à avancer vers le centre d’Ásgarðr avant la fin de l’été.

Au lieu de cela, la stratégie de la terre brûlée du clan de la Panthère avait fait en sorte que Yuuto ne puisse plus faire de mouvements militaires jusqu’à au moins après la récolte d’automne, causant un retard inévitable dans ses plans généraux.

Yuuto pouvait dire que le coup de Hveðrungr avait été terriblement efficace, avec des répercussions douloureuses et durables.

« Heh heh heh, bien sûr que ça l’était. Même en y repensant maintenant, à ce moment-là, dans les conditions qui étaient les miennes, il n’y avait pas de méthode plus efficace que j’aurais pu choisir. Si je regrette quelque chose, c’est de ne pas avoir persévéré dans cette voie. J’aurais dû continuer à brûler la terre pendant encore plus longtemps. »

Hveðrungr avait dit cela fermement et sans hésitation.

Il est apparu clairement dans ses mots et son ton qu’il ne regrettait rien.

« Je sais que j’ai dit que le passé n’avait plus d’importance, mais je me suis souvenu qu’il y avait une chose que je voulais demander à propos du passé, » dit Yuuto. « C’est à propos du fait que tu as tué Père. Est-ce que tu le regrettes ? »

Le « Père » dont parlait Yuuto était son père juré Fárbauti, le vieil homme qui avait été le patriarche du Clan du Loup avant lui. Fárbauti était mort après s’être jeté devant Yuuto pour le protéger de l’attaque à l’épée de Loptr.

Fárbauti avait aussi été le père juré de Loptr, et Loptr ne l’avait tué que par accident. Toute personne normale aurait été tourmentée par sa propre conscience coupable pour une telle chose.

« Hmm, on peut dire que oui. À l’époque, j’étais tellement en colère que j’ai perdu la tête et j’ai agi de manière impulsive. J’aurais dû prendre mon temps et faire les préparatifs nécessaires avant d’agir. Si j’avais fait ça, Père n’aurait pas non plus eu à mourir. »

Comme prévu, il y avait quelque chose d’effrayant dans la réponse de Hveðrungr.

En parlant avec lui comme ça, il avait toujours un air doux qui rappelait ses jours en tant que Loptr, mais derrière cela, il y avait un vide qui faisait froid dans le dos de Yuuto.

Ce que Hveðrungr regrettait, c’était seulement qu’il n’ait pas été capable d’atteindre ses objectifs, et qu’il n’ait pas obtenu ce qu’il voulait. Le sentiment de culpabilité pour ce qu’il avait fait, ou le chagrin d’avoir perdu son père juré… rien de tout cela n’était présent.

C’est donc à ça que ressemble un soi-disant « psychopathe », hein ? avait pensé Yuuto.

Ces personnes avaient soi-disant en commun d’être de beaux parleurs, d’être sociables, d’être charismatiques et charmantes, mais de manquer terriblement de compassion ou d’empathie envers les autres.

En outre, bien qu’ils aient tendance à être méticuleux et à planifier avec soin, ils peuvent parfois « craquer » et se montrer impulsifs.

Cette description correspondait parfaitement à cet homme.

Il y a deux ans, Yuuto ne l’avait pas vu tel qu’il était.

Bien sûr, contrairement à maintenant, à l’époque Loptr avait fait en sorte d’agir comme une personne normale. Pourtant, quand Yuuto y repensait, il avait l’impression de pouvoir maintenant voir les signes, les diverses allusions dans les paroles et les actions passées de l’homme.

À l’époque, cet aspect froid, rationnel et calculateur était apparu à Yuuto comme quelque chose d’adulte et de mature. Yuuto l’avait admiré pour ça.

Maintenant, il le voyait comme quelque chose d’effrayant. Et maintenant, même plus qu’il y a deux ans, il le voyait comme quelque chose d’incroyablement prometteur.

« Est-ce que tu veux toujours me tuer maintenant, en supposant que tu puisses le faire ? » demanda Yuuto, à la fois par curiosité et comme un test.

« Hm ? Non. Je ne m’attends pas à ce que tu me croies, mais je n’ai pas du tout envie de te tuer. » La réponse de Hveðrungr était directe et semblait naturelle.

Bien sûr, Yuuto n’avait pas l’intention de prendre ses paroles pour argent comptant, mais il sentait qu’il pouvait au moins leur accorder un certain niveau de confiance.

Il n’y avait plus aucune trace de l’intense dégoût qu’il avait ressenti lorsqu’ils avaient croisé leurs épées face à face à Náströnd.

Il n’avait pas non plus l’impression que Hveðrungr ne faisait que réprimer sa haine afin de se mettre dans les bonnes grâces de Yuuto.

En un mot, il ne semblait pas intéressé.

***

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